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[Enquête] Armes contre pétrole : les affaires louches de Semlex et Gunvor en Côte d’Ivoire

octobre 22, 2020
Armes remises à l'ONUCI par d'ex-combattants de la crise post-électorale, à Abidjan, en juillet 2012.

Pendant la crise postélectorale, les sociétés Semlex et Gunvor ont été au cœur d’un système visant à fournir des armes au régime de Laurent Gbagbo, en violation de l’embargo des Nations unies. L’OCCRP et « Jeune Afrique » vous dévoilent les dessous de ce montage complexe.

*Cet article est issu du travail de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP, un consortium de journalistes d’investigation fondé en 2006), auquel Jeune Afrique a collaboré. L’original, en anglais, peut être lu ici.

Nous sommes entre fin février et début mars 2011, à Genève, en Suisse, dans un salon privé d’un palace donnant sur le Rhône, le Mandarin. Ici, les chuchotements sont de rigueur. Les affaires se concluent à l’abri des regards, dans l’illusion d’un secret cinq étoiles. Un petit groupe d’hommes d’affaires s’est réuni avec, parmi eux, des représentants de l’entreprise Gunvor, spécialisée dans le commerce de produits pétroliers.

Basée à Genève, cette société appartient alors en copropriété au milliardaire suédois Torbjörn Törnqvist et à Gennady Timchenko, un oligarque russe étroitement lié au Kremlin. Active en Côte d’Ivoire, elle travaille à Abidjan avec la Société nationale d’opérations pétrolières ivoirienne, communément connue sous le nom de Petroci.

Alors que s’amorce la crise de 2010-2011, Gunvor, négociant pétrolier parmi les plus puissants du marché, est en réalité l’un des piliers du pouvoir du président ivoirien, Laurent Gbagbo. Au point, selon l’enquête de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) à laquelle Jeune Afrique a participé, d’essayer de l’aider à se fournir en armes et en munitions.

Deux Français au cœur du système

Retour en Suisse. Au cœur de la réunion du Mandarin, un homme : Olivier Bazin. Connu sous le nom de « Colonel Mario », il a commencé à travailler pour Gunvor en Afrique en 2007, en tant que représentant en Angola. Il a ensuite poursuivi cette collaboration, au Congo-Brazzaville et en Côte d’Ivoire. Mis en cause en France dans diverses affaires de meurtre ou d’extorsion de fonds liées au milieu corse (les charges ont ensuite été abandonnées), l’homme a été condamné en 2009 pour blanchiment d’argent et contrebande d’or en lien avec le Gabon.

Décrit par un procureur suisse comme un marchand d’armes international, Bazin est l’un des hommes à tout faire de Gunvor sur le continent, et il avoue enchaîner les réunions « à Abidjan, Brazzaville, Malabo, […] Genève, […] Paris, Bruxelles, Londres » pour le compte de la société pétrolière. Son nom est bien connu sur les bords de la lagune Ebrié : il fait l’objet d’une plainte déposée par Guillaume Soro, qui l’accuse d’être l’un des auteurs de l’enregistrement qui lui vaut d’être accusé d’atteinte à la sécurité de l’État par les autorités de son pays.

Autre interlocuteur de la réunion du Mandarin : Robert Montoya. Lui non plus n’est pas un inconnu à Abidjan. Cet ancien policier français, devenu chef d’un réseau international d’armes est, selon les experts des Nations unies ayant enquêté sur lui, l’un des principaux fournisseurs de la Côte d’Ivoire depuis 2005. Sa spécialité : échanger armes et munitions d’origine biélorusse, russe ou lettone contre des ressources telles que le pétrole ou le cacao. L’ONU estime que le réseau de Montoya a vendu au gouvernement ivoirien au moins 16,3 millions de dollars d’armes entre 2006 et 2010 (13,9 millions d’euros)

« Voici l’équipement dont nous avons besoin »

L’objet de cette discrète réunion genevoise a-t-il été défini quelques semaines auparavant ? Le 24 janvier, Aubert Zohore, un conseiller de Laurent Gbagbo aujourd’hui réfugié aux États-Unis, écrit à Olivier Bazin un message confidentiel. Attaché à celui-ci, un tableau très détaillé dans lequel il énumère les armes qu’il souhaiterait se procurer, représentant un total de 4,5 millions d’euros. « Voici l’équipement dont nous avons besoin de toute urgence », explique-t-il. La liste comprend près de 7 millions de cartouches, 6 000 roquettes et 300 grenades fumigènes.

LE PRÉSIDENT GBAGBO VOULAIT OBTENIR LE SOUTIEN DE GUNVOR POUR ACHETER DES ARMES EN RUSSIE

Deux jours plus tard, le 26 janvier, Olivier Bazin transmet le message à un responsable de Gunvor. Il écrit : « Comme indiqué, je vous envoie la liste des équipements demandés par le [représentant du président] aux Russes. Veuillez confirmer que vous avez reçu cet e-mail. »

Une source au fait de l’accord explique : « Le président Gbagbo a demandé à Bazin d’obtenir le soutien de Gunvor pour acheter des armes en Russie. Bazin et Montoya ont impliqué cette entreprise dans l’accord d’armement et tous deux l’ont rencontrée à Genève à cette fin. » Elle affirme également que les armes ont été payées et que certaines d’entre elles ont été livrées avant l’arrestation de Laurent Gbagbo en avril 2011.

Dans le même temps, Olivier Bazin met en branle l’autre pan du montage ivoirien. Selon les informations de l’OCCRP, il alerte en particulier Semlex, une entreprise belge spécialisée dans la biométrie et implantée en Côte d’Ivoire, où elle est liée par contrat à Gunvor dans le domaine du pétrole depuis 2008. Olivier Bazin est à la fois le représentant de Gunvor et le mandataire de Semlex pour traiter avec cette société, l’État ivoirien et Petroci, comme le montre un document consulté par Jeune Afrique et daté de 2009.

Selon ce document de 2009, Olivier Bazin était à la fois le représentant de Gunvor et le mandataire de Semlex pour traiter avec cette société, l’État ivoirien et Petroci

Semlex est également liée par contrat à une autre entreprise, Caminex, un négociant en pétrole installé en Tunisie. Les deux entités, comme Gunvor et Semlex, collaborent dans le domaine pétrolier, selon un document en possession de Jeune Afrique daté de 2010.

Selon ce document de 2010, Semlex et Caminex, un négociant en pétrole installé en Tunisie, collaboraient dans le domaine pétrolier

Mais Caminex n’est pas tout à fait ce qu’elle prétend être : selon des observateurs de l’ONU, elle est l’une des nombreuses entreprises utilisées par Robert Montoya et un autre Français, Frédéric Lafont.

Un réseau d’entreprises, de la Tunisie à la Lettonie

Lafont, ancien légionnaire français installé en Côte d’Ivoire qui s’est reconverti dans la sécurité privée au début des années 2000, a notamment formé les escouades anti-émeute de Laurent Gbagbo. Il est surtout à la tête, en collaboration avec Robert Montoya, d’une kyrielle d’entreprises, telles que Darkwood, Protect, Caminex et Sophia Airlines, qui seront plus tard identifiées par l’ONU comme fournissant de l’armement et blanchissant l’argent issu de ce commerce. Mais il a toujours nié, par l’intermédiaire de son avocat, Gilbert Collard, les accusations onusiennes, « concoctées par jalousie » selon lui.

MONTOYA ET LAFONT ACHEMINAIENT SECRÈTEMENT DES ARMES VERS LES FORCES DE LAURENT GBAGBO

Dans un rapport daté de 2012, les experts de l’ONU ont ainsi expliqué que Montoya et Lafont avaient utilisé « une structure complexe d’entreprises basées en Côte d’Ivoire, en Tunisie et en Lettonie » pour transférer de l’argent alors qu’ils acheminaient secrètement des armes vers les forces de Laurent Gbagbo, violant « systématiquement le régime de sanctions imposé à la Côte d’Ivoire ». Parmi ces entreprises : Caminex.

Selon des documents consultés par Jeune Afrique, Gunvor, Semlex et Caminex font régulièrement affaire en 2010 et en 2011, par l’intermédiaire d’Olivier Bazin. Le 12 janvier 2011, celui-ci a d’ailleurs encore écrit un courriel au PDG de Semlex, le Belge d’origine syrienne Albert Karaziwan, en lui rappelant certaines dispositions des accords liant son entreprise à Caminex. En ce même mois de janvier, Semlex a également transféré 1,2 million de dollars à Gunvor, officiellement pour des paiements liés au pétrole.

« Pétrole contre armes »

Dans leur rapport de 2012, les experts de l’ONU n’ont jamais ciblé nommément Gunvor comme faisant partie d’un montage visant à fournir des armes à la Côte d’Ivoire sous embargo. Toutefois, dans une annexe intitulée « Demande d’un accord “pétrole contre armes” », ils citent un courriel de 2010 d’un employé de Gunvor discutant de l’achat de deux cargaisons supplémentaires de brut ivoirien pour un coût de 106 millions de dollars.

« Gunvor semble avoir utilisé sa relation avec Semlex pour cacher le fait qu’il travaillait main dans la main avec des marchands d’armes connus. Le réseau que les deux sociétés ont créé est un bon exemple des différentes couches opaques que les marchands d’armes peuvent utiliser pour dissimuler leurs activités », explique Andrew Feinstein, spécialiste du commerce d’armes international.

Contacté par l’OCCRP, le directeur des affaires corporatives de Gunvor, Seth Pietras, a nié toutes les allégations d’actes répréhensibles. Il a déclaré que la société avait été présentée à Semlex et Bazin par un ancien employé de Gunvor, qui a depuis été condamné par un tribunal suisse pour corruption, et qu’elle n’entretenait actuellement aucune relation avec l’une ou l’autre des parties.

« Gunvor ne conclurait jamais un accord dans lequel les armes constituaient un aspect de la transaction. C’était vrai à l’époque, c’est vrai maintenant », a-t-il ajouté. Semlex n’a de son côté pas répondu aux sollicitations, tandis que Montoya, Lafont et Bazin n’ont pas pu être contactés pour commenter.

Bazin, l’intermédiaire entre Gbagbo et Gunvor

Selon l’OCCRP, Gunvor est parvenue à poursuivre ses activités en Côte d’Ivoire tout au long de la crise postélectorale, alors même que l’Union européenne avait sanctionné la compagnie Petroci. En avril 2011, un courrier électronique montre ainsi que la société a acheté 1,6 million de barils de brut pour un montant estimé à 160 millions de dollars. Semlex, avec qui Gunvor collaborait depuis 2008, a alors reçu une commission de plus de trois millions de dollars sur cette transaction, laquelle s’est finalisée en plein basculement de la crise.

KADET BERTIN, L’EX-CONSEILLER SPÉCIAL DE GBAGBO, ASSURE NE CONNAÎTRE NI GUNVOR NI SEMLEX

Des documents confidentiels indiquent également que Gunvor a signé avec Petroci un accord de préfinancement pour des opérations pétrolières en 2010 et 2011. Le contrat, visé par la banque française Crédit agricole, portait sur une somme de 180 millions de dollars. En contrepartie, l’entreprise de négoce pétrolier obtenait des conditions avantageuses dans ses futures opérations à Abidjan.

Une source proche de l’accord a expliqué qu’Olivier Bazin, en qualité d’intermédiaire de Gunvor avec le gouvernement ivoirien et avec Petroci, en avait négocié les termes. Celui-ci aurait fait pression sur Laurent Gbagbo pour qu’il signe le contrat, arguant qu’il en avait besoin pour financer sa campagne présidentielle de 2010 et, au besoin, assurer sa sécurité grâce à l’achat de mercenaires et d’armes.

Contacté par Jeune Afrique, Kadet Bertin, puissant conseiller spécial de Laurent Gbagbo chargé de la Défense et de la Sécurité entre 2003 et 2011, assure ne pas connaître les entreprises Gunvor et Semlex. Il affirme ne pas pouvoir répondre à nos questions.

Quand Gunvor misait sur Ouattara

Si l’argent semble avoir continué de circuler entre le régime de Gbagbo, Semlex et Gunvor via divers comptes bancaires et sociétés jusqu’en juin 2011, la société pétrolière n’a cependant pas tout misé sur le patron du Front populaire ivoirien (FPI). Alors que les forces d’Alassane Ouattara commençaient à prendre le dessus en Côte d’Ivoire, la société couvrait en réalité déjà ses arrières.

EN JANVIER 2011, GUNVOR SIGNAIT UN ACCORD AVEC ADAMA TOUNGARA, « MINISTRE DU PÉTROLE » D’ALASSANE OUATTARA

En janvier 2011, alors qu’elle recevait encore du pétrole dans le cadre des accords passés avec les équipes de Laurent Gbagbo, Gunvor signait ainsi un accord séparé avec quelques uns de leurs adversaires, dont Adama Toungara, « ministre du Pétrole » d’Alassane Ouattara (il est aujourd’hui médiateur de la République), et des responsables chez Petroci.

L’accord, qui visait à permettre à Gunvor de poursuivre ses activités en cas de chute de son meilleur allié, Laurent Gbagbo, semble n’avoir été activé qu’en avril, lors de la victoire effective d’Alassane Ouattara. Selon certaines indiscrétions, Gunvor aurait commencé dès mai à payer des fonctionnaires du nouveau gouvernement ivoirien, par l’intermédiaire d’une société basée dans le paradis fiscal de Saint-Vincent-et-les-Grenadines, Belisha Capital.

Le mystère Belisha Capital

Selon une source proche de la famille, Belisha Capital appartenait alors au neveu d’Adama Toungara, l’avocat Adama Kamara. Dans une facture datée du 15 mai 2011, celle-ci réclamait notamment le paiement de 1,5 million de dollars à Gunvor comme « participation aux bénéfices » du brut vendu le mois précédent. Selon des documents de l’OCCRP, Olivier Bazin a également effectué d’autres paiements en espèces, d’un montant non divulgué, à un cadre de Petroci entre 2011 et 2013.

Dans une facture datée du 15 mai 2011, Belisha Capital réclamait le paiement de 1,5 million de dollars à Gunvor comme

Si des documents judiciaires obtenus par l’OCCRP décrivent Gunvor comme « très proche » du régime de Laurent Gbagbo, un témoignage recueilli en Suisse montre que le négociant en pétrole faisait également pression sur le nouveau gouvernement d’Alassane Ouattara, en utilisant sa relation avec Adama Toungara et Adama Kamara.

Contacté par Jeune Afrique, Adama Kamara, aujourd’hui conseiller à la Primature et avocat d’Alassane Ouattara, n’a pas souhaité donner de détails sur ses contacts avec Gunvor lors de la crise postélectorale, expliquant être tenu au secret professionnel dans le cadre de ses activités d’avocat.

Masséré Touré, directrice de la communication de la présidence et nièce du chef de l’État ivoirien, a quant à elle déclaré que l’administration actuelle n’avait aucune trace des contrats passés sous Laurent Gbagbo. Elle n’a pas souhaité répondre aux questions concernant la société Belisha Capital.

Gunvor n’a cessé d’exploiter le pétrole ivoirien qu’en 2016

Gunvor a continué à exploiter le pétrole ivoirien jusqu’en 2016 – son chiffre d’affaires s’est élevé cette année-là à 47 milliards de dollars, faisant d’elle le quatrième plus gros négociant en pétrole privé du monde. Toutefois, elle s’est progressivement retirée du terrain africain, le continent ne représentant plus, dès 2018, qu’environ 5 % de son chiffre d’affaires.

Fin 2018, Gunvor a en effet été condamnée en Suisse dans une autre affaire à une amende record de 95 millions de dollars, la justice ayant estimé qu’elle n’avait pas empêché ses employés de corrompre des fonctionnaires en Côte d’Ivoire et au Congo-Brazzaville.

Semlex n’a, quant à elle, pas été inquiétée. En 2018, l’entreprise belge a même remporté un contrat de 700 millions de dollars avec le gouvernement ivoirien pour produire 32 millions de passeports biométriques. Elle est aujourd’hui sous le coup d’une enquête judiciaire en Belgique et soupçonnée de corruption et de blanchiment d’argent dans le cadre d’un contrat de production de passeports en RD Congo, lequel n’a pas été renouvelé.

Avec Jeune Afrique par Mathieu Olivier

                         

Corruption: la Cour des comptes étrille le pouvoir haïtien

août 17, 2020

Un rapport de la Cour supérieure des comptes d'Haïti a dénoncé la gestion frauduleuse du pouvoir.

Un rapport de la Cour supérieure des comptes d’Haïti a dénoncé la gestion frauduleuse du pouvoir. MAURICIO VALENZUELA / AFP

La Cour supérieure des comptes d’Haïti déplore, dans un nouveau rapport publié lundi, la gestion frauduleuse et souvent illégale, par les divers ministères et administrations, de centaines de millions de dollars d’aide offerts par le Venezuela entre 2008 et 2016. Projets engagés sans une évaluation des besoins ou même une estimation des coûts, violations répétées des normes de passation de marchés publics: sur plus de 1000 pages, les juges n’épargnent aucune institution.

«Les projets d’investissement et les contrats liés au fonds PetroCaribe n’ont pas été gérés en respectant les principes d’efficience et d’économie», accuse la Cour des comptes. Mis en place à l’initiative de l’ancien président Hugo Chavez, ce programme a permis à plusieurs pays d’Amérique latine et des Caraïbes de bénéficier de prêts du Venezuela dans le cadre d’un mécanisme de livraison de pétrole à conditions préférentielles. Les six gouvernements haïtiens qui se sont succédé depuis 2008 ont lancé pour près de deux milliards de dollars de projets sans, le plus souvent, se soucier des principes de base de la gestion de fonds publics, accuse l’audit.

La Cour des comptes haïtienne dénonce aussi l’absence de coopération des institutions ce qui a empêché son travail d’enquête. Par exemple, les juges n’ont pas pu retracer un seul contrat pour la construction d’un parc industriel et de 1500 maisons en périphérie de Port-au-Prince : ce qui a été le plus ambitieux projet public d’aménagement urbain initié suite au séisme de 2010 s’est arrêté en 2014. Plus de 46 millions de dollars ont pourtant été versés à une seule entreprise, Constructora ROFI S.A., qui appartient au sénateur dominicain Félix Bautista, sanctionné pour corruption par le Trésor américain en juin 2018.

Dans leur précédent rapport sur le fonds PetroCaribe, les juges avaient épinglé l’actuel président de la République Jovenel Moïse, accusé d’avoir été au cœur d’un «stratagème de détournement de fonds» avant sa prise de fonction. Contre les recommandations de la Cour des comptes et malgré des manifestations populaires organisées depuis 2018, aucune poursuite n’a encore été menée la justice haïtienne contre les dizaines d’anciens ministres et haut dirigeants impliqués dans le scandale PetroCaribe.

Par Le Figaro avec AFP

L’ex-roi Juan Carlos, soupçonné de corruption, quitte l’Espagne

août 3, 2020

 

La justice suisse et la justice espagnole enquêtent notamment sur une centaine de millions de dollars qui auraient été secrètement versés à Juan Carlos Ier par l’Arabie saoudite.

Soupçonné de corruption et sous le coup d’une enquête de la Cour suprême, l’ex-roi d’Espagne Juan Carlos a annoncé sa décision de quitter le pays dans une lettre adressée à son fils, le souverain Felipe VI, citée par la Maison Royale.

«Guidé à présent par la conviction de rendre le meilleur service aux Espagnols, à leurs institutions, et à toi en tant que Roi, je t’informe de ma décision réfléchie de m’exiler, en cette période, en dehors de l’Espagne», a écrit l’ancien souverain cité dans le communiqué de la Maison Royale, où le roi Felipe VI accepte et le remercie pour sa décision.

Une affaire liée à l’Arabie Saoudite

La justice, en Suisse et en Espagne, enquête notamment sur une centaine de millions de dollars qui auraient été secrètement versés sur un compte en Suisse à Juan Carlos Ier par l’Arabie saoudite. En 2018, la presse espagnole révélait que Juan Carlos aurait touché une rétro-commission lors de l’attribution en 2011 à des entreprises espagnoles d’un contrat pour un train à grande vitesse (AVE) entre La Mecque et Médine.

Juan Carlos Ier a régné 40 ans en Espagne, où il avait accédé au trône après la mort du dictateur Francisco Franco en 1975. Il restera notamment dans l’histoire pour avoir favorisé la transition de la dictature à la démocratie en 1977 puis stoppé un putsch militaire en 1981. Mais il avait dû abdiquer en juin 2014 en faveur de son fils, sur fond de scandales.

Par Le Figaro avec AFP

 

Corruption en RDC: Tshisekedi imprime sa marque sur la haute magistrature

février 19, 2020

 

Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a imprimé sa marque sur la haute magistrature en assistant mercredi 19 février à la prestation de serment de hauts magistrats qu’il vient de nommer pour réformer la justice, avec pour priorité la lutte anti-corruption.

«Nul doute qu’une nouvelle ère pointe à l’horizon dans la gestion de l’appareil judiciaire pour une meilleure justice, équitable pour tous», a proclamé la présidence congolaise dans un communiqué.

Ces nominations ont suscité beaucoup d’espoirs chez les défenseurs des droits humains qui accusent la justice d’être corrompue, lente et de se prononcer à la tête du client.

L’Association congolaise pour l’accès à la justice (Acaj) attend une «lutte concrète et rapide contre, notamment, la corruption et les crimes graves».

La RDC occupe la 168e place sur 180 pays dans l’indice de perception de la corruption établi par l’ONG Transparency international, dans un rapport rendu public fin janvier.

L’envoyé spécial des Etats-Unis pour les Grands lacs, Peter Pham, avait insisté sur le fait que Washington était prêt à aider la RDC à lutter contre la corruption et l’impunité, en rencontrant tour à tour le président Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila la semaine dernière à Kinshasa.

Des hauts magistrats de la cour de Cassation (procureur général et premier président), du Conseil d’Etat (procureur général) et de la justice militaire (premier président de la Haute Cour Militaire) très active en RDC, ont prêté serment.

Le nouveau procureur général près la Cour constitutionnelle, qui peut mettre le chef de l’Etat en accusation, prêtera serment plus tard «devant le Parlement réuni en congrès», a expliqué une conseillère du président Tshisekedi.

Ces mouvements interviennent au moment où des enquêtes sont lancées sur l’utilisation des fonds alloués à des chantiers publics dans le cadre d’un programme d’urgence initié par le chef de l’État et gérés par ses proches collaborateurs.

Le président Tshisekedi est un ancien opposant, investi le 24 janvier 2019. Il a succédé à Joseph Kabila avec les partisans duquel il a formé un gouvernement de coalition. Ces derniers restent majoritaires dans toutes les autres institutions du pays.

Par Le Figaro avec AFP

Biens mal acquis : Christel Sassou Nguesso, un gros poisson dans le filet

février 11, 2020

 

Les populations du Congo-Brazzaville l’avaient rêvé, la justice par l’entremise du parquet de Paris l’a réalisé. Le fils de Denis Sassou Nguesso a été mis en examen à Paris pour blanchiment en décembre 2019 pour corruption dans le volet de l’affaire dite des « Biens mal acquis ». La balle est dans le camp de la justice du Congo-Brazzaville, pour filer la métaphore sportive.

Le parquet de Brazzaville saisira-t-elle la balle au bond pour mettre en examen Christel Sassou Nguesso pour les mêmes faits ? La loi est pourtant d’une clarté cristalline. Aucun citoyen n’est au dessus des lois. Et, le khalife d’Oyo, Denis Sassou Nguesso, l’avait lui-même martelé : « Il n’y aura ni menu fretin ni gros poisson dans la lutte contre la corruption  ». André Oko Ngakala a des coudées libres pour mener toute investigation. Le petit procureur de Brazzaville ne va pas s’ennuyer.

Plusieurs personnes dans l’entourage du Président congolais ont été mises en examen dans le dossier tentaculaire des biens mal acquis. Les magistrats cherchent à savoir si les fortunes de plusieurs familles présidentielles africaines, notamment celle de Denis Sassou Nguesso, ont pu être bâties en France grâce à de l’argent public détourné.

Les populations du Congo-Brazzaville voyaient dans le gargarisme lexico-politique de Denis Sassou Nguesso un durcissement du verbe qui présage d’un durcissement des actes. Il ne s’en est rien suivi. Les scandales financiers au retentissement international qui touchent les proches de Sassou Nguesso se suivent et se heurtent à un silence de cathédrale des autorités judiciaires du Congo-Brazzaville.

Les délinquants en cols blancs vivent des jours heureux à Brazzaville, Dolisie, Ouesso et à Pointe-Noire. Jean Didier Elongo, auteur de malversations financières se la coule douce. Jean Jacques Bouya, Gilbert Ondongo, Jean Bruno Richard Itoua, Lucien Ebata, Willy Etoka, Blaise Onanga, Oscar Etoka, Isidore Mvouba, Rodolphe Adada, Jean Dominique Okemba, Denis Ngokana, Henri Djombo, Rigobert Maboundou, Claude Alphonsfe Nsilou, albert Ngondo… continuent de narguer les populations du Congo-Brazzaville sans que le parquet ne lève son petit doigt.

La médiatisation des scandales financiers qui touchent les proches de Denis Sassou Nguesso à travers le globe indique l’ampleur du phénomène de la corruption au Congo-Brazzaville et montre l’ampleur du travail qu’il reste à accomplir pour convaincre de la nécessité d’autres pratiques et d’autres politiques de lutte contre la corruption.

Les avocats qui parlent d’acharnement de nature néocolonialiste, les lobbyistes et les soutiens de Denis Sassou Nguesso à Paris, dédaigneux de la bonne gouvernance du Congo-Brazzaville, feraient mieux de s’inquiéter des proportions du phénomène et du discrédit jeté par la corruption sur ce petit pays pétrolier d’Afrique Centrale qui peine à appliquer les 48 mesures édictées par le Fonds monétaire international (FMI) dans le cadre de l’accord sur la facilité élargie de crédit (FEC).

D’après Challenge (7 février 2020), trois biens immobiliers appartenant à Christel Sassou Nguesso situés dans le 16è arrondissement de Paris et à Neuilly-sur-Seine ont été saisis. Leur valeur pourrait avoisiner 30 millions d’euros. Durant leur court séjour à Paris Denis Sassou Nguesso, Christel Sassou, Claudia Sassou, Edgar Sassou, et les membres du clan descendent dans les palaces et autres hôtels les plus huppés de Paris (Bristol, Georges V…). Comment expliquer cette frénésie à l’acquisition immobilière sur la place de Paris et autres endroits paradisiaques ?

La justice du Congo-Brazzaville, une institution parmi les plus corrompues, est connue pour sa sévérité dans les affaires politiques et son immobilisme dans les affaires financières. Le filet de la lutte contre la corruption de la justice du Congo-Brazzaville pêchera-t-il un jour des gros poissons qui pullulent dans les allées du pouvoir ?

Avec Congo-mfoa.com par Benjamin BILOMBOT BITADYS

Dopage et corruption dans l’athlétisme : Lamine Diack jugé à Paris

janvier 13, 2020

Lamine Diack (Senegal), ancien athlete de haut niveau (saut en longueur), il est devenu president de la Federation internationale d'athetisme (IAAF) en 1999, puis mis en examen en 2015 pour corruption passive et blanchiment aggrave. Il lui est interdit de quitter le territoire français jusqu'a son proces, qui devrait s'ouvrir en 2019. A Paris, le 24.06.2019. Vincent Fournier/JA

Lamine Diack (Senegal), ancien athlète de haut niveau (saut en longueur), il est devenu président de la Fédération internationale d’athetisme (IAAF) en 1999, puis mis en examen en 2015 pour corruption passive et blanchiment aggrave. Il lui est interdit de quitter le territoire français jusqu’à son procès, qui devrait s’ouvrir en 2019. A Paris, le 24.06.2019. Vincent Fournier/JA © Vincent Fournier/JA

 

L’ancien patron de la fédération internationale d’athlétisme doit s’expliquer devant les juges à Paris alors qu’il fait face à des accusations de corruption. Depuis son arrestation en France en novembre 2015, les affaires se sont multipliées et emmèneront le tribunal jusqu’en Russie.

Le scandale avait porté un rude coup à l’image de l’athlétisme en 2015: l’ancien patron de la fédération internationale (IAAF), Lamine Diack, est attendu lundi au tribunal de Paris pour être jugé avec son fils et quatre acteurs présumés d’un système de corruption voué à protéger des athlètes russes dopés.

A 86 ans, le Sénégalais, qui a régné de 1999 à 2015 sur l’IAAF, a rendez-vous avec les juges de la 32e chambre correctionnelle du tribunal de Paris, à 13h30, pour répondre des délits de corruption active et passive, abus de confiance et blanchiment en bande organisée. Il risque jusqu’à dix ans de prison et une lourde amende.

L’affaire avait précipité la chute de ce cacique du sport mondial aux mille vies, ancien athlète et joueur de football avant d’entrer en politique (maire de Dakar 1978-1980, parlementaire de 1978 à 1993) puis de devenir le premier dirigeant non-européen de l’IAAF.

Affaires multiples

Depuis son arrestation à Paris en novembre 2015, les affaires se sont multipliées: la Russie a été accusée de dopage institutionnel et Lamine Diack est aussi mis en examen pour corruption, soupçonné d’avoir monnayé son influence dans les processus d’attribution des Jeux olympiques de Rio-2016 et Tokyo-2020 et des Mondiaux d’athlétisme 2015 à Pékin, ainsi que pour Doha, qui a obtenu les Mondiaux-2019 après un échec pour 2017. Des soupçons qu’il réfute.

À son procès, il est attendu avec l’un de ses anciens conseillers, l’avocat Habib Cissé, et l’ancien responsable du service antidopage de l’IAAF, Gabriel Dollé, jugés pour corruption passive.

Si Lamine Diack a interdiction de quitter le pays, la justice française n’a jamais pu approcher l’un des acteurs clé de l’affaire, son fils Papa Massata Diack, l’ancien puissant conseiller marketing de l’IAAF, réfugié à Dakar. Probablement absent, « PMD » entend néanmoins se défendre via ses avocats pendant les six demi-journées d’audience, étalées sur deux semaines.

Devraient aussi manquer à l’appel l’ancien patron de la fédération russe d’athlétisme, Valentin Balakhnitchev, et l’ancien entraîneur national des courses de fond, Alexeï Melnikov, soupçonnés d’avoir soutiré des sommes à sept athlètes en échange de leur protection contre des sanctions, pour un total évalué à 3,45 millions d’euros.

Voyages à Moscou

Début des années 2010: l’arrivée du passeport biologique, qui permet de déceler des variations sanguines anormales, met la pression sur la Russie. En novembre 2011, l’IAAF dispose de 23 noms d’athlètes suspects.

Mais Lamine Diack, Habib Cissé et Papa Massata Diack multiplient les voyages à Moscou et les dossiers disciplinaires traînent en longueur, permettant à plusieurs athlètes de participer aux JO de Londres-2012, et pour certains d’être médaillés, comme les marcheurs Sergey Kirdyapkin et Olga Kaniskina ou Yuliya Zaripova (3000 m steeple). Leurs titres seront retirés pour dopage.

Durant l’enquête, Lamine Diack a reconnu que les sanctions ont été échelonnées pour ne pas plomber l’image de la Russie, sur fond de négociations sur les droits télé et le sponsoring de la banque d’Etat VTB pour les Mondiaux de Moscou de 2013.

« Il fallait différer la suspension des athlètes russes pour obtenir le contrat VTB », a-t-il convenu.

Politique

L’ancien maire de Dakar a aussi concédé qu’il avait obtenu 1,5 million d’euros de la Russie pour soutenir l’opposition lors de la campagne électorale de 2012, face au président sortant, Abdoulaye Wade.

Mais pour ses avocats, les athlètes russes ont bien été sanctionnés (la plupart en 2014) et Lamine Diack cherchait avant tout à sauver l’IAAF de la faillite. Ils réfutent tout lien entre le jeu diplomatique de Moscou et les dossiers sportifs.

« Concomitance ne veut pas dire contrepartie », assurent William Bourdon et Simon Ndiaye.

L’enquête a permis de retrouver la trace d’un virement de 300 000 euros, provenant d’un compte singapourien associé à Papa Massata Diack, en faveur de la marathonienne Liliya Shobukhova, en guise de « remboursement » après sa suspension en 2014.

Lamine Diack est aussi jugé pour avoir permis à son fils de s’approprier d’importantes sommes dans les négociations avec les sponsors, en imposant ses sociétés comme intermédiaires, ou via des commissions « exorbitantes ». L’IAAF, rebaptisée World Athletics et présidée par Sebastian Coe, réclame 24,6 millions d’euros sur ce volet, sur un préjudice estimé à 41 millions.

Par Jeune Afrique avec AFP

Pouvoir en déluge

décembre 18, 2019

 

Dans l’inondation sale du pouvoir

Aucun ministre n’émerge du perchoir

Chacun sonne et prépare son départ furtif

Empochant avidement l’argent frais sur le vif

 

Spectateurs avertis de la contestation universelle

Ils surveillent le ras-le-bol de la jeunesse mondiale

Comme une puce affamée qui leur pince les oreilles

Au point de mettre déjà à l’abri leurs victuailles

 

Ayant émergé dans la mauvaise gestion et la corruption

Le cœur battant la chamade d’une éventuelle punition

Ils sont devenus des amis des féticheurs aigris des gris-gris

Leur permettant à temps de s’enfuir à l’assaut du moindre cri

 

Bernard NKOUNKOU

Le ventru trouillard

décembre 17, 2019

 

 

Il a avalé beaucoup de milliards

Dans son ventre dodu de trouillard

Le regard aux accents de vantards

Ne tient plus que sur le tard

 

Dans la gestion de surfacturation

Où galope et galvaude la corruption

La justification est l’amère conviction

Éloignant la confiance de toute administration

 

À la croisée des chemins du haut de sa stature

Où il admire toute honte bue sa mésaventure

Il ne lui reste plus qu’à boire une bonne ciguë

Pour sombrer comme un personnage ambigu

 

Bernard NKOUNKOU

 

Zimbabwe : l’épouse du vice-président Constantino Chiwenga arrêtée pour corruption

décembre 15, 2019

Le général Constantino Chiwenga, qui a mené le coup contre Mugabe, arrive à l'investiture de Emmerson Mnangagwa, le 24 novembre 2017.

Le général Constantino Chiwenga, qui a mené le coup contre Mugabe, arrive à l’investiture de Emmerson Mnangagwa, le 24 novembre 2017. © Tsvangirayi Mukwazhi/AP/SIPA

 

Marry Mubaiwa, l’épouse du vice-président du Zimbabwe, Constantino Chiwenga, a été arrêtée samedi dans le cadre d’une enquête pour fraude et blanchiment d’argent d’un montant estimé à un million de dollars.

Marry Mubaiwa, 38 ans, a été interpellée samedi par la police, selon la la Commission zimbabwéenne anticorruption, et devait être présentée à un juge en début de semaine prochaine.

Achat d’une propriété à Pretoria

Selon un document de la Commission anticorruption obtenu par l’Agence France-Presse, Marry Mubaiwa est accusée d’avoir transféré en 2018 et 2019 de l’argent de ses comptes du Zimbabwe vers des banques sud-africaines « en cachant ou en maquillant leur véritable utilisation », en violation du contrôle des changes.

Ces fonds auraient été utilisés pour l’achat en Afrique du Sud, avec des complices, d’une propriété dans la capitale Pretoria et de deux véhicules tout-terrain de luxe.

L’épouse du général Chiwenga, une ancienne mannequin, est par ailleurs accusée d’avoir menti à un juge sur la nature de son contrat de mariage.

Chiwenga, architecte de la chute de Mugabe

Ancien chef d’état-major de l’armée zimbabwéenne, Constantino Chiwenga est considéré comme l’architecte du coup de force qui a précipité la démission du président Robert Mugabe fin 2017, après trente-sept ans de règne sur le pays.

Il est considéré comme un proche du nouveau président Emmerson Mnangagwa, qui s’est fait fort de relancer l’économie en pleine déconfiture du pays, en luttant notamment contre la fuite des capitaux et l’évasion fiscale.

Agé de 63 ans, Constantino  Chiwenga est rentré le mois dernier dans son pays après un séjour médical de quatre mois en Chine. Son épouse était absente de la cérémonie organisée quelques jours plus tard dans son village natal.

Par Jeune Afrique avec AFP

Le pape admet un scandale de corruption dévoilé en interne

novembre 26, 2019

Le pape François a reconnu mardi l’existence d’un scandale de corruption au sein du Vatican, tout se félicitant du bon fonctionnement des mécanismes d’alertes internes nés de réformes.

Contre toute attente, le pape est entré dans le vif d’un «scandale» qui a conduit début octobre à des perquisitions et à la suspension provisoire de cinq suspects, dont le numéro deux de l’autorité anti-blanchiment (AIF) et un prélat de la Secrétairerie d’Etat, le gouvernement du Vatican. L’enquête menée par la justice vaticane étudie le circuit opaque d’acquisition d’un immeuble de prestige en plein coeur de Londres grâce aux dons faits à l’Eglise, pour traquer de possibles actions de «corruption». «On a fait des choses qui n’étaient pas propres» et «ce n’est pas bien que cela arrive au Vatican», a admis le souverain pontife, au cours d’une conférence de presse dans l’avion le ramenant du Japon. «C’est la première fois qu’au Vatican, une chose est découverte de l’intérieur et non de l’extérieur. C’est arrivé si souvent de l’extérieur, avec beaucoup de honte», a-t-il noté.

«Cela a été mis au jour grâce aux mécanismes internes qui ont commencé à fonctionner et que le pape Benoît XVI avait commencé à mettre en place», s’est félicité le cardinal argentin Jorge Bergoglio, choisi en 2013 pour poursuivre des réformes de transparence des finances vaticanes. «Je rends grâce à Dieu parce que le système de contrôle du Vatican fonctionne bien», a-t-il insisté. Et pour appuyer son propos, le pape a décrit la genèse de la dénonciation. L’affaire, dévoilée par la presse italienne, avait jusqu’alors été commentée à minima par le Vatican. «C’est le réviseur des comptes internes qui a dit: +ici, il y a quelque chose de mauvais+», a raconté le souverain pontife. A ce contrôleur qui lui a livré des noms de suspects, le pape a recommandé de saisir le procureur.

«De cela j’ai été content, parce qu’on voit que l’administration vaticane a maintenant les ressources pour éclaircir les mauvaises choses», a-t-il confié. Le procureur du Vatican tombé sur des éléments «obscurs» lui a ensuite demandé l’autorisation de procéder à des perquisitions dans cinq bureaux. «A ce jour, même si la présomption d’innocence demeure, les capitaux ne sont plus administrés par eux», a stipulé François. Quant aux cinq personnes soupçonnées de corruption, elles seront entendues d’ici un mois. Le pape a laissé entendre que l’acquisition de l’immeuble londonien, en cours d’étude, n’était pas forcément irrégulière.

Investissements moraux

Et il a expliqué qu’il n’y avait rien de répréhensible à faire fructifier les dons des fidèles à travers de bons investissements immobiliers. Les dons abondent le «Denier de Saint-Pierre» qui alimente ensuite des œuvres de charité et le fonctionnement du Saint-Siège. «Les sommes du Denier de Saint-Pierre: qu’en faire? Je les mets au coffre ? Non, ce serait une mauvaise administration. Je cherche à faire un investissement» pour maintenir ou accroître la collecte annuelle, a décrit celui qui pourfend régulièrement la spéculation financière.

Il a noté que les investissements devaient bien sûr être moraux: «investir le Denier de Saint-Pierre sur une usine d’armement, ça ne va pas!». Mais aussi prudents et diversifiés, ce qu’on appelle en Argentine des investissements «de veuve», a-t-il dit. Le scandale a notamment conduit au départ du président de l’autorité anti-blanchiment du Vatican, le Suisse René Brülhart, juste avant le voyage du pape en Asie. Le responsable avait défendu son numéro deux, inscrit dans la liste des suspects. Il semblerait que l’AIF «n’ait pas contrôlé les délits des autres», a glissé le pape, qui va annoncer le nom du nouveau président dans les prochaines jours, «un magistrat de très haut niveau juridique et économique

Par Le Figaro.fr avec AFP