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En Afrique du Sud, un rapport préliminaire blanchit Ramaphosa dans l’affaire des billets cachés

mars 12, 2023

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, englué depuis des mois dans un scandale lié à la découverte d’argent dans son canapé, est dédouané par un rapport préliminaire ayant fuité dans la presse. Mais une enquête de la police reste en cours.

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, le 9 février 2023, avant son discours sur l’état de la nation. © ESA ALEXANDER / POOL / AFP.

Le porte-parole du président Ramaphosa, Vincent Magwenya, a confirmé samedi 11 mars que le président avait reçu le rapport, mais sans en commenter le contenu. « Nous prenons note du rapport. Comme indiqué précédemment, nous réitérons que le président n’a participé à aucun acte répréhensible », dit-il dans un communiqué.

Cyril Ramaphosa, 70 ans, qui a fait fortune dans les affaires avant d’accéder à la fonction suprême, est accusé d’avoir caché à la police et au fisc un cambriolage dans sa propriété de Phala Phala, où il élève des bovins rares. En février 2020, des intrus étaient repartis avec 580 000 dollars dénichés sous les coussins d’un canapé. Le fruit de la vente de vingt buffles, selon le président.

Une enquête policière toujours en cours

Le rapport, s’il exonère le président, souligne que le chef de l’unité de protection présidentielle, à qui Cyril Ramaphosa avait signalé le vol, avait agi de manière inappropriée, en enquêtant directement sur l’affaire au lieu de la signaler à la police, selon des extraits publiés par plusieurs médias.

Si ce rapport est une bonne nouvelle pour le président sud-africain, une enquête policière reste cependant toujours en cours. L’homme d’affaires soudanais Hazim Mustafa, qui a raconté être l’acheteur des buffles en question, n’aurait pas déclaré cette forte somme d’espèces à la douane, comme l’exige la loi, à son arrivée en Afrique du Sud.

Ce scandale, qui a éclaté en juin, ternit l’image du président qui avait promis d’éradiquer la corruption en arrivant au pouvoir. Et qui risque de continuer à le gêner s’il brigue un second mandat l’an prochain.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

En Afrique du Sud, Ramaphosa sous haute tension

janvier 25, 2023

Après une année 2022 catastrophique marquée par plus de 200 jours de délestages, les coupures de courant se poursuivent et fragilisent le chef de l’État. Au point qu’il a dû annuler son voyage à Davos.

Cyril Ramaphosa, le président sud-africain, ici à Londres, le 24 novembre 2022. © Justin Tallis/AFP

Les Sud-Africains ne voient pas la lumière au bout du tunnel. Ils ont traversé une sombre année 2022, marquée par plus de 200 jours de coupures de courant. Et ce record pourrait être battu en 2023. Eskom, l’entreprise publique d’électricité, parle pudiquement de « délestages », autrement dit : une interruption localisée et temporaire de la distribution électrique pour protéger le réseau quand la demande excède la production. Après des années de mauvaise gestion, de corruption, de sabotages et de décisions politiques inadéquates, Eskom se révèle tout bonnement incapable de produire de l’électricité de manière continue.

Ce qui était exceptionnel – être privé d’électricité dix heures par jour – est devenu la norme. Effarés par cette déliquescence, les Sud-Africains commencent à se mobiliser pour montrer à Cyril Ramaphosa, leur président, de quel bois ils se chauffent. De violentes manifestations ont éclaté dans plusieurs townships. Ailleurs, des organisations de la société civile battent le pavé pour relayer le ras-le-bol de la population. Ce fut le cas, le 20 janvier, à Pretoria. Une autre marche est prévue, le 2 février, à Midrand (au nord de Johannesbourg), devant les locaux d’Eskom.

L’opposition devrait rassembler les plus gros cortèges. Ce 25 janvier, l’Alliance démocratique (DA) invite « tous les Sud-Africains à faire entendre leur colère contre la destruction, par l’ANC, de [leurs] infrastructures énergétiques et de [leur] économie. » Nombreux sont ceux qui ont rejoint la marche qui est en cours devant Luthuli House, le quartier général du parti, à Johannesburg, que la DA décrit comme « une scène de crime. »

Chasse à l’homme

Pour l’Alliance démocratique, le coupable, c’est l’ANC. Pour l’ANC, le responsable, c’est la direction d’Eskom. Et pour Eskom, l’ennemi, c’est le crime organisé, qui sabote et pille ses infrastructures. Les suspects sont très nombreux, aussi les accusations fusent dans tous les sens. L’hebdomadaire Mail&Guardian a publié une galerie de portraits sous la forme d’un avis de recherche, titré : « Les assassins d’Eskom. » Parmi les 24 personnalités citées, figurent les trois derniers chefs de l’État, des ministres, d’anciens dirigeants d’Eskom et les frères Gupta – une fratrie d’hommes d’affaires indiens accusée d’avoir pris le contrôle d’Eskom avec la bénédiction de l’ancien président, Jacob Zuma.

Les 24 personnalités composent une photo de famille : celle de l’ANC depuis vingt ans. « Cette crise est un match de foot qui se joue au sein de l’ANC, où chacun se renvoie la balle », dénonce Narend Singh, chef des parlementaires de l’Inkatha Freedom Party (IFP), quatrième force politique du pays. Ses partisans manifesteront le 3 février à Durban, dans le KwaZulu-Natal, fief de l’IFP. Dans cette province riche en électeurs, le parti zoulou est un concurrent direct de l’ANC. Lors des scrutins locaux, en 2021, l’IFP y a progressé de 5 points, recueillant 24,29% des voix, contre 41,40% à l’ANC.

NON SEULEMENT VOUS DÉTRUISEZ L’ÉCONOMIE, MAIS VOUS METTEZ LA PRESSION SUR LES CONSOMMATEURS

En plus d’un front social, un front judiciaire s’est ouvert contre le gouvernement.  Avec une coalition de petits partis et de syndicats, l’Alliance démocratique attaque en justice la décision, prise par une autorité de régulation, d’augmenter le prix de l’électricité de plus de 18% pour l’exercice 2023-2024. « Non seulement vous détruisez l’économie, mais vous mettez la pression sur le consommateur, dont la facture a doublé en quatre ans, et ce pour un service défaillant », tonne Mmusi Maimane, leader du parti Build One South Africa (BOSA).

Depuis cette annonce, Cyril Ramaphosa appelle également Eskom à ne pas appliquer la hausse des tarifs. Sentant le vent tourner, il joue la carte du président du peuple. Il a ainsi annulé sa participation au Forum économique mondial de Davos pour se consacrer à la gestion de cette crise. L’annonce de son désistement a fait grand bruit, et à dessein. Le chef de l’État n’en est pas à sa première annulation. En septembre 2022, il avait renoncé à se rendre de Londres à New York, où il devait participer à la session de l’Assemblée générale des Nations unies, et était rentré au pays sitôt après les obsèques de la reine Elizabeth II. En 2019, il avait écourté une visite en Égypte pour voler au secours du réseau électrique sud-africain.

Ces changements de programme n’impressionnent nullement l’opposition. « Le président a montré son incapacité à s’attaquer à nos problèmes et à les résoudre. Il ne faut donc voir dans l’annulation de son voyage à Davos qu’un coup de communication », tacle Mmusi Maimane. Le chef de l’État a mis ces jours à profit pour consulter tous azimuts des experts et des responsables politiques. « Des réunions au cours desquelles il présente de grands plans stratégiques qui n’aboutissent jamais », fustige Ghaleb Cachalia, un parlementaire DA chargé des questions liées aux entreprises publiques.

Plans d’urgence

S’adresser à la nation ? Déjà fait. Pas plus tard qu’en juillet 2022, lors d’une énième série de délestages. Le président avait alors dévoilé un plan d’action censé sauver Eskom. Les mesures d’urgence prévoient une hausse du budget de maintenance pour réparer des centrales vieillissantes, le recrutement de personnels compétents, des achats d’électricité à des opérateurs privés et à des pays voisins, ou encore l’accélération des projets en matière d’énergies renouvelables. « Nous n’avons pas besoin de nouveaux plans », a commenté Cyril Ramaphosa, le 21 janvier, à l’issue d’une réunion du Comité national de la crise énergétique. « Le plan d’action énergétique trace clairement la voie d’une sortie de crise », assure-t-il.

En quinze années de délestages, les Sud-Africains ont appris à se méfier de l’optimisme présidentiel. En 2015, qui a dit : « D’ici à 18 mois ou deux ans, vous oublierez que nous avons eu des problèmes avec Eskom et l’électricité » ? Cyril Ramaphosa quand il était vice-président ! La citation fait régulièrement le tour des réseaux sociaux. Selon Eskom, il faudra au moins deux ans pour rétablir des capacités de production suffisantes. Et, en attendant, les délestages continueront…

NOUS PENSIONS ÊTRE LES ÉTATS-UNIS. NOUS NE SOMMES QU’UN PAYS DU TIERS MONDE

Les Sud-Africains vivent la crise énergétique comme un déclassement indigne de leur économie, pourtant la plus développée du continent. « Nous pensions être les États-Unis ; nous ne sommes qu’un pays du Tiers monde », avait résumé un agent de sécurité rencontré lors d’un reportage dans une entreprise de métallurgie. Un journaliste s’est même amusé à demander à la plateforme ChatGPT de réécrire les paroles de l’hymne national en y incluant une allusion aux délestages. L’intelligence artificielle a créé un couplet plutôt optimiste : « Nous ne sommes pas dans le noir, nous pouvons encore espérer / Le courant reviendra, il suffit de patienter / Nous serons capable de cuisiner et de regarder la TV. » Ce nouvel hymne pourrait faire vibrer le public d’un stade. Encore faudrait-il que ses lumières ne soit pas coupées…

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson – à Johannesburg

Scandale: le président sud-africain échappe à la destitution

décembre 13, 2022
Scandale: le president sud-africain echappe a la destitution
Scandale: le président sud-africain échappe à la destitution© AFP/GIANLUIGI GUERCIA

Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, embourbé dans un scandale depuis des mois, a échappé mardi à l’ouverture d’une procédure de destitution, le Parlement s’y étant largement opposé à l’issue d’un débat houleux.

L’assemblée a voté contre à 214 voix, pour à 148 voix et deux abstentions. Chacun des députés présents a énoncé clairement son choix, s’exprimant dans les onze langues officielles du pays.

Lors du débat, soutenu, la présidente a appelé au calme, usant parfois du zoulou « Thula ! Thula » (taisez-vous). Si plus de 50 % d’entre eux avaient jugé suffisamment grave l’affaire de cambriolage qui gêne le président, une procédure aurait été lancée pour examiner l’affaire en détail.

M. Ramaphosa, 70 ans, qui a fait fortune dans les affaires avant d’accéder à la fonction suprême, est accusé d’avoir caché à la police et au fisc un cambriolage dans sa propriété de Phala Phala, où il élève des bovins rares.

En février 2020, des intrus étaient repartis avec 580.000 dollars dénichés sous les coussins d’un canapé. Le fruit de la vente de vingt buffles, selon le président. De l’argent sale, selon la plainte déposée en juin par un opposant politique.

M. Ramaphosa, qui a passé mardi la journée entre Pretoria et Johannesburg, n’est pas inculpé, l’enquête de police se poursuivant.

Un rapport parlementaire, rédigé par trois juristes, avait conclu fin novembre que M. Ramaphosa « a pu commettre » des actes contraires à la loi. C’est sur cette base que le Parlement devait se prononcer.

« Nous ne votons pas pour déclarer le président innocent ou coupable », avait tenté lors du débat le chef du principal parti d’opposition (DA), John Steenhuisen, mais pour que le Parlement puisse aller au fond de l’affaire.

Comme un seul homme

« C’est un moment décisif: Le Parlement affirmera aujourd’hui que personne n’est au-dessus de la loi ou que quelques-uns le sont », a déclaré Vuyolwethu Zungula, du petit parti d’opposition ATM à l’origine d’une motion de censure.

Julius Malema, leader de l’EFF (gauche radicale) s’est dit « déçu » par le président, l’accusant même, dans son style cru, de « pisser sur la Constitution ».

« Le rapport place la barre trop bas pour destituer un président en exercice », a contesté le ministre de la Justice, Ronald Lamola. « Il n’y a pas assez d’éléments » pour le justifier, a martelé le fervent soutien du chef de l’Etat alors que l’ANC avait donné consigne claire à ses élus de rejeter une telle procédure.

Ce vote déterminant pour l’avenir immédiat du président, qui reste très populaire en dépit de soupçons d’évasion fiscale ou de blanchiment, intervient trois jours avant une réunion cruciale du Congrès national africain (ANC).

Le parti, au pouvoir depuis la fin de l’apartheid, doit élire en fin de semaine son prochain leader et potentiel futur chef de l’Etat, en cas de victoire aux élections générales de 2024.

Cyril Ramaphosa est candidat à la présidence du parti, qui choisit les chefs d’Etat depuis trente ans, face à son ancien ministre de la Santé.

Les caciques de l’ANC, en l’absence de successeur crédible, lui avaient apporté un soutien officiel pour le sauver, appelant, en dépit de tiraillements, les 230 députés du parti à voter comme un seul homme pour rejeter la procédure de destitution. Seule une poignée d’entre eux ont manqué à l’appel.

Mais l’ANC pourrait faire, sur le long terme, les frais du scandale. En proie à de profondes divisions et entaché par des affaires de corruption à répétition –notamment sous l’ère du président Jacob Zuma (2009-2018) mais aussi depuis, l’ANC faiblit dans les urnes depuis dix ans.

L’an dernier, pour la première fois de son histoire, il a réuni moins de 50 % des suffrages lors d’élections locales.

En 2024, l’ANC « pourrait perdre le pouvoir », estime l’analyste Daniel Silke. Emmenant l’Afrique du Sud, dirigée par l’ANC depuis l’avènement de la démocratie, en terre inconnue.

Par Le Point avec AFP

Macky Sall, William Ruto, Cyril Ramaphosa… Qui sont les chefs d’État africains les plus influents sur Twitter ?

décembre 13, 2022

À l’ère du buzz politique, l’Afrique tente d’exister dans le classement des leaders mondiaux les plus en vue sur le réseau social Twitter…

© Damien Glez

Les périodes de confinement ont couronné l’ère du presque tout numérique. Au-delà des réunions en visio, la diplomatie digitale s’est imposée, pour le meilleur comme pour le pire, pour la communication directe et instantanée avec les citoyens comme pour la manipulation par infox. Sans jugement de valeur, et en attendant de voir ce que la « direction Musk » fera de Twitter, le site http://www.twiplomacy.com mixe les statistiques pour évaluer l’influence numérique de chaque chef d’État sur la plateforme du petit oiseau bleu…

Comme il fallait s’y attendre, le classement est influencé par le nombre de ressortissants des pays concernés et leur taux d’équipement en matériel connecté. Le Premier ministre indien Narendra Modi occupe ainsi la première place du top, alors que l’Inde deviendra, en 2023, le pays le plus peuplé du monde, devant une Chine qui, de toute façon, censure l’usage de Twitter. Sur la deuxième place du podium se trouve l’Américain Joe Biden, lui dont le prédécesseur Donald Trump avait été exclu de la plateforme.

Course à l’impact numérique

Dans la suite du top 50 peuvent être identifiés différents profils. Primo, ceux que l’actualité a propulsés récemment dans la lumière, comme l’Ukrainien Volodymyr Zelensky, au septième rang. Secundo, les « jeunes » leaders, traditionnellement familiarisés avec cet outil, comme les quadragénaires canadien Justin Trudeau et français Emmanuel Macron, respectivement huitième et douzième.

Tertio, les amateurs de « vérités alternatives », responsables politiques férus de propagande et de coups d’éclat – l’autre face de Twitter –, comme le Vénézuélien Nicolás Madura – sixième – ou le Brésilien Jair Bolsonaro, un cinquième du classement que la force de frappe numérique personnelle n’a pas sauvé du verdict des urnes. À noter, dans cette catégorie, la spectaculaire médaille de bronze du Turc Recep Tayyip Erdoğan et l’absence du Russe Vladimir Poutine…À LIREContre l’influence russe en Afrique, Macron envoie ses cybercombattants

Dans cette course à l’impact numérique, l’Afrique anglophone tire son épingle du jeu. Nouveau président du Kenya, celui que l’on surnomme le « débrouillard en chef » s’est… débrouillé pour être le premier Africain du top 50 : William Ruto est 13e. Suivent le Sud-africain – actuellement en mauvaise posture – Cyril Ramaphosa, 18e, l’Ougandais Yoweri Museveni 29e, le Ghanéen Nana Akufo-Addo 36e, le Zambien Hakainde Hichilema 39e et le Botswanais Mokgweetsi Masisi 44e.

Le seul président subsaharien francophone qui figure dans le « Twiplomacy 2022 » est le Sénégalais Macky Sall qui, même s’il a perdu quatre places, bénéficie peut-être de ses responsabilités continentales. L’Afrique du Nord n’est représentée que par l’Égyptien Abdel Fattah al-Sissi, 42e et en perte de quatorze places.

Qui fera le buzz en 2023 ? Peut-être faudra-t-il chercher du côté de TikTok…

Avec Jeune Afrique

Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Afrique du Sud: l’ANC se réunit lundi pour évoquer l’avenir du président

décembre 3, 2022
Afrique du Sud: l'ANC se reunit lundi pour evoquer l'avenir du president
Afrique du Sud: l’ANC se réunit lundi pour évoquer l’avenir du président© AFP/Archives/Phill Magakoe, Phill MAGAKOE

Le Congrès national africain (ANC), au pouvoir en Afrique du Sud depuis la fin de l’apartheid, prévoit de se réunir une nouvelle fois lundi matin pour discuter de l’avenir du président Cyril Ramaphosa, entaché par un scandale.

Le tout-puissant Comité exécutif national (NEC) à la tête du parti s’était déjà très brièvement retrouvé vendredi à Johannesburg, avant d’expliquer à la presse vouloir d’abord examiner de plus près les faits dans l’affaire visant le président.

Il devait se réunir de nouveau dimanche à la mi-journée, avait annoncé le parti dans un communiqué matinal. Cette réunion a finalement été repoussée à lundi matin, ont confirmé à l’AFP plusieurs sources politiques.

Depuis juin, M. Ramaphosa est gêné par le dévoilement d’un cambriolage en février 2020 dans l’une de ses luxueuses propriétés, qui a révélé la présence de 580.000 dollars en liquide camouflés sous les coussins d’un canapé.

Le président, qui a amassé une immense fortune avant de revenir à la politique et qui se passionne pour le bétail, prétend que ces sommes sont liées à la vente de vingt buffles à un homme d’affaire soudanais.

La plainte déposée en juin par un opposant politique n’a pas donné lieu à ce jour à des poursuites, l’enquête de police se poursuit.

Mais une commission parlementaire a estimé mercredi qu’il « a pu commettre » des actes contraires à la loi et la Constitution, ouvrant la voie à une procédure de destitution qui pourrait être votée mardi au Parlement.

Majoritaire au Parlement depuis 1994, l’ANC, un parti plombé par la corruption et une guerre de factions, choisit le chef de l’Etat depuis l’avènement de la démocratie sud-africaine.

Par Le Point avec AFP

Destitution: le président sud-africain sous pression après un scandale

décembre 1, 2022
Destitution: le president sud-africain sous pression apres un scandale
Destitution: le président sud-africain sous pression après un scandale© AFP/JUSTIN TALLIS

Les hauts responsables du parti au pouvoir en Afrique du Sud, l’ANC, ont annoncé jeudi se réunir en urgence pour discuter du sort du président Ramaphosa, sous pression avec la menace d’une procédure de destitution planant au-dessus de sa tête après la publication d’un rapport parlementaire accablant.

La réunion au sommet doit avoir lieu vendredi. Le chef d’Etat doit de son côté faire une déclaration dans la journée de jeudi, a déclaré à l’AFP le porte-parole de Cyril Ramaphosa, sans donner plus de précisions.

Tard la veille, la publication du rapport d’une commission indépendante désignée par le Parlement a déclenché une tempête en concluant que « le président a pu commettre » des violations et des fautes, dans le cadre d’un scandale qui gêne ce dernier depuis des mois.

En février 2020, des cambrioleurs se sont introduits dans une de ses luxueuses propriétés dans la nord-est du pays. D’importantes sommes en liquide ont été retrouvées sous les coussins d’un canapé. Une plainte déposée en juin l’accuse de ne pas avoir signalé l’incident, ni à la police, ni au fisc.

M. Ramaphosa nie mais le rapport remis au Parlement met clairement en doute les explications données par le président sur la présence de plus d’un demi-million de dollars chez lui, caché dans du mobilier.

Les conclusions de la commission ouvrent la voie à une procédure en vue d’un éventuel vote pour la destitution du président. Le Parlement se réunit mardi en séance extraordinaire pour débattre, dix jours avant une échéance cruciale pour l’avenir politique du chef d’Etat.

L’ANC se réunit mi-décembre pour désigner son prochain leader. Le vainqueur deviendra chef de l’Etat à l’issue des élections générales de 2024, si toutefois le parti confronté à un désamour grandissant remporte le scrutin.

Démission

Le processus de destitution, s’il est enclenché, a toutefois peu de chances d’aboutir, l’ANC présidé par M. Ramaphosa détenant une confortable majorité au Parlement. Mais le président est affaibli et au cours des dernières heures, les appels à la démission se sont multipliés. Aussi bien de la part de l’opposition que de membres de l’ANC, rongé par des guerres de factions.

Le premier parti d’opposition (DA) a appelé dans un communiqué à des élections générales anticipées, affirmant que le pays est confronté à un « changement sismique ».

Selon une source proche de la présidence, Cyril Ramaphosa est en ce moment « en train d’étudier toutes les possibilités ».

Dans la foulée de la publication du rapport, son bureau avait immédiatement appelé à une « lecture attentive et une considération appropriée » du document, « dans l’intérêt de la stabilité du gouvernement et du pays ».

Mais jeudi, des annulations en cascade ont été annoncées par le gouvernement: un point presse qui devait « aborder les questions d’actualité intéressant le public et les médias », une séance de questions à la chambre haute de l’Assemblée ainsi qu’un discours du vice-président, David Mabuza, qui deviendrait automatiquement chef d’Etat par intérim en cas de démission de Cyril Ramaphosa.

M. Ramaphosa « dément catégoriquement » avoir mal agi. Dans une déclaration officielle à la commission qui a opportunément fuité le jour de la remise du rapport parlementaire et dont l’AFP a eu copie, il expose en détails sa version des faits.

Selon lui, un homme d’affaires soudanais a acheté des buffles dans son domaine à deux heures de route de Pretoria où il élève du gibier et du bétail. « Il a choisi ceux qui lui plaisaient et payé en liquide le montant de 580.000 dollars », explique le président.

L’argent a été caché « sous les coussins d’un canapé d’une chambre peu utilisée », par un employé qui a estimé cette cachette plus sûre que le coffre de la propriété.

Cyril Ramaphosa fait également l’objet d’une enquête pénale de l’unité d’élite de la police sud-africaine, les Hawks.

Par Le Point avec AFP

Afrique du Sud : Jacob Zuma accuse Cyril Ramaphosa de trahison et de corruption

octobre 23, 2022

«Trahison », «corrompu » : à l’approche d’un congrès de l’ANC crucial pour la présidentielle de 2024, l’ex-président Jacob Zuma a sévèrement attaqué son successeur Cyril Ramaphosa.

L’ancien président Jacob Zuma, le 4 juin 2021. © Shiraaz Mohamed/AP/SIPA

« Le président est corrompu », « il a commis une trahison », a accusé l’ancien chef de l’État Jacob Zuma samedi 22 octobre dans sa première réaction à des allégations selon lesquelles le président Cyril Ramaphosa serait impliqué dans une obscure affaire de cambriolage.

« Aucun président ne devrait gérer des affaires privées quand il est en fonctions », a poursuivi, lors d’une conférence de presse à Johannesburg, celui qui fut lui-même contraint à la démission en 2018 tant il était englué dans des scandales et accusations de corruption.

Une commission indépendante a été constituée en septembre par le Parlement sud-africain pour enquêter sur cette affaire de cambriolage qui gêne depuis plusieurs mois le président Ramaphosa, accusé de blanchiment et corruption. Les résultats de l’enquête pourraient conduire à un éventuel vote au Parlement pour sa destitution.

Quatre millions de dollars

Cyril Ramaphosa est accusé d’avoir dissimulé à la police et au fisc un cambriolage datant de 2020 dans une de ses propriétés, au cours duquel d’importantes sommes en espèces ont été trouvées, cachées dans du mobilier.

Une enquête a été ouverte après une plainte déposée en juin par l’ancien chef du renseignement sud-africain, Arthur Fraser. Selon ce dernier, des cambrioleurs se sont introduits dans une ferme appartenant au président à Phala Phala, dans le Nord-Est du pays, et y ont dérobé quatre millions de dollars (4,08 millions d’euros) en numéraire.

La plainte accuse Cyril Ramaphosa d’avoir dissimulé à la police le cambriolage et au fisc l’argent trouvé sur place, ainsi que d’avoir organisé l’enlèvement et l’interrogatoire des voleurs, puis de les avoir soudoyés pour qu’ils gardent le silence.

Pression à l’approche du congrès de l’ANC

Cyril Ramaphosa dénonce une manœuvre politique, nie les allégations d’enlèvement et de corruption, remet en cause le montant du vol évoqué et soutient que l’argent provenait de la vente de bétail.

Mais l’affaire met le président dans la tourmente, alors que l’ANC doit prochainement décider de le présenter ou non comme candidat pour un second mandat à la présidentielle de 2024.

Jacob Zuma a déclaré que la conférence de l’ANC en décembre « va devoir traiter de ce cas » et décider si le président peut rester ou pas. « Beaucoup disent que le président a échoué », a-t-il poursuivi.

Un autre ancien chef de l’État, Thabo Mbeki, a aussi déploré la situation de l’ANC avant le congrès de décembre. « Notre président est sous forte pression (…) à propos de l’affaire de la ferme de Phala Phala », a-t-il dit lors d’une réunion distincte à Johannesburg.

L’ancien président Zuma, condamné à quinze mois de prison ferme pour avoir obstinément refusé de répondre à une commission enquêtant sur la corruption, a quant à lui fini de purger sa peine au début du mois. Il a été libéré pour raisons de santé et placé sous contrôle judiciaire.

Samedi, il a qualifié son incarcération « d’illégale » et a fustigé les magistrats. « Le fait est que la plus haute juridiction de ce pays a violé la loi, a-t-il dit. Il faut nous assurer que les juges ne se transforment pas en politiciens. »

L’ancien président, qui doit encore répondre devant la justice d’une affaire de pots-de-vin datant de plus de vingt ans, avait annoncé fin septembre des velléités de retour en politique.

Par Jeune Afrique (Avec AFP)

Afrique du Sud : Thabo Mbeki, le tonton flingueur de l’ANC

septembre 1, 2022

L’ancien chef de l’État a passé les derniers mois à critiquer sa famille politique ainsi que le président sud-africain Cyril Ramaphosa.

L’ancien président sud-africain Thabo Mbeki. © Michel Spartari/AFP.

Il est de tous les événements : meetings, conférences, enterrements… L’ancien président Thabo Mbeki, au pouvoir de 1999 à 2008, ne lâche plus le Congrès national africain (ANC). À 80 ans, il n’est pas de ces retraités qui répondent aux invitations pour s’asseoir sur une chaise au dernier rang et piquer du nez en toute discrétion. S’il se déplace, c’est pour délivrer une parole corrosive à l’encontre de son propre parti.

Ainsi, lors des funérailles de Jessie Duarte, secrétaire générale par intérim de l’ANC décédée le 17 juillet dernier, Thabo Mbeki a profité des hommages pour refaire le portrait du parti. Une formation politique qu’il ne s’est pas privé de décrire comme rétive au renouvellement, composée de membres avides de pouvoir et d’enrichissement. Les applaudissements ont été nourris.

Ramaphosa dans le viseur

Qui dit parti présidentiel mal structuré dit pays mal gouverné. « Il n’existe aucun plan national pour résoudre les problèmes de pauvreté, de chômage et d’inégalités. Cela n’existe pas. Si on veut servir le peuple, il faut résoudre ces problèmes », a tancé Thabo Mbeki. À force de remonter la pyramide des responsabilités, son exposé a fini par titiller le chef de l’État. « Quand le camarade Cyril Ramaphosa a prononcé son discours sur l’état de la nation en février, il a dit : “Dans les cent prochains jours, nous devons nous mettre d’accord sur un pacte social pour résoudre ces problèmes.” Mais rien n’a été fait, rien ! » a poursuivi Thabo Mbeki, encouragé par de nouveaux applaudissements.

S’il n’est pas le premier à transgresser la règle tacite qui veut qu’un ancien président ne critique pas son parti, Thabo Mbeki semble aller plus loin. « D’habitude, les gens de l’ANC se gardent bien de livrer des noms, il suffit de deviner, observe William Gumede, président du think tank Democracy Works Foundation (DWF). Ce qui est surprenant, c’est que Mbeki critique nommément Cyril Ramaphosa. Nelson Mandela critiquait lui aussi, mais de manière beaucoup plus large. »

Mbeki et Ramaphosa sont connus pour entretenir une relation cordiale mais distante. Rien à voir avec la rivalité qui les a tous deux opposés à Jacob Zuma. Ce dernier fut le tombeur de Mbeki en 2008, avant d’être lui-même poussé vers la sortie par Ramaphosa en 2018. Thabo Mbeki veut-il à son tour déloger Ramaphosa du sommet de l’État ? C’est la théorie farfelue énoncée par Julius Malema.

Inquiétudes pour les élections de 2024

Le chef du parti des Combattants pour la liberté économique (EFF) adore déstabiliser l’ANC en se mêlant de ce qui ne le regarde pas. « Le président Mbeki ne digère pas d’avoir été forcé à quitter la présidence avant la fin de son mandat, a ainsi affirmé Julis Malema lors d’une conférence de presse. Il y a des soupçons selon lesquels Arthur Fraser coopère avec Mbeki. »

Proche de Jacob Zuma, dont il fut  le responsable des services de renseignement, Arthur Fraser est surtout à l’origine des révélations sur l’affaire Phala Phala, qui fragilise Ramaphosa depuis juin : 600 000 dollars non déclarés (la somme est celle que donne News24) ont été retrouvés dans la ferme du président lors d’un cambriolage. Une enquête est ouverte. Thabo Mbeki, un conspirateur ? L’ancien président rejette « les ragots » qui visent à « aggraver les divisions » au sein de l’ANC.

« Si Mbeki se permet de tels commentaires, cela veut dire que l’ANC fait face à de gros problèmes », analyse William Gumede, de DWF, également auteur de Thabo Mbeki and the Battle for the Soul of the ANC (Zed Books, 2007). La chute sous les 50 % de voix recueillies lors des scrutins locaux de novembre 2021 et les mauvais sondages pour les élections générales de 2024 inquiètent l’ancien président.

Le vieil homme à la barbichette grise détourne alors les éloges funèbres et multiplie les diatribes. Un décès dans les rangs de l’ANC, et l’on craint une nouvelle sortie. Pour l’enterrement de la militante Rita Ndzanga, le 25 août, les ligues féminines l’avaient prié de ne pas s’en prendre au parti. Las, Thabo Mbeki a réitéré ses remontrances tout en ouvrant de nouveaux tiroirs : corruption au sein de l’ANC, ambition aveugle de ses militants et piteux résultats du parti aux dernières élections.

Un technocrate « compétent et non corrompu »

La presse n’a pas manqué de commenter le réveil du vieux sage. « Depuis quelques mois, Mbeki est devenu le visage et la voix la plus importante de l’ANC » (Sunday Times) ; « les vérités prononcées par Mbeki forment le seul matériau viable pour reconstruire l’ANC » (News24) ; « Mbeki est le premier leader à reconnaître les dangers de mort de l’ANC » (The Citizen).

Le parti va si mal que l’on réhabilite un ancien président déchu. « Ils l’associent à l’époque de la croissance économique, quand le président était un technocrate compétent, raisonnable et non corrompu », constate le politologue Daryl Glaser, éditeur de Thabo Mbeki And After, Reflections on the Legacy of Thabo Mbeki (Wits University Press, 2010). Les années Zuma, qui ont suivi, ont été marquées par la corruption de tout l’appareil étatique, de l’administration aux entreprises publiques. Les dégâts provoqués par ces « neuf années gâchées », comme les appelle Cyril Ramaphosa, se font toujours ressentir.

Quant à Ramaphosa, il renvoie l’image d’un président « sans cap, lent et bavard mais qui n’avance pas », déplore William Gumede. « Les gens n’étaient peut-être pas d’accord avec Thabo Mbeki, poursuit-il, mais ils pouvaient compter sur une vraie gouvernance, les choses allaient de l’avant. »

Le spectre des milliers de morts du sida

Mais c’est oublier que l’ancien président n’est pas exempt de tout reproche.  « Il a sa part de responsabilité dans la décrépitude du parti : la politisation des agences de renseignement, la protection des membres du parti ou ses alliés malgré les soupçons de corruption. Une partie de tout cela a eu cours sous son mandat », rappelle Daryl Glaser.

Sans oublier les conséquences de la politique sanitaire de l’ex-chef de l’État en pleine épidémie du sida : Thabo Mbeki niait le lien entre le virus du VIH et la maladie du sida. Il entravait le recours aux traitements antirétroviraux pour soigner les malades. Un chercheur de l’université de Harvard, aux États-Unis, a estimé que 330 000 personnes étaient prématurément mortes du sida en Afrique du Sud entre 2000 et 2005 à cause de la politique de Thabo Mbeki.

Quand il ne critique pas son parti, l’intéressé se consacre à sa fondation et à son projet de librairie présidentielle. Un petit bijou d’architecture, qui doit accueillir à Johannesburg des expositions et des collections, notamment liées à d’anciens leaders du continent. Celui que l’on appelle toujours « Monsieur le président » refuse les sollicitations médiatiques mais cultive son image d’intellectuel panafricain, ouvert sur le monde et au-dessus de la mêlée. Donneur de leçons, aussi.

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson – à Johannesburg

Afrique du Sud : le massacre de Marikana, une tache indélébile pour Cyril Ramaphosa

août 16, 2022

Le meurtre de 34 grévistes par la police nationale, le 16 août 2012, continue de poursuivre le président sud-africain, qui siégeait à l’époque au conseil d’administration de Lonmin, l’entreprise propriétaire de la mine.

Des policiers sud-africains autour des corps de mineurs tués lors de la grève, le 16 août 2012 à Marikana. © AP/SIPA

« Cyril Ramaphosa le sanguinaire. » Le parti des Combattants pour la liberté économique (EFF) ne fait pas dans la dentelle quand il s’agit d’impliquer le chef de l’État dans le massacre de Marikana. Le deuxième parti d’opposition sud-africain l’accuse d’être responsable de la mort des 34 mineurs qui faisaient grève pour demander une augmentation de salaire le 16 août 2012. Celui qui n’était alors qu’un homme d’affaires occupait le poste de directeur non-exécutif de l’entreprise Lonmin (devenue Sibanye-Stillwater), l’une des plus grosses mines de platine au monde, dans la province du North West. Au total, 44 personnes ont perdu la vie lors de ce mouvement social.

Odieux criminels

La commission d’enquête Farlam n’a pas inquiété Cyril Ramaphosa. En revanche, elle a révélé comment il aurait usé de sa position au sein du Comité national exécutif (NEC) du parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), pour influer sur le cours de la grève. Dans un e-mail envoyé au responsable commercial de la mine, la veille de la tuerie, Cyril Ramaphosa qualifiait les grévistes « d’odieux criminels » devant être traités comme tels. Il demandait que des actions soient menées et expliquait en avoir parlé aux ministres de la Police et des Ressources minérales.

Depuis ces révélations, et malgré les excuses de Ramaphosa concédant avoir utilisé un langage inapproprié, les EFF ne lâchent plus le président. La formation politique, qui vient de fêter ses 9 ans, avait été lancée par Julius Malema en 2013 à Marikana. Deux ans plus tard, Malema déposait plainte dans un commissariat de Marikana contre Cyril Ramaphosa, contre l’ancien ministre de la Police, Nathi Mthethwa, et contre les chefs de la police sud-africaine pour leur rôle supposé dans le massacre. Les EFF alimentent également un fonds de soutien aux veuves des mineurs.À LIREAfrique du Sud : Julius Malema, en guerre et contre tous

Ces femmes, Cyril Ramaphosa ne les a jamais rencontrées malgré sa promesse. « Les précédentes tentatives ont échoué à cause de problèmes logistiques – certaines familles de victimes ayant déménagé – et à cause du manque de soutien de certains acteurs clés », fait savoir Vincent Magwenya, le porte-parole de la présidence. Ce dixième anniversaire ne sera donc pas l’occasion d’un retour à Marikana. Cyril Ramaphosa se déplace au sommet de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) en RDC. Son absence ne surprend pas Joseph Mathunjwa, à la tête du syndicat des mineurs et des ouvriers de la construction (AMCU), majoritaire dans les mines de platine. « Sa conscience lui pèse », pense-t-il.

Loin des yeux mais près du cœur, rebondit la présidence. « Le président se souviendra toujours de ces événements tragiques […] comme l’un des moments les plus tristes de l’ère post-démocratique et comme une malédiction pour l’histoire contemporaine de l’Afrique du Sud », relaie Vincent Magwenya. Le massacre de Marikana est souvent comparé à celui de Sharpeville, le 21 mars 1960, quand la police du régime raciste de l’apartheid tirait sur la foule et tuait 69 personnes. Une mise en parallèle destinée à souligner les échecs de l’avènement de la démocratie en 1994.

« C’est malheureux qu’un tel événement ait pu se produire sous le gouvernement démocratique d’un ancien mouvement de libération », abonde Nono Maloyi, fraîchement élu président de l’ANC dans la province du North West. Pour autant, il ne prendra part à aucune commémoration aujourd’hui. Nono Maloyi explique que le week-end électoral a été éreintant et que le nouveau bureau n’est pas encore entré en fonction. « À l’époque, l’actuel secrétaire provincial de l’ANC était très impliqué […]. Il a rencontré les familles, les veuves, ce que nous continuerons à faire », insiste Nono Maloyi pour dissiper tout soupçon d’indifférence.

Impunité

Malgré la réticence de Cyril Ramaphosa à rencontrer les veuves, malgré la révélation d’e-mails le dépeignant en homme d’affaires antisocial ou son rôle présumé dans la réponse policière conduisant au massacre des mineurs, la tragédie de Marikana n’a pas eu de conséquences sur sa carrière politique. Au contraire, puisque quatre mois après la tragédie, Cyril Ramaphosa était élu vice-président de l’ANC en décembre 2012, puis vice-président de la République en 2014 avant de prendre la tête du pays en 2018.

Le sentiment d’impunité qui entoure les cadres de l’ANC ne sera pas démenti par Marikana. L’impopulaire Nathi Mthethwa est désormais ministre de la Culture et des Sports. Il avait pourtant accepté d’être tenu pour responsable devant la commission d’enquête. Susan Shabangu, ancienne ministre des Ressources minérales, deviendra ministre du Développement social sous Ramaphosa.

L’ANC A PROFITÉ DU SANG DES MINEURS

« Ceux qui sont au pouvoir, au gouvernement et à l’ANC ont profité du sang des mineurs », condamne le sociologue Luke Sinwell. Il pointe ainsi le poids du secteur minier dans l’enrichissement personnel de Cyril Ramaphosa et le soutien de certains syndicats pour faire élire les représentants de l’ANC. « L’ANC a joué un rôle dans le meurtre de mineurs, qui les ont pourtant aidés à prendre le pouvoir. Le tout, sans en subir les conséquences », dénonce le coauteur de Marikana : A View from the Mountain and a Case to Answer, publié en 2012.

Double jeu

Dans ce livre collectif, les chercheurs mettent en évidence le double jeu du Syndicat national des mineurs (NUM). Avant de passer de l’autre côté de la barrière et de faire fortune grâce à ses investissements dans les mines, Cyril Ramaphosa fut le premier secrétaire national du NUM en 1982. Allié de l’ANC, négociateur privilégié par les dirigeants de Lonmin, le NUM suscitait la colère des mineurs de Marikana. Lors d’une marche de milliers de grévistes vers les bureaux du NUM, cinq jours avant le massacre, des syndicalistes ont tiré sur les manifestants. Cet accès de violence aurait poussé les mineurs à se défendre et à défiler armés, notamment de machettes, engendrant une réponse policière plus violente. Les forces de l’ordre étaient équipées d’armes automatiques pour contenir un mouvement social.

À la suite du drame de Marikana, l’influence du NUM a fondu au profit du syndicat adverse et non affilié au gouvernement, l’AMCU. C’est peut-être la seule conséquence politique notable du massacre. « Ce qui s’est passé en août 2012 a été instrumentalisé par des politiciens mécontents pour exister politiquement au détriment des 44 mineurs tués et de leurs familles, nous écrit Luphert Chilwane, porte-parole du NUM. En tant que syndicat responsable, nous décourageons quiconque veut politiser cet événement malheureux. »

« Rôle toxique »

Ses camarades ne l’entendent pas de la même oreille. En 2015, 349 mineurs ont porté plainte contre Cyril Ramaphosa, Sibanye-Stillwater (ex-Lonmin) et le gouvernement pour essayer d’obtenir 600 millions d’euros de dédommagement. Ils sont représentés par Dali Mpofu, avocat et membre des EFF. Dans un jugement rendu au début du mois de juillet, la Haute Cour de Johannesburg a rejeté les soupçons de collusion entre Ramaphosa, le gouvernement et la police. En revanche, la Cour n’a pas écarté les soupçons d’influence exercée par Ramaphosa sur l’autorité policière. Les plaignants pourraient vouloir s’engouffrer dans la brèche. Les EFF se sont félicités d’un « petit mais significatif pas dans la bonne direction » pour dévoiler  « le rôle toxique » joué par le président dans la mort des mineurs.

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson – à Johannesburg

Afrique du Sud : d’un Z qui veut dire Zondo

mars 11, 2022
Raymond Zondo à Johannesburg, le 15 février 2021. © Siphiwe Sibeko/REUTERS

En choisissant le juge Zondo pour présider la Cour constitutionnelle, Cyril Ramaphosa s’attire les foudres d’une partie de l’opposition et du clan Zuma.

« Je ne suis ni pro ni anti qui que ce soit », s’est défendu Raymond Zondo devant le panel qui l’interrogeait au sujet du poste de président de la Cour constitutionnelle. Le juge, qui aura 62 ans en mai et en aura consacré 25 à servir la justice, est accusé par ses détracteurs d’être un animal politique à la solde de Cyril Ramaphosa. Des soupçons qui n’ont pas empêché le chef de l’État de le nommer contre l’avis d’un comité consultatif.

Après audition des quatre candidats en février, la Commission des services judiciaires et les chefs des partis représentés à l’Assemblée nationale ont préféré désigner Mandisa Maya, actuelle patronne de la Cour suprême d’appel. Mais rien n’obligeait Cyril Ramaphosa à suivre leur recommandation. Mandisa Maya devient donc vice-présidente de la Cour constitutionnelle en remplacement de Raymond Zondo, qui gravit la dernière marche pour en être désormais le président, dix ans après avoir intégré la cour. Il assurait déjà l’intérim depuis que la vacance du poste avait été constatée, en octobre dernier.

Accès privilégié

Raymond Zondo n’est pas qu’un simple juge, c’est une personnalité publique. C’est lui qui, depuis quatre ans, dirige la Commission d’enquête sur des soupçons de capture d’État, dite commission Zondo. Une instance chargée de faire la lumière sur la corruption qui a gangréné l’État sud-africain sous la présidence de Jacob Zuma, de 2009 à 2018. La retransmission télévisée des auditions de la commission a permis à Raymond Zondo de devenir une figure du petit écran. Son visage bonhomme, barré de lunettes rectangulaires aux montures fines, a trusté les journaux pendant trois ans. Tout le monde reconnaît désormais le timbre de sa voix, un murmure aux basses profondes vibrant dans un corps XXL.

La commission a introduit Raymond Zondo auprès de l’opinion publique et lui a ouvert les portes du palais présidentiel. Il lui est arrivé d’informer directement Cyril Ramaphosa de l’avancée des enquêtes. Un accès privilégié qui n’a pas manqué de faire tiquer Julius Malema, leader du parti des Combattants pour la liberté économique (EFF). « Cela peut être perçu comme une façon de compromettre l’indépendance de la commission alors que le président lui-même est impliqué », s’est inquiété le tribun. Rien de compromettant, assure Raymond Zondo, qui souligne que c’est la présidence qui est à l’origine de cette commission et que c’est donc au chef de l’État qu’il lui revient de faire son rapport.

ZONDO SE VOIT « RÉCOMPENSÉ POUR AVOIR PRIS DES GANTS AVEC RAMAPHOSA », DÉNONCE L’EFF

C’est lors de ces réunions avec Cyril Ramaphosa que Zondo lui a proposé de venir témoigner devant sa commission. Le chef de l’État est venu s’expliquer en sa qualité d’ancien vice-président du Congrès national africain (ANC, au pouvoir) mais aussi parce qu’il a été le numéro deux de Jacob Zuma. Des auditions menées tout en douceur par les juges, le chef de l’État n’ayant jamais été mis en difficulté. Zondo se voit « récompensé pour avoir pris des gants avec Ramaphosa », dénonce aujourd’hui l’EFF dans un communiqué. Le parti remarque que ni le président ni son fils ne sont inquiétés dans les trois premiers rapports de la commission Zondo. « Le judiciaire a été dépouillé de son indépendance, de son intégrité et de son objectivité », déplore encore le parti radical.

« Un signal fort »

S’il est récompensé, c’est pour avoir travaillé inlassablement à mettre en évidence la mécanique de la corruption au sein du parti au pouvoir, contredit Karyn Maughan, chroniqueuse judiciaire pour News24 : « Ne pas le nommer serait revenu à dire aux juges qui enquêtent sur la corruption au sein de l’ANC et de l’État qu’ils risquent de fragiliser leur carrière. En le choisissant, Ramaphosa envoie un signal fort sur le rôle du système judiciaire comme outil de lutte contre la corruption. Il montre aussi qu’il ne se laisse pas intimider par les critiques. »

Ces derniers mois ont été marqués par des attaques répétées contre le système judiciaire. Un climat de défiance évoqué par Raymond Zondo lors de son audition. « Toutes sortes de menaces ont été proférées contre moi et ma famille par rapport à mon travail à la commission, mais l’État a offert sa protection », a dévoilé ce père de huit enfants. Pis, c’est toute la profession qui a été visée lors des émeutes de juillet 2021, rappelle-t-il.

L’emprisonnement de Jacob Zuma avait en effet déclenché une vague de pillages sur près d’une semaine dans les provinces du Gauteng et du KwaZulu-Natal. Sa condamnation à quinze mois de prison pour outrage à la justice a été prononcée par la Cour constitutionnelle après que la commission Zondo l’avait saisie. Raymond Zondo avait requis deux ans de prison ferme contre Jacob Zuma, qui refusait de venir témoigner. Les partisans de l’ancien président y ont vu une alliance du système judiciaire contre leur chef.

Zuma vs Zondo

L’année 2021 a été rythmée par la confrontation entre les deux Z. Zuma n’a eu de cesse d’exiger que Raymond Zondo se retire de la commission d’enquête anti-corruption, condition sine qua non à sa participation. Il a souvent accusé Zondo de partialité à son encontre. L’ancien président a aussi prétendu que Zondo et lui étaient des amis de trente ans dont les liens familiaux et professionnels le disqualifiaient pour la présidence de la commission anti-corruption. Liens familiaux ? Le juge a été obligé d’admettre qu’il avait eu un enfant avec l’une des sœurs d’une ex-épouse de Jacob Zuma. Pas de quoi former une famille, a insisté Zondo. Si le juge a reconnu avoir entretenu une relation cordiale avec Zuma, il a réfuté l’idée d’une amitié.

ZONDO DEVRA PRENDRE SA RETRAITE DANS DEUX ANS ET DEMI

Il leur serait de toute façon bien compliqué de recoller les morceaux aujourd’hui. La nomination de Raymond Zondo comme Chief Justice a été accueillie par des sarcasmes dans le clan Zuma. « Zondo, président de la Cour constitutionnelle ? Les blagues continuent de s’écrire toutes seules », a réagi sur Twitter Thuthukile Zuma, l’une des filles de l’ancien chef de l’État. Qu’ils se rassurent, Zondo ne gardera pas le marteau longtemps. Il devra prendre sa retraite dans deux ans et demi.

Si Ramaphosa venait à être réélu à la tête de l’Afrique du Sud en 2024, il faudrait lui trouver un successeur. Mandisa Maya serait alors en bonne position. « En la choisissant pour seconder Zondo, Ramaphosa montre qu’il veut la mettre sur la bonne voie », observe Karyn Maughan. Mandisa Maya deviendrait la première femme à présider la Cour constitutionnelle. Et cela, personne ne semble s’y opposer.

Avec Jeune Afrique par Romain Chanson