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[Tribune] La démocratie africaine, cette chasse à l’homme

mars 28, 2021
Le leader de l’opposition camerounaise, Maurice Kamto, le 5 octobre 2019.

Comme aux Jeux Olympiques, les épreuves de la démocratie africaine se déroulent tous les quatre ou cinq ans. Et on n’est pas labellisé opposant tant qu’on n’a pas été poursuivi par le pouvoir…

En Afrique, la démocratie est un sport de chasse, quelque chose entre la chasse à courre et le tir au pigeon. Et ce n’est pas une figure de style. Pour une fois, on peut me prendre au premier degré. Mes premières expériences sportives de la démocratie datent de 1990, lors de ce qui était considéré comme le « printemps africain ». Partout au sud du Sahara, les vieux partis uniques étaient contestés par une jeunesse qui rêvait d’expression plurielle.

Cris et jets de pierre : il n’y avait pas cent façons de protester. Balles et grenades lacrymogènes : il n’y avait pas cent façons de réprimer la protestation. L’étape d’après étant l’embastillement, les villes africaines se transformaient systématiquement en arène athlétique. Les « crieurs » devenaient coureurs et les « tireurs » devenaient chasseurs. Ce sont ces litres de sueur et de sang – le destin d’une chasse à courre – qui sont à l’origine du multipartisme. De Dakar à Libreville, scénario immuable.

Coup d’avance

Puis, le jeu électoral pluraliste s’est installé tant bien que mal. Mais, la démocratie africaine a gardé sa dimension sportive. Elle s’est même professionnalisée. Maintenant, comme aux Jeux olympiques, les épreuves se déroulent tous les quatre ou cinq ans, au moment des échéances électorales. On n’est pas labellisé opposant tant qu’on n’a pas été poursuivi juridiquement, mais surtout physiquement, par le pouvoir. En Côte d’Ivoire par exemple, on se souvient de Laurent Gbagbo, serviette anti transpiration au cou, en 100 mètres plats dans les rues du Plateau; ou de Alassane Ouattara, en saut en hauteur sur le mur de l’ambassade d’Allemagne à Cocody. Abdoulaye Wade, Alpha Condé, Boni Yayi… Tous ont participé à ces épreuves imposées.

L’arrivée au pouvoir de ces anciens opposants ne change rien aux règles. Bien au contraire, le jeu en devient plus passionnant et transpirant grâce à la grande expérience acquise par les nouveaux tenants du pouvoir lorsqu’ils étaient de l’autre côté de la barrière électorale. C’est ce qui explique que les Talon, Deby, Sall, Museveni, etc. ont toujours un coup d’avance sur les Bio Dramane Tidjani, Yaya DilloOusmane Sonko, ou Bobi Wine. D’Abidjan à N’Djamena, scénario immuable.

Seulement voilà, les pouvoirs, quels qu’ils soient, ne font que jouer avec la montre. L’histoire, avec la grande hache, finit toujours par les étêter. L’histoire, avec le grand H, court toujours dans le sens du progrès et du bonheur des peuples. De Douala à Kampala, scénario immuable.

Par  Gauz

Écrivain ivoirien, auteur de « Debout payé » (2014), « Camarade papa » (2018), et « Black Manoo » (2020).

La lettre d’Obama à Trump: éloge de la démocratie

septembre 3, 2017

L’ancien président américain Barack Obama, le 23 avril 2017 à Chicago / © GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives / SCOTT OLSON

C’est une tradition ancienne et élégante: le président américain sortant laisse à son successeur une lettre, qu’il trouve à son arrivée dans le Bureau ovale.

Celle de Barack Obama à Donald Trump, révélée sept mois après son départ, s’articule autour d’un conseil central: au-delà de l’âpreté du combat politique et de la brutalité des luttes de pouvoir, ne jamais perdre de vue l’importance des institutions démocratiques.

Cette missive d’un peu moins de 300 mots du 44e au 45e président de l’histoire des Etats-Unis prend un relief particulier après plusieurs semaines chaotiques pour Donald Trump, critiqué jusque dans son propre camp pour son manque de clarté – et de hauteur – après les violences racistes de Charlottesville.

« Cher monsieur le président »: le courrier, dont CNN a obtenu une copie, commence par des félicitations à l’aube de cette « grande aventure » qu’est la présidence.

« Des millions de personnes ont placé leurs espoirs en vous, et nous tous, au-delà des partis, devons espérer plus de prospérité et de sécurité sous votre présidence ».

Durant la campagne, Barack Obama avait martelé, avec une virulence qu’on ne lui connaissait pas, que le magnat de l’immobilier était à ses yeux un danger pour la démocratie: « Le sort de la république est entre vos mains », avait-il lancé aux électeurs quelques jours avant le scrutin.

Mais au lendemain de l’électrochoc du 8 novembre, alors que la famille démocrate était encore groggy par la défaite surprise d’Hillary Clinton, il avait insisté sur l’importance d’une transition apaisée et constructive avec l’extravagant milliardaire populiste, qu’il avait reçu dans le Bureau ovale pour un tête-à-tête longtemps inimaginable.

Soulignant combien il s’agit d’un poste unique pour lequel il n’existe aucune « recette simple », Barack Obama livre malgré tout dans sa missive quelques conseils ciselés à son successeur.

Insistant sur l’importance du « leadership américain » dans le monde, il met l’accent sur le poids de la parole des Etats-Unis: « Il nous appartient, par nos actes et par l’exemple que nous donnons, de soutenir l’ordre international qui s’est mis en place depuis la fin de la Guerre froide, et dont notre prospérité et notre sécurité dépendent ».

– ‘Bonne chance’ –

Mais Barack Obama s’attarde aussi longuement sur la dimension singulière du rôle de président, au-delà des vicissitudes quotidiennes de la politique.

« Nous ne sommes que des occupants temporaires de ce poste », écrit-il. « Cela fait de nous des gardiens des institutions et des traditions démocratiques telles que l’Etat de droit, la séparation des pouvoirs, la protection des droits civiques pour lesquelles nos ancêtres se sont battus ».

« Quelles que soient les tensions de la politique au jour le jour, il nous appartient de laisser ces instruments de notre démocratie au moins aussi forts que dans l’état dans lesquels nous les avons trouvés », martèle-t-il.

Dernier conseil du 44e au 45e, dans un registre plus personnel: « Dans la bousculade des événements et face au poids des responsabilités, prenez du temps pour les amis et la famille. Ils vont aideront à surmonter les moments difficiles qui sont inévitables »

« Bonne chance », conclut-il, se disant prêt à aider « de quelque manière que ce soit ».

Donald Trump, qui a publiquement souligné qu’il avait été touché par ce courrier, n’a jamais revu Barack Obama depuis sa prise de fonction.

Parmi toutes ces lettres de président à président, celle laissée, le 20 janvier 1993, par le républicain George H.W. Bush à son successeur démocrate Bill Clinton, a marqué les esprits, par sa dignité, sa classe.

« Votre succès est le succès de votre pays », y écrivait à la main le 41e président des Etats-Unis. « Je vous soutiens totalement », ajoutait-il à l’attention de son adversaire qui venait de le priver d’un second mandat.

Evoquant son « sentiment d’émerveillement et de respect » au moment où il était entré dans le prestigieux Bureau ovale quatre ans plus tôt, il ajoutait « Il y aura des moments très durs. Ne laissez pas les critiques vous décourager ».

Romandie.com avec(©AFP / 03 septembre 2017 17h37)

En Gambie, « le début d’une nouvelle ère »

avril 4, 2017

Pour Mohamed Ibn Chambas, représentant du secrétaire général de l’ONU en Afrique de l’Ouest, les élections législatives du 6 avril seront un test pour la coalition au pouvoir.

A Banjul, une statue commémorant le coup d’Etat du 22 juillet 1994, par lequel Yahya Jammeh était arrivé au pouvoir, est recouverte d’un T-shirt sur lequel est inscrit « La Gambie a décidé ». Crédits : SEYLLOU/AFP

L’Afrique de l’Ouest a connu une série d’élections présidentielles et législatives qui s’est déroulée pacifiquement et, surtout, dans le respect des normes démocratiques reconnues par l’Union africaine, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et les Nations unies. Rompant définitivement avec des pratiques antidémocratiques dominées par des alternances de coups d’Etat et de pouvoirs monopolisés sans limite de temps, la région s’est lancée sereinement dans la voie du changement politique qui s’appuie sur le principe d’élections libres garantissant le choix du peuple.

Désormais, plus qu’une tendance, c’est une réalité politique, dictée par une prise de conscience des Africains – citoyens comme leaders – que l’objectif du développement ne peut être atteint que grâce à une nouvelle culture politique dont la bonne gouvernance et le respect des droits sont les points fondamentaux. Il reste, sans aucun doute, du chemin à parcourir. Cependant, personne ne peut nier ni sous-estimer les progrès enregistrés en matière de respect des processus électoraux et d’alternance politique en Afrique de l’Ouest.

Du Nigeria à la Gambie en passant par le Bénin et le Ghana, les leaders africains et les citoyens ont fait preuve d’une grande maturité politique et ont démontré un grand sens des responsabilités, qu’il faut saluer et soutenir. Au-delà de quelques incidents mineurs entre militants des différents candidats, les dix dernières élections en Afrique de l’Ouest se sont déroulées pacifiquement et sans aucune violence.

Maturité politique

L’exemple de la Gambie est significatif. Dans un pays en proie à un pouvoir autocratique depuis plus de deux décennies, la marge de manœuvre permettant un changement politique pacifique était faible.

Qui aurait pensé que l’élection présidentielle pouvait se tenir librement ? Que la commission électorale pouvait être indépendante et se permettre d’annoncer des résultats confirmant l’éviction du pouvoir en place ? Et qui aurait pu prévoir que les Gambiens allaient pacifiquement voter et attendre les premiers résultats, puis la fin de la crise politique provoquée par le refus de Yahya Jammeh de reconnaître le candidat de la coalition de l’opposition, Adama Barrow, comme le troisième président élu de la Gambie ?

Cette maturité politique et ce sens des responsabilités représentent aussi le socle de la diplomatie préventive régionale qui a aidé au départ de Yahya Jammeh et a permis une résolution pacifique de la crise. La médiation conjointe Cedeao-UA-ONU dépêchée à Banjul au lendemain du refus de M. Jammeh de quitter le pouvoir témoigne de la volonté des pays de la région et des organisations régionales de veiller au respect du cadre légal permettant des alternances politiques pacifiques. Elle témoigne aussi de la détermination de ces organisations de s’approprier les problèmes et les solutions dans une démarche préventive. L’objectif majeur est de maintenir la paix et la stabilité de la région.

L’implication personnelle des présidents du Sénégal, du Liberia, du Nigeria, du Ghana, de la Sierra Leone, de la Mauritanie et de la Guinée durant toute la crise illustre la détermination des dirigeants africains à prévenir tout risque susceptible de produire un autre conflit et à maintenir la région dans une dynamique de changement pacifique.

Diplomatie préventive

Le départ de Yahya Jammeh et l’installation au pouvoir d’Adama Barrow sans aucune violence est un succès de la diplomatie préventive régionale. C’est aussi le fruit de l’attitude exemplaire des Gambiens. Mais ce succès de la diplomatie préventive régionale ne peut être entier et efficace que si la Gambie s’engage à poursuivre le processus de changement politique en respectant les principes démocratiques.

La décision du nouveau président, Adama Barrow, de mettre en place une équipe conjointe de transition composée notamment de membres de l’ancienne administration est un signal fort de l’attachement des nouvelles autorités au processus démocratique. Et la communauté internationale, qui s’est mobilisée durant la crise post-électorale pour affirmer la primauté du droit et de la Constitution, doit aujourd’hui apporter le soutien nécessaire à la Gambie pour consolider ce changement politique et accompagner les Gambiens dans leur aspiration au développement.

C’est pour cela que, soucieux de cette nécessité, le Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel a déployé, au lendemain du retour du président Barrow à Banjul, un expert en transition politique pour aider les administrations entrante et sortante à initier une transition sereine dont l’objectif est d’assurer un changement pacifique du pouvoir. Dans les prochains jours, l’équipe conjointe de transition devra rendre son rapport à Adama Barrow, ce qui marquera la fin de la période de transition et lancera le début d’une nouvelle ère, celle de l’alternance politique.

Mais cette dernière ne peut constituer une fin en soi, tant les défis politiques, économiques et sociaux sont multiples et nécessitent un engagement politique fort de la part des nouvelles autorités.

Relance économique

Quelque 60 % des Gambiens sont touchés par la pauvreté et un tiers de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour. Le déficit budgétaire du pays s’est creusé, atteignant les 7 % du PIB en 2016. Dans ce contexte, la priorité du nouveau gouvernement gambien sera sans aucun doute la mise en place de plans de relance économique et le lancement des réformes structurelles. Les élections législatives du 6 avril seront quant à elles un vrai test pour la coalition au pouvoir.

La diplomatie préventive régionale a été cruciale pour sauvegarder la volonté du peuple gambien et renforcer la paix dans une région qui en a besoin. La transition politique pacifique est fondamentale pour consolider les gains de l’alternance politique par des élections libres. Les Nations unies, en coordination avec les organisations régionales, continueront de soutenir la Gambie de cette phase importante de son histoire.

Lemonde.fr par Mohamed Ibn Chambas

Mohamed Ibn Chambas est représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel.

« Au nom du savoir et de la démocratie, enseignons dans les langues africaines ! »

novembre 2, 2016

Fary Ndao rappelle, études scientifiques à l’appui, qu’on apprend mieux en commençant l’école dans sa langue maternelle.

Une écolière sénégalaise dans une école de Dakar. Crédits : SEYLLOU DIALLO/AFP
L’Afrique est le seul continent où les langues maternelles parlées au quotidien ne sont pas enseignées dans le cadre scolaire officiel. [Un sujet central qui a agité plusieurs des Débats que Le Monde Afrique a organisés à Dakar fin octobre sur le thème de l’éducation supérieure.]

La langue dite « maternelle » est définie par l’Unesco comme étant « la ou les langue(s) de l’environnement immédiat et des interactions quotidiennes qui construisent l’enfant durant les quatre premières années de sa vie ». Ainsi, beaucoup d’enfants africains, notamment en Afrique de l’Ouest, ont une langue maternelle africaine de portée nationale (wolof au Sénégal, bambara au Mali, fon au Bénin) et une seconde langue maternelle d’extension régionale parlée dans leur village, leur ville ou leur province.

Les langues internationales compliquent la diffusion du savoir

En délaissant ces langues maternelles au profit exclusif des langues internationales (français, anglais, arabe), les pays africains ne facilitent ni la diffusion du savoir au sein de leurs sociétés, ni l’intégration de leur intelligentsia à la communauté académique mondiale. Il est important de rappeler, pour convaincre les sceptiques, ce chiffre issu du rapport de l’Unesco sur la science : sur les 20 pays effectuant le plus de publications académiques dans le monde, l’on retrouve une majorité de pays (douze) où la langue officielle n’est parlée que dans ledit pays et ses zones frontalières. Ces douze pays sont : la Chine (mandarin), le Japon (japonais), la Corée du Sud (coréen), l’Inde (hindi), la Russie (russe), l’Italie (italien), les Pays-Bas (néerlandais), la Turquie (turc), l’Iran (persan), la Norvège (norvégien) et Israël (hébreu). La langue seule n’explique pas tout et il existe bien entendu plusieurs facteurs qui contribuent au dynamisme de la recherche dans un pays : tradition universitaire, moyens économiques, existence d’un tissu industriel, etc.

Cependant, la vitalité académique de ces pays démontre qu’il n’est pas nécessaire d’avoir une langue parlée sur trois continents pour trouver des solutions originales aux problématiques endogènes ou pour contribuer à l’amélioration du savoir mondial. Les pays asiatiques ont le fait le choix d’une éducation basée sur la langue maternelle. Leur réussite académique et économique montre qu’il existe une différence significative entre la langue d’acquisition du savoir, c’est-à-dire la langue d’enseignement, et la langue de communication qui correspond à une langue de portée internationale utilisée pour partager ce savoir en dehors de ses frontières. Ceux qui en doutent pourront répondre à cette question : qui parle le coréen à part les Coréens ? 

En Afrique, il ne s’agira pas de remplacer le français ou l’anglais par une seule autre langue, fût-elle africaine. Il apparaît plus judicieux de se diriger vers un enseignement multilingue basé sur la langue maternelle comme le recommande l’Unesco et ses nombreuses études de cas pratiques depuis 1953. Cet enseignement pourrait se décliner comme suit : une langue africaine d’extension régionale pour la primo-alphabétisation, rapidement complétée par l’enseignement dans la langue africaine de portée nationale avant l’enseignement des langues internationales. Le triptyque « un territoire, une langue officielle, une nation » est davantage un fantasme qu’une réalité tangible dans les pays africains. Les langues internationales n’y sont bien souvent comprises que par une minorité qui les utilise pour confisquer les débats démocratiques, monopoliser l’information économique et contrôler l’appareil d’Etat. Il faut donc faire la promotion de nations africaines basées sur la reconnaissance de la diversité linguistique et culturelle.

85 % des enfants concernés en école primaire

L’enseignement en langue maternelle permet d’éviter le temps d’acculturation qui oblige l’enfant sénégalais ou malien découvrant l’école primaire à effectuer un sevrage brutal où il abandonne les acquis de sa ou ses langue(s) maternelle(s). Des études de l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA) estiment en effet qu’au moins 85 % des enfants africains débutent leur vie scolaire avec l’obligation d’apprendre dans une langue qu’ils n’ont jamais parlée, ni souvent entendue. Il suffit d’imaginer la situation cocasse où 85 % des petits Français entrant au CP seraient alphabétisés en wolof ou en bambara. C’est pourtant une telle aberration qui se déroule, depuis des décennies, dans beaucoup de pays d’Afrique noire francophone.

Renverser ce paradigme linguistique permettrait aux enfants de ne pas subir cette rupture violente qui va à l’encontre de tous les résultats de recherches en sciences cognitives depuis plus de quarante ans. Ceux-ci montrent en effet qu’un apprentissage est plus efficace si l’apprenant possède déjà des connaissances, même rudimentaires, sur le sujet d’apprentissage. Il est par exemple beaucoup plus facile d’apprendre à programmer dans un nouveau langage informatique, lorsque l’on connaît déjà un autre langage informatique, quel qu’il soit. C’est ce que confirme le docteur Seynabou Diop, spécialiste des sciences cognitives, dans cet article paru en 2012 : « Les connaissances antérieures de l’enfant peuvent être inadéquates, peu structurées, mal structurées ou totalement fausses au départ (…) Les langues nationales, parce qu’elles offrent une pléthore de connaissances antérieures propres aux enfants, permettent de les engager dans un processus de restructuration et de construction active des connaissances. »

Faciliter l’alphabétisation

Ainsi, la primo-alphabétisation doit toujours être effectuée avec l’une des langues maternelles de l’enfant. Un enfant du Fouta, au Sénégal, devrait aborder les premières années de sa vie scolaire en pulaar. Dans d’autres régions ayant des identités linguistiques fortes, des concertations sur le choix de la langue de primo-alphabétisation pourraient être menées par les autorités administratives avec les parents d’élèves, les enseignants appuyés par des spécialistes en sciences cognitives. Un tel processus a été adopté avec succès au Burkina Faso au début des années 2000.

Un enfant apprenant dans sa langue maternelle a statistiquement moins de chances de redoubler à la fin du primaire. Il comprend mieux et peut se faire aider par ses parents, même si ceux-ci ne sont pas alphabétisés, car ils comprennent de fait la langue de primo-alphabétisation qui est celle qu’ils parlent à leur enfant à la maison.

Un enfant alphabétisé dans sa langue maternelle n’a généralement aucune difficulté pour apprendre une nouvelle langue. Plusieurs expériences, menées au Sénégal et en Ethiopie, montrent que les enfants qui sont alphabétisés en wolof ou amharique, obtiennent de meilleurs résultats en français ou en anglais que les élèves qui sont exclusivement alphabétisés dès l’entrée au primaire en français ou en anglais. Nul paradoxe ici : l’apprenant intègre les nouvelles langues en les comparant aux structures grammaticales et syntaxiques qu’il a apprises dans sa langue maternelle.

Enfin, l’enseignement du français et de l’anglais à la fin du primaire ou dès l’entrée au collège, permettra à nos (futurs) chercheurs de continuer à disposer de langues de communication internationales et ainsi rester en contact fécond avec le reste de l’intelligentsia académique mondiale. Ces langues font par ailleurs partie d’un héritage historique et culturel africain qu’il est inutile de nier.

Doper la recherche et consolider la démocratie

Au-delà de la primo-alphabétisation, la possibilité de mener des études supérieures dans une langue maternelle doit également être envisagée. L’étudiant africain ayant appris les bases des mathématiques, de la grammaire puis de la physique dans sa langue maternelle depuis ses premiers pas à l’école, voit se développer chez lui un sentiment naturel de banalisation du savoir scientifique et historique et arrive à ne plus considérer ce savoir comme un sanctuaire de vérité absolue. On s’épargnerait ainsi les scènes de mémorisation par cœur auxquelles l’on assiste dans les allées des grands temples de l’apprentissage machinal que sont les universités africaines.

Couplé à celui, plus tardif, des langues internationales, l’enseignement en langues africaines augmentera mécaniquement la base démographique potentielle de chercheurs, d’ingénieurs, de philosophes, de sociologues, d’écrivains, corps indispensables pour tirer l’Afrique noire de sa léthargie culturelle, et la mettre à l’abri des risques sécuritaires et idéologiques qui pèsent sur elle. Cela permettra également d’améliorer la vie démocratique au sein des pays africains, une urgence lorsque l’on voit la facilité avec laquelle les masses sont manipulées par les lettrés, politiciens ou intellectuels. Enfin, cela pourrait faire reculer l’obscurantisme religieux dans des pays où la masse communique avec ses « guides » dans les langues qu’elle comprend quand, dans le même temps, les lettrés s’enferment dans de nombreux colloques boudés par cette même masse. A l’heure où émergent de plus en plus de mouvements radicaux, la langue maternelle peut constituer un rempart contre le fanatisme, grâce à l’ouverture qu’elle pourra apporter sur d’autres horizons culturels.

Lemonde.fr par Fary Ndao, ingénieur géologue, ancien membre du cercle de réflexion L’Afrique des Idées.

Barack Obama accuse Donald Trump de saper la démocratie américaine

octobre 20, 2016

Le président américain Barack Obama a accusé jeudi Donald Trump de « saper » la démocratie américaine. Le candidat républicain à la Maison-Blanche souffle le chaud et le froid sur son éventuelle acceptation du verdict de la présidentielle américaine de novembre.

« Lorsque vous évoquez des fraudes sans la moindre preuve, lorsque, durant le débat, M. Trump est devenu le premier candidat d’un grand parti dans l’histoire américaine à laisser entendre qu’il n’accepterait pas la défaite (…) c’est grave », a déclaré le président américain lors d’une réunion politique de soutien à Hillary Clinton à Miami.

« Gagner, c’est mieux. Mais quand vous perdez, vous félicitez votre adversaire (…) C’est comme cela que la démocratie fonctionne », a-t-il dit. « Il n’y a aucun moyen de truquer une élection dans un pays aussi grand. Je me demande si Donald Trump s’est déjà rendu dans un bureau de vote ».

Revirement de Trump
La controverse est née d’une réponse de Donald Trump lors du troisième et dernier débat de la campagne présidentielle contre Hillary Clinton, mercredi à Las Vegas. A la question de savoir s’il accepterait le résultat de l’élection présidentielle, quel qu’il soit, il avait répondu: « Je verrai à ce moment-là ».

Jeudi, à Delaware dans l’Ohio, le candidat républicain a corrigé le tir. Il a commencé par dire qu’il accepterait « totalement les résultats de cette grande et historique élection présidentielle si je gagne ».

Puis il a ajouté: « J’accepterai un résultat clair de l’élection, mais je me réserve le droit de contester et de lancer une procédure de justice en cas de résultat douteux ».

Mme Clinton, dont la cote dans les sondages est au plus haut depuis son investiture en juillet, est restée discrète jeudi. L’écart entre les deux candidats se creuse en faveur de l’ancienne secrétaire d’Etat, qui recueille plus de 45% des intentions de voix contre 39% pour Donald Trump et 6,4% pour le libertarien Gary Johnson.

Romandie.com avec(ats / 21.10.2016 00h48)

Docteur Mukwege : « L’alternance est possible en RDC, sans esprit de revanche »

juillet 25, 2016

Le docteur Denis Mukwege, à l’Est de la République démocratique du Congo.

Le docteur Denis Mukwege, à l’Est de la République démocratique du Congo. Crédits : STRINGER / AFP
Médecin engagé, le célèbre gynécologue congolais reste inflexible sur le respect de la Constitution, réclame la tenue de l’élection présidentielle le 27 novembre et plaide pour une « alternance démocratique ». Sauf que l’élection présidentielle n’a jamais été aussi incertaine et que le président Joseph Kabila et son entourage proposent de retarder la tenue du scrutin. C’est le fameux « glissement » dénoncé par l’opposition et par la société civile dont les jeunes de Filimbi (sifflet en swahili) et du mouvement citoyen Lutte pour le changement (Lucha).

Samedi 23 juillet, le gynécologue ayant soigné des milliers de victimes de violences sexuelles dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) a dénoncé le harcèlement policier et judiciaire dont sont victimes ces activistes lors d’une marche organisée à Bukavu (Est du pays). Filimbi l’a d’ailleurs nommé « ambassadeur des citoyens » en lui remettant un flambeau forgé, un sifflet et un carton rouge. Une nouvelle responsabilité pour cet homme sans parti que certains aimeraient voir succéder à Joseph Kabila.

Que représente pour vous cette nouvelle nomination par Filimbi ?

C’est une tâche lourde, avec toutes les difficultés que les jeunes rencontrent aujourd’hui en RDC. Je dois porter leur cause qui est juste. Car cette jeunesse veut se battre, trouver des solutions, s’engager pour le pays. Et je n’ai d’autre choix que m’engager à leurs côtés pour construire l’avenir de cette jeunesse congolaise.

Quel rôle allez-vous jouer concrètement en RDC, voire à l’étranger ?

L’éveil de la conscience, pour moi, est capital. Si la population congolaise peut prendre conscience de tout le potentiel que nous avons en RDC – que ce soit le potentiel humain, les ressources naturelles – elle pourra tout simplement réaliser qu’il n’est pas acceptable que les Congolais vivent dans la situation qu’ils connaissent aujourd’hui.

Qu’allez-vous faire personnellement en tant qu’« ambassadeur des citoyens » ?

La priorité, c’est amener la population à comprendre qu’elle doit réclamer ses droits et que si elle ne les défend pas, il n’y a personne qui va les lui donner en cadeau. C’est mon devoir de contribuer à convaincre la population que la Constitution qu’ils ont votée doit être respectée pour ne pas risquer de sombrer une nouvelle fois dans la violence. L’alternance est possible sans esprit de revanche ou de destruction.

Nous sommes prêts à discuter avec aussi bien l’opposition qu’avec la majorité. J’appelle tout le monde à la responsabilité individuelle. Ce dont on a besoin aujourd’hui, c’est d’un changement du système, et pas seulement du changement d’un individu. Il nous faut une révolution morale, une révolution des mentalités, sans violence.

Est-ce pour vous un virage politique, ce que vous avez toujours refusé jusque-là ?

C’est d’abord une action citoyenne. Ce n’est pas de la politique, c’est participer à la gestion de la nation en fédérant des organisations de la société civile dans l’espoir d’établir une feuille de route qui sera ensuite soumise au pouvoir comme à l’opposition.

Filimbi est une plateforme jugée subversive par Kinshasa. Craignez-vous qu’on vous assimile à Filimbi et qu’on vous considère comme subversif aussi ?

Si recevoir un flambeau des jeunes devient subversif, alors ce mot « subversion » perd aussi sa valeur, ça n’a plus de sens ! Sincèrement, j’ai insisté avec les jeunes : il ne faut jamais être hors-la-loi. Lorsque les jeunes réclament qu’une Constitution soit respectée, qu’est-ce qu’il y a de plus normal ?

Lire aussi : Le réquisitoire du docteur Mukwege contre « la barbarie » dans l’est du Congo-Kinshasa

Comment allez-vous concilier votre engagement en faveur des femmes et votre nouvelle fonction d’« ambassadeur des citoyens » ?

S’il n’y a pas la paix, les femmes ne seront pas non plus en paix. Pour moi, les deux sont liés. Les jeunes ne veulent plus voir le sang de leurs parents ou de leurs frères couler une nouvelle fois inutilement. Pour moi faire un plaidoyer pour la paix, c’est continuer à faire ce que j’ai toujours fait.

Vous êtes célèbre à l’étranger mais encore relativement peu connu en RDC.

C’est ça qui fait la force du prix que les jeunes de Filimbi m’ont octroyé. C’est un prix qui veut tout simplement dire : « Nous vous connaissons en RDC ! » C’était très émouvant de recevoir un prix au Congo et pas à l’étranger. Je suis fier de voir que ce prix vient du Congo et que ce sont les jeunes qui me l’ont donné : ça donne de l’espoir. Je crois que les jeunes sont en train de prendre les choses en main pour le bien-être de tous.

Lire aussi : Moïse Katumbi : « Si Joseph Kabila ne veut pas partir, le peuple congolais sortira »

Est-ce que le dialogue que propose le président Joseph Kabila pour des élections crédibles et apaisées vous semble être une bonne initiative ?

Ce n’est pas un dialogue d’une semaine qui va permettre que ces élections soient organisées. Ouvrons les yeux et arrêtons d’être naïfs ! S’il y a des gens qui veulent aller au dialogue, qu’ils aillent au dialogue, mais il y a les délais constitutionnels qu’il faut respecter. Et il faut que cette élection se tienne. Je veux croire que si la communauté internationale continue à insister sur l’organisation des élections dans les délais constitutionnels, c’est que c’est possible. Il faut le vouloir.

Lire aussi : Ces Congolais qui rêvent de voir « l’homme qui répare les femmes » devenir président

Certains souhaitent une transition et citent votre nom pour la diriger.

Commencer à ouvrir des brèches de la transition, c’est en fait favoriser tout simplement le désordre. Aujourd’hui, il y a lieu de prévenir ce désordre simplement en organisant les élections.

Quel bilan faites-vous de l’ère Joseph Kabila ?

Quand il est arrivé au pouvoir [en 2001], il est vrai que le pays était complètement déchiré et il y avait une balkanisation de fait. Il a réunifié le pays, il faut reconnaître quand même que c’est très positif. Mais dix ans après, ce qui se passe à l’Est montre bien qu’il y a des limites qui ont été atteintes. Il n’a pas pu mettre fin aux groupes armés. Et ce qu’il n’a pas réussi à faire depuis 2001, il ne pourra le faire durant ces quelques mois de prolongation qu’il veut imposer au pays.

Lire aussi : #JesuisBeni : les Congolais mobilisés pour en finir avec les massacres au Kivu

Des opposants, des militants, notamment de Lucha et Filimbi, ont été emprisonnés après avoir demandé le respect de la Constitution. Et Moïse Katumbi, candidat à la présidentielle, dit être la cible de procès politiques. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

C’est dramatique d’arrêter quelqu’un juste parce qu’il a défendu une opinion. Il faut vraiment que cela cesse. On ne peut pas exercer la démocratie si on n’a pas le droit de s’exprimer librement. Dans notre Constitution, c’est très clair. Si des citoyens sont arrêtés parce qu’ils ont donné leur opinion, je trouve que ce n’est pas du tout normal et il faut pouvoir le dénoncer avec force. Nul n’est au-dessus de la loi, mais il faut que cette loi puisse s’appliquer à tous de façon équitable. Il ne faut pas commencer par arrêter les gens et puis donner une grâce présidentielle. Il faut tout simplement ne pas arrêter les innocents.

Une maladie africaine

avril 9, 2016

 

Nous avons cru que la majorité des pays africains étaient en route pour la démocratie et que, dans cette voie, ils cheminaient d’un bon pas et enregistraient des progrès réels. Il nous faut déchanter.

Dans la plupart des pays de l’Union africaine (UA) – ils sont plus de cinquante ! -, on a renoncé au coup d’État pour accéder au pouvoir.

Et l’on a opté pour les urnes.

Il ne se passe pas de mois sans qu’un pays ou l’autre organise chez lui des élections législatives ou présidentielle.

Il arrive même, comme en ce mois de mars, qu’il y ait simultanément plusieurs scrutins. Tout se passe comme si l’Afrique tout entière avait adhéré à cette formule magique : le pouvoir par les urnes.

Mais les élections africaines sont-elles transparentes et pluralistes ? Sont-elles propres et honnêtes ? Leurs résultats désignent-ils ceux que les électeurs ont voulus et rejettent-ils ceux qu’ils ont écartés ?

De moins en moins, parce que dans la majorité des pays, ces élections sont marquées par des irrégularités, et qu’au lieu de s’atténuer au fil des années le phénomène s’aggrave, tend à devenir la règle.

On s’adonne à la triche et au truquage à tous les stades : lors de l’établissement des listes, au moment du vote, et après, lors du dépouillement : l’emporte celui qui triche mieux que son ou ses concurrents.

S’il n’est pas porté remède à cette dégradation, l’Afrique et les Africains seront la risée du monde, et l’on en viendra à parler « d’élections à l’africaine ».

Des élections honnêtes et régulières ne suffisent pas à garantir qu’un régime soit démocratique. Mais elles sont le fondement de la démocratie et si ce fondement n’est pas là, s’il n’est pas solide, aucune construction démocratique n’est possible.

Deux catégories de politiciens sont responsables de cette maladie africaine :

1) Tout d’abord, et principalement, ceux qui sont déjà au pouvoir et s’y accrochent. Ils y tiennent plus qu’à la prunelle de leurs yeux et ne se voient pas sans ce pouvoir devenu pour eux une seconde nature.

Leurs proches et leurs entourages leur ont fait croire que, sans eux, le pays sombrerait dans le chaos.

Une éventuelle alternance est leur hantise : il convient donc de la conjurer, coûte que coûte.

2) Viennent ensuite ceux qui aspirent à les remplacer et s’en croient capables. Pour avoir une chance d’y parvenir, ils s’adonnent, eux aussi et tout autant, aux délices et au poison du truquage des élections.

Ils se font ainsi les complices de ceux à qui l’exercice du pouvoir donne infiniment plus de moyens dont ils usent et abusent.

Les uns et les autres ne pourraient pas continuer à polluer la politique de cette manière si l’opinion africaine tolérait moins de tels agissements ou, mieux, les rejetait et disqualifiait leurs auteurs.

Cette mansuétude à l’endroit des tricheurs les encourage à persévérer.

Fort heureusement pour la réputation de notre continent et pour l’avenir à long terme de la démocratie en Afrique, quelques pays, trop rares à mon goût, ont des dirigeants politiques qui respectent la Constitution, remettent leur mandat en jeu sans craindre l’alternance.

On reconnaît ces pays d’exception à des critères simples : les élections s’y tiennent à la date prévue, le gagnant n’abuse pas de sa victoire, le perdant admet sa défaite et les observateurs, nationaux ou étrangers, valident le scrutin.

Si l’on met de côté le Maroc, qui est une monarchie et, malheureusement, ne fait pas partie de l’UA*, on trouve dans ce palmarès les pays suivants : Afrique du Sud, Bénin, Botswana, Burkina Faso (depuis 2015), Cap-Vert, Centrafrique (depuis 2016), Côte d’Ivoire (depuis octobre 2015), Ghana, Guinée-Bissau, Mali, Maurice, Namibie, Nigeria, São Tomé, Sénégal, Tunisie, Zambie.

Une quinzaine de pays, grands, moyens ou petits et qui rassemblent moins de la moitié de la population du continent.

* Le Maroc a quitté l’OUA de l’époque, en novembre 1984, il y a trente et un ans !

Jeuneafrique.com par Béchir Ben Yahmed

Richard Stallman: « Il faut éliminer Facebook pour protéger la vie privée ! »

mars 16, 2016

Richard Stallman, inventeur de la licence GNU, à l'origine de Linux, prône l'éradication de Facebook pour que les citoyens regagnent leur liberté.

Richard Stallman, inventeur de la licence GNU, à l’origine de Linux, prône l’éradication de Facebook pour que les citoyens regagnent leur liberté.Reuters

Le père des logiciels libres accuse le réseau social de Mark Zuckerberg de tuer la démocratie. Il propose purement et simplement son éradication.

Facebook nuit à la bonne santé de la démocratie. C’est ce que pense Richard Stallman, fondateur du mouvement du logiciel libre. « Il faut éliminer Facebook pour protéger la vie privée ! », a-t-il lancé en marge d’une conférence au quotidien montréalais Le Devoir. Le célèbre programmeur américain, inventeur du système d’exploitation GNU, à l’origine de Linux, milite de longue date pour une informatique libre et ouverte. Car « sans cette vie privée, sans la possibilité de communiquer et d’échanger sans être surveillé, la démocratie ne peut plus perdurer ». Facebook érige un monde où les communications sont surveillées. Ces échanges surveillés induisent une perte de pouvoir pour le citoyen: le pouvoir de signaler les abus, le pouvoir de contrôler ce que fait l’Etat.

« Le logiciel privateur surveille ses utilisateurs »

Concernant Facebook, Richard Stallman ne mâche pas ses mots. « C’est un service parfaitement calculé pour extraire et pour amasser beaucoup de données sur la vie des gens. C’est un espace de contraintes qui profile et fiche les individus, qui entrave leur liberté, qui induit forcément une perte de contrôle sur les aspects de la vie quotidienne que l’on exprime à cet endroit ». A terme, les conséquences sociales et politiques d’un tel pouvoir pour une entreprise ne peuvent être que délétères. Richard Stallman met également en garde les gouvernements face au pouvoir de ces entreprises. « Le logiciel privateur surveille ses utilisateurs, décide de ce qu’il est possible de faire avec ou pas, contient des portes dérobées universelles qui permettent des changements à distance par le propriétaire, impose de la censure. Lorsqu’on l’utilise, on se place forcément sous l’emprise de la compagnie qui le vend ».

« Les gouvernements ont un rôle important à jouer »

Le logiciel libre, dont il a lancé le mouvement du même nom en 1983, c’est le cheval de bataille de ce programmeur militant. Une philosophie que Richard Stallman oppose à celle de sociétés informatiques, Microsoft et Apple en tête. Lors des conférences, c’est ce même message qu’il porte, appelant les gouvernements à réagir : « les gouvernements ont un rôle important à jouer pour combattre ces injustices en s’échappant des cadres privateurs dans lesquels ils se sont placés ». L’école est aussi appelée à utiliser les logiciels libres: « c’est la seule façon de regagner collectivement la liberté perdue et de reprendre le contrôle sur des activités qui nous ont d’ores et déjà échappé ».

Lexpress.fr

Halte à la démocratie du sang !

novembre 5, 2015

Honte à la démocratie du sang

Qui tue ses citoyens innocents

Avec les armes du même peuple

Revendiquant l’alternance présidentielle

Au Ghana, au Sénégal et en Namibie

Au Benin, en Tanzanie et en Zambie

Les mandats présidentiels sont respectés

Mais chez nous, ils sont malgré tout piétinés

Par la volonté de fer d’un timonier altier

Écrasant violemment la contestation sans pitié

D’une opposition réclamant la bonne gouvernance

Devant un peuple soumis et voué à l’indigence

Assistant impuissant les nouveaux riches

Qui se remplissent à tour de bras leurs poches

Affamant au plaisir et à loisir le souverain primaire

En lui jetant de maigres miettes de gains secondaires

Bernard NKOUNKOU

A nos martyrs de Pointe-Noire

novembre 4, 2015

Ô martyrs de Mpaka et de Loussala

De Saint Jean-Bosco et de Bissongo

De 7/7 de Dany, Tchiniambi et de Tchimagni

Votre sang versé pour la démocratie

Devant le vaste champ de l’incurie

Est un grand sacrifice de la liberté

Un riche trésor sans prix pour la vérité

Qui ne doit pas tomber dans l’oubli

Chaque jour et chaque année dans le pays

Car vous êtes assassinés les mains nues

Versant dans la ville océane votre sang dans les rues

Les membres morcelés, la tête éclatée

La peau déchiquetée, votre être ensanglanté

Dans une démocratie escroquée et confisquée

Par des promesses en contreplaquées

Assemblées dans des discours démagogiques

Pour votre vie ôtée dans la république.

Bernard NKOUNKOU