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Pensionnats pour Autochtones : le drame canadien laisse présager le pire aux États-Unis

juin 27, 2021

 

Il n’aura fallu que deux semaines pour que Deb Haaland exprime publiquement sa profonde consternation devant les centaines de sépultures anonymes découvertes près de sites d’anciens pensionnats pour Autochtones au Canada.

Quelque 715 tombes anonymes ont été découvertes près de l'ancien pensionnat pour Autochtones de Marieval, en Saskatchewan.

© /Radio-Canada Quelque 715 tombes anonymes ont été découvertes près de l’ancien pensionnat pour Autochtones de Marieval, en Saskatchewan.

Et il n’aura fallu que 11 jours supplémentaires pour que Mme Haaland, l’une des premières élues autochtones au Congrès américain et la nouvelle secrétaire à l’Intérieur du président Joe Biden, prenne les choses en main.

Le département entreprendra une enquête sur les décès survenus dans les pensionnats pour les Autochtones et les conséquences durables de ces établissements», a écrit la secrétaire d’État à l’Intérieur dans une note mardi dernier.

Ce n’est qu’en reconnaissant le passé que nous pourrons travailler vers un futur dont nous serons tous fiers», a-t-elle ajouté.

Deb Haaland, secrétaire d'État à l'Intérieur

© Evan Vucci/Associated Press Deb Haaland, secrétaire d’État à l’Intérieur

Moins d’un mois s’est écoulé entre la publication de ce mémo par Mme Haaland et l’annonce de la découverte de 215 sépultures anonymes à Kamloops, en Colombie-Britannique. En termes géopolitiques, moins d’un mois équivaut à un clin d’œil.

De plus, il est rare que des nouvelles en provenance du Canada aient un impact aussi drastique et rapide sur les affaires politiques des États-Unis, un pays où les Autochtones font d’ailleurs rarement les manchettes.

Or, l’ampleur de cette enquête à venir pourrait toutefois être révélatrice de l’ampleur des découvertes à faire en sol américain.

Il y a une prise de conscience», a affirmé Chase Iron Eyes, un avocat et activiste autochtone de longue date qui s’implique auprès du People’s Law Project, basé dans le Dakota du Nord.

Et maintenant, on ne peut plus se fermer les yeux sur ces vérités.»

Deux pays distincts, un système similaire

Les similarités entre les pensionnats pour Autochtones canadiens et américains ne s’arrêtent pas là. Je pense qu’en termes d’ampleur, c’est assez comparable», a indiqué Circe Sturm, professeure en anthropologie et spécialiste des questions autochtones à l’Université du Texas à Austin.

Au tournant du siècle, après que le Bureau des affaires indiennes des États-Unis eut pris le relais des missionnaires chrétiens, 147 écoles de jour et 106 pensionnats étaient en fonction, selon Mme Sturm.

En comparaison, au Canada, on estime que jusqu’à 130 pensionnats ont été en fonction de 1831 à 1996, et c’est sans compter les centaines d’écoles de jour.

Dans les deux cas, des centaines de milliers d’enfants sont passés par ces institutions.

Au Canada, la Commission de vérité et réconciliation évalue à au moins 3200 le nombre d’enfants qui y sont morts. De l’aveu même du ministre canadien des Services aux Autochtones, ça pourrait même être le double».

Ligne bilingue d’appui pour les survivants des pensionnats pour Autochtones au Canada : 1 866 925-4419

L'école de jour catholique Kateri Tekakwitha, à Kahnawake, au Québec

© /Kateri Center L’école de jour catholique Kateri Tekakwitha, à Kahnawake, au Québec

L’enquête lancée aux États-Unis par Deb Haaland tentera de recenser toutes les écoles qui faisaient partie du programme, en mettant l’accent sur toutes archives en lien avec des cimetières ou de potentiels sites d’enterrement qui pourraient ensuite être utilisées pour localiser des restes humains non identifiés».

Le Département assurera également la liaison avec les communautés autochtones des États-Unis, y compris en Alaska et à Hawaï, concernant la gestion de telles sépultures et la production d’un rapport final d’ici avril prochain.

Un drame de plus en plus difficile à ignorer

Au Canada, la situation a pris encore plus d’ampleur mercredi avec l’annonce de la découverte de 751 tombes non marquées en Saskatchewan, près du site de l’ancien pensionnat de Marieval.

La nouvelle a généré un intérêt médiatique hors du commun aux États-Unis, faisant notamment la une du Washington Post vendredi et décrochant une page complète dans le New York Times.

S’il fallait découvrir ces tombes pour que les Canadiens se rendent compte à quel point nous avons du travail à faire, ce sera peut-être un point de départ pour en accomplir encore davantage», a notamment déclaré Justin Trudeau lors d’une conférence de presse vendredi matin.

Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a répondu aux questions concernant la découverte de 751 tombes non marquées vendredi en conférence de presse.

© Sean Kilpatrick/La Presse canadienne Le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, a répondu aux questions concernant la découverte de 751 tombes non marquées vendredi en conférence de presse.

Des leaders autochtones pressent le premier ministre canadien d’obtenir des excuses de l’Église catholique formulées par le pape François lui-même en sol canadien, ce qu’il a déjà réclamé à plusieurs reprises, sans toutefois obtenir de réponse.

Si le président américain Joe Biden se joignait à lui, la demande pourrait toutefois être plus difficile à ignorer.

Avec CBC/Radio-Canada 

États-Unis: Première femme autochtone secrétaire à l’Intérieur nommée par Joe Biden

décembre 17, 2020

Selon plusieurs médias américains, le président élu Joe Biden a choisi la représentante du Nouveau-Mexique, Deb Haaland, au poste de secrétaire à l’Intérieur, responsable notamment de la gestion des terres publiques. Ce choix historique ferait d’elle la première Autochtone à diriger l’agence fédérale qui exerce une grande influence sur les nations autochtones aux États-Unis

Deb Haaland dans son bureau

© Tiré de la page Facebook de Deb Haaland Deb Haaland dans son bureau

Cette membre de la nation Laguna Pueblo a déjà fait l’histoire en devenant il y a deux ans l’une des deux premières femmes autochtones à entrer au Congrès américain. Elle a été réélue en novembre.

Depuis, des militants autochtones, des démocrates -dont une autre élue autochtone, Sharice Davids- et des célébrités comme l’actrice Jane Fonda ont fait pression sur Joe Biden pour qu’il choisisse Deb Haaland à ce poste. 

Selon plusieurs médias américains, cette députée démocrate de 60 ans et, comme elle aime le dire, résidente de 35e génération du Nouveau-Mexique, sera donc à la tête d’une agence qui a non seulement une influence considérable sur les quelque 600 communautés reconnues au niveau fédéral, mais aussi sur une grande partie des vastes terres publiques, des voies navigables, de la faune, des parcs nationaux et des richesses minérales du pays.

Elle jouerait ainsi un rôle central dans la mise en œuvre de l’ambitieux programme environnemental et climatique de Joe Biden en restaurant, par exemple, les protections fédérales sur de vastes étendues de terres et d’eau que l’administration Trump a ouvertes aux exploitations minières et forestières, ainsi qu’à la construction. 

Deb Haaland, qui vient d’un État producteur de pétrole et de gaz, s’est d’ailleurs déjà engagée à transformer ce département en un promoteur des énergies renouvelables et des politiques d’atténuation du changement climatique. 

De plus, elle superviserait le Bureau of Indian Education et le Bureau of Trust Funds Administration, qui gère les actifs financiers des Amérindiens détenus en fiducie.

Un tournant

Si cette nomination est confirmée par le Sénat, cela marquerait donc un tournant pour une institution de 171 ans qui a souvent eu des relations tendues avec les communautés autochtones en délogeant plusieurs nations par exemple, et qui a toujours été dirigée par des non-Autochtones, pour la plupart des hommes. 

Selon le professeur de droit à l’Université du Colorado à Boulder, Charles Wilkinson, cité par le Washington Post, cette décision «est symbolique. Elle touche simplement le cœur de la culture autochtone. Le département de l’Intérieur a un pouvoir presque illimité sur les tribus. En fait, le pouvoir de faire le bien ou le mal». 

Jim Enote, membre de la nation Zuni et directeur général de la Colorado Plateau Foundation, dirigée par des Autochtones, a déclaré dans une entrevue au Washington Post, que cette décision montre à quel point les choses ont changé au cours du dernier demi-siècle. 

Avant Deb Haaland, un autre Autochtone Charles Curtis a été vice-président de Herbert Hoover entre 1929 et 1933.

Deb Haaland, issue de la tribu Laguna Pueblo, photographiée le 5 juin 2018 à Albuquerque, au Nouveau-Mexique.

© Juan Labreche/The Associated Press Deb Haaland, issue de la tribu Laguna Pueblo, photographiée le 5 juin 2018 à Albuquerque, au Nouveau-Mexique.

«Avec la nomination de Deb Haaland, les peuples autochtones vont, pour la première fois de leur vie, voir un membre des Premières Nations à la table où les plus importantes décisions sont prises – et tout le monde le verra», a lancé OJ Semans, un activiste sioux de Rosebud qui a aidé à faire sortir le vote des Autochtones lors des derniers scrutins.

«Cela rappelle que les Autochtones existent encore», a-t-il poursuivi. 

En effet, le vote autochtone a été crucial selon plusieurs. Le président de la Nation Navajo, Jonathan Nez, a expliqué aux médias que la victoire de Joe Biden n’aurait peut-être pas été possible sans une forte sensibilisation autochtone.

En Arizona, la participation des Autochtones au scrutin a augmenté par rapport à l’élection présidentielle de 2016, et leur vote fait partie des facteurs de différence qui ont permis aux démocrates de remporter la course en Arizona. 

Un record de six Autochtones ont d’ailleurs été élus comme représentants au Congrès américain en novembre. Parmi eux, trois sont des femmes dont Deb Haaland, un autre exploit, puisque jamais autant de femmes autochtones n’ont remporté d’élections dans l’histoire des États-Unis.

Un exemple

Deb Haaland a été choisie en partie, selon une source de CNN, parce qu’elle a «passé sa carrière à se battre pour tous les Américains, y compris les nations autochtones, les communautés rurales et les communautés de couleur». 

Née en Arizona d’une mère membre d’une Première Nation qui a servi dans la marine et d’un père soldat d’origine norvégienne, Deb Haaland dit avoir fréquenté pas moins de 13 écoles, au gré des multiples emplois et déménagements de ses parents. 

Elle a déjà raconté à l’AFP ses souvenirs des étés passés avec ses grands-parents pueblos dans une maison sans eau courante à s’occuper des champs ou à faire du pain. Elle a aussi rappelé les nombreuses discriminations que sa nation subissait. 

Mère célibataire, elle a vaincu l’alcoolisme, survécu grâce à des bons d’alimentation et des prêts mais s’est toujours battue avec beaucoup d’énergie pour rebondir.

 Deb Haaland et sa fille partant pour son assermentation

© Tiré de la page Facebook de Deb Haaland Deb Haaland et sa fille partant pour son assermentation

Deb Haaland a obtenu un diplôme de droit à l’Université du Nouveau-Mexique. Elle aime d’ailleurs rappeler qu’elle continue de payer son prêt, tout en élevant sa fille. Pour cela, elle a aussi créé une entreprise de fabrication de sauce piquante. 

Elle s’est engagée en 2004 en politique comme bénévole lors de la campagne du démocrate John Kerry pour l’élection présidentielle. En 2012, elle a travaillé pour la campagne de réélection du président Barack Obama. 

En 2016, elle s’est rendue au Dakota du Nord pour prendre part aux manifestations de Standing Rock contre les projets de construction d’un pipeline . 

Elle monte au créneau dès que possible pour soutenir les droits des peuples autochtones et n’hésite pas à porter fièrement les tenues de son peuple lors de manifestations publiques et dans les instances gouvernementales. 

Elle s’est ainsi présentée en tenue traditionnelle lors de son investiture et a porté ses mocassins au Capitole à l’occasion d’une campagne mondiale visant à promouvoir la fierté culturelle. L’événement s’appelle Rock Your Mocs (Arbore tes mocassins).

Deb Haaland porte fièrement ses mocassins au Capitole

© Tiré de la page Facebook de Deb Haaland Deb Haaland porte fièrement ses mocassins au Capitole

Selon la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, Deb Haaland est l’un des meilleurs et des plus respectés membres du Congrès avec qui elle a servi. Elle dit avoir clairement donné sa bénédiction à Joe Biden pour nommer Deb Haaland, estimant qu’elle serait «un excellent choix». 

Avec Marie-Laure Josselin par l’AFP, du Washington Post, du New York Times, de CNN et d’Associated Press