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Côte d’Ivoire : le stade d’Ebimpé, gazon maudit

septembre 26, 2021
Devant le stade olympique de 60 000 places récemment inauguré en Côte d’Ivoire, construit avec l’aide de la Chine, à Ebimpé, près d’Abidjan, le 3 octobre 2020.

Il a été inauguré il y a moins d’un an et pourtant, le stade olympique Alassane Ouattara est déjà fermé, à cause de l’état de la pelouse. Que s’est-il passé ?

C’est avec une certaine ironie que le sélectionneur portugais des Lions indomptables du Cameroun, Toni Conceiçao, a résumé le 5 septembre les deux défis auxquels serait confrontée son équipe dès le lendemain : « on va devoir s’adapter à notre adversaire, mais aussi à la pelouse. » Finalement, les Camerounais n’auront réussi à relever ni l’un ni l’autre, puisqu’ils se sont inclinés (1-2) face à la Côte d’Ivoire en match qualificatif pour la Coupe du Monde 2022. Les coaches du Malawi et du Mozambique, les deux prochains adversaires des Éléphants initialement attendus à Abidjan, n’auront pas à se tourmenter avec ce type d’interrogation.

Ces deux matches auront en effet lieu sur terrain neutre : à Cotonou, au Bénin, pour le premier, et dans un lieu qui reste à déterminer pour le second. « Nous avions proposé de jouer à Yamoussoukro, dans un stade qui sera utilisé lors de la CAN 2023, mais la CAF ne l’a pas homologué pour accueillir des matches internationaux », précise Patrice Beaumelle, le sélectionneur français des éléphants. La Fédération ivoirienne de football (FIF) avait étudié plusieurs possibilités (Ghana, Sénégal, Maroc, Togo) pour « recevoir » les Malawites, avant d’obtenir l’accord du Bénin.

« Un risque de blessure évident »

La raison de cette double délocalisation n’est ni la conséquence d’une suspension de terrain ni d’une situation politique tendue interdisant la tenue d’évènements sportifs. Elle est d’ordre purement structurel, puisque le pourtant flambant neuf stade olympique Alassane Ouattara d’Ebimpé (60 000 places), inauguré le 4 octobre 2020, est déjà fermé pour travaux. Si des problèmes ont été constatés dans les vestiaires des joueurs et au niveau de l’électricité, c’est bien la pelouse de l’enceinte qui pose problème.

Dans un état déjà catastrophique avant le match Côte d’Ivoire-Cameroun, elle ne ressemblait plus à grand-chose quelques minutes après le coup d’envoi. « Plus le match avançait, et plus elle se détériorait, c’était très difficile pour les deux sélections, avec un risque de blessure évident pour les joueurs », se souvient Patrice Beaumelle. Face à l’urgence de la situation, le stade a été fermé pour que soient effectués les travaux nécessaires. Et notamment le remplacement de la pelouse, avec l’installation d’une surface hybride.

UNE FOIS QUE LES TRAVAUX SERONT ACHEVÉS, LA CÔTE D’IVOIRE POSSÈDERA UN STADE ULTRA- MODERNE, UN DES PLUS BEAUX D’AFRIQUE

C’est une entreprise française, Sparfel, qui a entamé les travaux de réhabilitation. « Le coût sera à la charge de l’État ivoirien, ainsi que ceux concernant les vestiaires et l’électricité, qui seront mis aux normes européennes », explique Mariam Yoda, directrice de l’Office national des Sports (ONS). « Je peux comprendre la déception des supporters et des joueurs de la sélection nationale, laquelle ne pourra pas jouer dans son stade avant l’année prochaine, le temps que les travaux soient terminés. Mais une fois que ceux-ci seront achevés, la Côte d’Ivoire possèdera un stade ultra-moderne, fonctionnel et en parfait état, un de plus beaux d’Afrique. »

Déception et colère

Le stade olympique, d’un coût total de 133 millions d’euros, avait été offert par la Chine, dans le cadre de la coopération sino-ivoirienne. « Rapidement est apparu un problème de drainage de la pelouse, qui provoque une trop longue stagnation de l’eau quand il pleut. D’où la détérioration de la surface de jeu et les fréquentes glissades des joueurs, explique une source au ministère des Sports. C’est évidemment un fâcheux contretemps, qui pénalise la sélection nationale pour les deux matches importants face au Malawi et au Mozambique. » Mais en Côte d’Ivoire, cette situation est jugée anormale, et pas seulement par les nombreux amateurs de football et supporters de la sélection nationale.

CERTAINS ESTIMENT QUE LE CHEF DE L’ÉTAT DEVRAIT « TAPER DU POING SUR LA TABLE »

« Personne ne comprend comment un stade flambant neuf, inauguré il y a moins d’un an, peut être déjà fermé à cause de travaux mal faits, relate le  journaliste sportif Clément Diakité. Il y a de la déception et un peu de colère. Les Ivoiriens estiment qu’un pays comme le leur ne devrait pas être dans cette situation. » Et d’exiger, pour certains, que le chef de l’État « tape du poing sur la table, qu’il prenne des sanctions contre ceux qui ont une part de responsabilité dans cette affaire, c’est-à-dire les entreprises qui ont fait certains travaux défectueux, le ministère des Sports et l’Office national de Sports », poursuit le journaliste. Pour l’instant, Alassane Ouattara n’a pas publiquement réagi à la fermeture provisoire du stade qui porte son nom.

Par Jeune Afrique par Alexis Billebault

Côte d’Ivoire: cérémonie de levée du corps de Charles Konan Banny, en l’église Saint François-Xavier d’Abidjan

septembre 21, 2021

Avec Ivoire TV5

Côte d’Ivoire : Venance Konan prend la tête du conseil d’administration d’IDT

septembre 15, 2021

Le romancier de 62 ans Venance Konan poursuit ses éditoriaux dans « Frat’ Mat’ » malgré son départ du journal.

L’ancien directeur général de « Fraternité Matin » a été élu ce 14 septembre président du conseil d’administration de la Société ivoirienne de télédiffusion.

Deux mois après son départ du quotidien pro-gouvernemental Fraternité Matin, dont il était le directeur général depuis dix ans, Venance Konan a pris ce mardi 14 septembre la tête du conseil d’administration de la Société ivoirienne de télédiffusion (IDT). Il était le seul candidat à ce poste. Lors du dernier conseil des ministres, il avait été nommé membre de cette entité publique composée de sept membres en tant que représentant du chef de l’État. Parmi les grands dossiers dont il aura la charge : l’achèvement du déploiement de la TNT sur le territoire et la gestion des antennes.

« En bons termes »

« Un gros défi », confirme le journaliste et romancier de 62 ans qui, malgré son départ de « Frat’ Mat’ », y conserve ses éditoriaux très lus en Côte d’Ivoire. « C’est assez inédit dans l’histoire de ce journal. On m’a demandé de continuer d’y écrire, ce que j’ai accepté. Ce n’est pas une condition que j’ai imposée », précise Venance Konan, que les lecteurs retrouvent désormais trois fois par semaine dans les premières pages du journal.

Il a été remplacé à la direction générale par Abdel Serge Olivier Nouho, ancien directeur général adjoint chargé des finances, qui prend les rênes d’un quotidien frappé de plein fouet par la crise de la presse et la concurrence. En baisse d’audience (3 000 exemplaires vendus chaque jour contre 70 000 dans les années 1980), le titre jongle avec des pertes importantes et un déficit de confiance des lecteurs.

Malgré des rumeurs de dissensions internes, Venance Konan assure avoir quitté son journal « en bons termes » avec son successeur. La salle multimédia de « Frat’ Mat’ » porte aujourd’hui son nom et il conserve certaines attributions liées à son ancienne fonction.

Ambitions politiques

En plus de la présidence du conseil d’administration de la Société ivoirienne de télédiffusion, Venance Konan conserve ses activités politiques. L’éditorialiste est responsable de la section de Daoukro du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP, au pouvoir). Il s’était présenté sans succès aux dernières législatives dans cette localité du centre-est où il a grandi et qui est aussi le fief de l’ancien président Henri Konan Bédié.

Retentera-t-il l’aventure ? « On ne peut jamais dire jamais », sourit-il. En attendant, il a lancé un fonds pour l’autonomisation des femmes de la région, dans lequel il compte s’impliquer. Récipiendaire de plusieurs prix littéraires prestigieux, auteur prolifique, Venance Konan espère aussi prochainement boucler des projets d’écriture en cours.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard

Côte d’Ivoire : décès de l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny

septembre 11, 2021

Charles Konan Banny, le 17 avril, à Abidjan.

L’ancien Premier ministre ivoirien Charles Konan Banny est décédé vendredi de complications pulmonaires et respiratoires liées au coronavirus, à Paris, où il avait récemment été évacué et hospitalisé.

Atteint du coronavirus à Abidjan, il avait été transféré le 4 septembre à l’hôpital américain de Neuilly où il est décédé vendredi, à 78 ans. Alors qu’il était depuis quinze jours pris en charge à la Pisam (Polyclinique Sainte Anne-Marie) à Abidjan, l’état de santé de l’ancien Premier ministre ivoirien, vacciné contre le Covid-19, avait nécessité un transfert d’urgence par un vol spécialement affrété.

Cadre du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI), Charles Konan Banny avait été imposé comme Premier ministre à Laurent Gbagbo par la communauté internationale en décembre 2005, un poste qu’il quittera en avril 2007.

Après la sanglante crise post-électorale de 2010-2011, il avait été nommé président de la Commission vérité et réconciliation (CDVR), un poste stratégique. Entendre victimes et bourreaux de tous bords, diagnostiquer et guérir les maux ivoiriens, réconcilier pro-Ouattara et partisans du président déchu Laurent Gbagbo : « CKB », en héritier autoproclamé du premier chef d’État Félix Houphouët-Boigny – avec lequel il avait des liens familiaux -, avait obtenu des résultats contrastés. Malgré des témoignages poignants et l’audition de 72 000 victimes, la CDVR a eu un très faible écho dans la population et n’avait pas suscité la « catharsis » espérée en Côte d’Ivoire.

« Un grand serviteur de l’État »

« Je rends hommage à un grand serviteur de l’État, une personnalité politique de premier plan dont la contribution à la réconciliation nationale a été importante », a réagi le président ivoirien Alassane Ouattara.

« Il a changé ma perception de la politique ivoirienne et de certains de ses acteurs », s’est pour sa part ému Guillaume Soro.

BCEAO

Né le 11 novembre 1942 à Divo (Sud), ce fils de planteur baoulé était diplômé de la prestigieuse École supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec) de Paris. Après avoir travaillé dans la gestion d’État de la filière cacao en Côte d’Ivoire, premier exportateur mondial, il intègre en 1976 la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) à son siège de Dakar, où il gravit tous les échelons.

Gouverneur par intérim de cette institution (1990-1993), il est confirmé dans ses fonctions le 1er janvier 1994, trois semaines avant la dévaluation du franc CFA, qui jouera un grand rôle dans son image d’«homme de la France ». Il y restera jusqu’à son arrivée en 2005 à la primature ivoirienne.

Par Jeune Afrique avec AFP

Côte d’Ivoire : Simone Gbagbo reléguée au second plan du futur parti de Laurent Gbagbo

septembre 7, 2021
Laurent Gbagbo prononce un discours lors d’une réunion avec des chefs traditionnels et des membres de son parti dans sa résidence à Mama, son village natal, le 28 juin 2021.

Assoa Adou, Sébastien Dano Djédjé… Tous les cadres historiques du FPI figurent dans l’équipe chargée de préparer le congrès du futur parti de Laurent Gbagbo. L’ancienne Première dame ne se voit confier qu’un rôle secondaire.

Attendue la semaine dernière, la liste a fini par tomber. Ce mardi 7 septembre, Laurent Gbagbo a dévoilé l’équipe chargée de préparer le congrès constitutif de son futur parti, censé se tenir d’ici fin octobre. Sans surprise, la plupart des membres de son premier cercle et de la vieille garde du Front populaire ivoirien (FPI) en fait partie. En tout, près de 100 personnes, réparties en différentes commissions.

Plusieurs figures des « GOR » (les « Gbagbo ou rien », ses partisans qui lui sont restés fidèles malgré la scission avec le FPI de Pascal Affi N’Guessan) composent le « comité de coordination ». On y retrouve ainsi Assoa Adou, principal responsable du FPI pro-Gbagbo durant l’absence de l’ancien président, Hubert Oulaye, ancien ministre et président du groupe parlementaire Ensemble pour la démocratie et la souveraineté (EDS) à l’Assemblée nationale, ou encore Sébastien Dano Djédjé, ex-ministre de la Réconciliation nationale – lequel est aussi nommé président du futur congrès constitutif. Jean-Baptiste Gnahoré, ex-président du conseil régional de Gagnoa, et Emmanuel Ackah, ancien directeur de cabinet de Gbagbo, complètent ce comité de coordination.

Simone Gbagbo reste « une personnalité éminente »

La commission chargée de l’élaboration du manifeste du futur parti sera présidée par Laurent Akoun, vieux compagnon de route du « Woody de Mama ». Celle chargée de son règlement et de proposer un nom et un sigle sera, elle, dirigée par André Kouassi Kouakou. La vingtaine de personnes qui composent chacune de ces deux commissions sont convoquées dès demain à 10h au domicile abidjanais d’Abou Drahamane Sangaré, ancien secrétaire général du FPI décédé en 2018, pour une première séance de travail. Parmi elles, de nombreux membres de la garde rapprochée de Gbagbo, comme Justin Koné Katinan, Damana Pickass, Emmanuel Monnet, Habiba Touré, Georges-Armand Ouégnin, Émile Guiriéoulou…

Enfin, des dizaines de responsables plus ou moins en vue du FPI pro-Gbagbo complètent le « groupe de réflexion élargi » sur le futur parti. Dans la liste ressort notamment le nom de Simone Ehivet Gbagbo, l’ancienne Première dame. Depuis son retour à Abidjan, le 17 juin, l’ancien chef de l’État a rompu au sens propre comme au figuré avec son ex-femme, dont il a officiellement demandé le divorce.

« Elle n’en reste pas moins une éminente personnalité du FPI. Je ne vois pas pourquoi elle ne ferait pas partie de la future équipe, comme tous les autres hauts responsables du parti », glissait un intime de Gbagbo il y a quelques jours. Alors que des rumeurs font part de sa tentation de créer son propre mouvement politique, Simone Gbagbo n’a pas encore publiquement réagi à sa nomination.

Avec Jeune Afrique par Benjamin Roger

L’affaire du viol mimé à la télé va-t-elle permettre un #MeToo ivoirien ?

septembre 7, 2021
Une militante féministe lors d’une manifestation contre la chaîne de télévision Nouvelle Chaine Ivorienne (NCI) au siège de la NCI à Abidjan le 1er septembre 2021.

La séquence a provoqué une vague d’indignation que les peines prononcées par la justice n’ont pas fait retomber. Elle a aussi mis en lumière l’activisme d’une nouvelle génération de féministes. Entretien avec Désirée Dénéo, secrétaire générale de la Ligue ivoirienne des droits des femmes.

Désirée Dénéo est la secrétaire générale de la Ligue ivoirienne des droits des femmes, une association créée l’année dernière qui multiplie les actions sur le terrain et les campagnes de sensibilisation aux violences faites aux femmes. Elle revient pour Jeune Afrique sur le scandale provoqué par l’affaire de la « démonstration » de viol retransmise sur les antennes de la NCI et sur la difficulté qu’il y a à faire bouger les mentalités.

Jeune Afrique : Comment expliquez-vous la mobilisation inédite qu’a connue la Côte d’Ivoire après la diffusion de cette séquence où l’on voit un invité, présenté comme un violeur repenti, mimer une scène de viol sur un mannequin en plastique ?

Désirée Dénéo : La scène dont vous parlez a d’abord choqué pour des questions de pudeur. Nous sommes dans une société qui reste attachée à un certain puritanisme. Mais les féministes ivoiriennes ont aussi joué un rôle dans l’expression de cette indignation collective. Nous sommes de plus en plus nombreuses, nous sommes aussi mieux organisées, et nous savons donner de la voix sur les réseaux sociaux.

L’animateur de l’émission en question, Yves de Mbella, a été condamné à un an de prison avec sursis ; son invité a écopé de deux ans de prison ferme. Êtes-vous satisfaite ?

Je ne le suis qu’à moitié puisque la chaine, la NCI, n’a pas été condamnée. Nous sommes encore en train de travailler sur cet aspect avec notre avocate. Il y aura une suite. C’est pour cela que nous avons refusé de participer à l’émission d’excuses de la NCI.

Une nouvelle génération de féministes, dont vous faites partie, a émergé en Côte d’Ivoire. Quelles sont vos revendications les plus urgentes ?

Nos revendications sont multiples, mais l’urgence aujourd’hui, c’est de mettre en place un arsenal législatif pour lutter contre les violences faites aux femmes en Côte d’Ivoire ainsi que le prévoit la Convention sur l’élimination des violences faites aux femmes que ce pays a ratifiée. Nous demandons notamment la gratuité du certificat médical pour les femmes victimes de viol et de violences. Un décret de 2016 rend ce certificat non-obligatoire pour déposer une plainte en cas de viol, mais sans ce document, la plainte n’aboutit que très rarement à une condamnation. Ce certificat est donc indispensable.

JE DIS TRÈS SOUVENT QUE JE SUIS FÉMINISTE POUR LA GÉNÉRATION À VENIR

Par ailleurs, nos forces de défense et de sécurité ne sont pas suffisamment formées et il faut les sensibiliser sur cette question. Nous réclamons aussi avec insistance un véritable centre d’accueil pour les femmes victimes de violences. Le seul qui existe en Côte d’Ivoire se trouve à Abidjan : il a une capacité de sept places et ne peut accueillir les victimes que pendant trois jours. C’est très insuffisant.

Sommes-nous à l’aube d’un mouvement #Metoo en Côte d’Ivoire et plus généralement en Afrique de l’Ouest ?

Je dirais que oui, même si l’on aurait tort de penser que tout cela est nouveau et que les féministes ouest-africaines étaient jusqu’à présent restées en marge du mouvement. En Côte d’Ivoire, la question des violences faites aux femmes est revenue sur la table et dans les médias grâce aux réseaux sociaux. Des femmes telles que Lamazone Wassawaney, avec la campagne #Brisonslesilenceduviol lancée il y a quelques années, ont participé à la libération de la parole des victimes.

Et il y a donc cette nouvelle génération de féministes à laquelle j’appartiens. Nous sommes blogueuses, web-activistes et nous avons une certaine maîtrise des médias qui nous permet de monter au créneau quand il le faut. Nous agissons collectivement. Nous avons par exemple en Côte d’Ivoire un collectif d’activistes féministes qui est accompagné par l’ONG américaine EngenderHealth. Dans la sous-région, nous avons aussi un réseau et des groupes Facebook créés pour mettre en commun nos revendications. Il y a une réelle sororité entre nous.

Se dire féministe est-il toujours aussi difficile ou bien observez-vous une évolution des mentalités ?

C’est un mouvement qui est toujours mal compris ici. Peut-être parce que les hommes sont attachés à leurs privilèges. Les petites filles sont éduquées selon la vision patriarcale et l’on apprend à tout accepter en tant que femme, à être soumise. Et dès lors que l’on s’oppose à un système qui fonctionne depuis des siècles, c’est tout à fait logique que cela dérange. Je dis très souvent que je suis féministe pour la génération à venir. J’espère que le combat que mène ma génération leur permettra de vivre dans une société juste et égalitaire.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard

Digbeu Cravate, Willy Dumbo, Michel Gohou… les humoristes ivoiriens dans la lumière

septembre 3, 2021
De gauche à droite, les comédiens ivoiriens Digbeu Cravate, de son vrai nom Michel Bla, et Michel Gohou.

Quatre ans après « Bienvenue au Gondwana », Michel Gohou, Digbeu Cravate et Willy Dumbo font le point sur l’évolution de la place de l’humoriste en Afrique.

« Abidjan ? C’est le siège du rire ! » s’exclame l’humoriste ivoirien Willy Dumbo à l’heure de l’apéro. En guise de preuve, le festival Coming to Côte d’Ivoire, qui s’est tenu du 12 au 14 août, et qui a ouvert ses portes avec une scène dédiée aux comiques locaux.

L’HUMOUR, C’EST PLUS LÉGER !

En 2017, deux monuments du rire ivoirien, Michel Gohou et Digbeu Cravate, têtes d’affiche de Bienvenue au Gondwana, racontaient à Jeune Afrique les dessous du film réalisé par Mamane qui, pensaient-ils, allait aider à populariser les comiques sur le continent. Qu’en est-il aujourd’hui ? Les deux artistes répondent à la question quatre ans plus tard.

Scène partagée

Pour Digbeu Cravate, le changement d’état d’esprit à l’égard des humoristes a bien eu lieu, comme espéré. « On jouit de davantage d’égards. On a compris qu’on devait relever le défi de valoriser la culture africaine et que cela passait par le fait de montrer que le continent est multiculturel », commence-t-il. Gohou rebondit : « Avant, pour permettre aux gens de décompresser, c’était la musique, la musique, encore la musique… Mais déplacer un orchestre coûte cher. L’humour, c’est plus léger ! »

L’HOMME QUI RIT BEAUCOUP SE SOIGNE DEUX FOIS

Tous deux s’accordent sur le fait que l’humoriste est au centre de beaucoup de mouvements sociétaux, qu’il est un canal utile à exploiter, y compris par les politiques. Et qu’en quatre ans, beaucoup de chemin a été parcouru à ce niveau.

« Les humoristes ont le pouvoir de véhiculer des messages, de faire de la sensibilisation, d’amener les gens à voir les choses autrement », renchérit Digbeu. « L’homme qui rit beaucoup se soigne deux fois », intervient Gohou, qui voit dans le rire un soin tant psychologique que physique. « C’est une forme de thérapie qui ne dit pas son nom », conclut-il.

L’ÉTAT ACCEPTE D’ÊTRE CRITIQUÉ, ET C’EST INTÉRESSANT

S’il fallait illustrer la façon dont l’humour s’est imposé, tant dans le pays que sur le continent ? Tous deux répondent qu’avant, les humoristes n’étaient pas sollicités pour des manifestations comme Coming to Côte d’Ivoire mais que, aujourd’hui, plus un seul événement n’a lieu sans que l’on fasse appel à eux.

Ce festival, ils sont fiers d’y participer. Pas simplement parce qu’il apporte de la visibilité (dont ils n’ont pas tellement besoin), ni parce qu’il donne un coup de fouet à la vie culturelle après des mois au ralenti, mais surtout parce qu’inviter des humoristes et les placer sur une scène partagée avec des artistes zouglous, c’est laisser la possibilité de pointer du doigt ce qui ne va pas dans la société. « L’État accepte d’être critiqué, et c’est intéressant », illustre Digbeu. « Être invité ici, ça signifie qu’on estime que tu as ton mot à dire », confirme Gohou.

Rire de tout, même (et surtout ?) en ce moment

« On peut rire de tout. L’humoriste est un voyant, un visionnaire, un observateur : il peut s’exprimer à propos de tout, même de la guerre qu’on a connue, ça passe bien », assure Gohou. Mais qu’en est-il de la pandémie dans laquelle sont plongés le pays, le continent, le monde entier depuis un an et demi ? « On ne va pas laisser cette merde nous foutre en l’air ! » s’exclame Digbeu, qui reconnaît quand même qu’à titre personnel il a parfois trouvé la situation décourageante. Mais hors de question d’éviter de traiter la pandémie, surtout dans la mesure où le sujet concerne tout le monde.

LES HUMORISTES SONT VENUS COMBLER CE VIDE ENTRE INJONCTIONS THÉORIQUES ET RÉALITÉ PRATIQUE

Dans ce contexte, les humoristes sont essentiels pour faire circuler certains messages, qui passent mieux avec du rire et des personnalités aimées du public : « En Afrique, comme les gens n’ont pas l’habitude de se laver tout le temps les mains, il était important d’expliquer qu’après avoir touché un truc il fallait se nettoyer… Se laver les mains toutes les cinq minutes quand on travaille dans le désert et que l’on n’a pas l’eau courante, ça n’a aucun sens », illustre Digbeu. L’humour a selon lui permis à la fois de diffuser la consigne, de l’expliquer et de la justifier.À LIRE Trevor Noah : de l’humour face à l’apartheid

Le masque, qu’ils appellent souvent « cache-nez », est un frein aux sourires, il dérange la communication. « Porter un masque, pour nous, c’est un truc de gens du Nord, de Touaregs qui se protègent du sable dans le désert », analyse Digbeu. « Pour le confinement, on a demandé aux chauffeurs de taxi de ne plus rouler, alors que c’est leur seul revenu… Il a fallu montrer qu’on respectait ces mesures pour pouvoir ressortir ensuite. »

LES RÉSEAUX SOCIAUX SONT VENUS PRENDRE LE RELAIS

Et de souligner les incohérences des demandes de l’État par rapport aux possibilités des gens : « On leur disait : achetez un cache-nez ! Mais imaginez celui qui vit avec 500 francs CFA et qui doit choisir entre son masque et manger… » Les humoristes sont venus combler ce vide entre injonctions théoriques et réalité pratique.

Ce message, les artistes ont été contraints de le diffuser par d’autres voies. Les réseaux sociaux sont venus prendre le relais de la scène, fermée depuis de nombreux mois. Willy Dumbo témoigne de cette capacité à se renouveler. « On a créé des scènes virtuelles qui marchaient sur internet, les artistes ont trouvé le moyen de vivre de quelque chose malgré la période difficile. » Il est bien placé pour en parler, avec un million d’abonnés à son compte Instagram. « C’est surtout la jeune génération qui a fait ça, quoi qu’on ne puisse pas vraiment opposer jeune et ancienne générations, tout le monde est un peu mélangé », sourit-il.

La relève déjà sur les plateaux

Justement, cette « jeune génération », où se produit-elle en général à Abidjan ? « Au départ, on avait une seule salle de stand-up, le Comedy Club, un peu l’équivalent de votre Jamel Comedy Club. Mais il a fermé pour devenir un salon d’esthétique… » ironise Willy. Un personnage influent a débarqué sur la scène humoristique, il s’appelle Mamane et chouchoute le monde du rire depuis son arrivée. Il est connu comme l’ambassadeur du rire en Côte d’Ivoire, depuis ses chroniques sur RFI jusqu’à ce fameux film de 2017 qu’il a réalisé, Bienvenue au Gondwana. « D’ailleurs, si on retire le “e”, on obtient maman, c’est un signe », plaisante Willy.

IL DÉPLORE UNE ABSENCE DE POLITIQUE DE FORMATION DES COMIQUES

Il a contribué à développer les scènes de stand-up dans la ville, a monté le Gondwana Comedy Club dans l’hôtel Pullman situé dans le quartier du Plateau. Mamane est partout lorsqu’il s’agit de professionnaliser le rire. Grâce à lui, faire de l’humour ne se limite plus à participer à des événements occasionnellement. Il aurait permis aux humoristes de se produire plus facilement qu’avant, sans forcément avoir à compléter leurs revenus en faisant des shows sur des mariages ou baptêmes, illustre Willy.

Si cette relève existe bien, elle s’est pour l’instant « formée sur le tas », précise Gohou, qui aimerait reprendre les choses en main. Il déplore une absence de politique de formation des comiques, un manque d’options sur place. Cela dit, il fignole en ce moment un projet d’académie de l’humour avec l’Université de l’Atlantique (Abidjan). Gohou, l’un des monuments du rire en Côte d’Ivoire, en est sûr : « Un jour, on ira s’asseoir pour regarder cette jeunesse jouer. »

Avec Jeune Afrique par Jane Roussel

Côte d’Ivoire-Laurent Gbagbo: Rituel de Purification du président Laurent Gbagbo par le peuple Wê

août 29, 2021

Avec Ivoire TV5

Côte d’Ivoire-Patrick Achi contre Mamadou Koulibaly: Les vrais enjeux d’une attaque sans précédent

août 28, 2021

Avec Nathalie Yamb

Côte d’Ivoire, Ghana réveillez-vous ! La Chine exporte du cacao vers la Belgique

août 19, 2021

Séchage des fèves de cacao au Ghana

Premiers fournisseurs mondiaux, les exportateurs africains de cacao ne touchent que 5 % des revenus de l’industrie du chocolat, sur un total annuel mondial de 130 milliards de dollars. Ils doivent maintenant faire face à l’arrivée de la Chine sur le marché.

En 2013, Mondelez, la société mère de Cadbury Australia, avait annoncé qu’elle allait investir 59 millions de dollars dans des essais de culture de cacaotiers le long de son usine de Hobart, en Tasmanie, au nord de l’Australie. Le but était d’augmenter la production annuelle de fèves.

Cela aurait dû être un premier signal d’alarme pour les producteurs africains. C’est désormais la Chine qui se lance dans la production de cacao, avec des projets expérimentaux qui ont déjà permis l’exportation de fèves vers la Belgique.

L’Afrique subsaharienne fournit aujourd’hui 86 % de la production mondiale de fèves de cacao, les 14 % restants étant apportés par le Brésil (12 %) et Trinidad-et-Tobago (2 %), mais elle ne touche que 5,35 % des revenus générés par l’ensemble de l’industrie (de la fève brute aux tablettes de chocolat).

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Pourquoi ? Pour certains, cela tient au fait que l’Afrique consomme elle-même peu de ses produits dérivés, avec seulement 1 % de la consommation mondiale.

D’autres estiment que l’Afrique, contrairement à l’Europe, n’a pas encore la capacité technique de construire des modèles intégrés pour transformer la matière première en produits finis et gérer la chaîne d’approvisionnement.

D’aucuns mettent en avant le manque d’investisseurs industriels, dû à des conditions d’emprunt difficiles (taux trop élevés, garanties exigées trop strictes), d’une préférence pour la liquidité et plus globalement d’un manque de confiance dans l’économie.

Une vision trop réduite des choses

Ces trois arguments sont tout à fait recevables. Mais si nous ne parvenons pas à capter plus de la valeur de la chaîne d’approvisionnement c’est parce que nos petits exploitants agricoles, nos coopératives, nos organismes de réglementation et les gouvernements en place ne voient pas assez grand.

Ils laissent l’ensemble de l’industrie locale planter les fèves, les récolter et les vendre à des courtiers internationaux à des prix inférieurs à ceux acceptés sur les marchés internationaux des matières premières.

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La chaîne de valeur est donc biaisée, au détriment des pays qui dépendent de la production primaire. En effet, l’agriculture comprend quatre socles : la production primaire, le stockage, la transformation et la distribution, mais ces différents niveaux ne sont pas rémunérés de la même manière. Plus on avance dans la chaîne d’approvisionnement, plus on gagne.

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Menace chinoise

C’est dans ce contexte inquiétant qu’il faut placer l’arrivée de la Chine sur le marché du cacao. L’Académie chinoise des sciences agricoles tropicales (CATAS) a travaillé à la culture du cacao dans la province de Haina et a récemment exporté 500 kg de fèves de cacao vers la Belgique, pour une valeur dérisoire de 3 044 euros (pour l’instant).

NOUS DEVONS CHANGER AU PLUS VITE LA FAÇON DONT NOUS PRODUISONS LE CACAO

Alors que le Cocobod du Ghana (l’organisme paraétatique qui organise la production de cacao du pays) a assuré que cette exportation chinoise n’avait rien d’inquiétant, le secrétaire général de l’Union générale des travailleurs agricoles du Ghana, Edward Kareweh, s’est montré lui beaucoup plus préoccupé. « Nous devons changer au plus vite la façon dont nous produisons le cacao dans ce pays. Nous utilisons des pioches et des couteaux dans nos exploitations depuis plus de 100 ans », a-t-il déclaré.

La Chine a compris qu’elle pouvait tirer parti de la fragilité du modèle africain en produisant suffisamment de fèves pour le vendre à l’Europe, dans le but de réduire sa balance commerciale due à l’importation de chocolat.

Elle songe même à développer ses propres industries pour fabriquer des barres de chocolat et d’autres produits dérivés qui serviront à nourrir 1,4 milliard de Chinois. La fève de cacao est riche, et peut être utilisée dans les barres de chocolat donc, mais aussi dans les préparations pour gâteaux, les aliments pour le petit-déjeuner, les boissons, la crème glacée.

Des solutions malgré tout

Pour tenter de s’emparer d’une plus grande partie de la chaîne de valeur le Ghana et la Côte d’Ivoire ont créé un « Chocopec », avec un prix plancher en dessous duquel les agriculteurs ne peuvent pas vendre leurs matières premières.

Mais la décision du Cocobod au Ghana et du gouvernement ivoirien de fixer un prix plancher pour la fève est en réalité contre-productive. Car si l’Afrique subsaharienne contrôle 86 % de la chaîne d’approvisionnement mondiale en intrants primaires, elle ne contrôle pas la division « achat » des produits dérivés, ni les sections secondaire (autrement dit la fabrication) et tertiaire (la logistique et la distribution) de la chaîne de valeur ajoutée.

La réponse se situe en partie dans l’intégration en amont, c’est-à-dire par la substitution des importations.

Certains pays comme la Côte d’Ivoire ont déjà entamé ce processus. Mais la plupart des additifs primaires nécessaires à la transformation du beurre de cacao en chocolat, comme le lait et le sucre, sont encore importés d’Europe.

Cacao

Pour que la Côte d’Ivoire puisse tirer pleinement profit de sa production primaire de fèves de cacao, elle doit en outre trouver des marchés dans son pays et sur le continent, car elle ne peut pas construire une chaîne d’approvisionnement sans acheteurs.

Une solution envisageable serait de veiller à ce que le Nigeria développe son plan national de transformation de l’élevage (NLTP) dans le cadre de son programme de développement laitier. Cela lui permettrait de fournir à ses voisins les matières premières et les additifs nécessaires à la transformation du cacao, sans avoir à aller les chercher en Amérique du Sud.

Autre possibilité, la construction au Ghana de fermes d’élevage entièrement mécanisées pour la production de lait, ou encore la mise en place de modèles verticalement intégrés pour pouvoir transformer la canne à sucre.

Ces projets doivent être débattus au niveau régional, par exemple lors des sommets économiques organisés par les dirigeants politiques du continent.

L’Institut de recherche sur le cacao du Ghana (CRIG) a de son côté produit des échantillons de produits issus de ses recherches sur les utilisations futures du cacao. Les usages futurs sont nombreux : cosmétiques, produits de toilette, engrais, boissons, biocarburants etc. La commercialisation des résultats de cette étude pourrait être très intéressante, à condition toutefois de trouver un financement privé.

Repenser le modèle de financement

Or les projets qui émergent ont en effet souvent du mal à se financer.

Aujourd’hui les entrepreneurs ne peuvent pas obtenir un prêt sans fournir aux banques des actifs physiques en garantie car il n’existe pas de système conçu pour analyser la solvabilité des emprunteurs. Autrement dit, il est impossible d’avoir accès au capital de long terme avec des garanties moins exigeantes.

Le cas d’Edmond Poky l’illustre bien. Cet homme d’affaires ghanéen, qui a obtenu un MBA à Columbia, a décidé de quitter son emploi chez Goldman Sachs pour créer son entreprise. Mais au moment du lancement de son projet, il n’a pu lever au Ghana que 2 millions de dollars sur les 40 qu’il espérait obtenir et a finalement dû se financer sur les marchés américains. Son entreprise, Niche Cocoa Processing Limited, a engrangé l’an dernier 120 millions de dollars de revenu.

Seul un fonds d’investissement dédié aux entreprises aux entreprises ayant des modèles commerciaux et financiers bancables de transformer la fève de cacao en produits finis permettrait de lever ces obstacles au financement.

Les gouvernements, en partenariat avec la Banque africaine de développement, la Banque africaine d’import-export (Afrexim) et la Société financière africaine, ainsi que les banques de dépôt, doivent s’unir pour fournir des capitaux « patients », au coût raisonnable aux entrepreneurs ayant des projets intéressants.

Comme le dit un célèbre proverbe chinois : « Le meilleur moment pour planter un arbre était il y a 20 ans, le deuxième meilleur moment est maintenant ». C’est aujourd’hui l’occasion pour le continent africain de récupérer sa part du gâteau.

Par Jeune Afrique avec

Kelvin Ayebaefie Emmanuel

* Kelvin Ayebaefie Emmanuel est le co-fondateur et le DG de Dairy Hills