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Canada-Montréal: Le milieu communautaire lance un cri du cœur pour soutenir les demandeurs d’asile

janvier 25, 2023
Des personnes noires assises sur un banc public.

Les organismes communautaires n’arrivent plus à répondre aux besoins des dizaines de milliers de demandeurs d’asile qui arrivent chaque année au Québec. Photo : Radio-Canada/Charles Contant

La crise des demandeurs d’asile se traduit actuellement par un étouffement des ressources communautaires, déplore un regroupement d’organismes de quartier de Montréal, qui réclame de l’oxygène et des mesures d’aide immédiates de la part des gouvernements.

La réouverture des frontières internationales, après une fermeture forcée par la crise sanitaire en 2020 et en 2021, a provoqué un afflux jamais vu de demandeurs d’asile aux portes du Canada.

L’an dernier seulement, ce sont quelque 90 000 demandeurs d’asile qui sont venus chercher refuge au Québec; du nombre, 40 % sont arrivés par le chemin Roxham, chiffre Stephan Reichhold, directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes (TCRI).

Si l’on en retrouve beaucoup dans la métropole, ces demandeurs d’asile percolent aussi dans les couronnes nord et sud de l’île, mais aussi, dans une moindre mesure, dans plusieurs régions du Québec, a-t-il ajouté.

N’ayant pas accès aux services publics, ce nombre inédit d’immigrants sans-papiers se tourne vers les organismes communautaires, qui font à leur tour face à une demande inouïe, sans toutefois obtenir quelque compensation financière supplémentaire que ce soit ni du gouvernement provincial ni du palier fédéral.

« Malgré notre bonne volonté et nos efforts, nos ressources ne suffisent pas. »— Une citation de  Catherine Pappas, directrice générale de la Corporation de développement communautaire de Côte-des-Neiges.

Déjà aux prises avec un exode du personnel là où les salaires sont généralement plus généreux, ces organismes de quartier voient aussi leurs employés restants à bout de souffle, ne sachant pas combien de temps ils pourront tenir le fort.

La situation est critique, dénonce pour sa part Maria Ximena Flores, de la Coalition montréalaise des Tables de quartier (CMTQ) et du Comité des organismes sociaux de Saint-Laurent/COSSL. Il faut agir rapidement avant que ça ne devienne encore plus dramatique et que tout nous explose en plein visage.

Demandes

Pour les demandeurs d’asile, ces obstacles bureaucratiques et administratifs représentent une épreuve supplémentaire dans un parcours du combattant déjà bien chargé au cours duquel ils ont parfois bourlingué à travers plusieurs pays avant d’arriver au Canada.

« Rappelons-nous que ces gens-là, ces familles-là, ont traversé un parcours difficile, ponctué de traumatismes et de violence. C’est essentiel qu’on puisse les accueillir et les soutenir dès le jour un »— Une citation de  Bruno Hidalgo, intervenant pour Pause Famille

Lançant un cri du cœur d’une seule voix, ces organismes réclament que leur financement soit revu à la hausse pour renforcer leur capacité à offrir soutien et accompagnement adéquats aux demandeurs d’asile. Aucun chiffre n’a toutefois pu être avancé quant au montant nécessaire pour répondre à tous les besoins.

Ce n’est pas un enjeu d’argent, soutient M. Reichhold, rappelant qu’Ottawa rembourse Québec pour les frais engagés par l’accueil des demandeurs d’asile.

Ils souhaitent aussi le renversement d’une décision du Conseil des ministres québécois datant de 1996, qui limite l’accès aux services publics pour les demandeurs d’asile, comme l’assurance-maladie et certaines prestations.

Une demande réitérée à maintes reprises, mais qui demeure sans suite malgré les appels répétés du milieu, fait valoir M. Reichhold. On nous dit toujours que c’est le fédéral qui doit s’en mêler, laisse-t-il tomber.

Le regroupement souhaiterait également que les demandeurs d’asile aient accès à l’ensemble du Programme d’accompagnement et de soutien à l’intégration offert par le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec, aux services de garde subventionnés et aux mesures d’employabilité financées par Services Québec.

Le renforcement des services d’accompagnement juridique pour les demandeurs d’asile ainsi qu’un dispositif d’hébergement transitoire pour ceux qui n’auront pas accès à un logement transitoire font aussi partie des demandes.

Conséquences

À long terme, il est plus coûteux pour la société de ne pas soutenir rapidement les demandeurs d’asile, rappellent plusieurs intervenants.

Trop souvent, les demandeurs d’asile sont perçus comme un fardeau et non comme un actif pour notre société, dénonce Sylvie Guyon, membre du comité immigration de Verdun et du comité de rapprochement interculturel de Ville-Émard/Côte-Saint-Paul. Pendant la pandémie, on a réalisé que ces demandeurs d’asile étaient surreprésentés parmi les travailleurs des services essentiels. On s’est soudainement mis à les appeler nos « anges gardiens »…

« En leur imposant un parcours semé d’embûches et de stress, qui s’étend parfois sur plusieurs années, le gouvernement fait un très mauvais calcul, à notre avis. »— Une citation de  Sylvie Guyon, membre du comité immigration de Verdun et du comité de rapprochement interculturel de Ville-Émard/Côte-Saint-Paul

Martin Savard, président du conseil d’administration de Concert’Action Lachine, rappelle qu’en étant mal informés sur leurs droits et sur leur employabilité, les demandeurs d’asile sont plus susceptibles d’être victimes de fraude ou d’accidents du travail.

Ces arrivants-là sont plus que des chiffres, souligne Gary Obas, porte-parole de l’organisme pour l’Intégration, la Citoyenneté et l’Inclusion, sis dans Montréal-Nord. Ce sont des gens qui veulent contribuer à l’essor économique de la société. La plupart des demandeurs d’asile finiront par devenir résidents permanents du Canada.

Si on ne les aide pas en partant en leur donnant accès à des ressources et à de la francisation, certains ne trouveront jamais du travail et vivront d’aide sociale, poursuit M. Hidalgo. Ils ne pourront pas se loger adéquatement et avoir accès à certains services. Les enfants n’auront pas accès à une scolarité satisfaisante. Et ce cycle va se poursuivre.

Avec Radio-Canada par La Presse canadienne

Du Chili à Roxham, au Canada, le périlleux parcours des demandeurs d’asile

septembre 16, 2022

Une bonne partie des migrants arrivant au chemin Roxham ont traversé une dizaine de pays, dans des conditions parfois dramatiques, pour arriver jusqu’au Canada. Enquête a retracé leur voyage.

Des migrants provenant de nombreux pays traversent toute l’Amérique, comme la jungle du Darien, à proximité du Panama, pour arriver jusqu’au Canada. Photo: OIM/Gema Cortes

« J’ai payé plus de 10 000 $. C’était vraiment difficile. Mais maintenant, ma famille et moi, nous sommes au Canada. »

Prenant sa petite fille de 4 ans dans les bras, dans la cuisine de son appartement montréalais, Emmanuel retrouve le sourire.

Il fait partie des plus de 20 000 demandeurs d’asile arrivés au Québec cette année par le chemin Roxham. Cette entrée irrégulière est leur seul moyen de mettre les pieds au pays.

Il s’agit d’un record. Jamais le Canada n’avait accueilli autant de personnes à la recherche d’un nouveau refuge.

Mais comment viennent-ils jusqu’ici? Quel est leur parcours? Quels dangers fuient-ils et quels obstacles rencontrent-ils sur leur chemin? Enquête s’est plongée sur ce trajet, devenu extrêmement populaire.

Emmanuel est arrivé au Québec, avec sa famille, après avoir traversé une dizaine de pays. Photo : Radio-Canada

Le gouvernement nous traite très bien ici, clame Emmanuel. C’est ma fierté. Mais je ne sais pas si on pourra oublier tous les obstacles qu’on a vécus sur la route, tout ce qu’il s’est passé.

Quelques semaines après leur arrivée au Québec, cette famille haïtienne essaye de mettre derrière elle ce long, périlleux et dangereux trajet pour venir demander l’asile au Canada. Sans jamais l’oublier.

Dans le jargon des migrants, il y a un mot simple pour définir ce voyage : la route. Un mot synonyme de drames et d’un calvaire indispensable pour arriver à destination.

Emmanuel est un nom fictif, comme ceux des autres migrants interrogés. Pour ne pas nuire à l’étude de leur demande d’asile, nous avons accepté de préserver leur identité.

Le reportage de Romain Schué et de Martin Movilla intitulé Roxham inc. est diffusé à Enquête le jeudi à 21 h sur ICI Télé.

Des mois sur la route

À l’instar de milliers de ses compatriotes, Emmanuel a quitté Haïti il y a plusieurs années. Il n’y avait pas de sécurité dans mon pays. C’était vraiment catastrophique, déplore-t-il.

Il y avait des bandits, des agressions, nous confie Esther, une autre jeune trentenaire d’origine haïtienne, qui a elle aussi fait ce voyage avec son conjoint et son fils de trois ans.

Tout a débuté, pour elle comme tant d’autres, au Brésil et au Chili, au milieu de la précédente décennie. Ces deux pays, qui avaient d’importants besoins dans le milieu de la construction, ont accueilli de nombreux migrants. Sans réclamer le moindre visa aux Haïtiens.

Mais les changements politiques en Amérique du Sud, les incertitudes d’immigration et l’attrait canadien ont bouleversé leurs plans. Les poussant à aller vers le nord. En voiture. En bus. En bateau. Et à pied.

Cette route, telle que l’avait déjà décrite Enquête(Nouvelle fenêtre) aux balbutiements de la popularité de ce trajet, se parcourt en plusieurs mois. Selon les moyens financiers des migrants, leurs contacts et la volonté des passeurs ou des groupes criminels sur leur chemin.

L’Organisation internationale pour les migrations tente d’aider ces migrants qui sont des milliers à traverser de nombreux pays, entre l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord, à la recherche d’une nouvelle vie. Photo : OIM/Gema Cortes

Plus de 200 000 personnes

Tous arrivent au même endroit : la jungle du Darien.

Ce territoire, situé entre la Colombie et le Panama, se traverse en marchant. Durant des jours. Il n’y a aucune route praticable sur cet itinéraire parsemé d’animaux dangereux et de groupes armés.

Depuis janvier 2021, près de 205 000 personnes ont traversé ces forêts, dont une grande majorité d’Haïtiens, selon un recensement de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Il n’y a jamais eu autant de monde, souligne Jeremy MacGillivray, chef de mission pour cette branche des Nations unies.

« Cette route fait partie maintenant de la route migratoire. Avant, c’était plus rare, car il y avait moins de restrictions [dans certains pays]. »— Une citation de  Jeremy MacGillivray, chef de mission pour l’OIM

Les braqueurs, eux, sont en expansion.

Ceux qui n’ont pas d’argent subissent des viols, narre Emmanuel, la voix encore traumatisée. J’ai donné de l’argent pour que ma famille puisse passer, reprend-il.

Il n’est pas le seul à nous parler d’une telle tragédie. En Floride, un prêtre reçoit quotidiennement des migrants qui vivent ces drames extraordinaires.

« J’ai rencontré une jeune fille qui m’a raconté comment on l’a violée à maintes reprises dans la forêt du Darien. En face de son mari et de ses enfants. »— Une citation de  Père Réginald Jean Mary

Il y a une nouvelle vague maintenant, avance le père Réginald Jean Mary, un Haïtien d’origine, qui nous a invités dans son église à Miami. Chaque jour, je reçois au moins 25 personnes qui viennent. Dont une bonne partie qui souhaite aller au Canada, poursuit-il.

Les migrants doivent aussi composer avec d’autres dangers sur leur trajet. Ceux de la nature et des cours d’eau parfois virulents et difficiles à traverser.

Nous avons rencontré plusieurs morts sur la route, affirme Emmanuel, tout en nous parlant de sa femme, qui a évité de peu d’être emportée par le fort courant d’une des multiples rivières traversées.

Elle a glissé, mais heureusement deux personnes nous ont aidés.

Selon l’OIM, il y aurait officiellement une cinquantaine de décès dans cette jungle, chaque année. Mais ce chiffre serait sous-estimé, assure Jeremy MacGillivray.

On parle avec des Haïtiens, des migrants, et ils nous décrivent tous des corps découverts ou des morts dans leur groupe. Il y aurait plutôt des centaines de morts.

Les larmes aux yeux, Esther soupire. C’est une cicatrice dans mon cœur.

Des profils de migrants en évolution

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le profil de personnes traversant tout le continent américain est en constante évolution. Les Haïtiens étaient longtemps les principaux migrants à effectuer ce trajet. Désormais, les Vénézuéliens et les Colombiens sont nombreux. C’est lié à des problèmes de visa. Ils ne peuvent plus prendre un avion, alors ils font la route à pied, décrit Jeremy MacGillivray, chef de mission à l’OIM.

Plus de 20 000 personnes sont arrivées au chemin Roxham entre janvier et juillet 2022. Un record. Photo : Radio-Canada/Ivanoh Demers

Des groupes armés omniprésents

Ce parcours se retrouve à présent sur les réseaux sociaux. Dans différents groupes, comme a pu le constater Enquête, la totalité de ce trajet est décrite. C’est la façon pour les migrants de s’échanger des informations et des recommandations, poursuit Jeremy MacGillivray.

Emmanuel explique par exemple avoir choisi volontairement, pour son groupe d’une trentaine de personnes, un chemin plus long pour éviter des groupes armés. C’était mieux, car ensuite, on a entendu des tirs, des pistolets. Nous, nous avons survécu, précise-t-il.

Esther a payé 6000 $ pour ce voyage. Emmanuel, lui, a dû trouver de l’argent. Même sur la route.

« J’ai mis d’autres enfants sur mon dos, sur ma tête. J’ai porté des valises. C’est comme ça que j’ai amassé de l’argent pour faire la route. »— Une citation de  Emmanuel, un demandeur d’asile

Il y a des gens là-bas [sur la route] qui ne peuvent pas porter leur enfant. J’ai aussi vendu mes chaussures, soutient-il.

Mais une fois la jungle du Darien passée, le plus dur n’était pas encore derrière eux.

Des milliers de migrants, majoritairement haïtiens, ont dormi sous un pont, au Texas, en septembre 2021, après avoir traversé le Rio Grande. Photo : (Adress Latif/Reuters)

Del Rio et le manque de clarté des États-Unis

Emmanuel, Esther et leurs familles ont traversé le Mexique grâce à des passeurs, avant de nager dans le Rio Grande pour arriver au Texas. Ils ont fait partie des milliers d’Haïtiens à dormir sous le pont reliant Acuna, au Mexique, et la ville américaine de Del Rio, en septembre 2021.

Esther nous montre des photos. Son fils, alors rachitique, avait perdu plusieurs kilos, par manque de nourriture et d’eau. On a dormi par terre, puis on nous a mis en prison, raconte son mari, Jean.

Mais sur place, encore une fois, on leur parle du chemin Roxham. Durant toute la route, beaucoup de personnes nous ont conseillé de traverser les États-Unis pour aller au Canada.

« Sur la route, [les migrants] disent que Roxham, c’est la meilleure façon de venir au Canada. »— Une citation de  Jean, un demandeur d’asile

Même si les États-Unis ont maintenu, depuis le début de la pandémie, d’importantes restrictions au sud de leur frontière, des milliers de personnes arrivent à rentrer au pays sans être expulsés, contrairement à de nombreux autres migrants.

Il y a un manque de clarté, et tout le monde chez les migrants le sait, indique Jeremy MacGillivray. Les gens savent que si tu viens du Mexique avec de jeunes enfants, ou si la femme est enceinte, tu as des chances de ne pas être expulsé.

Kofi est un demandeur d’asile provenant de l’Afrique de l’Ouest. Il vient de s’installer à Montréal. Photo : Radio-Canada

C’est comme ça, d’ailleurs, que Kofi, un immigrant africain rencontré en Floride, puis à nouveau à Montréal, a pu entrer aux États-Unis. Célibataire, il a fait cette route en rejoignant un groupe d’Haïtiens, avant de bénéficier d’un concours de circonstances malheureux.

Le mari d’une femme enceinte est tombé d’une barque, il s’est noyé, relate le jeune homme. J’ai aidé la femme à faire la route, puis après, on a dit qu’on était en couple.

Ces demandeurs d’asile sont désormais au Québec. Des objectifs plein la tête.

Emmanuel a maintenant obtenu son permis de travail. Il veut travailler dans la construction et rêve d’offrir des études de médecine à son fils. Jean, quant à lui, veut retourner sur les bancs de l’école. Et s’intégrer pleinement au Canada.

Aux États-Unis, on nous a fait dormir par terre, rappelle-t-il. Au Canada, on nous a donné une chambre d’hôtel, alors que je n’ai pas d’argent pour la payer. C’est une meilleure vie.

Radio-Canada par Romain Schué avec la collaboration de Martin Movilla

Pour les demandeurs d’asile au Royaume-Uni, l’escale à Kigali

avril 23, 2022

Moyennant 145 millions d’euros, le Rwanda s’est engagé à accueillir sur son territoire les migrants refusés par le pays de Boris Johnson.

© GLEZ

La mesure ressemble à une règle du jeu de Monopoly, où l’obtention de certains scores aux dés peut vous propulser vers des cases bien plus éloignées que ne le suggère le nombre de points obtenus. Pour avoir tenté une traversée de la Manche d’une quarantaine de kilomètres, des demandeurs d’asile partis de France pourraient se retrouver à 6 592 kilomètres de la destination souhaitée. C’est en effet au Rwanda que le gouvernement britannique pourrait expédier certains demandeurs d’asile. Kigali deviendrait alors une sorte de zone de transit.

La mesure peut paraître surréaliste. Mais depuis 2019, en accord avec l’Union européenne et l’ONU, le Rwanda accueille déjà près de 1 000 demandeurs d’asile qui, eux, n’ont pas réussi à quitter le continent africain. Bloqués en Libye, ceux-ci sont « téléportés » au camp de transit de Gashora où ils sont notamment pris en charge par l’agence des Nations unies pour les réfugiés, dans l’attente du traitement de leurs demandes d’émigration en Europe.

PAUL KAGAME MÉNAGE LA CHÈVRE DE LA FRANCOPHONIE ET LE CHOU DU COMMONWEALTH

Soucieux de ménager la chèvre de la Francophonie et le chou du Commonwealth, Paul Kagame entend décliner le principe, cette fois, avec le Royaume-Uni « brexité ». Si certains observateurs pensent irréalisable le transfert massif de demandeurs d’asile vers le Rwanda – le Premier ministre britannique évoque des « dizaines de milliers de personnes » concernées pour près de 145 millions d’euros – le pari est peut-être d’abord dissuasif, certains obstacles juridiques étant, de toute façon, susceptibles de gripper le projet.

Cimetière aquatique

Bluff ou pas, les intervenants du secteur des réfugiés expriment des inquiétudes quant à la situation des droits de l’homme au Rwanda. Boris Johnson rétorque que seuls les hommes célibataires seraient concernés par le voyage vers Kigali et que cette expédition vaudrait de toute manière bien mieux que la traite des êtres humains perpétrée par « d’ignobles passeurs » qui transforment la mer en un « cimetière aquatique ».

De son côté, le Rwanda affirme que les demandeurs d’asile auraient droit à un logement décent, « à une protection totale en vertu de la législation rwandaise, à l’égalité d’accès à l’emploi, à l’inscription aux services de santé et aux services sociaux » et même à une procédure d’asile alternative. En 2022, 28 526 personnes ont traversé la Manche à bord de petits bateaux.

Moyennant 145 millions d’euros, le Rwanda s’est engagé à accueillir sur son territoire les migrants refusés par le pays de Boris Johnson.

Avec Jeune Afrique par Damien Glez