Posts Tagged ‘Cour suprême’

Kenya: Kenyatta accuse la Cour suprême de « coup d’État », la nouvelle élection finalement repoussée

septembre 21, 2017
Le Président Uhuru Kenyatta lors d’un meeting à Ongata Rongai, à quelques kilomètres de Nairobi, le 5 septembre 2017. © Ben Curtis/AP/SIPA

Le président Uhuru Kenyatta a accusé jeudi la Cour suprême d’avoir perpétré un « coup d’État » en invalidant sa réélection. Parallèlement à cette déclaration, la commission électorale, durement étrillée mercredi par la plus haute instance judiciaire du pays, a annoncé que la nouvelle élection, initialement prévue pour le 17 octobre, était repoussée au 26 octobre.

« Ici au Kenya nous avons écrit l’histoire, car un coup d’État a été mené par quatre personnes dans un tribunal », a déclaré ce jeudi 21 septembre Uhuru Kenyatta en référence au jugement rendu le 1er septembre par la Cour suprême, saisie par l’opposition, invalidant sa réélection lors du scrutin du 8 août.

Dans son intervention au palais présidentiel face à des dirigeants du nord du pays, il a estimé que le jugement de la Cour suprême a sapé la démocratie. Une décision qu’il a comparé aux coups d’État militaires menés dans d’autres pays du continent. « Le jugement de quelques personnes a réduit à néant les progrès réalisés au fil des ans », a-t-il ajouté.

Ces critiques virulentes surviennent au lendemain de la publication du jugement complet et détaillé de la Cour suprême, qui accable la Commission électorale pour sa gestion du scrutin. Elle lui reproche notamment d’avoir proclamé les résultats sur la foi de procès-verbaux à l’authenticité parfois « douteuse », et de ne pas avoir permis l’accès à ses serveurs informatiques pour vérifier des accusations de piratages informatiques.

La Cour suprême a précisé que ses reproches visent surtout la transmission des résultats et qu’elle n’a aucune raison de douter des opérations d’enregistrement des électeurs ou des opérations de vote le jour du scrutin, notamment. Elle a également rejeté une requête de l’opposition de poursuivre des responsables de l’IEBC, évoquant plutôt des « problèmes institutionnels systémiques ».

La nouvelle élection reportée au 26 octobre

Les attaques du camp présidentiel contre la Cour suprême ne faiblissent pas. Après l’annonce de la décision d’invalider sa réélection (54,27% des voix), Uhuru Kenyatta avait qualifié les juges d’ « escrocs » et promis de « régler » les problèmes existant selon lui dans le système judiciaire.

David Maraga, le président de la Cour suprême a dénoncé mardi les menaces formulées par des responsables politiques et leurs partisans à l’encontre de son institution. Il s’est également offusqué des manifestations » qui ont clairement pour but de d’intimider les juges ». Une centaine de partisans d’Uhuru Kenyatta s’étaient rassemblés mardi devant la Cour pour réclamer que leur favori puisse prêter serment pour un second mandat.

Alors que de nombreux doutes subsistaient sur la tenue de la nouvelle élections présidentielle le 17 octobre, la Commission électorale a annoncé jeudi qu’elle était finalement reportée au 26 octobre. L’institution a donné les raisons du report dans un communiqué : « Nous souhaitons informer le public (…) que la nouvelle élection présidentielle aura désormais lieu le jeudi 26 octobre afin que la Commission soit pleinement préparée à l’organisation d’une élection répondant aux standards définis par la Cour suprême. »

Jeuneafrique.com avec AFP

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Présidentielle kényane: le président de la Cour suprême dénonce les menaces visant son institution

septembre 20, 2017

Le président de la Cour suprême David Maraga le 1er septembre 2017. © Sayyid Abdul Azim/AP/SIPA

Trois semaines après l’invalidation de la présidentielle kényane par la Cour suprême, son président, David Maraga, a dénoncé mardi les menaces formulées par des responsables politiques et leurs partisans à l’encontre de son institution. Il s’apprête à publier ce mercredi son jugement complet sur le scrutin du 8 août.

« Des juges, particulièrement ceux de la Cour suprême (…) ont été attaqués, menacés et décrits de manière négative sur les réseaux sociaux », a déclaré à la presse David Maraga. Le président de la Cour suprême s’est également offusqué des manifestations, qui « ont clairement pour but d’intimider les juges ».

Une allusion aux centaines de partisans du président sortant, Uhuru Kenyatta, rassemblés mardi devant la Cour suprême, qui réclamaient que leur favori puisse prêter serment pour un second mandat. Ils ont été dispersés par la police anti-émeute à l’aide de gaz lacrymogène. Ailleurs dans le pays, notamment à Nakuru (centre), des manifestants ont bloqué des routes.

Les déclarations de David Maraga interviennent la veille de la publication très attendue du jugement complet de la Cour suprême. Celle-ci doit expliquer en détails la décision prise le 1er septembre d’invalider l’élection du 8 août, et notamment préciser les « irrégularités » qui auraient entaché la transmission des résultats.

Les juges ? Des « escrocs », selon Kenyatta

Cette décision sans précédent sur le continent africain avait été saluée par l’opposant Raila Odinga, à l’origine de la saisine de la Cour suprême, et de nombreux observateurs. De son côté, Uhuru Kenyatta n’a pas mâché ses mots, en qualifiant les juges « d’escrocs ». Il a notamment promis de « régler » les problèmes existants selon lui dans le système judiciaire.

Il avait ensuite semblé vouloir faire machine arrière, expliquant avoir parlé sous le coup de la colère. Ce que les commentateurs avaient interprété comme un moyen de ne pas froisser la communauté Kisii, à laquelle appartient David Maraga, avant de nouvelles élections.

Des doutes sur l’échéance du 17 octobre

Les médias locaux ont pour leur part rapporté plusieurs manœuvres de députés de son parti en vue de limiter à l’avenir les pouvoirs de la Cour suprême.

La Commission électorale, dont la gestion du scrutin du 8 août a été vivement critiquée, a fixé la nouvelle élection au 17 octobre. Mais de nombreux doutes subsistent quant à sa capacité à se tenir à cette échéance. Des incertitudes renforcées par les déclarations de la société française OT Morpho, en charge de la fourniture du système électronique de transmission des résultats et des équipements de reconnaissance biométrique des électeurs, qui a assuré ne pas pouvoir être prête d’ici au 17 octobre.

Jeuneafrque.com avec AFP

Afrique du Sud: l’avenir de Jacob Zuma s’obscurcit

septembre 14, 2017

L’avocat de Jacob Zuma, Kemp J. Kemp, à la Cour suprême d’appel de Bloemfontein en Afrique du Sud, le 14 septembre 2017 / © AFP / MUJAHID SAFODIEN

Les avocats de Jacob Zuma et le parquet sud-africain ont renoncé jeudi à réclamer l’abandon de poursuites pour corruption engagées contre le président, nouveau coup de théâtre dans une affaire qui tient le pays en haleine depuis une dizaine d’années.

A la surprise générale, les représentants de ces deux parties ont convenu à la barre de la Cour suprême d’appel de Bloemfontein (centre) que la décision judiciaire antérieure d’abandonner les charges qui pèsent sur le chef de l’Etat était « irrationnelle ».

Le parquet et M. Zuma faisaient appel devant cette instance de la décision d’un tribunal de Pretoria qui, en 2016, avait ordonné le rétablissement de 783 chefs d’inculpation pour corruption, fraude fiscale et extorsion de fonds contre M. Zuma.

La Cour suprême d’appel a mis jeudi sa décision en délibéré à une date qui n’a pas été précisée.

Une éventuelle décision ordonnant de rétablir les poursuites contre l’actuel chef de l’Etat ouvrirait la possibilité d’un procès.

M. Zuma est accusé, alors qu’il était vice-président, d’avoir touché des pots-de-vin pour un contrat d’armement d’un montant de 4,2 milliards d’euros signé en 1999 par l’Afrique du Sud avec plusieurs firmes européennes, dont la française Thales.

Il avait alors été formellement inculpé, mais ces poursuites avaient été abandonnées en 2009 au motif qu’elles avaient été, selon le parquet général, motivées politiquement.

M. Zuma était alors engagé dans une furieuse bataille politique avec le président de l’époque, Thabo Mbeki.

Limogé de son poste de vice-président en 2005 à cause de son inculpation, M. Zuma avait ensuite pris sa revanche en prenant la direction du Congrès national africain (ANC, au pouvoir) en 2007 puis en écartant M. Mbeki de la tête du pays un an plus tard.

Depuis, le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique (DA), essaie par tous les moyens de faire rétablir les charges qui pèsent sur M. Zuma.

La DA a enfin obtenu satisfaction en 2016, lorsqu’un tribunal de Pretoria a ordonné leur rétablissement.

Face à une Cour de Bloemfontein très sceptique, le parquet général et les défenseurs de M. Zuma ont rapidement renoncé jeudi à faire accepter leurs arguments sur les motivations « politiques » de l’inculpation de l’actuel chef de l’Etat.

– ‘Décision irrationnelle’ –

A un juge qui lui demandait s’il défendait l’abandon des poursuites, l’avocat du président Zuma, Kemp J. Kemp a répondu de guerre lasse: « non, je ne le défends pas ».

« En d’autres termes, ils (les procureurs qui ont prononcé un non-lieu) ont pris une décision irrationnelle ? », a alors insisté le juge Azhar Cachalia, reprenant mot pour mot l’argumentation du tribunal de Pretoria l’an dernier.

« Je pense que oui », a lâché M. Kemp.

Cette volte-face a ravi l’opposition. « Cela ouvre inévitablement la porte à un procès contre le président », s’est réjoui à l’issue de l’audience un député de la DA, James Selfe.

« Nous sommes évidemment très contents de la tournure que cette affaire est en train de prendre, mais en même temps franchement agacés qu’il ait fallu huit ans et demi de batailles juridiques dans plusieurs tribunaux de ce pays pour en arriver là », a ajouté le député devant la presse, « ce n’était absolument pas nécessaire ».

L’opposition a multiplié ces derniers mois, en vain, les motions de défiance devant le Parlement et les plaintes en justice pour précipiter la chute du président, dont le deuxième et dernier mandat doit s’achever en 2019.

M. Zuma est mis en cause dans une série de scandales politico-financiers qui provoquent des tensions au sein-même de l’ANC au pouvoir, qui doit choisir son futur dirigeant en décembre.

Si la Cour suprême d’appel rend une décision défavorable à M. Zuma avant la conférence élective de l’ANC, elle pourrait peser sur la course à la succession, estiment les analystes.

M. Zuma soutient son ex-épouse Nkosazana Dlamini-Zuma avec l’objectif, disent ses détracteurs, qu’elle lui assure ainsi une protection judiciaire.

« Je ne pense pas » qu’une décision de justice défavorable « soit bienvenue pour le président ou ses partisans au sein de l’ANC », en amont de la conférence du parti, a commenté M. Selfe.

Le parquet et le président peuvent encore faire appel de la décision de la Cour de Bloemfontein devant la Cour constitutionnelle.

Romandie.com avec(©AFP / 14 septembre 2017 17h36)

Le président kenyan tance la justice après l’annulation de sa réélection

septembre 2, 2017

Le président kényan Uhuru Kenyatta s’adresse à une foule de partisans le 1er septembre 2017, peu après l’annonce par la Cour suprême de l’annulation de sa réélection lors de la présidentielle du 8 août. La Cour suprême a ordonné la tenue d’un nouveau scrutin d’ici le 31 octobre. / © AFP / TONY KARUMBA

Le président kényan Uhuru Kenyatta a vertement critiqué samedi la Cour suprême, au lendemain de l’annulation historique de sa réélection, et exclu tout remaniement en profondeur de la controversée Commission électorale, chargée d’organiser le nouveau scrutin d’ici le 31 octobre.

Les juges de la Cour suprême ont « décidé qu’ils avaient plus de pouvoirs que plus de 15 millions de Kényans qui ont fait la queue pour voter ». « Cela ne peut pas durer, et nous nous pencherons sur ce problème, après les élections. Il y a un problème et nous devons le régler », a mis en garde M. Kenyatta, 55 ans, s’adressant à des représentants de son parti réunis au palais présidentiel.

« Je pense que la robe qu’ils portent les conduit à penser qu’ils sont plus intelligents que le reste des Kényans », a-t-il poursuivi.

M. Kenyatta a une nouvelle fois appelé à la paix samedi, mais le bâtonnier de l’Ordre des avocats du Kenya, Isaac Okero, a pour sa part qualifié ces nouvelles déclarations de « menaçantes » et donc « inappropriées ».

Le président a par ailleurs exclu tout remaniement en profondeur de la Commission électorale (IEBC), épinglée par la Cour suprême pour sa gestion des élections et dans laquelle l’opposition a dit avoir perdu toute confiance. « La Cour s’est prononcée, nous l’avons accepté. A présent, que l’IEBC fasse son boulot, qu’elle annonce la date de l’élection, et Raila (Odinga), rendez-vous aux urnes! ».

Une douce euphorie régnait jusque-là au Kenya depuis l’annulation vendredi de l’élection du 8 août par la Cour suprême, qui a décelé des « irrégularités » dans la transmission des résultats ayant selon elle compromis l’intégrité du scrutin, une première en Afrique.

Dès vendredi après-midi, le « courage » de la Cour suprême a été salué par de nombreux analystes politiques comme un exemple pour un continent traversé de nombreuses crises électorales, et comme preuve de la « maturation » démocratique du pays. Les partisans de l’opposition étaient en liesse, désormais assurés que la justice n’est pas invariablement contre eux, sous le regard de forces de l’ordre opérant avec retenue.

Un « grand jour » pour le pays, a abondé samedi la presse kényane, d’autant que le président Kenyatta annonçait dans la foulée respecter le jugement et appelait à la paix, malgré un profond désaccord exprimé avec la décision. Le contraste était grand avec les manifestations et émeutes violemment réprimées (au moins 21 morts) qui avaient suivi la proclamation de la victoire de M. Kenyatta avec 54,27% des voix.

Mais les déclarations du président samedi ont donné le ton d’une campagne qui s’annonce de nouveau acrimonieuse et d’une bataille féroce autour de la commission électorale.

– ‘Erreurs humaines’ –

Candidat malheureux en 1997, 2007 et 2013, M. Odinga, 72 ans, avait dans un premier temps exclu un recours en justice, avant de s’y résoudre face aux pressions de certains poids lourds de sa coalition et de la communauté internationale. Il a finalement obtenu gain de cause, et appelé au départ des dirigeants de l’IEBC.

Devant les juges, les avocats de l’opposition ont pointé du doigt des procès-verbaux de bureaux de vote et circonscriptions, les seuls à faire légalement foi, non signés ou ne présentant pas les signes d’authentification prévus par l’IEBC. Cette dernière avait elle reconnu quelques « erreurs humaines commises par inadvertance », mais les considérait comme marginales.

De nombreuses questions restent toutefois en suspens. Le jugement complet de la Cour suprême, censé détailler ce qu’elle reproche à l’IEBC, doit être publié d’ici au 22 septembre. Le président de l’IEBC, Wafula Chebukati, s’était défendu vendredi d’avoir commis la moindre faute, mais il n’était pas parvenu à apaiser les critiques.

« Les institutions chargées de gérer (les élections, NDLR) se sont pathétiquement montrées incapables d’exécuter leur mandat », a tancé samedi le Daily Nation dans son éditorial. « Il est difficile d’imaginer comment (l’IEBC) va conduire les élections durant les 60 prochains jours », le délai prévu par la Constitution.

Le Kenya a une longue histoire d’élections contestées. En 2007-2008, M. Odinga avait rejeté la victoire de Mwai Kibaki et le pays avait plongé dans les pires violences politico-ethniques depuis son indépendance en 1963 (plus de 1.100 morts et 600.000 déplacés).

En 2013, la Cour suprême – alors dans une autre composition – avait été critiquée pour la manière dont elle avait débouté M. Odinga, en usant d’une jurisprudence discutable et en multipliant les arguties procédurales.

A l’approche d’un nouveau scrutin présidentiel qui doit être organisé dans un laps de temps très réduit, le quotidien The Standard concluait samedi: « ce dont le Kenya a le plus besoin en ce moment, c’est d’une élection légale, juste et transparente ».

Romandie.com avec(©AFP / 02 septembre 2017 16h51)                

Le Kenya entre louanges et incertitudes après l’annulation de la présidentielle

septembre 2, 2017

Les juges de la Cour Suprême kényane qui ont rendu vendredi 1er septembre 2017 à Nairobi leur jugement annulant pour irrégularités la présidentielle du 8 août et ordonnant l’organisation d’un nouveau scrutin d’ici le 31 octobre. / © AFP / SIMON MAINA

La justice kényane était saluée samedi pour l’annulation de la présidentielle du 8 août, première africaine démontrant la « maturation » de la démocratie kényane, sur fond d’interrogations quant à la capacité de la controversée Commission électorale à organiser la nouvelle élection, d’ici au 31 octobre.

Entre le « courage » de la Cour suprême, l’acceptation du verdict par toutes les parties, la liesse de partisans de l’opposition désormais assurés que la justice n’est pas invariablement contre eux, et la retenue des forces de l’ordre, le 1er septembre 2017 a été un « grand jour » pour le Kenya, s’accordent les observateurs.

« Les ramifications et implications de l’annulation de la présidentielle du 8 août vont être ressenties pendant des années au Kenya et à travers le continent », traversé de nombreuses crises électorales, s’est félicité le quotidien The Star dans son éditorial. « C’est un grand jour pour le Kenya, cela établit un précédent pour l’Afrique ».

Saisie par l’opposant Raila Odinga, la Cour suprême a relevé vendredi des « irrégularités » dans la transmission des résultats, et invalidé la victoire du président sortant Uhuru Kenyatta (54,27% des voix), dont l’annonce s’était accompagnée de manifestations et d’émeutes violemment réprimées par la police, faisant au moins 21 morts.

Candidat malheureux en 1997, 2007 et 2013, M. Odinga, 72 ans, a salué un jugement « historique », tandis que son rival Uhuru Kenyatta, 55 ans, a dit respecter la décision malgré son « désaccord » avec cette dernière.

La Cour suprême jouait vendredi une partie de sa crédibilité: en 2013, dans une autre composition, elle avait été critiquée pour la manière dont elle avait débouté M. Odinga, en usant d’une jurisprudence discutable et en multipliant les arguties procédurales.

Ce précédent en tête, M. Odinga avait dans un premier temps exclu un recours en justice, avant de s’y résoudre face aux pressions de certains poids lourds de sa coalition et de la communauté internationale.

– ‘Institutions indépendantes’ –

Pour le quotidien Daily Nation, l’annulation du scrutin est la preuve « de la suprématie de l’Etat de droit et de la maturation de notre démocratie ».

Car le Kenya a une longue histoire d’élections contestées. En 2007-2008, M. Odinga avait rejeté la victoire de Mwai Kibaki et le pays avait plongé dans les pires violences post-électorales de son histoire (plus de 1.100 morts et 600.000 déplacés).

« Les Kényans se sont battus pendant des décennies pour institutionnaliser l’Etat de droit. Nous avons combattu, nous avons versé du sang, perdu des vies et des biens à la recherche de l’ordre constitutionnel », a souligné le Daily Nation, évoquant un « désir d’établir des institutions indépendantes qui se contrôlent les unes les autres ».

Devant la Cour suprême, les avocats de l’opposition avaient pointé du doigt des procès-verbaux de bureaux de vote et circonscriptions, les seuls à faire légalement foi, non signés ou ne présentant pas les signes d’authentification prévus par l’IEBC. Cette dernière avait elle reconnu quelques « erreurs humaines commises par inadvertance », mais les considérait comme marginales.

– Voyage difficile –

La presse kényane a toutefois rappelé samedi que de nombreuses questions restent en suspens. Le jugement complet de la Cour suprême, qui doit détailler ce qu’elle reproche à l’IEBC, doit être publié d’ici au 22 septembre.

Vendredi, Raila Odinga a déclaré avoir perdu toute confiance en l’IEBC et exigé le départ de ses dirigeants. Le président de l’IEBC, Wafula Chebukati, s’est lui dédouané d’avoir commis la moindre faute, ainsi que les six commissaires qui le secondent.

Mais M. Chebukati n’est pas parvenu à apaiser les critiques adressées à l’IEBC. « Les institutions chargées de gérer (les élections, NDLR) se sont pathétiquement montrées incapables d’exécuter leur mandat », a tancé samedi le Daily Nation. « Il est difficile d’imaginer comment (l’IEBC) va conduire les élections durant les 60 prochains jours », le délai prévu par la Constitution.

Selon le quotidien The Standard, l’IEBC « doit faire le ménage » en son sein: « Ce dont le Kenya a le plus besoin en ce moment, c’est une élection légale, juste et transparente ».

Jouant sur l’euphorie ambiante, le quotidien a cependant conclu avec humour, publiant un dessin de presse représentant le président de la Cour suprême debout sur un globe terrestre. Une voix non identifiée s’élève alors de l’autre côté de la planète: « Le Kenia? (sic) Je pensais qu’ils ne pouvaient faire parler d’eux qu’en athlétisme ».

Romandie.com avec(©AFP / 02 septembre 2017 12h50)

Kenya: les analystes saluent une décision historique

septembre 1, 2017

Des soutiens du candidat de l’opposition, Raila Odinga, se réjouissent de l’annulation del’élection présidentielle par la Cour Suprême, à Nairobi le 1er septembre 2017 / © AFP / TONY KARUMBA

La décision de la Cour suprême du Kenya d’annuler l’élection présidentielle du 8 août a été saluée pour son « courage » et le précédent qu’elle établit pour l’Afrique, mais sa portée, estiment les analystes, dépendra beaucoup de l’attitude des dirigeants kényans et de la crédibilité du nouveau scrutin.

– Une décision « historique » –

La proclamation de la victoire du président sortant Uhuru Kenyatta par la Commission électorale (IEBC) a été déclarée « invalide et nulle » vendredi par la Cour suprême, qui a évoqué des « irrégularités » dans la transmission des résultats après avoir été saisie par le candidat d’opposition Raila Odinga.

« C’est une décision historique, une première en Afrique », continent traversé de crises électorales plus ou moins violentes, estime Murithi Mutiga, du centre d’analyse International Crisis Group, rappelant que M. Odinga avait été débouté par cette même Cour suprême – alors composée d’autres juges – en 2013.

« Cela veut dire que le Kenya, une des sociétés les plus ouvertes d’Afrique, gagne en maturité démocratique. Cela veut aussi dire que, désormais, l’opposition peut se tourner vers la justice et partir du principe qu’elle sera équitable », ajoute-t-il.

Pour Nic Cheeseman, professeur de politique africaine à l’université de Birmingham, beaucoup d’observateurs s’attendaient à une décision « conservatrice » basée sur la décision de 2013, alors vilipendée pour son recours à une jurisprudence discutable et ses nombreuses arguties procédurales.

Pour Amnesty International, cette décision prise dans un pays où les accusations de fraudes électorales accompagnent chaque scrutin « démontre l’indépendance du système judiciaire kényan et montre l’exemple au reste du monde ».

Le jugement « renforce la constitution » progressiste adoptée en 2010, mais « va aussi soulever de nombreuses questions au sujet des observateurs électoraux étrangers, qui avaient massivement salué la bonne tenue du jour du scrutin », relève par ailleurs un diplomate africain, sous couvert de l’anonymat.

– Plongeon dans l’inconnu –

Quelles sont exactement les « irrégularités et illégalités » évoquées par la Cour suprême? Etaient-elles délibérées? Relèvent-elles de problèmes structurels au sein de l’IEBC? La Cour suprême ne s’est pour l’heure pas prononcée sur le sujet: elle n’a rendu vendredi qu’un très bref résumé de sa décision.

Le jugement complet, dont on ne sait même pas s’il abordera toutes ces questions, doit être publié d’ici 21 jours. « Les juges viennent de rendre une des décisions les plus importantes de l’histoire du Kenya, mais nous devrons attendre 21 jours pour connaître ses motivations », note M. Cheeseman.

Et le Kenya, face à une décision inédite, va dès lors avancer à l’aveugle au moins pendant cette période, regrettent les analystes, car les précisions de la Cour suprême influenceront inévitablement la préparation du scrutin ainsi que l’identité de ceux qui s’en chargeront.

« Une des raisons pour lesquelles l’élection du 8 août n’a pas été bien menée est que l’IEBC a eu peu de temps pour l’organiser », soutient M. Cheeseman, rappelant que les nouveaux commissaires de l’IEBC avaient été nommés sept mois avant le scrutin à la suite de manifestations de l’opposition. « Et maintenant, il y aura encore moins de temps ».

Quant au diplomate africain, il s’attend à ce que les candidats malheureux aux autres élections organisées le 8 août – gouverneurs, députés, sénateurs, etc – se tournent désormais en masse vers la justice, espérant eux aussi obtenir gain de cause.

– Ne pas tout gâcher –

« Beaucoup de gens vont être nerveux. Le Kenya sort d’une élection difficile et controversée, et cette décision plonge le pays dans une nouvelle campagne électorale qui va commencer presque immédiatement », souligne M. Cheeseman. « Mais le résultat de la prochaine élection pourrait également être controversé, et l’élection pourrait être aussi tendue que celle que nous venons de voir ».

A cet égard, « la réaction des leaders politiques sera cruciale dans les deux mois à venir », estime Murithi Mutiga. « Ils doivent montrer de la maturité, et s’assurer qu’ils ne gâchent pas ce que j’estime être une étape extrêmement importante pour la démocratie au Kenya ».

M. Muthiga soutient toutefois qu' »il va être difficile de montrer de la retenue dans cet environnement extrêmement polarisé », les profondes fractures ethniques, économiques et politiques traversant le Kenya ayant une nouvelle fois été exacerbées avant, pendant et après l’exercice démocratique.

L’ONG Amnesty International a elle appelé la police à la « retenue » face aux célébrations et protestations à la suite du jugement. Les forces de l’ordre avaient été critiquées pour la répression des manifestations ayant suivi la proclamation de la victoire de M. Kenyatta, faisant au moins 21 morts.

Romandie.com avec(©AFP / 01 septembre 2017 18h03)                

Kenya: une foule d’opposants en liesse célèbre « le visage de la justice »

septembre 1, 2017

Des sympathisants de Raila Odinga célèbrent la décision de la Cour Suprême d’annuler l’élection du 8 août à Nairobi au Kenya , le 1er septembre 2017 / © AFP / YASUYOSHI CHIBA

« Baba! Baba!: des Kényans scandent le surnom du chef de l’opposition kényane Raila Odinga, tout en dansant et brandissant des affiches électorales avec l’une des photos de leur candidat, quelques moments après la décision de la Cour Suprême d’annuler la présidentielle du 8 août.

Debout à l’arrière d’une moto, un homme portant un costume de gorille, mobilise la foule en klaxonnant dans le bidonville de Kibera à Nairobi, l’un des bastions de l’opposition acquise à Odinga.

Dansant et chantant, une nuée de sympathisants d’Odinga converge vers ce centre névralgique de l’opposition, où des violences meurtrières avaient éclaté après l’annonce de la victoire du président sortant Uhuru Kenyatta à l’élection du 8 août, que l’opposition estimait entachée de multiples irrégularités.

Vendredi, dans ce même bidonville de misère criante, des sympathisants d’Odinga brandissent des branches d’arbres et célèbrent la décision de la Cour Suprême, saisie par Odinga, et qui a ordonné en raisons d’irrégularités une nouvelle élection présidentielle dans un délai de 60 jours.

Mais dans ce paysage de pauvreté, l’homme du moment n’est pas tant Odinga que David Maraga, un homme qui affiche souvent une expression amusée, et qui est le juge président de la Cour Suprême kényane.

– ‘Le visage de la justice

« C’est un héros africain »!, lance Joseph Omullo, un jeune diplômé de 25 ans au chômage, écrasé par la foule et qui hurle pour se faire entendre. « Le chef de la justice est exemplaire! Tous ce que nous voulons c’est que le justice soit rendue ».

A proximité, une femme âgée esquisse des mouvements de danse, tout en tenant sur sa tête un journal vieux de cinq jours, avec une photo de Maraga en Une. « C’est la première fois que nous voyons le visage de la justice au Kenya » », crie un Kényan.

Esther Osimbo, âgée de 33 ans, mariée à un pêcheur, se fraye un chemin tant bien que mal vers le coeur de la foule : « C’est historique. Maraga est un grand, grand homme », dit-elle, notant avec une pointe de regret qu’il soit déjà marié.

C’est la première fois en Afrique que la Cour Suprême annule le résultat d’une élection présidentielle, selon l’opposition kényane. La décision, aussi dramatique qu’inattendue, a été rendue à la majorité, deux juges sur un total de sept – dont un absent pour cause de maladie – ayant exprimé des opinions différentes.

Au Kenya, cette décision a surpris de nombreuses personnes estimant que la justice est inféodée à la présidence.

« Dans le monde entier, tous les yeux étaient tournés vers cette Cour Suprême et le juge a pris la bonne décision », déclare Frederick Oyieng, un gardien de nuit âgé de 36 ans.

« C’était une surprise (…) il était temps que la justice soit rendue », lance Donna Abongo, âgée de 39 ans. « Félicitations aux juges! ».

Des scènes semblables étaient visibles dans d’autres quartiers à Nairobi tout comme à Kisumu, l’autre grand bastion de l’opposition dans l’ouest du pays, au bord du lac Victorioa, où des Kényans arpentaient les rues en brandissant des branches et en criant « Uhuru doit partir ».

« Ils ont volé les élections depuis si longtemps », déclare Lynette Akello, une vendeuse de poissons faisant allusion au fait qu’Odinga se soit déclaré convaincu que la victoire à la présidentielle lui a été volée par trois fois. « C’est la justice pour Baba! ».

Romandie.com avec(©AFP / 01 septembre 2017 16h41)

Coup de tonnerre au Kenya avec l’annulation de la présidentielle

septembre 1, 2017

Les juges de la Cour suprême du Kenya ordonnent la tenue d’un nouveau scrutin présidentiel, le 1er septembre 201 à Nairobi / © AFP / SIMON MAINA

La Cour suprême kényane a pris vendredi une décision à la portée historique en invalidant pour « irrégularités » le résultat de l’élection présidentielle du 8 août, qui avait donné le sortant Uhuru Kenyatta vainqueur, et en ordonnant qu’un nouveau scrutin soit organisé dans les deux mois.

« A la question de savoir si les illégalités et irrégularités ont affecté l’intégrité de l’élection, la Cour est d’avis que c’est le cas », a déclaré le président de la Cour, David Maraga.

L’élection présidentielle « n’a pas été conduite en accord avec la Constitution » et le résultat est donc « invalide et nul », a-t-il ajouté, en ordonnant à la Commission électorale (IEBC) d’organiser un nouveau scrutin dans un délai de 60 jours, conformément à la Constitution.

C’est la première fois en Afrique qu’un tribunal suprême annule le résultat d’une élection présidentielle, selon l’opposition kényane. La décision, aussi dramatique qu’inattendue, a été rendue à la majorité, deux juges sur un total de sept – dont un absent pour cause de maladie – ayant exprimé des opinions dissidentes.

Dès l’annonce de la décision, les cris de joie des partisans de l’opposition ont retenti aux alentours de la Cour suprême, dans le centre de la capitale Nairobi, où un important dispositif policier avait été déployé, ainsi qu’à Mathare, l’un des bidonvilles de Nairobi, acquis à l’opposition.

La coalition d’opposition Nasa a immédiatement salué une « décision historique ». Le candidat de l’opposition à la présidentielle Raila Odinga a aussitôt mis la pression sur la Commission électorale en affirmant n’avoir « aucune confiance » dans sa capacité à conduire une nouvelle élection.

Le président de la Cour suprême a directement mis en cause l’IEBC, en affirmant qu’elle avait « échoué, négligé ou refusé » de conduire les élections en accord avec la Constitution, évoquant des irrégularités dans la transmission des résultats.

– Crédibilité de la Cour –

M. Kenyatta, 55 ans, élu pour la première fois en 2013, avait été proclamé vainqueur par l’IEBC le 11 août, avec 54,27% des voix contre 44,74% à l’opposant historique M. Odinga, 72 ans, déjà battu en 1997, 2007 et 2013.

Dès le lendemain du scrutin, l’opposition avait dénoncé des fraudes et s’était résolue le 18 août à saisir la Cour suprême. Celle-ci jouait là une partie de sa crédibilité.

En 2013, déjà saisie par M. Odinga, elle avait été critiquée pour la manière dont elle l’avait débouté, en usant d’une jurisprudence discutable et en multipliant les arguties procédurales.

Ce précédent avait incité M. Odinga à rejeter l’idée d’un recours en justice dans un premier temps. Avant que les pressions de certains poids lourds de sa coalition et de la communauté internationale le poussent à s’y ranger.

L’annonce de la victoire de M. Kenyatta s’était accompagnée de manifestations et d’émeutes violemment réprimées par la police, dans lesquelles au moins 21 personnes, dont un bébé et une fillette de neuf ans, avaient été tuées.

Mais dans un pays toujours traumatisé par le souvenir des violences post-électorales de 2007-2008 (plus de 1.100 morts), ces incidents étaient restés circonscrits aux bastions de l’opposition, dans les bidonvilles de Nairobi et dans l’Ouest.

– Des ‘erreurs délibérées’ –

Devant la Cour suprême, les avocats de l’opposition avaient argué que le scrutin présidentiel avait été « si mal conduit et entaché de tellement d’irrégularités qu’il importe peu de savoir qui a gagné ou qui a été déclaré vainqueur ».

Ils avaient estimé que le processus de compilation et de vérification des résultats avait été marqué par des erreurs et incohérences « délibérées et calculées », destinées à gonfler le nombre de voix de M. Kenyatta et diminuer celui de M. Odinga.

Ils avaient notamment reproché à l’IEBC d’avoir trop tardé à publier de nombreux procès-verbaux de bureaux de vote et circonscriptions, les seuls à faire légalement foi. Ce laps de temps avait pu, selon eux, permettre leur falsification.

L’opposition avait obtenu d’accéder à certains documents originaux de l’IEBC, dont les procès-verbaux, ses serveurs informatiques et les données GPS des kits de reconnaissance biométrique des électeurs.

Cela avait permis à ses avocats de pointer du doigt des procès-verbaux non signés ou d’autres ne présentant pas les signes d’authentification prévus par l’IEBC, autant d’irrégularités portant selon eux sur plus de 5 millions de votes.

L’IEBC avait reconnu avoir décelé quelques « erreurs humaines commises par inadvertance ». Mais elle avait assuré les avoir corrigées et les considérait comme trop marginales pour avoir influé sur le résultat global. Elle avait appelé la Cour à ne pas remettre en cause la souveraineté du peuple.

Les avocats de M. Kenyatta avaient eux estimé que le large écart de voix entre le président et son rival (plus de 1,4 million de voix), et les gains significatifs obtenus par le parti au pouvoir Jubilee lors des élections des gouverneurs, sénateurs et députés, le même jour, ne laissaient planer aucun doute sur sa victoire.

Romandie.com avec(©AFP / 01 septembre 2017 13h44)

Kenya: L’opposition à la Cour suprême pour obtenir l’annulation de la présidentielle

août 18, 2017

Des militants pro-Odinga manifestent devant la Cour Suprême à Nairobi, le 18 août 2017 au Kenya / © AFP / SIMON MAINA

La coalition du leader de l’opposition au Kenya, Raila Odinga, a saisi vendredi la Cour suprême pour contester les résultats de l’élection présidentielle du 8 août, qu’elle estime entachée de nombreuses fraudes.

Le 11 août, le président sortant Uhuru Kenyatta avait été déclaré vainqueur avec 54,27% des voix contre son adversaire Raila Odinga, (44,74%), une annonce qui avait déclenché des manifestations implacablement réprimées par la police dans plusieurs bastions de l’opposition – bidonvilles de Nairobi et ouest du pays. Au moins 17 personnes sont mortes et 177 blessées.

Pour l’opposition, le scrutin présidentiel a été « si mal conduit et entaché de tellement d’irrégularités flagrantes qu’il importe peu de savoir qui a gagné ou qui a été déclaré vainqueur », selon un communiqué publié vendredi soir.

Devant les caméras des principales chaînes de télévision du pays, une équipe d’avocats de l’opposition, ensuite rejointe par M. Odinga et son colistier, a déposé une requête de quelque 9.000 pages au greffe de la Cour suprême, moins de deux heures avant l’expiration du délai légal.

La Cour suprême du Kenya, composée de sept juges, dispose de 14 jours pour rendre son arrêt, qui est définitif. Le premier examen au fond du dossier n’interviendra pas avant six jours au minimum. Le parti au pouvoir, Jubilee, ainsi que la commission électorale (IEBC) ont la possibilité d’ici là de déposer des contre-arguments.

Soit la cour valide l’élection et M. Kenyatta, 55 ans, sera investi une semaine plus tard pour un second mandat de cinq ans à la tête de l’économie la plus dynamique d’Afrique de l’Est.

Soit elle annule le scrutin, et la commission électorale disposera de 60 jours pour organiser une nouvelle élection présidentielle.

Dans un communiqué diffusé vendredi soir, la coalition de M. Odinga (Nasa) a passé en revue les principales irrégularités qu’elle a, selon elle, détectées, notamment un piratage du système électronique de l’IEBC, des bureaux de vote non officiellement enregistrés et des écarts de participation entre la présidentielle et les autres scrutins conduits le même jour (législatives, sénatoriales, etc.)

– ‘Que justice soit faite’ –

« Tout le processus de compilation, de transmission, de vérification et de confirmation des résultats a été fondamentalement défectueux au point qu’on ne peut en aucun cas parler de résultats reflétant la réalité », a déclaré la Nasa dans son communiqué.

« Cette requête vise à demander à la Cour et par extension au peuple kényan d’annuler l’exercice dans son ensemble (…) afin d’ouvrir la voie à de nouvelles élections légitimes », a-t-elle conclu.

A l’extérieur de la Cour suprême, dans le centre-ville de Nairobi, quelque 200 partisans de l’opposition ont patienté une bonne partie de la journée pour apercevoir leur champion.

« Nous voulons que la Cour suprême annonce que Raila Odinga est le vainqueur de l’élection », a déclaré Victor Yugi à l’AFP.

« C’est pour la Cour suprême la dernière chance de nous rendre justice. C’est la troisième fois qu’on nous vole l’élection, nous voulons tout simplement que justice soit faite », a déclaré le jeune homme de 35 ans, brandissant une pancarte proclamant: « La justice sera notre bouclier et défenseur ».

Déjà trois fois candidat malheureux à la présidentielle (1997, 2007 et 2013), M. Odinga, 72 ans, avait saisi la Cour suprême lors du scrutin de 2013, en vain. Ce précédent avait d’abord incité sa coalition à rejeter un nouveau recours en justice avant de finalement s’y résoudre mercredi.

Soulignant que la Constitution de 2010, dont il fut l’un des principaux artisans, protégeait le droit de manifester, de faire grève et de recourir à la désobéissance civile, M. Odinga a également appelé à diverses formes de manifestations pacifiques dans les jours et semaines à venir.

Dès le lendemain de l’élection, Nasa a multiplié les accusations de fraude, pointant du doigt le système électronique de transmission et de comptage des voix, qu’elle avait pourtant tant fait pour promouvoir.

En 2013, ce système électronique avait largement failli et la commission électorale avait dû revenir au comptage manuel, ce qui aux yeux de l’opposition avait facilité les fraudes.

(©AFP / 18 août 2017 23h19)                

Venezuela: l’opposition défile pour une Cour suprême parallèle

juillet 22, 2017

Des opposants au régime de Nicolas Maduro se protègent des assauts de la police derrière des boucliers de fortune, le 22 juillet 2017 à Caracas / © AFP / RONALDO SCHEMIDT

L’armée vénézuélienne a bloqué samedi à Caracas à coups de gaz lacrymogène le défilé vers le Tribunal suprême de justice (TSJ) en soutien aux magistrats « nommés » par l’opposition pour mettre sur pied une Cour suprême parallèle, dernière offensive en date contre le président Nicolas Maduro et son projet d’Assemblée constituante.

La Table de l’unité démocratique (MUD), coalition de l’opposition, a appelé pour ce samedi à plusieurs rassemblements dans la capitale et dans d’autres villes du pays.

« Nous soutenons les nouveaux magistrats (désignés par l’opposition, ndlr), pour que soit rendue son indépendance au TSJ, qui est aujourd’hui aux ordres de Maduro », a expliqué à l’AFP Luis Torrealba, un manifestant de 43 ans à Caracas accompagné de sa femme et de son fils.

Décidés à ne pas faire retomber la pression sur le gouvernement, les députés de l’opposition avaient en effet organisé vendredi une session parlementaire dans la rue pour « nommer » 33 magistrats à la Cour suprême (TSJ).

L’opposition estime que les 33 juges actuels ont été désignés de façon irrégulière par l’ancienne majorité chaviste (du nom d’Hugo Chavez, président de 1999 à sa mort en 2013, dont Nicolas Maduro est l’héritier). Le TSJ a mis en garde contre cette initiative de l’opposition, qui constitue selon lui une « trahison de la patrie » passible de peines de prison.

– Plus de 100 morts –

Parallèlement, les appels lancés au président vénézuélien à rétablir l’Etat de droit dans son pays se multiplient au sein de la communauté internationale.

Réunis vendredi à Mendoza en Argentine, les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay et Paraguay, le Venezuela étant suspendu de cette organisation depuis décembre) ont ainsi adressé une demande en ce sens à M. Maduro.

Le nombre des morts dans les violences liées à l’actuelle crise politique s’élève pour l’heure à 103 et le ton monte non seulement dans la région, mais aussi aux Etats-Unis et en Europe.

L’opposition manifeste quasi-quotidiennement depuis fin mars pour dénoncer la gestion actuelle du Venezuela et réclamer une élection présidentielle anticipée. Les défilés ont souvent été marqués par des confrontations entre protestataires et forces de l’ordre.

En mai, l’annonce de la convocation d’une Assemblée constituante par Nicolas Maduro avait amplifié la colère de l’opposition. Le 30 juillet, les 545 membres de cette instance doivent être élus avec pour mission de réécrire la Constitution adoptée en 1999 sous M. Chavez.

L’opposition vénézuélienne estime que cette mesure permettra de contourner le Parlement, où elle est majoritaire depuis les élections de décembre 2015.

Quelque 70% des Vénézuéliens sont opposés au projet d’Assemblée constituante, selon l’institut de sondage Datanalisis. Un rejet confirmé par la quasi-totalité des 7,6 millions de personnes (sur 19 millions d’électeurs potentiels) qui ont participé à la consultation symbolique organisée par l’opposition le 16 juillet.

– Maduro sur Twitter –

Le Venezuela a par ailleurs été en partie paralysé jeudi par une grève générale déclenchée par les antichavistes.

Barricades pour bloquer les rues, commerces fermés, transports à l’arrêt : le mouvement a pris fin vendredi à 10h00 GMT.

Cinq personnes ont été tuées au cours de la grève générale, selon le parquet, et l’ONG Foro Penal a annoncé que 367 personnes avaient été arrêtées.

L’opposition a assuré que son appel avait été largement suivi, avec « 85% de participation », selon le député Freddy Guevara, vice-président du Parlement.

Pour tenter de prouver le contraire, M. Maduro a diffusé une série de vidéos sur son compte Twitter. On le voit circuler jeudi en début d’après-midi dans les rues du centre de Caracas au volant de son véhicule tout en commentant l' »échec » de la mobilisation.

Romandie.com avec(©AFP / 22 juillet 2017 22h30)