Posts Tagged ‘Côte d’Ivoire’

Côte d’Ivoire : pourquoi Bonaventure Kalou rejoint le RHDP

novembre 18, 2022

Maire sans étiquette d’une commune pauvre de 500 000 habitants dans le centre de la Côte d’Ivoire, l’ex-attaquant du PSG et international ivoirien aux 52 sélections vient d’annoncer son ralliement au parti présidentiel.

Bonaventure Kalou © AFP

C’est le transfert du mois. L’ancien footballeur Bonaventure Kalou vient d’annoncer son ralliement au parti présidentiel, le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie (RHDP).

L’ex-attaquant du Paris Saint Germain (PSG), passé par les clubs d’Auxerre et du Feyernood de Rotterdam, a été élu en 2018, en tant qu’indépendant, à la tête de la commune de Vavoua, dans le centre de la Côte d’Ivoire, grande zone cacaoyère du pays. Une commune cependant très pauvre de plus de 500 000 habitants, dépourvue de toutes les infrastructures de base. Bonaventure Kalou s’est attelé, dès le début de son mandat, à débarrasser la ville des « montagnes de déchets » qui posaient « de vrais problèmes de santé publique ».

Un budget famélique

Ce ralliement permettra-t-il à Vavoua de bénéficier d’une meilleure considération de l’État ? Le budget de fonctionnement de la municipalité ne dépasse pas les 100 millions de F CFA (153 000 euros), et celui dévolu aux investissements 150 millions de F CFA (228000 euros). « C’est famélique eu égard aux nombreuses difficultés », regrette l’ancien international ivoirien (52 sélections).

Mais le choix de Bonaventure Kalou, 44 ans, serait plus idéologique que tactique : « J’ai vu dans les actions du président Alassane Ouattara une avancée démocratique et une réelle volonté de décrispation politique, avec notamment le retour en Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo et celui des exilés. Par ailleurs, les travaux engagés dans le pays, dans des zones qui ne sont pas acquises au pouvoir, sont la preuve de sa détermination à aider tout le monde malgré les divergences ».

Bonaventure Kalou envisage son intégration au RHDP comme celle dans un nouveau club de football, avec « un nouveau capitaine, de nouveaux entraineurs, de nouveaux coéquipiers ». Une arrivée « en toute modestie » sans pour autant « servir de faire-valoir » : « Il faut se battre comme au football ».

Le frère de Salomon Kalou, attaquant du Hertha Berlin et anciennement de Chelsea, sera-t-il candidat à sa réélection lors des prochaines élections municipales programmées à la fin de l’année 2023 ? « Le parti avisera, mais tout ce que l’on a pu faire sur le terrain parle pour nous. » Leur père, décédé en 2016, avait été candidat en 2013 à Vavoua sous la bannière du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard

25e CAN de handball féminin : le Congo a battu la Côte d’Ivoire le score de 35-21 et a obtenu son ticket pour la Coupe du monde

novembre 15, 2022

Après avoir fait la loi dans la phase de groupes en battant tous ses adversaires, notamment la Guinée, l’Egypte, la Tunisie et le Maroc, le Congo qui a affronté ce 16 novembre à Dakar, au Sénégal, la Côte d’Ivoire  pour le compte des quarts de finale de la 25e édition de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), a arraché une victoire, après les deux temps de match. Vainqueur de ce match est directement qualifié à la Coupe du monde de la catégorie.

Les Diables rouges du Congo/DR

Les Diables rouges du Congo ont été face aux Eléphantes de la Côte d’Ivoire ce 16 novembre à 17h au complexe sportif Arena de Dakar, puis ont battu leurs homologues par le score de 35-21, après un parcours sans faute, depuis le 9 novembre, lors de la plus grande fête de handball africain dans la catégorie des séniors dames.

Si les Congolaises ont fait un véritable parcours, sans faute, en survolant le groupe B de cette compétition, elles ont tout donné lors de ce match des quarts de finale qui les a mises aux prises aux meilleures troisièmes des phases de groupes, les Ivoiriennes.

Les Diables rouges qui partaient favorites de ce match sont restées concentrées jusqu’à la dernière seconde du match confirmant leur position de leader et raviver la flamme de joie qui anime le public sportif congolais depuis le début de la compétition.

La cohésion, le dynamisme, l’engagement des athlètes du Congo s’est bien fait voir sur le terrain. Ayant gardé ce rythme, elles ont terminé cette phase parmi les meilleures équipes et vont jouer, à nouveau, la prochaine édition de la Coupe du monde. Une place au podium était également possible puisque le Congo avec le gabarit et le calibre de ses joueuses s’est imposé devant la Côte d’Ivoire, il croisera, en demi-finale, le vainqueur du match Cameroun-RDC. Les efforts des gardiennes du Congo et le fair-play de l’ensemble des coéquipières ont permis de réaliser leur rêve. Le Congo remporte toujours ses matches sur les chapeaux de roues avant d’enfoncer le clou en multipliant les réussites, tout en renforçant la défense. Les fans des Diables rouges ont vibré de d’allégresse et de liesse en saluant cette victoire de leurs ambassadrices.

Deuxième meilleure équipe d’Afrique avec quatre titres (1979, 1981, 1983 et 1985), le Congo a dominé l’Afrique dans cette compétition durant la décennie 1980-1990 puisqu’il était vice-champion en 1976, 1998 puis 2000. Les Diables rouges ont également occupé la troisième place lors des éditions 1987, 1989, 1991, 2006 et 2008. Si elles étaient quatrièmes au Cameroun en 2021, les Congolaises doivent tout donner afin de finir au podium en 2022.

Avec Adiac-Congo par Rude Ngoma

Côte d’Ivoire : le PPA-CI de Laurent Gbagbo choisit de voir le verre à moitié plein

octobre 14, 2022

Dialogue politique, alliances, commission électorale… À quelques jours de son premier anniversaire, le parti de l’ancien président a dressé un premier bilan – forcément positif – de ces douze derniers mois. Sans oublier de critiquer vertement le pouvoir et sa gestion.

L’ancien ministre ivoirien du Budget Justin Katinan Koné à son arrivée à Abidjan, après dix ans d’exil au Ghana, le 30 avril 2021. © SIA KAMBOU / AFP

À Abidjan, ce 13 octobre, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) a choisi d’ignorer les sceptiques et de jouer la carte de l’optimisme. « Un an après [sa création], le PPA-CI constitue une force politique majeure », s’est enthousiasmé Justin Koné Katinan, deuxième vice-président et porte-parole du parti, lors d’une conférence de presse. Avec ses 18 députés, le parti créé par Laurent Gbagbo le 17 octobre 2021 se présente comme la troisième force politique du pays, après le Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) d’Alassane Ouattara, et le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) d’Henri Konan Bédié.

L’amnistie plutôt que la grâce

Face aux journalistes, Justin Koné Katinan n’a pas communiqué sur le nombre de membres que compte aujourd’hui le PPA-CI, mais il a affirmé que son implantation « progress[ait] très bien ». Il a toutefois promis qu’un point plus précis serait fait lors des célébrations marquant ce premier anniversaire. Celles-ci seront l’occasion d’une prise de parole de Laurent Gbagbo.

En attendant, le PPA-CI a entrepris de dresser un premier bilan des douze derniers mois. S’il s’est félicité de la participation du parti au dialogue politique lancé par le Premier ministre Patrick Achi, il a dit regretter la grâce accordée par le chef de l’État à son prédécesseur en lieu et place d’une amnistie. « Il n’a jamais été question d’une grâce. L’amnistie fait partie des résolutions du dialogue politique et le PPA-CI compte se battre pour cela car il s’agit de l’honneur de son président », a-t-il poursuivi.

Très en verve, il a ensuite critiqué, pêle-mêle, le Plan national de développement (PND), « l’addiction du gouvernement à la dette », la cherté de la vie et « une diplomatie agressive » qui suscite la méfiance des voisins, référence aux tensions actuelles entre le Mali et la Côte d’Ivoire dans l’affaire des 46 militaires ivoiriens.

Le PPA-CI regrette également son absence au sein de la Commission électorale indépendante (CEI) et le fait qu’il n’ait pas pu prendre part au renouvellement de ses représentations locales. « Notre entrée à la CEI n’est pas une faveur, c’est un droit, a-t-il lancé alors que le gouvernement a annoncé, le 12 octobre, le début de la révision des listes électorales. C’est une résolution du dialogue politique qui trouve inacceptable que la troisième force politique du pays n’y soit pas représentée. » Laissant entendre que la légalité de la formation avait été mise en doute, Justin Koné Katinan a insisté sur le fait qu’il avait bien un récépissé du ministère de l’Intérieur, et qu’il comptait se battre pour être intégré. Il a néanmoins appelé les militants à s’inscrire sur les listes.

Émiettement de l’électorat

« Nous allons travailler au renforcement de notre parti sur le terrain. C’est le défi que nous nous sommes lancés et nous prendrons part à toutes les élections », a-t-il affirmé. Dans sa ligne de mire : les scrutins locaux de 2023 et la présidentielle de 2025. Mais le PPA-CI va devoir se battre pour aller chercher les voix de gauche. Entre Charles Blé Goudé, qui a son propre parti (le Cojep), l’ancienne première dame, Simone Gbagbo, qui vient de lancer le Mouvement des générations capables (MGC) et Pascal Affi N’Guessan, qui demeure à la tête du Front populaire ivoirien (FPI), l’électorat s’est considérablement émietté.

Concernant ses alliances, le PPA-CI répète ne faire aucun compromis et réfute les informations selon lesquelles des discussions auraient été entamées autour de la formation d’un gouvernement d’ouverture. Au sujet du PDCI, il a expliqué que leur partenariat avait été dicté par les circonstances. Les deux anciens présidents se parlent d’ailleurs régulièrement, même si Henri Konan Bédié a laissé libre court aux spéculations, lors du bureau politique de son parti, en affirmant que le PDCI allait, lui, devoir réévaluer ses alliances.

Laurent Gbagbo sera-t-il le candidat du parti en 2025 ? « C’est le vœu des militants, mais la décision revient au président », a-t-il finalement répondu. Un obstacle demeure toutefois : le fait que l’ancien chef de l’État a été condamné à vingt ans de prison dans l’affaire dite du « braquage de la BCEAO » (Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest).

Avec Jeune Afrique par Aïssatou Diallo – à Abidjan

RDC-Rwanda, Côte d’Ivoire-Mali… Des médiations dans les coulisses de l’ONU

septembre 22, 2022

Les chefs d’État et de gouvernement du monde entier sont réunis cette semaine à New York, où se tient la 77e Assemblée générale de l’ONU. Les dossiers les plus brûlants du moment y font l’objet d’intenses médiations.

Alassane Ouattara à la tribune de la 77ème Assemblée générale des Nations unies à New York, le 21 septembre 2022. © DR

Aux Nations unies, il y a les grandes déclarations et les petits apartés. Paradoxalement, les seconds sont souvent plus stratégiques que les premières.

Du côté des grandes déclarations, ce 21 septembre, le ballet millimétré des chefs d’État s’est poursuivi à la tribune. Après le Gabonais Ali Bongo Ondimba, dont l’intervention était scrutée de près après la propagation de rumeurs selon lesquelles il aurait fait un malaise, ou encore le Kenyan nouvellement élu William Ruto, l’Ivoirien Alassane Ouattara a pris la parole.

Sommet de crise de la Cedeao

Il a appelé à la « libération sans délai » des 46 soldats ivoiriens « injustement détenus » par le Mali. « [Ils sont] déployés en qualité de 8e détachement de l’Élément de soutien national au sein de la Minusma [Mission des Nations unies au Mali] », a-t-il martelé, en réponse à Bamako qui les accuse d’être des mercenaires venus pour déstabiliser le pays.

Alors que depuis deux mois et demi les négociations patinent, Alassane Ouattara est venu à New York dans l’espoir de voir la pression s’accentuer, et les pourparlers s’accélérer. Après avoir diné, le 20 septembre, avec son homologue français Emmanuel Macron, il devait rencontrer le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, le lendemain, avant que ne se tienne, le 21 septembre un sommet de la Cedeao convoqué en urgence par le président bissau-guinéen, Umaro Sissoco Embaló.

Nouvelles sanctions ?

Alassane Ouattara va-t-il appeler à de nouvelles sanctions pour faire plier Bamako ? Si le Mali, dont la délégation à New York est conduite par Abdoulaye Maïga, ne devrait pas être convié à cette réunion de crise, il doit faire entendre sa voix à peu près au même moment. Le Premier ministre malien par intérim est annoncé à la tribune des Nations unies, et doit lui aussi s’entretenir avec Antonio Guterres.

Des discussions qui se tiennent loin de Bamako, où Assimi Goïta a reçu ce 21 septembre, pour sa première visite à l’étranger son homologue guinéen, Mamadi Doumbouya, lui aussi sous la menace de nouvelles sanctions ouest-africaines.

Kagame et Tshisekedi autour de Macron

Quelques heures avant Alassane Ouattara, c’est le Rwandais Paul Kagame qui s’était exprimé devant ses pairs réunis à New York. « Il est urgent qu’il y ait la volonté politique de s’attaquer enfin aux causes profondes de l’instabilité dans l’est de la RDC. Le jeu des reproches ne résout pas les problèmes », a-t-il déclaré.

Une réponse aux accusations formulées par Félix Tshisekedi la veille. « L’implication du Rwanda et sa responsabilité dans la tragédie que viventt mon pays et mes compatriotes des zones occupées par l’armée rwandaise et ses alliés du M23, ne sont plus discutables », avait-il martelé, en quête de soutiens internationaux plus évidents.

Mais à côté de ces prises de parole musclées, les médiations pour tenter de trouver une issue à la crise qui oppose les deux voisins se sont accélérées. Dans l’après-midi de ce 21 septembre, les deux chefs d’État se sont réunis durant une petite heure autour d’Emmanuel Macron – une réunion remarquable alors que les deux voisins n’ont plus de contact direct.

Accolade entre premières dames

Selon un communiqué de l’Élysée, le Rwanda et la RDC « sont convenus d’agir de concert pour obtenir au plus vite l’application des dispositions du processus de Luanda, le retrait du M23 et le cantonnement de ses combattants hors de la zone de Bunagana.»

Paris semble désormais vouloir jouer un rôle d’entremetteur de premier plan dans le conflit. Comme le révélait Jeune Afrique, plus tôt cette semaine, les responsables des services de renseignement congolais, rwandais et ougandais s’étaient retrouvés à Paris, à l’initiative de la Direction générale des renseignements extérieurs de la France (DGSE).

Enfin, ce 21 septembre, une rencontre d’un autre ordre a suscité des commentaires à New York : celles des premières dames congolaise et rwandaise. Denise Nyakeru Tshisekedi et Jeanette Kagame ont été photographiées tout sourire, se laissant aller à une franche accolade.

Avec Jeune Afrique par Anna Sylvestre-Treiner – envoyée spéciale à New York

Côte d’Ivoire : Pulchérie Gbalet accusée d’« entente avec les agents d’une puissance étrangère »

août 27, 2022

Cette activiste réputée proche de l’opposition avait déjà été arrêtée à la suite d’un séjour au Mali. Elle a de nouveau été interpellée le 22 août à Abidjan.

Pulcherie Gbalet lors d’une conférence de presse d’Alternative citoyenne ivoirienne, le 19 juillet 2022. © Facebook Pulcherie Gbalet

Une information judiciaire pour « entente avec les agents d’une puissance étrangère » a été ouverte contre Pulchérie Gbalet, a annoncé vendredi 26 août le procureur d’Abidjan, Richard Adou.

Pulchérie Gbalet, présidente de l’organisation Alternative citoyenne ivoirienne (Aci), qui avait déjà été interpellée et retenue le 3 août à son retour du Mali, a de nouveau été arrêtée lundi à Abidjan et écrouée. Remise en liberté après sa première interpellation, Pulchérie Gbalet s’est alors lancée « dans une véritable campagne de dénigrement de l’action du président de la République et du gouvernement dans la gestion de la crise liée à la rétention de 49 de nos soldats au Mali« , écrit Richard Adou dans un communiqué.

« Diffusion de nouvelles fausses »

Il ajoute que dans ses déclarations, la militante affirmait que « la Côte d’Ivoire n’empruntait pas la bonne voie pour faire libérer les 49 soldats, mais choisissait plutôt la voie de la violence verbale ». Pulchérie Gbalet s’était prononcée en faveur d’une « solution diplomatique » pour résoudre la crise, laissant entendre que ce n’était pas celle qui était privilégiée par les autorités ivoiriennes.

Pour ces déclarations, l’activiste est accusée « d’entente avec les agents d’une puissance étrangère de nature à nuire à la situation militaire et diplomatique de la Côte d’Ivoire, de manœuvres de nature à jeter le discrédit sur les institutions et à occasionner des troubles graves à l’ordre public », selon le procureur. Elle est en outre poursuivie pour « diffusion de nouvelles fausses de nature à entraîner une atteinte au moral de la population », ajoute-t-il.

Les « négociations se poursuivent »

Lors de son séjour au Mali, Pulchérie Gbalet avait rencontré des responsables d’ONG et des proches de la junte militaire au pouvoir depuis août 2020 dans ce pays, évoquant avec eux le sort de 49 soldats ivoiriens. Considérés comme des « mercenaires », ces soldats ont été inculpés par la justice malienne, notamment pour « tentative d’atteinte à la sûreté extérieure de l’État ».

Abidjan assure qu’ils étaient en mission pour l’ONU et a réclamé leur libération. Plusieurs médiations sont en cours pour l’obtenir, dont celles du Togo et de leaders religieux maliens. Les « négociations se poursuivent », a déclaré jeudi le chef d’état-major de l’armée ivoirienne, le général Lassina Doumbia.

Pulchérie Gbalet, proche de l’opposition au président Alassane Ouattara, avait déjà été incarcérée pendant huit mois entre août 2020 et avril 2021 pour avoir manifesté et appelé à manifester contre la candidature du chef de l’État à un troisième mandat à la présidentielle d’octobre 2020. L’Observatoire ivoirien des droits de l’homme (OIDH), a dénoncé vendredi son « arrestation irrégulière », ainsi qu’une « atteinte grave à la liberté d’expression », appelant à « la mobilisation » pour exiger sa libération.

Par Jeune Afrique avec AFP

Côte d’Ivoire – Marguerite Abouet : « Ouattara, Gbagbo et Bédié ? J’espère qu’ils ont abordé la question de la pauvreté »

août 6, 2022

L’ACTU VUE PAR… Chaque samedi, Jeune Afrique invite une personnalité à décrypter un sujet d’actualité. Cette semaine, l’auteure de la célèbre BD « Aya de Yopougon » s’exprime sur la politique ivoirienne, et notamment sur le rôle de l’éducation.

Marguerite Abouet, à Paris. © Jacques Torregano pour JA

Elle s’est fait un nom grâce la saga Aya de Yopougon. Cette BD connue dans le monde entier, traduite dans quinze langues et adaptée au grand écran, fait la fierté des Ivoiriens. Le personnage principal (qui donne son nom à la saga) évolue dans le quartier populaire de Yop City, où a grandi la scénariste, à la fin des années 1970. Impertinente et drôle, Aya rêve de devenir médecin et incarne pour beaucoup un modèle d’émancipation féminine.

Si Marguerite Abouet a quitté sa Côte d’Ivoire natale à l’âge de 12 ans, elle y retourne régulièrement, notamment afin de poursuivre l’action culturelle qu’elle mène, depuis une dizaine d’années, par le biais de son association Des livres pour tous, qui vise à créer des bibliothèques dans les écoles publiques d’Abidjan. Alors que, dix-sept ans après la publication du premier volume de sa série, elle s’apprête à sortir un septième tome, en septembre prochain, elle revient sur les enjeux qu’elle estime prioritaires pour le pays, la jeunesse et l’éducation.

Jeune Afrique : Le 14 juillet, Alassane Ouattara a reçu ses prédécesseurs, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié. Que vous inspire cette rencontre historique, la première depuis la crise postélectorale de 2010-2011 ?

Marguerite Abouet : Cette rencontre est une bonne chose. Elle signifie que les tensions se sont apaisées et que ces trois hommes pensent à l’avenir de leur pays. Je ne sais pas ce qu’ils se sont dit, mais j’ose espérer qu’ils ont parlé d’éducation. La Côte d’Ivoire a énormément régressé dans ce domaine. J’espère aussi qu’ils ont abordé la question de la pauvreté et de la cherté de la vie, car près de la moitié de la population est pauvre. Le salaire moyen ne dépasse pas les 100 euros par mois, et le taux de chômage est très élevé chez les jeunes. J’espère enfin qu’ils ont évoqué la politique de la santé, qui est aussi un vrai problème.

Certes, la Côte d’Ivoire connaît un rebond économique spectaculaire grâce à la politique des grands travaux, mais c’est aussi le moyen, pour les politiques, d’oublier les bouleversements du passé. Des plaies ne sont pas encore pansées. Une bonne partie de la population reste traumatisée par la guerre civile.

Les enfants des rues, les prostituées, les personnes qui vivent dans une extrême précarité… Je suis témoin de tout cela quand je retourne dans mon pays. Je souhaite donc que la rencontre entre ces trois hommes aboutira à une prise en compte des besoins de la jeunesse, dont deux générations ont été sacrifiées, et qui, même diplômée, ne trouve pas de travail.

LES ÉCOLES PUBLIQUES SONT UNE CATASTROPHE, ELLES SONT LAISSÉES À L’ABANDON

Vous œuvrez pour l’éducation par le biais de votre association Des livres pour tous. Êtes-vous optimiste pour l’avenir de la jeunesse ivoirienne ?

Cela fait longtemps que j’ai cessé de l’être. Je mène un combat visant à installer des bibliothèques accessibles à tous dans les écoles publiques des quartiers populaires d’Abidjan, et je suis choquée de voir dans quelles conditions on fait travailler ces jeunes. Les écoles publiques sont une catastrophe, elles sont laissées à l’abandon par les pouvoirs publics. Conséquence, des écoles privées fleurissent un peu partout, les professeurs désertent les établissements publics, et même les personnes sans réels moyens y envoient leurs enfants.

Le taux de réussite au baccalauréat 2022 a connu une légère hausse, avec 30,78% (contre 29,24% en 2021). Qu’est-ce que cela traduit selon vous ?

J’espère que les 3 000 jeunes qui fréquent mes bibliothèques y sont pour quelque chose. On intervient de la maternelle à la terminale. Et beaucoup de jeunes qui ont été accompagnés par ce projet reviennent dans les écoles et aident à leur tour leurs cadets. Les équipes sont très dynamiques. Pour autant, ce résultat de 30% est un progrès, mais il reste insuffisant pour un pays comme la Côte d’Ivoire. Le taux de réussite pourrait être beaucoup plus élevé si le gouvernement donnait les moyens à cette jeunesse de travailler dans de meilleures conditions. Il serait d’ailleurs intéressant de connaître le taux de réussite des écoles privées et celui des écoles publiques.

L’EXPULSION DES IMMIGRÉS AFRICAINS A COMMENCÉ SOUS FRANÇOIS MITTERRAND, EN 1981

Les relations tendues entre la France et le Mali ont eu un impact sur la vie culturelle malienne. La Côte d’Ivoire est devenue le nouveau QG de la diaspora culturelle et artistique africaine, ainsi que  le carrefour des industries créatives. Une véritable politique culturelle se met-elle en place ?

En Côte d’Ivoire, on doit le rayonnement de la culture aux artistes, qui se sont battus pour cela. Pas aux hommes politiques ni au gouvernement ! Les artistes ont du succès à l’étranger, puis ils reviennent au pays pour y promouvoir les arts et mener des actions – comme je le fais avec mes bibliothèques, en vivant entre Paris et Abidjan. On essaie de redonner au pays ce que l’on a reçu ailleurs. Ce n’est certainement pas celui-ci qui donne aux artistes et aux acteurs du monde de la culture la possibilité de vivre de leur art.

On a des galeries, c’est une chance. Ce sont elles qui aident les jeunes et les envoient en Europe. Les choses bougent tout doucement. Récemment, j’ai été agréablement surprise de découvrir une exposition, à Paris, sur des artistes ivoiriens, financée par l’ambassade de Côte d’Ivoire et la Fondation Bénédicte Janine Kacou Diagou. C’est une bonne chose que l’État commence à faire évoluer le milieu, à soutenir et à faire reconnaître nos artistes.

L’histoire d’Aya se déroule à la fin des années 1970, dans un climat politique et économique plutôt stable. Alors que vous sortez un septième tome, l’envie de dépeindre la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui vous a-t-elle traversée ?

Je ne raconte pas la guerre, cela ne m’intéresse pas. D’autres le font très bien. L’ Afrique ne se résume pas qu’à cela. En revanche, je m’appuie sur des thèmes actuels et qui touchent le monde entier. À travers le personnage d’Innocent, qui attend la régularisation de sa situation en France, je traite de l’expulsion des immigrés africains, qui a commencé sous François Mitterrand, en 1981. L’histoire se répète et, aujourd’hui, la situation a empiré.

TOUTES LES IVOIRIENNES SONT CHOQUÉES PAR LE PROJET DE LOI SUR LA POLYGAMIE

Vous ne vous réclamez d’aucun féminisme. Pour autant, quel regard portez-vous sur le projet de loi proposé par Yacouba Sangaré, député de la majorité présidentielle (RHDP), visant à légaliser la polygamie en Côte d’Ivoire et qui suscite l’indignation des féministes du pays ?

Ce projet de loi ne suscite pas seulement l’indignation des féministes. Toutes les Ivoiriennes, instruites ou non, sont choquées. On régresse. Aya, elle, fait progresser la condition féminine. Elle vit avec son temps, en s’émancipant. Toute la difficulté pour les Africaines réside dans le fait de conserver leurs valeurs et leurs coutumes. C’est une dualité compliquée. Les femmes veulent avoir le choix de faire des études et, aussi, choisir l’homme avec lequel elles veulent vivre. Ce débat autour de la légalisation de la polygamie est très dangereux. Et, une fois de plus, il est porté par des hommes, qui ne se sont pas souciés de demander l’avis des femmes. Il faut laisser les femmes décider.

Avec Jeune Afrique par Eva Sauphie

Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo à Duékoué, où « les Ivoiriens sont devenus fous »

avril 11, 2022

L’ancien chef de l’État ivoirien s’est rendu, ce 8 avril, dans la ville de l’ouest du pays qui fut le théâtre de tueries attribuées aux forces pro-Ouattara lors de la crise postélectorales de 2010-2011.

Laurent Gbagbo, lors de son retour à Abidjan, le 17 juin. © Leo Correa/AP/SIPA

Depuis son retour en Côte d’Ivoire le 17 juin 2021, Laurent Gbagbo multiplie les actes symboliques et les clins d’œil à l’histoire. Son passage éclair à Duékoué, dans le cadre d’une grande tournée dans l’ouest du pays, appartient à cette dernière catégorie. Arrivé le 8 avril en milieu d’après-midi, l’ancien président s’est recueilli sur la fosse commune du quartier Carrefour, y déposant une gerbe de fleurs, avant d’animer un meeting devant des milliers de personnes. Il était accompagné de son épouse Nady Bamba, de plusieurs cadres de son parti, le Parti des peuples africain – Côté d’Ivoire (PPA-CI), et d’une délégation du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI).

Dans cette ville où s’est déroulée, en 2011, l’une des principales tueries attribuées aux forces pro-Ouattara, Gbagbo voulait-il réveiller les vieux démons, comme le lui reprochent certains détracteurs ? Dans son discours, l’ancien président a mis l’accent sur la réconciliation. « La paix en Côte d’Ivoire viendra du pays Wé, parce que ce sont les Wé qui ont le plus souffert », a-t-il déclaré.

IL Y A UN MOMENT OÙ LA CÔTE D’IVOIRE EST DEVENUE FOLLE, OÙ LES IVOIRIENS SONT DEVENUS FOUS

L’ex-président s’est aussi interrogé sur les raisons des graves violences survenues après l’élection présidentielle contestée de novembre 2010, sans s’épancher sur sa part de responsabilité. « Aujourd’hui, je suis venu pleurer, parce que ce qu’il s’est passé est indicible. […] Pour un petit conflit, il y a […] tous ces charniers que nous avons visités, ces nombreux morts. Je ne comprends pas et je souhaite un jour comprendre. Il y a un moment où la Côte d’Ivoire est devenue folle, où les Ivoiriens sont devenus fous. […] On ne peut pas chercher à se massacrer perpétuellement pour des petites questions […]. Les disputes postélectorales, et même pré-électorales, existent dans tous les pays. C’est ça la politique. Mais ce n’est pas pour ça ces milliers de morts.  C’est qu’il y a quelque chose qui a dérapé », a-t-il lancé.

800 victimes

« Ce n’est parce que l’on demande la paix et la réconciliation, que l’on ne veut pas savoir ce qu’il s’est passé dans notre pays afin que cela ne se reproduise plus. Le but n’est pas de remuer le couteau dans la plaie, mais d’apprendre de nos erreurs. Il faut restituer les faits et la réalité historique », a précisé Damana Pikass, le secrétaire général du PPA-CI.

L’ouest de la Côte d’Ivoire fut l’une des régions qui paya un lourd tribut lors de la crise. Verrou stratégique vers le port de San Pedro, la ville de Duékoué fut le théâtre d’un massacre qui marqua les esprits. Déjà, en 2005, des massacres avaient été perpétrés par des milices armées dans les quartiers de Petit Duékoué et de Guitrozon.

Tout bascule à nouveau entre le 29 et le 31 mars 2011, dans le prolongement de la crise postélectorale. Jusque-là bastion des milices pro-Gbagbo, ce carrefour de l’ouest ivoirien tombe aux mains des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), favorables à Alassane Ouattara. Des maisons sont incendiées, des cases pillées, des hommes, des femmes et des enfants assassinés. Selon un rapport du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), 800 victimes auraient été dénombrées par les hommes du contingent marocain de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire (Onuci). Une fosse commune creusée par ces derniers à Carrefour, quartier des autochtones guérés, accueillera des corps ensevelis à la va-vite.

Ouérémi reconnu coupable

Depuis, les victimes demandent que justice soit faite. Chargée de faire la lumière sur les crimes de la crise postélectorale, la cellule spéciale d’enquête et d’instruction a divisé son instruction en plusieurs séquences. Un pan entier fut consacré à la prise de Duékoué par les forces pro-Ouattara. En 2014, la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), qui s’était constituée partie civile avec d’autres organisations des droits de l’homme, a publié un rapport détaillant la responsabilité de plusieurs chefs de guerre dans ces massacres, notamment celle de Losseni Fofana, d’Eddie Médi et d’Amadé Ouérémi.

Arrêté le 18 mai 2013, le chef de guerre burkinabè a été condamné à la prison à vie en avril 2021 par le tribunal criminel. Il a été reconnu coupable de « crimes contre les populations », « pillages », « séquestrations », « coups et blessures volontaires » et « destructions de biens ». Le tribunal a alors suivi les réquisitions du procureur contre cet ancien réparateur de vélo né en 1964 dans le centre-ouest du pays, reconverti en planteur puis en trafiquant redouté, à la tête d’un groupe d’une centaine d’hommes basé dans la forêt du mont Péko.

Des comzones hors d’atteinte

Ce procès avait malgré tout laissé un goût amer aux organisations de défense des droits humains. Lors des débats, Adamé Ouérémi avait désigné l’ancien comzone de Man, Losseni Fofana, dit « Loss », et l’ancien commandant des FRCI de Kouibly, le lieutenant Coulibaly, dit « Coul », comme ses supérieurs hiérarchiques. « Je n’ai pas commandé, dirigé, donné d’ordres. Je n’ai pas sorti les fusils, pas donné les balles, pas demandé aux [chasseurs] Dozos de m’aider », avait-il soutenu à la barre. Malgré ce témoignage, ni Fofana ni Coulibaly n’ont été entendus lors du procès. Lors de leurs auditions respectives, lues par le président du tribunal, ils avaient affirmé ne pas connaître l’accusé avant son arrestation.

EN 2018, UNE AMNISTIE DÉCRÉTÉE PAR LE CHEF DE L’ÉTAT IVOIRIEN A PERMIS À PLUSIEURS ANCIENS COMZONES D’ÉCHAPPER À LA JUSTICE

Comme d’autres anciens chefs rebelles, Losseni Fofana a été inculpé en 2015 par la justice ivoirienne pour son rôle supposé dans les crimes commis pendant la crise, sans que cela ne débouche sur la tenue d’un procès. En 2018, une amnistie décrétée par Alassane Ouattara a permis à plusieurs anciens comzones d’échapper à la justice. Si aucun n’était nommé dans la décision prise par le chef de l’État ivoirien, les crimes pour lesquels ils étaient poursuivis étaient concernés par cette décision.

Depuis, la procédure est à l’arrêt et Losseni Fofana a poursuivi son ascension au sein de l’armée. En décembre 2021, il a été promu au grade de colonel-major. Après avoir dirigé le bataillon de sécurisation de l’Ouest (BSO), il avait été affecté début 2019 à la tête du 3e bataillon d’infanterie militaire de Bouaké, remplaçant Hervé Touré, alias « Vetcho », un autre ancien commandant de zone des Forces nouvelles de Côte d’Ivoire (FNCI).

Avec Jeune Afrique par Vincent Duhem

Côte d’Ivoire : Laurent Gbagbo en opération séduction auprès des Ébriés

mars 22, 2022
L’ancien président Gbagbo prononce un discours devant les délégués de son nouveau parti, le PPA-CI, à Abidjan le 17 octobre 2021. © Diomande Ble Blonde/AP/SIPA

Neuf mois après son retour à Abidjan, Laurent Gbagbo a assisté à une cérémonie d’hommage rendu par le peuple de la ville. L’occasion de prononcer un discours dans lequel certains ont senti des relents ethnicistes.

Après quelque dix années d’incarcération à la Cour pénale internationale, Laurent Gbagbo n’est semble-t-il pas à neuf mois près. Initialement prévu pour le 17 juin 2021, date du retour de l’ancien président en Côte d’Ivoire, l’hommage des Ébriés a finalement eu lieu le 19 mars à Songon.

Pour l’occasion, un tapis rouge a été déroulé pour l’ex-chef d’État. Tous les villages ébriés du district d’Abidjan étaient représentés, des chefs religieux et quelques politiques également. Les principaux leaders du Parti des peuples africains (PPA-CI) et des représentants du Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA), tels que Noël Akossi-Bendjo et Éric N’Koumo Mobio étaient de la fête.

« C’est à Abidjan que l’ancien président a été arrêté. Il était important d’invoquer les ancêtres pour que la nouvelle mission qu’il s’est assignée avec son parti soit bénie », souligne un proche de l’ancien président.

Yako

Pour Laurent Gbagbo, l’évènement a été l’occasion de faire passer des messages et de flatter l’électorat de la capitale économique. Tout en remontant à l’époque coloniale, il a dénoncé la raréfaction des terres et la spoliation du peuple ébrié.

« L’urbanisation d’Abidjan a dépouillé totalement les Ébriés. Quand je suis devenu président, j’ai fait ce que j’ai pu pour donner des postes à des fils d’Ébriés. Je me disais : “Si cela arrivait dans mon village, qu’est-ce qu’on serait devenu ?” », a-t-il déclaré dans son discours. « Ce qui est arrivé aux Ébriés, il faut que nous veillions à ce que cela n’arrive pas aux autres peuples de Côte d’Ivoire », a-t-il insisté.

EN AFRIQUE, UN PEUPLE QUI N’A PLUS DE FORÊT EST UN PEUPLE MISÉRABLE

« Regardez Abobo. Regardez Marcory, Port-Bouët, Vridi, Songon [des communes d’Abidjan], tout est parti. Je vous dis yako [désolé] pour ça, je vous dis yako pour cette grande souffrance. En Afrique où les peuples sont paysans, un peuple qui n’a plus de forêt, qui n’a plus de brousse et de surface cultivable est un peuple misérable. Je vous dis yako« , a ajouté Laurent Gbagbo.

Un discours ethniciste ? Un appel au repli identitaire ? Dans l’entourage du président, on rejette cette accusation. « C’est une interpellation pour une prise de conscience collective. L’urbanisation ne doit pas nous faire perdre de vue les intérêts de nos populations », prévient un poids lourd du PPA-CI.

Bilan mitigé

Mais au district de la capitale économique, on relativise l’œuvre de Laurent Gbagbo en la matière et on souligne les réalisations faites depuis 2011. « Les Ébriés ont tout donné pour la construction d’Abidjan, estime Baba Coulibaly, chargé de communication du district d’Abidjan. Lorsqu’Alassane Ouattara a nommé Robert Beugré-Mambé à la tête du district en 2011, il a mis en place un programme de désenclavement des 150 villages Atchan et Akyé. Nous avons bitumé les routes d’accès à ces villages, procédé à l’électrification, l’adduction en eau potable  ainsi qu’à l’assainissement. Grâce à tous ces projets, une localité comme Songon attire de nombreux promoteurs immobiliers. Ce sont des actions concrètes. Mais Laurent Gbagbo, quel bilan peut-il faire de son action pour ces villages ? »

Avec Jeune Afrique

Côte d’Ivoire – Olivia Yacé : concours Miss Monde, paillettes et politique

mars 17, 2022

Olivia Yacé, 23 ans, fille du maire de Cocody, a été élue la troisième femme la plus belle du monde. La Miss Côte d’Ivoire s’était entourée d’une armée de communicants pour préparer ce concours, ringardisant au passage le comité d’organisation de son pays.

Olivia Yacé a été élue deuxième dauphine du concours de Miss Monde 2022 qui a eu lieu dans la nuit de mercredi à jeudi, à Porto-Rico, aux États-Unis. Quelques mois auparavant, très souriante, elle répondait, avec enthousiasme et dans un anglais soigné, sans accent, aux questions d’une animatrice américaine qui l’interrogeait, intriguée, sur cette reine dont elle se dit descendante dans sa vidéo de présentation au concours Miss Monde 2022. « C’est incroyable ! Pouvez-vous nous en dire plus ? »

Âgée de  23 ans, la jeune femme déroule le récit de l’héroïque Abla Pokou, reine africaine fondatrice du royaume Baoulé, qui sacrifia un fils pour sauver son peuple. « Je suis très fière d’appartenir à son groupe ethnique, les Akans. Aujourd’hui, je porte une couronne avec des éléments dorés qui représentent ma culture, mon histoire et cette reine. […] Je voulais mettre en lumière l’impact des femmes dans nos sociétés », explique la candidate. L’animatrice semble à la fois émue par ce récit et conquise par le discours féministe.

Fonds propre

À l’issue de cet entretien, Olivia Yacé remportera le « head to head challenge » du concours Miss Monde 2022 (au total, elle remportera trois de ces « challenges », dont celui du vote du public), une des épreuves qui ouvre les portes de la grande finale qui aura lieu cette nuit sur l’île caribéenne de Porto-Rico. Seules quarante participantes sur plus d’une centaine sont ainsi sélectionnées d’après un savant calcul de points. C’est la première fois qu’une Ivoirienne atteint ce stade de la compétition et se hisse parmi les favorites.

OLIVIA YACÉ CONNAIT ET MANIE LES CODES DE LA MODE

La jeune femme est née aux États-Unis où elle a effectué toute sa scolarité. Mannequin depuis l’âge de 13 ans, hyper active sur les réseaux sociaux, Olivia Yacé connait et manie les codes de la mode, aussi bien que ceux du marketing, matière dont elle vient tout juste d’être diplômée dans une université américaine. Pour préparer cette compétition mondiale, reportée une première fois en raison de la crise sanitaire, elle s’est entourée d’une solide équipe de communicants et de coachs.

Le noyau dur de son équipe est composée de sept personnes : sa chargée de communication Justice Tayou Diouf, un community manager, un directeur artistique, deux photographes et deux vidéastes. Olivia Yacé peut aussi compter sur les stylistes ivoiriennes Lafalaise Dion et Aya Konan, et s’est attachée les services d’un professeur de français, d’un coach en démarche et d’un autre en sport. « Elle a financé sa campagne sur fond propre, grâce à l’aide de ses parents », explique Justice Ayou Diouf. Plusieurs montants circulent, aucun n’est confirmé. On parle de plusieurs dizaines de millions de F CFA investis (plusieurs milliers d’euros).

Exit donc le Comici, le Comité d’organisation de Miss Côte d’Ivoire, dont une des missions consiste à préparer, financer et encadrer les Miss ivoiriennes pour le concours mondial. « Encore heureux ! Sinon Olivia serait passée inaperçue, comme les précédentes. À l’heure des réseaux sociaux, le Comici est complétement dépassé, ce sont des personnes âgées qui ne comprennent pas les enjeux », tonne l’entourage d’Olivia Yacé. Le Comici s’était ému de la situation dans un communiqué, tout en apportant son soutien à la candidate. Son président, Victo Yapobi, n’a pas répondu à nos sollicitations.

Noblesse ivoirienne

Olivia Yacé est la fille de Jean-Marc Yacé, le maire de la commune huppée de Cocody à Abidjan et la petite-fille de Philippe Yacé, compagnon de route de Félix Houphouët-Boigny. Autrement dit, elle appartient à la noblesse de ce pays. Une jeune femme de bonne famille, très soutenue par sa maman Yolande, qui prône l’acceptation de soi et la défense des minorités, et a réussi le pari d’agréger autour d’elle de nombreux soutiens, très hétéroclites. Des soutiens politiques notamment.

Elle a été reçue avec ses parents par l’ancien président Henri Konan Bédié et sa femme Henriette, après son couronnement en Côte d’Ivoire. Le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) de Laurent Gbagbo s’est fendu d’un communiqué pour lui apporter son soutien, tandis que le Premier ministre Patrick Achi et la Première dame Dominique Ouattara twittaient leurs encouragements.

Figure féministe

Récemment, c’est avec la rappeuse Nash qu’Olivia Yacé a partagé une séance photo, après avoir tourné un clip en compagnie de plusieurs influenceuses ivoiriennes, ses « tatas ». De nombreuses féministes partagent ses posts sur les réseaux sociaux et saluent une jeune femme indépendante qui ne mise pas tout sur sa plastique de rêve. « Elle est un exemple pour les jeunes filles qui cherchent à s’émanciper », avance une activiste, conquise. « Nous avions Didier Drogba et A’Salfo, et maintenant nous avons aussi Olivia Yacé », se réjouissent les internautes.

Cette ambiance bon enfant, qui voit tout un pays se ranger derrière sa Miss, tranche avec celle qui avait prévalu autour du concours Miss Côte d’Ivoire 2019. La gagnante, Tara Gueye, de mère ivoirienne et de père sénégalais, avait été attaquée sur les réseaux sociaux en raison de son patronyme, ravivant les inquiétudes d’une réapparition du débat sur « l’ivoirité » à quelques mois d’une élection présidentielle. Plusieurs personnalités lui avaient apporté leur soutien, notamment Didier Drogba.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard – à Abidjan

Mali-Côte d’Ivoire : quand un obscur opposant se proclame « président de la transition malienne » depuis Abidjan

mars 7, 2022
Ainea Ibrahim Camara© DR Ainea Ibrahim Camara © DR

Ainea Ibrahim Camara a rejoint Freetown après une mise en garde des autorités ivoiriennes et des menaces de poursuites de Bamako. Le tout dans un contexte de tensions diplomatiques entre les deux pays.

S’attendait-il à autant de réactions quand il s’est proclamé « président de la transition civile malienne à compter du 27 février », en donnant une conférence de presse à Abidjan la veille ? Ce qui est certain, c’est que le tapage provoqué par sa sortie médiatique ne semble pas l’inquiéter, et encore moins lui déplaire.

Une semaine après cette annonce très partagée et commentée sur les réseaux sociaux, l’opposant malien Ainea Ibrahim Camara affirme rester « droit dans ses bottes ». Il se dit « serein et flegmatique » et compte former prochainement son gouvernement. Il a saisi la Cour constitutionnelle malienne afin qu’elle constate « la vacance du pouvoir » et lui accorde son « feu vert » en vue de l’organisation d’élections. « Je crois en la justice de mon pays », insiste-t-il quand on lui fait remarquer que tout cela semble peu réaliste.

D’Abidjan à Freetown

La discussion a lieu par la téléphone, par l’entremise de son chargé de communication et conseiller politique, un Ivoirien qui se présente comme un ancien député et requiert l’anonymat. Ainea Ibrahim Camara, fondateur du Mouvement républicain en 2017, a en effet déjà quitté la capitale économique ivoirienne pour la Sierra Leone.

Est-ce en raison de la mise en garde du gouvernement ivoirien qui, dans un communiqué en date du 28 février, a affirmé qu’il « ne saurait tolérer la déstabilisation d’un pays frère à partir de son territoire » et « se réservait le droit de prendre des mesures à l’encontre de toute personne dont les agissements mettraient à mal ses relations avec des pays tiers » ?

« Non, mon voyage à Freetown était prévu. J’y suis pour mes activités professionnelles de président d’un groupe financier. Je suis prêt à revenir en Côte d’Ivoire, ce pays que j’aime beaucoup, si les autorités souhaitent me parler », assure cet entrepreneur de 50 ans. Selon la biographie fournie par son entourage, Ainea Ibrahim Camara est né à Bamako, a été formé en France et aux États-Unis et tient aujourd’hui les rênes de trois établissements, dont une banque, dans les secteurs de l’énergie et de l’environnement.

« Déstabilisation des institutions de la transition »

Quant aux poursuites judiciaires annoncées côté malien, il dit ne pas être au courant, évoque une manipulation des réseaux sociaux et garantit qu’il retournera bientôt dans son pays. « La junte était au courant de mes intentions dès le 10 janvier, mais le fait que je vienne en parler en Côte d’Ivoire, à l’invitation des Maliens [qui y résident], et que j’exprime ma sympathie envers le président Alassane Ouattara, explique certainement pourquoi elle s’est sentie piquée au vif. »

Dans un communiqué, les autorités maliennes ont condamné la teneur de plusieurs vidéos en ligne qui « traduisent clairement la volonté de l’intéressé, manifestement rassuré des complicités dont il pourrait bénéficier, dans un pays voisin d’où il tenait ses propos, de poursuivre son entreprise malveillante de déstabilisation des institutions de la transition ».

Une polémique qui intervient dans un contexte de fortes tensions diplomatiques entre la Côte d’Ivoire et le Mali depuis l’instauration de nouvelles sanctions économiques prises par la Cedeao début janvier en réponse à l’intention de la junte de se maintenir au pouvoir pendant plusieurs années. Depuis, plusieurs organisations représentant la communauté malienne en Côte d’Ivoire ont condamné les propos d’Ainea Ibrahim Camara, appelé à son arrestation et réitéré leur soutien à la junte. « Ils sont manipulés », tonne l’opposant.

Proche du couple Clinton ?

Alors, que cherche vraiment l’autoproclamé « président de la transition civile malienne », dont les proches assurent qu’il possède des mines d’or et de diamants et qu’il connaît bien le couple Clinton ? Il entend « agir pour les intérêts des Maliens » face à « un pouvoir illégitime et illégal », assure le candidat à la députation dans son pays en 2020.

Selon la presse malienne, il avait été écroué avant le vote en raison de soupçons d’escroquerie et d’abus de confiance. Sur ce point, Ainea Ibrahim Camara réfute toute condamnation : « Je n’ai jamais été condamné de ma vie. Mon casier judiciaire est vierge. Cette arrestation visait à m’empêcher de me présenter. J’ai été relâché juste après. »

Avec Jeune Afrique par Florence Richard