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Canada: Avec chaque nouvelle vague de COVID-19, le système de santé « s’effondre autour de nous »

juillet 16, 2022
Des infirmiers s'affairent dans un couloir de la salle d'urgence de l'Hôpital Humber River.

Des milliers de travailleurs de la santé ont quitté après deux ans de crise. Photo : CBC / Evan Mitsui

L’été dernier, alors que les cas de COVID-19 avaient significativement diminué, les travailleurs de la santé ont pu souffler un peu. Alors qu’une septième vague frappe en plein mois de juillet, plusieurs sont d’avis que les systèmes de santé au Canada, surmenés après presque trois ans de crise, sont sur le point de s’écrouler.

Ce n’est pas une surprise : le système de santé au Québec, en Ontario et ailleurs au pays, était fragile bien avant la pandémie. Mais sept vagues d’infections en deux ans ont exacerbé la situation.

La Dre Judy Morris pense que le public ne sait pas à quel point la situation est difficile dans le système de santé, particulièrement dans les urgences. Je pense qu’il y a une désensibilisation; les gens se disent : « Les urgences débordent depuis toujours ». Mais c’est une situation critique. C’est pire qu’avant, dit-elle en déplorant le fait que le public semble davantage préoccupé par les files d’attente dans les bureaux des passeports que par celles dans les urgences.

Oui, le système est en difficulté depuis 20-30 ans. Mais la pandémie a accéléré la détérioration du système de santé, ajoute la Dre Katherine Smart, présidente de l’Association médicale canadienne (AMC).

La situation devient de plus en plus intenable et, plus il y aura de vagues, plus le système de santé au Canada s’écroulera rapidement, dit-elle.

Le système de santé est à bout de souffle, s’il n’est pas déjà [sous] respirateur artificiel. Si on n’est pas sérieux et que nous ne prenons pas les mesures nécessaires pour [aborder] les défis, on va se retrouver avec une situation de code bleu dans les prochaines années, ajoute Paul-Émile Cloutier, le président-directeur général de SoinsSantéCAN, un organisme qui représente les hôpitaux de recherche, les centres de santé et les organisations de santé au pays.

À la vitesse avec laquelle le système se désagrège, la réalité est bien différente des crises précédentes, dit Damien Contandriopoulos, professeur à l’École des sciences infirmières de l’Université de Victoria et spécialiste des politiques de santé publique.

Et non, insiste-t-il, on ne peut pas affirmer que la pression sur le système de santé causée par la pandémie est de la même ampleur que lors d’une saison de grippe.

« La grippe, c’était une vague un peu longue chaque hiver. Mais là, c’est la même chose, mais version bionique, à l’année longue. »— Une citation de  Damien Contandriopoulos, professeur à l’École des sciences infirmières de l’Université de Victoria

Juguler la COVID-19 pour aider le système

Si la pandémie a exposé au grand jour les failles du système, la Dre Morris affirme qu’on n’a plus la capacité de vivre d’autres débordements.

Le système n’a pas été conçu pour faire face à une pression aussi continue, ajoute Paul-Émile Cloutier.

Plus le virus circule, plus les travailleurs de la santé sont infectés et doivent s’isoler, ce qui exacerbe le problème de main-d’œuvre, ajoute la Dre Smart. Chaque stress de plus, chaque vague de plus poussent le système encore plus vers la rupture. Le système de santé n’est plus en mesure de gérer des vagues encore et encore.

Par exemple, en date du 15 juillet, au Québec, il y a plus de 7000 travailleurs de la santé absents en raison de la COVID-19. Si c’est moins que les 20 000 absents en janvier 2022, il faut rappeler que le ministre de la Santé du Québec, Christian Dubé, affirmait en décembre 2021, alors que l’on comptait 7000 absents, que la province a un enjeu de société. On a de plus en plus de malades, mais de moins en moins de monde pour les soigner.

Même lors des accalmies entre les vagues, il y avait toujours plus de 3000 travailleurs québécois absents.

La question qui hante ces experts : quelle vague sera le coup de grâce pour le système de santé?

C’est pourquoi ils sont d’avis que, pour aider le système de santé à survivre, il faut d’abord et avant tout réduire la transmission du SRAS-CoV-2.

On a besoin d’un scénario crédible de sortie de la COVID-19. On s’est fait vendre le scénario « épidémiologiquement » loufoque que c’est la dernière vague et que c’est fini, dénonce M. Contandriopoulos, qui n’est pas très optimiste pour les prochains mois, surtout si les gouvernements n’interviennent pas.

« On a décidé qu’on ne voulait plus porter de masques, même si c’est une mesure très efficace. Mais est-ce qu’on peut se permettre de ne pas le faire alors que les hôpitaux craquent? »— Une citation de  Damien Contandriopoulos, professeur à l’École des sciences infirmières de l’Université de Victoria

Portrait d'une femme.

Judy Morris, présidente de l’Association des médecins d’urgence du Québec Photo : Université de Montréal

Selon la Dre Judy Morris, présidente de l’Association des médecins d’urgence du Québec, si on choisit de ne pas remettre en place certaines mesures sanitaires, il faudra engager massivement des travailleurs de la santé.

Une pénurie de main-d’œuvre qui s’amplifie de vague en vague

Encore faut-il être capable de trouver ces travailleurs, dans un contexte de pénurie et d’épuisement professionnel.

Il y a un nombre extrêmement élevé de travailleurs qui ont travaillé sans relâche pendant deux années, qui se sont occupés d’un volume important de malades. Ils sont brûlés, dit la Dre Smart, qui ajoute que de plus en plus de personnes quittent le domaine de la santé. Ces travailleurs n’en peuvent plus d’être dans un système brisé, dit-elle.

Elle précise qu’au premier trimestre de 2022, il y avait près de 137 000 emplois vacants dans le domaine de la santé à travers le Canada, un niveau record. Si la tendance se maintient, c’est évident qu’il va y avoir une rupture.

Mais cette rupture, elle se fait déjà sentir. Selon la Dre Smart, les temps d’attente dans les urgences du pays sont au plus haut niveau depuis 14 ans; un Canadien sur sept n’a pas de médecin de famille. Et c’est sans compter les listes d’attente en chirurgie qui ne finissent plus de s’allonger.

Au début de juin, les médecins-chefs québécois sonnaient l’alarme : dans une lettre, ils ont exprimé leurs inquiétudes de ne pas pouvoir assurer des services sécuritaires pour la période estivale. Voilà que six services d’urgence seront partiellement fermés cet été au Québec en raison de la pénurie de personnel.

En Ontario, plusieurs urgences régionales seront également fermées. Même scénario au Nouveau-Brunswick, en Alberta, au Manitoba, à Terre-Neuve-et-Labrador et en Colombie-Britannique.

C’est une situation très inquiétante pour ces communautés, dit M. Cloutier, qui craint que ces fermetures surviennent plus fréquemment ou deviennent permanentes.

Affiche de fermeture d'une salle d'urgence d'un hôpital de Terre-Neuve-et-Labrador.

Les services d’urgence dans les hôpitaux de Terre-Neuve-et-Labrador subissent régulièrement des interruptions de service. Photo: Jeremy Eaton/CBC

La Dre Smart s’inquiète quand elle entend de plus en plus d’histoires crève-cœur de Canadiens qui n’ont pas accès à des soins adéquats. Elle cite la mort d’un patient dans la salle d’attente d’un service d’urgence du Nouveau-Brunswick ou celle d’une Montréalaise de 91 ans qui est décédée sur son balcon après avoir attendu une ambulance pendant 7 heures.

« Ce ne sont plus des histoires uniques. C’est la réalité. Ce que ça veut dire, c’est que les soins primaires tels que nous les connaissons et que nous nous attendons à recevoir sont en train de mourir à petit feu. »— Une citation de  Dre Katherine Smart, présidente de l’Association médicale canadienne

Une médecin pose devant un mur blanc

La présidente de l’Association médicale canadienne, Katherine Smart Photo : Gracieuseté : Association Médicale Canadienne

L’argent n’est pas la solution miracle

Cette semaine, les premiers ministres provinciaux et territoriaux, rassemblés lors du Conseil de la fédération, ont exigé qu’Ottawa augmente de manière substantielle la part des coûts des soins de santé qu’il assume.

Mais selon M. Cloutier, la Dre Morris, la Dre Smart, M. Cloutier et M. Contandriopoulos, la solution au problème n’est pas nécessairement plus d’argent.

C’est un peu triste de voir ce spectacle de premiers ministres provinciaux qui blâment le financement fédéral pour les problèmes en santé et le fédéral qui promet de l’argent, mais seulement à certaines conditions, déplore M. Contandriopoulos. Avoir plus d’argent sans plan concret ne réglera pas la situation, dit-il.

Portrait de Damien Contandriopoulos.

Damien Contandriopoulos, professeur à l’École des sciences infirmières de l’Université de Victoria et titulaire de la Chaire de recherche en politique, connaissance et santé au niveau canadien. Photo:  Radio-Canada/Claude Brunet

La Dre Smart abonde dans le même sens. Personne n’a le courage de s’attaquer à un changement du système et on n’ose pas adopter des solutions innovatrices. C’est le problème fondamental et c’est pourquoi on ne voit pas de changements.

Si une refonte complète des systèmes de la santé au Canada est nécessaire, l’urgence est d’abord de s’attaquer à la rétention de la main-d’œuvre.

Il faut que les politiciens arrivent avec un plan dans lequel les travailleurs voient une lumière au bout du tunnel, dit M. Contandriopoulos. Sinon, l’hémorragie de la main-d’œuvre ne cessera pas. Les gens ne veulent pas attendre toute leur carrière pour voir des changements.

Plusieurs organismes et associations représentant des travailleurs de la santé proposent diverses mesures pour entamer cette refonte du système de santé, comme les suivantes :

  • harmoniser la délivrance des permis d’exercice à travers le pays, pour permettre une meilleure mobilité de la main-d’oeuvre;
  • simplifier la requalification des travailleurs étrangers;
  • encourager les universités à diplômer davantage de personnes dans les domaines comportant une pénurie de main-d’oeuvre;
  • avoir de meilleures données nationales sur la main-d’oeuvre;
  • réorganiser la structure des soins primaires;
  • réduire le fardeau administratif des médecins.

Si la tâche peut sembler titanesque et insurmontable, la Dre Smart pense que la pandémie a montré qu’il est possible pour le système de santé de se transformer rapidement. Par exemple, avant la pandémie, il n’y avait presque pas de télémédecine au Canada. Et presque du jour au lendemain, nous avons fait le pivot vers les rendez-vous en ligne. Donc, il est possible de faire bouger les choses quand on travaille ensemble.

Même s’il est minuit moins une, la Dre Smart garde espoir que les gouvernements agiront à temps. L’alternative est l’effondrement complet du système de santé.

Avec Radio-Canada par Mélanie Meloche-Holubowski

Crise RDC-Rwanda : quelles conséquences économiques ? L’analyse de Fitch

juin 23, 2022

Alors que la tension diplomatique entre les deux pays ne faiblit pas, l’institut de notation analyse les différentes implications que pourrait avoir le conflit actuel sur leurs économies respectives.

Des manifestants arrêtés par la police alors qu’ils tentent de rejoindre la frontière avec le Rwanda, à Goma, en RDC, mercredi 15 juin 2022. © Moses Sawasawa/AP/SIPA

Dans une note diffusée ce 21 juin, Fitch Solutions tente de mesurer les potentielles conséquences économiques de la crise diplomatique qui oppose la RDC et le Rwanda depuis plusieurs semaines. L’agence a étudié trois scénarios. Le premier, le plus probable (65 %), prévoit que les relations entre les deux pays restent « tendues » au cours des trimestres à venir, sans que cela ne débouche sur un conflit militaire à grande échelle. Notamment grâce à la médiation de la communauté internationale.

Pour rappel, le président congolais Felix Tshisekedi avait accusé, entre fin mai et début juin, Kigali de soutenir activement le groupe rebelle M23 – qui prétend défendre les intérêts des Tutsis contre les groupes armés de l’ethnie hutue. Des allégations que le gouvernement rwandais a fermement démenties.

Dans ce contexte, l’agence de notation revoit à la baisse le score de la RDC dans son indice de risque politique à court terme de 25,8 sur 100 à 24,2 (ce qui signifie que le risque est plus élevé). De même, le score de la composante sécurité/menaces extérieures est ramenée de 25,8 à 24,2. Même constat pour le Rwanda, avec un score qui passe de 69,2 à 68,3 sur le risque politique et de 58,3 à 51,7 pour la composante sécurité/menaces extérieures.

Investissements étrangers en jeu

Avec une économie « robuste » (6,4 % de croissance entre 2012 et 2021) et « largement tributaire d’importants flux d’investissements étrangers et d’aides financières », le Rwanda aurait selon Fitch Solutions tout intérêt à se tenir à l’écart des allégations dont l’accuse la RDC pour maintenir de fortes relations avec la communauté internationale et continuer à bénéficier de ses investissements. Selon le ministère rwandais des Finances et de la Planification économique, ces subventions représentent 16,1 % des recettes publiques dans le budget de l’exercice 2021-2022.

« Dans ce scénario le plus probable, nous nous attendons à ce que – même si les relations entre les deux États restent conflictuelles pendant un certain temps – les conséquences économiques ne soient pas sévères », affirment les analystes. Ils estiment que la médiation des États de la Communauté de l’Afrique de l’Est (ECA) préviendra une escalade du conflit, ce qui évitera de perturber le bon fonctionnement des industries extractives présentes en RDC.

Croissance affectée

Dans un deuxième scénario, moins probable (25 %), dans lequel les forces armées de la RDC et du Rwanda s’affrontent régulièrement, Fitch Solutions prévoit une détérioration de la stabilité de la sous-région à moyen terme. Avec un marché fortement perturbé, les exportations rwandaises vers la RDC représentant 12,4 % du total des exportations du pays en 2021 et la seule raffinerie d’or du Rwanda reposant en majorité sur les minerais congolais, les deux économies risquent de voir leur croissance ralentir. En effet, dans ce scénario d’escalade, l’institut de notation revoit à la baisse ses projections de croissance à 5,5 % en 2022 et 6,3 % en 2023 pour la RDC et à 7,1 % et 7,8 % sur la même période pour le Rwanda.

Troisième et dernier scénario (10 % de probabilité) : le conflit se répand aux pays voisins, avec l’Ouganda et le Kenya qui se mobiliseraient pour protéger leurs frontières. Avec dans ce cas un sérieux coup de frein au développement du secteur minier en RDC, du projet phare du Rwanda (Kigali Innovation City) ainsi que du projet pétrolier du lac Albert en Ouganda. C’est une croissance économique « nettement plus faible » et des risques plus élevés pour la stabilité politique à plus long terme que prévoit Fitch Solutions.

« Dans ce scénario le plus sévère, les liens régionaux s’affaibliront considérablement dans les années à venir – il est même possible que l’EAC éclate. Il y aurait beaucoup moins de coopération sur les menaces sécuritaires, et la réduction des échanges commerciaux ralentirait le développement économique en Afrique de l’Est », prévient l’institut de notation.

Avec Jeune Afrique par Maureen Songne

Crise RDC-Rwanda : Félix Tshisekedi consulte son homologue Denis Sassou N’Guesso

juin 6, 2022

Le séjour de travail de quarante-huit heures effectué par le président Félix-Antoine Tshisekedi à Oyo, dans le département de la Cuvette, en République du Congo, a été sanctionné le 5 juin par un point de presse au salon d’honneur de l’aéroport d’Ollombo.

Félix Tshisekedi et Denis Sassou N’Guesso s’exprimant devant la presse à Oyo

Tenu conjointement par le président Denis Sassou N’Guesso et son homologue de la République démocratique du Congo (RDC), félix Tshisekedi, l’échange avec la presse des deux pays a permis de lever un coin de voile quant au contenu du tête-à-tête que les deux chefs d’État avaient eu la veille. Se déclarant très affecté par la situation sécuritaire alarmante qui prévaut dans l’est de son pays sur fond d’affrontements entre les Forces armées de la république démocratique du Congo et le Mouvement 23 (M 23) soutenu par le Rwanda, le président Félix Tshisekedi, d’emblée, a tenu à rappeler ses efforts de paix entrepris dans la région depuis son accession à la magistrature suprême avec, à la clé, un message de paix envoyé à ses pairs.

Rappelant également son credo, celui d’ériger « des ponts plutôt que des murs », le cinquième président du Congo indépendant a, néanmoins, mis un bémol. Le fait de vouloir la paix, la fraternité et la solidarité entre peuples de la région n’est pas en soi une faiblesse, a-t-il fait observer.

Pour le chef de l’État de la RDC, la vocation hospitalière ne peut pas être perçue comme une fenêtre d’opportunité par des pays voisins dans leur velléité de déstabilisation de son pays, parce qu’aujourd’hui, a-t-il dit, « il n’y a pas de doute, le Rwanda a soutenu le M23 pour venir agresser la RDC ». Et d’ajouter que la résurgence de ce mouvement armé défait en 2013 avec confiscation de son arsenal militaire ne peut être que le fait du Rwanda dont le soutien lui apporté n’est plus qu’un secret de polichinelle.

Tout en espérant que Kigali reviendra aux bons sentiments, le président Félix-Antoine Tshisekedi a rappellé que la RDC est un havre de paix et qu’elle veut le demeurer, elle qui cherche, par tous les moyens, à balayer la vingtaine d’années de violence, d’exactions et de guerre qu’elle a endurées particulièrement dans sa partie est. « Je réitère la volonté de la RDC de ne plus vivre en se regardant en chiens de faïence avec ses voisins« , a martelé le président Félix Tshisekedi, tout en exprimant le vœu de voir le processus de paix de Nairobi aboutir.

La dynamique ainsi enclenchée, a-t-il indiqué, doit se poursuivre et cela se fera en dehors du M23 traité aujourd’hui au même titre que les forces négatives pour avoir relancé les hostilités. La tension actuelle dans l’est de la RDC n’affecte cependant pas la foi du chef de l’État en la réussite de ces pourparlers. D’où sa demande à tous les intervenants, y compris le Rwanda, de revenir aux bons sentiments pour faire avancer ce processus et ce, avec l’appui du patriarche Denis Sassou N’Guesso dont l’apport est très attendu.

Intervenant à la suite de son homologue de la RDC, le président Denis Sassou N’Guesso a lancé vivement un message de paix, la seule alternative à ses yeux pour faire bouger les lignes dans la région, au regard d’innombrables défis et crises multiformes que connaît le continent. Après avoir mené avec bonheur plusieurs médiations dans la région des Grands Lacs, il s’est dit confiant pour la suite des événements.

Avec Adiac-Congo par Alain Diasso

Crise Rwanda-RDC : Félix Tshisekedi appelle à une mobilisation générale autour des Fardc

juin 1, 2022

De la situation sécuritaire dans l’est du pays sur fond de la guerre à laquelle les Forces armées de la République démocratique du Congo (Fardc) font face actuellement contre la rébellion pro-rwandaise du M23, il en a été question lors de la cinquante-cinquième réunion du conseil des ministres du 27 mai dernier.

Une patrouille des Fard

Dans sa traditionnelle communication, en liminaire aux discussions, le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, a salué les performances des Fardc sur le terrain des opérations. Elles ont, s’est-il félicité, « repris le contrôle de la situation, qui tend à se stabiliser, en repoussant les assauts de ceux qui ont décidé de s’attaquer à la République ».

Sans ambages, le chef de l’État a condamné (sans le citer) l’attitude de ce groupe criminel qui bénéficie des appuis sans équivoques de certains acteurs régionaux. Pourtant tenu au respect d’un engagement républicain, ce groupe armé s’est délibérément attaqué aux forces de défense et de sécurité nationales dans des positions qu’elles occupent dans les territoires de Rutshuru et Nyiragongo. Heureusement qu’il s’est buté à l’engagement farouche et infaillible des Fardc à défendre chaque centimètre carré du territoire national face aux groupes des criminels et barbares qui écument l’est du pays, quels qu’ils soient.

Toujours sur ce même registre, le président de la République a exhorté ses concitoyens à une mobilisation générale ainsi qu’à une union des cœurs et d’esprits pour faire face à cette situation qui impose des défis existentiels à  la République. Bien plus, il a invité les Congolaises et Congolais à apporter un soutien sans faille aux vaillants soldats des Fardc engagés dans la défense de la patrie, conformément aux termes de leur serment.

Sur la même lancée, le président Félix-Antoine Tshisekedi s’est dit préoccupé par le sort des compatriotes actuellement victimes des actes barbares de ces forces négatives et terroristes. Ces dernières, a-t-il assuré, n’échapperont pas à l’action de la justice. De ce fait, des instructions claires ont été données à l’exécutif national pour que des moyens conséquents soient mobilisés afin d’apporter un appui sans faille à ces compatriotes ainsi qu’aux militaires engagés au front. Aussi le gouvernement est-il appelé à poursuivre des efforts politiques et diplomatiques pour le rétablissement de la paix et de la sécurité dans les provinces touchées.

Réitérant son engagement plusieurs fois exprimé de ramener la paix et la sécurité dans l’Est du pays – une priorité absolue de sa gouvernance -, le chef de l’État a, par ailleurs, rappelé le contexte ayant prévalu à la proclamation de l’état de siège dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu. Mais aussi les motivations ayant conduit à son appel lancé aux groupes armés locaux à s’engager inconditionnellement dans le processus de paix, à renoncer à la lutte armée et à revenir dans les rangs des Congolaises et Congolais dignes de cette citoyenneté. Toutes ces initiatives, a-t-il souligné, ont reçu le soutien des États de la Communauté d’Afrique de l’Est et ont conduit à la mise en œuvre des résolutions du deuxième conclave des chefs d’État de Nairobi.

Alain Diasso

Pénuries d’essence : le Nigeria victime de la crise énergétique européenne ?

avril 17, 2022

En pleine flambée des cours des hydrocarbures, l’Europe occidentale lorgne le pétrole nigérian. Pourtant, la population du premier producteur d’or noir d’Afrique subsaharienne ne profite pas de cette opportunité. Au contraire.

© Damien Glez

Branle-bas de combat, depuis l’intervention russe en Ukraine, au cœur d’une Union européenne prise en étau : d’un côté, le devoir de prendre des sanctions économiques contre l’agresseur ; de l’autre, la dépendance à l’égard de cette énergie russe qu’il serait de bon ton de boycotter. « Notre temps est venu », pensent tout haut les ressortissants d’une Afrique riche mais appauvrie, riche d’une petite quinzaine de pour-cent des réserves mondiales d’hydrocarbures…

Et des diplomates de l’UE de négocier, en début de semaine, avec la compagnie pétrolière publique nigériane, 40 % de son gaz étant déjà exportés en Europe. Et les leaders du Nigeria, du Niger et de l’Algérie de conclure, il y a quelques semaines, un accord pour redémarrer les travaux d’un vaste projet de gazoduc transsaharien de 4 000 km…

Si les cordonniers ont la réputation d’être les plus mal chaussés, le premier producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne est actuellement confronté à une grave pénurie d’essence qui pourrait ressembler à un running gag si le quotidien des Nigérians n’était pas devenu un casse-tête.

Depuis le mois de janvier déjà, de longues files d’automobilistes se déploient dès sept heures du matin dans les stations-service de Lagos, Abuja, Ibadan ou Enugu, en quête d’une denrée rare : un plein d’essence, voire le remplissage de jerrycans. Avec le début du conflit en Ukraine, en février, la flambée des cours des hydrocarbures a eu pour conséquence de doubler le prix du diesel dans un Nigeria producteur de pétrole qui… importe du carburant.

2 % du PIB

Dans le pays le plus peuplé du continent, les problèmes énergétiques ne sont pas que conjoncturels. Ils sont structurels et multidimensionnels : dépendance excessive au pétrole notamment pour s’alimenter en électricité, vétusté des raffineries du pays, exportations excessives de brut, mauvais approvisionnement en gaz, annulations de vols faute de kérosène, développement du secteur des carburants frelatés, faiblesses et défauts de maintenance du réseau électrique avec 206 pannes répertoriées entre 2010 et 2019 – délestages, ces derniers mois, dans des aéroports, des hôpitaux et même dans la résidence du président Buhari –, difficultés individuelles d’alimenter les générateurs diesel, recrudescence des accidents de voitures dans des rues plongées dans le noir…

Alors que les gestions du pétrole et de l’électricité sont imbriquées, la Banque mondiale considère que les seules coupures électriques coûteraient au Nigeria quelque 2 % de son PIB. Et que dire de l’impact de la pénurie d’essence sur l’efficacité de l’économie, quand les citoyens qui n’ont pas capitulé en restant à la maison doivent perdre des heures à attendre le précieux carburant ?

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

« Les sanctions ont suscité la colère de nombreux Maliens »

mars 10, 2022

DÉCRYPTAGE. Deux mois après l’adoption par la Cedeao d’un embargo économique sans précédent, l’économiste Boubacar Salif Traoré pointe les sérieuses difficultés à venir.

Il y a deux mois, la Cedeao imposait un embargo economique au Mali pour forcer la junte au pouvoir a rendre le pouvoir aux civils.
Il y a deux mois, la Cedeao imposait un embargo économique au Mali pour forcer la junte au pouvoir à rendre le pouvoir aux civils.© NACER TALEL / Anadolu Agency via AFP

À minuit passé d’une minute, le 9 janvier, les sanctions de la Cedeao les plus sévères jamais adoptées contre le Mali, en réponse à la volonté des militaires de se maintenir au pouvoir jusqu’à fin 2026, sont entrées en vigueur. Parmi la batterie de mesures immédiatement applicables : la fermeture des frontières terrestres et aériennes avec le Mali ; la suspension de toute transaction commerciale, à l’exception de certains produits de première nécessité ; et le gel des avoirs du Mali à la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et dans les banques commerciales de la région. Deux mois plus tard, il est très difficile de mesurer leur impact. Car loin d’avoir produit les effets escomptés, elles ont au contraire réveillé chez les Maliens un sentiment patriotique qui ne s’était plus observé depuis des décennies. Comment l’expliquer ? Comment le comprendre ? En ligne depuis Bamako, l’économiste et spécialiste des questions de sécurité et de développement dans le Sahel, Boubacar Salif Traoré décrypte pour Le Point Afrique la situation.

Le Point Afrique : Quel est l’impact des sanctions décidées par la Cedeao, il y a deux mois, sur l’économie malienne ?

Boubacar Salif Traoré : À l’évidence, les sanctions visaient non seulement à isoler le Mali sur la scène internationale en fragilisant son économie, mais aussi à créer une pression interne des Maliens sur leurs dirigeants. Cet embargo à la fois économique et politico-diplomatique affecte le Mali qui est un pays sans littoral et dont l’économie dépend à plus de 70 % des importations. Cependant, près de deux mois après leur entrée en vigueur, l’évaluation de leur impact reste à ce stade encore très aléatoire. Autant en interne, il paraît déterminant pour les dirigeants de donner le sentiment que tout va bien, mais en creusant un peu en profondeur, des difficultés apparaissent à l’horizon.

Y a-t-il eu des changements sur les marchés ?

Concrètement, deux risques importants se profilent pour le pays, une crise inflationniste et de liquidités. Les prix ont déjà augmenté sur les marchés, que ce soit les denrées de première nécessité ou d’autres produits, comme les matériaux de construction, notamment, le prix du ciment qui est en hausse, ce qui a ralenti le secteur du bâtiment, très dynamique au Mali. L’inflation touche aussi les produits du quotidien, qui pourtant, ne sont pas concernés par les sanctions. Ce sont de petites augmentations qui finissent par peser sur le panier de la ménagère et qui de jour en jour commence à faire mal.

Quels sont les leviers qui permettent au pays de tenir encore debout sur le plan économique ?

Certains mécanismes de protection ont été enclenchés. La banque privée continue, par exemple, à être approvisionnée par la BCEAO, l’organe central de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, qui a décidé d’augmenter jusqu’à pratiquement 300 milliards de francs CFA par semaine pour que l’activité économique ne s’arrête pas complètement. En revanche, les comptes de l’État sont gelés et cela a de lourdes conséquences, car certains fournisseurs n’arrivent plus à se faire payer. Le gouvernement n’a pas pu honorer ses engagements auprès de plusieurs créanciers et a dû s’adresser aux investisseurs pour s’en expliquer.

Boubacar Salif Traoré dirige également à Bamako, le cabinet de conseils Afriglob. © DR

Mais le Mali reste un pays vulnérable, avec une économie fragile, un PIB de 17 milliards de dollars et donc si les sanctions ne sont pas rapidement levées, cela va produire un effet dévastateur sur le long terme. Le pays ne peut pas tenir six mois dans ces conditions. Pour le moment, le secteur informel continue de jouer son rôle en permettant aux populations de mettre en place une économie de la débrouille. Les ménages maliens comptent aussi sur les transferts de la diaspora. Mais si, à court ou moyen terme, l’État ne parvient pas à négocier un retour à une situation normale, il y aura des conséquences plus lourdes. Une chose très importante, c’est que le pays est engagé dans une longue guerre, il faudra faire face aux dépenses, notamment celle des salaires des militaires et des fonctionnaires.

Quels partenaires commerciaux sont les plus affectés par ces sanctions ?

Le Mali est une plaque tournante de la sous-région, il partage ses frontières avec sept pays et fait le lien entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Le pays est la sixième économie de la Cedeao sur 15 États et la troisième économie de l’Uemoa. Donc, ce n’est pas du tout un petit pays. Son premier partenaire économique est le Sénégal, vient ensuite la Côte d’Ivoire. Ces deux pays sont en réalité les premières victimes collatérales des sanctions prises à l’endroit du Mali. Le port de Dakar enregistre au moins 50 % des produits destinés au Mali. En 2020, le Mali a accueilli 21 % des exportations de marchandises du Sénégal, soit plus que l’ensemble du continent. Sur le plan interne, que ce soit au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, la cherté de la vie revient comme un boomerang. Le président Ouattara l’a très bien expliqué à son retour de Bruxelles, vers le 22 au 23 février dernier, il a été obligé d’organiser une conférence de presse pour donner des éléments de compréhension autour de la hausse des prix des denrées alimentaires dans son pays. Il a expliqué qu’il y avait des causes internes comme la sécheresse, et a pointé l’impact de l’embargo sur le bétail, une denrée dont les coûts ont déjà flambé ces derniers mois. Plus le temps passe, plus les États qui ont en commun le franc CFA et partagent une frontière avec le Mali vont commencer à ressentir les effets de cet embargo sur leur économie.

Sur quels soutiens extérieurs le Mali peut-il s’appuyer pour y faire face ? Plusieurs pays comme l’Algérie, la Guinée ou la Mauritanie apparaissent comme des recours. De quelles manières et avec quels intérêts ?

Le Mali a besoin d’accéder aux ports de la sous-région pour maintenir le minimum vital. Le pays est exportateur de coton – sa principale culture de rente – et aussi d’or, de bétail, de riz, de certaines huiles, d’engrais, etc. Il importe aussi de nombreux produits. Face à la fermeture des frontières du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, il a fallu trouver des alternatives. Il y a donc eu un redéploiement vers la Guinée et la Mauritanie. La Guinée, bien que membre de la Cedeao, est dirigée par une junte militaire qui a décidé de ne pas suivre les sanctions imposées par l’organisation. Le pays connaît déjà une recrudescence du trafic de marchandises au port de Conakry. L’Algérie et la Mauritanie, qui ne sont pas membres de la Cedeao, sont les deux autres recours du Mali. Ces deux États partagent de longues frontières avec le pays. Le coton brut malien transite désormais par Nouakchott dont le port est utilisé par les Maliens pour une partie de leur approvisionnement. La Mauritanie peut tirer avantage de cette augmentation des échanges commerciaux, d’autant plus que, d’ores et déjà, la France, à travers la compagnie Air France, a repris les vols depuis le Mali via la capitale mauritanienne. C’est une opportunité pour développer son secteur aérien.

Quant à l’Algérie, déjà très impliquée dans la vie économique malienne dans le nord du pays, du fait de la distance avec les zones urbaines du Sud. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a déjà fait savoir qu’il estimait raisonnable une période de transition de 12 à 16 mois. Il s’est proposé d’aider à la mise en place d’un plan de crise. L’embargo ne va faire que décupler les échanges entre les deux États.

Comment réagissent les Maliens ?

Les choses ne se passent pas comme prévu, car les sanctions ont suscité la colère de nombreux Maliens et réveillé un sentiment patriotique qui profite au gouvernement de transition. Le vendredi 14 janvier, on a assisté à une mobilisation populaire sans précédent à Bamako et dans plusieurs villes du pays. Les manifestants ont dénoncé les sanctions de la Cedeao, mais s’en sont également pris à la France, accusée d’avoir instrumentalisé les chefs d’État de la région contre leur pays. Dans l’opinion, la Cedeao est considérée comme une organisation dont l’objectif est de favoriser l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest. Même si elle n’a jamais réussi à mettre en place une véritable politique d’intégration, dans le sens où tout ce qu’elle avait imaginé, que ce soit le passeport, la libre circulation des personnes et des biens, n’a jamais été une réalité à part entière dans l’espace commun, mais elle affichait une volonté politique saluée par tous. En adoptant les sanctions les plus dures à l’endroit du Mali, cela a réveillé un sentiment de résistance et entraîné une levée de boucliers chez les populations. Et pour l’instant, elles se disent qu’elles ont raison. Car l’activité économique continue malgré les sanctions. Ce dynamisme de l’économie malienne, il faut le conjuguer avec le fait que l’État malien a pris certaines précautions, après les premières sanctions ciblées contre des membres de la junte. Les autorités savaient qu’il y aurait un deuxième niveau et qu’il affecterait cette fois les populations. L’impression générale qui se dégage après deux mois, c’est que le pays s’est trouvé des espaces de respiration le temps du régime de sanctions. D’autant que l’économie malienne n’est pas la seule à pâtir de la suspension des échanges commerciaux.

N’est-ce pas contre-productif pour la Cedeao et les partenaires du Mali ?

En quelque sorte. Le fait que les autorités de la transition se soient engagées à diversifier leurs partenaires, au détriment de la relation historique avec la France a permis de libérer les voix de différents acteurs, pas uniquement au sein de la population, mais aussi dans les plus hautes sphères. Ces derniers considèrent qu’il est temps pour le pays de prendre son destin en main.

La Cedeao a tout intérêt à mettre fin le plus rapidement possible aux sanctions. L’enjeu est de taille pour l’organisation. Si la situation perdure, cela peut provoquer une crise de confiance durable entre certains États et la Cedeao, qui risque d’être définitivement perçue comme une association au service des chefs d’État ou un instrument au service de la France, qui en profiterait pour sanctionner les États qui ne suivent pas ces recommandations.

Loin de fragiliser l’assise populaire du gouvernement de transition, l’annonce des sanctions a au contraire réveillé un sentiment patriotique au sein de l’opinion malienne. Comment l’expliquez-vous ?

Les formes d’organisation et de résistance populaires sont ancrées dans l’histoire du Mali. Plus proche de nous, la gestion de l’après-coup d’État de 2012 où le Mali s’était retrouvé dans une même situation est restée dans la mémoire de nombreux Maliens. À cette époque, le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, avait su mettre en place un certain nombre de leviers pour contourner l’embargo. Il avait réussi à payer les fonctionnaires et à faire fonctionner l’État. Pour beaucoup, c’est une manière pour le Mali de s’affranchir des aides extérieures. Les récentes sanctions n’ont fait que réveiller ce vieux souvenir. La personnalité du chef de la transition est aussi un facteur à prendre en compte. Dans l’esprit de nombreux Maliens, sa posture est comparable à celle d’un Thomas Sankara. Pour une partie de l’opinion, même si c’est un peu difficile au quotidien, il est un leader qui tient tête et maintient éveillé ce sentiment d’un pays qui se réapproprie sa souveraineté nationale. Et qui dit souveraineté économique dit souveraineté militaire et politique.

Concrètement, au-delà des sanctions de la Cedeao, quelle sortie de crise pour le Mali ?

Les autorités maliennes ont une vision de la transition qui est en contradiction avec la conception portée par la Cedeao et d’autres acteurs qui sont très focalisés sur les dates des élections. Le point d’achoppement, c’est bien évidemment le chronogramme qui doit fixer la durée de la transition. Les autorités maliennes disent que, pour éviter les erreurs du passé, une prolongation de la transition initialement fixée à 18 mois est inévitable. Faut-il encore le souligner, le pays est gangrené par la corruption et les mauvaises pratiques, le système politique reste dysfonctionnel. La transition demande du temps pour mener les réformes les plus urgentes afin de parvenir à une sortie de crise durable, avant d’aller aux élections. De l’autre côté, la Cedeao et les autres partenaires estiment que la transition ne devrait pas jouer ce rôle et qu’elle devrait plutôt s’atteler à organiser rapidement les élections pour pouvoir laisser la possibilité au prochain président démocratiquement élu de s’occuper des réformes.

Pour la transition, le Mali traverse une grave crise multidimensionnelle qui dure depuis des décennies. D’après eux, la tenue rapide des élections à la suite du coup d’État de 2012 n’a en rien réglé les maux du Mali. Au contraire, l’élection d’Ibrahim Boubacar Keïta n’a pas permis de résoudre les problèmes de fond. Elle n’a fait que creuser les déficits en matière de mal-gouvernance, et au bout du compte amené à une nouvelle crise postélectorale en 2018 puis en 2020. Avec au bout du compte un nouveau coup d’État. Les autorités actuelles ont fixé comme priorité la mise en place d’un fichier électoral digne de ce nom, plus de résultats dans la lutte contre l’insécurité pour pouvoir passer le relais et permettre au pays d’aller vers la bonne gouvernance et une souveraineté qui permettaient enfin aux populations maliennes de retrouver davantage confiance dans la démocratie.

Vous avez récemment publié un essai intitulé « Pour un nouveau progressisme africain ». Pourquoi avoir choisi ce terme de progressisme, quand on sait que le mouvement progressiste panafricain n’a pas obtenu de résultats durant les années de la lutte ?

L’Afrique est un continent qui a énormément d’atouts, dont 60 % de surface de terres agricoles disponibles, une population extrêmement jeune, avec de nombreuses opportunités naturelles. Mais pourquoi ne parvenons-nous toujours pas à transformer ces opportunités ? Qu’est-ce qui nous empêche de valoriser son potentiel et de sortir de cette situation ? Au-delà des postures afro-pessimistes et afro-optimistes, je propose des pistes de solution autour de la notion de progrès parce que je crois fermement qu’il faut replacer les populations au cœur des réformes. Cet essai est également le fruit d’un travail collectif, puisque je propose avec d’autres experts de réfléchir sur dix-sept thématiques stratégiques, telles l’économie, la jeunesse, la diaspora, la condition des femmes, indissociables du développement. À chaque fois, nous dressons un état des lieux ainsi que des pistes concrètes, accompagnées d’exemples, révélant au passage certaines combinaisons ayant le pouvoir de lever tous les obstacles et de déclencher des effets positifs en cascade. Nous avons aussi lancé un site dédié où tout un chacun peut donner ses pistes de réflexion, apporter sa contribution, ses critiques, l’idée est d’enclencher un processus collectif qui pourra servir à l’ensemble du continent africain. Je suis foncièrement convaincu que la crise systémique à laquelle le continent africain est confronté depuis les indépendances n’est pas une malédiction. Cet ouvrage est un plaidoyer pour une Afrique confiante dans ses capacités, ses ressources et son avenir.

Avec Le Point propos recueillis par Vivaine Forson

Maroc-Allemagne : fin officielle de la crise diplomatique

février 17, 2022
Annalena Baerbock et Nasser Bourita, le 16 février 2022 © MAP

Après plusieurs signes d’apaisement, le Maroc et l’Allemagne actent officiellement leur réconciliation et la reprise de leurs relations.

Ce 16 février, le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita s’est entretenu pour la première fois avec son homologue allemande, Annalena Baerbock. Cette réunion par visioconférence, placée sous le signe de la cordialité, a été l’occasion « d’entamer un nouveau dialogue afin de surmonter les malentendus et d’approfondir les relations bilatérales aux multiples facettes », selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères allemand.

Toujours selon ce communiqué « les deux ministres ont convenu de renouer avec la qualité particulière des relations bilatérales dans tous les domaines, dans l’esprit des politiques éprouvées, de cohérence et de respect mutuel ».

Au-delà des mots, deux éléments concrets actent officiellement la réconciliation entre le royaume et l’Allemagne : « La reprise de la coopération, dans tous les domaines et avec tous les acteurs », et le retour « prochain » d’un nouvel ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne à Rabat, dont le poste est vacant depuis huit mois. Côté marocain, l’ambassadrice Zohour Alaoui a quant à elle retrouvé son poste à Berlin depuis la fin janvier 2022.

Une opération séduction en deux temps

Quatre mois après son arrivée au pouvoir, l’exécutif allemand dirigé par le social-démocrate Olaf Scholz, aura donc réussi à désamorcer la crise diplomatique entre les deux pays. Pour rappel, en mars 2021, la diplomatie marocaine avait décidé de suspendre tout contact avec l’ambassade allemande à Rabat et, par conséquent, de geler ses relations avec Berlin.

LE MINISTÈRE ALLEMAND DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES A SALUÉ LA « CONTRIBUTION IMPORTANTE » DE RABAT SUR LE DOSSIER DU SAHARA

En cause : la position allemande sur le dossier du Sahara, contrariée par la décision de Donald Trump de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara en décembre 2020, au point de convoquer une réunion d’urgence au Conseil de Sécurité de l’ONU pour discuter du sujet. Parmi les autres griefs retenus par Rabat contre Berlin, l’absence d’invitation du Maroc à la conférence organisée sur la Libye dans la capitale allemande en janvier 2020, ou encore le cas Mohamed Hajib, un salafiste détenteur de la nationalité allemande, résident en Allemagne, et dont le royaume demande l’extradition après la diffusion de vidéos où il appelle à des attaques contre le Maroc.

Le changement de gouvernement en Allemagne en décembre 2021 aura finalement eu raison de cette brouille. Pour ce faire, Berlin a mis en place une stratégie de réconciliation en deux temps. En décembre, le ministère allemand des Affaires étrangères a publié un communiqué qui déclare que « le Maroc a apporté une contribution importante » concernant la résolution du conflit au Sahara, « à travers un plan d’autonomie au Sahara en 2007 ». Un évolution rhétorique subtile, mais un message reçu 5 sur 5 à Rabat.

Invitation à Berlin

Dans la foulée, le président fédéral allemand, Frank-Walter Steinmeier – qui avait déjà fait part de sa position plutôt favorable au plan d’autonomie marocain lors d’une visite au royaume en 2015 -, a écrit un courrier à l’attention du roi Mohammed VI, pour lui exprimer son souhait de « renforcer leur partenariat stratégique » et l’inviter à effectuer une visite d’État à Berlin.

Des « signaux positifs », selon Rabat, qui avait alors fait part de sa « grande satisfaction ». Et annoncé sa volonté de reprendre une « relation normale ».

Par Jeune Afrique par Nina Kazlowski – à Casablanca

Canada-Crise au SPVQ : un policier pourrait avoir commis des infractions criminelles

décembre 6, 2021
Trois captures d'écran d'une quatrième vidéo montrant une intervention musclée du SPVQ.

Trois captures d’écran d’une quatrième vidéo montrant une intervention musclée du SPVQ. Photo : Gracieuseté

Des infractions criminelles pourraient avoir été commises par un policier du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) impliqué dans les récentes interventions musclées qui ont fait le tour des réseaux sociaux la semaine dernière.

Les enquêteurs du Module des normes professionnelles du SPVQService de police de la Ville de Québec ont des motifs raisonnables de croire que le policier en question aurait commis des gestes criminels dans au moins deux événements distincts.

Selon nos informations, les actions reprochées au même agent seraient survenues lors d’interventions policières à la sortie des bars sur la Grande Allée et au District Saint-Joseph, un restaurant-bar du quartier Saint-Roch.

Dans la vidéo tournée sur la Grande-Allée vers le 20 novembre et abondamment diffusée sur Facebook ces derniers jours, on voit un agent interpeller un jeune homme en lui criant : Veux-tu que je te gaze mon ostie? avant de le pousser violemment contre une autopatrouille.

Une troisième vidéo d’une intervention policière brutale fait surface Photo:  Capture d’écran – Facebook

Dans l’autre vidéo prise au District Saint-Joseph vers le 17 octobre, on aperçoit trois policiers intervenir auprès d’un homme dans un corridor menant vers des toilettes. À un certain moment, l’un des agents a violemment poussé l’individu contre un mur, sur lequel il s’est frappé la tête avant d’être menotté. L’homme aurait subi des blessures et une commotion cérébrale, selon sa conjointe.

Enquête transférée au BEI

Les dossiers concernant le policier qui fait l’objet d’enquêtes ont donc été transférés au Bureau des enquêtes indépendantes (BEIBureau des enquêtes indépendantes), nous apprend le SPVQService de police de la Ville de Québec dans un communiqué acheminé aux médias.

Considérant le caractère exceptionnel des événements et après discussion avec le ministère de la Sécurité publique (MSP), il a été convenu de transférer ces deux enquêtes distinctes au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), précise le SPVQService de police de la Ville de Québec.

L’enquête interne qui englobe l’ensemble de ces dénonciations est toujours en cours et les analyses se poursuivent tout en collaborant de manière active avec le Commissaire à la déontologie policière, ajoute-t-on.

Mme Guilbault parle en conférence de presse.

Geneviève Guilbault en conférence de presse. Photo : Radio-Canada

La ministre Guilbault réagit

D’ici 45 jours à compter de la date de réception des allégations, le BEIBureau des enquêtes indépendantes est tenu de fournir par écrit l’état d’avancement du dossier à la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

Ma responsabilité est de m’assurer de maintenir un lien de confiance fort entre nos citoyens et nos policiers. Le Service de police de la Ville de Québec a conduit son enquête interne de manière diligente, ce qui l’a amené à me faire part d’allégations relatives à des infractions criminelles possibles, a réagi la vice-première ministre du Québec dans un communiqué.

« Je demande donc au Bureau des enquêtes indépendantes de les examiner, tel que prévu dans la Loi sur la police. Je salue la célérité et la rigueur avec lesquelles le SPVQ a agi dans ce dossier. »— Une citation de  Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique

Rappelons que cinq policiers du SPVQ ont été suspendus la semaine dernière dans la foulée de la crise qui secoue actuellement le corps de police.

Le chef de police du SPVQ Service de police de la Ville de Québec, Denis Turcotte, a invité la population et les médias à ne pas tirer de conclusions trop hâtives, mais s’est engagé à aller au fond des choses promptement concernant l’enquête interne en cours.

Avec Radio-Canada par Alain Rochefort

Crise au Liban: « Il faut établir des listes de noms et sanctionner les responsables »

septembre 17, 2021

Emmanuel Macron à Beyrouth, le 31 août 2020

Le Parlement européen a voté une résolution pour accélérer la prise de sanctions contre les dirigeants libanais à l’origine de la situation très préoccupante du pays. Entretien avec le député français Christophe Grudler, qui appelle à maintenir la pression internationale.

Condition préalable à l’octroi de l’aide internationale, le Liban s’est doté le 10 septembre d’un nouveau gouvernement tant attendu, avec une répartition des postes égales entre chrétiens et musulmans, conformément au système confessionnel. Mais la pression internationale ne faiblit pas. Le parlement européen a voté, ce 16 septembre, une résolution non contraignante réclamant un durcissement des sanctions contre des responsables de la grave crise politique et économique que traverse le pays.

Le texte déposé par le groupe du Parti populaire européen (PPE), l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), les Conservateurs et réformistes européens (CRE), le groupe Verts/ALE et la liste centriste Renaissance – ou Renew Europe, qui regroupe La République en marche (LREM), le Mouvement démocrate (Modem), Agir et le Mouvement radical –, a bénéficié d’un consensus, avec 575 voix sur 685 députés présents.

Enquête entravée

Effondrement des institutions, corruption endémique, crise financière exacerbée depuis fin 2019, hausse du taux de pauvreté, protestations populaires, manque de redevabilité des hauts responsables, cette résolution souligne la situation extrêmement préoccupante que traverse le pays, exacerbée par la crise du Covid-19 et l’accueil des réfugiés syriens. Les auteurs du texte dénoncent le rejet par les députés, motivés par des intérêts privés, du plan de sauvetage gouvernemental soutenu par le FMI. Ils reprochent également à des figures politiques libanaises clés d’avoir entravé l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth du 4 août 2020 et refusé la demande de levée d’immunité de certains membres du parlement. Accusant directement une poignée de personnalités d’être responsable d’un « désastre », ils pointent notamment du doigt le gouverneur de la banque centrale, Riad Salamé, et son frère.

Dans ce contexte, les députés européens appellent à la mise en œuvre de réformes profondes, proposent l’ouverture d’une enquête internationale indépendante et  exhortent le Service européen pour l’action extérieure à établir clairement des listes de personnalités et d’entités responsables. Entretien avec le député français Christophe Grudler, membre de Renew Europe et porteur de ce texte.

Jeune Afrique : Le 16 septembre, le Parlement européen a réclamé un durcissement des sanctions contre les responsables libanais. Quels pays ont été à l’initiative de cette résolution ?

Christophe Grudler :  Les francophones, et les députés français en premier lieu, sont à la pointe du sujet du fait de leurs attaches culturelles et amicales avec le Liban. Mais quand j’ai porté ce texte, nous avons aussi bénéficié de la solidarité de nombreux collègues allemands, suédois, belges et italiens. Il y a eu un consensus autour d’un objectif : aider concrètement le peuple libanais.

TOUS LES PAYS DOIVENT COOPÉRER POUR CONCLURE L’ENQUÊTE SUR L’EXPLOSION DU PORT DE BEYROUTH

Le Conseil de l’Europe a déjà adopté fin juillet un cadre légal pour sanctionner les responsables de la crise. Vous appelez désormais à la création d’un tribunal spécial chargé des affaires de corruption et à la mise en œuvre de réformes structurelles. En quoi ce texte peut faire évoluer concrètement la situation ? 

Nous réclamons une enquête et des sanctions contre les responsables, il faut établir des listes de noms et se donner les moyens de contrôler ces personnalités. Nous parlons au nom du peuple européen, notre but est d’obtenir des actes forts rapidement. Nous appelons à la coopération de tous les pays afin d’identifier les biens mal acquis et de conclure l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth. Nous demandons également la mise en place d’une commission de suivi des élections de 2022 et nous sommes convaincus que le Service européen pour l’action extérieure s’en saisira.

En quoi votre démarche peut-elle accélérer la contribution des États européens sur ces dossiers ?

Les listes de noms seront établies sur la base d’une enquête internationale indépendante, sachant qu’il existe déjà des investigations en Suisse ou en France sur le gouverneur de la Banque du Liban et une enquête indépendante autour du blanchiment d’argent en Europe. Nous souhaitons que les États membres échangent des informations, en association également avec la Suisse et la Grande-Bretagne. Cette cohérence entre pays est nécessaire.

La Hongrie s’est certes opposée à l’enquête d’un juge international sur des personnalités libanaises mais nous sommes parvenus à créer un courant transversal englobant presque tous les groupes parlementaires, mis à part ceux de l’extrême gauche et de l’extrême droite. Chacun pourra influer sur les décisions des responsables de son État. Au-delà de cette résolution, nous avons créé des liens entre collègues de différentes nationalités et partis. Nous comptons ainsi suivre le dossier et nous rendre sur place s’il le faut pour constater les réalités du terrain.

À PARTIR DU MOMENT OÙ DES RESPONSABLES ONT ÉTÉ IDENTIFIÉS, ILS POURRONT ÊTRE SANCTIONNÉS

Pour quelles raisons soulignez-vous dans ce texte l’implication du Hezbollah et d’autres factions dans la crise politique et économique que traverse le pays ?

Quelles que soient les factions, notre objectif principal est la lutte contre la corruption. À partir du moment où des responsables ont été identifiés, ils pourront être sanctionnés, leurs biens mal acquis gelés, et une fois ces groupes affaiblis, nous pourrons parler de nation libanaise. Ce qui tue le Liban, c’est l’enfermement autour du communautarisme.

S’agit-il de remettre en cause un autre point sensible du Liban, le système confessionnel ?

L’objectif est de développer un système d’appartenance nationale au Liban. Il s’agit d’une nation et non pas d’une fédération. Tout ce qui renforcera ce sentiment fera du bien à tout le monde.

Le pays ayant été placé sous perfusion économique par les bailleurs, la responsabilité internationale est-elle engagée dans la faillite structurelle d’un État corrompu ?

L’enquête indépendante permettra d’établir toutes les responsabilités, mais elles sont avant tout celles des gouvernants. Les financeurs ne sont pas responsables du refus du précédent gouvernement de libérer des éléments d’enquête autour du port de Beyrouth, ni de l’opposition de la commission des finances à la levée de l’immunité parlementaire.

SI CE GOUVERNEMENT NE VEUT PAS COOPÉRER, IL SERA REJETÉ COMME SES PRÉDÉCESSEURS

En pleine déroute économique, doublée d’une crise sanitaire, le pays doit négocier un accord avec le FMI. Faut-il maintenir la pression internationale et européenne dans ce contexte ?

C’est nécessaire car si ce gouvernement ne veut pas coopérer, il ne pourra pas réussir et sera rejeté comme l’ont été ses prédécesseurs. La pauvreté, la grande précarité énergétique et alimentaire du pays lui imposent de reconnaître les erreurs passées et d’agir de manière positive. Ce sont des conditions préalables à l’aide internationale et au retour de l’argent de la diaspora. Il faut que ce gouvernement fasse ses preuves. La pression internationale permet de montrer que tout ne lui est pas dû.

L’UE a apporté une assistance économique au Liban et des aides d’urgence. Mais vous appelez à faire en sorte que ces fonds parviennent réellement dans les mains des acteurs de terrain…

Nous ne pouvons pas nous permettre de voir l’argent destiné à aider les Libanais aller dans la poche de quelques oligarques. C’est ce qui a pu se produire par le passé et l’enquête pourra le prouver. Il y a déjà des présomptions soulignées par l’enquête d’Amnesty International et par des juges européens. Nous demandons plus de moyens européens humains pour contrôler le bon usage de ce qui a été envoyé, avec la mise en place d’une task force internationale.

Avec Jeune Afrique par Camille Lafrance

RDC-Alimentation : cinq communes kinoises en situation de crise

septembre 15, 2021

Masina, Matete, Ndjili, Ngaba et Ngaliema sont arrivés à la phase trois du cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire du Programme alimentaire mondial (PAM). Entre 20 à 25 % de leurs habitants respectifs sont en phase trois ou plus. Comme l’explique l’institution onusienne, ce niveau vient juste avant la famine.

Le rapport IPC du PAM, paru dans la presse le 14 septembre, révèle une situation alimentaire très difficile dans certaines communes peuplées de Kinshasa et même quelques provinces congolaises. Cinq des vingt-quatre communes kinoises sont touchées par la crise alimentaire. Pour atteindre ces résultats, les enquêteurs ont recouru à un ensemble d’outils et de processus qui leur ont permis d’analyser et de classifier la sévérité de l’insécurité alimentaire suivant des normes scientifiques internationales.

Situation difficile à Kinshasa

Selon le rapport, plus de 1,5 million de personnes affichent un besoin d’assistance humanitaire pour sauver leur vie et protéger leurs moyens d’existence sur la période courant de février à juillet 2021. Dans les cinq communes les plus touchées, 20 à 25 % de la population est en phase 3 de l’IPC ou plus. Par ailleurs, d’autres zones urbaines comme les communes de Bumbu et Kimbanseke se trouvent dans la même situation.

Quelques grandes villes touchées

Pour la situation des provinces, le rapport IPC s’étend sur des zones urbaines jadis présentées comme le grenier du pays en raison de leur vocation hautement agricole. Il s’agit des villes de Kindu (Maniema), Beni (Nord-Kivu), Kananga (Kasaï central), Kalemie (Tanganyika), Mbuji-Mayi (Kasaï oriental), Uvira (Sud-Kivu) et Gemena (Sud-Ubangui). Selon le PAM, elles se trouvent également dans la phase 3 dite « situation de crise ». Là aussi, entre 20 à 40 % de leurs habitants respectifs approchent de la famine.

Causes

Après la publication de ces chiffres alarmants, le rapport va plus loin en présentant les principaux facteurs responsables de l’insécurité alimentaire en milieu urbain. Il y a bien entendu les effets directs de la pandémie de la covid-19, mais également d’autres facteurs comme le faible accès à l’emploi, les revenus des ménages et la hausse des prix des denrées alimentaires. Le but ultime de cette étude est de permettre aux décideurs de disposer d’une analyse rigoureuse de l’insécurité alimentaire dans les contextes d’urgence, de transition et de développement, ainsi que des objectifs clés pour mieux coordonner les interventions, conclût le rapport.

Avec Adiac-Congo par Laurent Essolomwa