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Côte d’Ivoire – Marguerite Abouet : « Ouattara, Gbagbo et Bédié ? J’espère qu’ils ont abordé la question de la pauvreté »

août 6, 2022

L’ACTU VUE PAR… Chaque samedi, Jeune Afrique invite une personnalité à décrypter un sujet d’actualité. Cette semaine, l’auteure de la célèbre BD « Aya de Yopougon » s’exprime sur la politique ivoirienne, et notamment sur le rôle de l’éducation.

Marguerite Abouet, à Paris. © Jacques Torregano pour JA

Elle s’est fait un nom grâce la saga Aya de Yopougon. Cette BD connue dans le monde entier, traduite dans quinze langues et adaptée au grand écran, fait la fierté des Ivoiriens. Le personnage principal (qui donne son nom à la saga) évolue dans le quartier populaire de Yop City, où a grandi la scénariste, à la fin des années 1970. Impertinente et drôle, Aya rêve de devenir médecin et incarne pour beaucoup un modèle d’émancipation féminine.

Si Marguerite Abouet a quitté sa Côte d’Ivoire natale à l’âge de 12 ans, elle y retourne régulièrement, notamment afin de poursuivre l’action culturelle qu’elle mène, depuis une dizaine d’années, par le biais de son association Des livres pour tous, qui vise à créer des bibliothèques dans les écoles publiques d’Abidjan. Alors que, dix-sept ans après la publication du premier volume de sa série, elle s’apprête à sortir un septième tome, en septembre prochain, elle revient sur les enjeux qu’elle estime prioritaires pour le pays, la jeunesse et l’éducation.

Jeune Afrique : Le 14 juillet, Alassane Ouattara a reçu ses prédécesseurs, Laurent Gbagbo et Henri Konan Bédié. Que vous inspire cette rencontre historique, la première depuis la crise postélectorale de 2010-2011 ?

Marguerite Abouet : Cette rencontre est une bonne chose. Elle signifie que les tensions se sont apaisées et que ces trois hommes pensent à l’avenir de leur pays. Je ne sais pas ce qu’ils se sont dit, mais j’ose espérer qu’ils ont parlé d’éducation. La Côte d’Ivoire a énormément régressé dans ce domaine. J’espère aussi qu’ils ont abordé la question de la pauvreté et de la cherté de la vie, car près de la moitié de la population est pauvre. Le salaire moyen ne dépasse pas les 100 euros par mois, et le taux de chômage est très élevé chez les jeunes. J’espère enfin qu’ils ont évoqué la politique de la santé, qui est aussi un vrai problème.

Certes, la Côte d’Ivoire connaît un rebond économique spectaculaire grâce à la politique des grands travaux, mais c’est aussi le moyen, pour les politiques, d’oublier les bouleversements du passé. Des plaies ne sont pas encore pansées. Une bonne partie de la population reste traumatisée par la guerre civile.

Les enfants des rues, les prostituées, les personnes qui vivent dans une extrême précarité… Je suis témoin de tout cela quand je retourne dans mon pays. Je souhaite donc que la rencontre entre ces trois hommes aboutira à une prise en compte des besoins de la jeunesse, dont deux générations ont été sacrifiées, et qui, même diplômée, ne trouve pas de travail.

LES ÉCOLES PUBLIQUES SONT UNE CATASTROPHE, ELLES SONT LAISSÉES À L’ABANDON

Vous œuvrez pour l’éducation par le biais de votre association Des livres pour tous. Êtes-vous optimiste pour l’avenir de la jeunesse ivoirienne ?

Cela fait longtemps que j’ai cessé de l’être. Je mène un combat visant à installer des bibliothèques accessibles à tous dans les écoles publiques des quartiers populaires d’Abidjan, et je suis choquée de voir dans quelles conditions on fait travailler ces jeunes. Les écoles publiques sont une catastrophe, elles sont laissées à l’abandon par les pouvoirs publics. Conséquence, des écoles privées fleurissent un peu partout, les professeurs désertent les établissements publics, et même les personnes sans réels moyens y envoient leurs enfants.

Le taux de réussite au baccalauréat 2022 a connu une légère hausse, avec 30,78% (contre 29,24% en 2021). Qu’est-ce que cela traduit selon vous ?

J’espère que les 3 000 jeunes qui fréquent mes bibliothèques y sont pour quelque chose. On intervient de la maternelle à la terminale. Et beaucoup de jeunes qui ont été accompagnés par ce projet reviennent dans les écoles et aident à leur tour leurs cadets. Les équipes sont très dynamiques. Pour autant, ce résultat de 30% est un progrès, mais il reste insuffisant pour un pays comme la Côte d’Ivoire. Le taux de réussite pourrait être beaucoup plus élevé si le gouvernement donnait les moyens à cette jeunesse de travailler dans de meilleures conditions. Il serait d’ailleurs intéressant de connaître le taux de réussite des écoles privées et celui des écoles publiques.

L’EXPULSION DES IMMIGRÉS AFRICAINS A COMMENCÉ SOUS FRANÇOIS MITTERRAND, EN 1981

Les relations tendues entre la France et le Mali ont eu un impact sur la vie culturelle malienne. La Côte d’Ivoire est devenue le nouveau QG de la diaspora culturelle et artistique africaine, ainsi que  le carrefour des industries créatives. Une véritable politique culturelle se met-elle en place ?

En Côte d’Ivoire, on doit le rayonnement de la culture aux artistes, qui se sont battus pour cela. Pas aux hommes politiques ni au gouvernement ! Les artistes ont du succès à l’étranger, puis ils reviennent au pays pour y promouvoir les arts et mener des actions – comme je le fais avec mes bibliothèques, en vivant entre Paris et Abidjan. On essaie de redonner au pays ce que l’on a reçu ailleurs. Ce n’est certainement pas celui-ci qui donne aux artistes et aux acteurs du monde de la culture la possibilité de vivre de leur art.

On a des galeries, c’est une chance. Ce sont elles qui aident les jeunes et les envoient en Europe. Les choses bougent tout doucement. Récemment, j’ai été agréablement surprise de découvrir une exposition, à Paris, sur des artistes ivoiriens, financée par l’ambassade de Côte d’Ivoire et la Fondation Bénédicte Janine Kacou Diagou. C’est une bonne chose que l’État commence à faire évoluer le milieu, à soutenir et à faire reconnaître nos artistes.

L’histoire d’Aya se déroule à la fin des années 1970, dans un climat politique et économique plutôt stable. Alors que vous sortez un septième tome, l’envie de dépeindre la Côte d’Ivoire d’aujourd’hui vous a-t-elle traversée ?

Je ne raconte pas la guerre, cela ne m’intéresse pas. D’autres le font très bien. L’ Afrique ne se résume pas qu’à cela. En revanche, je m’appuie sur des thèmes actuels et qui touchent le monde entier. À travers le personnage d’Innocent, qui attend la régularisation de sa situation en France, je traite de l’expulsion des immigrés africains, qui a commencé sous François Mitterrand, en 1981. L’histoire se répète et, aujourd’hui, la situation a empiré.

TOUTES LES IVOIRIENNES SONT CHOQUÉES PAR LE PROJET DE LOI SUR LA POLYGAMIE

Vous ne vous réclamez d’aucun féminisme. Pour autant, quel regard portez-vous sur le projet de loi proposé par Yacouba Sangaré, député de la majorité présidentielle (RHDP), visant à légaliser la polygamie en Côte d’Ivoire et qui suscite l’indignation des féministes du pays ?

Ce projet de loi ne suscite pas seulement l’indignation des féministes. Toutes les Ivoiriennes, instruites ou non, sont choquées. On régresse. Aya, elle, fait progresser la condition féminine. Elle vit avec son temps, en s’émancipant. Toute la difficulté pour les Africaines réside dans le fait de conserver leurs valeurs et leurs coutumes. C’est une dualité compliquée. Les femmes veulent avoir le choix de faire des études et, aussi, choisir l’homme avec lequel elles veulent vivre. Ce débat autour de la légalisation de la polygamie est très dangereux. Et, une fois de plus, il est porté par des hommes, qui ne se sont pas souciés de demander l’avis des femmes. Il faut laisser les femmes décider.

Avec Jeune Afrique par Eva Sauphie

Coronavirus : décryptage des hypothèses qui expliqueraient la faible contamination en Afrique

mai 3, 2020

 Un artiste graffeur peint un message de prévention contre le coronavirus, dans les rues de Dakar, le 25 mars 2020.

Un artiste graffeur peint un message de prévention contre le coronavirus, dans les rues de Dakar, le 25 mars 2020. © Sylvain Cherkaoui/AP/SIPA 

Deux mois après l’irruption des premiers cas de coronavirus en Afrique, la propagation de la maladie semble y progresser plus lentement qu’ailleurs. Quels facteurs pourraient expliquer cette apparente résilience ?

Il serait inopportun de crier victoire trop tôt. Mais tout de même, les chiffres sont là : alors que les premiers cas de contamination au Covid-19 ont été détectés à la mi-février en Afrique, le continent ne compte aujourd’hui qu’un peu plus de 37 000 cas recensés (y compris les personnes déjà guéries) et 1 600 décès, contre plus de 3,2 millions de malades et plus de 228 000 morts dans le monde.

Statistiquement, il y a une anomalie. L’Afrique, qui représente 17 % de la population du globe, n’héberge que 1,1 % des malades et 0,7 % des morts. Mieux : avec déjà plus de 12 000 guérisons, elle semble résister bien mieux que les autres au coronavirus.

Est-ce simplement que la maladie est arrivée plus tard sur le continent et que, comme l’envisage une étude sud-africaine qui annonce un pic pour septembre, le pire reste à venir ? Pour l’heure, en tout cas, plus personne ne nie que la propagation du virus semble singulièrement lente sur le continent. Voici les principales raisons évoquées pour tenter de l’expliquer.

Le climat

C’est l’explication la plus couramment avancée. Comme la grippe, le coronavirus serait une maladie qui s’épanouit à la saison froide et supporterait mal la chaleur, la sécheresse, voire une forte exposition au soleil.

L’hypothèse semble corroborée par le fait que les pays les plus touchés par la pandémie ont un climat plutôt tempéré et que l’essentiel des cas se concentre soit à l’extrême nord du continent, soit à l’extrême sud, où la chaleur et la sécheresse sont moins écrasantes.

Du côté de la recherche, une étude britannique confirme qu’on rencontre en moyenne moins d’affections respiratoires dans les pays chauds et secs (on ne recense d’ailleurs qu’une épidémie de type Sras réellement sévère sur le continent, qui a touché Le Cap en 2002-2003), et un rapport américain du 24 avril affirme que la demi-vie du virus, c’est-à-dire la période nécessaire pour que sa puissance de contamination soit réduite de moitié, peut passer de 18 à 6 heures si la chaleur et l’humidité augmentent.

Les chercheurs restent néanmoins très prudents, à l’image du directeur des affaires internationales de l’institut Pasteur, Pierre-Marie Girard, qui souligne que lors d’expérimentations in vitro il a été constaté que le coronavirus « se multipli[ait] très bien dans la chaleur ».

La jeunesse des populations

Des jeunes contre un mur au Maroc.
Des jeunes contre un mur au Maroc. © Flickr/CC/David Rosen

C’est l’autre grande explication avancée. Dans les pays anglophones, on en a même fait un slogan : « The virus is old and cold and Africa is young and hot. »

Les médecins confirment que la majorité des cas sévères de Covid-19 concerne des personnes de plus de 60 ans, ce qui serait une chance pour le continent, où l’âge médian est de 19,4 ans et où 60 % de la population a moins de 25 ans. On souligne aussi que l’un des pays les plus durement frappés, l’Italie, compte 23,1 % de 65 ans et plus, contre 5 % en Afrique.

Cette hypothèse fait pratiquement l’unanimité, mais les scientifiques la nuancent en rappelant que si la population africaine est jeune, elle est malheureusement plus victime que d’autres de maladies comme le VIH ou de malnutrition, ce qui peut la rendre vulnérable. Enfin, certains chercheurs remarquent qu’en Europe et aux États-Unis les personnes âgées vivent souvent entre elles dans des maisons de retraite, ce qui favorise la propagation, alors qu’en Afrique elles habitent plus fréquemment avec leur famille. Ce qui pourrait les protéger.

Un habitat moins dense

À l’exception de quelques pays comme l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Maroc ou l’Algérie, et de certaines grosses mégapoles, la densité de population est en moyenne plus faible en Afrique que dans les parties du monde où le coronavirus a fait le plus de ravages, Europe de l’Ouest et Amérique du Nord. On compte en moyenne 42,5 habitants au km2 en Afrique, contre 207 en Italie et… plus de 10 000 dans l’État de New York.

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) confirme qu’il s’agit d’un facteur positif, tout en soulignant que ces chiffres ne sont qu’une moyenne, et que des villes comme Lagos ou Abuja affichent des densités de population records.

Des déplacements plus limités

Autre explication rationnelle et difficile à contourner : la population africaine se déplace moins, en moyenne, que celle de beaucoup de pays avancés, et les risques de contamination sont donc forcément moins grands.

Pour mémoire, on ne trouve qu’un seul aéroport africain dans la liste des 50 sites mondiaux concentrant le plus de trafic aérien : celui de Johannesburg.

L’expérience des épidémies

Lors d'une campagne de vaccination contre Ebola, le 13 juillet 2019 à Beni.
Lors d’une campagne de vaccination contre Ebola, le 13 juillet 2019 à Beni. © Jerome Delay/AP/SIPA

Beaucoup le soulignent : l’Afrique n’en est pas à sa première épidémie, et elle en a connu de bien plus meurtrières.  On songe bien sûr à Ebola. Le personnel soignant mais aussi les populations ont donc une certaine habitude des situations de crise sanitaire, des leçons ont été tirées, et des « bonnes pratiques » mises en place.

Certaines méthodes de détection, d’isolement des patients, de précautions lors des soins développées précédemment sont duplicables face au coronavirus. Les autorités ont aussi pris plus rapidement que d’autres la mesure du danger et ont mis en place très tôt le contrôle ou la fermeture des frontières, la distanciation ou le confinement.

Du côté de l’OMS, on souligne qu’à la suite des épidémies d’Ebola en Afrique de l’Ouest on a aidé 40 pays du continent à évaluer leur capacité de réponse. Ont ensuite été soutenus 35 de ces derniers afin d’améliorer leur système de prise en charge.

La situation est certes loin d’être parfaite – du côté de la recherche et des laboratoires d’analyse, notamment –, mais, pour le Dr Moumouni Kinda, qui a affronté plusieurs crises avec l’organisation non gouvernementale ALIMA, « les épidémies comme Ebola nous ont fait accumuler de l’expérience sur la communication et la sensibilisation, qui sont des points clés pour briser les chaînes de transmission du virus ».

Une vraie coopération transfrontière

Pour certains scientifiques africains, le continent a aussi l’avantage de pratiquer une vraie solidarité. Lorsqu’un pays manque de masques ou de kits de tests, les pays voisins moins touchés sont susceptibles de lui en fournir. Le Lesotho, qui n’a pas encore de laboratoire opérationnel, fait tester ses prélèvements en Afrique du Sud, et un réseau de détection de la grippe saisonnière, utilisé face au Covid-19, fédère déjà une vingtaine de pays du continent.

Sans tomber dans l’angélisme, force est de constater que la solidarité semble parfois mieux fonctionner en Afrique que dans certaines régions plus riches, où l’on voit les grands laboratoires veiller jalousement sur leurs découvertes dans l’espoir de pouvoir commercialiser un traitement ou un vaccin. Sans parler d’un Donald Trump tentant de mettre la main sur les brevets des médicaments en cours de développement pour le seul bénéfice (financier) des États-Unis…

À une échelle bien plus locale, on souligne aussi que le fonctionnement communautaire de beaucoup de populations africaines permet de mieux faire passer les messages de prévention, mais aussi de détecter plus rapidement les malades, peu de gens étant susceptibles d’être laissés à eux-mêmes.

La protection indirecte d’autres traitements

Cette hypothèse fait l’objet de vives polémiques, et l’OMS, en particulier, se montre très prudente. Mais certains médecins constatent des coïncidences troublantes : on compterait moins de contaminations au coronavirus dans les pays les plus touchés par le paludisme » ou la tuberculose. Ou dans ceux qui vaccinent massivement leur population avec le BCG.

Le fait d’avoir contracté certaines maladies ferait-il barrière au Covid-19 ? Il faudra du temps pour le démontrer, mais beaucoup de médecins pensent que les traitements antipaludéens comme la chloroquine ont une certaine efficacité. Et comme beaucoup de gens sont traités avec ces médicaments en Afrique, une résistance pourrait exister.

C’est en partie pour cela que le professeur français Didier Raoult, mais aussi des équipes comme celle du Drug Discovery and Development Centre (H3D) de l’université du Cap, testent en priorité des antipaludéens.

L’OMS se montre critique, remarquant que certains pays comme le Burkina Faso, le Nigeria et le Sénégal, où le paludisme fait des ravages, ne sont pas épargnés par le virus. Elle met aussi en garde ceux qui pensent que le vaccin contre la pneumonie peut les protéger, mais incite par contre les populations qui le peuvent à se faire vacciner contre la grippe, la maladie ayant des symptômes proches de ceux du Covid-19.

Une immunité « génétique »

Et si les Africains étaient protégés par leur ADN, qui, pour une raison restant à déterminer, serait plus robuste face au coronavirus ? L’hypothèse est loin de faire l’unanimité – à l’institut Pasteur, Pierre-Marie Girard « ne voit pas très bien pourquoi » une telle spécificité existerait – et demandera du temps pour être explorée.

Le professeur camerounais Christian Happi, spécialiste en génomique, qui partage son temps entre l’université Harvard et le Nigeria, n’exclut pas tout à fait cette possibilité : « Les Africains sont exposés à beaucoup de maladies, donc il est possible que leur organisme réagisse mieux. Il faudra chercher les anticorps pour le savoir, mais c’est possible. Après Ebola, on a vu que beaucoup de gens au Nigeria avaient été exposés à la maladie mais ne l’avait pas développée. »

Une autre version du virus

Idée qui se rapproche de la précédente : puisqu’il semble maintenant que plusieurs souches différentes du Covid-9 sévissent sur la planète (jusqu’à huit formes distinctes), peut-être que celle qui est présente en Afrique est moins agressive ? Ce qui pourrait expliquer aussi le fait qu’on semble y recenser plus de cas asymptomatiques qu’ailleurs. L’hypothèse reste audacieuse dans la mesure où le virus est arrivé par des patients l’ayant contracté ailleurs. Aurait-il muté ensuite ? L’OMS n’exclut pas l’idée, mais souligne que pour la valider il faudra séquencer le génome du Covid, ce qui est en cours.

De meilleurs masques

Solange Benga, originaire de RDC, dans l’atelier de couture de l’ONG Migrants du Monde où elle fabrique des masques contre le coronavirus, à Rabat, au Maroc, le 16 avril 2020 (Illustration).
Solange Benga, originaire de RDC, dans l’atelier de couture de l’ONG Migrants du Monde où elle fabrique des masques contre le coronavirus, à Rabat, au Maroc, le 16 avril 2020 (Illustration). © Mosa’ab Elshamy/AP/SIPA

Lorsqu’on l’interroge sur les spécificités qui pourraient jouer en faveur de l’Afrique, Matshidiso Moeti, la directrice Afrique de l’OMS, met en avant le fait que le continent « a une industrie textile très active et compétente », en particulier à Brazzaville, où sont installés les bureaux de l’organisation. Cette particularité permet peut-être à la population de bénéficier de masques en tissu en plus grand nombre et de meilleure qualité que dans certains pays riches, où la pénurie est la règle.

En conclusion, les scientifiques soulignent que ce qui explique sans doute le faible nombre de cas observés sur le continent est, avant tout, le fait que la plupart des pays ont pris très tôt des mesures de protection draconiennes. Et peut-être aussi le fait que la maladie ayant d’abord touché des personnes qui voyageaient, plutôt mieux informées que la moyenne et vivant majoritairement en ville, il a été plus facile d’identifier les premiers cas que lors d’autres épidémies.

Mais la modestie des chiffres continue à étonner, comme le remarque  la biologiste congolaise Francine Ntoumi : « Dans certains pays du continent, on mange les chauve-souris, les gens vivent les uns sur les autres… En fait, tout est fait pour que ça explose, mais ce n’est pas le cas. » C’est, conclut-elle, aux scientifiques africains de chercher à comprendre pourquoi.

Avec Jeune Afrique par Olivier Marbot