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Crise anglophone au Cameroun : scènes d’émeutes à Buea après le décès d’une écolière

octobre 15, 2021
Un pick-up de l’armée camerounaise à Lysoka, près de Buea, le 7 octobre 2018. © MARCO LONGARI/AFP

La mort d’une fillette de 6 ans, tuée par un gendarme alors qu’elle se rendait à l’école, a entraîné de vives protestations dans la capitale régionale du Sud-Ouest, jeudi 14 octobre. Les habitants soupçonnent une bavure, les autorités tentent de ramener le calme.

La tension est toujours vive à Buea, ce vendredi 15 octobre, au lendemain d’une journée d’émeutes où deux personnes ont été tuées. Tout au long de l’après-midi de jeudi, des coups de feu ont été entendus dans la capitale du Sud-Ouest, une des deux régions anglophones du Cameroun en conflit avec le pouvoir central depuis 2017. Les protestations ont ensuite gagné la ville voisine de Limbe, où des jeunes ont enflammé des tonneaux d’essence pour exprimer leur colère.

Tout a commencé aux alentours de 8 heures du matin, lorsqu’une écolière de six ans a été tuée d’une balle tirée par un gendarme en faction à un check-point. La fillette et sa mère se trouvaient à bord du véhicule familial lorsqu’elles ont été interpellés au lieu dit Buitingi Molyko, derrière le principal stade de la ville. Selon Bernard Okalia Bilai, le gouverneur de la région du Sud-Ouest, le véhicule aurait « refusé d’obtempérer ».

Dans un communiqué rendu public en début de soirée, le porte-parole de l’armée ajoute que « le conducteur a ensuite été rattrapé dans sa fuite », et qu’après les procédures d’identification d’usage, « le ton est inexplicablement monté entre le gendarme et le conducteur ». Il s’en serait suivi un tir de sommation « inadaptée » et « disproportionné » qui a atteint la petite Carolaise Enondialle, la tuant sur le coup.

Gendarme lynché

À Buea, selon la rumeur, le drame serait la conséquence d’une opération de racket qui aurait mal tourné. Des sources locales indiquent que le tir faisait suite au refus de l’automobiliste de s’acquitter d’une somme de 500 francs CFA exigée par le gendarme. Informés de la situation, les habitants des alentours ont entrepris de se faire justice en prenant à partie le gendarme accusé d’avoir ouvert le feu. Ce dernier a été lynché. Conduit à l’hôpital régional de la région, il est décédé en fin d’après-midi du 14 octobre.

« C’est un drame que nous déplorons », a déclaré le gouverneur de la région, qui a également demandé aux populations de garder leur calme, de peur que la colère ne soit « récupérée par les terroristes qui n’attendent que de telles occasions pour créer le désordre ». Alors que les milices sécessionnistes ont promis de s’en prendre aux forces de défense, il a également annoncé que « les auteurs de l’incident, toutes catégories confondues, seront punis conformément à la loi camerounaise ».

« Combien de personnes allez-vous encore tuer ? »

Un message d’apaisement qui n’a visiblement pas été entendu par la foule, laquelle a continué à défiler dans les rues de la ville, ses rangs grossissant tout au long de la journée. L’évêque de Buea, Michael Bibi, qui se trouvait non loin du lieu du drame, a rejoint les manifestations. « Combien de personnes allez-vous encore tuer ? », chantaient les manifestants avant d’être finalement dispersés par les forces de défense qui ont dû faire usage de tirs, créant une ambiance d’émeute dans la ville. Les coups de feu ont été entendus jusque tard dans la nuit.

Carolaise Enondiale a quant à elle été inhumée aux alentours de 18h30, au cimetière de la paroisse Saint Antoine de Padua. Une enquête a été ouverte par les autorités administratives locales et les forces de défense et de sécurité afin de préciser les circonstances du drame et d’en déterminer les responsabilités.

Avec Jeune Afrique par Franck Foute

Cameroun: un journaliste arrêté il y a dix mois est mort en détention

juin 4, 2020

 

Le journaliste camerounais Samuel Wazizi, arrêté en août 2019 pour avoir critiqué la gestion par Yaoundé de la crise anglophone au Cameroun, est mort en détention, a affirmé Reporters sans frontières (RSF), qui appelle les autorités à faire toute la lumière sur les circonstances de sa mort.

«Le journaliste Samuel Wazizi est bien mort pendant sa détention», a confirmé mercredi soir RSF dans un communiqué, après l’annonce mardi de son décès par une chaine de télévision privée camerounaise, puis par le Syndicat national des journalistes camerounais (SNCJ). Ni le gouvernement ou l’armée n’avaient encore confirmé le décès du journaliste ou réagi aux sollicitations de RSF, du SNCJ et de plusieurs organisations de défense des droits humains, selon eux. Contactées directement par l’AFP, les autorités n’avaient pas encore répondu jeudi matin.

Présentateur de la chaîne de télévision régionale Chillen Media Television, Samuel Wazizi, avait été arrêté le 2 août 2019 à Buea, chef-lieu de la région anglophone du Sud-Ouest, selon RSF. Il était accusé «d’avoir tenu sur sa chaîne des propos critiques à l’égard des autorités sur leur gestion de la crise dans les régions anglophones du Cameroun», ajoute RSF dans son communiqué. Depuis près de trois ans, des groupes séparatistes et l’armée s’affrontent dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, où vit l’essentiel de la minorité anglophone qui s’estime marginalisée. Une partie d’entre eux a pris les armes contre Yaoundé et réclame l’indépendance de ce territoire.

Les combats, mais aussi les exactions et meurtres commis contre des civils par les deux camps, ont fait plus de 3.000 morts et forcé plus de 700.000 personnes à fuir leur domicile. Cinq jours après son arrestation en août, le journaliste avait été «récupéré» par des militaires, affirme RSF. Il n’a alors jamais été présenté devant la justice, affirme à l’AFP son avocat Me Lyonga Ewule, et était «détenu au secret» en «dehors de toute procédure légale», selon RSF.

Le journaliste était «malade» et serait «mort durant son transfert à Yaoundé à une date inconnue», selon un «responsable militaire de premier plan très proche de l’affaire» cité par RSF. Son avocat et le SNCJ affirment qu’il a été torturé lors de sa détention. Son corps est arrivé lundi à la morgue «sous forte escorte», selon une source de l’hôpital militaire de Yaoundé également citée par RSF. «Nous demandons aux autorités de briser le silence intolérable autour de cette affaire (…) et de conduire une enquête sérieuse et indépendante pour établir (…) les circonstances ayant conduit à cet évènement tragique», a déclaré Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF.

Par Le Figaro avec AFP

Crise anglophone au Cameroun : ouverture du dialogue national lundi

septembre 28, 2019

 

Le président camerounais Paul Biya. © Flickr 

Le dialogue se tiendra à partir du 30 septembre prochain entre Yaoundé et les séparatistes. Plusieurs leaders des régions anglophones ont toutefois refusé d’y participer.

Après avoir fait preuve d’intransigeance, le président Biya a convoqué mi-septembre un « Grand dialogue national » à Yaoundé. Ce dialogue, présidé à Yaoundé du 30 septembre au 4 octobre par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, a pour ambition de mettre un terme à la crise qui sévit dans les deux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, où vit la plus grande partie de la minorité anglophone du Cameroun (16%).

Certains anglophones exigent le retour au fédéralisme alors que d’autres réclament la partition du pays. Deux hypothèses que refuse le pouvoir.

D’après le porte-parole du dialogue national, Georges Ewane, les autorités ont eu des échanges avec certains séparatistes. Si elles ont décelé chez certains une disponibilité à discuter et chez d’autres moins d’ouverture, elles ont tenu à adresser des invitations à tous, selon Georges Ewane.

Boycott

Très actif sur les réseaux sociaux, Mark Bareta, partisan de la sécession, est présenté par Yaoundé comme celui qui a montré le plus d’ouverture. C’est d’ailleurs par son truchement que certaines invitations ont été adressés aux séparatistes, d’après Georges Ewane.

Mais Mark Bareta a annoncé vendredi ne pas participer à ce dialogue, affirmant que « la seule façon de mener de véritables négociations était de le faire sur un terrain neutre ».

Parmi les seize leaders séparatistes anglophones conviés au dialogue, des éminents chefs de groupes armés, comme Ebenezer Akwanga et Cho Ayaba, ont annoncé leur refus d’y participer.

Avec ce dialogue, le Cameroun veut jeter « de la poudre aux yeux de la communauté internationale plutôt que de trouver une solution complète et durable à la raison pour laquelle nous sommes en guerre: l’annexion de notre patrie, Southern Cameroons », a déclaré Ebenezer Akwanga.

La plupart de ces leaders ont réaffirmé leur volonté de discuter avec le gouvernement, mais demandent que les négociations se déroulent en présence d’un médiateur international, à l’étranger, et que les termes de la séparation soit le principal point à l’ordre du jour.

L’annonce de ce dialogue a toutefois suscité l’espoir d’anglophones plus modérés, comme l’influent archevêque de Douala, le cardinal Christian Tumi, qui avait salué l’initiative et supplié les séparatistes d’y participer.

« Un jeu »

L’option d’une participation des groupes armés actifs sur le terrain en zones anglophones « a été émise par des chefs traditionnels mais elle ne pourrait pas prospérer pour des raisons d’ordre pratique », explique une autorité du Sud-Ouest sous couvert d’anonymat.

Elle invite pourtant les combattants séparatistes à sortir « des bois », et assure que « des mesures (ont été) prises pour la sécurité de ceux qui souhaitent y participer », avec notamment l’installation d’un site pour des communications à distance. « On ne dialogue pas avec des fantômes ».

Les populations anglophones sont partagées : certaines espèrent que le dialogue débouchera sur la résolution de la crise. D’autres n’en attendent pas grand-chose.

« Rien de bon ne peut sortir du dialogue. C’est un jeu », lance un partisan de la sécession établi à Buea. « Si nous devions aller à un dialogue, ce serait pour discuter des conditions de séparation, pas d’autre chose », précise-t-il.

Par Jeune Afrique avec AFP