Posts Tagged ‘Corruption’

Afrique du Sud : Ace Magashule, l’âme damnée de Jacob Zuma

octobre 22, 2021
Ace Magashule au sein de la Cour des magistrats de Bloemfontein, le 13 novembre 2020 © REUTERS/Siphiwe Sibeko

Poursuivi pour corruption, le secrétaire général de l’ANC sera devant la justice à partir du 3 novembre. Comme l’ancien président Jacob Zuma, il dénonce une conspiration ourdie par le chef de l’État.

Ils s’y mettent à plusieurs pour mettre le feu au t-shirt. On craque des allumettes, on tend des briquets. Le maillot aux couleurs du Congrès national africain (ANC) s’embrase difficilement. Sur fond jaune, le portrait de Cyril Ramaphosa sourit encore quelques instants avant de fondre sous l’ajout de combustibles. Il est incendié par des sympathisants de l’ANC devant la Cour des magistrats de Bloemfontein, capitale du Free State (centre). Nous sommes le 13 novembre 2020 et Ace Magashule, secrétaire général de l’ANC et Premier ministre de la province entre 2009 et 2018, vient de se rendre à la justice. Ses soutiens accusent le président Ramaphosa d’être responsable de sa chute.

L’homme fort du Free State est poursuivi par la justice pour des soupçons de corruption autour d’un contrat irrégulier d’audit de désamiantage en 2014. S’il partage le banc des accusés avec quinze autres personnes (dix individus et cinq entreprises) visées par 70 chefs d’accusations, il conteste toutes les charges qui pèsent sur lui. Mais il fêtera bien ses 62 ans au tribunal, le 3 novembre, pour l’avant-procès de cette affaire.

Monsieur Dix pour cent

Elias Sekgobelo Magashule voit le jour en 1959 dans le township de Tumahole, à Parys, dans le Free State. S’il est à l’origine surnommé « l’As » pour ses qualités de joueur de foot, l’appellation collera davantage à ses futurs coups politiques. Sous le régime de l’apartheid, il mène une vie de combattant de la liberté aux contours flous. Son passé de militant serait largement exagéré, selon une enquête de Pieter-Louis Myburgh. Ses petits arrangements avec la réalité lui garantissent une belle carrière après la fin de l’apartheid, en 1994, « compte tenu de la propension de l’ANC à récompenser politiquement ses membres en fonction de leur contribution au mouvement de libération », écrit le journaliste dans son livre Gangster State, paru en 2019.

Ace Magashule devient un apparatchik. À partir des années 1990, il prend la tête de la division provinciale de l’ANC et enchaîne les portefeuilles ministériels au sein du gouvernement du Free State. Affaires économiques, Transports, Agriculture, Culture… Ace Magashule obtient des maroquins grâce à son influence dans une province historiquement divisée. Ses diverses nominations comme membre du conseil exécutif (MEC) visent à pacifier ce territoire qui a vu naître l’ANC en 1912. Magashule saisit l’occasion pour mettre la main sur des ressources qu’il détourne à son profit.

IL NE RESTE PLUS GRAND CHOSE DE FONCTIONNEL DANS LE FREE STATE AUJOURD’HUI. IL L’A MIS À TERRE

Devenu Premier ministre en 2009, il étend son contrôle sur les affaires financières de la province. Pieter-Louis Myburgh lui attribue « un sens tyrannique de la centralisation » et le qualifie même de « State Captor » , comme s’il avait kidnappé la province toute entière. Un autre sobriquet apparaît : « Monsieur Dix pour cent », soit la part qu’aurait l’habitude d’empocher Ace Magashule sur chaque contrat public. « Je n’ai jamais pris un centime du gouvernement », se défend-il aujourd’hui.

Ces fuites dans les finances publiques fragilisent la province. « Il l’a mise à terre, fulmine le politologue André Duvenhage, qui en est originaire. Il est responsable de la corruption endémique et de la destruction des structures gouvernementales locales. Il ne reste plus grand chose de fonctionnel dans le Free State aujourd’hui », déplore ce professeur. Un bilan contesté par Ace Magashule. « Avez-vous déjà entendu les communautés se plaindre durant nos mandats ? » répond-t-il aux journalistes qui le cuisinent.

Un populiste de terrain

L’enfant de Tumahole renvoie toujours au peuple quand il est malmené. « Vous les médias, vous ne me connaissez pas. Allez voir sur le terrain, allez voir les masses, allez dans les églises », intime-t-il aux journalistes, à qui il aime faire la leçon. L’homme est quelque peu impressionnant. Le crâne rasé, l’allure stricte avec des lunettes aux montures rectangulaires et les sourcils qui froncent comme s’il vous grondait. Rien ne brille dans sa garde robe. « Je ne suis qu’un simple et modeste leader », assure-t-il.

Populiste, Ace Magashule sait mieux que personne se servir de la base. Son pouvoir vient des branches de l’ANC, les déclinaisons locales du parti présidentiel. « Si vous contrôlez suffisamment de branches, vous contrôlez une région. Si vous contrôlez assez de régions, vous contrôlez une province. Et si vous contrôlez une province, vous pouvez vous asseoir à la table des grands », relate Pieter-Louis Myburgh. Cette stratégie inspire une comparaison à André Duvenhage. « C’est un homme de terrain comme Zuma et contrairement à Cyril Ramaphosa ou à l’ancien président Thabo Mbeki, qui sont des politiciens de l’élite », analyse-t-il.

ACE MAGASHULE ET JACOB ZUMA SE SONT FAIT LA COURTE-ÉCHELLE POUR ATTEINDRE LE SOMMET DU POUVOIR

Alignés stratégiquement, Ace Magashule et Jacob Zuma et se font la courte-échelle pour atteindre le sommet du pouvoir à la fin des années 2000. Sous l’influence du premier, le Free State soutient la candidature du second pour la présidentielle. Après son élection, Zuma renvoie l’ascenseur à Magashule et lui offre la direction du Free State. Ace intègre alors la « Premier league », une alliance de premiers ministres soutenant le président.

Théorie du complot

La chute de Zuma en 2018, plombé par les affaires de corruption, fait office de paratonnerre. Épargné par la foudre du scandale, Magashule parvient à se hisser au poste de secrétaire général de l’ANC lors du congrès qui voit Cyril Ramaphosa devenir président du parti. D’un côté, Ramaphosa est élu sur la promesse d’une aube nouvelle débarrassée de la corruption. De l’autre, Magashule, un Zuma boy controversé, représente une faction rivale. La cohabitation fera long feu.À LIREAfrique du Sud : entre Zuma et Ramaphosa, le duel qui fragilise l’ANC

La mise en examen de ce dernier, le 10 novembre 2020, pour corruption, offre un angle d’attaque à ses opposants. En fouillant dans les textes du parti, les caciques de l’ANC déterrent une résolution qui sommeillait en bas de page. « Dirigeants et membres de l’ANC soupçonnés de corruption doivent se mettre en retrait du parti jusqu’à ce que leur nom soit lavé », dit le texte. Magashule tente une diversion. « Pourquoi êtes-vous si pressés de faire appliquer cette résolution alors qu’il y en a tant d’autres qui le sont pas ? »,  improvise-t-il lors d’une interview télévisée. Des atermoiements qui se concluent par son exclusion temporaire prononcée par courrier le 3 mai 2021.

En guise de baroud d’honneur, Ace Magashule contre-attaque avec du papier à lettre et suspend à son tour Cyril Ramaphosa en qualité de président de l’ANC. Un coup d’épée dans l’eau qui illustre la détermination du secrétaire général à défendre son siège et à défier le chef de l’État. Ace engage Dali Mpofu, l’avocat de… Jacob Zuma. En vain. L’affaire échoue devant les tribunaux.

JE PEUX VOUS ASSURER QU’IL VA REPARTIR AU COMBAT, IL N’A PAS PERDU TOUT ESPOIR DE CONTRÔLER L’ANC

Les deux vétérans de la politique sud-africaine – 79 ans pour Zuma, bientôt 62 pour Magashule – ont prospéré ensemble avant de tomber en disgrâce sous la présidence de Cyril Ramaphosa. Aujourd’hui ils se serrent les coudes et propagent la même théorie d’une conspiration. « Il est évident que l’objectif est de nous affaiblir, nous, la base de l’ANC. On connaît leur agenda : ils veulent nous éliminer. On a peur de boire un verre d’eau ou un thé de nos jours », affirmait Magashule le soir du 13 novembre 2020.

Malgré sa mise à l’écart du parti, Ace Magashule continue d’appeler à voter ANC pour les élections locales du 1er novembre. Ne surtout pas insulter l’avenir. « Je peux vous assurer qu’il va repartir au combat, il n’a pas perdu tout espoir de contrôler l’ANC », anticipe André Duvenhage. Apparaît déjà sur les affiches de ses sympathisants la date du prochain congrès de l’ANC en décembre 2022. « Je n’ai aucun doute qu’il va mobiliser. Il aura des branches derrière lui, des gens qui vont essayer d’avoir un impact sur la prochaine conférence de l’ANC. Ace applique les mêmes règles que Jacob Zuma : occuper le terrain. »

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson

Corruption au Mozambique : Crédit Suisse devra payer 475 millions de dollars aux États-Unis et au Royaume-Uni

octobre 20, 2021
Entre 2013 et 2016, l’établissement helvétique a organisé une série de transactions, dont une partie a été déboursée sous forme de pots-de-vin. © Plaza Financiera/CC-BY-SA 2.0

Dans le cadre des poursuites liées aux crédits consentis à des entreprises publiques mozambicaines accusées de corruption, l’établissement helvétique et les autorités américaines, britanniques et suisses ont conclu un accord.

Dans le cadre des négociations liées aux poursuites diligentées à son encontre, Crédit Suisse va devoir effectuer un versement de 475 millions de dollars aux Etats-Unis et au Royaume-Uni.

Entre 2013 et 2016, l’établissement helvétique a organisé une série de transactions, dont une partie a été déboursée sous forme de pots-de-vin, alors que celles-ci étaient présentées aux investisseurs par les autorités comme un moyen de financer des projets de surveillance maritime, de pêche et de chantiers navals.

En outre, la firme suisse est accusée de ne pas avoir révélé in extenso l’étendue de l’endettement du Mozambique. Ainsi, les informations relatives aux risques de non-remboursement manquaient de transparence. Ce que les autorités considèrent comme des lacunes importantes au niveau des contrôles internes de l’établissement.

Plus grave crise financière de l’histoire du pays

Cette affaire fait partie d’un vaste scandale de crédits accordés à trois entreprises publiques mozambicaines  ProIndicus, Ematum et MAM  par le Crédit Suisse et la banque russe VTB.

MAPUTO A DÛ INTERROMPRE LE REMBOURSEMENT DE SA DETTE

L’affaire avait éclaté en 2016, lorsque le gouvernement du Mozambique avait reconnu « avoir contracté ces prêts sans prévenir le Parlement ni ses bailleurs de fonds ». À la suite de ces révélations, le FMI et la majorité des bailleurs du pays, avaient suspendu leur aide.

En raison de ce désordre dans les comptes publics, Maputo a dû interrompre le remboursement de sa dette. Sa monnaie (le metical) s’est effondrée, et le pays est entré dans la plus grave crise financière depuis son indépendance en 1975.

Succession de scandales

Ce nouveau scandale lié à l’institution helvétique succède à ceux de Greensill et Archegos, pour lesquels l’établissement financier a dû dédommager les États-Unis et le Royaume-Uni à hauteur de 547 millions de dollars d’amendes et de restitution, d’après le ministère américain de la Justice.

Pour cette affaire, Crédit Suisse devra débourser 475 millions de dollars : 200 millions à l’Autorité des services financiers britannique (Financial Conduct Authority : FCA), près de 100 millions au gendarme américain des marchés, la SEC, et 175,5 millions au ministère américain de la Justice. La banque et les autorités britanniques sont également convenues d’annuler 200 millions de dollars dus par le Mozambique.

L’établissement bancaire a parallèlement conclu un accord avec l’Autorité de surveillance du marché financier suisse (Finma), prévoyant la vérification par un tiers des mesures destinées à améliorer ses systèmes de contrôle interne et de gestion des risques à l’échelle du groupe.

Avec Jeune Afrique par Yara Rizk

Teodoro Nguema Obiang Mangue sous le coup de sanctions britanniques pour corruption

juillet 22, 2021
Teodorín Obiang, le 30 septembre 2015 au siège des Nations Unies (image d’illustration).

Le fils du président équato-guinéen, et vice-président du pays, est sous l’objet de sanctions édictées jeudi par le gouvernement britannique.

Ces sanctions, qui prévoient un gel des avoirs et des interdictions d’entrée au Royaume-Uni, ont été prises dans le cadre d’un régime de sanctions anticorruption qui avait déjà permis de punir en avril 22 individus de six pays différents, dont la Russie. « Les mesures que nous avons prises aujourd’hui ciblent des individus qui se sont enrichis aux dépens de leurs citoyens », a déclaré le ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab, dans un communiqué.

Parmi les personnes ciblées figure Teodorin Obiang Mangue, vice-président de Guinée équatoriale et fils du président, notamment pour le « détournement de fonds publics » et des pots-de-vin lui ayant permis de financer un train de vie somptueux. Il aurait consacré plus de 500 millions de dollars à l’acquisition de résidences de luxe à travers le monde, d’un jet privé, de voitures et d’objets de collection liés au chanteur Michael Jackson.

Système indépendant de sanctions

En février 2020, il avait été condamné en appel en France à trois ans de prison avec sursis, 30 millions d’euros d’amendes et des confiscations. Nawfal Hammadi al-Sultan, l’ancien gouverneur de la province irakienne de Ninive, dont le chef-lieu est Mossoul, est lui visé pour avoir détourné des fonds publics destinés à la reconstruction.

Avec eux l’homme d’affaires zimbabwéen Kudakwashe Regimond Tagwirei, dont les agissements de sa société Sakunda Holdings ont contribué à la dévaluation de la monnaie et la hausse des prix de biens essentiels au Zimbabwe. Les hommes d’affaires colombiens Alex Nain Saab Moran et Alvaro Enrique Pulido Vargas se voient eux reprocher d’avoir détourné à leur profit des programmes publics au Venezuela en matière de logement et d’aide alimentaire.

Après être sorti de l’Union européenne, le Royaume-Uni, important centre financier international, avait adopté en 2020 un nouveau système indépendant de sanctions visant les auteurs de violations des droits humains, complété ultérieurement par un volet s’attaquant à la corruption

 Par Jeune Afrique avec AFP

Mauritanie: l’ex-président Mohamed Ould Abdel Aziz écroué

juin 22, 2021
L’ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz.

L’ex-président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a été écroué mardi 22 juin au soir sur décision du juge chargé d’une enquête pour corruption présumée, dans laquelle l’ancien chef de l’État, au pouvoir jusqu’en 2019, a été inculpé en mars, a-t-on appris auprès du parquet et de son parti.

Un magistrat du parquet, s’exprimant sous couvert de l’anonymat, ainsi que le porte-parole de son parti, l’ancien ministre Djibril Ould Bilal, ont confirmé son placement sous mandat de dépôt sans en préciser la cause. Mais cette mesure intervient quelques jours après le refus de l’ancien dirigeant de continuer à se présenter à la police, comme le lui imposaient les conditions de son placement en résidence surveillée.

Par Le Figaro avec AFP

RDC : Félix Tshisekedi dénonce la « mafia » dans l’armée et les institutions

juin 20, 2021
Félix Tshisekedi le jour de sa prestation de serment, le 24 janvier 2019, à Kinshasa

Le président Félix Tshisekedi a dénoncé samedi des pratiques mafieuses et de « magouille » au sein des forces armées et des institutions de la RDC lors d’une visite dans le Nord-Est du pays en proie aux violences.

« Il y a beaucoup de magouilles qui minent nos forces de sécurité. Il y a la mafia, cette loi de l’omerta, cette loi du silence, c’est à ça qu’il faut s’attaquer », a déclaré le président Tshisekedi à Bunia, capitale de l’Ituri, lors d’un échange avec les représentants de la population de la province.

« Il s’est développé la mafia dans l’armée, dans nos institutions, on l’a vu récemment au Sénat (…) Il faut détricoter cela, patiemment », a insisté le chef de l’État, en visite depuis une semaine dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

À la frontière de l’Ouganda, les deux provinces ont été placées en état de siège depuis le 6 mai par Félix Tshisekedi qui y a aussi remplacé les autorités civiles par des officiers de l’armée et de la police.

« L’état de siège c’est pour votre intérêt »

En évoquant le Sénat, il faisait notamment allusion aux sénateurs ayant refusé de statuer sur l’immunité parlementaire de leur collègue, l’ancien Premier ministre Augustin Matata Ponyo (2012-2016), mis en cause dans une affaire de détournements de fonds publics.

JE NE SERAI PAS FIER DE MON MANDAT SI JE NE RÈGLE PAS DÉFINITIVEMENT LE PROBLÈME D’INSÉCURITÉ »

Lors de cet échange, les participants ont demandé au chef de l’État de doter l’armée de moyens conséquents pour accomplir sa mission dans la traque des groupes armés. « L’état de siège c’est pour votre intérêt (…) je l’espère d’ailleurs le plus court possible, soyez indulgents, soyez patients », leur a-t-il dit. « Je ne serai pas fier de mon mandat, si je ne règle pas définitivement le problème d’insécurité » dans l’Est du pays, a conclu Félix Tshisekedi.

Quelque 120 groupes armés de taille diverse ont été répertoriés dans l’Est de la RDC, d’après le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST). Depuis fin 2017, la province de l’Ituri a replongé dans les violences qui ont fait plusieurs centaines de morts. Ces violences sont majoritairement imputées aux miliciens de la Coopérative pour le développement du Congo (Codeco) qui prétendent défendre la communauté Lendu, face aux autres communautés (Hema, Alur).

Par Jeune Afrique avec AFP

France: Claude Guéant mis en examen pour corruption passive

mai 12, 2021

L’ex-ministre est soupçonné d’avoir agi en faveur d’Alexandre Djouhri sur des marchés d’EADS en contrepartie de 500 000 euros et d’une montre d’une valeur de 11 300 euros.

Les mises en examen s’empilent dans l’affaire du supposé financement libyen de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, une histoire à tiroirs dans laquelle plusieurs hommes politiques de droite proches de l’ancien chef de l’État sont mis en cause. Dernier rebondissement : Claude Guéant a fait l’objet d’une nouvelle mise en examen pour corruption passive et usage de faux qui lui a été signifiée le 13 avril dernier.

Il est reproché à l’ancien secrétaire général de l’Élysée des interventions auprès d’EADS et du ministère du Budget au profit d’une société appartenant à Alexandre Djouhri, également mis en examen dans cette affaire. Selon les juges d’instruction du pôle financier, Claude Guéant aurait reçu en contrepartie de ses démarches 500 000 euros « déguisés » en vente de deux tableaux et une montre Patek Philippe d’une valeur de 11 300 euros. Les magistrats sont convaincus qu’il existe un lien entre les interventions supposées de Claude Guéant et les cadeaux qu’il aurait reçus, ce que conteste virulemment l’intéressé.

Deux toiles flamandes

L’enquête a aussi démontré que les 500 000 euros virés par un avocat malaisien sur le compte de Claude Guéant (l’ancien ministre a assuré, sans convaincre, qu’il s’agissait du paiement de la vente de deux toiles flamandes de faible valeur) provenaient en réalité d’un compte détenu par Khalid Bugshan, un homme d’affaires saoudien immensément riche, et dont les comptes en banque étaient gérés par un banquier proche d’Alexandre Djouhri, un certain Wahib Nacer.

Selon nos informations, une plainte avec constitution de partie civile pour vol en bande organisée émanant de Khalid Bugshan vient d’ailleurs d’être déposée par son avocat, Me David-Olivier Kaminski.

Mis en examen dans ce dossier pour blanchiment de fraude fiscale, Bugshan, 60 ans, considéré comme la huitième fortune du royaume saoudien, se voit dans cette histoire comme le dindon de la farce. Il estime s’être fait flouer par Wahib Nacer, son ancien banquier qui gérait une partie de sa fortune depuis Genève au Crédit agricole suisse.

Bugshan assure dans sa plainte qu’il n’existe aucune relation entre lui et Claude Guéant et s’est plaint à plusieurs reprises de la façon dont sa fortune était gérée. On lui faisait, dit-il, signer des papiers, des virements à la dernière minute, parfois juste avant de monter dans un avion

Par Le Point avec Aziz Zemouri

Congo-P/Noire : un avocat escroque ces clients pour s’acheter des parcelles et des voitures

avril 9, 2021

La justice au Congo-Brazzaville, souffre de graves dysfonctionnements depuis plusieurs décennies. On ne peut quasiment plus parler, de justice, tant le droit n’est plus appliqué, dans la plupart des cas. Celui qui paiera le plus, aura gain de cause. Ainsi dans les bureaux des juges et des procureurs, on parle argent et non pas de droit. Tous, veulent construire, de grosses villas, sur le dos des justiciables. On peut ainsi entendre, dans les diverses chambres du parquet: «j’ai besoin de sable pour mon chantier», «j’ai besoin d’un écran plat pour ma maison»; «j’ai besoin de ciment» etc. Nous n’avons plus affaire à des professionnels du droit, mais à des ingénieurs en bâtiments. Et si l’on rajoute, à cela toutes les maîtresses, qu’ils entretiennent, on pourra parler d’infatigables géniteurs.

Pour illustrer, ce propos, on peut prendre l’un des symboles, de la décadence, de la justice au Congo-Brazzaville: Doctrové Nzikou. Un nom qui revient souvent, lorsque l’on parle de la corruption et de l’absence totale de moralité, dans la justice.

L’une des affaires qui a rendu célèbre, cet individu, et qui lui a valu, le surnom : d’avocat des chinois, un jeune ouvrier, ayant perdu son bras, sur un chantier, tenu, par une entreprise chinoise. Le malheureux ouvrier, a fait l’erreur de sa vie, en s’adressant à Nzikou pour le paiement des indemnités, suite à la perte de son bras. En effet, l’entreprise chinoise, qui avait embauché , ce jeune homme, était responsable , de l’accident de travail , dont ce pauvre ouvrier ,avait été victime. Vous ne serez pas surpris, d’apprendre que le dossier, est « perdu » ou « en attente au parquet ». Le jeune n’a vu que du feu, et n’a à ce jour, rien perçu, même pas cinq francs. Nzikou lui, c’est fait construire, une somptueuse villa et aurait perçu la coquette somme de 200 millions de francs CFA des chinois. Il ne reste plus à ce jeune, que son seul et unique bras pour essuyer, ces larmes. Un grand ingénieur en bâtiment, ce Nzikou…

Affaire suivante, qui est déjà connue, de tous quasiment, ce jeune bailleur qui avait loué, une villa à des mafieux chinois à ex-trésor et qui c’est retrouvé en prison, tabassé, avec ces biens saisies, après avoir fait appel à Nzikou.

Bref rappel des faits : Le bailleur découvre que ces locataires chinois, en plus de ne payer : ni l’ eau, ni l’électricité, ni le loyer, sont des proxénètes, et des trafiquants de drogue. Lorsque ce bailleur, lui aussi fait l’erreur, de demander à Nzikou, de l’assister dans l’expulsion de ces derniers, et dans le recouvrement des sommes dues : Vous ne serez pas surpris, d’apprendre que le dossier, est « perdu » ou « en attente au parquet ». Il faut rajouter, que peu de temps après, on a vu Nzikou, rouler dans un Toyota Prado tout neuf…

Le même bailleur, par la suite s’est retrouvé, en prison, tabassé par la garde républicaine, et une saisie totalement illégale, a été prononcée contre lui par le président du Tribunal de commerce Venceslas Bossouba. Venceslas Bossouba, est un nom, qui a fait couler, beaucoup d’encre, pour ces jugements scandaleux. Bossouba, s’est fait construire une luxueuse villa à Kintélé, avec tout le confort moderne. Un grand ingénieur, en bâtiment, ce Venceslas Bossouba.

Affaire suivante, moins connu, mais toute aussi illustrative du comportement de Nzikou, un ouest africain, ayant été chassé, de son local par son bailleur, sans que le montant des travaux qu’il avait effectué dans ce même local, ne lui aient été remboursé. Notre wara, va également, faire l’erreur de s’adresser à Nzikou, pour l’assister au parquet. Vous connaissez déjà la suite : Vous ne serez pas surpris, d’apprendre que le dossier, est « perdu » ou « en attente au parquet ». Sans surprise, le dossier a été traité, par le plus grand ingénieur en bâtiment, du tribunal de commerce, j’ai nommé : Venceslas Bossouba.

Tous ceci, au nez et à la barbe, du très peu autoritaire, procureur général près la cour d’appel : Michel Oniangue. Aux dernières nouvelles, lui aussi serait, en train, de construire une villa. Un grand ingénieur en bâtiment, ce Michel Oniangue.

Et Christian Eric Locko, dans tout cela, notre très cher et tendre bâtonnier des avocats, que va-t-il en penser? La réponse est déjà connue : «Nzikou, Il n’a fait que son travail d’avocat », bien sûr. Christian Eric Locko serait il, également, un grand ingénieur en bâtiment ? Grande question existentielle de notre époque. Comme disait Shakespeare, « that is the question ».

Je vous laisse méditer, sur les agissements, de ces grands ingénieurs en bâtiments, ces infatigables bâtisseurs, et géniteurs que sont devenus, nos professionnels du droit au Congo Brazzaville. Je vous parie, qu’ils connaissent : mieux le dosage du ciment, et le cycle de la femme, que le droit… Le niveau des immeubles, qu’ils construisent est de plus en plus haut, mais le niveau de la justice de plus en plus bas… Il fut un temps ,où les magistrats, vivaient dans des maisons de plain-pied, et la justice était bien rendue ; aujourd’hui, ils vivent dans des immeubles, de plusieurs étages, et nous avons, une justice de merde !!!!

Avec Sacer-infos par Stany Frank

Mauritanie : ce qui attend Mohamed Ould Abdelaziz, inculpé pour corruption

mars 12, 2021
L’ancien président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz.

Après une garde à vue de deux jours, l’ancien président mauritanien a été placé sous contrôle judiciaire le 11 mars. Voici, en exclusivité, les coulisses de la procédure judiciaire.

Retardée à deux reprises, d’abord en novembre, puis en février, la procédure ouverte en août 2020 contre l’ex-président mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz s’est accélérée le 11 mars. L’ancien chef de l’État a été inculpé pour, entre autres, corruption, blanchiment d’argent, enrichissement illicite, dilapidation de biens publics, octroi d’avantages indus et obstruction au déroulement de la justice.

Il a été placé sous contrôle judiciaire avec treize de ses anciens collaborateurs. Parmi ces personnalités, figurent les Premiers ministres Mohamed Salem Ould Béchir et Yahya Ould Hademine, l’ex-directeur du Port autonome de Nouakchott et candidat à la tête de l’Asecna Hacena Ould Ely, ou encore l’homme d’affaires Mohiedine Ould Sahraoui (chargé de la construction du nouvel aéroport international de la capitale).

Si son épouse et ses enfants n’ont pas été inquiétés ni convoqués, le gendre de Aziz, Mohamed Ould Msabou, a lui aussi été inculpé. En revanche, les anciens ministres Mohamed Ould Abdel Vetah (Pétrole) et Mohamed Ould Kombou (Budget), ainsi que la patronne de Mauritania Airlines Amal Mint Maouloud ont été acquittés.

L’option prison écartée

Selon nos informations, le procureur, Ahmedou Ould Abdallahi, a étudié plusieurs options : les placer tous ensemble en résidence surveillée dans une même villa ou les incarcérer à la prison civile de Nouakchott. Mais, ne souhaitant pas, selon nos sources proches de l’enquête, « humilier » l’ancien président ni l’exposer à des violences, il a opté pour l’assignation à résidence surveillée durcie.

Ce dernier, ainsi que les treize autres inculpés, ont en effet l’obligation de se présenter trois fois par semaine au commissariat spécial chargé des crimes économiques. S’ils dérogent à cette règle, ils pourraient être emprisonnés.

Aziz était déjà placé en résidence surveillée depuis août 2020, avec interdiction de sortir de la capitale. Le procureur avait requis que ce périmètre soit cette fois restreint à 500 mètres, mais le juge d’instruction, Houssein Ould Kebadi, qui vient d’être désigné, a préféré ne pas retenir cette limite.

Deux nuits à la Sûreté

En prévision de leur comparution devant le parquet jeudi, Aziz et ses anciens collaborateurs ont été entendus par la police, du 9 au 11 mars. L’ancien président a encore refusé de répondre aux questions des enquêteurs, se retranchant derrière l’article 93 de la Constitution mauritanienne, lui conférant selon lui l’immunité présidentielle. Tous ont donc passé deux nuits dans les locaux de la Direction générale de la sûreté, dans des chambres aménagées. Toujours selon nos sources, l’ancien président a partagé la sienne avec ses deux anciens Premier ministres.

Il a ensuite regagné son domicile du quartier des Bourses aux alentours de minuit dans la nuit du 11 au 12 mars. Ses biens demeurent confisqués, et ses comptes bancaires gelés. Grâce aux saisies, opérées également sur les autres personnalités inculpées, le Procureur estime avoir déjà récupéré plus de 41 milliards d’ouguiyas (94,8 millions d’euros), dont 29 milliards auprès d’Aziz et son gendre.

Simple justiciable ?

Libre désormais au juge d’instruction de reprendre l’enquête et de faire évoluer les modalités du contrôle judiciaire. Il pourra ensuite décider d’une ordonnance de renvoi ou de non-lieu. Bien qu’il continue à s’en prévaloir, Aziz ne bénéficie plus, selon l’accusation, de l’immunité présidentielle. S’il devait être jugé, ce serait donc devant une juridiction ordinaire et non par la Haute cour de justice, réhabilitée en juillet 2020.

« Le procureur est entré par effraction sur ce dossier. Une exception d’incompétence doit être soulevée. Nous continuerons à défendre devant le juge l’article 93, plaide Me Taleb Khiyar Ould Mohamed Maouloud, l’un des avocats d’Aziz. Par ailleurs, nous estimons malheureusement que la Constitution a été violée, l’immunité et le privilège de juridiction dont bénéficie notre client n’ayant pas été respectés. Cette décision du parquet nous plonge dans l’incertitude, car nous ne pouvons pas encore évaluer l’impact négatif qu’elle aura sur le fonctionnement des institutions. »

Avec Jeune Afrique par Justine Spiegel

Chine: l’ancien grand patron Lai Xiaomin a été exécuté pour corruption

janvier 29, 2021

Lai Xiaomin, ancien patron d’un fonds d’investissement accusé d’avoir touché pour plus de 215 millions d’euros de pots-de-vin, a été exécuté vendredi matin, a annoncé la télévision publique.

Lai Xiaomin, alors patron du groupe China Huarong, le 24 mars 2016 à Boao, dans le sud de la Chine

© STR Lai Xiaomin, alors patron du groupe China Huarong, le 24 mars 2016 à Boao, dans le sud de la Chine

M. Lai avait été condamné à mort début janvier, une sentence inhabituelle en Chine à l’encontre d’un haut dirigeant économique. La cour l’avait aussi reconnu coupable de « polygamie ».

La justice lui reprochait d’avoir obtenu 215 millions d’euros de pots-de-vin et tenté d’en obtenir 13 millions supplémentaires. Elle lui attribuait en outre des détournements de fonds publics de 3,1 millions d’euros. 

Les montants étaient « extrêmement importants, les circonstances particulièrement graves et les intentions extrêmement malveillantes », avait indiqué dans son jugement un tribunal de Tianjin (nord).

Le patron du groupe China Huarong, dont le mode d’exécution n’a pas été précisé, avait également été reconnu coupable d’avoir « vécu longtemps avec d’autres femmes », en dehors de son mariage, dont il a eu des « enfants illégitimes ».

En janvier 2020, il avait fait des aveux diffusés par la télévision publique CCTV. 

Des images d’un appartement de Pékin, censé lui appartenir, avec coffres-forts et armoires remplies de liasses d’argent liquide, avaient alors été diffusées. 

Lai Xiaomin, qui avait auparavant travaillé à la banque centrale et pour le gendarme des banques, assurait ne pas avoir « dépensé un seul centime ».

« Je n’ai pas osé dépenser » l’argent, affirmait-il. 

Des images avaient également montré des voitures de luxe et des lingots d’or que l’accusé aurait acceptés comme pots-de-vin. 

China Huarong Asset Management est l’un des plus grands gestionnaires en Chine de créances douteuses (c’est-à-dire présentant une grande probabilité de non remboursement). 

La Chine a lancé une vaste campagne anti-corruption en 2012, après l’arrivée du président Xi Jinping à la tête du Parti communiste chinois (PCC). Depuis, plus d’un million et demi de cadres du PCC ont été sanctionnés.

Cette opération, populaire auprès de l’opinion, est également soupçonnée de servir à écarter les personnalités opposées à la ligne du président.

La Chine garde le plus grand secret sur les exécutions des condamnés à la peine capitale. L’organisation de défense des droits de l’homme Amnesty international estime que des milliers de prisonniers de droit commun sont exécutés chaque année dans le pays.

Avec AFP par bar/ehl/pz

[Enquête] Armes contre pétrole : les affaires louches de Semlex et Gunvor en Côte d’Ivoire

octobre 22, 2020
Armes remises à l'ONUCI par d'ex-combattants de la crise post-électorale, à Abidjan, en juillet 2012.

Pendant la crise postélectorale, les sociétés Semlex et Gunvor ont été au cœur d’un système visant à fournir des armes au régime de Laurent Gbagbo, en violation de l’embargo des Nations unies. L’OCCRP et « Jeune Afrique » vous dévoilent les dessous de ce montage complexe.

*Cet article est issu du travail de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP, un consortium de journalistes d’investigation fondé en 2006), auquel Jeune Afrique a collaboré. L’original, en anglais, peut être lu ici.

Nous sommes entre fin février et début mars 2011, à Genève, en Suisse, dans un salon privé d’un palace donnant sur le Rhône, le Mandarin. Ici, les chuchotements sont de rigueur. Les affaires se concluent à l’abri des regards, dans l’illusion d’un secret cinq étoiles. Un petit groupe d’hommes d’affaires s’est réuni avec, parmi eux, des représentants de l’entreprise Gunvor, spécialisée dans le commerce de produits pétroliers.

Basée à Genève, cette société appartient alors en copropriété au milliardaire suédois Torbjörn Törnqvist et à Gennady Timchenko, un oligarque russe étroitement lié au Kremlin. Active en Côte d’Ivoire, elle travaille à Abidjan avec la Société nationale d’opérations pétrolières ivoirienne, communément connue sous le nom de Petroci.

Alors que s’amorce la crise de 2010-2011, Gunvor, négociant pétrolier parmi les plus puissants du marché, est en réalité l’un des piliers du pouvoir du président ivoirien, Laurent Gbagbo. Au point, selon l’enquête de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) à laquelle Jeune Afrique a participé, d’essayer de l’aider à se fournir en armes et en munitions.

Deux Français au cœur du système

Retour en Suisse. Au cœur de la réunion du Mandarin, un homme : Olivier Bazin. Connu sous le nom de « Colonel Mario », il a commencé à travailler pour Gunvor en Afrique en 2007, en tant que représentant en Angola. Il a ensuite poursuivi cette collaboration, au Congo-Brazzaville et en Côte d’Ivoire. Mis en cause en France dans diverses affaires de meurtre ou d’extorsion de fonds liées au milieu corse (les charges ont ensuite été abandonnées), l’homme a été condamné en 2009 pour blanchiment d’argent et contrebande d’or en lien avec le Gabon.

Décrit par un procureur suisse comme un marchand d’armes international, Bazin est l’un des hommes à tout faire de Gunvor sur le continent, et il avoue enchaîner les réunions « à Abidjan, Brazzaville, Malabo, […] Genève, […] Paris, Bruxelles, Londres » pour le compte de la société pétrolière. Son nom est bien connu sur les bords de la lagune Ebrié : il fait l’objet d’une plainte déposée par Guillaume Soro, qui l’accuse d’être l’un des auteurs de l’enregistrement qui lui vaut d’être accusé d’atteinte à la sécurité de l’État par les autorités de son pays.

Autre interlocuteur de la réunion du Mandarin : Robert Montoya. Lui non plus n’est pas un inconnu à Abidjan. Cet ancien policier français, devenu chef d’un réseau international d’armes est, selon les experts des Nations unies ayant enquêté sur lui, l’un des principaux fournisseurs de la Côte d’Ivoire depuis 2005. Sa spécialité : échanger armes et munitions d’origine biélorusse, russe ou lettone contre des ressources telles que le pétrole ou le cacao. L’ONU estime que le réseau de Montoya a vendu au gouvernement ivoirien au moins 16,3 millions de dollars d’armes entre 2006 et 2010 (13,9 millions d’euros)

« Voici l’équipement dont nous avons besoin »

L’objet de cette discrète réunion genevoise a-t-il été défini quelques semaines auparavant ? Le 24 janvier, Aubert Zohore, un conseiller de Laurent Gbagbo aujourd’hui réfugié aux États-Unis, écrit à Olivier Bazin un message confidentiel. Attaché à celui-ci, un tableau très détaillé dans lequel il énumère les armes qu’il souhaiterait se procurer, représentant un total de 4,5 millions d’euros. « Voici l’équipement dont nous avons besoin de toute urgence », explique-t-il. La liste comprend près de 7 millions de cartouches, 6 000 roquettes et 300 grenades fumigènes.

LE PRÉSIDENT GBAGBO VOULAIT OBTENIR LE SOUTIEN DE GUNVOR POUR ACHETER DES ARMES EN RUSSIE

Deux jours plus tard, le 26 janvier, Olivier Bazin transmet le message à un responsable de Gunvor. Il écrit : « Comme indiqué, je vous envoie la liste des équipements demandés par le [représentant du président] aux Russes. Veuillez confirmer que vous avez reçu cet e-mail. »

Une source au fait de l’accord explique : « Le président Gbagbo a demandé à Bazin d’obtenir le soutien de Gunvor pour acheter des armes en Russie. Bazin et Montoya ont impliqué cette entreprise dans l’accord d’armement et tous deux l’ont rencontrée à Genève à cette fin. » Elle affirme également que les armes ont été payées et que certaines d’entre elles ont été livrées avant l’arrestation de Laurent Gbagbo en avril 2011.

Dans le même temps, Olivier Bazin met en branle l’autre pan du montage ivoirien. Selon les informations de l’OCCRP, il alerte en particulier Semlex, une entreprise belge spécialisée dans la biométrie et implantée en Côte d’Ivoire, où elle est liée par contrat à Gunvor dans le domaine du pétrole depuis 2008. Olivier Bazin est à la fois le représentant de Gunvor et le mandataire de Semlex pour traiter avec cette société, l’État ivoirien et Petroci, comme le montre un document consulté par Jeune Afrique et daté de 2009.

Selon ce document de 2009, Olivier Bazin était à la fois le représentant de Gunvor et le mandataire de Semlex pour traiter avec cette société, l’État ivoirien et Petroci

Semlex est également liée par contrat à une autre entreprise, Caminex, un négociant en pétrole installé en Tunisie. Les deux entités, comme Gunvor et Semlex, collaborent dans le domaine pétrolier, selon un document en possession de Jeune Afrique daté de 2010.

Selon ce document de 2010, Semlex et Caminex, un négociant en pétrole installé en Tunisie, collaboraient dans le domaine pétrolier

Mais Caminex n’est pas tout à fait ce qu’elle prétend être : selon des observateurs de l’ONU, elle est l’une des nombreuses entreprises utilisées par Robert Montoya et un autre Français, Frédéric Lafont.

Un réseau d’entreprises, de la Tunisie à la Lettonie

Lafont, ancien légionnaire français installé en Côte d’Ivoire qui s’est reconverti dans la sécurité privée au début des années 2000, a notamment formé les escouades anti-émeute de Laurent Gbagbo. Il est surtout à la tête, en collaboration avec Robert Montoya, d’une kyrielle d’entreprises, telles que Darkwood, Protect, Caminex et Sophia Airlines, qui seront plus tard identifiées par l’ONU comme fournissant de l’armement et blanchissant l’argent issu de ce commerce. Mais il a toujours nié, par l’intermédiaire de son avocat, Gilbert Collard, les accusations onusiennes, « concoctées par jalousie » selon lui.

MONTOYA ET LAFONT ACHEMINAIENT SECRÈTEMENT DES ARMES VERS LES FORCES DE LAURENT GBAGBO

Dans un rapport daté de 2012, les experts de l’ONU ont ainsi expliqué que Montoya et Lafont avaient utilisé « une structure complexe d’entreprises basées en Côte d’Ivoire, en Tunisie et en Lettonie » pour transférer de l’argent alors qu’ils acheminaient secrètement des armes vers les forces de Laurent Gbagbo, violant « systématiquement le régime de sanctions imposé à la Côte d’Ivoire ». Parmi ces entreprises : Caminex.

Selon des documents consultés par Jeune Afrique, Gunvor, Semlex et Caminex font régulièrement affaire en 2010 et en 2011, par l’intermédiaire d’Olivier Bazin. Le 12 janvier 2011, celui-ci a d’ailleurs encore écrit un courriel au PDG de Semlex, le Belge d’origine syrienne Albert Karaziwan, en lui rappelant certaines dispositions des accords liant son entreprise à Caminex. En ce même mois de janvier, Semlex a également transféré 1,2 million de dollars à Gunvor, officiellement pour des paiements liés au pétrole.

« Pétrole contre armes »

Dans leur rapport de 2012, les experts de l’ONU n’ont jamais ciblé nommément Gunvor comme faisant partie d’un montage visant à fournir des armes à la Côte d’Ivoire sous embargo. Toutefois, dans une annexe intitulée « Demande d’un accord “pétrole contre armes” », ils citent un courriel de 2010 d’un employé de Gunvor discutant de l’achat de deux cargaisons supplémentaires de brut ivoirien pour un coût de 106 millions de dollars.

« Gunvor semble avoir utilisé sa relation avec Semlex pour cacher le fait qu’il travaillait main dans la main avec des marchands d’armes connus. Le réseau que les deux sociétés ont créé est un bon exemple des différentes couches opaques que les marchands d’armes peuvent utiliser pour dissimuler leurs activités », explique Andrew Feinstein, spécialiste du commerce d’armes international.

Contacté par l’OCCRP, le directeur des affaires corporatives de Gunvor, Seth Pietras, a nié toutes les allégations d’actes répréhensibles. Il a déclaré que la société avait été présentée à Semlex et Bazin par un ancien employé de Gunvor, qui a depuis été condamné par un tribunal suisse pour corruption, et qu’elle n’entretenait actuellement aucune relation avec l’une ou l’autre des parties.

« Gunvor ne conclurait jamais un accord dans lequel les armes constituaient un aspect de la transaction. C’était vrai à l’époque, c’est vrai maintenant », a-t-il ajouté. Semlex n’a de son côté pas répondu aux sollicitations, tandis que Montoya, Lafont et Bazin n’ont pas pu être contactés pour commenter.

Bazin, l’intermédiaire entre Gbagbo et Gunvor

Selon l’OCCRP, Gunvor est parvenue à poursuivre ses activités en Côte d’Ivoire tout au long de la crise postélectorale, alors même que l’Union européenne avait sanctionné la compagnie Petroci. En avril 2011, un courrier électronique montre ainsi que la société a acheté 1,6 million de barils de brut pour un montant estimé à 160 millions de dollars. Semlex, avec qui Gunvor collaborait depuis 2008, a alors reçu une commission de plus de trois millions de dollars sur cette transaction, laquelle s’est finalisée en plein basculement de la crise.

KADET BERTIN, L’EX-CONSEILLER SPÉCIAL DE GBAGBO, ASSURE NE CONNAÎTRE NI GUNVOR NI SEMLEX

Des documents confidentiels indiquent également que Gunvor a signé avec Petroci un accord de préfinancement pour des opérations pétrolières en 2010 et 2011. Le contrat, visé par la banque française Crédit agricole, portait sur une somme de 180 millions de dollars. En contrepartie, l’entreprise de négoce pétrolier obtenait des conditions avantageuses dans ses futures opérations à Abidjan.

Une source proche de l’accord a expliqué qu’Olivier Bazin, en qualité d’intermédiaire de Gunvor avec le gouvernement ivoirien et avec Petroci, en avait négocié les termes. Celui-ci aurait fait pression sur Laurent Gbagbo pour qu’il signe le contrat, arguant qu’il en avait besoin pour financer sa campagne présidentielle de 2010 et, au besoin, assurer sa sécurité grâce à l’achat de mercenaires et d’armes.

Contacté par Jeune Afrique, Kadet Bertin, puissant conseiller spécial de Laurent Gbagbo chargé de la Défense et de la Sécurité entre 2003 et 2011, assure ne pas connaître les entreprises Gunvor et Semlex. Il affirme ne pas pouvoir répondre à nos questions.

Quand Gunvor misait sur Ouattara

Si l’argent semble avoir continué de circuler entre le régime de Gbagbo, Semlex et Gunvor via divers comptes bancaires et sociétés jusqu’en juin 2011, la société pétrolière n’a cependant pas tout misé sur le patron du Front populaire ivoirien (FPI). Alors que les forces d’Alassane Ouattara commençaient à prendre le dessus en Côte d’Ivoire, la société couvrait en réalité déjà ses arrières.

EN JANVIER 2011, GUNVOR SIGNAIT UN ACCORD AVEC ADAMA TOUNGARA, « MINISTRE DU PÉTROLE » D’ALASSANE OUATTARA

En janvier 2011, alors qu’elle recevait encore du pétrole dans le cadre des accords passés avec les équipes de Laurent Gbagbo, Gunvor signait ainsi un accord séparé avec quelques uns de leurs adversaires, dont Adama Toungara, « ministre du Pétrole » d’Alassane Ouattara (il est aujourd’hui médiateur de la République), et des responsables chez Petroci.

L’accord, qui visait à permettre à Gunvor de poursuivre ses activités en cas de chute de son meilleur allié, Laurent Gbagbo, semble n’avoir été activé qu’en avril, lors de la victoire effective d’Alassane Ouattara. Selon certaines indiscrétions, Gunvor aurait commencé dès mai à payer des fonctionnaires du nouveau gouvernement ivoirien, par l’intermédiaire d’une société basée dans le paradis fiscal de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Belisha Capital.

Le mystère Belisha Capital

Selon une source proche de la famille, Belisha Capital appartenait alors au neveu d’Adama Toungara, l’avocat Adama Kamara. Dans une facture datée du 15 mai 2011, celle-ci réclamait notamment le paiement de 1,5 million de dollars à Gunvor comme « participation aux bénéfices » du brut vendu le mois précédent. Selon des documents de l’OCCRP, Olivier Bazin a également effectué d’autres paiements en espèces, d’un montant non divulgué, à un cadre de Petroci entre 2011 et 2013.

Dans une facture datée du 15 mai 2011, Belisha Capital réclamait le paiement de 1,5 million de dollars à Gunvor comme

Si des documents judiciaires obtenus par l’OCCRP décrivent Gunvor comme « très proche » du régime de Laurent Gbagbo, un témoignage recueilli en Suisse montre que le négociant en pétrole faisait également pression sur le nouveau gouvernement d’Alassane Ouattara, en utilisant sa relation avec Adama Toungara et Adama Kamara.

Contacté par Jeune Afrique, Adama Kamara, aujourd’hui conseiller à la Primature et avocat d’Alassane Ouattara, n’a pas souhaité donner de détails sur ses contacts avec Gunvor lors de la crise postélectorale, expliquant être tenu au secret professionnel dans le cadre de ses activités d’avocat.

Masséré Touré, directrice de la communication de la présidence et nièce du chef de l’État ivoirien, a quant à elle déclaré que l’administration actuelle n’avait aucune trace des contrats passés sous Laurent Gbagbo. Elle n’a pas souhaité répondre aux questions concernant la société Belisha Capital.

Gunvor n’a cessé d’exploiter le pétrole ivoirien qu’en 2016

Gunvor a continué à exploiter le pétrole ivoirien jusqu’en 2016 – son chiffre d’affaires s’est élevé cette année-là à 47 milliards de dollars, faisant d’elle le quatrième plus gros négociant en pétrole privé du monde. Toutefois, elle s’est progressivement retirée du terrain africain, le continent ne représentant plus, dès 2018, qu’environ 5 % de son chiffre d’affaires.

Fin 2018, Gunvor a en effet été condamnée en Suisse dans une autre affaire à une amende record de 95 millions de dollars, la justice ayant estimé qu’elle n’avait pas empêché ses employés de corrompre des fonctionnaires en Côte d’Ivoire et au Congo-Brazzaville.

Semlex n’a, quant à elle, pas été inquiétée. En 2018, l’entreprise belge a même remporté un contrat de 700 millions de dollars avec le gouvernement ivoirien pour produire 32 millions de passeports biométriques. Elle est aujourd’hui sous le coup d’une enquête judiciaire en Belgique et soupçonnée de corruption et de blanchiment d’argent dans le cadre d’un contrat de production de passeports en RD Congo, lequel n’a pas été renouvelé.

Avec Jeune Afrique par Mathieu Olivier