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Mort de Maurice André, trompettiste virtuose

février 27, 2012

Le musicien, qui a rendu ses lettres de noblesse à la trompette, s’est éteint à Bayonne dans la nuit de samedi à dimanche, à l’âge de 78 ans.

«Il n’est pas de notre monde», disait de lui le chef Herbert von Karajan. Maurice André, qui vient de s’éteindre à Bayonne, à l’âge de 78 ans, restera comme le dieu de la trompette. Mais un dieu profondément humain, proche des gens, ce qui lui aura sans doute valu une popularité que peu d’artistes classiques atteignent. A fortiori à la trompette.Rien ne prédisposait Maurice André à passer régulièrement au «Grand Échiquier» de Jacques Chancel aux heures de grande écoute, à enregistrer 255 titres et à en vendre des millions d’exemplaires. Cet enfant d’un mineur des Cévennes découvrit la musique en entendant son père jouer dans la fanfare d’Alès. Il apprit le solfège et l’instrument en descendant dans la mine: «Une école d’entraide et d’honnêteté, tout le contraire du monde musical et médiatique», nous con­fiait-il.

Élève de Raymond Sabarich au Conservatoire de Paris, il est l’héritier de la grande école française de trompette, celle d’Eugène Foveau et Ludovic Vaillant. Il remporte même le prestigieux concours de Munich à 30 ans.

Seulement voilà: à l’époque, pour un trompettiste, point de salut en dehors de la carrière d’orchestre. Il intègre les Concerts Lamoureux, puis le Philharmonique de l’ORTF (d’où il se fait renvoyer pour avoir réclamé une prime pour jouer la partie soliste de la Symphonie n°2 de Dutilleux!), et enfin l’Opéra-Comique où il succède à son maître Sabarich.

Une carrière de concertiste? Impensable pour un trompettiste. C’est son ami et collègue Marcel Lagorce, trompette solo de la Société des concerts du Conservatoire, qui l’encourage: «Si quelqu’un peut faire de la trompette un instrument soliste, c’est toi.»

Personnalité rayonnante

C’est alors la rencontre décisive avec la maison de disques Erato, dont il devient la vedette. Plus tard, il signe chez EMI, mais connaît aussi une période allemande chez Deutsche Grammophon. Il se fait le champion de Bach et de la musique baroque, où il popularise la trompette piccolo. Ce qui ne l’empêche pas d’enregistrer 33 concertos modernes et de réaliser des transcriptions d’airs connus.

Il réussit finalement son pari: comme Jean-Pierre Rampal pour la flûte et Lily Laskine pour la harpe, il décomplexe les trompettistes, grâce à sa virtuosité, à sa sonorité chantante et non clinquante, mais aussi bien sûr à sa personnalité rayonnante et joviale.

Professeur au Conservatoire de Paris, il forma des générations de brillants trompettistes durablement influencés par son style et encouragés par son exemple.

Lefigaro par Christian Merlin

La mort de Devy Erlih, violoniste « titi Tzigane »

février 9, 2012

http://platform.twitter.com/widgets/hub.1326407570.htmlVictime d’un accident mercredi 8 février, cet instrumentiste de la grande école française est décédé.

A 83 ans, le violoniste Devy Erlih se rendait mercredi, à l’Ecole Normale de musique pour y dispenser son enseignement avec la passion intacte de la musique et de la transmission qui l’habitait. Un camion l’a renversé, nous privant définitivement d’un éternel jeune homme qui sera passé directement de l’enfance à la mort sans passer par la case vieillesse. Rejeton d’une famille juive originaire de Bessarabie, cette région qui n’a jamais trop su si elle était russe, roumaine ou moldave, il a grandi à Paris, devenant un mélange détonnant de tzigane et de titi-parisen.Son jeu garda toujours cette double influence: un apprentissage instinctif, à l’oreille, en écoutant son père, musicien traditionnel, domestiqué et classicisé par la grande école française de violon, celle de Jules Boucherit au Conservatoire de Paris. Ce Conservatoire de Paris où il finit par devenir lui-même professeur de 1982 à 1995, après y avoir été recalé une première fois («on ne va quand même pas prendre un métèque», avait-on entendu dans la bouche d’un membre du jury pour qui rien ne s’était passé depuis les années 40).Vainqueur du Concours Long-Thibaud en 1955 (il n’y eut plus de Français lauréat avant 2010!), il était aussi à l’aise dans la Symphonie espagnole de Lalo que dans la Sonate de Bartok et ne cessa jamais de cultiver Bach. Mais s’il doit passer à l’histoire, ce sera pour son dévouement inlassable à la musique de son temps, longtemps délaissée par les stars de l’archet: «il rend contemporaine la musique classique et classique la contemporaine», disait de lui le critique Maurie Fleuret.

Darius Milhaud, Marius Constant, Bruno Maderna, Maurice Jarre eurent avec lui un serviteur zélé, mais c’est à André Jolivet qu’il reste définitivement associé, et pas seulement à sa musique puisqu’il était marié à sa fille Christine, qui doit aujourd’hui se sentir bien seule.

Un sale caractère et beaucoup de générosité caractérisaient cet artiste jusqu’au bout des doigts, qui allait souvent entendre ses jeunes collègues avec une capacité d’admiration égale à son esprit critique.

Lefigaro.fr par Christian Merlin