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Côte d’Ivoire – Massacre de Duékoué : Amadé Ouérémi condamné à la prison à vie

avril 16, 2021
Amadé Ouérémi, ici lors de l’audience du 1er avril 2021, a été condamné à la perpétuité pour sa participation au massacre de Duékoué.

Amadé Ouérémi a été condamné à la prison à vie pour sa participation au massacre de plusieurs centaines de personnes à Duékoué en 2011. Mais en l’absence à la barre d’autres mis en cause, le procès, tant attendu et nécessaire par les victimes, semble incomplet.

Six jours de débats, 84 victimes parties civiles, 24 chefs d’accusation. À l’issue d’un procès qui s’est ouvert le 24 mars à Abidjan, Amadé Ouérémi a été condamné mercredi par le tribunal criminel à l’emprisonnement à vie pour son rôle dans l’attaque de la ville de Duékoué, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, les 28 et 29 mars 2011. Il a notamment été reconnu coupable de « crimes contre les populations », « pillages », « séquestrations », « coups et blessures volontaires » et « destructions de biens ».PUBLICITÉ

Selon la Croix-Rouge, plus de 800 habitants ont péri lors de cette charge sanglante sur fond de conflit politique et communautaire. Les témoins à la barre, des civils, ont décrit des scènes souvent insoutenables d’exécutions sommaires, de viols, de mutilations et d’incendies de leurs habitations.

Le tribunal a suivi les réquisitions du procureur contre cet ancien réparateur de vélo né en 1964 dans le centre-ouest du pays, reconverti en planteur puis en trafiquant redouté, à la tête d’un groupe d’une centaine d’hommes basé dans la forêt du mont Péko. « Un signal fort pour qui voudrait s’adonner à des choses pareilles à l’avenir », a prévenu le magistrat.

Dix ans après la promesse d’Alassane Ouattara de faire toute la lumière sur les crimes commis pendant la crise postélectorale, c’est la première fois qu’un homme considéré par la justice ivoirienne comme le chef d’une milice impliquée directement dans un massacre est jugé.

Comme un aveu de culpabilité

Tout au long des débats et à plusieurs reprises, Adamé Ouarémi a désigné l’ancien comzone de Man Losseni Fofana, dit « Loss », et l’ancien commandant des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) pro-Ouattara de Kouibly, le lieutenant Coulibaly,  dit « Coul », comme ses supérieurs hiérarchiques, ceux lui ayant ordonné de fondre avec ses hommes sur le quartier Carrefour, où se trouvaient des combattants pro-Gbagbo. « Je n’ai pas commandé, dirigé, donné d’ordres. Je n’ai pas sorti les fusils, pas donné les balles, pas demandé aux [chasseurs] Dozos de m’aider », a-t-il soutenu à la barre, dans un français souvent très difficile à saisir.

Un Casque bleu à Duékoué protège des civils réfugiés près de l’église, le 18 mai 2011.

PLUSIEURS TÉMOINS ONT ASSURÉ L’AVOIR VU PENDANT L’ATTAQUE, CE QU’IL A TOUJOURS NIÉ

« Pour toute défense, [l’accusé] a demandé pourquoi il est le seul à être jugé alors qu’il avait répondu à des ordres de Coulibaly et du grand patron “Loss”. Ces accusations sont pour nous un aveu, il reconnait avoir pris une part active dans ce massacre », a plaidé Me Mohamed Sanogo Pongathie, l’avocat de trois organisations de défense des droits humains et de 82 victimes, décrivant Adamé Ouérémi comme un « brigand du mont Péko » devenu « un soldat du FRCI ». Plusieurs témoins ont assuré l’avoir vu pendant l’attaque, ce qu’il a toujours nié, assurant n’être arrivé sur les lieux que plus tard.

Lors de leurs auditions, lues par le président du tribunal, Fofana et Coulibaly ont affirmé qu’il ne connaissait pas l’accusé avant son arrestation, le 18 mai 2013, par les troupes du bataillon de sécurisation de l’Ouest (BSO), dirigé alors par Fofana. Ce dernier a été inculpé en 2015 par la justice ivoirienne, avec d’anciens chefs rebelles, pour son rôle supposé dans les crimes commis pendant la crise, sans que cela ne débouche sur la tenue d’un procès. En 2018, une amnistie a permis à plusieurs anciens comzones d’échapper à la justice.

« Un procès en catimini »

« J’ai espéré, tant espéré, pour la manifestation de la vérité dans cette affaire, pour que les responsabilités pénales soient clairement établies, que ces hommes comparaissent. Je suis désolée que l’on veuille ici faire porter le chapeau à ce monsieur frêle et analphabète pour ce qu’il s’est passé comme atrocités le 28 et 29 mars. (…) Des ombres planent sur cette affaire. Il a été instrumentalisé, lui est tous les membres de sa communauté [Amadé Ouérémi est né de parents burkinabé et a vécu au Burkina Faso]. (…) On l’a laissé faire, on l’a laissé accomplir les choses, car telles étaient les intentions des Forces républicaines de Côte d’Ivoire et des commanditaires tapis dans l’ombre », a martelé son avocate, Me Roselyne Aka Sérikpa, lors d’une plaidoirie très musclée.

D’AUTRES AUTEURS DE CRIMES EXISTENT, IL FAUT LES POURSUIVRE

« Le procès Ouérémi donne l’impression d’un petit procès fait dans un coin, en catimini, alors qu’il devrait être le premier d’une longue chaine pour raconter la crise postélectorale et non l’impunité en Côte d’Ivoire », estime un observateur avisé qui suit ce dossier depuis longtemps. Se pose désormais d’après lui «un problème de timing » : « À l’heure où le pays fait face à un défi sécuritaire majeur dans le nord, personne ne prendra le risque de déstabiliser l’armée».

Si Issiaka Diaby, le président du Collectif des victimes de Côte d’Ivoire (CVCI) se réjouit de « cette décision [qui] va permettre de soustraire un auteur de crimes à la société ivoirienne », il souhaite maintenant que « la lutte contre l’impunité continue » : « Cette décision prouve que la justice ivoirienne peut mieux agir que la Cour pénale internationale, qui a acquitté l’ancien président Laurent Gbagbo. Mais d’autres auteurs de crimes existent, il faut les poursuivre. 

Avec Jeune Afrique par Florence Richard – à Abidjan

Covid-19 en Côte d’Ivoire : « Pour le moment, nous ne sommes pas face à une deuxième vague »

janvier 25, 2021
Une opération de sensibilisation port du masque pour prévenir la propagation du coronavirus, dans les rues d’Abidjan le 19 janvier 2021.

Vaccins, tests, mesures de prévention… Mamadou Samba, directeur de la Santé, assure que les autorités ivoiriennes mettent tout en œuvre pour parvenir à faire face à l’épidémie de Covid-19, et assure que, si des pics sont observés à Abidjan, le pays n’est pas confronté à une deuxième vague.

Depuis fin décembre, le nombre de cas de Covid-19 repart à la hausse en Côte d’Ivoire. Si le gouvernement ne parle pas encore de deuxième vague, le pays affronte cependant une « reprise épidémique » avec des taux de positivité quotidiens autour des 7 % et la crainte de voir le virus se propager hors d’Abidjan, où il est pour le moment contenu. Les craintes sont fortes, également, de voir apparaître des cas de ces nouveaux variants qui inquiètent tant les autorités sanitaires.

Alors que la campagne de vaccination devrait commencer en mars, Mamadou Samba, le directeur de la Santé, assure que le pays se tient prêt et formera dans les semaines qui viennent le personnel soignant dans tout le pays.

Jeune Afrique : Les premières livraisons du vaccin Pfizer/BioNTech contre le Covid-19 initialement prévues fin janvier ont été reportées à la mi-février en raison de «retards» dans leur mise à disposition. Le ministre ivoirien de la Santé a annoncé la semaine dernière un démarrage de la campagne de vaccination en mars. La Côte d’Ivoire est-elle prête ?

Mamadou Samba : La Côte d’Ivoire a mis sur pied un plan de déploiement et de vaccination contre le Covid-19 qui a été validé il y a une semaine par le ministère de la Santé. Grâce à ce plan et à l’appui de nos partenaires, le pays fait en sorte d’être prêt à vacciner dès que les premières doses seront livrées.

Nous mobilisons actuellement tous nos efforts afin que nos équipes sur le terrain, tous les soignants, qui sont certes déjà outillés pour les vaccinations de routine, soient désormais formés et préparés pour faire face à cette campagne de vaccination exceptionnelle.

Le directeur général de la Santé, Mamadou Samba, lors du point de presse quotidien sur le Coronavirus, à Abidjan.

Combien de doses de vaccins seront disponibles ?

La Côte d’Ivoire a adhéré à l’initiative Covax, pilotée par l’OMS, qui permet l’obtention de vaccins gratuits [ce dispositif onusien vise à fournir d’ici fin 2021 des vaccins anti-Covid-19 à au moins 20 % de la population des pays participants, NDLR]. Nous devrions avoir 100 000 doses dans ce cadre et le gouvernement ivoirien achètera sur le marché international 200 000 doses. Cela sera par la suite ajusté en fonction des besoins.

Notre but est de vacciner le maximum de personnes et de faire en sorte que les cibles prioritaires soient atteintes rapidement : le personnel de santé, les forces de défense et de sécurité, les personnes ayant des maladies chroniques, les enseignants et les plus de 50 ans.

Il faut insister sur un point : la vaccination est volontaire. Et je répète qu’elle n’exclut pas les gestes barrières. De plus en plus, on pense que le fait d’être vacciné va nous libérer des mesures barrières, mais ce n’est pas le cas.

Beaucoup de rumeurs, voire de « fake news », circulent sur ce vaccin. Comment allez-vous faire pour rassurer la population ?

Dans le plan de vaccination, un volet est consacré à la communication et à la sensibilisation. Il faut veiller à donner la bonne information aux populations afin qu’elles se fassent vacciner. Nous allons faire en sorte  que cette communication précède l’arrivée des vaccins.

La Côte d’Ivoire compte 26 612 cas confirmés, 1 872 cas actifs et 145 décès depuis l’apparition de la pandémie. Le pays reste donc relativement épargné. Mais les chiffres ont connu un rebond en janvier, avec notamment 564 nouveaux cas confirmés vendredi 22 janvier. Peut-on parler de deuxième vague ?

Pour le moment, nous ne sommes pas face à une deuxième vague, mais face à une reprise épidémique. Pourquoi ? Car cette reprise est localisée à Abidjan. Si cela devait se propager, alors oui, on pourra parler de deuxième vague.

Nous testons 3 000 à 4 000 personnes par jour grâce à nos onze centres de prélèvement. Le nombre absolu de tests positifs n’explique pas tout. Il faut le corréler avec le taux de positivité. L’OMS et les institutions internationales estiment qu’à moins de 5% de taux de positivité, l’épidémie est sous contrôle. Aujourd’hui, nous sommes en moyenne à 7% avec des pics jusqu’à 19%. Notre objectif est de redescendre durablement sous la barre des 5%.

L’un des nouveaux variants a-t-il été détecté sur le sol ivoirien ?

On ne peut pas répondre à cette question aujourd’hui. L’Institut Pasteur a commencé le séquençage de certains échantillons. Nous attendons les résultats à la fin du mois de janvier.

En Côte d’Ivoire, un test négatif au Covid-19 est obligatoire pour tous les usagers du transport aérien. Des voyageurs n’ont pas pu embarquer sur leurs vols car ils n’ont jamais reçu leurs résultats. Comment expliquez-vous ces dysfonctionnements ?

À Abidjan, nous avons en moyenne 2 000 à 3 000 voyageurs par jour. Si ces milliers de voyageurs n’avaient pas reçu leurs tests à temps, cela se saurait. Des retards peuvent exister et nous sommes en train de faire en sorte que ces cas à la marge disparaissent. C’est le train qui n’arrive pas à l’heure. Mais je voudrais insister pour dire que le système fonctionne.

Il faut rappeler que les résultats arrivent sous 48 à 72 heures. Mais si vous faites le test hors délais, c’est certain que vous n’aurez pas les résultats à temps. Les voyageurs doivent comprendre qu’il y a tout un processus.

Cet été, des voyageurs ont dû refaire un test en arrivant à Paris, la France estimant que celui réalisé en Côte d’Ivoire n’était pas suffisamment fiable. Que s’est-il passé ?

Il s’agissait d’un problème informatique, technique, qui a été réglé depuis. Nos tests sont fiables et valables en Europe sans difficulté. La qualité de nos tests n’est pas discutable, nous les faisons avec beaucoup de précision.

Les voyageurs doivent payer 50 000 F CFA pour effectuer ces tests. Ou va cet argent ?

Il va au Trésor public qui a la charge de les répartir entre le ministère de la Santé et celui de Transports.

Quelle est la situation dans les services de réanimation ? Les services de santé sont-ils prêts à affronter une deuxième vague ?

La Côte d’Ivoire a mis beaucoup de moyens pour la prise en charge des patients touchés par le Covid-19. Aujourd’hui, nos structures ne sont pas saturées. Nous avons un nombre suffisamment de lits et de respirateurs qui sont principalement repartis à Abidjan entre les CHU de Treichville, de Cocody et de Yopougon.

Nous avons aussi l’hôpital militaire, l’hôpital général d’Anyama et le parc des Sports. Au total, ce sont 619 lits avec 70 lits de réanimation. La semaine dernière, nous avons pris en charge 37 personnes atteintes de Covid dans le secteur public, dont une dizaine placée en réanimation, et une vingtaine dans le secteur privé.

A l’intérieur du pays, nous avons créé onze centres de prise en charge soit 406 lits avec 100 lits de réanimation. Ces centres n’ont pas encore accueilli de patients Covid, à l’exception de celui de Bouaké.

Le personnel est-il suffisamment formé pour faire face à cette pandémie, notamment dans ces centres de l’intérieur du pays ?

Une mission est prévue dans les prochaines semaines sur ces sites afin d’évaluer l’état de nos infrastructures et former le personnel à une bonne prise en charge.

L’état d’urgence sanitaire va être restauré sur l’ensemble du territoire du jeudi 21 au dimanche 28 février. Que cela signifie-t-il concrètement pour les Ivoiriens ?

C’est un premier pas du gouvernement pour prendre de nouvelles mesures restrictives si nous n’arrivions pas  à contenir l’épidémie avec les mesures actuelles. Il s’agit d’une mesure préventive.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard – à Abidjan