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Ce que l’on sait de la tentative de coup d’Etat au Burkina Faso

janvier 24, 2022

Les informations en provenance du Burkina Faso sont encore floues. Le président Kaboré aurait été arrêté après des mutineries qui se sont déclenchées partout dans le pays le 23 janvier 2022. Article rédigé par

Le siège de campagne du Mouvement pour le progrès du peuple (MPP), le parti au pouvoir, a été incendié à Ouagadougou par un groupe de jeunes soutenant le rôle de l'armée et opposés au président Roch Marc Christian Kabore, le 23 janvier 2022. (OLYMPIA DE MAISMONT / AFP)
Le siège de campagne du Mouvement pour le progrès du peuple (MPP), le parti au pouvoir, a été incendié à Ouagadougou par un groupe de jeunes soutenant le rôle de l’armée et opposés au président Roch Marc Christian Kabore, le 23 janvier 2022. (OLYMPIA DE MAISMONT / AFP)

La situation politique au Burkina Faso reste incertaine ce 24 janvier 2022. Le président Roch Marc Christian Kaboré a été arrêté et est détenu, selon des sources sécuritaires contactées par l’AFP, à la caserne Sangoulé Lamizana, située dans la capitale Ouagadougou, ainsi que le chef du Parlement et des ministres. Une déclaration des auteurs de cette tentative de coup d’Etat, dont l’identité n’est pas encore confirmée, est attendue depuis plusieurs heures. Selon les médias burkinabè, la télévision nationale est aux mains d’hommes armés. En attendant, voici ce que l’on sait. 

Le fil des événements 

L’arrestation probable du président Kaboré, annoncée lundi 24 janvier, est l’épilogue d’une mutinerie qui s’est déclarée dans plusieurs casernes du Burkina Faso pour réclamer le départ des chefs de l’armée et des « moyens adaptés » à la lutte contre les jihadistes qui frappent ce pays depuis 2015. Des tirs ont été ainsi entendus toute la journée du dimanche 23 janvier 2022 dans plusieurs camps militaires, notamment ceux de Sangoulé Lamizana, de Baba Sy et sur la base aérienne à Ouagadougou. Des mutineries ont également éclaté à Kaya et Ouahigouya, dans le nord du Burkina, où sont concentrées la majorité des attaques jihadistes, selon des habitants et des sources militaires. En fin de journée, des tirs ont été entendus près de la résidence du chef de l’Etat.

Dans un communiqué pointant les informations diffusées sur les réseaux sociaux, rapporte Le Faso.net, le gouvernement avait reconnu dans la journée du 23 janvier des tirs dans plusieurs casernes, tout en démentant « une prise de pouvoir par l’armée ». Dans la soirée, le président Kaboré avait décrété « jusqu’à nouvel ordre » un couvre-feu de 20h à 5h30 (locales et GMT) et le gouvernement avait annoncé la fermeture des écoles lundi et mardi.

Sans nouvelles du président burkinabè

Le chef de l’Etat burkinabè Roch Marc Christian Kaboré a été arrêté et est en détention au camp Sangoulé Lamizana de Ouagadougou qui abrite la Maison d’arrêt et de correction des armées (Maca), une prison militaire. « Le président Kaboré, le chef du Parlement (Alassane Bala Sakandé) et des ministres sont effectivement aux mains des soldats », à la caserne Sangoulé Lamizana de Ouagadougou, a déclaré à l’AFP une source sécuritaire, information confirmée par une autre source au sein des services de sécurité.

Dans un communiqué diffusé le 24 janvier, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui s’était dite de nouveau préoccupée par la situation au Burkina Faso a déclaré qu’elle tenait « les militaires responsables de l’intégrité physique » du président burkinabè.

Le général Gilbert Diendéré, proche de l’ancien président Blaise Compaoré renversé en 2014 est aussi détenu dans la prison du camp Sangoulé Lamizana. L’officier a été condamné à 20 ans de prison pour une tentative de putsch en 2015 contre le président Kaboré, et est actuellement jugé pour son rôle présumé dans l’assassinat en 1987 de l’ancien président Thomas Sankara. C’est également dans ce camp qu’est emprisonné, depuis le 14 janvier, le lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana, soupçonné par le pouvoir burkinabè d’être à l’origine d’une tentative de coup d’Etat. L’ancien chef de corps du 12e régiment d’infanterie commando du Burkina Faso a été accusé d’avoir projeté de « déstabiliser les institutions ».

Des militaires en colère 

« Nous voulons des moyens adaptés à la lutte » anti-jihadiste « et des effectifs conséquents », ainsi que le « remplacement » des plus hauts gradés de l’armée nationale, a affirmé dans un enregistrement sonore parvenu à l’AFP un militaire de la caserne Sangoulé Lamizana, sous couvert de l’anonymat. Il a en outre souhaité « une meilleure prise en charge des blessés » lors des attaques et des combats avec les jihadistes, ainsi que « des familles des défunts ». Le dénuement dans lequel semblent se trouver les soldats burkinabè fait écho à la situation décrite par les soldats maliens au nord de leur pays, également occupé par les jihadistes, et qui a conduit à un coup d’Etat dans ce pays en 2012.  

Autre élément de mécontentement pour l’armée burkinabè qui aurait pu justifier ce coup de force : la récente arrestation du lieutenant-colonel Emmanuel Zoungrana. « En rappel, cet officier supérieur, dont on dit à tort ou à raison, qu’il est aimé des troupes et qui commandait les forces anti-terroristes dans le front Nord, vient d’être arrêté pour soupçon de coup d’Etat », soulignait dans un article le journal burkinabè Le Pays. L’ancien chef de corps du 12e régiment d’infanterie commando du Burkina Faso a été mis aux arrêts alors qu’il attendait, à Ouagadougou,  une nouvelle affectation. Basé à Ouahigouya, chef-lieu de la région du Nord, le lieutenant-colonel Zoungrana, âgé de 41 ans, avait quitté son dernier poste le 21 décembre. Il était commandant du groupement des forces du secteur Ouest, engagées dans la lutte antiterroriste. L’officier avait été décoré pour ses faits d’armes, notamment pour avoir repris des localités assiégées.  

Des citoyens excédés par l’insécurité 

Au pouvoir depuis 2015, Roch Marc Christian Kaboré a été réélu en 2020 sur la promesse de faire de la lutte anti-jihadiste sa priorité. Un défi qu’il n’aurait pas relevé selon les Burkinabè qui manifestent depuis plusieurs semaines. La formation d’un nouveau gouvernement en décembre dernier n’aura rien changé au mécontentement général. Outre les accusations d’une partie de la population qui le trouve « incapable » de contrer les groupes terroristes, plusieurs partis d’opposition étaient montés au créneau pour demander son départ en raison d’une gestion du pays décrite par certains, peut-on lire sur Le Faso.net, comme « calamiteuse ». Tout au long de la journée du 23 janvier, des manifestants ont apporté leur soutien aux mutins et ont dressé des barrages de fortune dans plusieurs avenues de la capitale, avant d’être dispersés par la police, ont constaté des journalistes de l’AFP.

La veille, des incidents avaient éclaté à Ouagadougou et dans d’autres villes du Burkina Faso entre les forces de l’ordre et des manifestants qui ont bravé une nouvelle fois l’interdiction de se rassembler pour protester contre l’impuissance des autorités face à la violence jihadiste.  

« Effet de contagion »

La tentative de coup d’Etat que connaît le Burkina Faso était au cœur de rumeurs persistantes depuis plusieurs semaines. La restriction récente de Facebook via les données mobiles, expliquée pour des raisons sécuritaires par le pouvoir, la coupure de l’internet mobile plus généralement et les difficultés pour joindre le Burkina ces derniers jours semblent avoir été des signes avant-coureurs d’une situation politique qui se détériorait.

Ce 24 janvier, comme a pu le constater franceinfo Afrique, il est toujours difficile de joindre quelqu’un au Burkina Faso. Les conversations sont souvent inaudibles. Après le Mali et la Guinée, « un troisième coup d’Etat réussi en Afrique de l’Ouest compliquerait la tâche pour la Cédéao et les dirigeants ouest-africains, car il pourrait y avoir un effet de contagion », a confié à franceinfo le Guinéen Issaka Souaréexpert international sur les questions de paix, de sécurité et de gouvernance et enseignant à l’université Général Lansana Conté.

Dans un communiqué publié le 23 janvier, la Cédéao avait souligné qu’elle suivait « avec une grande préoccupation » la situation au Burkina Faso, avait réaffirmé son soutien au président Kaboré et avait « (appelé) au calme » tout en invitant les militaires à demeurer « dans une posture républicaine ». L’organisation sous-régionale, qui a pris des sanctions décriées contre le Mali où les putschistes souhaitent une transition de cinq ans, s’est dotée d’instruments pour en finir avec les coups d’Etats, récurrents dans la région dans les années 70-80.

Avec France Télévisions  Rédaction Afrique par

Falila Gbadamassi avec AFP 

Ces Soudanais qui soutiennent le coup d’État

novembre 29, 2021

REPORTAGE. Face aux opposants bien visibles au putsch, il y a une frange de civils qui jugent les militaires indispensables à la transition démocratique. Explication.

Preuve que la situation est loin d'etre stabilisee : des manifestants se sont opposes a la decision du Premier ministre Hamdok de signer un nouvel accord avec l'armee, pendant que d'autres Soudanais estimaient les militaires indispensables a la transition..
Preuve que la situation est loin d’être stabilisée : des manifestants se sont opposés à la décision du Premier ministre Hamdok de signer un nouvel accord avec l’armée, pendant que d’autres Soudanais estimaient les militaires indispensables à la transition..© – / AFP

Le 30 octobre, des centaines de milliers de Soudanais sont descendus dans les rues pour protester contre le coup d’État perpétré cinq jours plus tôt par le chef de l’armée. Certains se contentaient de réclamer le retour du tandem militaro-civil. La plupart exigeaient cependant d’exclure strictement l’armée du pouvoir. Cette seconde position a gagné du terrain au fil des « marches du million », dont la prochaine est fixée au 30 novembre. Et ce, malgré la signature, le 21 novembre, d’un accord entre le général putschiste Abdel Fattah al-Burhane et le Premier ministre Abdallah Hamdok, désormais qualifié de « traître » par bon nombre de pro-démocratie.

L’incompréhension face à l’attitude de Hamdock

« Je comprends la position de Hamdok quand il déclare qu’il veut mettre un terme au bain de sang. Mais, après ce qu’il s’est passé, nous ne pouvons plus faire confiance aux militaires. Depuis le putsch, les forces de l’ordre tuent les manifestants de la même manière que lors du démantèlement du sit-in le 3 juin [au moins 127 personnes avaient été assassinées, NDLR]. Or, nous avons précisément signé un accord avec eux pour faire cesser ces violences », rappelle Sayda Hussein, une membre d’un comité de résistance du sud de Khartoum rencontrée venue participer à la manifestation massive du 25 novembre. Elle fait référence à la charte constitutionnelle censée encadrer la transition démocratique, et amendée par le document tout juste paraphé par le général putschiste et le Premier ministre. Mais aussi aux 42 citoyens décédés durant le mois suivant le putsch, souvent victimes de balles réelles.

La retenue de certains Soudanais dans la dynamique anti-militaire

De nombreux Soudanais se sont bien gardés, eux, de se joindre à cette nouvelle vague de cortèges. Dans ce vaste pays où le taux de pauvreté atteint 65 %, la survie au jour le jour prend tout simplement le pas sur les rêves de « liberté, paix, justice » scandés depuis la révolution de 2018 qui a permis de tourner le dos à 30 ans de dictature. Une frange de la population soutient enfin explicitement le coup d’État et s’aligne même, parfois, sur la rhétorique du général Burhane qui préfère évoquer une correction du cours de la transition.

Entre coup d’État militaire et coup d’État civil

« Il ne s’agit pas d’un coup d’État, ou sinon ce serait un coup civil dans la mesure où Hamdok ne parvenait pas, tout seul, à prendre cette décision à cause de la pression exercée par les partis politiques », résume Tagwah Ahmed. Cette pharmacienne de 36 ans représente un rassemblement de plus de 500 comités de résistance basés majoritairement en périphérie de Khartoum. Elle a rencontré, avec sept autres délégués de comités de résistance, le Premier ministre lorsque ce dernier se trouvait encore assigné à résidence, avant que les putschistes ne le libèrent pour signer l’accord du 21 novembre. « Il n’a pas dit qu’il cautionnait l’initiative de Burhane, mais il a reconnu qu’un changement devait intervenir pour remettre la transition dans la bonne direction », rapporte Tagwah Ahmed.

Mi-octobre, elle avait rejoint le sit-in organisé par les Forces pour la liberté et le changement n° 2 (ou FFC 2), une coalition de partis menée entre autres par l’ex-ministre des Finances et le gouverneur du Darfour. Elle incitait l’armée à reprendre le contrôle du pays. Des participants ont affirmé que les militaires avaient eux-mêmes financé ce rassemblement. « Nous avons transmis aux représentants des FFC 2 nos demandes et les services dont les différentes zones ont besoin. Ils nous ont promis qu’ils allaient y travailler », explique celle qui a collecté quelque 3 700 CV de jeunes qualifiés sans emploi et qui a recensé 64 villages dépourvus de centres de soin.

Des citoyens découragés

« Je ne fais pas confiance aux militaires, pas plus qu’aux membres du précédent gouvernement de Hamdok », tranche Sanya Ali, qui s’occupe de la branche dédiée aux services au sein du même regroupement de comités de résistance. Cette quadragénaire juge toutefois le coup d’État indispensable. Selon elle, seuls les ministres technocrates promis par le pacte du 21 novembre permettront de garantir « un développement durable, une bonne situation économique et la sécurité ».

Fathi Ziggy Deir, 48 ans, fait également partie d’un comité de résistance qui a participé à la révolution et approuve, aujourd’hui, la reprise en main de l’armée. « Nous avons vu notre pays sombrer. La situation est devenue mille fois pire que sous la dictature d’Omar el-BéchirLes membres du précédent gouvernement voulaient seulement occuper un siège, mais ils n’ont rien fait pour l’économie, la santé ou l’éducation. Ces personnes envoient en effet vivre leurs enfants à l’étranger, dans de meilleures conditions que les nôtres. Mon fils a failli mourir d’une crise d’asthme à cause de la pénurie de Ventoline ! » Cet activiste accuse en outre les partis politiques d’avoir confisqué la révolution en validant le partenariat avec les militaires, en août 2019. Là encore, guidés par leur soif de pouvoir.

Pas de calendrier pour les élections

« À ce moment-là, Burhane et Hemeti [surnom du numéro deux du Conseil souverain, à la tête d’une puissante milice paramilitaire] auraient dû être exclus, mais les quatre principaux partis des Forces pour la liberté et le changement ont préféré remplacer les autres partis par ces militaires pour asseoir leur prépondérance », analyse Fathalrahman Fedel. Ce médecin préside Les Bâtisseurs du futur, une alliance de neuf partis d’envergure modeste qui soutient l’accord passé entre Abdallah Hamdok et le général Abdel Fattah al-Burhane. « Le coup d’État n’était pas l’idéal. En revanche, les militaires ont raison sur le fait que ce gouvernement devait être stoppé, car il n’était pas représentatif, ajoute-t-il. Il a par ailleurs échoué à agir dans l’intérêt du peuple soudanais et a laissé la situation économique se dégrader. »

Originaire du Darfour, Norein Adam raconte son engagement aux côtés des rebelles pour résister à des milices qui brûlaient village après village et tuaient sans pitié pendant la guerre amorcée en 2003*. Il a depuis pris les rênes d’un des partis des Bâtisseurs du futur. « Nous n’accepterons jamais d’être gouvernés à nouveau par les militaires après l’expérience du régime précédent. En revanche, c’est nécessaire qu’ils dirigent temporairement le pays afin de résoudre nos problèmes », assure-t-il. Le docteur en droit Ahmed el-Gaili note, lui, que « le brouillon de l’accord du 21 novembre prévoyait des élections en juillet 2023. Cette date a été retirée du texte final. Cela indique que les militaires veulent se maintenir au pouvoir aussi longtemps que possible. » Le juriste conclut : « Cet accord ressemble davantage à un contrat d’embauche qu’à un partenariat. En réalité, Hamdok devient simplement un bureaucrate travaillant pour les militaires. »

Avec Le Point par notre correspondante à Khartoum, Augustine Passilly

Soudan : après le coup d’État, les grandes puissances placent leurs pions

octobre 27, 2021
Le général en chef de l’armée soudanaise, Abdel Fattah al-Burhane, à Khartoum, le 26 octobre 2021. © ASHRAF SHAZLY/AFP

Avec le putsch militaire survenu le 25 octobre, le pays suscite l’intérêt de nombreux pays. États-Unis, Égypte, Émirats… chacun cherche à préserver ses intérêts face à la nouvelle donne politique.

Le coup d’État militaire au Soudan, le 25 octobre dernier, est un nouveau camouflet pour la diplomatie américaine. Les putschistes n’ont pas hésité à agir quelques jours seulement après la réunion de crise entre le Premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, et l’envoyé spécial de Washington, le sous-secrétaire d’État américain Jeffrey Feltman, à Khartoum.

Signe de leur intérêt pour le pays, les États-Unis ont été les premiers à condamner le coup d’État, aussitôt suivis par l’Union européenne, la Ligue arabe et l’Union africaine (UA), notamment. Après la timide réaction de l’organisation continentale face aux coups d’État survenus cette année au Mali, au Tchad et en Guinée, le président de l’UA, Moussa Faki Mahamat, a exprimé le 25 octobre sa « profonde consternation » face à la « situation actuelle au Soudan », appelant à la reprise des consultations entre civils et militaires, au strict respect des droits humains, et à la libération de tous les dirigeants politiques arrêtés. Une réunion d’urgence du Conseil de paix et de sécurité de l’UA a été convoquée dans la foulée. 

L’Égypte et les Émirats, soutiens des putschistes ?

Les yeux sont également rivés sur l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), la principale organisation régionale de la Corne de l’Afrique. Elle est attendue sur ce dossier après avoir été mise à l’écart lors du déclenchement de la guerre au Tigré, en Éthiopie, en novembre 2020.

DANS LA BATAILLE DU GRAND BARRAGE DE LA RENAISSANCE, LE CAIRE GAGNE UN ALLIÉ PLUS CLAIR

Pour le voisin éthiopien, le coup d’État au Soudan est d’ailleurs une mauvaise nouvelle. Face au Premier ministre Hamdok, l’armée soudanaise faisait pression depuis des mois pour qu’une ligne plus agressive à l’encontre d’Addis-Abeba soit adoptée. Le Soudan, l’Éthiopie et l’Égypte sont en conflit autour du contrôle des eaux du Nil à cause de la construction du Grand Barrage de la Renaissance (Gerd) par Addis-Abeba. Dans cette bataille, Le Caire gagne un allié plus clair depuis que les militaires soudanais ont exclu les civils du pouvoir. 

Vus par de nombreux politiciens et militants soudanais comme ayant soutenu – voire encouragé – le coup d’État, les Égyptiens, tout comme les Émiratis et les Saoudiens, feront sans doute profil bas dans un premier temps. Leur inflexibilité idéologique va être mise à l’épreuve. Ces pays semblent craindre davantage une transition démocratique au Soudan que l’influence de leurs ennemis politiques, les Frères musulmans.

À la recherche de nouveaux alliés

Les mouvements politiques islamistes soudanais, liés au Parti du Congrès national d’Omar el-Béchir et aux Frères musulmans, appellent depuis plusieurs semaines à un coup d’État contre les civils du gouvernement de transition. Le putsch du 25 octobre va relancer leur combat contre les réformes politiques, économiques et judiciaires déjà entamées. Alors que le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le prince héritier des Émirats arabes unis Mohammed ben Zayed al-Nahyan sont des ennemis déclarés des Frères et de leurs affiliés, des représentants égyptiens et émiratis vont se rendre à Khartoum, comme ce fut le cas après le renversement d’Omar el-Béchir en avril 2019, pour défendre leurs intérêts dans les négociations à venir.

La junte va avoir grand besoin de ses alliés dans le Golfe, car avec cette nouvelle donne politique, l’accord international de réduction de la dette du Soudan, l’accord avec le FMI et la Banque mondiale et les centaines de millions de dollars d’aide bilatérale américaine vont être menacés.

NOUS APPELONS LE PEUPLE SOUDANAIS À MANIFESTER

Le pays, dont l’avenir politique demeure incertain, promet donc de devenir un jeu d’échec entre grandes puissances. Alors qu’Abdallah Hamdok était encore détenu par les militaires, son bureau a publié une déclaration exhortant les manifestants à descendre dans la rue pour protéger les récents progrès accomplis en matière de droits démocratiques. « Nous appelons le peuple soudanais à manifester en utilisant tous les moyens pacifiques possibles… pour reprendre sa révolution aux voleurs. »

Ce mardi 26 octobre, le Premier ministre renversé a été ramené chez lui par les militaires, mais il reste en résidence surveillée. Et les manifestants continuaient de battre le pavé. 

Avec Jeune Afrique par Patrick Smith

Soudan : Emmanuel Macron condamne le coup d’État

octobre 25, 2021

Le président français a condamné « avec la plus grande fermeté » la tentative de coup d’État au Soudan et appelé au « respect du Premier ministre ».

Le général soudanais Abdel Fattah al-Burhane a dissous lundi 25 octobre les autorités de transition, dont la quasi-totalité des membres civils sont déjà aux mains de l’armée, décrétant l’état d’urgence alors que des tirs ont déjà fait des blessés parmi les manifestants prodémocratie.

Depuis le matin, le « coup d’État » dénoncé à l’international s’est déroulé en plusieurs étapes. Le Premier ministre, son épouse, nombre de ses ministres et tous les membres civils du Conseil de souveraineté – plus haute autorité de la transition – ont été arrêtés par des militaires. La télévision d’État a été prise par les militaires et à la mi-journée le général Abdel Fattah al-Burhane y est apparu.

Ne cessant de répéter qu’il souhaitait toujours « une transition vers un État civil et des élections libres en 2023 », après 30 ans de dictature d’Omar el-Béchir démis en 2019, il a malgré tout relevé tous les dirigeants de leurs fonctions. Le gouvernement est dissous, de même que le Conseil de souveraineté, a-t-il dit, les préfets et ministres sont limogés, et l’état d’urgence est déclaré dans tout le pays, a-t-il ajouté.

Emmanuel Macron a condamné lundi « avec la plus grande fermeté » la tentative de coup d’État au Soudan et appelé au « respect de l’intégrité du Premier ministre et des dirigeants civils ». « La France condamne avec la plus grande fermeté la tentative de coup d’État au Soudan. J’exprime notre soutien au gouvernement de transition soudanais et appelle à la libération immédiate et au respect de l’intégrité du Premier ministre et des dirigeants civils », a souligné le président français dans un tweet.

De nombreuses réactions dans le monde entier

Avant même qu’il ne s’exprime, des milliers de Soudanais descendaient dans les rues conspuant l’armée. Devant le QG de l’armée dans le centre de Khartoum, bouclé par soldats et blocs de béton depuis des jours, 12 manifestants ont été blessés par des tirs des forces armées, ont assuré un syndicat de médecin et le ministère de l’Information.

Le bureau du Premier ministre Abdallah Hamdok avait appelé à « manifester » contre le « coup d’État » pour « protéger la révolution » de 2019 qui a renversé El Béchir. Craignant pour la vie du dirigeant retenu « dans un lieu non identifié », son bureau a averti que les autorités militaires portaient « l’entière responsabilité de sa vie » ou sa mort, dans un pays déjà secoué par un coup d’État manqué il y a un mois.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a condamné lundi « le coup d’État militaire en cours » au Soudan et a réclamé la libération « immédiate » du Premier ministre Abdallah Hamdok. « Il faut assurer le plein respect de la charte constitutionnelle pour protéger la transition politique obtenue de haute lutte », a-t-il affirmé sur Twitter.

« J’appelle les forces armées à relâcher immédiatement les personnes retenues », a exhorté l’émissaire de l’ONU au Soudan Volker Perthes, jugeant « inacceptables » ces arrestations de civils appartenant aux autorités de transition. Les États-Unis, dont l’émissaire Jeffrey Feltman était la veille encore dans le bureau du Premier ministre, ont déjà prévenu que « tout changement du gouvernement de transition mettait en danger l’aide américaine ».

Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a lui appelé la communauté internationale « à remettre la transition soudanaise sur les rails », tandis que la Ligue arabe et l’Union africaine appelaient « au dialogue ». Face à ces critiques qui s’accumulent, le général, Burhane a donné un gage de poids : il s’est dit engagé à respecter les accords internationaux signés par le Soudan, l’un des quatre États arabes à avoir récemment décidé de reconnaître Israël.

La Commission européenne a appelé à la « libération rapide » des dirigeants civils du gouvernement du Soudan et à « ce que les moyens de communication ne soient pas entravés pour permettre de joindre ceux qui en ont besoin ». L’Allemagne a « clairement condamné » la tentative de coup d’État au Soudan qui « doit cesser immédiatement » pour permettre la poursuite d’une « transition politique pacifique vers la démocratie », selon un communiqué du ministre des Affaires étrangères. « Les informations faisant état d’une nouvelle tentative de coup d’État au Soudan sont atterrantes », a déclaré Heiko Maas.

Des tensions qui existent depuis longtemps entre les deux parties

Dans les rues de Khartoum, où les réseaux sociaux ne sont plus accessibles pour beaucoup, de nombreux Soudanais ont conspué le général Abdel Fattah al-Burhane, qui chapeaute le Conseil de souveraineté désormais amputé de sa part civile, ont constaté des correspondants de l’AFP. Beaucoup convergeaient vers le principal axe du centre-ville, où des pro-civils avaient organisé jeudi une démonstration de force aux cris de « révolution » pour refuser ce que les militants appelaient déjà « un coup d’État rampant ».

Le Soudan connaît une transition précaire entachée de divisions politiques et de luttes de pouvoir depuis l’éviction du président Omar el-Béchir, en avril 2019. Depuis août 2019, le pays est dirigé par une administration composée de civils et de militaires chargée de superviser la transition vers un régime entièrement civil.

Le principal bloc civil – les Forces pour la liberté et le changement (FFC) –, qui a mené les manifestations anti-Béchir en 2019, s’est scindé en deux factions opposées. « La crise actuelle est artificielle et prend la forme d’un coup d’État rampant », a déclaré Yasser Arman, leader du FFC, lors de la conférence de presse de samedi dans la capitale Khartoum. « Nous renouvelons notre confiance dans le gouvernement, le Premier ministre Abdallah Hamdok, et dans la réforme des institutions de transition, mais sans ordre ni imposition », a ajouté Yasser Arman.

Les tensions entre les deux parties existent depuis longtemps, mais les divisions se sont exacerbées après le coup d’État manqué du 21 septembre. La semaine dernière, des dizaines de milliers de Soudanais ont défilé dans plusieurs villes pour soutenir le transfert complet du pouvoir aux civils, et pour contrer un sit-in rival de plusieurs jours devant le palais présidentiel dans la capitale Khartoum qui exigeait un retour au « régime militaire ».

La « crise la plus grave et la plus dangereuse »

Abdallah Hamdok a précédemment décrit les divisions au sein du gouvernement de transition comme la « crise la plus grave et la plus dangereuse » à laquelle est confrontée la transition. Samedi, Abdallah Hamdok a démenti les rumeurs selon lesquelles il avait accepté un remaniement ministériel, les qualifiant de « non exactes ». Le Premier ministre a également « souligné qu’il ne monopolisait pas le droit de décider du sort des institutions de transition ».

Par Le Point avec AFP

Au Soudan, « les militaires veulent faire du el-Béchir sans el-Béchir »

octobre 25, 2021
Des manifestants soudanais dans la capitale, Khartoum, pour dénoncer la détention de membres du gouvernement par l’armée, le 25 octobre 2021. © AFP

Un coup d’État est en cours au Soudan, où le Premier ministre Abdallah Hamdok et plusieurs membres du gouvernement ont été arrêtés ce 25 octobre. L’état d’urgence a été décrété par les militaires. Spécialiste du pays, le chercheur Roland Marchal décrypte la situation pour « Jeune Afrique ».

Il y a un mois, les autorités civiles de Khartoum dénonçaient une tentative de coup d’État. Ce lundi 25 octobre, le second essai des militaires semble avoir été le bon. Dans la matinée, le Premier ministre, Abdallah Hamdok, et la quasi-totalité des civils membres de son gouvernement ont été arrêtés, les communications ont été coupées dans le pays et les frontières fermées.

À la manœuvre, les hauts gradés militaires, au premier rang desquels le général Abdel Fattah al-Burhane, président militaire du Conseil de souveraineté. Il a annoncé la dissolution des autorités de transition et l’instauration de l’état d’urgence dans tout le pays, tout en promettant des élections en 2023.

Ces militaires, qui ont gouverné le Soudan avec Omar el-Béchir pendant trente ans, partageaient le pouvoir avec les civils depuis le début de la transition, en 2019. Mais ils devaient le rendre dans quelques mois. Roland Marchal, chercheur au CNRS, analyse pour Jeune Afrique les évènements en cours à Khartoum.

Jeune Afrique : Ce lundi 25 octobre au matin, nous avons appris l’arrestation d’une partie du gouvernement par les militaires. Qui est entre leurs mains ? 

Roland Marchal, chercheur au CNRS.
Roland Marchal, chercheur au CNRS. © DOC TV5 MONDE via YOUTUBE

Roland Marchal : Abdallah Hamdok, le Premier ministre, a été interpellé, mais aussi des figures des Forces de la liberté et du changement [FCC]. Cette coalition était l’incarnation politique du mouvement de protestation qui a causé la chute d’Omar el-Béchir, en avril 2019. Fayçal Mohamed Saleh, porte-parole du gouvernement, ou encore Mohamed al-Faki Soleiman, un des membres du Conseil de souveraineté, qui étaient tous deux très critiques envers les militaires, sont désormais aux arrêts.  

Que reprochent les militaires au Premier ministre, Abdallah Hamdok ?  

Paradoxalement, Abdallah Hamdok n’était pas celui qui dérangeait le plus le camp des militaires. Il était, au contraire, assez naïf, car il les a laissés garder toute leur influence. C’est bien ce qui leur a permis d’agir comme ils l’ont fait ce 25 octobre. Il n’est pas vu comme un réel ennemi, contrairement à Mohamed al-Faki Soleiman ou Fayçal Mohamed Saleh, qu’ils estimaient plus gênants. Mais les militaires, aux manettes pendant trente ans, ne veulent rien perdre du pouvoir. Ils veulent faire du el-Béchir sans el-Béchir, à savoir garder la mainmise sur les affaires politiques du pays.

Pourquoi les militaires soudanais font-ils ce coup de force ?

Il y a plusieurs facteurs d’explication. D’abord, ils étaient sur le point de rendre le pouvoir. D’après le calendrier de la transition, Abdel Fattah al-Burhane devait quitter son poste de président du Conseil de Souveraineté en 2023 pour laisser place à un pouvoir exclusivement civil.

Le général Abdel Fattah al-Burhane s’adressant au peuple soudanais à la télévision, le 25 octobre 2021.
Le général Abdel Fattah al-Burhane s’adressant au peuple soudanais à la télévision, le 25 octobre 2021. © Sudan TV / AFP

Ensuite, de plus en plus de menaces pesaient sur eux. Il y avait des enquêtes en cours sur des exactions commises par l’armée et les Forces de soutien rapide [FSR], une force paramilitaire soudanaise qui agit sous le commandement des services secrets [NISS]. Ces procédures inquiétaient une partie des militaires.

ILS VIVAIENT SOUS LA MENACE DE TOUT PERDRE

Certains d’entre eux étaient aussi « tapés aux portefeuille » : de nombreuses entreprises leur appartenant, notamment dans le domaine de la sécurité, étaient taxées et confisquées. 

Enfin, ces derniers mois, ils ont perçu des divisions et des faiblesses au sein du gouvernement. Ils ont constaté que sa base électorale était assez réduite. Peut-être y ont-ils vu une opportunité. Et espéré que ces civils bénéficieraient de peu de soutien de la part de la population.  

Pourquoi agissent-ils maintenant ? 

Le 21 septembre dernier, une tentative de coup d’État avait déjà eu lieu, selon les autorités civils, qui pointaient du doigt les proches d’Omar el-Béchir. Depuis, des rumeurs persistantes faisaient état d’arrestations et de purges dans les rangs de l’armée.

Contrairement au début du processus de transition, où ils avaient obtenu des garanties, ils vivaient sous la menace de tout perdre. Ils ont senti que l’étau se resserrait et ont sans doute voulu agir avant qu’il ne soit trop tard.

La communauté internationale a appelé à rendre le pouvoir aux civils. Quelle peut-être son influence ? 

La communauté internationale, États-Unis en tête, a activement travaillé à réintégrer le Soudan en son sein. L’aide financière américaine, les conférences internationales pour soutenir la transition au Soudan à Paris [mai 2021] et Berlin [juin 2021], en sont les illustrations. Sans ces initiatives pour soutenir l’économie, le régime – qu’il soit militaire ou civil – est condamné. C’est pour rassurer la communauté internationale qu’al-Burhane a exprimé, juste après le coup d’État, sa volonté d’aboutir à des élections libres en 2023. Il sait à quel point son pays est, économiquement, sous assistance respiratoire.

Toutefois, il y a différentes forces au sein de la communauté internationale et les militaires soudanais peuvent en jouer. Le pays peut compter sur ses alliés : l’Égypte, les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite.

Par Jeune Afrique avec Achraf Tijani

Guinée: des putschistes affirment avoir capturé le président Condé et contrôler Conakry

septembre 5, 2021
Guinee: des putschistes affirment avoir capture le president Conde et controler Conakry
Guinée: des putschistes affirment avoir capturé le président Condé et contrôler Conakry© AFP/CELLOU BINANI

Des officiers des forces spéciales guinéennes ont affirmé dimanche avoir capturé le président Alpha Condé, pris le contrôle de Conakry et « dissoudre » les institutions, lors d’un coup d’Etat qui pourrait sonner la retraite d’un vétéran de la politique africaine, mais condamné par la communauté internationale.

Aucun mort n’a été rapporté dimanche, malgré les crépitements intenses d’armes automatiques entendus dans la matinée dans la capitale de ce pays coutumier des confrontations politiques brutales. L’apparent épilogue de plus de dix années de régime Condé a donné lieu à des scènes de liesse dans différents quartiers de la capitale.

« Nous avons décidé après avoir pris le président, qui est actuellement avec nous (…) de dissoudre la Constitution en vigueur, de dissoudre les institutions », dont le gouvernement, a dit, dans une vidéo, le chef des forces spéciales, le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, au nom d’un « Comité national du rassemblement et du développement », au côté de putschistes en uniforme et en armes.

Il a également annoncé la fermeture des frontières terrestres et aériennes de ce pays d’Afrique de l’Ouest plongé depuis des mois dans une grave crise économique et politique.

Dénonçant la « gabegie », le lieutenant-colonel Doumbouya, enveloppé dans un drapeau guinéen, a promis d' »engager une concertation nationale pour ouvrir une transition inclusive et apaisée », dans une déclaration à la télévision nationale qui a brièvement interrompu ses programmes.

Les putschistes ont également diffusé une vidéo du président Condé entre leurs mains. Ils lui demandent s’il a été maltraité et Alpha Condé, en jeans et chemise froissée dans un canapé, refuse de leur répondre.

« Libération immédiate »

« On tient tout Conakry et on est avec toutes les forces de défense et de sécurité pour enfin mettre fin au mal guinéen », a déclaré à la télévision France 24 le lieutenant-colonel Doumbouya, personnalité très peu connue jusqu’alors.

Le ministère de la Défense a initialement affirmé que la garde présidentielle avaient repoussé les « insurgés » quand ils ont tenté de prendre le palais présidentiel. Mais les autorités en place jusqu’alors ont ensuite sombré dans le silence.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a « fermement » condamné dans un tweet « toute prise de pouvoir » en Guinée « par la force du fusil », appelant « à la libération immédiate du président Alpha Condé », 83 ans.

Le président en exercice de l’Union africaine (UA) Félix Tshisekedi et le président de la Commission de l’UA Moussa Faki Mahamat « condamnent toute prise de pouvoir par la force et demandent la libération immédiate du président Alpha Condé » et appellent à une réunion d’urgence de l’organisation.

Le président en exercice de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), le Ghanéen Nana Akufo-Addo, de son côté, « exige le respect de l’intégrité physique » du chef de l’Etat guinéen, sa libération immédiate et « le retour à l’ordre constitutionnel sous peine de sanctions ».

« Beaucoup de morts pour rien »

De nombreux habitants de Conakry, notamment dans les banlieues réputées favorables à l’opposition, sont descendus dans la rue pour acclamer les militaires des forces spéciales.

« Nous sommes fiers des forces spéciales, honte à la police, honte à la milice de l’ancien président Alpha Condé, mort aux tortionnaires et aux assassins de notre jeunesse », s’exclamait un manifestant voulant rester anonyme.

« Je ne pouvais pas imaginer qu’Alpha Condé allait quitter le pouvoir de mon vivant, tellement il m’a fait du tort », a confié Madiaou Sow, un chauffeur, « il a tué dans les manifestations ma soeur Mariama, mon neveu Bissiriou, mon cousin Alphadio ».

Il faisait référence à la répression sanglante des manifestations de l’opposition et de la mobilisation contre l’adoption par referendum en 2020 d’une nouvelle Constitution, dont M. Condé a tiré argument pour briguer et obtenir un troisième mandat.

« Nous allons réécrire une Constitution ensemble, cette fois-ci, toute la Guinée », a assuré le chef des putschistes, déplorant qu’il y ait eu « beaucoup de morts pour rien, beaucoup de blessés, beaucoup de larmes ».

Les principaux dirigeants de l’opposition, sollicités par l’AFP, n’ont pas souhaité s’exprimer.

Mais le Front national pour la défense de la Constitution (FNDC), coalition de mouvements politiques et de la société civile qui a mené la contestation contre un troisième mandat d’Alpha Condé, a pris acte de « l’arrestation du dictateur » et des déclarations des militaires sur la Constitution.

Tôt dans la matinée, des tirs nourris d’armes automatiques avaient retenti sur la presqu’île de Kaloum, centre névralgique de Conakry, où siègent la présidence, les institutions et les bureaux d’affaires.

« J’ai vu une colonne de véhicules militaires à bord desquels des soldats surexcités tiraient en l’air et entonnaient des slogans militaires », a déclaré à l’AFP une habitante du quartier de Tombo, proche du centre de la capitale.

Depuis des mois, le pays, parmi les plus pauvres du monde malgré des ressources minières et hydrologiques considérables, est en proie à une profonde crise politique et économique, aggravée par la pandémie de Covid-19.

M. Condé, ancien opposant historique, est devenu en 2010 le premier président démocratiquement élu en Guinée après des décennies de régimes autoritaires.

Des défenseurs des droits humains fustigent sa dérive autoritaire remettant en cause les acquis du début.

M. Condé se targue d’avoir fait avancer les droits humains et d’avoir redressé un pays qu’il dit avoir trouvé en ruines.

Par Le Point avec AFP

Gabon : quinze ans de prison pour les auteurs du putsch raté de janvier 2019

juillet 1, 2021
Une capture d’écran de la vidéo dans laquelle le lieutenant Kelly Ondo Obiang appelle à la mise en place d’un « Conseil national de restauration » au Gabon, le 7 janvier 2019.

Trois militaires impliqués dans la tentative de coup d’État contre le président Ali Bongo Ondimba, qui avait rapidement échoué en janvier 2019, ont été condamnés, jeudi 1er juillet, à quinze ans de prison au Gabon.

Le lieutenant Kelly Ondo Obiang, membre de la Garde républicaine (GR), l’unité d’élite et garde prétorienne du président, ainsi que deux autres militaires qui avaient brièvement appelé en direct sur la télévision d’État au « soulèvement populaire », ont écopé de quinze ans de réclusion criminelle. Le procureur avait requis la prison à vie. Cinq gendarmes et un civil, co-accusés, ont été acquittés.

Ce verdict, relativement clément au regard des réquisitions et des chefs d’accusations, a été rendu au milieu de la nuit par la Cour spéciale militaire de Libreville. « Mes clients sont heureux, ils ont fait le V de la victoire à l’audience, c’est un juste milieu », a déclaré à l’AFP un de leurs avocats, Jean-Pierre Moumbembé, qui a tout de même déposé un pourvoi en cassation.

« Soldat de base »

Tôt dans la matinée du 7 janvier 2019, un petit groupe de militaires avait fait irruption dans les locaux de la Radio Télévision gabonaise (RTG) pour diffuser un message sur les ondes de la radio d’État et annoncer la mise en place d’un « Conseil national de restauration » dont le but était de « sauver la démocratie, préserver l’intégrité du territoire national et la cohésion nationale ». Mais ils n’avaient été suivis par personne et la tentative de putsch, menée pendant la convalescence d’Ali Bongo Ondimba, avait rapidement tourné court.

Deux putschistes avaient été abattus par les forces de sécurité. Peu connu par la présidence avant de mener cette tentative de putsch, Ondo Obiang, décrit comme un « soldat de base » relativement discret, avait pour sa part été arrêté avec les deux autres militaires condamnés.

Par Jeune Afrique avec AFP

Coup d’État: Londres convoque l’ambassadeur de Birmanie

février 1, 2021

Des manifestants birmans se sont réunis à Katmandou ce lundi pour protester contre l’arrestation d’Aung San Suu Kyi, la dirigeante démocratiquement élue du pays. 

Londres a convoqué ce lundi l’ambassadeur birman au Royaume-Uni pour condamner le «coup d’État» et appeler à la «libération immédiate» de la cheffe de facto du gouvernement civil Aung San Suu Kyi et des civils arrêtés «illégalement», a annoncé la diplomatie britannique.

L’ambassadeur birman Kyaw Zwar Minn a été convoqué au ministère des Affaires étrangères et le secrétaire d’État britannique chargé de l’Asie, Nigel Adams, a «condamné le coup d’État militaire et l’emprisonnement illégal de civils, dont Aung San Suu Kyi», selon un porte-parole du ministère. Le secrétaire d’État a demandé des «assurances quant à la sécurité de tous ceux qui sont détenus et a appelé leur libération immédiate.

Birmanie : Biden appelle l’armée à rendre le pouvoir «immédiatement»

Le président américain Joe Biden a appelé lundi 1er février l’armée birmane, qui a mené un coup d’État et arrêté Aung San Suu Kyi, à rendre «immédiatement» le pouvoir, menaçant d’imposer des sanctions contre le pays.

«La communauté internationale doit parler d’une seule voix pour exiger de l’armée birmane qu’elle rende immédiatement le pouvoir», a indiqué Biden dans un communiqué. Le locataire de la Maison Blanche annonce par ailleurs un examen «immédiat» des sanctions qui ont été levées au cours de la décennie écoulée, menaçant de les remettre en place.

Le Conseil de sécurité de l’ONU tiendra une réunion d’urgence mardi matin sur la situation en Birmanie, indique un programme de travail de l’actuelle présidence britannique de cette instance, approuvé lundi 1er février par ses membres.

Cette réunion, par vidéoconférence, se tiendra à huis clos, précise le programme.

Par Le Figaro avec AFP

Centrafrique : le parti de Bozizé dément toute tentative de coup d’État

décembre 20, 2020
L’ancien chef de l’État centrafricain François Bozizé.

Le parti de l’ancien président centrafricain François Bozizé a démenti dimanche toute tentative de coup d’État, alors que le gouvernement l’accuse de vouloir mener un putsch, à une semaine des élections présidentielle et législatives.

« Nous démentons catégoriquement que Bozizé soit à l’origine de quoi que ce soit », a déclaré Christian Guenebem, le porte-parole du Kwa Na Kwa (KNK), le parti de François Bozizé. « Le gouvernement a toujours voulu porter atteinte à l’intégrité physique et politique de Bozizé », a-t-il poursuivi.

Après l’annonce samedi de l’alliance de trois groupes armés, le gouvernement du président Faustin-Archange Touadéra avait accusé François Bozizé de « tentative de coup d’État » avec l’« intention manifeste de marcher avec ses hommes sur la ville de Bangui ».

Vendredi, plusieurs groupes armés avaient fait mouvement ou s’étaient emparés de quelques villes sur les principaux axes de ravitaillement de Bangui, mais situés à des distances variant de 150 à 200 km de la capitale. La Mission de l’ONU en Centrafrique (Minusca), avec plus de 11 000 Casques bleus présents sur le territoire, avait indiqué samedi soir que la situation n’avait pas évolué sur le terrain depuis.

L’opposition pour « le report des élections »

François Bozizé faisait figure de principal concurrent au chef de l’État sortant Faustin-Archange Touadéra pour la présidentielle, dont le premier tour est prévu le 27 décembre, comme pour le scrutin législatif. Mais la Cour constitutionnelle a invalidé sa candidature, estimant qu’il était sous le coup de sanctions des Nations unies en raison de son soutien présumé à des groupes armés responsables de « crimes de guerre » et de « crimes contre l’Humanité ».À LIRE Présidentielle en Centrafrique : pourquoi Bozizé a décidé de soutenir Dologuélé

Alors que les tensions sont vives à l’approche des scrutins, la Coalition de l’opposition démocratique (COD-2020), dont Bozizé était le chef de file jusqu’à il y a peu, « exige le report des élections (…) jusqu’au rétablissement de la paix et de la sécurité » dans un communiqué publié dimanche. La COD-2020 regroupe les plus importants partis et mouvements de l’opposition au président Faustin-Archange Touadéra, grand favori du scrutin pour un second mandat.

En meeting électoral samedi à Bangui, le chef de l’État a de son côté déclaré que « l’autorité nationale des élections et la Cour constitutionnelle ont assuré que les élections vont se tenir dans les temps ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Le Canada condamne le coup d’État au Mali, déclare le ministre Champagne

août 19, 2020

Can

© Fournis par La Presse Canadienne

OTTAWA — Le ministre des Affaires étrangères, François-Philippe Champagne, a déclaré que le Canada condamne la junte qui a chassé le président malien du pouvoir cette semaine.

Un président en détresse, Ibrahim Boubacar Keita, a annoncé sa démission à la télévision après que des soldats armés ont tiré en l’air devant son domicile et l’ont placé en détention mardi.

Les soldats se faisant appeler le Comité national pour le salut du peuple ont promis de céder le pouvoir à un gouvernement civil de transition, mais ils n’ont annoncé aucun échéancier.

La condamnation du coup d’État a été forte, reflétant l’inquiétude internationale quant à l’instabilité au Mali et en Afrique de l’Ouest tandis que les attaques d’extrémistes islamiques sont nombreuses et que leurs conséquences économiques ont été parmi les moteurs de la migration illégale vers l’Europe.

Champagne a déclaré que le Canada, dont une poignée de militaires et de policiers travaillant avec l’ONU se trouvent toujours au Mali malgré la fin d’une mission de maintien de la paix d’un an en septembre dernier, a appelé les forces de sécurité maliennes à respecter la constitution et les droits de l’homme.

Il a également affirmé que tous les Canadiens au Mali qui ont besoin d’une aide consulaire d’urgence devraient contacter l’ambassade du Canada à Bamako ou appeler la ligne d’urgence d’Affaires mondiales Canada.

La Presse Canadienne— avec des informations de l’Associated Press