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Afrique : « L’autre défi à relever est le risque accru de défaut de paiement »

mai 31, 2022

ENTRETIEN. Président de la banque d’investissement et de développement de la Cedeao, George Agyekum Nana Donkor, revient sur les défis qui attendent le continent.

La zone Cedeao subit un ralentissement de la croissance des activites economiques dans tous les secteurs d'activite.
La zone Cedeao subit un ralentissement de la croissance des activités économiques dans tous les secteurs d’activité. © HALIL SAGIRKAYA / Anadolu Agency via AFP

Alors que la reprise économique en Afrique était dans tous les agendas après deux années de ralentissement dû à la pandémie de Covid-19, la guerre en Ukraine vient fortement contrecarrer les projets des grandes institutions. L’Afrique de l’Ouest, et plus particulièrement la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), n’est pas épargnée. Presque tous les secteurs d’activité subissent les impacts du conflit, les États ne disposent pratiquement plus de marges de manœuvre – au contraire, ils anticipent plutôt une baisse de leurs recettes et donc de réduire in fine leurs budgets d’investissement. Sur le long terme, les risques sont grands désormais de voir le développement de la sous-région impacté.

C’est dans ce contexte que la BIDC, banque d’investissement et de développement de la Cedeao*, bras financier des 15 États membres, a la lourde de charge de catalyser la relance économique de la zone. Établi à Lomé, au Togo, le siège de l’institution est en ébullition après une période de traversée du désert caractérisée par le manque de ressources financières dans le secteur bancaire en Afrique de l’Ouest. L’institution a dû revoir tous les pans de sa stratégie de mobilisation de ressources afin de renforcer la résilience des États membres face à la pandémie de Covid-19. Ce qui lui permit de limiter les risques accrus de défaut de paiement tout en injectant des ressources financières dans les économies d’Afrique de l’Ouest. Quid de l’avenir ? George Agyekum Nana Donkor, le président de la BIDC, est revenu en détail pour Le Point Afrique sur les défis qui attendent le continent africain sur les sujets du financement, du développement et des investissements.

Le Point Afrique : Votre institution est le bras financier des 15 États membres de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. Mais elle a traversé une zone de turbulences ces dernières années faute de ressources financières. Qu’en est-il présentement alors que les États de la sous-région ont besoin de financement ?

George Agyekum Nana Donkor : Tout d’abord, permettez-moi de retracer un peu l’historique de cette grande banque de développement. En 2006, l’autorité des chefs d’État et de gouvernement de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest a accepté de réorganiser les deux filiales de l’ex-fonds de la Cedeao créé en 1975, c’est-à-dire la fusion du Fonds régional de développement de la Cedeao (FRDC) dédié au financement du secteur public et la banque régionale d’investissement de la Cedeao (BRIC) dédiée au financement du privé. Cela, dans le but d’étendre les services de la banque à une plus large variété d’acteurs impliqués dans le développement des activités économiques ainsi que des programmes au niveau tant national que régional. La BIDC a commencé ses opérations sous cette nouvelle structure en janvier 2007 et est à ce jour l’une des plus grandes institutions financières en Afrique. Pour revenir à votre question, tout n’a pas été facile. Je suis heureux d’annoncer qu’en 2021 la banque a mobilisé des ressources estimées à plus d’un milliard de dollars auprès de sources de financement diversifiées, y compris des partenaires financiers de la Cour européenne des comptes (ECA), ainsi que des partenaires bilatéraux. Aujourd’hui, nous sommes très reconnaissants envers des partenaires tels que AKA Bank, ODDO BHF, Commerzbank, KfW IPEX Bank, Ebu Dhabi Export Finance et Cargill Financial Services Inc. En mai 2021, la banque a établi un record suite à l’émission d’un emprunt obligataire par appel public à l’épargne dénommé « BIDC-EBID 6,50 % 2021-2028 » d’un montant de 50 milliards de FCFA (environ). L’opération a démarré et s’est achevée en l’espace d’une heure avec 168 % de souscription. De plus, nous avons également reçu un financement de 40 milliards de FCFA provenant de Bank of Africa en novembre 2021. J’aimerais souligner que, suite à la meilleure notation reçue par la banque auprès de l’agence Moody’s, tous les partenaires veulent nous octroyer des financements. La banque a reçu la notation B2, ce qui a ouvert la voie aux financements provenant de beaucoup de partenaires bilatéraux. Donc la problématique de ressources n’est plus d’actualité à la banque.

Comment la banque s’est-elle arrangée pour atteindre ce niveau de notation par l’agence Moody’s en si peu de temps après une période d’incertitude ?

Avant, nous avions des perspectives négatives et les agences internationales de notation nous avaient adressé quelques recommandations. Il s’agissait de certains actifs non performants de la banque. En plus, on avait un taux de prime minimum (TPM) élevé et, en termes de souscription au capital, les États membres étaient, pour la plupart, encore redevables à la banque. Je peux également dire que nos procédures étaient un peu lentes et que nous avions des politiques obsolètes, ce qui entravait la rapidité de nos activités. Donc nous avions dû discuter à l’interne des remarques provenant de ces agences internationales de notation pour résoudre définitivement ces problèmes. En 2020, notre taux de prime minimum (TPM) était de l’ordre de 8,5 %. Mais ce taux a été rabaissé à 5,8 % quand l’agence de notation Moody’s évaluait les performances de la banque en fin d’année 2021. C’est le ratio exigé par le secteur. En termes de souscription au capital, nous avions en 2020 environ 140 millions de dollars. Mais, à la fin d’année 2021, nos États membres ont pour la plupart payé leurs redevances, en particulier les grands actionnaires que sont le Nigeria, la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Sénégal. En fait, nous avions pu recouvrer 60 % des arriérés de capital à la fin de l’année 2021. Donc toutes ces performances, ajoutées à la qualité de nos services, ont motivé les agences internationales de notation à élever notre notation. Nous avons aussi revu notre portefeuille pour être beaucoup plus performants. Cette bonne notation reçue par la BIDC continue d’attirer des investisseurs.

Les Institutions de financement se sont réunies en 2020 en France pour évaluer les enjeux et défis du secteur. La BIDC avait également pris part à cette grande rencontre. Quelles étaient les grandes recommandations issues de cette rencontre et comment les mettez-vous en pratique en cette période marquée par la crise sanitaire ?

La récente rencontre a exhorté les institutions financières de développement (IFD) à beaucoup plus de collaboration afin de faire face aux conséquences issues de la pandémie. À cet effet, la BIDC a déjà fait des avancées significatives et va continuer de renforcer ses collaborations avec ses différents partenaires dans le secteur du financement afin de mobiliser beaucoup plus de ressources pour développer des projets dans la sous-région. En effet, pour la seule année 2021, suite à la crise sanitaire, nous avons décidé d’injecter beaucoup de financements dans les différentes économies en Afrique de l’Ouest afin de soutenir la relance économique. Je suis ravi de vous informer qu’en 2021 nous avons injecté environ 267 millions de dollars dans les différents secteurs de la vie économique en Afrique de l’Ouest. Et je peux affirmer avec certitude que la relance économique est en bonne marche dans notre sous-région.

Vous affirmez avec certitude que la mobilisation des ressources n’est plus un problème avec la BIDC. Mais qu’en est-il des ressources concessionnaires disponibles dans la sous-région ?

Vous avez évidemment raison puisqu’à cause des dispositions qui existent entre nos États membres et les institutions de Bretton Woods, notamment le Fonds monétaire international (FMI), certains d’entre eux ne peuvent pas lever des fonds sur le marché international. Donc il est primordial qu’une institution régionale telle que la BIDC mette en place des mécanismes leur permettant d’accéder aux financements concessionnaires en vue de soutenir leurs différents programmes de développement. À cet effet, j’aimerais vous informer que le gouvernement indien, à travers Indian Exim Bank, a octroyé une enveloppe d’environ 1 milliard de dollars à la banque d’investissement et de développement de la Cedeao sous des termes concessionnaires afin de permettre à notre institution de prêter à nos États membres.

Auparavant vice-président de la BIDC chargé des finances, de l’administration et des services institutionnels. George Agyekum Nana Donkorest est devenu le président de l’institution le 3 février 2020. © Blamé Ékoué

En ce moment même, nous disposons déjà d’environ 90 % de facilités de crédit. Hormis cet avantage du gouvernement indien, que je tiens à remercier à travers votre canal, nous sommes en train de négocier avec d’autres partenaires asiatiques en vue d’obtenir des financements concessionnaires pour nos États membres. En plus, nous avons mis en place à l’interne de la banque ce que nous appelons un « fonds de bonification d’intérêt ». Ce fonds est mis en place par la banque en collaboration avec la Commission de la Cedeao. À la fin de chaque exercice financier, nous mettons de côté une partie de nos bénéfices pour alimenter ce fonds. La Commission de la Cedeao est censée nous donner environ 4 millions de dollars chaque année pour soutenir ce fonds. L’idée motrice conduisant à la mise en place de ce fonds est de subventionner les projets du secteur public. Cela, dans le but de permettre aux États membres d’accéder à des financements provenant de la banque avec des taux concessionnaires et avantageux afin de leur permettre de financer leurs projets.

Allant toujours dans le sens de la mobilisation de ressources, est-ce que la banque a aussi recours aux sociétés financières privées pour booster ses activités ?

Les pères fondateurs de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest ont reconnu le rôle essentiel que les sociétés de capital-investissement peuvent jouer au sein de l’actionnariat de la banque. C’est ainsi qu’environ 30 % de notre capital autorisé ont été réservés à des membres non régionaux. Ces membres non régionaux sont constitués d’entités ou de firmes privées appropriées, d’États, des organisations internationales de financement, ainsi que des organisations multilatérales de développement n’appartenant pas aux États membres. J’aimerais également préciser que le Conseil des gouverneurs, l’autorité principale de prise de décision de la banque, avait auparavant invité des entités non régionales à intégrer l’actionnariat de la banque. En ce moment précis, des invitations sont adressées à certains membres non régionaux pour entrer dans l’actionnariat de la banque. Les discussions sont toujours en cours avec des entités à travers le monde pour voir la nécessité pour elles d’entrer dans notre actionnariat. Les négociations ont beaucoup avancé, mais ce n’est pas le moment pour moi ici de donner des noms car les transactions n’ont pas encore été faites à ce stade des négociations. Mais, s’il plaît à Dieu, je pense qu’ils feront bientôt leur entrée dans l’actionnariat de la banque afin de booster le capital. Pour la mobilisation de ressources, les textes sont déjà disponibles et le Conseil des gouverneurs a déjà décidé de l’ouverture de l’actionnariat de la banque à des partenaires non régionaux.

Face à la baisse des ressources pour financer les projets de développement dans les pays en Afrique de l’Ouest, pourquoi ne pas recourir à une mobilisation de ressources sur des marchés financiers locaux ?

Vous devriez savoir que la banque a réussi à lever des fonds depuis 2006 sur le marché financier de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (Uemoa) à six différentes reprises. Comme je l’avais dit précédemment, nous avons effectué une opération en mai 2021 sur ce marché. Elle a démarré et s’est achevée en l’espace d’une heure avec 168 % de souscriptions. La banque ambitionne de réaliser un autre record à travers une autre émission dans le courant du deuxième trimestre 2022 pour mobiliser 120 milliards de FCFA environ (183 millions d’Euros). En plus, la banque s’efforce de reconquérir le marché financier nigérian. En effet, nous sommes en train de déployer des efforts afin de lever des fonds en nairas (devise locale) sur le marché financier nigérian. Cela, dans le but d’utiliser ces mêmes ressources financières levées sur le marché financier local en nairas pour financer les projets du pays. Nous envisageons de faire de même en levant des ressources en cedis au Ghana pour financer des projets sur place. Bref, des efforts sont consentis dans ce sens sur certains marchés financiers des États membres.

La banque d’investissement et de développement, bras financier de la Cedeao, a été lancée en 2003. Son siège est situé à Lomé, la capitale du Togo, non loin de la BOAD, la banque de développement de la sous-région ouest-africaine. © Blamé Ékoué

La crise sanitaire a paralysé les activités de la sous-région. Quels sont les impacts de cette crise sanitaire sur les activités de la BIDC ?

Comme vous le saviez déjà, l’impact de la crise sanitaire a affecté toutes les entités dans tous les secteurs d’activité. En tant qu’institution financière de développement, nous demeurons sensibles à la détresse de nos clients, qui sont aussi pour certains nos actionnaires. L’impact de la pandémie de Covid-19 sur les activités économiques a été assez révélateur avec une situation financière précaire des entreprises. L’un des secteurs clés ayant beaucoup souffert durant cette pandémie n’est autre que celui de l’industrie hôtelière. Les restrictions de voyages imposées comme une mesure de lutte contre la propagation ont affecté la fréquentation des hôtels. En outre, l’embargo imposé sur la tenue des conférences dans plusieurs pays dans la sous-région ouest-africaine en pleine flambée épidémique explique le fait que la plupart des entreprises de ce secteur ne généraient pratiquement plus de revenus. Par conséquent, il serait insensible de la part de la banque d’exiger que ses débiteurs continuent de s’acquitter de leurs dettes comme c’était prévu avant la pandémie. En effet, la banque a accordé une période moratoire d’acquittement des créances à sept entités afin de leur permettre d’avoir une marge de manœuvre pour affronter la pandémie. Cette situation a conduit à une réduction du flux de liquidités pour la banque avec un impact découlant sur la profitabilité. Une fois nos revenus d’intérêts réduits, toutes les activités de la banque tournaient au ralenti parce qu’on ne pouvait pas atteindre les résultats escomptés. Les agences de notation ont vu en ce geste quelque chose de problématique dans leurs évaluations des notations, cela, du fait que la période moratoire dépassait 90 jours, leur seuil permis pour les dépréciations sur des prêts accordés. En effet, cette situation a entraîné une hausse du niveau des prêts non productifs de la banque, ce qui a, à leurs yeux, exercé une pression à la baisse sur la cote de solvabilité de la banque. En plus, certains États membres faisaient face à une instabilité politique et cela a eu des répercussions négatives sur la banque. Pire encore, il y a eu une détérioration de la chaîne d’approvisionnement conduisant à une hausse des prix des biens et services dans la plupart des États membres. Certains étaient au bord du gouffre, pour ne pas parler de récession. Tous ces facteurs ont contribué à affecter négativement nos activités parce que les États membres sont nos clients et en même temps nos actionnaires. Donc l’impact de la crise sanitaire sur nos activités en tant que banque a été immense. Toutefois, il a fallu trouver une voie de sortie pour surmonter la situation en réduisant considérablement nos dépenses. Nous étions aussi capables de recouvrer certains prêts. Bref, nous avons pu réaliser des profits à la fin de l’année financière en décembre 2021. Face à la situation qui prévalait, nous étions obligés de réduire nos dépenses.

Quels sont les grands défis auxquels feront face les institutions opérant dans le secteur financier ou bancaire après la crise sanitaire dans la sous-région ?

Le flux des capitaux en direction de l’Afrique de l’Ouest pourrait être inhibé par la hausse des taux d’intérêt dans les économies les plus développées du monde. Cela, à cause de la flambée des prix due à la crise sanitaire, entraînant une rupture des chaînes d’approvisionnement. En effet, cette situation ne sera pas seulement l’apanage des États de l’Afrique de l’Ouest suite aux coûts élevés des emprunts mais le secteur bancaire aura également fort à faire pour avoir accès à des ressources financières nécessaires afin d’exécuter leur mandat. L’autre défi à relever sera également le risque accru de défaut de paiement étant donné que beaucoup d’entités se retrouvent dans des conditions financières précaires post-Covid-19. Si on n’en tient pas compte, les prêts non performants (PNP) vont augmenter de court et moyen terme et pourraient même finir par compromettre la qualité des actifs du secteur bancaire. Le risque accru crée une certaine aura d’incertitude qui conduira à un examen approfondi des modèles d’affaires. À cet effet, beaucoup de ressources financières et des heures de travail seront dédiées à l’évaluation des crédits, ce qui va ralentir sûrement le processus d’octroi de prêts. En tant que banque, nous avons réellement renforcé notre processus d’octroi de prêts. Car, si on ne fait pas ainsi, on fera face à un risque accru de défaut de paiement de crédits. Nous avons aussi changé notre modèle d’affaires. Au lieu d’octroyer des crédits à des promoteurs particuliers ou privés, nous passons maintenant par le canal des banques commerciales. Nous faisons ainsi parce que nous pensons que les banques commerciales sont dans une meilleure position pour faire le suivi et gérer le risque en ce qui concerne les projets dans le secteur privé. Donc nous avons déjà changé notre modèle d’affaires en tenant compte des changements dus à la pandémie de Covid-19. Aujourd’hui, la BIDC accorde des prêts aux banques commerciales qui, en retour, prêtent aux promoteurs de projets dans la sous-région. Ainsi, nous avons pu réduire considérablement le risque accru de défaut de paiement de crédits.

La guerre en Ukraine a montré une dépendance accrue des États africains vis-à-vis du monde occidental de certains produits de base tels que les céréales et même l’engrais. Que faire dans le futur pour éviter que, dès qu’une guerre éclate sur un autre continent, l’Afrique n’en pâtisse pas trop ?

C’est vrai que la guerre entre la Russie et l’Ukraine a des conséquences sur le monde entier. Comme vous le savez, la Russie est l’un des plus grands importateurs d’engrais au monde. Les deux pays sont également les plus grands producteurs de blé. Avec la guerre entre ces deux pays, le prix de ces denrées flambe. Pire encore, je peux dire qu’avec cette guerre le prix des biens et services est en train d’être impacté sur notre continent. Désormais, le moment est venu pour que les pays africains en général et ouest-africains en particulier puissent développer leurs propres capacités en termes d’agriculture mais aussi la transformation des produits agricoles. Nous avons besoin de transformer ces produits agricoles en produits manufacturés qui ont une valeur ajoutée sur le marché mondial. Bref, on aura besoin de transformer une bonne partie de nos matières premières dans la sous-région ouest-africaine pour ne pas continuer à dépendre du monde occidental. Je pense que l’agriculture sera la clé du développement de la sous-région mais également du continent tout entier. Les États auront désormais besoin de mettre sur pied des solutions pour booster ce secteur car cela permettra de générer des revenus à travers l’exportation de produits agricoles manufacturés vers l’Occident.

Avec Le Point propos recueillis par notre correspondant à Lomé, Blamé Ekoué

Canada: Des universités défient Québec en planifiant une rentrée en présence pour février

janvier 15, 2022

Le ministère les appelle à observer ses directives, qui commandent un retour en classe d’ici le 31 janvier.

Le pavillon Henry-F.-Hall de l'Université Concordia, à Montréal.

L’Université Concordia fait partie des établissements d’enseignement ayant décidé de repousser la rentrée en présence au-delà du 31 janvier. Photo: Radio-Canada/Martin Thibault

Des établissements d’enseignement postsecondaire visiblement inquiets de la déferlante du variant Omicron du coronavirus ont décidé unilatéralement d’outrepasser la date limite fixée par le gouvernement Legault pour renouer avec les cours en classe.

En théorie, le retour en présence sur les campus devrait être réalisé d’ici le lundi 31 janvier. Or, certains établissements ont annoncé cette semaine qu’ils entendaient maintenir leurs cours à distance jusqu’en février.

C’est le cas de l’Université Concordia, à Montréal. L’établissement a annoncé sur son site web jeudi que la rentrée en présence n’aura lieu que le jeudi 3 février, soit trois jours après la date limite fixée par Québec.

De même, les étudiants et professeurs de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) ne devraient pas retourner en classe avant la mi-février. Sur son site web, l’Université du Québec en Abitibi-TémiscamingueUQAT écrit même que l’enseignement à distance sera privilégié tant que 75 % des étudiants n’auront pas reçu leur dose de rappel contre la COVID-19.L'entrée principale de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue à Rouyn-Noranda.

Le campus de Rouyn-Noranda de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue Photo: Radio-Canada/Andrei Audet

En outre, au moins un établissement d’enseignement collégial, soit le Cégep régional de Lanaudière, a confirmé dans les derniers jours qu’il entendait reporter sa rentrée. Ainsi, les cours reprendront le 7 février, en présence. D’ici là, il n’y aura pas de cours à distance; le calendrier a simplement été décalé.

Québec demande aux établissements de se conformer

Le cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, avait pourtant prévu une « période de transition » de deux semaines pour permettre aux cégeps et aux universités de renouer avec les cours en classe au-delà du lundi 17 janvier – date initialement fixée par le premier ministre Legault, le 30 décembre dernier.

Ce sursis avait été décrété le 7 janvier après l’annonce par certains établissements, comme l’Université de Montréal et l’UQAM, d’une rentrée en présence le lundi 24 janvier, voire le lundi suivant, le 31 janvier.

Le gouvernement Legault a tenu à rappeler les règles du jeu vendredi soir. Dans une communication transmise à Radio-Canada, le cabinet de la ministre McCann a appelé les établissements rétifs à se conformer aux directives qui leur ont été communiquées dès le 30 décembre dernier.Gros plan de Danielle McCann en conférence de presse.

La ministre de l’Enseignement supérieur du Québec, Danielle McCann Photo: Radio-Canada/Sylvain Roy Roussel

Le retour en présence sur les campus devra s’effectuer dès le 17 janvier, a-t-il rappelé, soulignant qu’il avait déjà fait preuve de flexibilité en donnant aux cégeps et aux universités la possibilité de compléter ce retour d’ici le 31 janvier.

En entrevue à l’émission Midi info, sur ICI Première, la ministre McCann avait elle-même rappelé plus tôt dans la journée que le 31 janvier représentait la date ultime pour renouer avec le retour en classe des étudiants dans les établissements d’enseignement postsecondaire.

Des étudiants veulent retourner en classe

Le report de semaine en semaine de la rentrée en présence au cégep et à l’université ne plaît pas à tout le monde.

En Abitibi, par exemple, une lettre ouverte a commencé à circuler vendredi pour demander à l’Université du Québec en Abitibi-TémiscamingueUQAT de faire marche arrière et d’amorcer un retour en présentiel entre le 17 et le 31 janvier, car de nombreux étudiants préféreraient largement vivre un retour en classe comme les mesures gouvernementales le permettent.

Concrètement, la mesure exigée par l’Université du Québec en Abitibi-TémiscamingueUQAT ciblant une couverture vaccinale de 75 % pour la troisième dose […] empêcherait des cohortes complètes d’avoir un enseignement en présentiel, et ce, pour encore plusieurs semaines, écrivent ses auteurs, ajoutant que Québec n’a jamais fait mention d’une mesure aussi extrême.

Sans compter qu’il est évident, selon eux, que la qualité de l’enseignement reçu en ligne n’équivaut pas à celle des cours en présentiel.

« Pour certains étudiants, le parcours universitaire tire à sa fin. Malheureusement, pendant les trois dernières années de celui-ci, ils n’ont eu que deux sessions complètes en présentiel, ce qui nuit beaucoup à la qualité de la formation qu’ils ont reçue. Il est assez navrant de sortir avec un diplôme et un titre, mais sans l’intégralité des compétences qui auraient dû être développées pendant cette formation. »— Une citation de  Extrait de la lettre ouverte à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue

La lettre avait été signée vendredi soir par plus de 70 étudiants, selon ses auteurs. Ceux-ci font front commun contre la position officielle de l’Association générale étudiante de l’UQATAGEUQAT, l’association étudiante locale, qui a déclaré sur Facebook cette semaine que cette mesure lui semblait satisfaisante.

L’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue UQAT et Concordia s’expliquent

L’Université du Québec en Abitibi-TémiscamingueUQAT s’est justifiée par courriel vendredi soir en soulignant que plusieurs de ses activités de recherche […] se sont poursuivies en présentiel sans interruption aucune et que le retour de l’enseignement en présentiel sera amorcé dès le 24 janvier en commençant par les cours comprenant une composante pratique ou expérientielle.

De plus, l’accès aux campus et centres est possible en suivant les mesures sanitaires et les services aux étudiants, dont le soutien psychosocial, l’aide à la réussite et le soutien technopédagogique, sont disponibles en présence ou à distance, a fait valoir la directrice des communications de l’université, Stéphanie Duchesne.

Celle-ci a également rappelé que des représentants de l’Association générale étudiante de l’UQATAGEUQAT et des quatre syndicats de l’université avaient été consultés. En outre, le ministère est au courant des orientations qui ont été prises par l’Université du Québec en Abitibi-TémiscamingueUQAT, assure Mme Duchesne.

L’Université Concordia, pour sa part, a précisé vendredi soir par courriel que sa session d’hiver [avait] commencé le 6 janvier, soit un jeudi, et que, pour des raisons de planification, il [était] plus cohérent de reprendre les cours en personne un jeudi afin de faciliter la structure des cours.

Le retour en personne est donc prévu dans la semaine du 31 janvier, a fait valoir sa porte-parole, Vannina Maestracci.

Avec Radio-Canada par

Jérôme Labbé

Jérôme Labbé

RDC : quitte ou double pour les Jeux de la francophonie

janvier 9, 2022
Kash © Kash

Malgré les polémiques et les soupçons de détournements de fonds, les autorités congolaises l’assurent : les 9e Jeux de la Francophonie se tiendront bel et bien à Kinshasa, du 19 au 28 août 2022. Faut-il y croire ?

Le défi est grand pour la RDC, qui doit organiser du 19 au 28 août 2022 la 9e édition des Jeux de la Francophonie. Le comité international de la compétition exige en effet des infrastructures capables d’accueillir dans de bonnes conditions les 3 500 sportifs et leurs accompagnateurs.

Pour ce faire, douze immeubles devaient être construits aux abords du stade Tata Raphaël, à Kinshasa. Mais en raison de lourds soupçons de détournements ont plané sur le comité national des Jeux dirigé par Didier Tshiyoyo, la totalité des contrats ont été renégociés. La société Janamapa Construct, détenue par un entrepreneur libanais, qui s’était vu confier l’ensemble des travaux, s’en est vu retirer l’essentiel, pour ne conserver que le creusement des fondations. Et à l’heure actuelle, les bases de seulement trois des douze édifices prévus sont effectivement réalisées…

Volonté politique ?

Nommé directeur du comité national en octobre dernier après le limogeage de l’équipe de Didier Tshiyoyo, Isidore Kwandja Ngembo se veut rassurant : « Je peux vous assurer qu’il y a la volonté politique. Le budget des Jeux provient de différents ministères faisant partie du comité de pilotage, qui est comme un conseil d’administration. Il y a des lignes budgétaires dans ces ministères qui génèrent les fonds ».

« Les entreprises disent qu’elles sont prêtes. Il suffit qu’elles soient payées, a-t-il encore ajouté. Nous n’avons aucune raison pour reporter ces jeux ». Parviendra-t-il à relever le défi ? Isidore Kwandja Ngembo assure que oui. Dans le pire des cas, il envisage même d’accueillir les sportifs à l’université de Kinshasa.

Kash

Avec Jeune Afrique par Kash

Caricaturiste, bédéiste et peintre congolais installé à Kinshasa.

« Cuba va vivre en paix », promet Diaz-Canel face au défi d’un opposant

novembre 14, 2021
"Cuba va vivre en paix", promet Diaz-Canel face au defi d'un opposant
« Cuba va vivre en paix », promet Diaz-Canel face au défi d’un opposant© AFP/Yamil LAGE

« Cuba va vivre en paix », a promis dimanche le président Miguel Diaz-Canel devant ses partisans, rejetant le défi lancé par l’opposant Yunior Garcia, bloqué chez lui par les forces de l’ordre pour l’empêcher de défiler en solitaire à La Havane.

« Et en vivant en paix, (Cuba) va se perfectionner », a-t-il ajouté face à environ 70 étudiants communistes, qui organisent depuis vendredi soir un sit-in au Parque Central, près du Capitole, en soutien au gouvernement.

Portant un foulard rouge autour du cou comme les étudiants, le président s’est assis quelques instants en tailleur au milieu d’eux.

« Nous cherchons le perfectionnement de la société (…), en défendant le socialisme et en condamnant comme vous les campagnes pour perturber l’ordre interne, les campagnes médiatiques contre Cuba », a déclaré M. Diaz-Canel, qui accuse les Etats-Unis d’être à la manoeuvre en coulisses.

A l’autre bout de la capitale, dans le quartier populaire de la Coronela, l’opposant Yunior Garcia était lui bloqué dans son appartement.

« Aujourd’hui je me suis réveillé avec mon domicile assiégé, tout l’immeuble est cerné d’agents de la Sécurité de l’Etat habillés en civil », a-t-il annoncé dans une vidéo sur Facebook.

Une équipe de l’AFP a pu constater que sa rue était bloquée par une forte présence d’agents en civil, sur la chaussée et les toits des immeubles.

Alors que des hommes avaient déployé de gigantesques drapeaux cubains sur la façade de son immeuble, le dissident a tendu la main de sa fenêtre pour faire apparaître une rose blanche, avec laquelle il avait l’intention de défiler.

Yunior Garcia, dramaturge de 39 ans, avait appelé à une manifestation pour la libération des prisonniers politiques lundi, à La Havane et dans six provinces.

Mais, inquiet de la violence pouvant éclater ce jour-là, il a décidé de marcher seul dimanche après-midi sur une avenue havanaise. La Sécurité de l’Etat l’a prévenu qu’il serait arrêté s’il essayait.

Le groupe de débat politique sur Facebook Archipiélago, qu’il a créé, avec plus de 30.000 membres dans et en dehors de Cuba, maintient son appel à défiler lundi.

Sanctions contre Efe

Les autorités cubaines ont retiré samedi les accréditations des cinq journalistes de l’agence espagnole de presse Efe à La Havane, invoquant « la réglementation sur la presse étrangère », sans donner de raison exacte, a déclaré le chef de la rédaction Atahualpa Amerise à l’AFP.

Dimanche matin, il a annoncé sur Twitter qu’une rédactrice et le caméraman avaient récupéré leurs accréditations à l’issue de « négociations ».

A Madrid, les autorités espagnoles ont convoqué le chargé d’affaires de l’ambassade cubaine pour « demander des explications », selon des sources diplomatiques. L’ambassade espagnole à La Havane est aussi intervenue.

Reporters sans frontières a condamné « un fait gravissime ».

Selon Archipiélago, au moins six coordinateurs du groupe sont empêchés de sortir de chez eux par les forces de l’ordre. Le dissident Guillermo Fariñas a lui été arrêté dès vendredi.

La télévision d’Etat a accusé Yunior Garcia d’être un agent entraîné et financé par Washington, le montrant en train de participer à un séminaire à Madrid sur le rôle des forces armées dans un éventuel processus de transition à Cuba, et révélant des versements de petites sommes d’argent depuis l’étranger.

La manifestation de lundi, interdite par le gouvernement, coïncide avec la réouverture de l’île au tourisme international, le retour à l’école des élèves du primaire et la célébration du 502e anniversaire de La Havane.

Washington attentif

L’opposition exige la libération des prisonniers politiques, quatre mois après les manifestations historiques du 11 juillet, aux cris de « Nous avons faim » et « Liberté », qui se sont soldées par un mort, des dizaines de blessés et 1.270 personnes arrêtées, dont 658 restent détenues, selon l’ONG Cubalex.

Le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken a appelé « le gouvernement cubain à respecter les droits des Cubains, en les laissant se rassembler de manière pacifique ».

M. Blinken « doit apprendre une bonne fois pour toutes que le gouvernement cubain n’est redevable qu’envers son peuple et rejette en son nom l’intromission des Etats-Unis », lui a rétorqué via Twitter le ministre des Affaires étrangères Bruno Rodriguez.

La manifestation, devenue le grand sujet de conversation à Cuba, a été planifiée presque exclusivement via l’internet mobile, arrivé à Cuba fin 2018.

« Grâce aux réseaux sociaux, pour la première fois à Cuba une société civile vraiment indépendante est en train d’émerger », se félicite Yunior Garcia.

C’est sans doute pour cela que beaucoup redoutent dimanche et lundi une coupure d’internet, comme celle survenue lors des manifestations du 11 juillet.

Par Le Point avec AFP

Agroalimentaire : le Togo à l’assaut du défi de la transformation

octobre 14, 2021

REPORTAGE. Ces dernières années, producteurs et politiques cherchent les voies et moyens d’engager une transformation locale des matières premières. Illustration.

A travers quelques produits agricoles cles comme le cacao, le soja ou le coton, le Togo veut impulser de nouveaux schemas pour faire de la transformation locale une realite.
À travers quelques produits agricoles clés comme le cacao, le soja ou le coton, le Togo veut impulser de nouveaux schémas pour faire de la transformation locale une réalité.© GODONG/DELOCHE / BSIP via AFP

Au Togo, comme dans la plupart des pays d’Afrique, l’agriculture occupe une très large portion des actifs et contribue énormément à l’économie, dont elle est d’ailleurs le moteur, avec pas moins de 40 % du produit intérieur brut (PIB). Mais la transformation in situ des matières premières pour avoir une plus-value en est le talon d’Achille. Aujourd’hui encore, c’est l’exportation sous forme brute vers l’Occident qui prime. Résultat : malgré l’abondance des ressources, le continent continue à importer chaque année des milliards de dollars d’aliments transformés et de produits raffinés. Les produits agricoles qui illustrent assez bien ce schéma sont la noix de cajou, le café et le cacao. Alors que le continent africain concentre 70 % de la production mondiale de fèves de cacao et que la transformation du chocolat est à l’origine de 100 milliards de dollars à travers le monde, selon l’International Cocoa Organization, seuls 6 % de cette somme reviennent aux pays exportateurs de la matière brute, comme la Côte d’Ivoire et le Ghana.

Le soja comme vitrine

Depuis quelques années, il y a une véritable prise de conscience sur le besoin de développer les infrastructures de transformation sur place. Ananas, mangues, papayes, soja, légumes frais, café, cacao. Choco Togo, d’Éric Agbokou, spécialisée dans la transformation du cacao – en plus de la production locale, elle importe le bio du Ghana et de la Côte d’Ivoire, des plus grands pays producteurs d’Afrique et du monde – en chocolat, fait partie des têtes de pont. Ses chiffres d’affaires montant crescendo depuis 2013, la diversité des pays d’exportation du chocolat de Choco Togo, les prix glanés un peu partout pour sa qualité sont assez parlants. L’ambition d’Éric Agbokou est de s’approprier le marché ouest-africain et de passer le cap des 10 000 tonnes annuelles de production.

Kanyi Group, de Kanyi Koffi Anoumou, est aussi une référence dans le secteur dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, notamment pour la transformation des fruits séchés, aux côtés d’Ecocert. Agrokom, de Daniel Komlan ,fait dans la trituration du soja, tout comme Mama Soja.

Le Togo rêve de devenir un champion du soja bio dans le monde (image d’illustration).© WIKUS DE WET / AFP

Concrètement, le soja « made in Togo » est le porte-étendard de cette nouvelle stratégie. La filière est très porteuse, de la production à la transformation de la graine jusqu’à sa commercialisation. Le petit pays en a produit jusqu’à 176 000 tonnes à l’été 2021, contre 40 000 tonnes en 2018. Le soja constitue une matière première de choix pour une multitude d’industries sur le marché mondial des huiles et des protéines végétales. Il représente plus de 50 % en masse de la production mondiale d’oléagineux. Le Togo ne veut plus se contenter d’exporter. Il veut transformer localement et exploiter son immense potentiel pour en faire de l’huile, bien sûr, mais aussi de la farine, des savons et même du fromage.

Les politiques en place et les chiffres

Cet essor du secteur de la transformation in situ des produits agricoles bio tient en partie au cadre institutionnel et politique tracé par l’État togolais. En effet, bien des structures ont été créées dans la perspective de la promotion agricole de façon générale. Projet de transformation agroalimentaire du Togo (PTA-Togo) dans le cadre du plan stratégique de développement des agropoles au Togo (2017-2030) et de l’initiative Nourrir l’Afrique (2016-2025), visant à accroître de 19 à 40 % la part des produits agricoles transformés sur place, Programme national d’investissement agricole et de sécurité alimentaire (PNIASA) et ses dérivés, mécanisme incitatif de financement agricole (MIFA), etc. De nombreux programmes, projets ou mécanismes ont permis de faire un grand pas vers la transformation des produits agricoles sur place. Manifestation ultime ces derniers temps de cette volonté politique, la mise en place de la plateforme industrielle d’Adétikopé (PIA) et la promotion du volet transformation des produits.

Le secteur a par ailleurs bénéficié des appuis des partenaires en développement aussi. « Si nous appuyons les acteurs de la transformation, alors cela va agir sur toute la chaîne de valeur. Donc nous appuyons les transformateurs dans la démarche qualité, mais également pour obtenir les équipements nécessaires pour pouvoir répondre aux besoins du marché », a déclaré Isaac Nyuito, chargé de programme à la délégation de l’Union européenne au Togo.

Avant Choco Togo, la quasi-intégralité des fèves togolaises était exportée.© Choco Togo

L’un des pays européens actifs dans l’appui aux transformateurs des produits bio est sans doute l’Allemagne, qui, avec des programmes, projets et autres appuis aussi bien financiers que matériels, logistiques et techniques, aura contribué à booster cette activité au Togo, avec son bras armé, la GIZ.

En l’espace de quelques années, le Togo est parvenu à rattraper son retard et à occuper le rang de second exportateur africain de produits bio à destination des pays de l’Union européenne, derrière l’Égypte, selon des données statistiques rendues publiques en juin 2020. Passant de 22 000 tonnes à près de 45 000 tonnes, soit une hausse de 102 % enregistrée, le pays avait plus que doublé ses exportations de produits biologiques vers cet espace entre 2018 et 2019. Ce chiffre faisait du Togo le 14exportateur mondial (contre la 31place pour 2018), et de nouveau le premier plus gros exportateur de la Cedeao vers l’UE dans le domaine.

Outil de création d’emplois et de valeur ajoutée

Certains acteurs l’ont compris depuis bien longtemps, la transformation locale des produits agricoles apporte une plus-value énorme aussi bien aux producteurs qu’au pays puisqu’elle permet la création d’emplois de meilleure qualité. « Si nous devons développer l’Afrique, ça ne peut qu’être par la voie de l’entrepreneuriat. Et nous n’allons pas produire sans transformer. La transformation sur place apporte une grande valeur ajoutée. Aller travailler dans une fonction publique, ce n’est pas mal, mais ça ne vous permet pas spécifiquement de contribuer au développement de votre pays », estime Kanyi Koffi Anoumou.

« J’étais dans la transformation des épices et farine et j’employais 2 personnes, mais, depuis que je me suis tourné vers les fruits séchés, ce nombre oscille désormais entre 10 et 14 en fonction de la production », explique Solim Kpemissi, la directrice générale de Futur of Africa SAS.

Défis et perspectives

Les défis ne maquent pas, cependant : entre la disponibilité des matières premières, les équipements pour ce faire, l’absence de débouchés locaux pour consommer ces produits, entre autres. Mais les acteurs du secteur, grâce à leurs diverses approches, tentent de surmonter de plus en plus ces écueils. « Les défis sont énormes : défis en termes de production, défis en termes de disposition de machines, défis en termes de personnel, de formation adéquate pour le personnel en matière de transformation », liste Kanyi Koffi Anoumou. « Mais nous arrivons à apporter des solutions, souligne-t-il. Je ne dirai pas que j’ai cherché une matière première pendant une ou deux semaines sans trouver. Parce qu’au fur et à mesure qu’on avance nous essayons de former nos coopératives à produire beaucoup plus en quantité pour que nous ne manquions de rien. »

Des produits transformés et commercialisés directement sur place trouvent leur place sur les étals des marchés et des principaux commerces du Togo.© DR

L’autre défi de grande portée à relever, c’est la consommation locale des produits bio. « Le marché d’écoulement, au début, c’était extrêmement difficile. Mais maintenant, je dirais que ça va mieux, pas totalement à 100 %. Avec le temps, on espère vivement que ça changera. (…) Il y a la concurrence qui est un peu rude, ce qui fait que parfois les productions locales deviennent plus chères que les produits importés. Nous sommes en train de régler ce côté-là pour que nos produits soient accessibles à tout le monde », ajoute le patron de Kanyi Group.

Amana Azotou, à la tête d’Ecocert abonde : « Honnêtement, certains produits transformés localement ont plus de valeur ajoutée à l’exportation que sur le marché local, si l’on pense créer plus de richesse pour l’entreprise et participer au développement de son pays », insiste-t-il. Pour lui, le marché togolais est trop petit. « C’est vrai qu’il faut travailler pour faire connaître localement ses produits car cela vous permet de nouer des contacts avec des partenaires qui peuvent porter votre projet et vous aider à vous faire connaître sur le marché international. L’exportation se prépare et c’est un travail de longue haleine », dit-il.

Comme pour témoigner de la place du bio et encourager sa production au Togo, il a été institué un marché idoine, l’Espace Viva. « On a identifié les producteurs qui font de l’agroécologie, utilisent des techniques comme la permaculture. On leur rend visite avant de les sélectionner pour qu’ils participent au marché des paysans. On les connaît donc très bien, ce sont des personnes engagées depuis très longtemps », a déclaré Aimée Abra Tenou, sa fondatrice.

Avec Le Point par notre correspondant à Lomé, Kouevi Nyidiiku

Canada-Québec: L’embauche en temps de COVID-19, un grand défi pour les employeurs

avril 19, 2020
Une offre d'emploi pour pourvoir un poste de soudeur
© Marc-Antoine Mageau/Radio-Canada Une offre d’emploi pour pourvoir un poste de soudeur Déjà face à une pénurie de main-d’œuvre, des employeurs de l’Est-du-Québec ont plus que jamais de la difficulté à pourvoir leurs postes. La pandémie de COVID-19 complique les embauches.

Le fait que des employés qualifiés soient sur le chômage et que de nombreuses activités soient en suspens fait du recrutement un vrai casse-tête.

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Sur la Côte-Nord, la banque de candidatures du Carrefour jeunesse emploi Duplessis est vide. La plupart de ceux qui y étaient inscrits ont déjà trouvé un emploi.

Il est difficile en ce moment de garnir cette banque de candidatures. Ceux qui ont perdu leur emploi à cause des mesures mises en place pour limiter la propagation de la COVID-19 sont souvent craintifs d’aller travailler dans les services essentiels, là où la demande est criante.

Fermeture des régions

De plus, le recrutement d’employés qui proviennent de l’extérieur est compliqué par le contrôle des déplacements entre les régions, affirme la directrice générale du Carrefour jeunesse emploi de Duplessis, Nadia Richard.

Barrage routier sur la route 132 à Sainte-Anne-de-la-Pocatière (archives)

© Samuel Ranger/Radio-Canada Barrage routier sur la route 132 à Sainte-Anne-de-la-Pocatière (archives)
«Avec notre service Place aux jeunes, on va chercher des gens de l’extérieur de la région pour pourvoir les postes plus difficiles avec des formations plus spécialisées. Mais là, tout est mis sur la glace parce qu’on ne peut pas voyager entre les régions.»De son côté, l’agent de migration pour Place aux jeunes au Bas-Saint-Laurent, Martin Poirier, précise que son organisme peut justement accompagner, dans ce contexte, les gens qui doivent venir s’installer la région pour un nouvel emploi.

«J’ai des profils qui doivent traverser des contrôles routiers. Il faut aller chercher l’information juste pour s’assurer qu’ils ne se fassent pas retourner aux points de contrôle.»

Après des discussions avec la Sûreté du Québec, Martin Poirier a appris que les personnes qui ont un bail de location ou une preuve d’embauche avec une date fixe peuvent traverser les points de contrôle entre des régions. Ils devront toutefois respecter la quarantaine de 14 jours une fois arrivés à destination.

Moins de recherches d’emploi

Le directeur général du Carrefour jeunesse emploi Avignon-Bonaventure, Ronald Ménard, remarque aussi que moins de personnes entre 18 et 35 ans font appel aux organismes d’aide en recherche d’emploi. Il estime que le nombre de demandes a baissé de 40 % depuis le début de la pandémie.

Les Carrefours jeunesse emploi prévoient être très occupés lorsque les employeurs reprendront leurs activités. © /iStock Les Carrefours jeunesse emploi prévoient être très occupés lorsque les employeurs reprendront leurs activités. Ronald Ménard précise que les intervenants sont toutefois occupés pendant la pandémie de COVID-19, même si les demandes sont moins nombreuses.

 

Les Carrefours jeunesses emploi ont aussi dû annuler l’ensemble de leurs activités de groupe et leurs événements, mais ils continuent d’accompagner les personnes en recherche d’emploi ainsi que les employeurs, à distance.

L’après-pandémie

Selon Nadia Richard, du Carrefour jeunesse emploi Duplessis, des employeurs se mettent déjà en action pour l’après-pandémie. Des entreprises font des entrevues à distance pour pourvoir des postes et être prêtes à reprendre leurs opérations une fois le confinement terminé.

Le centre de plein air du lac des Rapides

© Tourisme Sept-Îles Le centre de plein air du lac des Rapides
Les employeurs du secteur touristique et les entreprises saisonnières font face à des défis particuliers. L’industrie ne sait toujours pas s’il y aura une saison ou non.Certains employeurs, comme Tourisme Sept-Îles, ont malgré tout commencé à trouver des employés en prévision d’une possible relance, indique la directrice générale de Tourisme Sept-Îles, Marie-Ève Cyr.

D’ailleurs, les Carrefours jeunesse emploi prévoient être très occupés lorsque les employeurs reprendront leurs activités.

Par Radio-Canda avec les informations de Marie Kirouac-Poirier

Congo-Diaspora: le pouvoir de Brazzaville achète 750 billets du concert de Roga Roga

mai 24, 2018

La tenue du concert de Roga Roga à Paris est un défi particulier pour le pouvoir de Brazzaville, qui compte marquer un point au détriment de ses opposants de la place de Paris. Willy Etoka, JDO, Claudia Sassou ont acheté plus de 750 billets, qu’ils offrent aux ressortissants de la RCA, et à d’autres africains.

Si Roga Roga réussi à jouer au palais de congrès de Montreuil, le pouvoir de Brazzaville se lancera dans une compagne de communication le lendemain, contre les combattants et les opposants de Paris. » Peu importe que Roga joue devant même 10 personnes, pour nous, le plus important est qu’il joue » a confié un proche de l’artiste, manifestant par là que ce concert relève bien d’un enjeu politique. C’est dans cette optique que Willy Etoka et autres membres du pouvoir ont acheté plus de 750 tickets d’entrée qu’ils sont entrain d’offrir aux centrafricains, ivoiriens, camerounais, afin de montrer à la face du monde que la salle aura fait le plein.

Mais par ailleurs, la détermination des combattants de Paris à faire annuler le concert, a poussé Jean Dominique Okemba à se payer les services de Rostel Bakwa à coup de millions, pour sécuriser le dit événement. L’organisation de ce concert a été financée intégralement par les membres du pouvoir de Brazzaville, dans le seul but de faire taire les ardeurs des combattants de Paris, qui à leurs yeux en font trop. Rendez- vous le 26 mai au palais de congrès de Montreuil

Sacer-infos.com par Stany Franck

Les indépendantistes catalans face au défi de former un gouvernement

décembre 22, 2017

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy s’exprime lors d’une conférence de presse à Madrid, le 22 décembre 2017 / © AFP / OSCAR DEL POZO

Forts de leur victoire aux élections régionales, les indépendantistes catalans devaient relever vendredi le défi de reprendre le pouvoir, alors que leurs dirigeants restent en exil ou en prison et que Madrid maintient son intransigeance.

Depuis Bruxelles où il a pris la fuite pour éviter l’arrestation, le président catalan Carles Puigdemont, destitué mais conforté par les urnes, a proposé au chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy de le rencontrer « à Bruxelles ou dans n’importe quel autre lieu de l’Union européenne ».

A Madrid, M. Rajoy a repoussé cette offre, estimant que « la personne avec laquelle je devrais m’asseoir, c’est celle qui a remporté ces élections, madame (Inès) Arrimadas », la tête de liste du parti Ciudadanos qui a remporté le plus de voix et de sièges au parlement catalan.

Poursuivi pour « rébellion et sédition », M. Puigdemont risque toujours d’être arrêté s’il remet le pied en Espagne.

Il a également demandé à être entendu par les institutions européennes. « Je demande à la Commission européenne ou d’autres institutions d’écouter le peuple catalan, et pas seulement l’État espagnol », a-t-il déclaré.

Dans son bras de fer avec Madrid, le dirigeant nationaliste cherche systématiquement à se placer sur le même plan que le chef du gouvernement espagnol et à être reconnu par la communauté internationale, sans y parvenir pour l’instant.

M. Rajoy a également prévenu, au cours de sa conférence de presse, que le prochain gouvernement catalan, « quel qu’il soit (…) sera soumis à l’empire de la loi ».

Une façon de sous-entendre qu’il n’hésiterait pas à recourir à nouveau à l’article 155 de la constitution, utilisé pour la première fois le 27 octobre pour destituer le gouvernement catalan et dissoudre le parlement qui venait de déclarer l’indépendance.

M. Puigdemont avait affirmé pendant la campagne qu’en cas de victoire il rétablirait le gouvernement destitué.

Mais bien que réélu, il ne pourrait exercer ses fonctions ni de député ni de président depuis une cellule. Au total, parmi les nouveaux députés indépendantistes, 17 (bien 17) sont inculpés, dont trois en prison et cinq en exil.

La Cour suprême espagnole a d’ailleurs élargi vendredi à six personnalités indépendantistes supplémentaires (en plus des 22 déjà inculpées) les poursuites engagées pour rébellion, sédition et malversations.

– « Aucun sens hier, encore moins aujourd’hui » –

« L’investiture d’un nouveau chef de gouvernement risque d’être un processus long et chaotique (et) le risque de nouvelles élections reste élevé », estime Antonio Barroso, analyste chez Teneo Intelligence.

En effet si aucun gouvernement n’est formé à Barcelone avant la fin mars, de nouvelles élections devront être convoquées dans les deux mois qui suivront.

La victoire des indépendantistes, en sièges mais pas en voix, sera également limitée par le bon résultat du plus résolu des partis opposés à l’indépendance, Ciudadanos, qui est arrivé en tête avec 37 députés.

Inès Arrimadas a remporté un succès spectaculaire avec 1,1 million de voix. Son parti formé il y dix ans pour lutter contre le nationalisme catalan sera le plus fort au parlement régional, mais elle ne dispose pas d’alliés pour former un coalition de gouvernement.

Les socialistes, opposés comme elle à l’indépendance, n’ont que 17 sièges et le PP s’est effondré, tombant à 3 sièges contre 11 aux dernières élections en 2015.

« Il est désormais clair qu’ici, en Catalogne, il n’y a jamais eu de majorité en faveur d’une indépendance », a déclaré vendredi la députée de 36 ans. « Si ce processus (menant à une sécession unilatérale) n’avait aucun sens hier, il n’en a encore moins aujourd’hui ».

La veille, elle avait promis de « continuer à lutter, y compris pour modifier une loi électorale qui donne plus de sièges à ceux qui ont moins de voix ».

Les réalités de la situation en Catalogne, notamment les divisions internes au sein des indépendantistes qui promettent d’épineuses négociations, vont s’imposer aux vainqueurs de jeudi, estiment les experts.

Et la situation économique, alors que plus de 3.100 entreprises ont déjà déménagé leurs sièges sociaux dans d’autres régions espagnoles et que le tourisme et les investissements sont en baisse, risque également de pâtir de la poursuite de l’incertitude politique dans laquelle reste plongée la Catalogne.

Romandie.com avec(©AFP / 22 décembre 2017 15h45)                

Kenyatta, l’héritier multi-millionnaire face au défi de la réconciliation

novembre 28, 2017

Le président kényan Uhuru Kenyatta prête serment pour un deuxième mandat à Nairobi, le 28 novembre 2017 / © AFP / YASUYOSHI CHIBA

Le président kényan Uhuru Kenyatta, l’héritier du père fondateur de la nation investi mardi pour un second mandat, devra faire oublier les circonstances controversées de sa réélection et réconcilier un pays fracturé de toutes parts.

Son score fleuve de 98,26% des voix, obtenu en raison du boycott de l’opposition, est en trompe l’oeil: seulement 7,5 millions d’électeurs sur 19,6 millions d’inscrits, ont porté leur voix sur M. Kenyatta, 56 ans, bien loin du triomphe dont il avait rêvé.

Il avait obtenu 8,2 millions lors d’un premier scrutin le 8 août, annulé par la Cour suprême pour « irrégularités », et son camp a répété à l’envi qu’il visait les 10 millions cette fois-ci. Sa légitimité pourrait se ressentir de ces chiffres décevants.

Le leader de l’ethnie kikuyu va être confronté à un défi immense: réconcilier un pays divisé sur des lignes politico-ethniques. Mais l’intransigeance dont il a fait preuve jusqu’ici ne laisse pas forcément présager qu’il en soit capable.

M. Kenyatta a refusé de s’asseoir à la même table que son vieux rival Raila Odinga, 72 ans, un Luo, qui s’est montré tout aussi hostile à l’idée de négociations. Celui-ci a boycotté le scrutin du 26 octobre, estimant qu’il ne pourrait jamais être libre et équitable, et, estimant avoir remporté la première élection du 8 août, a annoncé mardi qu’il prêterai serment à son tour comme président le 12 décembre, jour anniversaire de l’indépendance.

Le gouvernement de M. Kenyatta a laissé la police mener une répression impitoyable des manifestations de l’opposition, qui a provoqué la mort d’au moins 49 personnes depuis le 8 août, pour la plupart tuées par balle.

Après l’invalidation de la première élection, il n’avait pu cacher sa rancœur à l’égard des juges, qu’il avait qualifiés d' »escrocs ».

Le faible taux de participation (38%) est d’autant plus embarrassant que M. Kenyatta avait mené une campagne active aux quatre coins du pays, avec son vice-président William Ruto, un Kalenjin, pour vanter son bilan économique, plutôt honnête.

– Héritier dilettante –

Mais, perçu comme l’incarnation d’une élite politique corrompue et peu concernée par l’intérêt général, et contesté pour sa gestion de la crise, il n’a pu convaincre au-delà de son ethnie et de celle de M. Ruto.

Uhuru, un multi-millionnaire éduqué aux États-Unis, avait été élu président en 2013, un demi-siècle après son père Jomo Kenyatta, le premier chef d’État (1964-1978) du Kenya devenu indépendant du Royaume-Uni.

Lui et son colistier étaient alors pourtant inculpés par la Cour pénale internationale (CPI) pour leur rôle dans les violences post-électorales de 2007-2008 (plus de 1.100 morts), où Kikuyu et Kalenjin s’étaient entretués.

Mais MM. Kenyatta et Ruto ont habilement transformé cette inculpation en atout politique, se dépeignant en victimes d’un tribunal « néo-colonial ». Ils ont plus tard été exonérés, faute de preuves, après la rétractation de témoins.

Charismatique et moderne pour les uns, héritier dilettante pour les autres, M. Kenyatta a passé une bonne partie de son premier mandat à se dépêtrer des accusations de la CPI, qui avaient amené de nombreux pays occidentaux à se détourner de lui.

Après l’abandon des poursuites à son encontre fin 2014, le Kenya est redevenu fréquentable. Il a accueilli le président américain Barack Obama puis le pape François.

Mais son mandat a aussi été marqué par les attaques meurtrières des militants islamistes somaliens shebab contre le centre commercial Westgate à Nairobi en 2013 et l’université de Garissa (est) en 2015.

– Empire financier –

Uhuru (« liberté » en swahili) est né le 26 octobre 1961, quelques mois après la libération de son père, emprisonné pendant près de dix ans par le pouvoir colonial.

L’empire financier de la famille Kenyatta comprend notamment l’entreprise laitière Brookside, la banque CBA (Commercial Bank of Africa), le groupe de média Mediamax et un groupe d’hôtels de luxe.

Elle est surtout le principal propriétaire terrien du Kenya, à la tête de plus de 200.000 hectares de terres achetées par Jomo au moment de l’indépendance, via un programme critiqué de transfert foncier à bas prix.

En 2011, le magazine Forbes avait estimé la fortune d’Uhuru à 500 millions de dollars (423 millions d’euros). Proche des gens – il parle aux jeunes en argot et esquisse régulièrement quelques pas de danse -, il n’a jamais vraiment fait oublier sa réputation de fêtard et le penchant pour la bouteille qu’on lui prête.

« Les handicaps de Kenyatta sont au moins aussi importants que ses forces. Il boit trop et n’est pas un bourreau de travail », écrivait mi-2009 l’ambassadeur américain à Nairobi dans un télégramme publié par Wikileaks.

Regard alourdi par de profondes poches sous les yeux, marié et père de trois enfants, Uhuru ne doit pas son ascension à son père, mais au successeur de ce dernier, l’autocrate Daniel arap Moi (1978-2002).

Celui-ci le propulse candidat de la Kanu à la présidentielle de 2002, suscitant l’ire des caciques de l’ex-parti unique. Battu, il devient le chef de l’opposition, avant de soutenir la réélection de Mwai Kibaki à la présidentielle du 27 décembre 2007, face, déjà, à Raila Odinga.

La contestation de la courte victoire de Kibaki dégénère en tueries politico-ethniques, qui lui voudront d’être inculpé par la CPI. Il entrera ensuite dans le gouvernement de coalition formé par M. Odinga, avant de se présenter à la présidentielle de 2013.

Romandie.com avec(©AFP / 28 novembre 2017 16h13)

RD Congo : Moïse Katumbi défie Joseph Kabila

mai 20, 2016

Moïse Katumbi (à gauche) a déposé sa candidature à la présidence du pays. Mais Joseph Kabila (à droite) joue la montre et la manoeuvre pour conserver le pouvoir

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Moïse Katumbi (à gauche) a déposé sa candidature à la présidence du pays. Mais Joseph Kabila (à droite) joue la montre et la manoeuvre pour conserver le pouvoir© DR
Et l’opposant d’en faire les frais. Il vient d’être inculpé du chef d’atteinte à la sûreté de l’État et placé sous mandat d’arrêt provisoire.

Joseph Kabila rejoint donc la cohorte des présidents africains qui, gagnés par la limite du nombre de mandats, mettent tout en œuvre pour se représenter. Au pouvoir depuis 2001, élu deux fois, il doit, selon la Constitution, passer la main à la fin de l’année. Or la Cour constitutionnelle a décrété qu’il resterait en fonction si l’élection présidentielle, prévue en novembre, n’avait pas lieu. Le pari n’est pas très risqué étant donné la taille, immense, du pays, sa population de 80 millions d’habitants et le niveau d’impréparation du scrutin. Selon la Constitution, celui-ci doit être convoqué 90 jours avant la fin du mandat, mais certains dans la majorité demandent tout bonnement une transition de… deux à quatre ans pour bien l’organiser. Kabila lui-même a annoncé la tenue d’un « dialogue national » pour des « élections apaisées », mais retardées…

Un climat politique tendu

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Parmi les autres techniques connues des présidents soucieux de garder le pouvoir figure l’intimidation des opposants. Ainsi, Moïse Katumbi, très populaire dans l’Est, a-t-il été accusé de « recrutement de mercenaires » quelques heures après la déclaration de sa candidature à la présidentielle. Cet homme d’affaires richissime, propriétaire du club de football TP Mazembe, a démissionné de son poste de gouverneur du Katanga en septembre 2015 (province depuis lors dissoute, dont Lubumbashi était la capitale), accusant Kabila de s’accrocher au pouvoir et passant de facto dans l’opposition. Nombre de ses proches ont depuis été arrêtés. En début de semaine, Katumbi, qui avait qualifié les allégations contre lui de « mensonges grotesques », a invoqué des raisons de santé (il a été « brutalisé » par la police, selon ses avocats) pour ne pas se rendre à sa troisième audition par la justice. Les deux premières ont, en effet, donné lieu à d’importantes manifestations de soutien, réprimées par la police à coups de matraques électriques et de grenades lacrymogènes.

L’étau se resserre autour de Moïse Katumbi

Finalement, ce jeudi, la justice congolaise a annoncé l’ouverture prochaine d’un procès pour atteinte à la sûreté de l’État contre Katumbi. Il « a été inculpé du chef d’atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l’État […] et placé sous mandat d’arrêt provisoire », indique un communiqué du parquet général de la République démocratique du Congo (RDC). Dans le pays, l’inculpation équivaut à la fin de la phase d’instruction. Moïse Katumbi, 51 ans, est donc désormais en attente d’un procès, dont la date n’a pas encore été annoncée.

Toute l’opposition mobilisée

L’opposition semble décidée à tenir, ce qui fait craindre une dégradation de la situation. « Le 20 décembre, si M. Kabila reste, il sera considéré comme un putschiste, et nous le traiterons comme tel », a ainsi déclaré Ève Bazaïba, secrétaire générale du Mouvement de libération du Congo, deuxième force d’opposition à l’Assemblée nationale. La Grande-Bretagne discute avec ses partenaires européens de « sanctions ciblées » et la France appelle à des élections « de bonne foi », tout en regrettant « la dégradation de l’environnement politique et sécuritaire ».

L’ex-Zaïre, un géant pauvre assis sur un tas d’or

L’ex-Zaïre pourrait être l’un des pays les plus riches de l’Afrique, avec 1 100 minéraux et métaux précieux répertoriés, dont le cobalt, le cuivre, les diamants, l’or ou le zinc… Son PIB par habitant est pourtant de 442 dollars, et il est 176e sur 188 pour l’indice de développement humain. Le pays peine à sortir d’une série de conflits depuis la mort de Mobutu en 1997, notamment à l’est. Dans la région de Beni, plus de 30 civils ont été tués la semaine dernière. Certains rapports attribuent ces massacres à la rébellion ougandaise, d’autres à l’armée régulière.

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