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Crise alimentaire : comment l’UA et l’UE veulent faire face

mars 27, 2022
30 % du blé consommé en Afrique provient de Russie et d’Ukraine. © Vadim Ghirda/AP/SIPA

L’initiative Food on Agriculture Resilience Mission (Farm), présentée par Emmanuel Macron, vise à augmenter la production de blé dans certains pays et à mettre en place un système de solidarité internationale.

« Nous sommes en train d’entrer dans une crise alimentaire sans précédent ». Emmanuel Macron a présenté jeudi aux dirigeants du G7 l’initiative Farm (Food on Agriculture Resilience Mission) pour anticiper les conséquences néfastes de la guerre en Ukraine sur les semailles de blé et plus largement de céréales.

S’exprimant après les sommets du G7 et de l’Otan, le président français a appelé Moscou à être « responsable » en permettant que les semis en Ukraine aient lieu. Faute de quoi la guerre provoquera dans douze à dix-huit mois « une famine inéluctable », avec notamment des risques de pénurie de céréales en Afrique. Des risques particulièrement élevés en Afrique du Nord. Si 30 % du blé consommé en Afrique provient de la Russie (3e producteur mondial) et de l’Ukraine (9e producteur mondial), en Afrique du Nord – plus précisément en Égypte et en Libye – cette proportion dépasse largement les 50 %. Depuis le début de l’invasion russe en Ukraine, la crainte de pénurie a d’ailleurs déjà fait augmenter le prix du pain dans ces deux pays et dans beaucoup d’autres sur le continent.

L’Union européenne (UE), qui a déjà embarqué l’Union africaine (UA) dans l’initiative Farm et qui veut y associer le Programme alimentaire mondial (PAM), entend débloquer, en réponse immédiate à cette crise, 595 millions de dollars.

Plus de production

L’initiative Farm interviendra à plusieurs niveaux, à moyen comme à court terme. D’abord, en élaborant un plan d’urgence commercial ; en instaurant un système de solidarité permettant de libérer le surplus dans les stocks de certains pays producteurs pour les répartir équitablement aux pays les plus nécessiteux. Ensuite, pour anticiper le manque de production dès cet été, une aide financière sera apportée aux pays les plus dépendants pour leur permettre d’accroître leur propre production. Un projet d’aide similaire avait déjà été présenté le 15 mars par la Banque africaine de développement (BAD), avec l’annonce d’une levée de fonds d’1 milliard de dollars pour aider 40 millions d’agriculteurs africains à augmenter leur production de variétés de blé.

LE CONTINENT AFRICAIN SUBIT DE PLEIN FOUET CETTE GUERRE EN UKRAINE

Plus tôt cette semaine à l’occasion du Forum mondial de l’eau, le chef d’État sénégalais Macky Sall, président en exercice de l’UA, avait appelé les partenaires internationaux, dont la Banque mondiale, à aider l’Afrique à faire face aux conséquences de la guerre en Ukraine en lui réallouant notamment les droits de tirage spéciaux (DTS) des pays riches.

« Le continent africain subit de plein fouet cette guerre en Ukraine », a déclaré Macky Sall qui a rappelé « l’urgence de la demande africaine de réallocation des DTS des pays riches en faveur des pays en développement, particulièrement des pays africains pour soutenir nos efforts de résilience et de relance économique », après avoir fait une première demande à Bruxelles en février.

La communauté internationale s’est accordée sur le principe d’une émission globale de DTS de 650 milliards de dollars pour amortir l’impact de la pandémie de Covid-19, dont 33 milliards doivent revenir mécaniquement à l’Afrique par le jeu des quotes-parts au sein de l’institution de Washington. « Il y a une inflation réelle qui frappe les pays [alors que] nous avons un autre choc dans le Sahel, le terrorisme, qui fait que les États font face à des dépenses nouvelles qui n’étaient pas prévues », a ajouté le président sénégalais.

Par Jeune Afrique avec AFP

L’échec des États face à la famine en Somalie

juillet 27, 2011

Depuis trois semaines, 40.000 nouveaux réfugiés sont arrivés à Mogadiscio.

Ils arrivent en petits groupes. Ils sont maigres, épuisés et en bout de course après des kilomètres de marche sans presque aucune vivre et guère plus d’eau. On compte surtout des femmes et des enfants. En moins de trois semaines, ils seraient ainsi 40.000 à être venus s’agglutiner autour de Mogadiscio dans l’espoir de fuir la famine qui ravage le sud et le centre de la Somalie.

En quelque 18 mois, ce sont plusieurs centaines de milliers de réfugiés de la faim qui sont venus ainsi errer en quête de nourriture autour de la capitale somalienne, une ville dont beaucoup avaient fui les combats incessants au cours des dernières années. La cité n’est qu’un refuge incertain. En dépit de l’approvisionnement par le port, conduit par le Programme alimentaire mondial (PAM), les stocks de vivres y sont insuffisants. Les distributions sont le théâtre «de sérieuses bousculades et de pillages», indique le HCR. «Le résultat, c’est que de nombreuses personnes, parmi les plus faibles et les plus vulnérables se retrouvent les mains vides malgré tous les efforts des agences humanitaires et caritatives», continue l’organisation. L’ONU redoute que 40% des enfants gravement atteints de malnutrition soient perdus. Et la crise déborde sur les pays voisins.

Au nord est du Kenya, 400.000 Somaliens vivent déjà dans le camp de ­Dadaab, le plus grand du monde, déstabilisant un peu plus une région très fragile. «Même si les agences humanitaires se mobilisent pour répondre à la gravité de la situation, il est trop tard pour faire autre chose que traiter les symptômes les plus graves», dénonce Simon ­Levine, expert de l’Overseas Development Institute, un centre d’études et de réflexion sur le développement. Bruno Le Maire, le ministre français de l’Agriculture voit dans cette crise «la preuve d’un échec de la communauté internationale dans son approche de la faim» et demande «à investir dans l’agriculture des pays en développement».

Réagir dans l’urgence

En attendant, pour parer au plus pressé, le PAM a promis de mettre en place un pont aérien vers Mogadiscio. Le premier avion décollera ce mercredi. D’autres appareils devraient suivre, apportant une aide encore à définir. Car l’urgence se traite dans un certain chaos et avec de nombreuses inconnues. La sécheresse qui frappe la Corne de l’Afrique, la pire depuis soixante ans selon certaines ONG, affecte 12 millions de personnes. «La situation en Somalie est grave mais il faut reconnaître que nous manquons d’informations pour en mesurer précisément l’ampleur», explique un spécialiste de l’humanitaire. Les données plus précises sont rares. Les zones les plus touchées dans le sud de la Somalie sont inaccessibles. Al-Chebab, la milice islamiste qui les contrôle, barre l’accès aux principales ONG depuis deux ans.

Une preuve de plus qu’avant d’être humanitaire, la crise somalienne est politique. Le pays, sans gouvernement central depuis vingt ans, végète dans l’anarchie, exposant la population aux aléas de la guerre ou du climat et condamnant la communauté internationale à réagir indéfiniment dans l’urgence.

Lefigaro.fr par Tanguy Berthemet