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La mort de Devy Erlih, violoniste « titi Tzigane »

février 9, 2012

http://platform.twitter.com/widgets/hub.1326407570.htmlVictime d’un accident mercredi 8 février, cet instrumentiste de la grande école française est décédé.

A 83 ans, le violoniste Devy Erlih se rendait mercredi, à l’Ecole Normale de musique pour y dispenser son enseignement avec la passion intacte de la musique et de la transmission qui l’habitait. Un camion l’a renversé, nous privant définitivement d’un éternel jeune homme qui sera passé directement de l’enfance à la mort sans passer par la case vieillesse. Rejeton d’une famille juive originaire de Bessarabie, cette région qui n’a jamais trop su si elle était russe, roumaine ou moldave, il a grandi à Paris, devenant un mélange détonnant de tzigane et de titi-parisen.Son jeu garda toujours cette double influence: un apprentissage instinctif, à l’oreille, en écoutant son père, musicien traditionnel, domestiqué et classicisé par la grande école française de violon, celle de Jules Boucherit au Conservatoire de Paris. Ce Conservatoire de Paris où il finit par devenir lui-même professeur de 1982 à 1995, après y avoir été recalé une première fois («on ne va quand même pas prendre un métèque», avait-on entendu dans la bouche d’un membre du jury pour qui rien ne s’était passé depuis les années 40).Vainqueur du Concours Long-Thibaud en 1955 (il n’y eut plus de Français lauréat avant 2010!), il était aussi à l’aise dans la Symphonie espagnole de Lalo que dans la Sonate de Bartok et ne cessa jamais de cultiver Bach. Mais s’il doit passer à l’histoire, ce sera pour son dévouement inlassable à la musique de son temps, longtemps délaissée par les stars de l’archet: «il rend contemporaine la musique classique et classique la contemporaine», disait de lui le critique Maurie Fleuret.

Darius Milhaud, Marius Constant, Bruno Maderna, Maurice Jarre eurent avec lui un serviteur zélé, mais c’est à André Jolivet qu’il reste définitivement associé, et pas seulement à sa musique puisqu’il était marié à sa fille Christine, qui doit aujourd’hui se sentir bien seule.

Un sale caractère et beaucoup de générosité caractérisaient cet artiste jusqu’au bout des doigts, qui allait souvent entendre ses jeunes collègues avec une capacité d’admiration égale à son esprit critique.

Lefigaro.fr par Christian Merlin