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Côte d’Ivoire : la relance, oui mais…

février 23, 2013
 

La commune du Plateau, à Abidjan, le plus important quartier d'affaires du pays. © DRSur les bords de la lagune Ébrié, à Yamoussoukro ou à San Pedro, la reprise est là. Et plus forte que prévue. Pourtant, si la Côte d’Ivoire a retrouvé la confiance des bailleurs de fonds, celle des investisseurs privés reste mitigée.

Christine Lagarde, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), n’est-elle pas sortie de son rôle en déclarant, le 8 janvier, que la « réconciliation » des Ivoiriens était un « préalable » à « un nouveau miracle économique » ? Pourquoi la gardienne des grands équilibres macroéconomiques de la planète s’est-elle ainsi immiscée dans la politique intérieure de la Côte d’Ivoire ? Parce qu’il y va de la vigueur et de la pérennité de la renaissance de la première économie d’Afrique de l’Ouest francophone. La reprise est là, à Abidjan, comme à San Pedro ou à Yamoussoukro. Et elle est plus forte que prévu, puisque le FMI a révisé la croissance à la hausse pour 2012, de 8,1 % à 8,6 %. « Les investisseurs reviennent, se félicite Maximilien Lemaire, président de la Chambre de commerce européenne à Abidjan. Dans l’immobilier comme dans l’agroalimentaire, ils ont élaboré des devis en 2012 qu’ils entendent concrétiser en 2013. »

Deux autres signes annoncent une résilience. La Côte d’Ivoire est le seul pays africain non pétrolier à disposer d’une balance commerciale systématiquement excédentaire. Et la Banque africaine de développement (BAD), qui avait émigré à Tunis pour éviter la guerre civile, a lancé un appel d’offres en décembre pour la réhabilitation de ses anciens locaux d’Abid­jan, où elle entend réinstaller son siège.

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« Une chance inouïe »

Il faut dire que les atouts de ce pays sont impressionnants : du fer à l’ouest, une trentaine de sites aurifères dans le centre et à l’est (lire p. 104), des réserves d’hydrocarbures au large des côtes qui pourraient changer la Côte d’Ivoire en petit Angola, des cultures d’exportations bien réparties sur le territoire, depuis le coton jusqu’au cacao en passant par la noix de cajou (lire p. 96), l’hévéa et le palmiste.

« La Côte d’Ivoire a une chance inouïe, estime un expert africain. S’il y a la paix, elle est assurée d’une croissance de 4 %. Si, en plus, sa gouvernance est « normale », elle peut compter sur deux points supplémentaires. On peut donc dire que ces 6 % de croissance sont une base qu’elle peut améliorer sans grande difficulté. » C’est en bonne voie. L’équipe Ouattara a fait preuve de rigueur dans la conduite de son budget. Les recettes, notamment douanières, rentrent mieux que prévu, et les dépenses sont sous contrôle. L’inflation demeure sage, autour de 2 %. Des réformes emblématiques sont en cours, comme celle de la filière café-cacao, bien partie pour redonner au petit planteur la rémunération dont il avait été spolié (lire pp. 94-95).

Par ailleurs, les bailleurs de fonds ont montré un soutien sans faille à la Côte d’Ivoire. Ils lui ont remis les trois quarts de sa dette, qui désormais ne dépasse guère les 3 milliards d’euros. « Avant ces annulations de dette, le budget de la Côte d’Ivoire était consacré pour un tiers aux salaires des fonctionnaires, pour un tiers au remboursement de la dette et pour un tiers au fonctionnement et aux investissements, explique Gérald Collange, directeur de l’Agence française de développement (AFD) à Abidjan. Maintenant, il est porteur d’avenir, car le premier tiers est toujours consacré aux salaires, mais le deuxième est réservé au fonctionnement et le troisième aux investissements. »

Manne

Réunis début décembre 2012 à Paris, les bailleurs ont en outre promis de contribuer pour 6,5 milliards d’euros à la réussite du plan national de développement 2012-2015 présenté par le président Ouattara, qui n’en espérait que 3 milliards, pour atteindre une croissance annuelle de 10 % à partir de 2014 et accéder au rang de pays émergent en 2020.

L’unique pays africain non pétrolier doté d’une balance commerciale systématiquement excédentaire.

C’est bien, mais cette manne n’y suffira pas. En effet, les risques que doit affronter la Côte d’Ivoire sont redoutables. Dix années de conflits à répétition ont mis à mal son système éducatif : son taux de scolarisation est devenu l’un des plus bas d’Afrique. On peut donc se faire du souci sur les qualifications, voire sur les qualités civiques des jeunes Ivoiriens.

Pour éviter la persistance d’un chômage massif et une situation sociale explosive, il faudrait que l’agriculture devienne une priorité, car « 70 % de la population en vit », rappelle Gérald Collange. « Elle assure 60 % des exportations et 30 % du PIB du pays, poursuit-il. Elle sera décisive pour relever le défi de la création d’emplois, en passant du stade extensif à l’organisation de filières agro­alimentaires cohérentes, car le secteur manufacturier est incapable d’accueillir les 400 000 jeunes qui arrivent sur le marché du travail chaque année. »

Les infrastructures sont en piteux état. Hors d’Abidjan, bien des routes ne méritent plus ce nom. La politique de subvention de l’électricité, dont profitent indûment les catégories aisées, a privé le réseau de 1,5 milliard d’euros d’investissements en cinq ans. Mais le plus grave est ailleurs. La Côte d’Ivoire occupe la 177e place sur les 185 pays analysés par la Banque mondiale du point de vue du climat des affaires (classement « Doing Business » 2013), et le 130e rang sur les 176 pays passés au crible par l’ONG Transparency International du point de vue de la perception de la corruption.

Exaspération

Autant dire que le pays n’inspire pas encore une grande confiance aux investisseurs privés, qui connaissent les aléas de sa justice et de l’application de son droit foncier. Or ces investisseurs sont absolument indispensables à la réussite du plan 2012-2015. Celui-ci repose sur un apport d’argent public de 6,7 milliards d’euros, mais surtout sur un autre apport de 9,7 milliards de fonds privés. Pour l’instant, le compte n’y est pas. Et il n’y sera pas si les attaques de commissariats ou de casernes reprennent pour faire entendre l’exaspération des partisans de Laurent Gbagbo maintenus au ban de leur pays.

Donc, pas d’investissements privés sans apaisement, et pas d’apaisement sans réconciliation entre les anciens ennemis. C’est le poids de cette équation éminemment politique sur la croissance ivoirienne que Christine Lagarde a voulu rappeler aux dirigeants du pays. Cautériser les plaies de la guerre civile – et le plus vite possible – est un impératif économique.

Jeuneafrique.com parAlain Faujas

Libye : vent de révolte à l’Est

mars 14, 2012

L’annonce unilatérale de l’autonomie de la Cyrénaïque, qui concentre l’essentiel des ressources pétrolières libyennes, pourrait remettre le pays sur la voie du fédéralisme. Mais certains redoutent déjà une partition.   Chez les facebookeurs libyens, une affiche fait le buzz. À côté du monumental phare italien qui domine la ville, une large accroche : « Je suis de Benghazi, et la soi-disant conférence de Brega ne me représente pas ». C’est la réponse des réseaux sociaux à la déclaration unilatérale d’autonomie de la Cyrénaïque lancée à Benghazi, le 6 mars, par des chefs de tribus et de milices locales. Couvrant presque la moitié du territoire libyen, cette région s’étend de la côte orientale aux frontières du Tchad et du Soudan, et de l’Égypte limitrophe jusqu’au centre du pays. C’est dans cette province, où sont concentrés les gisements d’hydrocarbures ainsi que les terminaux vitaux pour les exportations de pétrole et de gaz, qu’avait commencé le soulèvement contre Mouammar Kaddafi, en février 2011.   Aspirations fédéralistes   Or, un an jour pour jour après la création du Conseil national de transition (CNT), le poids de la Cyrénaïque et son influence politique restent un sujet de profond mécontentement pour ses habitants. Sous Kaddafi, le centre de gravité de la Libye a toujours penché vers la Tripolitaine, la région côtière s’étendant de la frontière tunisienne à Syrte, d’où était originaire le « Guide ». À son accession au pouvoir, en 1969, Kaddafi avait mis fin aux aspirations fédéralistes d’une partie des élites monarchistes qui n’avaient accepté le pouvoir du roi Idriss (de 1951 à 1969) qu’en contrepartie d’une large autonomie régionale. Tripoli devenu capitale unique de la Jamahiriya, Benghazi ressassait le souvenir de sa gloire perdue.

Sous Kaddafi, Tripoli était privilégié. Et Benghazi ressassait le souvenir de sa gloire perdue…   L’annonce des chefs de l’Est témoigne de la renaissance des aspirations fédéralistes et de la faiblesse du CNT, incapable de fixer un plan de transition convaincant à quelques mois de l’élection d’une Assemblée constituante. Les milices de la Tripolitaine (surtout celles de Zintan, qui contrôlent l’aéroport international de Tripoli et maintiennent au secret Seif el-Islam Kaddafi) ont réussi à imposer leur loi et l’idée qu’il faut taper du poing sur la table. En réaction, la conférence de Brega s’est choisi pour chef Ahmed Zubaïr al-Senoussi, jusque-là membre du CNT chargé du sort des détenus, célèbre pour avoir été prisonnier politique sous Kaddafi trente et un ans durant (il a reçu le prix Sakharov en 2011).   Levée de boucliers

Et s’ils ont pris soin de ne pas se présenter comme des séparatistes, les instigateurs de la déclaration d’autonomie ont tout de même essuyé une levée de boucliers. Le soir du 6 mars, Mustapha Abdeljalil, le président du CNT, a dénoncé un « complot de l’étranger », imputable à certains « pays voisins » qu’il n’a pas nommés, et a menacé de recourir à la force. De son côté, le grand mufti Sadeq al-Gharyani, de plus en plus influent, a mis en garde contre les risques de partition, qui « mène inévitablement à la discorde et ouvre la voie à des conflits, notamment sur les ressources naturelles ».

Jeuneafrique.com par Youssef Aït Akdim