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Pénuries d’essence : le Nigeria victime de la crise énergétique européenne ?

avril 17, 2022

En pleine flambée des cours des hydrocarbures, l’Europe occidentale lorgne le pétrole nigérian. Pourtant, la population du premier producteur d’or noir d’Afrique subsaharienne ne profite pas de cette opportunité. Au contraire.

© Damien Glez

Branle-bas de combat, depuis l’intervention russe en Ukraine, au cœur d’une Union européenne prise en étau : d’un côté, le devoir de prendre des sanctions économiques contre l’agresseur ; de l’autre, la dépendance à l’égard de cette énergie russe qu’il serait de bon ton de boycotter. « Notre temps est venu », pensent tout haut les ressortissants d’une Afrique riche mais appauvrie, riche d’une petite quinzaine de pour-cent des réserves mondiales d’hydrocarbures…

Et des diplomates de l’UE de négocier, en début de semaine, avec la compagnie pétrolière publique nigériane, 40 % de son gaz étant déjà exportés en Europe. Et les leaders du Nigeria, du Niger et de l’Algérie de conclure, il y a quelques semaines, un accord pour redémarrer les travaux d’un vaste projet de gazoduc transsaharien de 4 000 km…

Si les cordonniers ont la réputation d’être les plus mal chaussés, le premier producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne est actuellement confronté à une grave pénurie d’essence qui pourrait ressembler à un running gag si le quotidien des Nigérians n’était pas devenu un casse-tête.

Depuis le mois de janvier déjà, de longues files d’automobilistes se déploient dès sept heures du matin dans les stations-service de Lagos, Abuja, Ibadan ou Enugu, en quête d’une denrée rare : un plein d’essence, voire le remplissage de jerrycans. Avec le début du conflit en Ukraine, en février, la flambée des cours des hydrocarbures a eu pour conséquence de doubler le prix du diesel dans un Nigeria producteur de pétrole qui… importe du carburant.

2 % du PIB

Dans le pays le plus peuplé du continent, les problèmes énergétiques ne sont pas que conjoncturels. Ils sont structurels et multidimensionnels : dépendance excessive au pétrole notamment pour s’alimenter en électricité, vétusté des raffineries du pays, exportations excessives de brut, mauvais approvisionnement en gaz, annulations de vols faute de kérosène, développement du secteur des carburants frelatés, faiblesses et défauts de maintenance du réseau électrique avec 206 pannes répertoriées entre 2010 et 2019 – délestages, ces derniers mois, dans des aéroports, des hôpitaux et même dans la résidence du président Buhari –, difficultés individuelles d’alimenter les générateurs diesel, recrudescence des accidents de voitures dans des rues plongées dans le noir…

Alors que les gestions du pétrole et de l’électricité sont imbriquées, la Banque mondiale considère que les seules coupures électriques coûteraient au Nigeria quelque 2 % de son PIB. Et que dire de l’impact de la pénurie d’essence sur l’efficacité de l’économie, quand les citoyens qui n’ont pas capitulé en restant à la maison doivent perdre des heures à attendre le précieux carburant ?

Damien Glez

Avec Jeune Afrique par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

« Les sanctions ont suscité la colère de nombreux Maliens »

mars 10, 2022

DÉCRYPTAGE. Deux mois après l’adoption par la Cedeao d’un embargo économique sans précédent, l’économiste Boubacar Salif Traoré pointe les sérieuses difficultés à venir.

Il y a deux mois, la Cedeao imposait un embargo economique au Mali pour forcer la junte au pouvoir a rendre le pouvoir aux civils.
Il y a deux mois, la Cedeao imposait un embargo économique au Mali pour forcer la junte au pouvoir à rendre le pouvoir aux civils.© NACER TALEL / Anadolu Agency via AFP

À minuit passé d’une minute, le 9 janvier, les sanctions de la Cedeao les plus sévères jamais adoptées contre le Mali, en réponse à la volonté des militaires de se maintenir au pouvoir jusqu’à fin 2026, sont entrées en vigueur. Parmi la batterie de mesures immédiatement applicables : la fermeture des frontières terrestres et aériennes avec le Mali ; la suspension de toute transaction commerciale, à l’exception de certains produits de première nécessité ; et le gel des avoirs du Mali à la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest (BCEAO) et dans les banques commerciales de la région. Deux mois plus tard, il est très difficile de mesurer leur impact. Car loin d’avoir produit les effets escomptés, elles ont au contraire réveillé chez les Maliens un sentiment patriotique qui ne s’était plus observé depuis des décennies. Comment l’expliquer ? Comment le comprendre ? En ligne depuis Bamako, l’économiste et spécialiste des questions de sécurité et de développement dans le Sahel, Boubacar Salif Traoré décrypte pour Le Point Afrique la situation.

Le Point Afrique : Quel est l’impact des sanctions décidées par la Cedeao, il y a deux mois, sur l’économie malienne ?

Boubacar Salif Traoré : À l’évidence, les sanctions visaient non seulement à isoler le Mali sur la scène internationale en fragilisant son économie, mais aussi à créer une pression interne des Maliens sur leurs dirigeants. Cet embargo à la fois économique et politico-diplomatique affecte le Mali qui est un pays sans littoral et dont l’économie dépend à plus de 70 % des importations. Cependant, près de deux mois après leur entrée en vigueur, l’évaluation de leur impact reste à ce stade encore très aléatoire. Autant en interne, il paraît déterminant pour les dirigeants de donner le sentiment que tout va bien, mais en creusant un peu en profondeur, des difficultés apparaissent à l’horizon.

Y a-t-il eu des changements sur les marchés ?

Concrètement, deux risques importants se profilent pour le pays, une crise inflationniste et de liquidités. Les prix ont déjà augmenté sur les marchés, que ce soit les denrées de première nécessité ou d’autres produits, comme les matériaux de construction, notamment, le prix du ciment qui est en hausse, ce qui a ralenti le secteur du bâtiment, très dynamique au Mali. L’inflation touche aussi les produits du quotidien, qui pourtant, ne sont pas concernés par les sanctions. Ce sont de petites augmentations qui finissent par peser sur le panier de la ménagère et qui de jour en jour commence à faire mal.

Quels sont les leviers qui permettent au pays de tenir encore debout sur le plan économique ?

Certains mécanismes de protection ont été enclenchés. La banque privée continue, par exemple, à être approvisionnée par la BCEAO, l’organe central de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, qui a décidé d’augmenter jusqu’à pratiquement 300 milliards de francs CFA par semaine pour que l’activité économique ne s’arrête pas complètement. En revanche, les comptes de l’État sont gelés et cela a de lourdes conséquences, car certains fournisseurs n’arrivent plus à se faire payer. Le gouvernement n’a pas pu honorer ses engagements auprès de plusieurs créanciers et a dû s’adresser aux investisseurs pour s’en expliquer.

Boubacar Salif Traoré dirige également à Bamako, le cabinet de conseils Afriglob. © DR

Mais le Mali reste un pays vulnérable, avec une économie fragile, un PIB de 17 milliards de dollars et donc si les sanctions ne sont pas rapidement levées, cela va produire un effet dévastateur sur le long terme. Le pays ne peut pas tenir six mois dans ces conditions. Pour le moment, le secteur informel continue de jouer son rôle en permettant aux populations de mettre en place une économie de la débrouille. Les ménages maliens comptent aussi sur les transferts de la diaspora. Mais si, à court ou moyen terme, l’État ne parvient pas à négocier un retour à une situation normale, il y aura des conséquences plus lourdes. Une chose très importante, c’est que le pays est engagé dans une longue guerre, il faudra faire face aux dépenses, notamment celle des salaires des militaires et des fonctionnaires.

Quels partenaires commerciaux sont les plus affectés par ces sanctions ?

Le Mali est une plaque tournante de la sous-région, il partage ses frontières avec sept pays et fait le lien entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne. Le pays est la sixième économie de la Cedeao sur 15 États et la troisième économie de l’Uemoa. Donc, ce n’est pas du tout un petit pays. Son premier partenaire économique est le Sénégal, vient ensuite la Côte d’Ivoire. Ces deux pays sont en réalité les premières victimes collatérales des sanctions prises à l’endroit du Mali. Le port de Dakar enregistre au moins 50 % des produits destinés au Mali. En 2020, le Mali a accueilli 21 % des exportations de marchandises du Sénégal, soit plus que l’ensemble du continent. Sur le plan interne, que ce soit au Sénégal ou en Côte d’Ivoire, la cherté de la vie revient comme un boomerang. Le président Ouattara l’a très bien expliqué à son retour de Bruxelles, vers le 22 au 23 février dernier, il a été obligé d’organiser une conférence de presse pour donner des éléments de compréhension autour de la hausse des prix des denrées alimentaires dans son pays. Il a expliqué qu’il y avait des causes internes comme la sécheresse, et a pointé l’impact de l’embargo sur le bétail, une denrée dont les coûts ont déjà flambé ces derniers mois. Plus le temps passe, plus les États qui ont en commun le franc CFA et partagent une frontière avec le Mali vont commencer à ressentir les effets de cet embargo sur leur économie.

Sur quels soutiens extérieurs le Mali peut-il s’appuyer pour y faire face ? Plusieurs pays comme l’Algérie, la Guinée ou la Mauritanie apparaissent comme des recours. De quelles manières et avec quels intérêts ?

Le Mali a besoin d’accéder aux ports de la sous-région pour maintenir le minimum vital. Le pays est exportateur de coton – sa principale culture de rente – et aussi d’or, de bétail, de riz, de certaines huiles, d’engrais, etc. Il importe aussi de nombreux produits. Face à la fermeture des frontières du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, il a fallu trouver des alternatives. Il y a donc eu un redéploiement vers la Guinée et la Mauritanie. La Guinée, bien que membre de la Cedeao, est dirigée par une junte militaire qui a décidé de ne pas suivre les sanctions imposées par l’organisation. Le pays connaît déjà une recrudescence du trafic de marchandises au port de Conakry. L’Algérie et la Mauritanie, qui ne sont pas membres de la Cedeao, sont les deux autres recours du Mali. Ces deux États partagent de longues frontières avec le pays. Le coton brut malien transite désormais par Nouakchott dont le port est utilisé par les Maliens pour une partie de leur approvisionnement. La Mauritanie peut tirer avantage de cette augmentation des échanges commerciaux, d’autant plus que, d’ores et déjà, la France, à travers la compagnie Air France, a repris les vols depuis le Mali via la capitale mauritanienne. C’est une opportunité pour développer son secteur aérien.

Quant à l’Algérie, déjà très impliquée dans la vie économique malienne dans le nord du pays, du fait de la distance avec les zones urbaines du Sud. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a déjà fait savoir qu’il estimait raisonnable une période de transition de 12 à 16 mois. Il s’est proposé d’aider à la mise en place d’un plan de crise. L’embargo ne va faire que décupler les échanges entre les deux États.

Comment réagissent les Maliens ?

Les choses ne se passent pas comme prévu, car les sanctions ont suscité la colère de nombreux Maliens et réveillé un sentiment patriotique qui profite au gouvernement de transition. Le vendredi 14 janvier, on a assisté à une mobilisation populaire sans précédent à Bamako et dans plusieurs villes du pays. Les manifestants ont dénoncé les sanctions de la Cedeao, mais s’en sont également pris à la France, accusée d’avoir instrumentalisé les chefs d’État de la région contre leur pays. Dans l’opinion, la Cedeao est considérée comme une organisation dont l’objectif est de favoriser l’intégration économique de l’Afrique de l’Ouest. Même si elle n’a jamais réussi à mettre en place une véritable politique d’intégration, dans le sens où tout ce qu’elle avait imaginé, que ce soit le passeport, la libre circulation des personnes et des biens, n’a jamais été une réalité à part entière dans l’espace commun, mais elle affichait une volonté politique saluée par tous. En adoptant les sanctions les plus dures à l’endroit du Mali, cela a réveillé un sentiment de résistance et entraîné une levée de boucliers chez les populations. Et pour l’instant, elles se disent qu’elles ont raison. Car l’activité économique continue malgré les sanctions. Ce dynamisme de l’économie malienne, il faut le conjuguer avec le fait que l’État malien a pris certaines précautions, après les premières sanctions ciblées contre des membres de la junte. Les autorités savaient qu’il y aurait un deuxième niveau et qu’il affecterait cette fois les populations. L’impression générale qui se dégage après deux mois, c’est que le pays s’est trouvé des espaces de respiration le temps du régime de sanctions. D’autant que l’économie malienne n’est pas la seule à pâtir de la suspension des échanges commerciaux.

N’est-ce pas contre-productif pour la Cedeao et les partenaires du Mali ?

En quelque sorte. Le fait que les autorités de la transition se soient engagées à diversifier leurs partenaires, au détriment de la relation historique avec la France a permis de libérer les voix de différents acteurs, pas uniquement au sein de la population, mais aussi dans les plus hautes sphères. Ces derniers considèrent qu’il est temps pour le pays de prendre son destin en main.

La Cedeao a tout intérêt à mettre fin le plus rapidement possible aux sanctions. L’enjeu est de taille pour l’organisation. Si la situation perdure, cela peut provoquer une crise de confiance durable entre certains États et la Cedeao, qui risque d’être définitivement perçue comme une association au service des chefs d’État ou un instrument au service de la France, qui en profiterait pour sanctionner les États qui ne suivent pas ces recommandations.

Loin de fragiliser l’assise populaire du gouvernement de transition, l’annonce des sanctions a au contraire réveillé un sentiment patriotique au sein de l’opinion malienne. Comment l’expliquez-vous ?

Les formes d’organisation et de résistance populaires sont ancrées dans l’histoire du Mali. Plus proche de nous, la gestion de l’après-coup d’État de 2012 où le Mali s’était retrouvé dans une même situation est restée dans la mémoire de nombreux Maliens. À cette époque, le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, avait su mettre en place un certain nombre de leviers pour contourner l’embargo. Il avait réussi à payer les fonctionnaires et à faire fonctionner l’État. Pour beaucoup, c’est une manière pour le Mali de s’affranchir des aides extérieures. Les récentes sanctions n’ont fait que réveiller ce vieux souvenir. La personnalité du chef de la transition est aussi un facteur à prendre en compte. Dans l’esprit de nombreux Maliens, sa posture est comparable à celle d’un Thomas Sankara. Pour une partie de l’opinion, même si c’est un peu difficile au quotidien, il est un leader qui tient tête et maintient éveillé ce sentiment d’un pays qui se réapproprie sa souveraineté nationale. Et qui dit souveraineté économique dit souveraineté militaire et politique.

Concrètement, au-delà des sanctions de la Cedeao, quelle sortie de crise pour le Mali ?

Les autorités maliennes ont une vision de la transition qui est en contradiction avec la conception portée par la Cedeao et d’autres acteurs qui sont très focalisés sur les dates des élections. Le point d’achoppement, c’est bien évidemment le chronogramme qui doit fixer la durée de la transition. Les autorités maliennes disent que, pour éviter les erreurs du passé, une prolongation de la transition initialement fixée à 18 mois est inévitable. Faut-il encore le souligner, le pays est gangrené par la corruption et les mauvaises pratiques, le système politique reste dysfonctionnel. La transition demande du temps pour mener les réformes les plus urgentes afin de parvenir à une sortie de crise durable, avant d’aller aux élections. De l’autre côté, la Cedeao et les autres partenaires estiment que la transition ne devrait pas jouer ce rôle et qu’elle devrait plutôt s’atteler à organiser rapidement les élections pour pouvoir laisser la possibilité au prochain président démocratiquement élu de s’occuper des réformes.

Pour la transition, le Mali traverse une grave crise multidimensionnelle qui dure depuis des décennies. D’après eux, la tenue rapide des élections à la suite du coup d’État de 2012 n’a en rien réglé les maux du Mali. Au contraire, l’élection d’Ibrahim Boubacar Keïta n’a pas permis de résoudre les problèmes de fond. Elle n’a fait que creuser les déficits en matière de mal-gouvernance, et au bout du compte amené à une nouvelle crise postélectorale en 2018 puis en 2020. Avec au bout du compte un nouveau coup d’État. Les autorités actuelles ont fixé comme priorité la mise en place d’un fichier électoral digne de ce nom, plus de résultats dans la lutte contre l’insécurité pour pouvoir passer le relais et permettre au pays d’aller vers la bonne gouvernance et une souveraineté qui permettaient enfin aux populations maliennes de retrouver davantage confiance dans la démocratie.

Vous avez récemment publié un essai intitulé « Pour un nouveau progressisme africain ». Pourquoi avoir choisi ce terme de progressisme, quand on sait que le mouvement progressiste panafricain n’a pas obtenu de résultats durant les années de la lutte ?

L’Afrique est un continent qui a énormément d’atouts, dont 60 % de surface de terres agricoles disponibles, une population extrêmement jeune, avec de nombreuses opportunités naturelles. Mais pourquoi ne parvenons-nous toujours pas à transformer ces opportunités ? Qu’est-ce qui nous empêche de valoriser son potentiel et de sortir de cette situation ? Au-delà des postures afro-pessimistes et afro-optimistes, je propose des pistes de solution autour de la notion de progrès parce que je crois fermement qu’il faut replacer les populations au cœur des réformes. Cet essai est également le fruit d’un travail collectif, puisque je propose avec d’autres experts de réfléchir sur dix-sept thématiques stratégiques, telles l’économie, la jeunesse, la diaspora, la condition des femmes, indissociables du développement. À chaque fois, nous dressons un état des lieux ainsi que des pistes concrètes, accompagnées d’exemples, révélant au passage certaines combinaisons ayant le pouvoir de lever tous les obstacles et de déclencher des effets positifs en cascade. Nous avons aussi lancé un site dédié où tout un chacun peut donner ses pistes de réflexion, apporter sa contribution, ses critiques, l’idée est d’enclencher un processus collectif qui pourra servir à l’ensemble du continent africain. Je suis foncièrement convaincu que la crise systémique à laquelle le continent africain est confronté depuis les indépendances n’est pas une malédiction. Cet ouvrage est un plaidoyer pour une Afrique confiante dans ses capacités, ses ressources et son avenir.

Avec Le Point propos recueillis par Vivaine Forson

Maroc-Allemagne : fin officielle de la crise diplomatique

février 17, 2022
Annalena Baerbock et Nasser Bourita, le 16 février 2022 © MAP

Après plusieurs signes d’apaisement, le Maroc et l’Allemagne actent officiellement leur réconciliation et la reprise de leurs relations.

Ce 16 février, le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita s’est entretenu pour la première fois avec son homologue allemande, Annalena Baerbock. Cette réunion par visioconférence, placée sous le signe de la cordialité, a été l’occasion « d’entamer un nouveau dialogue afin de surmonter les malentendus et d’approfondir les relations bilatérales aux multiples facettes », selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères allemand.

Toujours selon ce communiqué « les deux ministres ont convenu de renouer avec la qualité particulière des relations bilatérales dans tous les domaines, dans l’esprit des politiques éprouvées, de cohérence et de respect mutuel ».

Au-delà des mots, deux éléments concrets actent officiellement la réconciliation entre le royaume et l’Allemagne : « La reprise de la coopération, dans tous les domaines et avec tous les acteurs », et le retour « prochain » d’un nouvel ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne à Rabat, dont le poste est vacant depuis huit mois. Côté marocain, l’ambassadrice Zohour Alaoui a quant à elle retrouvé son poste à Berlin depuis la fin janvier 2022.

Une opération séduction en deux temps

Quatre mois après son arrivée au pouvoir, l’exécutif allemand dirigé par le social-démocrate Olaf Scholz, aura donc réussi à désamorcer la crise diplomatique entre les deux pays. Pour rappel, en mars 2021, la diplomatie marocaine avait décidé de suspendre tout contact avec l’ambassade allemande à Rabat et, par conséquent, de geler ses relations avec Berlin.

LE MINISTÈRE ALLEMAND DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES A SALUÉ LA « CONTRIBUTION IMPORTANTE » DE RABAT SUR LE DOSSIER DU SAHARA

En cause : la position allemande sur le dossier du Sahara, contrariée par la décision de Donald Trump de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara en décembre 2020, au point de convoquer une réunion d’urgence au Conseil de Sécurité de l’ONU pour discuter du sujet. Parmi les autres griefs retenus par Rabat contre Berlin, l’absence d’invitation du Maroc à la conférence organisée sur la Libye dans la capitale allemande en janvier 2020, ou encore le cas Mohamed Hajib, un salafiste détenteur de la nationalité allemande, résident en Allemagne, et dont le royaume demande l’extradition après la diffusion de vidéos où il appelle à des attaques contre le Maroc.

Le changement de gouvernement en Allemagne en décembre 2021 aura finalement eu raison de cette brouille. Pour ce faire, Berlin a mis en place une stratégie de réconciliation en deux temps. En décembre, le ministère allemand des Affaires étrangères a publié un communiqué qui déclare que « le Maroc a apporté une contribution importante » concernant la résolution du conflit au Sahara, « à travers un plan d’autonomie au Sahara en 2007 ». Un évolution rhétorique subtile, mais un message reçu 5 sur 5 à Rabat.

Invitation à Berlin

Dans la foulée, le président fédéral allemand, Frank-Walter Steinmeier – qui avait déjà fait part de sa position plutôt favorable au plan d’autonomie marocain lors d’une visite au royaume en 2015 -, a écrit un courrier à l’attention du roi Mohammed VI, pour lui exprimer son souhait de « renforcer leur partenariat stratégique » et l’inviter à effectuer une visite d’État à Berlin.

Des « signaux positifs », selon Rabat, qui avait alors fait part de sa « grande satisfaction ». Et annoncé sa volonté de reprendre une « relation normale ».

Par Jeune Afrique par Nina Kazlowski – à Casablanca

Canada-Crise au SPVQ : un policier pourrait avoir commis des infractions criminelles

décembre 6, 2021
Trois captures d'écran d'une quatrième vidéo montrant une intervention musclée du SPVQ.

Trois captures d’écran d’une quatrième vidéo montrant une intervention musclée du SPVQ. Photo : Gracieuseté

Des infractions criminelles pourraient avoir été commises par un policier du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) impliqué dans les récentes interventions musclées qui ont fait le tour des réseaux sociaux la semaine dernière.

Les enquêteurs du Module des normes professionnelles du SPVQService de police de la Ville de Québec ont des motifs raisonnables de croire que le policier en question aurait commis des gestes criminels dans au moins deux événements distincts.

Selon nos informations, les actions reprochées au même agent seraient survenues lors d’interventions policières à la sortie des bars sur la Grande Allée et au District Saint-Joseph, un restaurant-bar du quartier Saint-Roch.

Dans la vidéo tournée sur la Grande-Allée vers le 20 novembre et abondamment diffusée sur Facebook ces derniers jours, on voit un agent interpeller un jeune homme en lui criant : Veux-tu que je te gaze mon ostie? avant de le pousser violemment contre une autopatrouille.

Une troisième vidéo d’une intervention policière brutale fait surface Photo:  Capture d’écran – Facebook

Dans l’autre vidéo prise au District Saint-Joseph vers le 17 octobre, on aperçoit trois policiers intervenir auprès d’un homme dans un corridor menant vers des toilettes. À un certain moment, l’un des agents a violemment poussé l’individu contre un mur, sur lequel il s’est frappé la tête avant d’être menotté. L’homme aurait subi des blessures et une commotion cérébrale, selon sa conjointe.

Enquête transférée au BEI

Les dossiers concernant le policier qui fait l’objet d’enquêtes ont donc été transférés au Bureau des enquêtes indépendantes (BEIBureau des enquêtes indépendantes), nous apprend le SPVQService de police de la Ville de Québec dans un communiqué acheminé aux médias.

Considérant le caractère exceptionnel des événements et après discussion avec le ministère de la Sécurité publique (MSP), il a été convenu de transférer ces deux enquêtes distinctes au Bureau des enquêtes indépendantes (BEI), précise le SPVQService de police de la Ville de Québec.

L’enquête interne qui englobe l’ensemble de ces dénonciations est toujours en cours et les analyses se poursuivent tout en collaborant de manière active avec le Commissaire à la déontologie policière, ajoute-t-on.

Mme Guilbault parle en conférence de presse.

Geneviève Guilbault en conférence de presse. Photo : Radio-Canada

La ministre Guilbault réagit

D’ici 45 jours à compter de la date de réception des allégations, le BEIBureau des enquêtes indépendantes est tenu de fournir par écrit l’état d’avancement du dossier à la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

Ma responsabilité est de m’assurer de maintenir un lien de confiance fort entre nos citoyens et nos policiers. Le Service de police de la Ville de Québec a conduit son enquête interne de manière diligente, ce qui l’a amené à me faire part d’allégations relatives à des infractions criminelles possibles, a réagi la vice-première ministre du Québec dans un communiqué.

« Je demande donc au Bureau des enquêtes indépendantes de les examiner, tel que prévu dans la Loi sur la police. Je salue la célérité et la rigueur avec lesquelles le SPVQ a agi dans ce dossier. »— Une citation de  Geneviève Guilbault, ministre de la Sécurité publique

Rappelons que cinq policiers du SPVQ ont été suspendus la semaine dernière dans la foulée de la crise qui secoue actuellement le corps de police.

Le chef de police du SPVQ Service de police de la Ville de Québec, Denis Turcotte, a invité la population et les médias à ne pas tirer de conclusions trop hâtives, mais s’est engagé à aller au fond des choses promptement concernant l’enquête interne en cours.

Avec Radio-Canada par Alain Rochefort

Crise au Liban: « Il faut établir des listes de noms et sanctionner les responsables »

septembre 17, 2021

Emmanuel Macron à Beyrouth, le 31 août 2020

Le Parlement européen a voté une résolution pour accélérer la prise de sanctions contre les dirigeants libanais à l’origine de la situation très préoccupante du pays. Entretien avec le député français Christophe Grudler, qui appelle à maintenir la pression internationale.

Condition préalable à l’octroi de l’aide internationale, le Liban s’est doté le 10 septembre d’un nouveau gouvernement tant attendu, avec une répartition des postes égales entre chrétiens et musulmans, conformément au système confessionnel. Mais la pression internationale ne faiblit pas. Le parlement européen a voté, ce 16 septembre, une résolution non contraignante réclamant un durcissement des sanctions contre des responsables de la grave crise politique et économique que traverse le pays.

Le texte déposé par le groupe du Parti populaire européen (PPE), l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), les Conservateurs et réformistes européens (CRE), le groupe Verts/ALE et la liste centriste Renaissance – ou Renew Europe, qui regroupe La République en marche (LREM), le Mouvement démocrate (Modem), Agir et le Mouvement radical –, a bénéficié d’un consensus, avec 575 voix sur 685 députés présents.

Enquête entravée

Effondrement des institutions, corruption endémique, crise financière exacerbée depuis fin 2019, hausse du taux de pauvreté, protestations populaires, manque de redevabilité des hauts responsables, cette résolution souligne la situation extrêmement préoccupante que traverse le pays, exacerbée par la crise du Covid-19 et l’accueil des réfugiés syriens. Les auteurs du texte dénoncent le rejet par les députés, motivés par des intérêts privés, du plan de sauvetage gouvernemental soutenu par le FMI. Ils reprochent également à des figures politiques libanaises clés d’avoir entravé l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth du 4 août 2020 et refusé la demande de levée d’immunité de certains membres du parlement. Accusant directement une poignée de personnalités d’être responsable d’un « désastre », ils pointent notamment du doigt le gouverneur de la banque centrale, Riad Salamé, et son frère.

Dans ce contexte, les députés européens appellent à la mise en œuvre de réformes profondes, proposent l’ouverture d’une enquête internationale indépendante et  exhortent le Service européen pour l’action extérieure à établir clairement des listes de personnalités et d’entités responsables. Entretien avec le député français Christophe Grudler, membre de Renew Europe et porteur de ce texte.

Jeune Afrique : Le 16 septembre, le Parlement européen a réclamé un durcissement des sanctions contre les responsables libanais. Quels pays ont été à l’initiative de cette résolution ?

Christophe Grudler :  Les francophones, et les députés français en premier lieu, sont à la pointe du sujet du fait de leurs attaches culturelles et amicales avec le Liban. Mais quand j’ai porté ce texte, nous avons aussi bénéficié de la solidarité de nombreux collègues allemands, suédois, belges et italiens. Il y a eu un consensus autour d’un objectif : aider concrètement le peuple libanais.

TOUS LES PAYS DOIVENT COOPÉRER POUR CONCLURE L’ENQUÊTE SUR L’EXPLOSION DU PORT DE BEYROUTH

Le Conseil de l’Europe a déjà adopté fin juillet un cadre légal pour sanctionner les responsables de la crise. Vous appelez désormais à la création d’un tribunal spécial chargé des affaires de corruption et à la mise en œuvre de réformes structurelles. En quoi ce texte peut faire évoluer concrètement la situation ? 

Nous réclamons une enquête et des sanctions contre les responsables, il faut établir des listes de noms et se donner les moyens de contrôler ces personnalités. Nous parlons au nom du peuple européen, notre but est d’obtenir des actes forts rapidement. Nous appelons à la coopération de tous les pays afin d’identifier les biens mal acquis et de conclure l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth. Nous demandons également la mise en place d’une commission de suivi des élections de 2022 et nous sommes convaincus que le Service européen pour l’action extérieure s’en saisira.

En quoi votre démarche peut-elle accélérer la contribution des États européens sur ces dossiers ?

Les listes de noms seront établies sur la base d’une enquête internationale indépendante, sachant qu’il existe déjà des investigations en Suisse ou en France sur le gouverneur de la Banque du Liban et une enquête indépendante autour du blanchiment d’argent en Europe. Nous souhaitons que les États membres échangent des informations, en association également avec la Suisse et la Grande-Bretagne. Cette cohérence entre pays est nécessaire.

La Hongrie s’est certes opposée à l’enquête d’un juge international sur des personnalités libanaises mais nous sommes parvenus à créer un courant transversal englobant presque tous les groupes parlementaires, mis à part ceux de l’extrême gauche et de l’extrême droite. Chacun pourra influer sur les décisions des responsables de son État. Au-delà de cette résolution, nous avons créé des liens entre collègues de différentes nationalités et partis. Nous comptons ainsi suivre le dossier et nous rendre sur place s’il le faut pour constater les réalités du terrain.

À PARTIR DU MOMENT OÙ DES RESPONSABLES ONT ÉTÉ IDENTIFIÉS, ILS POURRONT ÊTRE SANCTIONNÉS

Pour quelles raisons soulignez-vous dans ce texte l’implication du Hezbollah et d’autres factions dans la crise politique et économique que traverse le pays ?

Quelles que soient les factions, notre objectif principal est la lutte contre la corruption. À partir du moment où des responsables ont été identifiés, ils pourront être sanctionnés, leurs biens mal acquis gelés, et une fois ces groupes affaiblis, nous pourrons parler de nation libanaise. Ce qui tue le Liban, c’est l’enfermement autour du communautarisme.

S’agit-il de remettre en cause un autre point sensible du Liban, le système confessionnel ?

L’objectif est de développer un système d’appartenance nationale au Liban. Il s’agit d’une nation et non pas d’une fédération. Tout ce qui renforcera ce sentiment fera du bien à tout le monde.

Le pays ayant été placé sous perfusion économique par les bailleurs, la responsabilité internationale est-elle engagée dans la faillite structurelle d’un État corrompu ?

L’enquête indépendante permettra d’établir toutes les responsabilités, mais elles sont avant tout celles des gouvernants. Les financeurs ne sont pas responsables du refus du précédent gouvernement de libérer des éléments d’enquête autour du port de Beyrouth, ni de l’opposition de la commission des finances à la levée de l’immunité parlementaire.

SI CE GOUVERNEMENT NE VEUT PAS COOPÉRER, IL SERA REJETÉ COMME SES PRÉDÉCESSEURS

En pleine déroute économique, doublée d’une crise sanitaire, le pays doit négocier un accord avec le FMI. Faut-il maintenir la pression internationale et européenne dans ce contexte ?

C’est nécessaire car si ce gouvernement ne veut pas coopérer, il ne pourra pas réussir et sera rejeté comme l’ont été ses prédécesseurs. La pauvreté, la grande précarité énergétique et alimentaire du pays lui imposent de reconnaître les erreurs passées et d’agir de manière positive. Ce sont des conditions préalables à l’aide internationale et au retour de l’argent de la diaspora. Il faut que ce gouvernement fasse ses preuves. La pression internationale permet de montrer que tout ne lui est pas dû.

L’UE a apporté une assistance économique au Liban et des aides d’urgence. Mais vous appelez à faire en sorte que ces fonds parviennent réellement dans les mains des acteurs de terrain…

Nous ne pouvons pas nous permettre de voir l’argent destiné à aider les Libanais aller dans la poche de quelques oligarques. C’est ce qui a pu se produire par le passé et l’enquête pourra le prouver. Il y a déjà des présomptions soulignées par l’enquête d’Amnesty International et par des juges européens. Nous demandons plus de moyens européens humains pour contrôler le bon usage de ce qui a été envoyé, avec la mise en place d’une task force internationale.

Avec Jeune Afrique par Camille Lafrance

RDC-Alimentation : cinq communes kinoises en situation de crise

septembre 15, 2021

Masina, Matete, Ndjili, Ngaba et Ngaliema sont arrivés à la phase trois du cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire du Programme alimentaire mondial (PAM). Entre 20 à 25 % de leurs habitants respectifs sont en phase trois ou plus. Comme l’explique l’institution onusienne, ce niveau vient juste avant la famine.

Le rapport IPC du PAM, paru dans la presse le 14 septembre, révèle une situation alimentaire très difficile dans certaines communes peuplées de Kinshasa et même quelques provinces congolaises. Cinq des vingt-quatre communes kinoises sont touchées par la crise alimentaire. Pour atteindre ces résultats, les enquêteurs ont recouru à un ensemble d’outils et de processus qui leur ont permis d’analyser et de classifier la sévérité de l’insécurité alimentaire suivant des normes scientifiques internationales.

Situation difficile à Kinshasa

Selon le rapport, plus de 1,5 million de personnes affichent un besoin d’assistance humanitaire pour sauver leur vie et protéger leurs moyens d’existence sur la période courant de février à juillet 2021. Dans les cinq communes les plus touchées, 20 à 25 % de la population est en phase 3 de l’IPC ou plus. Par ailleurs, d’autres zones urbaines comme les communes de Bumbu et Kimbanseke se trouvent dans la même situation.

Quelques grandes villes touchées

Pour la situation des provinces, le rapport IPC s’étend sur des zones urbaines jadis présentées comme le grenier du pays en raison de leur vocation hautement agricole. Il s’agit des villes de Kindu (Maniema), Beni (Nord-Kivu), Kananga (Kasaï central), Kalemie (Tanganyika), Mbuji-Mayi (Kasaï oriental), Uvira (Sud-Kivu) et Gemena (Sud-Ubangui). Selon le PAM, elles se trouvent également dans la phase 3 dite « situation de crise ». Là aussi, entre 20 à 40 % de leurs habitants respectifs approchent de la famine.

Causes

Après la publication de ces chiffres alarmants, le rapport va plus loin en présentant les principaux facteurs responsables de l’insécurité alimentaire en milieu urbain. Il y a bien entendu les effets directs de la pandémie de la covid-19, mais également d’autres facteurs comme le faible accès à l’emploi, les revenus des ménages et la hausse des prix des denrées alimentaires. Le but ultime de cette étude est de permettre aux décideurs de disposer d’une analyse rigoureuse de l’insécurité alimentaire dans les contextes d’urgence, de transition et de développement, ainsi que des objectifs clés pour mieux coordonner les interventions, conclût le rapport.

Avec Adiac-Congo par Laurent Essolomwa

Najib Mikati, un milliardaire honni par la rue pour diriger un Liban en crise

juillet 26, 2021
Najib Mikati, un milliardaire honni par la rue pour diriger un Liban en crise
Najib Mikati, un milliardaire honni par la rue pour diriger un Liban en crise© AFP/Archives/Alberto PIZZOLI

Homme le plus fortuné du LibanNajib Mikati, désigné lundi pour former un gouvernement de sauvetage dans un pays en plein effondrement, fait partie d’une classe politique inamovible depuis plusieurs décennies, accusée par la rue d’être corrompue et d’avoir laissé couler le pays.

Grand et chauve, l’homme d’affaires sunnite de 65 ans est originaire de Tripoli, l’une des villes les plus pauvres du Liban, dont la population estime souvent être oubliée par l’Etat.

Engagé en politique depuis plus de deux décennies, ce parlementaire a occupé le poste de Premier ministre à deux reprises.

Dans un Liban multiconfessionnel, régi par un laborieux système de partage du pouvoir entre communautés religieuses, il reste un des chefs de file de la communauté sunnite. Le magazine Forbes estime sa fortune à 2,7 milliards de dollars.

Pour une partie de l’opinion publique, M. Mikati –dont le frère Taha est également milliardaire– est l’incarnation de ce système politique libanais gangréné par le clientélisme, l’affairisme, la corruption et les conflits d’intérêts.

Il a été nommé une première fois chef de gouvernement pendant trois mois dans la foulée de l’assassinat de l’ex-Premier ministre Rafic Hariri en 2005.

En 2011, il a dirigé une équipe ministérielle dominée par le Hezbollah chiite et ses alliés jusqu’à sa démission en mars 2013, sur fond de profondes divergences internes exacerbées par le conflit en Syrie voisine.

Auparavant, il avait occupé le portefeuille des Travaux publics entre 1998 et 2004, qu’il avait réussi à moderniser.

Ami personnel du président syrien Bachar al-Assad, il a souvent été accusé de proximité avec le Hezbollah, une étiquette dont il a toujours cherché à s’affranchir.

Télécoms et immobilier

Marié et père de trois enfants, l’homme d’affaires est à la tête d’un petit empire international, avec des investissements dans les télécoms mais aussi dans l’immobilier, notamment à Londres, New York et Monaco.

Son groupe M1, une holding familiale qu’il a cofondée, est un des principaux actionnaires de l’opérateur sud-africain de télécommunications MTN, propriétaire de la marque de prêt-à-porter haut de gamme « Façonnable », et investisseur dans le transport, le gaz et le pétrole.

En juillet, M1 a repris un des plus gros opérateurs téléphoniques de Birmanie, les détracteurs dénonçant alors des proximités avec la junte birmane.

Najib et son frère Taha s’étaient lancés dans le monde des affaires dans les années 1980 en vendant des téléphones satellites pendant la guerre civile au Liban (1975-1990), indique Forbes.

Ils ont ensuite étendu leurs activités au continent africain avec la construction de tours de téléphonie mobile, notamment au Ghana, au Libéria et au Bénin.

Diplômé en gestion des entreprises de l’Université américaine de Beyrouth (AUB), M. Mikati a étudié à l’institut d’administration des affaires Insead à Fontainebleau, près de Paris, puis à l’université de Harvard aux Etats-Unis.

En octobre 2019, alors qu’un mouvement de contestation inédit réclamait le départ de l’ensemble de la classe dirigeante, la colère des manifestants à Tripoli s’est aussi dirigée contre M. Mikati.

Ses portraits dans la ville ont alors été arrachés et des manifestants ont tenté d’attaquer sa résidence.

Plusieurs enquêtes étaient alors en cours pour des faits de corruption: M. Mikati faisait partie des responsables visés par des soupçons d' »enrichissement illicite ».

Mais depuis, les enquêtes piétinent et la contestation populaire s’est essoufflée.

Par Le Point avec AFP

Pandémie: les taxis londoniens broient du noir

juin 6, 2021

« La pandémie a fait des ravages », confesse Barry Ivens, qui comme ses collègues chauffeurs des emblématiques taxis noirs londoniens a beaucoup souffert financièrement et psychologiques de l’année écoulée.

Le chauffeur Barry Ivens devant son taxi, le 27 mai 2021 à Londres

© Niklas HALLE’N Le chauffeur Barry Ivens devant son taxi, le 27 mai 2021 à Londres

Le chauffeur de 53 ans, qui parcourt les rues londoniennes depuis un quart de siècle, explique n’avoir jamais rien vécu de comparable. Avec les trois confinements qui ont frappé le Royaume-Uni, pays le plus endeuillé d’Europe par la pandémie avec près de 128.000 morts, les clients se sont faits extrêmement rares, explique-t-il en recherchant une course.

Le chauffeur Barry Ivens dans son taxi, le 27 mai 2021 à Londres

© Niklas HALLE’N Le chauffeur Barry Ivens dans son taxi, le 27 mai 2021 à Londres

L’homme a puisé dans tous les moyens possibles – demandant les aides du gouvernement, mettant sur pause les remboursements de ses prêts – pour s’en sortir financièrement. Mais la crise sanitaire a aussi durement affecté son moral. 

Lui qui fait partie d’un collectif de taxis proposant des visites de la capitale souffre du manque de contact social qu’il aimait tant dans son travail. « J’étais presque comme un guide de Londres, ça me manque tout le temps », soupire Barry Ivens.

 Le chauffeur Barry Ivens dans son taxi, le 27 mai 2021 à Londres

© Niklas HALLE’N Le chauffeur Barry Ivens dans son taxi, le 27 mai 2021 à Londres

« J’essaye de me concentrer sur le fait que je suis toujours là, que ma famille va bien et que je peux conduire mon taxi », essaye-t-il de relativiser, dressant un parallèle avec « l’attitude de (sa) grand-mère pendant la guerre ». 

– « Plein d’espoir » –

Alors que le Royaume-Uni sort progressivement de son dernier confinement, les clients reviennent peu à peu, donnant à des milliers de « cabs » londoniens l’espoir que le pire est derrière eux. 

Barry Ivens estime avoir récupéré deux tiers de ses courses, mais c’est à peine suffisant pour survivre. Le tiers restant constituait en effet sa « marge de profit », explique-t-il: « C’est ce tiers-là qui payait pour ma vie ». 

Le secteur est « plein d’espoir » et commence à voir « les premiers signes de relance », nuance Steve McNamara, de l’Association des Conducteurs de Taxis (LTDA). 

Mais il souligne que les chauffeurs ont malheureusement dû consommer toute leur épargne pour survivre à l’année écoulée.  « Toute marge de manœuvre a disparu », soupire-t-il.

Les dernières statistiques officielles montrent le lourd tribut que le secteur a payé à la pandémie: le nombre de licences officielles a diminué de 5.000 en un an, pour tomber à environ 13.700. 

« De nombreux chauffeurs ont mis leur véhicule à la casse, d’autres l’ont vendu ou ont rendu leur licence », explique M. McNamara, évoquant de « terribles histoires » de « véhicules saisis et d’huissiers qui frappent aux portes ».

C’est pourquoi M. McNamara craint une « pénurie massive de taxis, quand les choses commenceront véritablement à reprendre ». D’autres, au contraire, s’inquiètent que le télétravail se pérennise, leur confisquant une partie de leur clientèle. 

Les travailleurs « reviennent au compte-gouttes », observe Paul, 59 ans et 20 ans de métier. « Mais ce qui nous inquiète, c’est que les gens ne reviendront travailler que deux ou trois jours » par semaine.

– « Londres à cœur » –

Autre manque à gagner pour les taxis: les touristes étrangers, actuellement peu nombreux à se rendre au Royaume-Uni en raison de la quarantaine obligatoire en arrivant depuis la plupart des pays. 

Pour M. McNamara, le retour des touristes fera en effet « une énorme différence », même si en attendant « les choses continuent de s’améliorer ». 

Mais après des années difficiles face à la concurrence d’applications de chauffeurs moins chers, certains craignent que le futur des taxis londoniens ait été définitivement compromis par la pandémie malgré les efforts nécessaires. 

Les chauffeurs de ces emblématiques taxis bombés – conçus à l’origine pour accueillir des passagers dotés de chapeaux haut-de-forme – ont en effet dû passer un examen diaboliquement difficile. Testant leur mémoire des rues et itinéraires, il dote la capitale de conducteurs particulièrement qualifiés, mais nécessite des années d’études et pas mal d’argent. 

« Il faut faire perdurer ces professions -c’est là-dessus que Londres s’est construite », plaide M. Ivens.

Avec FAP par jj-cdu/gmo/uh

Dans les profondeurs des entrailles

mai 12, 2021

Depuis les entrailles fermées de ma tombe

Ma musique résonne encore en trombe

Et fait danser les humains à la ronde

Dans un concert à la joie gourmande

Aujourd’hui dans les villes du monde

À Las Vegas, à Rio de Janeiro et Mexico

Malgré la pandémie qui vous inonde

Le déconfinement est un chant de coquerico

Chacun de vous a perdu un être cher

Durant cette crise cruciale et sanitaire

Dur moment de grisaille qui nécessite espoir

Car dans la marche de la vie il faut sourire

Bernard NKOUNKOU

Crise au Mali: sommet extraordinaire de l’Afrique de l’Ouest lundi 27 juillet

juillet 23, 2020

 

Un sommet extraordinaire de l’Afrique de l’Ouest se tiendra lundi 27 juillet, a annoncé jeudi soir le chef de l’Etat nigérien et président en exercice de la Cédéao, Mahamadou Issoufou, à l’issue d’une journée de pourparlers à Bamako qui n’ont pas résolu la crise que traverse le Mali depuis juin.

«Nous avons décidé de faire un compte-rendu à l’ensemble des chefs d’Etat de la Cédéao dans le cadre d’un sommet extraordinaire qui est convoqué pour le lundi» 27 juillet, a déclaré à la presse Mahamadou Issoufou, ajoutant que des «mesures fortes pour accompagner le Mali» seront prises à lors de ce sommet qui se déroulera par visio-conférence.

Par Le Figaro avec AFP