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Côte d’Ivoire : « Le Femua relancera les activités culturelles du pays »

septembre 9, 2021

A’Salfo, le chanteur du groupe Magic System, lors de l’ouverture du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua) à Abidjan le 12 avril 2013.

Après une annulation et un report pour cause de pandémie mondiale, la 13e édition du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo lancé par A’Salfo bat son plein à Abidjan, et ce, jusqu’au 12 septembre.

Hors de question d’annuler cette édition. Il aura fallu un mois à l’équipe du Festival des musiques urbaines d’Anoumabo (Femua) pour revoir la programmation et mettre sur pied ce 13e millésime.

Cinq mois après son report en avril 2021, les constructions gonflables peuvent enfin flotter sur le terrain de l’Institut de la jeunesse et des sports du petit village d’Anoumabo situé dans la commune de Marcory, là où A’Salfo, commissaire général de l’événement et leader de Magic System, a grandi.

Répercussions sur les populations

Pensés en marge des concerts, les volets « kids » et jeunesse font partie des rendez-vous phares de cet événement qui se veut avant tout social. « On a mis les bouchées doubles pour que le Femua ait des répercussions sur les populations », glisse Salif Traoré, de son vrai nom.

L’UN DES PLUS GRANDS RASSEMBLEMENTS DU GENRE EN AFRIQUE DE L’OUEST

Cette année, deux écoles ont pu être offertes à l’État avec le soutien de l’Union Européenne et de l’Office National de la Population (ONP). Un projet d’une enveloppe estimée entre 80 000 et 100 000 euros pour chaque établissement, qui pourront accueillir les élèves dès la rentrée 2022 dans les communes de Vavoua et de Tanda situées au nord d’Abidjan. Les premières pierres sont posées. Les festivités peuvent commencer.https://www.youtube.com/embed/iWmRoMZZ98Y?start=5&feature=oembed

Réunissant quelque 100 000 visiteurs chaque année, le festival est l’un des plus grands rassemblements du genre en Afrique de l’Ouest. Malgré la pandémie mondiale, le public est bel et bien au rendez-vous. L’occasion pour son initiateur de sensibiliser les festivaliers. Aux côtés des stands de Bocks brassées localement vient se loger un pavillon de vaccination. « La réticence envers le Covid-19 est très grande en Côte d’Ivoire, surtout auprès des jeunes », regrette A’Salfo.

Séduire les plus jeunes par le sport

Prouver que la culture peut vivre malgré le contexte sanitaire, c’est l’un des objectifs que s’est fixé la star du zouglou, qui le soutient : « le Femua relancera les activités culturelles du pays ». C’est aussi via le volet sportif que la manifestation a su séduire les plus jeunes. Les gamins des environs ont repris leur année scolaire. Et frappent le ballon sur le terrain de l’INJS en attendant que les concerts commencent.

VOIR UN KOFFI OLOMIDÉ QUI A TRENTE ANS DE CARRIÈRE JOUER AUX CÔTÉS D’UN JEUNE QUI N’A MÊME PAS ENCORE SORTI UN ALBUM

« Le sport comme la musique sont des facteurs de rapprochement », observe celui qui est aussi président de la Fondation Magic System. « Cet événement est rassembleur, observe Mory Touré, promoteur de la web-radio Afrika qui répond chaque année présent au festival depuis sa création en 2008. Il a été monté au moment où la Côte d’Ivoire sortait de la crise. Le temps d’un événement, les velléités socio-économiques disparaissent. »

Mélange des genres

Les musiques urbaines se mêlent aux sonorités traditionnelles, la nouvelle génération côtoie des artistes installés qui n’ont plus à faire leurs preuves… La programmation se veut, elle aussi, sans cloison. « Je suis vraiment heureux de faire mon premier Femua, de jouer en live aux côtés des plus grands », confie Ariel Sheney, ex-poulain de feu DJ Arafat, la veille de son concert. « Le Femua, c’est voir un Koffi Olomidé qui a trente ans de carrière jouer aux côtés d’un jeune qui n’a même pas encore sorti un album », résume Mory Touré.

Au total, 13 pays sont représentés cette année, avec le Sénégal en invité d’honneur. « Renforcer les liens entre les pays frères est devenu notre ambition », martèle A’Salfo. Mais aussi ceux avec l’Europe. Aux côtés des stars locales et du continent venues du Sénégal comme Pape Diouf, l’Espagne et le Portugal défendront aussi leurs couleurs sur la grande scène. Preuve que les frontières sont bel et bien ouvertes.

Avec Jeune Afrique par Eva Sauphie

Côte d’Ivoire : 1,2 million de vaccins contre le Covid-19 offerts par les États-Unis

août 21, 2021
Une cargaison de vaccins Covid-19 distribués par le mécanisme COVAX arrive à Abidjan, en Côte d’Ivoire, le 25 février 2021.

Alors que le nombre de cas positifs ne cesse d’augmenter ces dernières semaines dans le pays, la Côte d’Ivoire a réceptionné vendredi des doses de vaccin Pfizer offertes par Washington.

La Côte d’Ivoire a réceptionné 1,2 million de doses de vaccin Pfizer offertes par les États-Unis pour lutter contre le Covid-19, alors que le pays connait une hausse sensible des contaminations ces dernières semaines, a annoncé samedi le ministère ivoirien de la Santé.

Les doses de vaccin sont arrivées vendredi soir à Abidjan, la capitale économique ivoirienne, via le système Covax qui vise à fournir des vaccins anti-Covid à 20% de la population de près de 200 pays et territoires participants.

Alassane Ouattara testé négatif

« Les États-Unis sont heureux de soutenir le gouvernement de la Côte d’Ivoire dans sa lutte contre cette pandémie (…) et pour ses grands efforts en vue de freiner la transmission et vacciner les populations » a déclaré son ambassadeur à Abidjan, Richard Bell, dans un communiqué.

Jeudi, le président ivoirien Alassane Ouattara, 79 ans, est sorti d’un confinement de deux semaines au cours duquel il a été testé positif au Covid-19, puis négatif, a annoncé la présidence dans un communiqué.

Au 21 août, 52 615 cas de contamination et 365 décès liés au coronavirus ont été recensés dans le pays depuis le début de l’épidémie.

Par Jeune Afrique avec AFP

Côte d’Ivoire : l’intolérance, l’expression d’un jihadisme rampant

juin 27, 2021

Le ministre ivoirien de la défense Tene Birahima Ouattara, le Premier ministre ivoirien Patrick Achi, accompagné par Jean-Yves Le Drian, arrivent à l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme à Jacqueville en Côte d’Ivoire le 10 juin 2021.

Au moment où la menace terroriste au nord de la Côte d’Ivoire se fait plus pressante, les autorités ivoiriennes ne doivent pas uniquement considérer la possibilité d’une réponse militaire. Le climat actuel doit servir de premier signal pour désamorcer cette situation avant la survenue d’un acte violent.

Les terroristes en Afrique de l’Ouest défient les paradigmes sécuritaires des États. Le credo religieux et les tactiques de dissimulation se conjuguent à d’autres facteurs, tels que l’implication de civils dans des projets militaires, l’atomisation et la pluralité des motivations. La guérilla mouvante et imprévisible observée en Côte d’Ivoire apparaît comme la conquête de la nouvelle frontière d’un califat déjà à l’œuvre au Sahel et au nord du Nigeria.

Après le choc de l’attaque de Grand-Bassam en 2016, la Côte d’Ivoire de 2021 se trouve confrontée à un jihadisme « discount » et de pure ruralité. À partir de rien, des groupuscules de quelque dizaines de membres mènent l’offensive et multiplient les gestes d’hostilité à l’égard du pouvoir central, alliant la coercition et la séduction, l’enracinement et la volatilité.

Terreau de la discorde

Les actions violentes, quoiqu’en progression continue, se concentrent, encore, dans la région du Bounkani, précisément le département de Téhini, contiguë au Burkina Faso. La zone concentre un ensemble exceptionnel de vulnérabilités – surnatalité, migration climatique, déforestation, orpaillage, destruction des écosystèmes, choc des modes de vie et des pratiques cultuelles – entre immigrants et autochtones. En s’imbriquant, elles composent un terreau idéal pour une exacerbation des discordes et le développement d’un extrémisme violent.

Depuis le début de l’année, les raids et les sabotages visent les positions de l’armée et les soumettent à rude épreuve. Le recours aux mines sur les routes démontre le niveau de préparation et de virulence des terroristes. La chronologie martiale, au lendemain de l’attaque de Kafolo en juin 2020, accrédite la thèse de la duplicité d’une frange de la population transfrontalière.

Les promesses financières des groupuscules en armes expliquent aussi leur succès auprès des habitants d’extraction modeste, en particulier les moins instruits. Bien en amont des combats, l’activisme de certains entrepreneurs ethno-islamistes se sert des rivalités intercommunautaires pour le contrôle des ressources locales, afin d’instiller l’idée d’une insurrection nécessaire.

D’une manière générale, le terrorisme islamiste inscrit insidieusement le combat dans une temporalité longue. Cette notion échappe à la plupart des services de renseignement. En Côte d’Ivoire, l’islamisme pré-jihadiste pose les jalons de l’action violente. L’intolérance se propage et bouleverse, en sourdine, les usages de convivialité et de diversité culturelle.

Un danger sous-estimé

Le septentrion, foyer du jihad en Côte d’Ivoire, se retrouve au cœur de l’effort du contre-terrorisme. Le pays, en danger, fait l’étalage de ses moyens militaires. Les forces régulières privilégient la réponse de l’engagement que l’ennemi leur impose. Pourtant, la menace dans les pays sahéliens et ceux du Golfe de Guinée vient avant tout de la dissémination d’un conditionnement mental encourageant à tuer et mourir au service d’une idée absolue. Aussi, la perspective du passage à l’acte guerrier, de la part d’un civil que rien ne destinait au martyre, se banalise dans certains discours. Il serait réducteur de n’expliquer la propagation du terrorisme uniquement par l’injustice, la corruption, la misère et l’abandon administratif.

Néanmoins, plus qu’au Burkina Faso, au Mali et au Niger, la Côte d’Ivoire possède le capital culturel, grâce à sa dimension multiconfessionnelle et, au brassage ethnique et culturel de sa population, indispensable à son salut. À condition que ses dirigeants s’en persuadent à temps et établissent – ensemble – les termes de l’union sacrée contre un danger largement sous-estimé, la victoire reste à portée.

Si l’État et les élites prennent la mesure du péril qui vient, en couplant approche préventive et gestion des urgences sécuritaires, la partie pourrait être gagnée. Il faudrait au préalable admettre et traiter la montée de l’extrémisme civil, qui précède l’attentat et, surtout, ne pas gommer le lien entre les deux.

Par  Lassina Diarra

Lassina Diarra est chercheur et spécialiste du terrorisme en Afrique de l’Ouest.

Côte d’Ivoire – Massacre de Duékoué : Amadé Ouérémi condamné à la prison à vie

avril 16, 2021
Amadé Ouérémi, ici lors de l’audience du 1er avril 2021, a été condamné à la perpétuité pour sa participation au massacre de Duékoué.

Amadé Ouérémi a été condamné à la prison à vie pour sa participation au massacre de plusieurs centaines de personnes à Duékoué en 2011. Mais en l’absence à la barre d’autres mis en cause, le procès, tant attendu et nécessaire par les victimes, semble incomplet.

Six jours de débats, 84 victimes parties civiles, 24 chefs d’accusation. À l’issue d’un procès qui s’est ouvert le 24 mars à Abidjan, Amadé Ouérémi a été condamné mercredi par le tribunal criminel à l’emprisonnement à vie pour son rôle dans l’attaque de la ville de Duékoué, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, les 28 et 29 mars 2011. Il a notamment été reconnu coupable de « crimes contre les populations », « pillages », « séquestrations », « coups et blessures volontaires » et « destructions de biens ».PUBLICITÉ

Selon la Croix-Rouge, plus de 800 habitants ont péri lors de cette charge sanglante sur fond de conflit politique et communautaire. Les témoins à la barre, des civils, ont décrit des scènes souvent insoutenables d’exécutions sommaires, de viols, de mutilations et d’incendies de leurs habitations.

Le tribunal a suivi les réquisitions du procureur contre cet ancien réparateur de vélo né en 1964 dans le centre-ouest du pays, reconverti en planteur puis en trafiquant redouté, à la tête d’un groupe d’une centaine d’hommes basé dans la forêt du mont Péko. « Un signal fort pour qui voudrait s’adonner à des choses pareilles à l’avenir », a prévenu le magistrat.

Dix ans après la promesse d’Alassane Ouattara de faire toute la lumière sur les crimes commis pendant la crise postélectorale, c’est la première fois qu’un homme considéré par la justice ivoirienne comme le chef d’une milice impliquée directement dans un massacre est jugé.

Comme un aveu de culpabilité

Tout au long des débats et à plusieurs reprises, Adamé Ouarémi a désigné l’ancien comzone de Man Losseni Fofana, dit « Loss », et l’ancien commandant des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI) pro-Ouattara de Kouibly, le lieutenant Coulibaly,  dit « Coul », comme ses supérieurs hiérarchiques, ceux lui ayant ordonné de fondre avec ses hommes sur le quartier Carrefour, où se trouvaient des combattants pro-Gbagbo. « Je n’ai pas commandé, dirigé, donné d’ordres. Je n’ai pas sorti les fusils, pas donné les balles, pas demandé aux [chasseurs] Dozos de m’aider », a-t-il soutenu à la barre, dans un français souvent très difficile à saisir.

Un Casque bleu à Duékoué protège des civils réfugiés près de l’église, le 18 mai 2011.

PLUSIEURS TÉMOINS ONT ASSURÉ L’AVOIR VU PENDANT L’ATTAQUE, CE QU’IL A TOUJOURS NIÉ

« Pour toute défense, [l’accusé] a demandé pourquoi il est le seul à être jugé alors qu’il avait répondu à des ordres de Coulibaly et du grand patron “Loss”. Ces accusations sont pour nous un aveu, il reconnait avoir pris une part active dans ce massacre », a plaidé Me Mohamed Sanogo Pongathie, l’avocat de trois organisations de défense des droits humains et de 82 victimes, décrivant Adamé Ouérémi comme un « brigand du mont Péko » devenu « un soldat du FRCI ». Plusieurs témoins ont assuré l’avoir vu pendant l’attaque, ce qu’il a toujours nié, assurant n’être arrivé sur les lieux que plus tard.

Lors de leurs auditions, lues par le président du tribunal, Fofana et Coulibaly ont affirmé qu’il ne connaissait pas l’accusé avant son arrestation, le 18 mai 2013, par les troupes du bataillon de sécurisation de l’Ouest (BSO), dirigé alors par Fofana. Ce dernier a été inculpé en 2015 par la justice ivoirienne, avec d’anciens chefs rebelles, pour son rôle supposé dans les crimes commis pendant la crise, sans que cela ne débouche sur la tenue d’un procès. En 2018, une amnistie a permis à plusieurs anciens comzones d’échapper à la justice.

« Un procès en catimini »

« J’ai espéré, tant espéré, pour la manifestation de la vérité dans cette affaire, pour que les responsabilités pénales soient clairement établies, que ces hommes comparaissent. Je suis désolée que l’on veuille ici faire porter le chapeau à ce monsieur frêle et analphabète pour ce qu’il s’est passé comme atrocités le 28 et 29 mars. (…) Des ombres planent sur cette affaire. Il a été instrumentalisé, lui est tous les membres de sa communauté [Amadé Ouérémi est né de parents burkinabé et a vécu au Burkina Faso]. (…) On l’a laissé faire, on l’a laissé accomplir les choses, car telles étaient les intentions des Forces républicaines de Côte d’Ivoire et des commanditaires tapis dans l’ombre », a martelé son avocate, Me Roselyne Aka Sérikpa, lors d’une plaidoirie très musclée.

D’AUTRES AUTEURS DE CRIMES EXISTENT, IL FAUT LES POURSUIVRE

« Le procès Ouérémi donne l’impression d’un petit procès fait dans un coin, en catimini, alors qu’il devrait être le premier d’une longue chaine pour raconter la crise postélectorale et non l’impunité en Côte d’Ivoire », estime un observateur avisé qui suit ce dossier depuis longtemps. Se pose désormais d’après lui «un problème de timing » : « À l’heure où le pays fait face à un défi sécuritaire majeur dans le nord, personne ne prendra le risque de déstabiliser l’armée».

Si Issiaka Diaby, le président du Collectif des victimes de Côte d’Ivoire (CVCI) se réjouit de « cette décision [qui] va permettre de soustraire un auteur de crimes à la société ivoirienne », il souhaite maintenant que « la lutte contre l’impunité continue » : « Cette décision prouve que la justice ivoirienne peut mieux agir que la Cour pénale internationale, qui a acquitté l’ancien président Laurent Gbagbo. Mais d’autres auteurs de crimes existent, il faut les poursuivre. 

Avec Jeune Afrique par Florence Richard – à Abidjan

Covid-19 en Côte d’Ivoire : « Pour le moment, nous ne sommes pas face à une deuxième vague »

janvier 25, 2021
Une opération de sensibilisation port du masque pour prévenir la propagation du coronavirus, dans les rues d’Abidjan le 19 janvier 2021.

Vaccins, tests, mesures de prévention… Mamadou Samba, directeur de la Santé, assure que les autorités ivoiriennes mettent tout en œuvre pour parvenir à faire face à l’épidémie de Covid-19, et assure que, si des pics sont observés à Abidjan, le pays n’est pas confronté à une deuxième vague.

Depuis fin décembre, le nombre de cas de Covid-19 repart à la hausse en Côte d’Ivoire. Si le gouvernement ne parle pas encore de deuxième vague, le pays affronte cependant une « reprise épidémique » avec des taux de positivité quotidiens autour des 7 % et la crainte de voir le virus se propager hors d’Abidjan, où il est pour le moment contenu. Les craintes sont fortes, également, de voir apparaître des cas de ces nouveaux variants qui inquiètent tant les autorités sanitaires.

Alors que la campagne de vaccination devrait commencer en mars, Mamadou Samba, le directeur de la Santé, assure que le pays se tient prêt et formera dans les semaines qui viennent le personnel soignant dans tout le pays.

Jeune Afrique : Les premières livraisons du vaccin Pfizer/BioNTech contre le Covid-19 initialement prévues fin janvier ont été reportées à la mi-février en raison de «retards» dans leur mise à disposition. Le ministre ivoirien de la Santé a annoncé la semaine dernière un démarrage de la campagne de vaccination en mars. La Côte d’Ivoire est-elle prête ?

Mamadou Samba : La Côte d’Ivoire a mis sur pied un plan de déploiement et de vaccination contre le Covid-19 qui a été validé il y a une semaine par le ministère de la Santé. Grâce à ce plan et à l’appui de nos partenaires, le pays fait en sorte d’être prêt à vacciner dès que les premières doses seront livrées.

Nous mobilisons actuellement tous nos efforts afin que nos équipes sur le terrain, tous les soignants, qui sont certes déjà outillés pour les vaccinations de routine, soient désormais formés et préparés pour faire face à cette campagne de vaccination exceptionnelle.

Le directeur général de la Santé, Mamadou Samba, lors du point de presse quotidien sur le Coronavirus, à Abidjan.

Combien de doses de vaccins seront disponibles ?

La Côte d’Ivoire a adhéré à l’initiative Covax, pilotée par l’OMS, qui permet l’obtention de vaccins gratuits [ce dispositif onusien vise à fournir d’ici fin 2021 des vaccins anti-Covid-19 à au moins 20 % de la population des pays participants, NDLR]. Nous devrions avoir 100 000 doses dans ce cadre et le gouvernement ivoirien achètera sur le marché international 200 000 doses. Cela sera par la suite ajusté en fonction des besoins.

Notre but est de vacciner le maximum de personnes et de faire en sorte que les cibles prioritaires soient atteintes rapidement : le personnel de santé, les forces de défense et de sécurité, les personnes ayant des maladies chroniques, les enseignants et les plus de 50 ans.

Il faut insister sur un point : la vaccination est volontaire. Et je répète qu’elle n’exclut pas les gestes barrières. De plus en plus, on pense que le fait d’être vacciné va nous libérer des mesures barrières, mais ce n’est pas le cas.

Beaucoup de rumeurs, voire de « fake news », circulent sur ce vaccin. Comment allez-vous faire pour rassurer la population ?

Dans le plan de vaccination, un volet est consacré à la communication et à la sensibilisation. Il faut veiller à donner la bonne information aux populations afin qu’elles se fassent vacciner. Nous allons faire en sorte  que cette communication précède l’arrivée des vaccins.

La Côte d’Ivoire compte 26 612 cas confirmés, 1 872 cas actifs et 145 décès depuis l’apparition de la pandémie. Le pays reste donc relativement épargné. Mais les chiffres ont connu un rebond en janvier, avec notamment 564 nouveaux cas confirmés vendredi 22 janvier. Peut-on parler de deuxième vague ?

Pour le moment, nous ne sommes pas face à une deuxième vague, mais face à une reprise épidémique. Pourquoi ? Car cette reprise est localisée à Abidjan. Si cela devait se propager, alors oui, on pourra parler de deuxième vague.

Nous testons 3 000 à 4 000 personnes par jour grâce à nos onze centres de prélèvement. Le nombre absolu de tests positifs n’explique pas tout. Il faut le corréler avec le taux de positivité. L’OMS et les institutions internationales estiment qu’à moins de 5% de taux de positivité, l’épidémie est sous contrôle. Aujourd’hui, nous sommes en moyenne à 7% avec des pics jusqu’à 19%. Notre objectif est de redescendre durablement sous la barre des 5%.

L’un des nouveaux variants a-t-il été détecté sur le sol ivoirien ?

On ne peut pas répondre à cette question aujourd’hui. L’Institut Pasteur a commencé le séquençage de certains échantillons. Nous attendons les résultats à la fin du mois de janvier.

En Côte d’Ivoire, un test négatif au Covid-19 est obligatoire pour tous les usagers du transport aérien. Des voyageurs n’ont pas pu embarquer sur leurs vols car ils n’ont jamais reçu leurs résultats. Comment expliquez-vous ces dysfonctionnements ?

À Abidjan, nous avons en moyenne 2 000 à 3 000 voyageurs par jour. Si ces milliers de voyageurs n’avaient pas reçu leurs tests à temps, cela se saurait. Des retards peuvent exister et nous sommes en train de faire en sorte que ces cas à la marge disparaissent. C’est le train qui n’arrive pas à l’heure. Mais je voudrais insister pour dire que le système fonctionne.

Il faut rappeler que les résultats arrivent sous 48 à 72 heures. Mais si vous faites le test hors délais, c’est certain que vous n’aurez pas les résultats à temps. Les voyageurs doivent comprendre qu’il y a tout un processus.

Cet été, des voyageurs ont dû refaire un test en arrivant à Paris, la France estimant que celui réalisé en Côte d’Ivoire n’était pas suffisamment fiable. Que s’est-il passé ?

Il s’agissait d’un problème informatique, technique, qui a été réglé depuis. Nos tests sont fiables et valables en Europe sans difficulté. La qualité de nos tests n’est pas discutable, nous les faisons avec beaucoup de précision.

Les voyageurs doivent payer 50 000 F CFA pour effectuer ces tests. Ou va cet argent ?

Il va au Trésor public qui a la charge de les répartir entre le ministère de la Santé et celui de Transports.

Quelle est la situation dans les services de réanimation ? Les services de santé sont-ils prêts à affronter une deuxième vague ?

La Côte d’Ivoire a mis beaucoup de moyens pour la prise en charge des patients touchés par le Covid-19. Aujourd’hui, nos structures ne sont pas saturées. Nous avons un nombre suffisamment de lits et de respirateurs qui sont principalement repartis à Abidjan entre les CHU de Treichville, de Cocody et de Yopougon.

Nous avons aussi l’hôpital militaire, l’hôpital général d’Anyama et le parc des Sports. Au total, ce sont 619 lits avec 70 lits de réanimation. La semaine dernière, nous avons pris en charge 37 personnes atteintes de Covid dans le secteur public, dont une dizaine placée en réanimation, et une vingtaine dans le secteur privé.

A l’intérieur du pays, nous avons créé onze centres de prise en charge soit 406 lits avec 100 lits de réanimation. Ces centres n’ont pas encore accueilli de patients Covid, à l’exception de celui de Bouaké.

Le personnel est-il suffisamment formé pour faire face à cette pandémie, notamment dans ces centres de l’intérieur du pays ?

Une mission est prévue dans les prochaines semaines sur ces sites afin d’évaluer l’état de nos infrastructures et former le personnel à une bonne prise en charge.

L’état d’urgence sanitaire va être restauré sur l’ensemble du territoire du jeudi 21 au dimanche 28 février. Que cela signifie-t-il concrètement pour les Ivoiriens ?

C’est un premier pas du gouvernement pour prendre de nouvelles mesures restrictives si nous n’arrivions pas  à contenir l’épidémie avec les mesures actuelles. Il s’agit d’une mesure préventive.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard – à Abidjan