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Côte d’Ivoire : la CAN débutera finalement en 2024

juillet 4, 2022

La Coupe d’Afrique des nations de football 2023, qui devait se dérouler en juin et juillet de l’année prochaine, se tiendra six mois plus tard, a annoncé la CAF. Officiellement, pour des raisons météorologiques.

Un homme souffle dans un vuvuzuela lors de l’inauguration, le 3 octobre 2020, du stade olympique d’Ebimpé, non loin d’Abidjan, construit en vue de la Coupe d’Afrique des nations de 2023, en Côte d’Ivoire. A man blows a vuvuzela during the inauguration ceremony of Ivory Coast’s new 60,000-seat Olympic stadium, built with the help of China, in Ebimpe, outside Abidjan, on October 3, 2020 ahead of 2023 Africa Cup of Nations. © ISSOUF SANOGO/AFP

Six mois de répit pour éviter les pluies. La Coupe d’Afrique des nations de football (CAN), initialement programmée en juin et juillet 2023 en Côte d’Ivoire, a été déplacée à janvier-février 2024 pour des raisons climatiques, a annoncé le 4 juillet le président de la Confédération africaine de football (CAF), Patrice Motsepe, lors d’une conférence de presse à Rabat, à l’issue d’une réunion du comité exécutif de la CAF. « On ne veut pas prendre le risque d’avoir une compétition sous le déluge. Ça ne serait pas bon pour le football africain et son image », a-t-il expliqué. La compétition devait initialement se tenir du 23 juin au 23 juillet 2023 dans cinq villes ivoiriennes : Abidjan, Bouaké, Yamoussoukro, Korhogo et San-Pedro.

« Nous prenons la décision mais c’est une question de respect. On a pris de nombreux avis et certaines personnes nous ont dit “il y a le changement climatique, peut-être que la pluie ne sera pas un problème”. Mais les conseils que l’on reçoit, c’est qu’on ne peut pas prendre ce risque », a détaillé le président de la confédération africaine. Quelques jours plus tôt, Veron Mosengo-Omba, le secrétaire général de la CAF avait indiqué dans une interview que la piste du report était à l’étude.

Janvier, un mois « pas idéal »

Le mois dernier, de graves inondations provoquées par des pluies diluviennes ont fait au moins cinq morts à Abidjan. Le mois de juin est traditionnellement le plus pluvieux de l’année, avec en moyenne autour de 300 mm d’eau. « Je suis très fier des infrastructures de classe mondiale, du soutien du président Alassane Ouattara, du Premier ministre, du gouvernement et de tous les gens du football en Côte d’Ivoire. Cette compétition sera très spéciale », a assuré Patrice Motsepe. « On sait bien que le mois de janvier n’est pas idéal. Les clubs européens ne sont alors pas toujours enclins à libérer leurs meilleurs joueurs« , a-t-il cependant reconnu.

Le 2e vice-président de la Fédération ivoirienne de football (FIF), Koné Mamadou, a déclaré que « si la CAF l’a décidé ainsi, c’est qu’elle a ses raisons » et « nous n’avons pas le choix, nous ne pouvons que nous aligner ». Selon lui, « la dernière décision revient aux autorités ivoiriennes qui ont mis les moyens pour les infrastructures », dont la construction et la rénovation de stades. L’ancien international ivoirien Cyril Domoraud a jugé que la décision de la CAF était « sage ». « On ne peut pas déployer de grands moyens pour une CAN et la jouer en saison pluvieuse », a-t-il dit. Il estime qu’il s’agit d’une « une décision salutaire, même si jouer en janvier-février va embêter des clubs européens ».

Jusqu’en 2017, la CAN s’est déroulée en début d’année civile. Le comité exécutif de la CAF a ensuite décidé de déplacer l’épreuve en été. L’édition 2019 s’est ainsi tenue en juin et juillet en Égypte. L’édition suivante, au Cameroun, a été déplacée à plusieurs reprises, d’abord à la demande du pays-hôte puis du fait de la pandémie de Covid-19. Elle s’est finalement tenue en janvier et février 2022.

Par Jeune Afrique avec AFP

Côte d’Ivoire : « Le jour où j’ai rencontré Laurent Gbagbo », par Guy Labertit

juin 26, 2022

Militant anti-impérialiste, longtemps “Monsieur Afrique” du Parti socialiste français avant d’entamer une carrière de chanteur, Guy Labertit est l’un des plus proches amis de Laurent Gbagbo.

Guy Labertit, à un meeting du FPI de Laurent Gbagbo à Abidjan, le 21 octobre 2000. © Jean-Philippe Ksiazek/AFP

C’était il y a tout juste quarante ans, mais je m’en souviens encore parfaitement. C’était le dernier lundi de juin 1982. Comme tous les lundis, à 19 heures, j’avais rendez-vous au 14 rue de Nanteuil, dans le 15e arrondissement de Paris, pour assister au comité de rédaction de la revue Libération Afrique que je dirigeais.

À l’époque, je n’étais pas au Parti socialiste – que je n’intègrerai que neuf ans plus tard. J’étais professeur d’espagnol et militant anti-impérialiste, et je m’intéressais déjà beaucoup à l’Afrique : j’avais rencontré le Burkinabè Thomas Sankara et le Tchadien Ibni Oumar Mahamat Saleh.

Ce jour-là, nous avions décidé d’organiser un échange autour de la littérature contemporaine africaine. Nous avions invité les Camerounais Paul Dakeyo et Mongo Beti. Ce dernier était de loin le plus célèbre d’entre nous depuis la publication, en 1954, de son roman Ville cruelle. On cherchait un interlocuteur supplémentaire et nous avons pensé à Laurent Gbagbo. Il avait 37 ans, n’était pas vraiment connu, mais venait de publier Économie et société en Côte d’Ivoire avant 1960, qui n’est pas un roman mais un résumé de sa thèse.

Persona non grata

Il s’est assis de l’autre côté de la table, juste en face de moi. Je le revois encore, il portait des lunettes à grosse monture en écaille noire, ses cheveux drus et rebelles dépassaient d’une sorte de casquette beige.

GBAGBO VOULAIT MONTRER QUE LE RÉGIME D’HOUPHOUËT-BOIGNY PERSÉCUTAIT LES OPPOSANTS

Laurent Gbagbo venait d’arriver en France. Quand était-ce exactement ? Lui-même a toujours été incapable de me dire quel jour il avait quitté Abidjan, mais c’était à la fin de mars 1982. Aussitôt à Paris, il avait demandé le statut de réfugié. Le lendemain de notre rencontre, il apprendrait d’ailleurs le refus de l’administration française de le lui octroyer. Il ne l’obtiendrait que trois ans plus tard, en 1985. Il n’en avait pas vraiment besoin pour rester en France mais il y tenait. C’était politique : il voulait montrer que le régime d’Houphouët-Boigny persécutait ses opposants.

Il avait fui la Côte d’Ivoire car il était considéré comme le principal responsable d’un prétendu complot des enseignants. Pour le pouvoir, c’était surtout un moyen de « casser » les manifestations universitaires. À l’époque, Gbagbo venait de se lancer en politique. Depuis une dizaine d’années, il était surtout connu en tant que leader syndicaliste. Deux ans auparavant, il avait été nommé à la tête de l’Institut d’histoire d’art et d’archéologie africains. Ce n’était pas rien pour lui de quitter la Côte d’Ivoire.

C’était, bien sûr, renoncer temporairement à sa vie dans son pays mais aussi à son statut dans le monde intellectuel abidjanais. Car Laurent Gbagbo est un vrai intellectuel, un homme qui peut encore vous parler en latin. Il s’était enfui par le train Abidjan-Ouagadougou puis avait pris un vol jusqu’à Paris où il était logé chez une amie, avenue du Maine, dans le 14e. Plus tard, il s’installera dans le quartier de Saint-Paul, de l’autre côté de la Seine.

« Une extraordinaire aventure humaine »

Ce lundi de juin, donc, le courant est passé immédiatement entre nous. Laurent et moi, ce n’était pas juste une histoire politique, on était aussi des fous de musique, on en parlait beaucoup. Plus tard, je lui ai d’ailleurs offert une guitare. Ça a été le début d’un long compagnonnage, d’une extraordinaire aventure humaine.

Je me souviens de ce jour comme d’un formidable moment. D’ailleurs, Laurent Gbagbo est resté également ami avec Mongo Beti. En sortant de notre réunion, vers 21 heures, il faisait encore jour et doux – ce sont les plus longues journées de l’année en France. Nous n’avons pas bu un verre mais je lui ai donné mon numéro et, quinze jours plus tard, nous nous sommes revus. Puis encore une fois en septembre.

L’année suivante, il est venu vivre chez moi. Il y est resté pendant cinq ans. Il a fondé le Front populaire ivoirien (FPI), puis a été candidat à la présidentielle et, des années plus tard, est devenu président, avant d’être envoyé  devant la Cour pénale internationale… puis libéré. Nous ne nous sommes jamais quittés.

Avec Jeune Afrique par Anna Sylvestre-Treiner

Côte d’Ivoire : Abobo à l’heure de l’art pour tous

juin 25, 2022

Unique en son genre dans le pays, le Musée des cultures contemporaines Adama Toungara, MuCAT, met en lumière les artistes ivoiriens. Et réussit son pari : les habitants de la commune abidjanaise se le sont approprié.

« Cercles de vies », de l’artiste Jems Robert Koko Bi, est la première acquisition du musée. © Issam Zejly pour JA

La cohue du rond-point de la Mairie-d’Abobo, l’une des communes les plus peuplées du district d’Abidjan, a fait place depuis la mi-janvier à un énorme chantier. Des ouvriers s’activent à construire un échangeur, qui fait partie du Plan d’urgence pour la commune d’Abobo (Puca), engagé en 2017 par l’ancien Premier ministre Amadou Gon Coulibaly. Depuis, plusieurs projets d’infrastructures, d’aménagement et de sécurisation ont été programmés pour redynamiser la commune et redorer son image.

Autour du même rond-point, en face de la mairie, un bâtiment gris foncé tranche avec les lieux. Sur sa façade, une inscription en lettres blanches : Musée des cultures contemporaines Adama-Toungara (MuCAT). Bâti sur une superficie de 3 500 met imaginé par l’architecte ivoirien Issa Diabaté, le MuCAT porte bien la marque de fabrique de son concepteur : un intérieur épuré, une lumière et une aération naturelles – grâce à des ouvertures et de grandes surfaces vitrées –, et de la verdure.

Tordre le cou aux préjugés

Dès le hall d’entrée, le visiteur est accueilli par l’imposante sculpture Les Trois Âges de la Côte d’Ivoire, créée en 1972 par le plasticien Christian Lattier. C’est tout un symbole. Après avoir été retirée de l’aéroport Félix-Houphouët-Boigny en 2001, au moment de ses travaux de rénovation, cette œuvre ne sera installée au MuCAT qu’en 2021, après sa restauration, à laquelle a contribué la fondation Toungara pour l’art et la culture.À LIREEn Côte d’Ivoire, une nouvelle génération d’artistes contemporains

Ouvert en mars 2020, le Mucat est un établissement privé, membre du Conseil international des musées. C’est aussi le premier établissement entièrement consacré à l’art contemporain en Côte d’Ivoire. Son fondateur, Adama Toungara, est un collectionneur d’art et un poids lourd de la scène politique. Conseiller spécial de Félix Houphouët-Boigny entre 1981 et 1993, il a également avisé Alassane Ouattara. Premier patron de Petroci et de la Société ivoirienne de raffinage, puis ministre du Pétrole et de l’Énergie (2011-2017), il est le médiateur de la République depuis avril 2018. Surtout, il a été le maire de la commune d’Abobo pendant plus de quinze ans, de 2001 à 2017, et dit avoir créé le MuCAT pour permettre à la population de la commune d’accéder à la culture et pour tordre le cou aux préjugés. Pour donner une meilleure image d’Abobo.

« Quand les gens n’y sont pas entrés, ils s’interrogent sur l’utilité d’un musée à Abobo et se demandent s’il ne fallait pas plutôt mettre en place une activité industrielle, raconte Fodé Sylla, le directeur adjoint des services culturels et artistiques du MuCAT. Mais dès qu’ils franchissent la barrière, ils se rendent compte de l’importance d’avoir ce bâtiment dans la commune, car, en plus du musée, il y a une bibliothèque, une médiathèque et une salle de conférence, qui accueille des formations et des assemblées générales d’associations. »

La sculpture "Ethiopian", de Carine Mansan, est exposée dans le cadre de "Memoria : récits d’une autre histoire". © Issam Zejly pour JA
La sculpture « Ethiopian », de Carine Mansan, est exposée dans le cadre de « Memoria : récits d’une autre histoire ». © Issam Zejly pour JA

Depuis son ouverture, avec l’exposition itinérante panafricaine « Prête-moi ton rêve », le MuCAT a fait des Abobolais sa cible de prédilection en mettant en place des activités autour des expositions (théâtre, lectures de contes, performances d’artistes…) avec des établissements scolaires et les associations locales. « L’idée est de faciliter la compréhension de l’art contemporain par le grand public et d’essayer de lui transmettre certains codes », poursuit Fodé Sylla. Résultat : 60 % des visiteurs sont des habitants de la commune, et les riverains se sont, eux aussi, appropriés le musée – leur association a organisé une activité au cours de laquelle ils ont nettoyé le bâtiment et ses alentours.

18 000 visiteurs en 2021

S’il a dû fermer quelques jours après son inauguration à cause de la pandémie de Covid-19, depuis sa réouverture, en août 2020, le Mucat propose des expositions variées. Du 10 juillet au 5 septembre 2021, il a organisé l’exposition « Abidjan Street Act, de la rue au MuCAT », qui mettait en lumière une quinzaine de graffeurs, peintres et plasticiens abidjanais. On pouvait y voir notamment des œuvres de l’artiste Obou Gbais, dont certaines fresques ornent des façades de bâtiments d’Abobo dans le cadre de l’opération Abobo ê zo (« Abobo est beau »), lancée en juillet 2020 par Hamed Bakayoko, alors maire de la commune. En 2021, le musée a accueilli près de 18 000 visiteurs.À LIRECôte d’Ivoire : Cécile Fakhoury, l’art et la méthode

Depuis le début d’avril et jusqu’au 21 août prochain, les visiteurs peuvent voir gratuitement « Memoria : récits d’une autre Histoire » dans la grande salle d’exposition du musée. Initialement présentée à Bordeaux de février à novembre 2021, l’exposition faisait partie du « focus femmes » de la saison culturelle Africa2020. Au MuCAT, elle s’est enrichie du travail de six artistes ivoiriennes : Joana Choumali, Lafalaise Dion, Carine Mansan, Marie-Claire Messouma Manlanbien, Rachel Marsil et Valérie Oka. Elles s’expriment à travers des performances vidéo, sculptures, peintures, broderies, dessins, etc.

La médiathèque du MuCAT, en mai 2022. © Issam Zejly pour JA.
La médiathèque du MuCAT, en mai 2022. © Issam Zejly pour JA.

Pour l’heure, le musée n’a pas de collection permanente. Mais il vient de faire sa première acquisition : un ensemble de sculptures de l’artiste gouro Jems Robert Koko Bi a été installé dans l’un des jardins. Également placé dans la cour, en face de la cafétéria, un gbaka (« minibus ») sert de lieux d’expression pour les graffeurs, régulièrement invités pour des performances.

Avec jeune Afrique par Aïssatou Diallo – À Abidjan

Côte d’Ivoire – Un trafiquant de cocaïne s’évade : poudre blanche et poudre d’escampette

juin 21, 2022

Le détenu Mohamed Tambedou s’est échappé, le 16 juin, de la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan. En passant par la grande porte…

© Damien Glez

Drogue et évasion seraient-elles les deux mamelles d’un feuilleton judiciaire ivoirien désormais bien rodé ? C’est un communiqué daté du 19 juin et rédigé par le ministère de la Justice et des Droits de l’homme qui annonce l’évasion effarante du détenu Mohamed Tambedou, le 16 juin dernier, de la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca). Ce jeudi, le Franco-Sénégalais de 39 ans, condamné à 10 ans d’emprisonnement pour des faits de trafic international de drogue, obtient des agents pénitentiaires Sakaridja Koné et Lacina Koné et de l’agent du service social Zeba Koné un document illicite de la prison pour effectuer une présumée opération bancaire à l’extérieur, en violation des procédures et des règles de sécurité en vigueur…

S’estimant suffisamment prudents, les trois agents extraient le prisonnier de sa cellule, mais décident de ne pas le lâcher d’une semelle. Sauf que quelques heures plus tard, ils reviennent à la Maca sans lui, expliquant que celui-ci est parvenu à s’échapper après avoir conduit ses accompagnateurs dans une résidence de la Zone 4. Les trois naïfs sont immédiatement soumis à une procédure pour complicité d’évasion…

La cocaïne à la une de la presse

Drogue et évasion ? Les échappées belles parsèment l’histoire carcérale contemporaine de la Côte d’Ivoire. Il y a 10 ans déjà, le gouvernement ivoirien révoquait deux directeurs de prison – dont celui de la Maca –, après l’évasion de 240 détenus en quelques mois, notamment au cours d’évasions collectives.

Quant aux affaires de drogue, elles font la une de la presse ivoirienne, après de nombreuses saisies récentes de cocaïne et l’arrestation de présumés trafiquants. Des étrangers, mais aussi un haut responsable ivoirien de la police criminelle, des hommes d’affaires exerçant dans le milieu de la pâtisserie et de la boulangerie, du bâtiment, de l’hôtellerie ou encore de la sécurité privée. Dans la conclusion du communiqué annonçant l’évasion récente du trafiquant franco-sénégalais, le ministère de la Justice et des Droits de l’homme a tenu à préciser que « contrairement aux informations relayées sur les réseaux sociaux, Tambedou Mohamed ne figure pas au nombre des personnes interpellées dans le cadre de la procédure ouverte à la suite de la découverte de l’importante quantité de cocaïne à Abidjan et à San Pedro, lesquelles demeurent en détention ». Rassurant 

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Côte d’Ivoire : un an après son retour, où en est Laurent Gbagbo ?

juin 18, 2022

BILAN. Le retour de l’ex-président, le 17 juin 2021, présageait une opposition plus franche au pouvoir d’Alassane Ouattara. Un an plus tard, il n’en est rien.

Mis a part quelques deplacements en province dans lesquels il decoche quelques piques au pouvoir, Laurent Gbagbo garde le silence.
Mis à part quelques déplacements en province dans lesquels il décoche quelques piques au pouvoir, Laurent Gbagbo garde le silence.© SIA KAMBOU / AFP

Laurent Gbagbo garde le silence et cela interroge visiblement. Rentré en fanfare le 17 juin 2021 à Abidjan, après son acquittement par la justice internationale, l’ancien président ivoirien se positionne pour l’heure comme un opposant discret. Tout en gardant un œil sur la présidentielle de 2025 ?

Une fois la liesse populaire accompagnant son retour retombée, l’ex-chef de l’État (2000-2011), âgé aujourd’hui de 77 ans, a rapidement affiché sa volonté de jouer le jeu de la réconciliation. En juillet 2021, il s’est d’abord rendu à Daoukro (centre), chez Henri Konan Bédié, ex-président jadis rival et désormais son allié. Quelques semaines plus tard, il était reçu par le président Alassane Ouattara, une première depuis leur duel à la présidentielle de 2010 qui avait débouché sur une crise meurtrière. L’accolade chaleureuse entre les deux hommes laissait entrevoir « des lendemains heureux », comme l’espérait alors la presse. « L’esprit de revanche, pour un républicain, ça ne marche pas. Pour Laurent Gbagbo, la Côte d’Ivoire passe au-dessus de tout », affirme à l’AFP Justin Koné Katinan, un de ses fidèles lieutenants.

Laurent Gbagbo pris dans le jeu de la réconciliation

Après des années d’incarcération à La Haye, accusé puis acquitté par la Cour pénale internationale de crimes contre l’humanité, le « Woody » (garçon, un de ses surnoms) a toutefois voulu reprendre toute sa place dans le jeu politique ivoirien. En octobre, alors qu’il lance le Parti des peuples africains-Côte d’Ivoire (PPA-CI), une nouvelle formation politique panafricaniste de gauche, il assure vouloir continuer la politique jusqu’à sa mort. Mais, si la plupart des cadres du Front populaire ivoirien (FPI), son parti historique, l’ont suivi dans cette aventure, quelques poids lourds manquent à l’appel : parmi eux, Simone Gbagbo, ex-première dame, avec laquelle il a demandé le divorce, et Pascal Affi N’Guessan, son ancien Premier ministre, avec lequel il est en rupture politique. « On pensait que sa sortie de prison allait le booster, mais ça n’a pas été aussi facile, il n’a pas su être le rassembleur de la gauche ivoirienne », pointe l’analyste politique Arthur Banga.

Depuis lors, outre quelques piques contre le troisième mandat controversé de son successeur, Laurent Gbagbo se garde généralement de tirer à boulets rouges sur le pouvoir actuel. « À part deux-trois saillies lors de visites à l’intérieur du pays, ce n’est pas le foudre de guerre qu’on attendait », confirme Arthur Banga. Début juin, les députés de son camp ont même voté en faveur d’Adama Bictogo, le candidat de la majorité, à l’élection du président de l’Assemblée nationale. « Nous ne sommes pas une opposition dogmatique », avait alors justifié Hubert Oulaye, un de ses fidèles lieutenants et patron du groupe PPA-CI à l’Assemblée. « Il n’y a pas d’incompatibilité à travailler à la réconciliation et être un opposant. Laurent Gbagbo est un homme de l’opposition et nous avons beaucoup de points de divergences avec le pouvoir », assure le porte-parole du parti, Justin Koné Katinan, citant pêle-mêle l’endettement, la politique de développement ou encore la politique étrangère.

Une discrétion contrainte jusqu’à quand ?

Pour plusieurs observateurs, cette opposition modérée s’explique aussi par l’épée de Damoclès judiciaire qui plane toujours au-dessus de la tête de Laurent Gbagbo. Car, s’il a été acquitté par la justice internationale, il reste condamné par contumace en 2018 en Côte d’Ivoire à vingt ans de prison pour le « braquage » de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) pendant la crise postélectorale de 2010-2011. « Cette condamnation le contraint à la discrétion. Le pouvoir peut à tout moment activer la procédure judiciaire », estime le politologue et essayiste ivoirien Geoffroy Kouao.

Alors, un an après son retour, Laurent Gbagbo a-t-il toujours envie d’être président de la Côte d’Ivoire en 2025 ? « Il a encore ses ambitions et nous l’accompagnerons. Il n’y a aucun débat là-dessus », répond Katinan, martelant que Laurent Gbagbo n’est « pas à la retraite ». « Son âge avancé constitue un handicap politique dans un pays où les jeunes et l’opinion publique sont de plus en plus hostiles à la gérontocratie. Laurent Gbagbo, aujourd’hui, politiquement, c’est plus un nom, un symbole qu’une réalité », tempère M. Kouao.

Les résultats du PPA-CI aux élections municipales et régionales de 2023 seront un premier indicateur du poids politique que pèse encore Laurent Gbabgo en Côte d’Ivoire.

Par Le Point avec AFP

Nialé Kaba : « En Côte d’Ivoire, la confiance des investisseurs ne se dément pas »

juin 18, 2022

ENTRETIEN. Pour la ministre du Plan et du Développement, tout y concourt : la forte croissance, les nombreux chantiers, la diversification de l’économie. Elle explique.

Le nouveau plan quinquennal ivoirien mise sur une croissance de 7,65 % par an pour les cinq prochaines annees, contre 5,9 % en 2016-2020.
Le nouveau plan quinquennal ivoirien mise sur une croissance de 7,65 % par an pour les cinq prochaines années, contre 5,9 % en 2016-2020. © ISSOUF SANOGO / AFP

Quelques heures après avoir lancé son troisième plan de développement quinquennal, le gouvernement ivoirien ne peut que constater l’engouement des bailleurs de fonds et du secteur privé pour ses programmes d’investissements stratégiques. Ce 15 juin, la somme promise au PND, sorte de boussole économique pour l’exécutif, est presque deux fois plus importante que celle espérée. Le pays cherchait à mobiliser 9 335,6 milliards de francs CFA, il en a obtenu bien plus, soit 26 milliards de dollars sous la forme de promesses. Le nez encore dans ses dossiers, Nialé Kaba, la ministre du Plan et du Développement, cheville ouvrière des grands projets de la Côte d’Ivoire, fait le point sur les nouvelles annonces mais aussi sur les raisons concrètes de cette confiance quasi ininterrompue des investisseurs en direction de son pays depuis pratiquement dix ans. Entretien.

Le Point Afrique : La somme promise par les bailleurs de fonds et institutions au plan national de développement du pays est presque deux fois plus importante que celle espérée. Comment l’analysez-vous ?

Nialé Kaba : En effet, au total, nous avons déjà mobilisé 26 milliards de dollars alors que nous en cherchions 15. Soit près de 70 % en plus par rapport à l’objectif que nous avions fixé. Le gouvernement est satisfait de la réponse des bailleurs à notre plan national de développement. Ces annonces démontrent à quel point les investisseurs font confiance à notre pays et surtout au leadership incarné par Son Excellence Alassane Ouattara, président de la République.

Par rapport à ces annonces, il manque la part du secteur privé, dont vous attendez énormément. Est-ce que vous avez déjà connaissance de cette part ou pas encore ?

Le secteur privé a répondu massivement à notre appel. Plusieurs opérateurs se sont manifestés pour bien comprendre la stratégie de développement de la Côte d’Ivoire. Ils ont pu assister à des panels d’échanges pour avoir des informations sur les potentialités d’investissements dans tous les secteurs, notamment dans l’agro-industrie et l’agroalimentaire, les industries textiles, les infrastructures et le transport, le logement, l’énergie et les mines, l’économie numérique, le tourisme, les industries créatives et culturelles, les services sociaux, l’éducation ou encore la santé. La confiance des investisseurs publics comme privés ne se dément pas. Plusieurs projets sont en maturation par les acteurs du secteur privé et seront retracés au fur et à mesure de leur enregistrement, notamment au Centre de promotion des investissements en Côte d’Ivoire (CEPICI).

Que représente désormais le poids du secteur privé dans les investissements totaux du pays ?

Le taux d’investissement du secteur privé se situe, aujourd’hui, à 17,6 %. Il était à 12,8 % en 2012 et nous visons les 30 % d’ici à 2030. Notre pays revient de loin. Entre 2012 et 2016, le premier PND a permis de stabiliser une économie qui était en grande difficulté, de régler les problèmes de sécurité et de rattraper le retard cumulé dans les infrastructures sociales et les infrastructures dédiées à l’investissement. Ce premier PND reposait par conséquent sur l’investissement public.

Avec le plan quinquennal suivant, nous avons assisté à une réelle éclosion du secteur privé et, aujourd’hui, la dynamique est lancée. Vous avez un repère qui est assez intéressant : lors du PND de 2016-2020, la part du secteur privé avait dépassé de 50 % les objectifs d’investissements que nous avions fixés, c’est vous dire à quel point la situation a connu une évolution rapide.

Quels sont les secteurs qui font l’attractivité de la Côte d’Ivoire ou dans lesquels le pays souhaiterait vraiment mobiliser les investisseurs ?

Nous avons défini un certain nombre de filières prioritaires, parmi lesquelles figurent l’agrobusiness et l’agriculture durable, premiers secteurs de compétitivité de la Côte d’Ivoire. Nous avons de nombreuses matières premières. Nous sommes le premier producteur et exportateur de cacao mondial, mais nous n’en transformons que 30 %, nous ambitionnons d’atteindre les 50 % à l’horizon 2025. Nous sommes également le premier producteur de cajous (anacardes), mais nous en transformons moins de 15 %, nous voulons aller plus loin. Nous avons également du coton pour lequel nous ne transformons que 15 %, je peux aussi vous citer l’hévéa, dont nous sommes le premier producteur africain, mais nous n’en transformons que 5 %, etc. La transformation de nos produits agricoles sur place offre d’immenses opportunités.

Nialé Kaba, ministre du Plan et du Développement de la Côte d’Ivoire, a répondu aux questions du Point Afrique depuis Abidjan, par téléphone.© DR

Ce PND veut inciter les investisseurs qui achètent nos produits à l’extérieur à les transformer localement, au moins à un premier niveau. Le but est ensuite de faire en sorte que d’autres investisseurs puissent s’intéresser à ces secteurs, parce que les marchés existent, nous les avons identifiés et ils sont demandeurs de ces produits.

Quel rôle a joué le marché intérieur ivoirien ces dernières années et quelles sont vos ambitions pour soutenir les investissements locaux ?

Le marché intérieur s’est montré robuste, parce que nous avons une classe moyenne qui se développe. Dans notre stratégie, nous voulons développer, par exemple, les marchés de matériaux de construction, la chimie ou encore la plasturgie plastique. Ce sont des filières embryonnaires qu’il faudrait soutenir et développer, et qui s’adressent à la fois au marché intérieur et au marché sous-régional.

La Côte d’Ivoire exporte dans toute la sous-région ouest-africaine de nombreux produits en plastique, notamment, que ce soit des assiettes, des seaux, des chaussures, etc. Il y a une industrie naissante, ici, que nous voulons voir se développer au même titre que d’autres filières comme la pharmacie.

Dans un tout autre domaine, nous voulons faire de la Côte d’Ivoire un hub énergétique et pétrolier. Vous savez, avec les découvertes récentes d’hydrocarbures au large de notre pays, nous espérons augmenter la production d’énergie, et la rendre accessible à un coût raisonnable. Ainsi, nous pouvons parvenir à un développement plus important du secteur minier et à une transformation locale plus poussée dans ce secteur.

Nous voulons également attirer les investisseurs vers le secteur du vivrier, notamment le riz, le manioc et le maïs. C’est un secteur qui a pris de l’ampleur avec le développement que connaît le pays. Ce sont des produits de forte consommation, autour desquels nous menons des initiatives pour moderniser leur production, parce qu’en l’état le vivrier n’est pas très compétitif. Notre priorité est de mécaniser la production. J’ai évoqué le riz, pour lequel nous avons déjà lancé des projets d’aménagement rizicole à grande échelle. Vous vous souviendrez que, récemment, nous avons même eu un ministère en charge du développement du riz et nous avons ici l’Agence pour le développement de la filière riz en Côte d’Ivoire (Aderiz), qui est en charge du secteur riz. En effet, le riz est la denrée la plus consommée par la population ivoirienne, il revêt un caractère important pour la politique de sécurité alimentaire du pays. L’objectif du gouvernement est donc d’assurer une parfaite maîtrise de la chaîne de valeur riz à travers la production et la valorisation. En réalité, l’État apporte déjà un premier investissement avec l’aménagement de certains bas-fonds rizicoles sur lesquels les planteurs et agriculteurs privés sont installés afin de travailler dans des conditions de rentabilité acceptables.

Nous voulons faire la même chose pour le maïs et le manioc, qui sont deux produits alternatifs au blé, dont le prix a explosé. Vous savez que les Ivoiriens consomment beaucoup de pain. Aujourd’hui, notre ambition est de substituer le blé par nos céréales ou tubercules dans la fabrication de la farine à pain. L’enjeu est de passer à une production à grande échelle.

Avez-vous intégré la création de chaînes de valeur dans votre plan d’action ?

Pour l’agriculture vivrière et les produits cités, nous avons une stratégie de développement de chaînes de valeur au niveau local. L’État a choisi les agropoles, ou pôles agro-industriels, parce qu’elles permettent d’installer des plateformes équipées où vous avez à la fois le producteur, le transformateur, l’acheteur, le fournisseur d’intrants. Cette stratégie sera déployée dans les différentes régions du pays selon leurs spécificités. La première agropole est déjà fonctionnelle et est installée à Yamoussoukro. La prochaine va être lancée au nord, à Korhogo, puis une autre à l’est, à Bondoukou, et à Man, à l’ouest. Au total, nous en aurons neuf sur toute l’étendue du territoire, ce qui va à la fois permettre de répondre à ces questions de production en masse de produits vivriers mais également d’accélérer le développement équilibré du pays.

Pour maintenir ce niveau d’attractivité des investissements, la Côte d’Ivoire doit répondre à un certain nombre de défis, comme la formation, la lutte contre la corruption, l’inclusion. Que faites-vous sur ces volets ?

Sur le volet de l’inclusion et donc de la solidarité, beaucoup de choses ont été faites. Cela se traduit par le recul du taux de pauvreté, qui est passé de 55,4 % en 2011 à 39,4 % aujourd’hui. En réalité, c’est la première fois depuis l’instauration de cet indicateur, dans les années 1970, que nous avons une inflexion à la baisse. Nous espérons voir ce taux de pauvreté divisé par deux à l’horizon 2030.

Voilà pour les objectifs quantitatifs. Maintenant, la solidarité, c’est également l’accès à l’eau potable pour tous, à l’éducation, l’accès à la santé. Nous avons des objectifs chiffrés qui nous permettent de suivre l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD). Par exemple, sur l’électricité, nous voulons atteindre une couverture totale du territoire à l’horizon 2025.

Sur l’eau, toute la population devrait avoir accès à l’eau potable à l’horizon 2030, même dans les zones les plus difficiles et les plus reculées.

La santé est aussi importante et la couverture maladie universelle se met en place progressivement. Nous avons également une politique visant à mailler tout le territoire avec des hôpitaux de premier contact, tout en développant de grands hôpitaux dans les villes. Vingt-deux hôpitaux généraux ont déjà été construits et nous menons une politique de réhabilitation des CHU dans les grandes villes. Les chiffres ne font pas tout, il faut également qu’ils puissent se traduire en bien-être pour les populations.

Le secteur de l’éducation en Côte d’Ivoire est en quête de transformation, avec d’immenses défis. Le PND incite-t-il les investisseurs à regarder aussi ces besoins urgents pour améliorer le niveau de formation dans le pays ?

70 % de la population ivoirienne a moins de 35 ans. C’est un immense défi en termes d’emploi, d’éducation et de formation. Pendant la période de crise que la Côte d’Ivoire a traversée, l’école a été fortement perturbée et nous avons eu une cohorte de personnes qui ne sont maintenant plus en âge de retourner à l’école mais qui sont déjà en âge de travailler et n’ont donc pas pu achever d’une façon correcte un cursus scolaire.

La problématique de l’éducation pose aussi des défis en termes d’infrastructures : il faut construire beaucoup plus de salles de classe, offrir un meilleur encadrement puisqu’il faut des formateurs qui eux-mêmes doivent être suffisamment bien formés.

C’est le premier poste de dépense budgétaire de l’État, alors les ambitions sont grandes. Grâce au PND, nous allons poursuivre la politique de construction de salles de classe : 21 000 d’ici à 2025. Cette fois, l’État veut mettre l’accent sur l’enseignement technique et professionnel, pour que tous ceux qui ne parviennent pas à achever un cursus scolaire traditionnel ne soient pas rejetés dans la société.

Au-delà, nous allons poursuivre le développement des pôles scientifiques d’innovation qui sont en train de se créer avec des universités et de grandes écoles publiques pour pouvoir offrir également une main-d’œuvre très qualifiée aux entreprises qui s’installent. Les demandes de formation continue se multiplient aussi. Nous avons, par exemple, l’École nationale supérieure de statistiques et d’économie appliquée d’Abidjan (ENSEA), dépendant de notre ministère du Plan qui prend dans les banques de jeunes cadres en actuariat.

Abidjan concentre tout de même 80 % de l’activité économique du pays. Comment comptez-vous freiner la persistance des disparités socio-économiques et géographiques ?

Effectivement, c’est une problématique importante. Nous avons commencé à changer de paradigme avec la conception des agropoles, l’objectif est bien de développer des pôles compétitifs dans les régions en regardant leurs potentialités et en mettant en place des infrastructures qui permettent à chaque région de développer tout son potentiel. L’État a déployé des mesures incitatives, comme des avantages fiscaux, pour attirer les investisseurs dans les zones industrielles régionales afin qu’ils investissent dans des produits pour lesquels nous voulons de la transformation locale. À terme, cette stratégie doit nous permettre de développer des industries dans toutes les régions du pays, et plus seulement à Abidjan.

L’autre volet pour accroître l’attractivité des régions est de décentraliser les universités. Il y en a une actuellement à Bouaké, Korhogo, Daloa et Man, et d’autres universités sont en projet.

Le Covid-19 a révélé des fragilités du système économique ivoirien, parmi lesquelles figure le secteur informel. Comment amener des acteurs de l’informel vers le formel ?

La dernière étude sur l’emploi a montré que la part de l’informel a baissé en 2019. Nous étions en dessous de 90 % avant le Covid-19. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’État a pris à bras-le-corps cette question et mène des initiatives pour donner accès à des financements, offrir des formations, des schémas d’encadrement aux PME et aux très petites entreprises. Toutes ces actions commencent à produire leurs effets et de plus en plus de petites entreprises informelles se formalisent pour pouvoir bénéficier de cette assistance. Il y a également toutes les initiatives que mène le ministère de la Promotion de la jeunesse et de l’Emploi des jeunes en collaboration avec le ministère de l’Enseignement technique, de la Formation professionnelle et de l’Apprentissage ou encore celui des PME : l’objectif de notre stratégie est que la prise en charge du secteur informel permette aux acteurs économiques, notamment en faveur des jeunes, de se formaliser.

Avec Le Point propos recueillis par Viviane Forson

Risque de pénurie de blé en Afrique: le président ivoirien s’en préoccupe

juin 15, 2022

Le président ivoirien, Alassane Ouattara, s’est dit préoccupé par la poussée inflationniste et le risque de pénurie de plusieurs produits comme le blé en Afrique.

« Nous sommes préoccupés, c’est le moins que je puisse dire, par le ralentissement de la croissance mondiale et la disponibilité pour l’Afrique de certains produits comme le blé, les engrais et bien sûr par la poussée inflationniste », a déclaré le chef de l’Etat ivoirien, à l’ouverture de l’Africa CEO Forum, sommet économique réunissant 1 500 chefs d’entreprises et décideurs politiques à Abidjan. 

Il a notamment cité l’exemple de l’Inde qui a interdit les exportations de blé mi-mai.

« Une telle situation inflationniste pousse les gouvernements et les entreprises à réévaluer leur dépendance aux réseaux internationaux. C’est réellement une remise en cause de la mondialisation et de la notion du commerce mondial. Cette situation a été accentuée par la crise en Ukraine », a-t-il ajouté. 

Avant même la guerre en Ukraine, l’insécurité alimentaire s’était accentuée dans le monde en raison des conflits, des crises climatiques et économiques. Mais le conflit russo-ukrainien a aggravé la crise, les deux pays assurant à eux seuls 30% du commerce mondial de blé. Et avec la guerre, les prix de l’énergie, des aliments et des métaux ont flambé. 

« Cette convergence des crises offre au continent africain une occasion unique d’opérer les changements structurels nécessaires à la transformation de nos économies », a de son côté affirmé Makthar Diop, directeur général de la Société financière internationale, une branche de la Banque mondiale. 

L’Africa CEO Forum doit notamment mettre l’accent sur la souveraineté économique du continent africain. 

Avec Adiac-Congo d’après AFP

La Côte d’Ivoire compte sur le secteur privé pour son nouveau PND

juin 14, 2022

Le Plan national de développement nécessite de trouver 9 300 milliards de F CFA auprès des partenaires institutionnels du pays. Mais l’essentiel des investissements devra venir du secteur privé.

Le président ivoirien Alassane Ouattara, le 13 juin 2022, lors de l’ouverture de l’Africa CEO Forum, à Abidjan. © Africa CEO Forum

À son arrivée au pouvoir en 2011, Alassane Ouattara a lancé le troisième plan de développement quinquennal de la Côte d’Ivoire, qui prévoit 59 000 milliards de F CFA (89,9 milliards d’euros) d’investissements sur la période 2021-2026. Les précédentes montures du Plan national de développement (PND) faisaient état de montants plus faibles : 11 000 milliards (2012-2016) et 30 000 milliards (2016-2020).

Selon Kaba Nialé, ministre du Plan et du développement, rencontrée en marge de l’Africa CEO Forum organisé du 13 au 14 juin à Abidjan, ce nouveau PND marque « le recentrage de l’État sur ses fonctions régaliennes et sociales ». Les deux plans précédents avaient été consacrés respectivement à la sortie de crise et à l’État de droit, puis à la relance et à l’amélioration des conditions de vie des populations. C’est pourquoi, la part des investissements publics attendus pour le PND à venir n’est que de 24 %, contre environ 34 %

Projets structurants

Sur les 15 300 milliards de F CFA d’investissements du secteur public, 9 300 milliards de F CFA seront financés par les bailleurs de fonds et partenaires institutionnels du pays, dont la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD), ainsi que les institutions bilatérales telles que l’Agence française de développement (AFD). Leurs représentants sont attendus à Abidjan le 15 juin pour des discussions avec les autorités ivoiriennes – une quinzaine de ministres seront disponibles pour des discussions bilatérales.

La ministre note que si ce PND est « aligné avec les Objectifs de développement durable (ODD) », il ne mettra pas moins l’accent sur les infrastructures à caractère social ainsi que sur les projets structurants permettant de souligner l’action du secteur privé. Pour Abidjan, ce programme d’investissement est tourné vers les secteurs de compétitivité de la Côte d’Ivoire comme l’agro-industrie, le BTP, l’industrie chimie et les technologies de l’information et de la communication (TIC).

L’exécutif ivoirien compte sur l’engouement des bailleurs de fonds et du secteur privé pour ses programmes d’investissements stratégiques, conforté par les exemples des précédents PND qui ont permis de porter le taux de couverture en électricité du pays à 80 % quand la Banque mondiale prévoyait un taux d’accès à l’électricité de 69,7 % en Côte d’Ivoire en 2020. La ministre ivoirienne se réjouit que les investissements du secteur privé atteignent 155 % des attentes durant le PND 2012-2021.

Avec Jeune Afrique par Joël Té-Lessia Assoko – envoyé spécial à Abidjan

Côte d’Ivoire : Charles Blé Goudé obtient son passeport

mai 31, 2022

Définitivement acquitté par la CPI de crimes contre l’humanité le 31 mars 2021, l’ancien ministre de Laurent Gbagbo vient de se voir délivrer un passeport par les autorités ivoiriennes. Mais aucune date de retour n’est fixée.

Charles Blé Goudé à l’ouverture d’une audience de la chambre d’appel de la Cour pénale internationale (CPI) sur sa demande de réexamen des conditions liées à sa libération à La Haye le 6 février 2020. © Jerry LAMPEN / POOL / AFP)

Debout devant le portrait officiel du président Alassane Ouattara et un drapeau ivoirien, en costume cravate bleu et un grand sourire aux lèvres, Charles Blé Goudé tient à la main le précieux sésame vert. Un peu plus d’un an après son acquittement définitif par la Cour pénale internationale (CPI) qui le poursuivait pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité durant la crise postélectorale de 2010-2011 en Côte d’Ivoire, les autorités ivoiriennes viennent de délivrer un passeport à l’ancien ministre de la Jeunesse de Laurent Gbagbo. L’ex-leader des Jeunes patriotes, transféré dans le pénitencier de Scheveningen le 22 mars 2014 et en libération conditionnelle depuis le 1er février 2019, en formulait la demande depuis plusieurs mois.

Il l’a donc finalement obtenu ce 30 mai au matin, dans les locaux de l’ambassade de Côte d’Ivoire aux Pays-Bas, des mains de l’ambassadeur Hamza Sallah, en présence du Consul général de Côte d’Ivoire à Paris, Issiaka Konaté, et entouré de l’un de ses avocats Zokou Seri Simplice, de son directeur de cabinet Hyacinthe Nogbou, de son conseiller spécial Anthony Guina et de Patrice Saraka, le secrétaire général de son parti, le Congrès panafricain pour la justice et l’égalité des peuples (Cojep).

« Pas de précipitation »

« Ce passeport est une première étape pour son retour », a assuré ce dernier quelques instants après la remise officielle. Mais pas question de hâter les choses. « Après ce qu’il a vécu, il n’est plus dans la précipitation mais dans la patience. Le plus important est que ce retour soit bien organisé, en étroite collaboration avec les autorités ivoiriennes. Ce retour doit favoriser la paix et la réconciliation, il doit rassembler et rassurer ». Son avocat N’Dry Claver assure également que « le fil du dialogue avec les autorités ivoiriennes » sera maintenu « pour convenir d’un calendrier de retour (….) ».

L’ancien syndicaliste étudiant, aujourd’hui âgé de 50 ans, a assuré Alassane Ouattara de « toute sa gratitude et de sa reconnaissance pour son implication personnelle dans le processus de son retour en Côte d’Ivoire dont une étape importante vient d’être franchie ».

Au début du mois d’avril, le chef de cabinet d’Alassane Ouattara, Claude Sahi, avait rencontré Charles Blé Goudé à La Haye pour évoquer ces questions. Charles Blé Goudé est par ailleurs en contact avec Kouadio Konan Bertin, le ministre de la Réconciliation nationale, qu’il décrit comme un « ami ».

Sous le coup d’une condamnation

S’il est blanchi par la Cour pénale internationale, « le général de la rue » reste sous le coup d’une condamnation prononcée en son absence fin 2019 à Abidjan à 20 ans de prison, 10 ans de privation de ses droits civiques et 200 millions de francs CFA (300 000 €) de dommages et intérêts à verser aux victimes. Il est accusé par la justice ivoirienne d’« actes de torture, homicides volontaires et viol » durant la crise postélectorale de 2010-2011.

Une condamnation par la justice ivoirienne à 20 ans de prison dans l’affaire dite du « casse de la BECEAO » n’avait pas empêché le retour en Côte d’Ivoire de Laurent Gbagbo, acquitté comme lui par la CPI. L’ancien président ivoirien a foulé le sol ivoirien il y a presque un an jour pour jour, le 17 juin 2021, accueilli par des milliers de ses partisans. Depuis, il a pris la présidence d’une nouvelle formation politique, le PPA-CI, pour marquer une rupture définitive avec son ancienne formation, le Front populaire ivoirien (FPI).

Avec Jeune Afrique par Florence Richard

Côte d’Ivoire : au PDCI, Henri Konan Bédié face à la grogne de jeunes militants

mai 23, 2022

Alors que l’ancien parti unique est toujours dirigé par l’ancien président de 88 ans, certains représentants de la jeune génération s’inquiètent publiquement de sa capacité à remporter les prochaines échéances électorales.

L’ancien président Henri Konan Bédié, 86 ans, célèbre sa candidature pour le parti d’opposition PDCI-RDA à l’élection présidentielle, le 12 septembre 2020 à Yamoussoukro. Former president Henri Konan Bedie, 86, attends a party rally to celebrate his presidential candidacy for the opposition PDCI-RDA party and as a show of strength ahead of next months presidential election, in Yamoussoukro, Ivory Coast Saturday, Sept. 12, 2020. Bedie, who led the country from 1993-1999, and Pascal Affi N’Guessan of the Ivorian Popular Front party, are the two opposition leaders who pose the strongest threat to incumbent President Alassane Ouattara. © Diomande Ble Blonde/AP/SIPA

« Est-ce que les militants ne servent qu’à payer des cotisations et à organiser les réunions ? Est-ce que la jeunesse sert seulement à soulever des bâches et des chaises lors des meetings ou à être instrumentalisée dans d’absurdes guerres internes ? » Des jeunes militants du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) se posent des questions et, cette fois, ils le font haut et fort.

Ces derniers temps, sur les réseaux sociaux ou dans la presse ivoirienne, ils multiplient les prises de position, regrettant de ne pas être écoutés ou reçus par les instances dirigeantes du parti d’opposition, dirigé par l’ancien président Henri Konan Bédié, malgré leurs sollicitations. « Ce n’est pas facile de se faire entendre dans un parti comme le PDCI », résume Franck Medard Kouassi, secrétaire général du mouvement “Marée verte” qui revendique entre 4 000 et 5 000 adhérents et dont l’objectif depuis son lancement en 2020 est de faire vivre le plus vieux parti ivoirien sur les réseaux sociaux afin d’en « rafraîchir l’image avec une communication plus moderne ».

« Parti réfractaire au débat et à la contradiction », « folklore du culte de la personnalité », « pas de vision », délégations « en hibernation », absence de mobilisation de terrain, lutte interne des cadres du parti, les griefs sont nombreux à en croire tous ceux, membres de “Marée verte” ou non, qui osent s’exprimer publiquement.

Ambition

« Nous sommes inquiets pour l’avenir de notre parti qui, je le rappelle, est dans l’opposition depuis 23 ans. Comment remporter les élections locales de 2023 et surtout la présidentielle de 2025 sans stratégie et sans impliquer les jeunes ? Nous demandons qu’un bilan soit tiré pour identifier ce qui ne marche pas et avancer. Notre ambition est de gouverner, le président Bédié doit se saisir du problème », poursuit Franck Medard Kouassi. Ce dernier espère que le congrès du parti, repoussé à de multiples reprises, se tiendra cette année et qu’au bout un candidat consensuel sera désigné. Et si ce doit être l’ancien président de 88 ans, comme en 2020, les jeunes suivront, assure Franck Medard Kouassi.

Cette demande d’un examen de conscience n’est pas nouvelle. Depuis l’échec de la stratégie du parti lors de l’élection présidentielle d’octobre 2020 et malgré des ajustements dans l’organisation de la formation politique, les récriminations, à bas bruit, sont constantes.

Manipulation

« Ces reproches sont le fait d’une poignée de jeunes manipulés. Sinon, pourquoi cette action coordonnée sur les réseaux sociaux, du jour au lendemain ?» s’interroge un haut cadre du parti. Une manipulation qui serait d’après lui orchestré par des mécontents des changements intervenus à la tête du PDCI l’année dernière. « Il n’y a pas péril en la demeure, nous sommes zen », assure-t-il.

Il rappelle les propos de Valentin Kouassi, le président de la jeunesse du PDCI (JPDCI Urbaine), un des organes officiels des jeunes du parti, qui dans une interview récente à Ivoir’hebdo refusait lui aussi de parler « de colère et encore moins de grogne », même s’il évoquait quelques jours plus tôt « des discordes » .

En réponse, Franck Medard Kouassi réfute toute forme de manipulation, malgré des rumeurs de proximité avec Jean-Louis Billon qui avait, un temps, fait part de son souhait d’être candidat à la présidentielle au nom du PDCI. « J’ai lu ça mais c’est complétement faux. Nous travaillons sur fonds propres, nous ne sommes affiliés à personne ».

Le PDCI dit attendre la fin des obsèques du frère aîné du président, décédé en août dernier, qui se dérouleront à Daoukro du 28 mai au 5 juin, pour convoquer un bureau politique afin de fixer la date du congrès et mettre les choses à plat. Après avoir passé trois mois dans sa région natale, Henri Konan Bédié a retrouvé sa résidence d’Abidjan le 17 juin, accueilli notamment par son directeur de cabinet, Bernard Ehouman et le secrétaire exécutif adjoint du parti, Georges Philippe Ezaley. Et si certains y ont vu un retour précipité en raison de la grogne, son entourage assure qu’au contraire, il était tout à fait prévu.

Avec Jeune Afrique par Florence Richard – à Abidjan