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La démocratie recule partout, y compris au Canada

février 20, 2022
Des manifestants devant le parlement.

Des manifestants à Ottawa dénoncent le gouvernement Trudeau et sa gestion de la pandémie. Photo : (Ivanoh Demers/Radio-Canada)

Les événements des derniers jours à Ottawa ont ébranlé bien des Canadiens. Si l’occupation du parlement par les camionneurs, les slogans haineux et les menaces inquiètent les observateurs, le recours à la Loi sur les mesures d’urgence ne les rassure guère sur l’état de la démocratie canadienne.

Tout cet épisode illustre bien la détérioration subie par la démocratie ces dernières années. Une tendance amplifiée par la pandémie, selon l’indice de la démocratie en 2021, publié le 10 février par The Economist Intelligence Unit (EIUEIU).

Le Canada n’échappe pas à cet effritement. Le pays a perdu sept rangs, glissant de la 5e à la 12e place, avec une note de 8,87 sur 10, contre 9,24 sur 10 en 2020.

L’indice de la démocratie(Nouvelle fenêtre) est basé sur 60 indicateurs, regroupés en cinq catégories : processus électoral et pluralisme, libertés civiles, fonctionnement du gouvernement, participation politique et culture politique. La note, sur une échelle de zéro à dix, correspond à la moyenne de ces cinq scores. Les pays sont ensuite classés en quatre types de régimes, en fonction de leur score moyen : les démocraties pleines, les démocraties défaillantes, les régimes hybrides et les régimes autoritaires.

Si notre pays demeure une démocratie pleine et entière (selon la définition de l’EIU), le repli est tout de même inquiétant, estime Andrew Potter, professeur agrégé à l’École de politiques publiques Max Bell de l’Université McGill. Comment explique-t-il cette détérioration?

Ce qui s’est produit au cours des deux dernières années, c’est que le premier ministre a essentiellement fermé le Parlement pendant une longue période et a tenu à limiter l’opposition autant qu’il le pouvait, croit le chercheur. La Chambre a siégé pendant un nombre de jours historiquement bas, rappelle-t-il.

Lorsque ceux qui sont en désaccord avec les décisions du gouvernement ne peuvent plus s’exprimer dans le cadre prévu, ils vont chercher d’autres moyens de se faire entendre, dans la rue si nécessaire. En prenant la décision d’éliminer l’expression de l’opposition à l’intérieur des institutions, M. Trudeau est donc directement responsable de ce qui arrive, estime M. Potter. Son attitude envers le Parlement a été méprisante et dédaigneuse, soutient le chercheur. Ce qui se passe actuellement dans les rues d’Ottawa en est, dans une large mesure, une conséquence directe. Quand les gens sentent qu’on ignore leur opinion ou qu’on la méprise, cela risque d’engendrer de la colère.

« Si vous vouliez délibérément faire du Canada un pays moins démocratique, il serait difficile de faire autre chose que ce que le premier ministre a fait au cours des deux dernières années. »— Une citation de  Andrew Potter, professeur agrégé à l’École de politiques publiques Max Bell de l’Université McGill

Différents sondages menés au cours des derniers mois révèlent de la frustration par rapport aux restrictions pandémiques, un déclin de la confiance dans les partis politiques et une augmentation de l’appui à des solutions de rechange non démocratiques.

Américanisation de la politique canadienne

Une autre tendance indiquée dans le rapport est une américanisation croissante de la politique canadienne.

La détérioration du score du Canada soulève des questions quant à savoir s’il pourrait commencer à souffrir de certaines des mêmes afflictions que son voisin américain, comme des niveaux extrêmement faibles de confiance du public dans les partis politiques et les institutions gouvernementales, écrivent les auteurs du rapport.Des gens tiennent une affiche sur laquelle les visages de Justin Trudeau et François Legault sont barrés.

Des gens manifestent devant la colline du Parlement, à Ottawa, le 30 janvier 2022. Photo: Radio-Canada/Ivanoh Demers

La polarisation, considérée comme la plus grande menace pour la démocratie américaine, guette-t-elle le Canada aussi?

Certainement, répond Jennifer Wolowic, responsable de l’initiative Renforcer la démocratie canadienne à l’Université Simon Fraser, à Vancouver, qui est d’avis que cette tendance est déjà bien présente ici.

Pour certaines personnes, la politique sature toute leur expérience quotidienne. Mon vote n’est plus seulement un aspect de mon identité parmi d’autres; maintenant [le parti pour lequel je vote ] est mon équipe.

La polarisation, souligne-t-elle, ne se résume pas au fait d’avoir des idées différentes, c’est plutôt l’animosité qu’on ressent envers ceux qui ne pensent pas comme nous.

« Quand un groupe n’en aime pas un autre en raison de ses idées, c’est de la polarisation. Cette idée que nous ne pouvons pas nous parler à cause de nos différences est en croissance. »— Une citation de  Jennifer Wolowic, du Centre Morris J. Wosk pour le dialogue à l’Université Simon Fraser

Quand on ne parle qu’à ceux qui partagent nos idées, on ne parvient pas à développer sa pensée critique, croit-elle. En ce moment, nous sommes cloisonnés et nous ne parlons qu’aux personnes qui sont d’accord avec nous, alors nous perdons notre capacité à décortiquer les bases de nos croyances et à faire des compromis.

D’après François Gélineau, titulaire de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval, le plus inquiétant, c’est la radicalisation. Il y a une inhibition qui tombe, affirme-t-il, citant les menaces de violence armée dans le cadre de la manifestation de Québec.

« Est-ce que c’est de la manipulation? Est-ce que c’est vrai? Dans un cas comme dans l’autre, c’est inquiétant parce que, dans une société démocratique, c’est un geste qui devrait relever de l’impossibilité. »— Une citation de  François Gélineau, titulaire de la Chaire de recherche sur la démocratie et les institutions parlementaires de l’Université Laval

Encore plus alarmant, selon lui, est de voir des acteurs politiques exploiter le sentiment d’exclusion que vivent certains citoyens à des fins partisanes. Il y a des gens qui ne se sentent pas du tout représentés par les institutions. Mais est-ce que ça veut dire qu’il faut balayer les institutions du revers de la main?, se demande-t-il.Un homme barbu et maquillé brandit différents drapeaux en criant.

La colère est palpable chez certains manifestants. Photo : Getty Images/Scott Olson

Le mythe de l’exceptionnalisme canadien est dépassé, croit pour sa part Andrew Potter. On avait cette idée que ces choses-là n’arrivaient pas ici. Eh bien, on est en train de se rendre compte qu’on n’est pas si particuliers que ça.

« Il n’y a rien d’unique au Canada ou dans les valeurs canadiennes qui nous empêche de suivre les mêmes tendances [que nos voisins du Sud]. »— Une citation de  Andrew Potter, professeur agrégé à l’École de politiques publiques Max Bell de l’Université McGill.

Un phénomène mondial

L’érosion de la démocratie n’est pas nouvelle, ici comme dans d’autres sociétés occidentales, rappelle François Gélineau. On constate depuis plusieurs années un déclin de la confiance envers les institutions et les élites, ainsi qu’un effritement de la satisfaction à l’égard de la démocratie, remarque-t-il.

Les mesures prises pour lutter contre la pandémie ont accéléré ce processus, souligne le rapport de l’EIU. On a notamment observé l’année dernière un retrait sans précédent des libertés civiles, par exemple les restrictions sur les déplacements et l’introduction de preuves vaccinales pour avoir accès à certains services. La pandémie a également conduit à la normalisation des pouvoirs d’urgence […] et a habitué les citoyens à une énorme extension du pouvoir de l’État sur de vastes domaines de la vie publique et personnelle.

Le fort recul amorcé en 2020, pendant la première année de la pandémie, s’est poursuivi en 2021.Une affiche dépeignant Jair Bolsonaro avec une moitié du visage en Adolf Hitler.

Le président du Brésil, Jair Bolsonaro, est reconnu pour ses attaques contre les institutions démocratiques. Photo: Reuters/Pilar Olivares

La pandémie a eu un impact négatif sur la qualité de la démocratie dans toutes les régions du monde, écrit encore l’EIU. C’est particulièrement vrai en Amérique latine, où plusieurs pays ont connu des régressions, notamment au registre de la culture politique. Cela reflète l’insatisfaction du public à l’égard de la gestion de la pandémie, ajoutée à un scepticisme croissant sur la capacité des gouvernements démocratiques à faire face aux problèmes qu’affronte la région, et une tolérance accrue à l’autoritarisme. Des personnages comme Jair Bolsonaro, au Brésil, Andrés Manuel Lopez Obrador, au Mexique, et Nayib Bukele, au Salvador, en sont l’illustration, souligne l’EIU.

Moins de la moitié des habitants de la planète vivent dans un des 74 pays considérés comme plus ou moins démocratiques et moins de 10 % dans une vraie démocratie.

La moyenne mondiale est de 5,37 sur 10, soit la note la plus basse depuis la création de l’indice en 2006.

Les pays scandinaves se maintiennent au sommet du classement, tandis que l’Espagne et le Chili rejoignent la France et les États-Unis dans la catégorie des démocraties défaillantes. Le Canada risque-t-il de s’y retrouver lui aussi?

Andrew Potter craint la persistance de certains comportements problématiques apparus pendant la pandémie. L’un des problèmes du système canadien est qu’il y a très peu de choses écrites, croit-il. Une fois qu’on a atteint un certain plancher institutionnel, ni le parti au pouvoir ni l’opposition n’ont un grand intérêt à revenir à la normale. Alors, les normes ont tendance à s’éroder, mais pas à se reconstruire, déplore-t-il.

Une fois que vous avez établi des normes selon lesquelles le Parlement n’a pas besoin de siéger pendant la majeure partie de l’année, qu’après une élection, vous n’avez pas à être à la Chambre pendant deux ou trois mois et qu’il n’est pas nécessaire que les ministres soient aux Communes pour se réunir, quels arguments avez-vous pour revenir comme avant?

La vigilance sera donc de mise afin que cette situation exceptionnelle ne devienne pas la nouvelle normalité.

Avec Raduio-Canada par Ximena Sampson

Oumou Sangaré : « Au Mali, la démocratie ne nous a menés nulle part »

février 19, 2022
Oumou Sangaré, la chanteuse et compositrice malienne, à Paris, le 15 février 2022. © Bruno Lévy pour JA

L’actu vue par… Chaque samedi Jeune Afrique invite une personnalité à décrypter un sujet d’actualité. Oumou Sangaré, diva du Wassoulou, continue d’œuvrer malgré sa carrière internationale. Elle revient sur l’instabilité qui mine son pays et fragilise les populations.

Quand le Mali devient le théâtre du coup d’État contre Ibrahim Boubacar Keïta, en août 2020, Oumou Sangaré est à des milliers de kilomètres de sa terre natale. Alors en déplacement aux États-Unis, la star trouve refuge à Baltimore et y reste sept mois en raison du confinement imposé par la pandémie de Covid-19. Une parenthèse plus ou moins forcée qui lui permettra de prendre de la hauteur face aux crises que traverse son pays, qu’elle n’a jamais quitté malgré une reconnaissance internationale.

LA PLUS GRANDE CRISE EST IDENTITAIRE, NOUS NOUS ÉLOIGNONS DE NOS TRADITIONS, DE NOTRE CULTURE, DE NOTRE GRANDEUR

L’ambassadrice de bonne volonté de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, qui a elle-même connu la misère et la faim, s’inquiète surtout du sort des populations les plus fragilisées. Et, alors que la rupture entre Paris et Bamako est désormais consommée, n’hésite pas à pointer les responsabilités, tant du côté malien que du côté français.

Oumou Sangaré, artiste et femme d’affaires, le répètera plusieurs fois au cour de notre entretien, elle n’aime pas s’aventurer sur le terrain politique. Pourtant, lorsqu’elle aborde ces questions, c’est avec un avis tranché, sans concession. La démocratie, elle n’y croit plus. Si elle ne cache pas sa crainte de voir sa patrie disparaître sous le joug des jihadistes, c’est dans la société civile qu’elle fonde le plus d’espoir.

Jeune Afrique : Quel est votre regard sur la crise sécuritaire et politique que traverse le Mali actuellement ?

Oumou Sangaré : Je suis inquiète. Pour moi, la plus grande crise est identitaire. Nous nous éloignons de nos traditions, de notre culture, de notre grandeur. Nous sommes influencés par des puissances et des cultures étrangères, qui nous ont été imposées. Conséquence, on s’éloigne de nous-mêmes. Nous ne savons plus qui nous sommes.

Les sanctions imposées par la Cedeao après les deux coups d’État menés par Assimi Goïta vous semblent-elles justifiées ?

Justifiées ou pas, je les condamne. L’embargo économique fragilise les plus démunis. Le peuple malien ne mérite pas cela. Ce n’est pas juste. La Cedeao doit agir quand un pays a besoin d’être accompagné, pas pour l’étouffer davantage. Cette organisation est là pour protéger les chefs d’État, mais certainement pas le peuple, alors que c’est le peuple qu’il faut écouter. C’est un système désolant.

La prise du pouvoir par les militaires annonce-t-elle un recul démocratique ?

Cela fait plus de vingt ans que l’on est en démocratie, cela ne marche pas. Le système politique que nous avons expérimenté ne nous a menés nulle part. C’est au peuple de prendre réellement son destin en main, de se réveiller, comme il le fait actuellement en disant non à ces dirigeants corrompus. On a assez vu ces dirigeants. On a vu leurs limites. Je n’aime pas aller sur le terrain politique, car tout y est faux. Rester sous ce régime, c’était se condamner.

En tant qu’artiste, vous êtes amenée à vous produire en France. La dégradation des relations entre les deux nations vous affectent-elles ?

On arrive à des situations absurdes. Pour arriver à Paris et rencontrer la presse, j’ai dû passer par Istanbul. Voilà les conséquences de cette guerre inutile, qui prive la population de ses droits fondamentaux, comme ceux de la libre circulation.

Ave Jeune Afrique par Eva Sauphie

Mali : pour un nouvel âge d’or de la démocratie

octobre 17, 2021
Décompte des voix à Kidal, en juillet 2013 © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

Les élections présidentielle et législatives qui doivent marquer la fin de la transition sont toujours prévues en février 2022. Mais, pour avoir un réel espoir de sortir le Mali de la crise, le processus électoral doit être modernisé.

Que ce soit en Turquie, en Russie, en Guinée ou, dans une moindre mesure, aux États-Unis, les idéaux démocratiques sont en net recul. Confrontée à la dure réalité de crises multiples, la démocratie est devenue la victime expiatoire du mécontentement des populations. Au Mali, une décennie marquée par trois coups d’État s’achève. Des coups de force suivis de transitions censées remettre sur les rails une démocratie jadis citée en exemple.

Une démocratie devenue spécialiste dans l’art des diagnostics à répétition, qui s’apprête à organiser les Assises nationales de la refondation, après les Concertations nationales en 2020 et le Dialogue national inclusif en 2019. Inapte à répondre à des problèmes récurrents, qui cristallise les peurs et a érigé une « république des privilèges » en réponse aux demandes de justice sociale. Incapable d’apporter des solutions politiques à une guerre dont les pertes civiles et militaires ne se comptent plus, et qui menace d’embraser toute la région sahélienne.

Espoir de renouveau

L’espoir de renouveau réside dans les prochaines élections, fixées en février 2022, qui devront permettre d’élire une nouvelle figure pour présider aux destinées d’une nation minée par les divisions. Malgré la nature titanesque du chantier, les candidatures ne manquent pas, mais est-ce vraiment la question?

LE MALI EST EN TRAIN DE MANQUER UNE OPPORTUNITÉ DE RENFORCER LA DÉMOCRATIE EN LA RENDANT PLUS INCLUSIVE

Il s’agit désormais d’éviter le scénario de 2013, où une transition a mené à l’élection d’un président qui, de l’avis général, aura conduit le pays au désastre. À Bamako, le débat s’est mué en une bataille entre partisans et détracteurs de l’Organe unique de gestion des élections, dont la genèse remonte pourtant à un rapport de 2008. Au pied du mur, l’ensemble des acteurs semblent s’accorder sur la nécessité d’une structure unique qui regrouperait les compétences aujourd’hui éparpillées entre la Délégation générale aux élections, la Commission électorale nationale indépendante et le ministère de l’Administration territoriale.

Les craintes portent sur les lourdeurs administratives. Face à cette situation, le gouvernement semble contraint de proroger la transition afin d’organiser des élections plus crédibles. Si on ne peut que louer cette volonté du gouvernement, elle aboutit à de nouvelles incertitudes sur l’issue d’une transition qui a déjà connu un «coup dans le coup » et tarde à concrétiser les espoirs qu’elle avait suscités. Pis encore, le Mali est en train de manquer une opportunité de renforcer la démocratie en la rendant plus inclusive et, en définitive, d’éviter que les dirigeants changent et que les problèmes de fond demeurent.

Confiance ébranlée

En premier lieu, les élections au Mali ne mobilisent que très peu. Le taux de participation, indicateur clé de la vitalité d’une démocratie, est en baisse – de plus de 65 % en 2002 à moins 35 % en 2018. Ainsi, sur les 8 millions d’électeurs inscrits sur les listes, seuls 2,6 millions se sont déplacés aux urnes lors du premier tour des dernières présidentielles. Pire encore, dans un pays de plus de vingt millions d’habitants, le dernier chef de l’État a été élu avec moins de 1,8 millions de suffrages. En cause : des problèmes logistiques dans la distribution des cartes d’électeur, des difficultés d’identification des bureaux de vote et un niveau élevé de migration interne.

LA RÉCURRENCE DES COUPS D’ÉTAT S’EXPLIQUE PAR LE MANQUE DE REPRÉSENTATIVITÉ ET DE LÉGITIMÉ DES DIRIGEANTS

L’incapacité des partis à mobiliser traduit aussi un profond mal-être. Au Mali, plus de 200 formations politiques nourrissent principalement l’ambition d’un homme – dont le culte remplace tout projet politique. Difficile dans ces conditions de mobiliser, à moins de s’allier avec des chefs religieux ou de promettre un billet. La faillite démocratique a conduit au rejet d’un système qui accouche d’élus sans assise électorale et pose les jalons d’une gouvernance instable où la moindre crise sérieuse peut avoir raison des gouvernants. Il ne faut pas chercher plus loin les raisons de la récurrence des coups d’État, que dans le manque de représentativité et de légitimé des dirigeants.

Les récentes scènes de liesse à Conakry nous rappellent que cette tare de la démocratie est commune à une grande partie de l’Afrique. Ensuite, en dépit d’un code électoral basé sur un consensus de l’ensemble de la classe politique, les acteurs ont une très faible confiance dans le système électoral. En abandonnant le terrain des idées, la classe politique investit plus dans la recherche et l’exploitation de toutes les défaillances du processus électoral. Ainsi, dans un pays où la tradition de l’alternance démocratique n’est pas bien établie, les concessions sont rares et les élections ne sont perdues que parce que « les autres » ont triché. Lorsque l’adversaire politique n’est qu’autre qu’un dirigeant sortant, la suspicion atteint son paroxysme.

De plus, la confiance est ébranlée par les défaillances du fichier électoral. Devant l’impossibilité d’organiser un recensement général de la population depuis 2009, les différentes élections ont utilisé les fichiers de l’état civil. Malgré des progrès significatifs réalisés au cours des dernières années, trop peu de décès sont encore formellement notifiés. Il en résulte des listes électorales truffées de « morts-votants ».

Des vote par « robocalls »

La possibilité de voir des agents électoraux employés par l’État ayant accès aux cartes d’électeurs potentiellement décédés au cour d’une procédure très manuelle de vote, dépouillement, et décompte des suffrages pose les germes des conflits post-électoraux. Enfin, on l’oublierait presque, mais le Mali est un pays en guerre, où l’État est absent de la quasi-totalité des localités du Centre et du Nord – souvent depuis plus de neuf ans. Dans des zones où les lieux de vote traditionnels (écoles, tribunaux) ont fermé, l’administration (préfets et sous-préfets) n’exerce plus.

Un scrutin comme en 2018, qui exclurait les citoyens les plus avides de changement, ceux-là mêmes qui souffrent le plus de l’incapacité de l’État à assurer ses fonctions régaliennes, servirait de leitmotiv à toutes les factions qui militent pour une partition du pays. Alors que faire ?

Pour relever ces défis, le Mali peut décider d’entrer dans la modernité par la grande porte et organiser les premiers scrutins utilisant la téléphonie mobile comme vecteur de vote. Fort d’un taux de pénétration de plus de 97 %, la téléphonie mobile est devenue une part intégrante de la vie des Maliens. Si le taux d’alphabétisation ne permet pas de considérer des solutions basées sur des applications ou la messagerie, il est possible de mettre en place des« robocalls », appels automatisés vers tous les votants afin de récolter leurs suffrages. Pour être clair, il s’agit d’appeler des électeurs et non des numéros de téléphone, ce qui implique de relier chaque électeur à ses numéros de téléphone. Ce mode de scrutin aurait l’avantage d’atteindre une plus grande partie de la population, serait accessible sur l’ensemble du territoire, et rendrait le vote plus pratique en éliminant les contrariétés liées à la recherche d’un bureau de vote et aux files d’attente.

IL FAUDRA AU MOINS UNE GÉNÉRATION POUR MENER À BIEN TOUTES LES RÉFORMES NÉCESSAIRES POUR REFONDER LA NATION

En fixant des horaires d’appels flexibles, il serait possible de limiter, voire d’éliminer, les achats et ventes de suffrages en rendant impossible de contrôler le vote effectif des citoyens par des agents politiques. L’automatisation des appels et du décompte permettrait de réduire les délais entre la fin du scrutin et la proclamation des résultats, une période cruciale où les spéculations sur de possibles manipulations ouvrent la voie aux conflits. Par ailleurs, les contestations pourraient être facilement résolues en rendant disponibles les enregistrements audio de tous les votes contestés.

Enfin, les avantages financiers ne sont pas à négliger pour des élections dont le coût est estimé à près de 68 milliards F CFA. Sans les impressions de carte d’électeur et de bulletins, et sans les salaires du personnel de surveillance et des assesseurs, il s’agira uniquement de constituer un fichier unique électeur/numéro de téléphone et les frais d’appels ne coûteraient que quelques centaines de millions de FCFA.

Revenir à des ambitions plus modestes

« Si longue et si noire que soit la nuit, il vient toujours une heure où enfin le jour se lève », disait Oumar Sangaré – une évidence, pourrait-on penser. Dans un Mali assailli de toutes parts, exprimer l’espoir d’un jour nouveau est devenu la panacée d’une poignée de rêveurs. La posture actuelle de la transition, qui insiste sur des réformes profondes avant d’organiser des élections, n’est pas très réaliste. Le mal est si profond qu’il faudra au moins une génération pour mener à bien toutes les réformes nécessaires pour refonder la nation.

De plus, à regarder de près, les autorités de transition ne proposent aucune solution nouvelle – la plupart des pistes de réformes datent de plus de dix ans, les pouvoirs passés n’ont pas pu les mettre en œuvre faute d’une légitimé suffisante. Ainsi, il serait plus sage de revenir à des ambitions plus modestes – une modification de la loi électorale, l’organisation d’élections libres, inclusives et transparentes ferait de la transition une grande réussite et serait une première étape vers le rétablissement d’une relation de confiance entre gouvernants et gouvernés. Les élections utilisant la téléphonie mobile offrent cette opportunité et l’assurance de pouvoir organiser de nouveaux scrutins dans des délais courts si le nouveau pouvoir ne se montre pas à la hauteur.

Modibo Seydou Sidibé

avec Jeune Afrique par Modibo Seydou Sidibé

Professeur d’économie à la Duke University (États-Unis)

Guinée, Mali : les forces spéciales menacent-elles la démocratie ?

septembre 6, 2021
Des membres des forces armées guinéennes célèbrent l’arrestation du président Alpha Condé, lors du coup d’État à Conakry, le 5 septembre 2021.

Que ce soit Assimi Goïta au Mali ou Mamady Doumbouya en Guinée, le président en exercice a été renversé par le chef des forces spéciales, dans les deux cas. De quoi s’interroger sur le rôle de ces unités militaires d’élite et leur rapport avec le politique.

Avec le coup d’État mené en Guinée le 5 septembre 2021 par le lieutenant-colonel Mamady Doumbouya, il n’a échappé à personne que cet officier à la tête du Groupement des forces spéciales (GFS) commandait le même type d’unité militaire que le colonel Assimi Goïta, à la tête de la Transition malienne après un double coup d’État en août 2020 et mai 2021. Ce dernier commandait plus précisément le bataillon autonome des forces spéciales (BAFS).

Si la similitude relevée s’arrêtait là, on pourrait penser que c’est normal : ils sont tous les deux à la tête de l’une des unités les plus équipées et les mieux entraînées de leurs armées. Dès lors, l’initiative d’un coup d’État présente a priori moins de risque et donc plus de chance de succès.

Mais les commentaires des internautes et même de certains « spécialistes » tendent parfois à stigmatiser ces unités et donc à envisager leur démantèlement là où elles existent, et le statu quo là où elles n’existent pas, au motif incongru qu’elles seraient source de déstabilisation politique.

Ce faisant, on traiterait encore une fois par des soins cosmétiques approximatifs, la conséquence d’un problème purement politique, et non sa cause profonde.

Réforme de la défense guinéenne

Depuis 2010, la Guinée a mené, avec le soutien des partenaires techniques et financiers internationaux, une vaste réforme du secteur de la sécurité afin de  professionnaliser les Forces de défense et de sécurité, de mieux les préparer à assurer leurs missions, et surtout de les dépolitiser.

Ce dernier objectif n’est sans doute pas atteint et ce dernier coup d’État est à la fois le symptôme de cette incapacité à contenir les velléités putschistes de l’armée et à gouverner légitimement au service de l’intérêt général.

Pour autant, la réforme ne peut absolument pas être considérée globalement comme un échec. Si le pays a pu satisfaire les exigences onusiennes en déployant 712 personnels dont un bataillon de 650 Casques bleus de la Minusma à Kidal, c’est déjà une réussite. Surtout qu’une partie du personnel est armée par le GFS comme c’est le cas en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays africains déployant des contingents dans les opérations de paix des Nations Unies.

La conjoncture politique, les turbulences et les aléas liés aux ambitions démesurées et au mépris des règles démocratiques par des politiques imbus de leur arrogance ne doivent pas faire occulter les impératifs sécuritaires censés être pris en charge par des unités telles que les forces spéciales, capables d’agir de manière autonome et décisive dans un environnement hostile.

Forces spéciales, un rempart indispensable

Face au terrorisme, au grand banditisme, aux prises d’otages complexes et autres actes criminels de grande ampleur, les forces spéciales par leurs capacités d’intervention rapide et robuste, restent un rempart dont aucun État, aucune armée ne choisirait raisonnablement de se priver.

Si même les seuls faits d’armes des Forces spéciales maliennes et guinéennes étaient d’avoir capturé des présidents à la légitimité discutable, leur démantèlement ne serait qu’un coup d’épée dans l’eau, car le danger peut venir de partout : des armées comme des insurgés qui ont en commun avec la population, de rejeter des régimes corrompus et déconnectés des aspirations des jeunes, largement majoritaires et suffisamment marginalisés.

Pour des raisons à peu près similaires, l’arme blindée-cavalerie est restée sous-équipée au Bénin pendant longtemps au motif que les putschistes des années 1960 et 1970 y provenaient. Au Burkina Faso, le régiment de sécurité présidentiel (RSP) de Blaise Compaoré a été dissous après sa chute en 2014 alors qu’il aurait pu être restructuré pour capitaliser les savoir-faire acquis et les réinvestir dans la lutte anti-terroriste.

Ne pas agir sous le coup de l’émotion

Les coups d’État constitutionnels et les coups d’État militaires constituent déjà des causes de recommencements perpétuels de la marche de l’Afrique subsaharienne francophone vers la stabilité politique et le progrès économique. Avec des outils de défense relativement précaires, il ne faudrait surtout pas agir sous le coup de l’émotion, par des décisions hâtives et sans discernement, en amputant les armées d’un bras opérationnel indispensable à la bonne exécution de leurs missions.

Nul ne sait où cette énième transition conduira la Guinée. Les promesses des militaires impréparés à l’exercice du pouvoir d’État se heurtent toujours face aux dures réalités du pouvoir politique. Pour peu que l’outil de défense peut être préservé, même avec ses insuffisances, il faut limiter la casse pour que le nouveau démarrage ne soit pas un retour à la case départ.

Avec Jeune Afrique par  Oswald Padonou

Docteur en sciences politiques. Enseignant et chercheur en relations internationales et études de sécurité

Présidentielle à São Tomé-et-Principe, habitué à l’alternance

juillet 18, 2021
Une électrice vote à São Tomé-et-Príncipe, le 17 juillet 2016. Image d’illustration.

São Tomé-et-Principe élit dimanche son nouveau président de la République, dans un pays considéré comme l’un des modèles de démocratie parlementaire en Afrique, habitué aux alternances politiques pacifiques.

Ils sont 19 candidats – un record pour l’archipel – à tenter de succéder pour cinq ans à Evaristo Carvalho, élu en 2016 au terme d’un scrutin rocambolesque, qui ne se représentait pas. Les bureaux de vote ont ouvert au petit matin dans la capitale São Tomé, a annoncé Fernando Maquengo, le président de la Commission nationale électorale (CEN), pour ce scrutin au suffrage universel direct à deux tours.

Dans ce pays de quelque 210 000 habitants, colonie portugaise jusqu’en 1975, le président n’a qu’un rôle honorifique, de représentation et de promulgation des textes, l’essentiel du pouvoir exécutif dans ce régime parlementaire revenant au Premier ministre. Ce poste est occupé par le social-démocrate Jorge Lopes Bom Jesus depuis qu’une coalition socialiste a remporté les législatives de 2018 contre le parti de centre-droit alors mené par l’ancien Premier ministre Patrice Emery Trovoada.

Nombreux candidats indépendants

Après 15 années d’un régime marxiste au parti unique, São Tomé-et-Principe s’est ouvert au multipartisme en 1991. Après plusieurs tentatives de coups d’État, dont les dernières en 2003 et 2009, le régime parlementaire s’y est affirmé et a permis plusieurs alternances au pouvoir entre les deux grandes forces qui animent la vie politique : l’Action indépendante démocratique (ADI, centre-droit) et le Mouvement pour la libération de São Tomé-et-Principe (MLSTP, centre-gauche, ancien parti unique).

Le MLSTP, au pouvoir depuis 2018 grâce au soutien d’autres partis de gauche ou centre-gauche, présente dimanche aux électeurs Guilherme Posser da Costa, 68 ans, ancien chef du gouvernement et trois fois ministres des Affaires étrangères. Mais cinq autres membres de sa formation se présentent contre lui comme candidats indépendants. Parmi eux, Elsa Pinto, ancienne ministre des Affaires étrangères, Jorge Amado, ancien président du parti ou encore Maria das Neves, ancienne Première ministre qui avait porté les couleurs du parti à la présidentielle de 2016.

Le président de l’Assemblée nationale, Delfim das Neves, dont le Parti de la convergence démocratique (PCD) appartient à la coalition gouvernementale, est également candidat. De l’autre côté de l’échiquier, Carlos Vila Nova porte les couleurs de l’ADI,  devenu principal parti de l’opposition en 2018.

Corruption

Certains candidats ont fait campagne en dénonçant la corruption qui afflige selon eux le pays. Dans son rapport 2020 sur l’Indice de perception de la corruption dans le monde, l’ONG Transparency International a classé São Tomé-et-Principe au 66e rang sur 180 pays.

Le pays dépend à environ 90% de l’aide internationale pour ses investissements d’infrastructures et ses importations de produits finis. Ses principaux revenus propres sont issus des exportations de cacao, de café, ainsi que du tourisme. L’agriculture vivrière sur des terres très fertiles et irriguées par des pluies abondantes, ainsi que la pêche artisanale assurent cependant une grande partie de la nourriture quotidienne.

Par Jeune Afrique avec AFP

[Tribune] La démocratie africaine, cette chasse à l’homme

mars 28, 2021
Le leader de l’opposition camerounaise, Maurice Kamto, le 5 octobre 2019.

Comme aux Jeux Olympiques, les épreuves de la démocratie africaine se déroulent tous les quatre ou cinq ans. Et on n’est pas labellisé opposant tant qu’on n’a pas été poursuivi par le pouvoir…

En Afrique, la démocratie est un sport de chasse, quelque chose entre la chasse à courre et le tir au pigeon. Et ce n’est pas une figure de style. Pour une fois, on peut me prendre au premier degré. Mes premières expériences sportives de la démocratie datent de 1990, lors de ce qui était considéré comme le « printemps africain ». Partout au sud du Sahara, les vieux partis uniques étaient contestés par une jeunesse qui rêvait d’expression plurielle.

Cris et jets de pierre : il n’y avait pas cent façons de protester. Balles et grenades lacrymogènes : il n’y avait pas cent façons de réprimer la protestation. L’étape d’après étant l’embastillement, les villes africaines se transformaient systématiquement en arène athlétique. Les « crieurs » devenaient coureurs et les « tireurs » devenaient chasseurs. Ce sont ces litres de sueur et de sang – le destin d’une chasse à courre – qui sont à l’origine du multipartisme. De Dakar à Libreville, scénario immuable.

Coup d’avance

Puis, le jeu électoral pluraliste s’est installé tant bien que mal. Mais, la démocratie africaine a gardé sa dimension sportive. Elle s’est même professionnalisée. Maintenant, comme aux Jeux olympiques, les épreuves se déroulent tous les quatre ou cinq ans, au moment des échéances électorales. On n’est pas labellisé opposant tant qu’on n’a pas été poursuivi juridiquement, mais surtout physiquement, par le pouvoir. En Côte d’Ivoire par exemple, on se souvient de Laurent Gbagbo, serviette anti transpiration au cou, en 100 mètres plats dans les rues du Plateau; ou de Alassane Ouattara, en saut en hauteur sur le mur de l’ambassade d’Allemagne à Cocody. Abdoulaye Wade, Alpha Condé, Boni Yayi… Tous ont participé à ces épreuves imposées.

L’arrivée au pouvoir de ces anciens opposants ne change rien aux règles. Bien au contraire, le jeu en devient plus passionnant et transpirant grâce à la grande expérience acquise par les nouveaux tenants du pouvoir lorsqu’ils étaient de l’autre côté de la barrière électorale. C’est ce qui explique que les Talon, Deby, Sall, Museveni, etc. ont toujours un coup d’avance sur les Bio Dramane Tidjani, Yaya DilloOusmane Sonko, ou Bobi Wine. D’Abidjan à N’Djamena, scénario immuable.

Seulement voilà, les pouvoirs, quels qu’ils soient, ne font que jouer avec la montre. L’histoire, avec la grande hache, finit toujours par les étêter. L’histoire, avec le grand H, court toujours dans le sens du progrès et du bonheur des peuples. De Douala à Kampala, scénario immuable.

Par  Gauz

Écrivain ivoirien, auteur de « Debout payé » (2014), « Camarade papa » (2018), et « Black Manoo » (2020).

La lettre d’Obama à Trump: éloge de la démocratie

septembre 3, 2017

L’ancien président américain Barack Obama, le 23 avril 2017 à Chicago / © GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives / SCOTT OLSON

C’est une tradition ancienne et élégante: le président américain sortant laisse à son successeur une lettre, qu’il trouve à son arrivée dans le Bureau ovale.

Celle de Barack Obama à Donald Trump, révélée sept mois après son départ, s’articule autour d’un conseil central: au-delà de l’âpreté du combat politique et de la brutalité des luttes de pouvoir, ne jamais perdre de vue l’importance des institutions démocratiques.

Cette missive d’un peu moins de 300 mots du 44e au 45e président de l’histoire des Etats-Unis prend un relief particulier après plusieurs semaines chaotiques pour Donald Trump, critiqué jusque dans son propre camp pour son manque de clarté – et de hauteur – après les violences racistes de Charlottesville.

« Cher monsieur le président »: le courrier, dont CNN a obtenu une copie, commence par des félicitations à l’aube de cette « grande aventure » qu’est la présidence.

« Des millions de personnes ont placé leurs espoirs en vous, et nous tous, au-delà des partis, devons espérer plus de prospérité et de sécurité sous votre présidence ».

Durant la campagne, Barack Obama avait martelé, avec une virulence qu’on ne lui connaissait pas, que le magnat de l’immobilier était à ses yeux un danger pour la démocratie: « Le sort de la république est entre vos mains », avait-il lancé aux électeurs quelques jours avant le scrutin.

Mais au lendemain de l’électrochoc du 8 novembre, alors que la famille démocrate était encore groggy par la défaite surprise d’Hillary Clinton, il avait insisté sur l’importance d’une transition apaisée et constructive avec l’extravagant milliardaire populiste, qu’il avait reçu dans le Bureau ovale pour un tête-à-tête longtemps inimaginable.

Soulignant combien il s’agit d’un poste unique pour lequel il n’existe aucune « recette simple », Barack Obama livre malgré tout dans sa missive quelques conseils ciselés à son successeur.

Insistant sur l’importance du « leadership américain » dans le monde, il met l’accent sur le poids de la parole des Etats-Unis: « Il nous appartient, par nos actes et par l’exemple que nous donnons, de soutenir l’ordre international qui s’est mis en place depuis la fin de la Guerre froide, et dont notre prospérité et notre sécurité dépendent ».

– ‘Bonne chance’ –

Mais Barack Obama s’attarde aussi longuement sur la dimension singulière du rôle de président, au-delà des vicissitudes quotidiennes de la politique.

« Nous ne sommes que des occupants temporaires de ce poste », écrit-il. « Cela fait de nous des gardiens des institutions et des traditions démocratiques telles que l’Etat de droit, la séparation des pouvoirs, la protection des droits civiques pour lesquelles nos ancêtres se sont battus ».

« Quelles que soient les tensions de la politique au jour le jour, il nous appartient de laisser ces instruments de notre démocratie au moins aussi forts que dans l’état dans lesquels nous les avons trouvés », martèle-t-il.

Dernier conseil du 44e au 45e, dans un registre plus personnel: « Dans la bousculade des événements et face au poids des responsabilités, prenez du temps pour les amis et la famille. Ils vont aideront à surmonter les moments difficiles qui sont inévitables »

« Bonne chance », conclut-il, se disant prêt à aider « de quelque manière que ce soit ».

Donald Trump, qui a publiquement souligné qu’il avait été touché par ce courrier, n’a jamais revu Barack Obama depuis sa prise de fonction.

Parmi toutes ces lettres de président à président, celle laissée, le 20 janvier 1993, par le républicain George H.W. Bush à son successeur démocrate Bill Clinton, a marqué les esprits, par sa dignité, sa classe.

« Votre succès est le succès de votre pays », y écrivait à la main le 41e président des Etats-Unis. « Je vous soutiens totalement », ajoutait-il à l’attention de son adversaire qui venait de le priver d’un second mandat.

Evoquant son « sentiment d’émerveillement et de respect » au moment où il était entré dans le prestigieux Bureau ovale quatre ans plus tôt, il ajoutait « Il y aura des moments très durs. Ne laissez pas les critiques vous décourager ».

Romandie.com avec(©AFP / 03 septembre 2017 17h37)

En Gambie, « le début d’une nouvelle ère »

avril 4, 2017

Pour Mohamed Ibn Chambas, représentant du secrétaire général de l’ONU en Afrique de l’Ouest, les élections législatives du 6 avril seront un test pour la coalition au pouvoir.

A Banjul, une statue commémorant le coup d’Etat du 22 juillet 1994, par lequel Yahya Jammeh était arrivé au pouvoir, est recouverte d’un T-shirt sur lequel est inscrit « La Gambie a décidé ». Crédits : SEYLLOU/AFP

L’Afrique de l’Ouest a connu une série d’élections présidentielles et législatives qui s’est déroulée pacifiquement et, surtout, dans le respect des normes démocratiques reconnues par l’Union africaine, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et les Nations unies. Rompant définitivement avec des pratiques antidémocratiques dominées par des alternances de coups d’Etat et de pouvoirs monopolisés sans limite de temps, la région s’est lancée sereinement dans la voie du changement politique qui s’appuie sur le principe d’élections libres garantissant le choix du peuple.

Désormais, plus qu’une tendance, c’est une réalité politique, dictée par une prise de conscience des Africains – citoyens comme leaders – que l’objectif du développement ne peut être atteint que grâce à une nouvelle culture politique dont la bonne gouvernance et le respect des droits sont les points fondamentaux. Il reste, sans aucun doute, du chemin à parcourir. Cependant, personne ne peut nier ni sous-estimer les progrès enregistrés en matière de respect des processus électoraux et d’alternance politique en Afrique de l’Ouest.

Du Nigeria à la Gambie en passant par le Bénin et le Ghana, les leaders africains et les citoyens ont fait preuve d’une grande maturité politique et ont démontré un grand sens des responsabilités, qu’il faut saluer et soutenir. Au-delà de quelques incidents mineurs entre militants des différents candidats, les dix dernières élections en Afrique de l’Ouest se sont déroulées pacifiquement et sans aucune violence.

Maturité politique

L’exemple de la Gambie est significatif. Dans un pays en proie à un pouvoir autocratique depuis plus de deux décennies, la marge de manœuvre permettant un changement politique pacifique était faible.

Qui aurait pensé que l’élection présidentielle pouvait se tenir librement ? Que la commission électorale pouvait être indépendante et se permettre d’annoncer des résultats confirmant l’éviction du pouvoir en place ? Et qui aurait pu prévoir que les Gambiens allaient pacifiquement voter et attendre les premiers résultats, puis la fin de la crise politique provoquée par le refus de Yahya Jammeh de reconnaître le candidat de la coalition de l’opposition, Adama Barrow, comme le troisième président élu de la Gambie ?

Cette maturité politique et ce sens des responsabilités représentent aussi le socle de la diplomatie préventive régionale qui a aidé au départ de Yahya Jammeh et a permis une résolution pacifique de la crise. La médiation conjointe Cedeao-UA-ONU dépêchée à Banjul au lendemain du refus de M. Jammeh de quitter le pouvoir témoigne de la volonté des pays de la région et des organisations régionales de veiller au respect du cadre légal permettant des alternances politiques pacifiques. Elle témoigne aussi de la détermination de ces organisations de s’approprier les problèmes et les solutions dans une démarche préventive. L’objectif majeur est de maintenir la paix et la stabilité de la région.

L’implication personnelle des présidents du Sénégal, du Liberia, du Nigeria, du Ghana, de la Sierra Leone, de la Mauritanie et de la Guinée durant toute la crise illustre la détermination des dirigeants africains à prévenir tout risque susceptible de produire un autre conflit et à maintenir la région dans une dynamique de changement pacifique.

Diplomatie préventive

Le départ de Yahya Jammeh et l’installation au pouvoir d’Adama Barrow sans aucune violence est un succès de la diplomatie préventive régionale. C’est aussi le fruit de l’attitude exemplaire des Gambiens. Mais ce succès de la diplomatie préventive régionale ne peut être entier et efficace que si la Gambie s’engage à poursuivre le processus de changement politique en respectant les principes démocratiques.

La décision du nouveau président, Adama Barrow, de mettre en place une équipe conjointe de transition composée notamment de membres de l’ancienne administration est un signal fort de l’attachement des nouvelles autorités au processus démocratique. Et la communauté internationale, qui s’est mobilisée durant la crise post-électorale pour affirmer la primauté du droit et de la Constitution, doit aujourd’hui apporter le soutien nécessaire à la Gambie pour consolider ce changement politique et accompagner les Gambiens dans leur aspiration au développement.

C’est pour cela que, soucieux de cette nécessité, le Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel a déployé, au lendemain du retour du président Barrow à Banjul, un expert en transition politique pour aider les administrations entrante et sortante à initier une transition sereine dont l’objectif est d’assurer un changement pacifique du pouvoir. Dans les prochains jours, l’équipe conjointe de transition devra rendre son rapport à Adama Barrow, ce qui marquera la fin de la période de transition et lancera le début d’une nouvelle ère, celle de l’alternance politique.

Mais cette dernière ne peut constituer une fin en soi, tant les défis politiques, économiques et sociaux sont multiples et nécessitent un engagement politique fort de la part des nouvelles autorités.

Relance économique

Quelque 60 % des Gambiens sont touchés par la pauvreté et un tiers de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour. Le déficit budgétaire du pays s’est creusé, atteignant les 7 % du PIB en 2016. Dans ce contexte, la priorité du nouveau gouvernement gambien sera sans aucun doute la mise en place de plans de relance économique et le lancement des réformes structurelles. Les élections législatives du 6 avril seront quant à elles un vrai test pour la coalition au pouvoir.

La diplomatie préventive régionale a été cruciale pour sauvegarder la volonté du peuple gambien et renforcer la paix dans une région qui en a besoin. La transition politique pacifique est fondamentale pour consolider les gains de l’alternance politique par des élections libres. Les Nations unies, en coordination avec les organisations régionales, continueront de soutenir la Gambie de cette phase importante de son histoire.

Lemonde.fr par Mohamed Ibn Chambas

Mohamed Ibn Chambas est représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel.

« Au nom du savoir et de la démocratie, enseignons dans les langues africaines ! »

novembre 2, 2016

Fary Ndao rappelle, études scientifiques à l’appui, qu’on apprend mieux en commençant l’école dans sa langue maternelle.

Une écolière sénégalaise dans une école de Dakar. Crédits : SEYLLOU DIALLO/AFP
L’Afrique est le seul continent où les langues maternelles parlées au quotidien ne sont pas enseignées dans le cadre scolaire officiel. [Un sujet central qui a agité plusieurs des Débats que Le Monde Afrique a organisés à Dakar fin octobre sur le thème de l’éducation supérieure.]

La langue dite « maternelle » est définie par l’Unesco comme étant « la ou les langue(s) de l’environnement immédiat et des interactions quotidiennes qui construisent l’enfant durant les quatre premières années de sa vie ». Ainsi, beaucoup d’enfants africains, notamment en Afrique de l’Ouest, ont une langue maternelle africaine de portée nationale (wolof au Sénégal, bambara au Mali, fon au Bénin) et une seconde langue maternelle d’extension régionale parlée dans leur village, leur ville ou leur province.

Les langues internationales compliquent la diffusion du savoir

En délaissant ces langues maternelles au profit exclusif des langues internationales (français, anglais, arabe), les pays africains ne facilitent ni la diffusion du savoir au sein de leurs sociétés, ni l’intégration de leur intelligentsia à la communauté académique mondiale. Il est important de rappeler, pour convaincre les sceptiques, ce chiffre issu du rapport de l’Unesco sur la science : sur les 20 pays effectuant le plus de publications académiques dans le monde, l’on retrouve une majorité de pays (douze) où la langue officielle n’est parlée que dans ledit pays et ses zones frontalières. Ces douze pays sont : la Chine (mandarin), le Japon (japonais), la Corée du Sud (coréen), l’Inde (hindi), la Russie (russe), l’Italie (italien), les Pays-Bas (néerlandais), la Turquie (turc), l’Iran (persan), la Norvège (norvégien) et Israël (hébreu). La langue seule n’explique pas tout et il existe bien entendu plusieurs facteurs qui contribuent au dynamisme de la recherche dans un pays : tradition universitaire, moyens économiques, existence d’un tissu industriel, etc.

Cependant, la vitalité académique de ces pays démontre qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une langue parlée sur trois continents pour trouver des solutions originales aux problématiques endogènes ou pour contribuer à l’amélioration du savoir mondial. Les pays asiatiques ont le fait le choix d’une éducation basée sur la langue maternelle. Leur réussite académique et économique montre qu’il existe une différence significative entre la langue d’acquisition du savoir, c’est-à-dire la langue d’enseignement, et la langue de communication qui correspond à une langue de portée internationale utilisée pour partager ce savoir en dehors de ses frontières. Ceux qui en doutent pourront répondre à cette question : qui parle le coréen à part les Coréens ? 

En Afrique, il ne s’agira pas de remplacer le français ou l’anglais par une seule autre langue, fût-elle africaine. Il apparaît plus judicieux de se diriger vers un enseignement multilingue basé sur la langue maternelle comme le recommande l’Unesco et ses nombreuses études de cas pratiques depuis 1953. Cet enseignement pourrait se décliner comme suit : une langue africaine d’extension régionale pour la primo-alphabétisation, rapidement complétée par l’enseignement dans la langue africaine de portée nationale avant l’enseignement des langues internationales. Le triptyque « un territoire, une langue officielle, une nation » est davantage un fantasme qu’une réalité tangible dans les pays africains. Les langues internationales n’y sont bien souvent comprises que par une minorité qui les utilise pour confisquer les débats démocratiques, monopoliser l’information économique et contrôler l’appareil d’Etat. Il faut donc faire la promotion de nations africaines basées sur la reconnaissance de la diversité linguistique et culturelle.

85 % des enfants concernés en école primaire

L’enseignement en langue maternelle permet d’éviter le temps d’acculturation qui oblige l’enfant sénégalais ou malien découvrant l’école primaire à effectuer un sevrage brutal où il abandonne les acquis de sa ou ses langue(s) maternelle(s). Des études de l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA) estiment en effet qu’au moins 85 % des enfants africains débutent leur vie scolaire avec l’obligation d’apprendre dans une langue qu’ils n’ont jamais parlée, ni souvent entendue. Il suffit d’imaginer la situation cocasse où 85 % des petits Français entrant au CP seraient alphabétisés en wolof ou en bambara. C’est pourtant une telle aberration qui se déroule, depuis des décennies, dans beaucoup de pays d’Afrique noire francophone.

Renverser ce paradigme linguistique permettrait aux enfants de ne pas subir cette rupture violente qui va à l’encontre de tous les résultats de recherches en sciences cognitives depuis plus de quarante ans. Ceux-ci montrent en effet qu’un apprentissage est plus efficace si l’apprenant possède déjà des connaissances, même rudimentaires, sur le sujet d’apprentissage. Il est par exemple beaucoup plus facile d’apprendre à programmer dans un nouveau langage informatique, lorsque l’on connaît déjà un autre langage informatique, quel qu’il soit. C’est ce que confirme le docteur Seynabou Diop, spécialiste des sciences cognitives, dans cet article paru en 2012 : « Les connaissances antérieures de l’enfant peuvent être inadéquates, peu structurées, mal structurées ou totalement fausses au départ (…) Les langues nationales, parce qu’elles offrent une pléthore de connaissances antérieures propres aux enfants, permettent de les engager dans un processus de restructuration et de construction active des connaissances. »

Faciliter l’alphabétisation

Ainsi, la primo-alphabétisation doit toujours être effectuée avec l’une des langues maternelles de l’enfant. Un enfant du Fouta, au Sénégal, devrait aborder les premières années de sa vie scolaire en pulaar. Dans d’autres régions ayant des identités linguistiques fortes, des concertations sur le choix de la langue de primo-alphabétisation pourraient être menées par les autorités administratives avec les parents d’élèves, les enseignants appuyés par des spécialistes en sciences cognitives. Un tel processus a été adopté avec succès au Burkina Faso au début des années 2000.

Un enfant apprenant dans sa langue maternelle a statistiquement moins de chances de redoubler à la fin du primaire. Il comprend mieux et peut se faire aider par ses parents, même si ceux-ci ne sont pas alphabétisés, car ils comprennent de fait la langue de primo-alphabétisation qui est celle qu’ils parlent à leur enfant à la maison.

Un enfant alphabétisé dans sa langue maternelle n’a généralement aucune difficulté pour apprendre une nouvelle langue. Plusieurs expériences, menées au Sénégal et en Ethiopie, montrent que les enfants qui sont alphabétisés en wolof ou amharique, obtiennent de meilleurs résultats en français ou en anglais que les élèves qui sont exclusivement alphabétisés dès l’entrée au primaire en français ou en anglais. Nul paradoxe ici : l’apprenant intègre les nouvelles langues en les comparant aux structures grammaticales et syntaxiques qu’il a apprises dans sa langue maternelle.

Enfin, l’enseignement du français et de l’anglais à la fin du primaire ou dès l’entrée au collège, permettra à nos (futurs) chercheurs de continuer à disposer de langues de communication internationales et ainsi rester en contact fécond avec le reste de l’intelligentsia académique mondiale. Ces langues font par ailleurs partie d’un héritage historique et culturel africain qu’il est inutile de nier.

Doper la recherche et consolider la démocratie

Au-delà de la primo-alphabétisation, la possibilité de mener des études supérieures dans une langue maternelle doit également être envisagée. L’étudiant africain ayant appris les bases des mathématiques, de la grammaire puis de la physique dans sa langue maternelle depuis ses premiers pas à l’école, voit se développer chez lui un sentiment naturel de banalisation du savoir scientifique et historique et arrive à ne plus considérer ce savoir comme un sanctuaire de vérité absolue. On s’épargnerait ainsi les scènes de mémorisation par cœur auxquelles l’on assiste dans les allées des grands temples de l’apprentissage machinal que sont les universités africaines.

Couplé à celui, plus tardif, des langues internationales, l’enseignement en langues africaines augmentera mécaniquement la base démographique potentielle de chercheurs, d’ingénieurs, de philosophes, de sociologues, d’écrivains, corps indispensables pour tirer l’Afrique noire de sa léthargie culturelle, et la mettre à l’abri des risques sécuritaires et idéologiques qui pèsent sur elle. Cela permettra également d’améliorer la vie démocratique au sein des pays africains, une urgence lorsque l’on voit la facilité avec laquelle les masses sont manipulées par les lettrés, politiciens ou intellectuels. Enfin, cela pourrait faire reculer l’obscurantisme religieux dans des pays où la masse communique avec ses « guides » dans les langues qu’elle comprend quand, dans le même temps, les lettrés s’enferment dans de nombreux colloques boudés par cette même masse. A l’heure où émergent de plus en plus de mouvements radicaux, la langue maternelle peut constituer un rempart contre le fanatisme, grâce à l’ouverture qu’elle pourra apporter sur d’autres horizons culturels.

Lemonde.fr par Fary Ndao, ingénieur géologue, ancien membre du cercle de réflexion L’Afrique des Idées.

Barack Obama accuse Donald Trump de saper la démocratie américaine

octobre 20, 2016

Le président américain Barack Obama a accusé jeudi Donald Trump de « saper » la démocratie américaine. Le candidat républicain à la Maison-Blanche souffle le chaud et le froid sur son éventuelle acceptation du verdict de la présidentielle américaine de novembre.

« Lorsque vous évoquez des fraudes sans la moindre preuve, lorsque, durant le débat, M. Trump est devenu le premier candidat d’un grand parti dans l’histoire américaine à laisser entendre qu’il n’accepterait pas la défaite (…) c’est grave », a déclaré le président américain lors d’une réunion politique de soutien à Hillary Clinton à Miami.

« Gagner, c’est mieux. Mais quand vous perdez, vous félicitez votre adversaire (…) C’est comme cela que la démocratie fonctionne », a-t-il dit. « Il n’y a aucun moyen de truquer une élection dans un pays aussi grand. Je me demande si Donald Trump s’est déjà rendu dans un bureau de vote ».

Revirement de Trump
La controverse est née d’une réponse de Donald Trump lors du troisième et dernier débat de la campagne présidentielle contre Hillary Clinton, mercredi à Las Vegas. A la question de savoir s’il accepterait le résultat de l’élection présidentielle, quel qu’il soit, il avait répondu: « Je verrai à ce moment-là ».

Jeudi, à Delaware dans l’Ohio, le candidat républicain a corrigé le tir. Il a commencé par dire qu’il accepterait « totalement les résultats de cette grande et historique élection présidentielle si je gagne ».

Puis il a ajouté: « J’accepterai un résultat clair de l’élection, mais je me réserve le droit de contester et de lancer une procédure de justice en cas de résultat douteux ».

Mme Clinton, dont la cote dans les sondages est au plus haut depuis son investiture en juillet, est restée discrète jeudi. L’écart entre les deux candidats se creuse en faveur de l’ancienne secrétaire d’Etat, qui recueille plus de 45% des intentions de voix contre 39% pour Donald Trump et 6,4% pour le libertarien Gary Johnson.

Romandie.com avec(ats / 21.10.2016 00h48)