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L’Afrique, toujours accro aux produits pour se blanchir la peau

août 9, 2018

Une publicité pour des cosmétiques blanchissants à Abdijan en Côte d’Ivoire, le 15 mars 2018 / © AFP/Archives / ISSOUF SANOGO

Lorsque, sur les bancs de la fac de médecine, Isima Sobande avait entendu parler de mères décolorant la peau de leurs bébés, elle avait cru à une légende urbaine. Mais elle ne tarda pas à le voir de ses propres yeux.

Peu de temps après son affectation dans un centre médical de Lagos, capitale économique du Nigeria, un nourrisson de deux mois, se tordant de douleurs, a été admis « avec de très gros furoncles sur tout le corps ».

La jeune médecin découvre alors que sa mère lui appliquait une crème de stéroïdes mélangée à du beurre de karité, une « recette de base » connue de nombreux Nigérians.

« J’étais horrifiée », raconte-t-elle. « Cela m’a vraiment atterrée. »

« Notre société est conditionnée par le fait qu’avoir la peau claire est une manière de trouver un bon travail, d’avoir une relation amoureuse,… et pour beaucoup, c’est très important », poursuit la jeune femme de 27 ans avec une voix douce. « Ca nous ronge de l’intérieur. »

En Afrique, le blanchiment de la peau n’a rien de nouveau. Les experts médicaux mettent en garde contre les risques pour la santé de ces méthodes d’éclaircissements cutané depuis de nombreuses années.

Les experts médicaux mettent en garde contre les risques pour la santé de ces méthodes d’éclaircissements cutané depuis de nombreuses années / © AFP/Archives / GULSHAN KHAN

Les chantres de la conscience noire s’indignent depuis bien longtemps contre cet héritage néfaste et ce lavage de cerveau du à des siècles d’esclavage et de colonisation.

Mais paradoxalement, ils ont sans doute plus d’échos et d’influence dans le reste du monde que sur le continent africain et le phénomène ne cesse d’amplifier.

« L’utilisation de produits pour se blanchir la peau est croissante, en particulier chez les adolescents et les jeunes », explique à l’AFP Lester Davids, professeur de biologie humaine à l’Université de Pretoria en Afrique du Sud.

« L’ancienne génération utilisait des crèmes, la nouvelle génération utilise des pilules et des injections », note-t-il.

Des nouveaux modes d’administration encore plus inquiétants: « Nous ne savons même pas ce que ces produits, encore plus concentrés, vont avoir comme conséquence sur le long terme. »

Rien qu’au Nigeria, géant de quelque 180 millions d’habitants, 77% des femmes – soit plus de 60 millions de personnes – utilisent régulièrement des produits éclaircissant / © AFP/Archives / STEFAN HEUNIS

– pilules et injections –

Avec une population en pleine expansion et très jeune, le marché africain est en pleine expansion. Deuxième spécificité du continent, le marché est très peu réglementé et n’importe quelle compagnie, artisanale ou multinationale peut y accéder.

« De plus en plus de nos clients (marques cosmétiques, ndlr) veulent avoir des informations sur le marché du blanchiment de la peau », confie Rubab Abdoolla, analyste chez Euromonitor International, cabinet de conseil en consommation.

Rien qu’au Nigeria, géant de quelque 180 millions d’habitants, 77% des femmes – soit plus de 60 millions de personnes – utilisent régulièrement des produits éclaircissant (OMS, 2011).

Si les consommateurs les plus aisés peuvent se permettre d’acheter des produits testés, les autres achètent des crèmes qui contiennent des niveaux dangereux de produits freinant la production de mélanine.

Un homme se fait masser le visage avec un masque contenant des produits blanchissants, dans un salon de beauté de Johannesbourg, en Afrique du Sud, le 03 juillet 2018 / © AFP/Archives / GULSHAN KHAN

Ceux-ci incluent l’hydroquinone (dérivé du glucide interdit dans les produits cosmétiques dans l’Union européenne), les stéroïdes, et même le plomb, qui a d’ailleurs tué nombre de courtisans de la reine Elizabeth, adeptes en leur temps des poudres blanches et du teint blême.

Les autorités peinent souvent à encadrer les innovations en matière de blanchiment, qui sont de plus en plus souvent prises sous forme d’injections ou de pilules.

L’organisme de surveillance pour les consommateurs américains Food and Drug Administration n’a autorisé aucune de ces injections aux Etats-Unis, arguant que ces produits « sont potentiellement dangereux et pourraient contenir des ingrédients nocifs inconnus ».

Le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Kenya ont totalement interdit ceux à forte concentration d’hydroquinie et de mercure, et l’Etat sud-africain du Kwazulu-Natal a demandé à ses habitants de « rejeter toute forme de la beauté coloniale ».

En juillet, le gouvernement du Ghana a également publié un message préventif pour avertir des dangers que courent les foetus lorsque les femmes enceintes prennent ces traitements, notamment pour que la peau de l’enfant soit plus claire à la naissance.

La dernière tendance en matière de blanchiment de la peau consiste à s’injecter du glutathion, ici dans un cabinet médical de Lagos au Nigeria, le 17 juillet 2018 / © AFP/Archives / STEFAN HEUNIS

– Liz Taylor et Cléopâtre –

Mais les traitements restent facilement accessibles et peu contrôlés dans les marchés, sur internet ou dans des cliniques spécialisées et les consommateurs deviennent « totalement accro sans même s’en rendre compte ».

Dabota Lawson, icône nigériane des réseaux sociaux, a monté sa propre marque de cosmétique et vante les mérites de ses crèmes et injections qui soignent également l’acné.

« En fait c’est comme la chirurgie esthétique… Ce n’est jamais assez », reconnaît-elle.

De son côté, Pela Okiemute, ou « le roi de la Beauté » tel qu’il se surnomme lui-même, est devenue la grande star des produits de blanchiment de peau sur Internet avec sa crème « Blancheur russe », promettant une « meilleure tenue de la peau, une beauté infinie et un teint de métisse ».

La mannequin kenyanne Ajuma Nasenyana, le 16 novembre 2006 lors d’un défilé Victoria’s Secret à Los Angeles / © Getty Images North America/Getty Images/AFP/Archives / Mark Mainz

Sa crème « Royale Cléopâtre », qui est présentée par la photo d’Elizabeth Taylor dans le rôle de la reine d’Egypte, rend la peau « claire et radieuse » avec des résultats visibles dès deux semaines.

« Beaucoup de mes clients ont utilisé de mauvais produits avant », raconte-t-il, assurant que ses produits ne sont pas nuisibles pour la santé, bien que très efficaces. « Ils viennent vers nous parce qu’ils ont des problèmes, et nous leur offrons des solutions », poursuit-il en faisant glisser des photos « avant-après » sur son téléphone.

Aranmolate Ayobami est lui, chirurgien esthétique. « Maître es. fessiers » plus exactement. Mais dans sa clinique à la périphérie de Lagos, derrière un restaurant chinois abandonné, il propose également un traitement de cinq semaines à base d’injections de glutathion pour 150.000 nairas (350 euros).

Il est catégorique: le produit qu’il utilise, importé des Emirats Arabes Unis et des Etats-Unis, n’est pas dangereux pour la santé, et surtout, il ne dépasse jamais les cinq semaines de traitement.

« Parfois, les clients me ramènent des produits de moins bonne qualité et me supplient de leur inculquer », dit-il. « Ils me disent ‘mais Docteur, je suis prêt à prendre ce risque!’. Nous tentons vraiment de décourager ces pratiques », assure la médecin.

L’Afrique, toujours accro aux produits pour se blanchir la peau / © AFP / Jordi Perdigo, Sam Olukoya, Saawmiet Moos, Florian Plaucheur

– #Melaninpoppin –

« Le blanchiment de la peau est une manière d’accéder au pouvoir et aux privilèges associés aux Blancs », analyse Yaba Blay, professeure auxiliaire en sciences politiques à l’Université centrale de Caroline du Nord, et spécialiste de la question.

« Les gens veulent être perçus comme ayant plus de valeur, et cela passe par la couleur de la peau », poursuit-elle. En Afrique, au-delà de la comparaison avec l’ancien colon, la peau claire suggère un travail dans un bureau, non exposé au soleil, et est donc un signe de richesse.

Les récents mouvements de « conscience noire » tentent de changer ces perceptions. Le hashtag #Melaninpoppin (‘La mélanine, c’est tendance’) célèbre la peau noire sur les réseaux sociaux, le film « Black Panther » avec son casting presque exclusivement noir, avec des costumes inspirées des tenues traditionnelles et des cheveux afro naturels, a fait évoluer les consciences et sont des signes de recul de la vision très euro-centrée des canons de beauté.

Mais nous sommes encore loin d’un phénomène de masse.

« La vérité c’est que ma beauté était davantage acceptée à l’étranger que dans mon propre pays », regrette Ajuma Nasenyana, mannequin kényane, qui a représenté les marques de Victoria’s Secret ou encore Vivienne Westwood.

« Dans l’univers de la mode en Afrique, plus ta peau est claire, plus tu es considérée comme jolie », se confie-t-elle à l’AFP. « Mais heureusement, les choses sont un peu en train d’évoluer. »

La jeune médecin Dr Sobande, perçoit aussi ce changement « positif » de l’autre côté du continent, au Nigeria.

« Mais il va falloir faire beaucoup d’efforts pour changer les mentalités. »

Romandie.com avec(©AFP / (09 août 2018 14h20)

Santé publique : Un défrisant du Groupe L’Oreal mis en accusation

septembre 30, 2016

Depuis le 14 Septembre 2016, le groupe numéro 1 mondial de la cosmétique, L’Oreal, fait l’objet d’une plainte en noms collectifs ( Action de groupe de consommateurs ) pour un produit défrisant destiné aux femmes noires. Il s’agit du défrisant, No Lye a base d’Amla (voir la photo )

Ce produit est à base d’un ingrédient naturel issu d’une groseille en provenance d’Inde.
Son utilisation engendre des blessures troublantes et inquiétantes dont des pertes de cheveux ( alopécies ), irritations du cuir chevelu, des vésicules et des brûlures, argumentent les plaignantes représentées par le cabinet de l’avocat des célébrités Mark Geragos.

Quelques 100 000 femmes noires sont concernées par cette plainte déposée devant un tribunal californien. Ces dernières réclament un procès et des dommages et intérêts d’au moins 5 millions de dollars, mais, la facture pourrait monter à plusieurs centaines de millions, ce qui n’exclut pas une négociation avec l’Oréal.

Principe de précaution et réglementation

Le défrisage est une opération chimique de transformation durable irréversible, qui consiste à modifier de manière définitive, la texture des cheveux afin de les rendre raides et lisses. Les défrisants cassent l’armature des cheveux, les ponts cellulaires et les atomes de souffre, qui forment le cheveu en fonctionnant sur le même principe que la crème épilatoire. Les défrisants font partie des cosmétiques visés par le Code de la santé publique (L5131 1).

Les conditions de fabrication et de mise sur le marché de ces produits en France et dans les pays de l’Union européenne sont régies par le règlement UE 2015 / 830 de la commission
du 28 Mai 2015.

La réglementation impose un examen de toxicologie de tout produit avant la délivrance d’une autorisation de mise sur le marché.

En France, la dangerosité des défrisants est, également, pointée du doigt.
L’ONG Label Beauté noire, lanceuse d’alerte auprès des pouvoirs publics concernant les risques de la dépigmentation volontaire et des défrisages depuis 16 ans, estime que malgré l’attrait actuel de plus en plus grandissant pour les cheveux afro-naturels et la vague Nappy, le défrisage reste la norme pour de nombreuses femmes noires et africaines.

Ces défrisants chimiques peuvent être dangereux car ils contiennent de la soude ou du formol, des substances dangereuses pour la santé affirme Label Beauté noire.
Ces produits sont en vente libre auprès du grand public alors qu’ils devraient être, exclusivement, utilisés par les professionnels de la coiffure.

Un rendez-vous est prévu avec L’Oreal France concernant la santé des consommateurs. De même qu’un rapport épidémiologique sera remis à Mme Marisol Touraine, ministre de la Santé concernant les cosmétiques afros en général.

Une mauvaise utilisation peut rendre le cheveu cassant et irriter le cuir chevelu, souligne Antoine Petit, dermatologue à l’hôpital St- Louis de Paris.

Ian brossat, adjoint au Maire de Paris, a emboîté le pas à l’ONG Label Beauté noire avec un vœu adopté à la majorité au Conseil de Paris pour le lancement d’une campagne d’information et de sensibilisation attendue pour 2017 dans la capitale française « en vue de rendre publiques la composition des défrisants chimiques et les conséquences pour la santé de leur utilisation régulière, « et notamment dans les lycées afin de prévenir les utilisatrices des dangers et des risques encourus ».

Quant à l’action de groupe en santé en matière de dommage causé par un produit de santé, c’est désormais possible en France. Depuis le 26 Janvier 2016, selon la loi de modernisation de la santé (Loi Touraine ).

Afriqueducation.com par Isabelle Mananga Ossey

Canada : la Camerounaise Amina Gerba sur la vague bio

août 8, 2011

Originaire de Bafia, au Cameroun, cette entrepreneuse dynamique profite de sa réussite dans les cosmétiques pour militer en faveur d’une Afrique « qui rapporte ».

Visage délicat, large sourire, difficile de croire de prime abord que cette mère de quatre enfants à la voix douce a été classée parmi les vingt-cinq femmes d’affaires les plus influentes au Québec par le journal économique Les Affaires, en 2008. Fondatrice et présidente de la société de consulting Afrique Expansion Inc., fondatrice de Kariderm et du Forum Africa, directrice générale du magazine Afrique Expansion, Amina Gerba jongle habilement avec les casquettes.

Originaire de Bafia, au Cameroun, Amina Gerba a poursuivi une scolarité classique jusqu’au lycée, puis décidé de se consacrer à sa famille. Elle a ensuite suivi son mari, Malam Gerba, rédacteur en chef à la radiotélévision camerounaise, lorsqu’il a obtenu une bourse d’enseignement au Canada, en 1986. « J’ai alors choisi de retourner aux études et de faire une année de cégep [collège d’enseignement général et professionnel, lycée québécois, NDLR] », se souvient-elle. Elle obtient un baccalauréat en administration, donne naissance à un deuxième enfant et décroche un MBA en marketing et études de marché à l’Université du Québec (Montréal). Elle devient dans la foulée directrice de projets chez SVS International, un cabinet de consultants qui encourage les investissements en Afrique. En tant que gestionnaire, elle aide les entreprises à préparer des dossiers pour obtenir des subventions du gouvernement et se déplace pour rencontrer les partenaires locaux. Petit à petit, elle se constitue son réseau d’affaires au Cameroun, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Burkina. Pendant un an et demi, elle accomplit toutes les recherches nécessaires aux entreprises pour investir dans son Afrique natale.

« Un jour, je me suis demandé : pourquoi ne pas le faire pour moi ? » C’est ainsi que naît, en 1995, Afrique Expansion Inc., une firme de marketing et communication. Le business plan n’a guère été difficile pour cette gestionnaire qui connaissait parfaitement le terrain et pouvait compter sur un réseau solide. Le gouvernement québécois encourageait à l’époque le lancement des entreprises dans le domaine des services. « Ma demande de prêt de 50 000 dollars a été acceptée et m’a permis de me payer mon salaire ainsi que les équipements de bureau. » C’est d’abord seule qu’Amina Gerba porte l’entreprise. « J’étais au four et au moulin. Je recherchais des partenaires pour les entreprises désireuses d’investir en Afrique, je me chargeais de monter les dossiers de subventions, de réaliser l’étude de marché, d’assurer leur accueil et ce jusqu’à la location de véhicules ! »

En 1996, alors qu’elle se rend au Burkina pour un client en cosmétiques, elle rencontre des femmes productrices de beurre de karité désireuses d’exporter leurs produits. « Je ne connaissais rien au karité », avoue-t-elle. Pourtant, elle saute sur l’occasion et accepte de distribuer au Canada le beurre de quelques productrices, en signant avec elles un contrat d’exclusivité. Dans la foulée, elle décide de lancer sa ligne de cosmétiques. Mais la réalité des affaires est cruelle. « Tous les producteurs étaient en sous-traitance, et 80 % de la production se faisait à l’extérieur. Rapidement, le projet s’est avéré peu rentable. »

En 1998, elle fait appel à un ancien collègue français, expert en karité, pour finaliser une étude. Ensemble, ils lancent Flash Beauté, qui cible la clientèle noire avec des produits d’éclaircissement. Rapidement elle s’aperçoit que sa formule a un coût trop élevé. Elle décide d’en changer et opte pour une production plus naturelle, avec une gamme certifiée bio. Elle propose le même virage aux productrices burkinabè de Songtaaba. Sur place, les productrices s’organisent et passent de 20 à 2 000. En 2007, Kariderm obtient une certification « équitable », et Amina en profite pour créer un fonds social qui permet de construire une infirmerie et une école dans le village burkinabè.

Le reste du temps, Amina Gerba se fait l’ambassadrice d’une Afrique positive. « J’ai été surprise du peu de connaissances que les Canadiens avaient de l’Afrique. Je me suis dit, pourquoi ne pas lancer un petit feuillet d’informations économiques sur l’Afrique ? » Afrique Expansion, né en 1998, est aujourd’hui un magazine trimestriel de 32 pages distribué à 15 000 exemplaires. Évidemment, Amina Gerba retourne souvent au Cameroun. « Mes affaires dépendent entièrement de l’Afrique, dit-elle. Il y a énormément d’avantages à y investir. Certains pays connaissent un boom, les gouvernements africains font des efforts, mais personne n’en parle. Les Chinois l’ont compris bien avant les Canadiens et les Européens, ils investissent en Afrique parce que ça rapporte. »
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Jeuneafrique.com par Zora Aït El Machkouri, à Montréal