Posts Tagged ‘Denis Mukwege’

Mukwege a appris qu’il était prix Nobel au bloc opératoire

octobre 5, 2018

Bukavu (RD Congo) – Le gynécologue congolais Denis Mukwege a appris vendredi qu’il était co-lauréat du prix Nobel de la paix 2018 dans la salle d’opération de sa clinique de Panzi où la nouvelle a été accueillie avec fierté comme dans le reste de la République démocratique du Congo.

« J’étais en train d’opérer quand soudain (les gens) ont commencé à hurler », a témoigné le médecin sur le site Nobel officiel. « Je peux voir dans le visage de nombreuses femmes à quel point elles sont heureuses d’être reconnues. C’était vraiment touchant ».

Denis Mukwege devait s’adresser à la presse plus tard dans la journée à Bukavu (est) où les journalistes ont commencé à affluer.

Ce premier prix Nobel jamais décerné à un Congolais a suscité une onde de joie et de fierté nationale dans le plus grand pays d’Afrique sub-saharienne aux potentiels immenses minés par différentes crises.

« Là je peux le dire: je suis fier d’être Congolais », a réagi sur Twitter Félix Tshisekedi, possible candidat unique de l’opposition à l’élection présidentielle prévue le 23 décembre.

« Cette distinction est un honneur pour la RDC et pour l’Afrique entière », a ajouté à l’AFP un autre candidat Vital Kamerhe, originaire de Bukavu lui aussi.

Par la voix de son porte-parole Lambert Mende, le gouvernement congolais a également félicité le Dr. Mugwege, malgré ses prises de position radicale contre le président Joseph Kabila.

« Ce n’est pas sur ce chapitre là qu’on lui a donné le prix Nobel, mais sur l’aide qu’il apporte à nos pauvres femmes martyrisées », a déclaré M. Mende à l’AFP.

« L’Afrique a besoin de voix de cette envergure face au désastre causé par les dictatures du Bassin du Congo et à leur obstination à prendre le continent en otage. BRAVO ! » a réagi sur Twitter l’écrivain Alain Mabanckou, originaire du Congo-Brazzaville voisin.

Romandie.com avec(©AFP / 05 octobre 2018 12h34)                                                        

Mukwege dédie son Nobel aux femmes « meurtries par les conflits et la violence de tous les jours »

octobre 5, 2018

Bukavu (RD Congo) – Le gynécologue congolais Denis Mukwege, co-lauréat du prix Nobel de la paix, a dédié vendredi sa récompense « aux femmes de tous les pays meurtries par les conflits et confrontées à la violence de tous les jours ».

« Ce prix Nobel traduit la reconnaissance de la souffrance et le défaut d’une réparation juste en faveur des femmes victimes de viols et de violences sexuelles dans tous les pays du monde et sur tous les continents », a-t-il déclaré dans une courte déclaration devant la presse dans sa clinique de Panzi à Bukavu, dans l’est de la République démocratique du Congo.

« C’est un pas important vers cette réparation tant attendue que nous devons tous à ces femmes qui ont tant souffert », a-t-il poursuivi, espérant que ce prix pourra aider les victimes en zones de conflit.

Le co-lauréat s’est déclaré « honoré » de partager son prix avec la Yazidie Nadia Murad « avec qui je partage ce combat ».

« Pendant près de 20 ans j’ai été témoin des crimes de guerre commis contre les femmes, des jeunes filles, des fillettes, des bébés », a rappelé le docteur Mugwege qui affirme avoir opéré quelque 50.000 femmes victimes des violences sexuelles au cours des conflits du Kivu dans l’est de la RDC.

« Je voudrais vous dire qu’à travers ce prix, le monde vous écoute et refuse l’indifférence. Le monde refuse de rester les bras croisés face à votre souffrance », a-t-il lancé à l’intention des femmes victimes.

Romandie.com avec(©AFP / 05 octobre 2018 14h44)                                                        

RDC: Ces Congolais qui rêvent d’un président nommé Denis Mukwege

avril 27, 2016

Le gynécologue congolais en 2014, lorsqu'il a reçu le prix Sakharov au Parlement européen à Strasbourg

Le gynécologue congolais en 2014, lorsqu’il a reçu le prix Sakharov au Parlement européen à Strasbourg Crédits : © Vincent Kessler / Reuters
La scène remonte au 25 octobre 2012. Quatre hommes lourdement armés foncent sur le docteur Denis Mukwege dans le Sud-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Le gynécologue congolais réchappe à cette tentative d’assassinat mais voit mourir son ami et garde du corps Joseph. Tirant les leçons de ce raid planifié, il s’exile en Belgique avec sa famille. Au pays, ses patientes, victimes de viols de guerre, désespèrent.

Pensant qu’il ne peut rentrer, faute de moyens, elles s’organisent. Vente d’habits, de fruits et de légumes, elles récoltent rapidement le prix d’un billet retour Bruxelles-Kinshasa. Ne pouvant rester insensible à l’appel de ces milliers de femmes, le docteur retourne à l’hôpital de Panzi en janvier 2013.

Une histoire qui en dit long sur l’importance et la popularité du « docteur miracle » en RDC, pays rongé par la guerre civile et la corruption depuis 1996. Une situation et un pouvoir en place qu’il ne cesse de dénoncer sur la scène internationale, notamment lors de la remise du Prix Sakharov au Parlement européen en 2014 :

« La région où je vis est l’une des plus riches de la planète ; pourtant l’écrasante majorité de ses habitants vivent dans une extrême pauvreté liée à l’insécurité et à la mauvaise gouvernance. Le corps des femmes est devenu un véritable champ de bataille, et le viol est utilisé comme une arme de guerre. [Les institutions] ne sont pas encore en mesure ni de protéger la population, ni de satisfaire à ses besoins de base ».

Si bien qu’aujourd’hui, certains voient en Denis Mukwege un sauveur, un homme providentiel. Des associations et des comités de soutien se sont même créés en RDC, en France et en Belgique pour l’encourager à briguer un mandat présidentiel lors des élections prévues en novembre prochain. Des partisans qui ne se laissent pas refroidir par les démentis du docteur : « Je ne souhaite pas devenir candidat, je suis un simple citoyen qui donne son avis sur la vie politique de son pays. Tout Congolais peut s’engager dans une action réformatrice de son pays », ne cesse-t-il de répéter. Sans pour autant ménager ses critiques contre le pouvoir du chef de l’Etat, Joseph Kabila.

« Le nouveau Mandela »

Le gynécologue est devenu, ces dernières années, un symbole d’espoir et de paix en RDC. En 1999, durant la seconde guerre du Congo, il fonde l’hôpital Panzi à Bukavu, dans le but de soigner gratuitement les femmes victimes de viols et d’excisions. A ce jour, son équipe aurait déjà opéré plus de 46 000 femmes agressées par des rebelles congolais et rwandais.

Au-delà des soins qu’il prodigue, c’est son discours de paix qui inspire. « C’est le seul Congolais aujourd’hui capable de rassembler. Il a une parole forte et indépendante qui fait du bien », estime Thierry Michel, réalisateur du documentaire « L’homme qui répare les femmes – la colère d’Hippocrate » dédié à l’action du docteur. « Ce qu’il fait est exceptionnel et l’homme l’est tout autant. C’est un modèle d’intégrité et de probité. Malgré toutes ces récompenses, il reste à l’écoute et dit toujours juste. Il est un véritable symbole. C’est le nouveau Mandela », n’hésite pas à affirmer Hervé Kiteba, porte-parole du CEFOCK, le Collectif des Elus Français Originaires du Congo-Kinshasa.

D’autres de ses partisans estiment que le Dr Mukwege pourrait ne pas avoir besoin d’être candidat pour se retrouver président. Selon la Constitution congolaise, il n’y aura plus de président légitime à partir du 20 décembre 2016. Le pouvoir tente de faire « glisser » le calendrier en 2017 alors que l’opposition et les organisations internationales insistent pour le respect de la date initiale. L’idée a ainsi surgi du Dr Mukwege comme « président de transition », nommé par les Nations unies, le temps de mettre en place des élections dans de bonnes conditions. Pour l’instant, rien n’est prêt, ni les listes électorales, ni les cartes d’électeurs.

La candidate démocrate américaine Hillary Clinton remet en février 2014 le prix de sa fondation à Denis Mukwege à l'université Georgetown de Washington.

La candidate démocrate américaine Hillary Clinton remet en février 2014 le prix de sa fondation à Denis Mukwege à l’université Georgetown de Washington. Crédits : Mike Theiler / Reuters

Le recours à une « présidence de transition » aurait notamment les faveurs des soutiens américains du Dr Mukwege, au premier rang desquels se trouve Jill Biden, l’épouse du vice-président des Etats-Unis, qui a visité l’hôpital de Panzi en juillet 2014 et ne tarit pas d’éloges sur le gynécologue. C’est d’ailleurs elle qui signe cette année son portrait dans Time 100, le numéro de l’hebdomadaire américain qui recense les cent personnalités les plus influentes de la planète. Denis Mukwege est en effet très présent sur la scène internationale, aux Nationa unies mais aussi au parlement européen, à la Maison Blanche, au Metropolitan Museum of Arts, ou encore à l’université de Harvard.

« En novembre prochain, toutes nos institutions seront illégales » Denis Mukwege

Pour l’instant, les puissances occidentales mettent en avant la résolution 2277 du Conseil de sécurité, laquelle exige la tenue des élections et la tenue d’un « dialogue » dans le pays, lequel est au point mort entre le pouvoir et l’opposition.

« Le dialogue ? Je suis contre le dialogue, car on ne peut pas se moquer de la volonté du peuple… a déclaré Denis Mukwege lors d’un débat à Bukavu fin janvier autour du film qui lui est dédié. En Occident, lorsque l’on dialogue, cela dure quinze jours et les décisions sont respectées. Ici, les palabres peuvent durer dix ans, sans résultat… Et ce n’est que lorsque le président arrive en fin de mandat que tout à coup il est question de dialogue avec la classe politique. Les élections locales n’ont pas eu lieu, les provinciales non plus : nous sommes déjà en pleine illégalité… ». Et de poursuivre : « En novembre prochain, toutes nos institutions seront illégales ».

Franche hostilité

Des propos qui dérangent le sommet de l’Etat, dont la réponse fut cinglante. « [Ce] discours politique du Dr Mukwege […] n’a pas eu pour point focal les femmes violées du Kivu au nom desquelles il court le monde et se constitue un joli pactole sur lequel il refuse de rendre compte à quiconque, même pas au fisc de son pays », a déclaré le 24 mars Lambert Mende, ministre de l’information.

Président ou pas, Denis Mukwege pourrait néanmoins jouer un rôle. Du côté du pouvoir actuel, qui a d’abord tenté d’interdire le film de Thierry Michel à son sujet, le gynécologue est considéré avec une franche hostilité. Davantage d’ouverture se manifeste dans les rangs de l’opposition, dont certains membres éminents sont récemment allés lui rendre visite à Bukavu, une initiative encouragée par la France. S’agit-il d’un projet politique concret ou seulement d’une tentative de profiter de sa popularité ? Pour l’instant, l’intéressé ne souhaite pas répondre à cette question.

Lemonde.fr par Youenn Gourlay

RDC : le film de Thierry Michel sur Denis Mukwege interdit de projection à Kinshasa

septembre 2, 2015
Affiche du film "L'Homme qui répare les femmes". © DR

Affiche du film « L’Homme qui répare les femmes ». © DR

Le film de Thierry Michel et Colette Braeckman, « L’Homme qui répare les femmes », ne sera pas projeté à Kinshasa. Le ministre de la Communication a refusé l’autorisation car l’oeuvre contiendrait, selon lui, des attaques « injustifiées » envers l’armée.

Le long-métrage de Thierry Michel et Colette Braeckman sur le chirurgien Denis Mukwege, « L’Homme qui répare les femmes », a été interdit de projection dans la capitale congolaise. Le film, qui met en lumière le drame des viols dans l’est du pays, devait initialement être présenté à l’Institut français, mardi 8 et mercredi 9 septembre, mais le ministre de la Communication, Lambert Mende a refusé l’autorisation de projection.

Le ministre, joint par Jeune Afrique, estime que certains passages étaient « inacceptables » à l’encontre de l’armée congolaise. « Nous connaissons des soldats qui sont morts dans les combats, nous ne pouvons pas accepter qu’ils soient accusés de viols », explique-t-il.

« Je ne fais aucune accusation », répond Thierry Michel, contacté par Jeune Afrique. « Ce sont des rapports de l’ONU qui parlent pas viols et ce sont des témoins que nous faisons parler dans le film », explique-t-il. « Lambert ne peut quand même pas nier qu’il y a des procès, dont nous diffusons d’ailleurs des images, qui sont en cours en RDC », déplore encore le réalisateur. Et de conclure : « Ce film a connu un gros succès à l’international et va être projeté à Washington, New York ou Paris, mais les Congolais, dont certains ont participé au tournage, ne pourront pas le voir. C’est pitoyable. »

« Il gêne tout le monde »

Ce n’est pas le premier film de Thierry Michel à être interdit en RDC. « L’Affaire Chebeya, un crime d’État ? » avait déjà valu à son réalisateur une arrestation, une expulsion, une interdiction du film et un procès en Belgique en 2012. Toutefois, Thierry Michel louait encore il y a peu la liberté avec laquelle il avait pu travailler, en collaboration avec Colette Braeckman, sur son dernier long-métrage.

Le docteur Mukwege, reconnu internationalement, n’en est également pas à ses premiers déboires avec les autorités congolaises, notamment en ce qui concerne la gestion de sa clinique de Panzi, à Bukavu. Le gynécologue congolais, qui dénonce sans relâche depuis 20 ans les viols et les mutilations dont sont victimes les femmes à l’est de la RDC, est devenu au fil des années de plus en plus engagé et de plus en plus critique à l’égard du pouvoir en place. Au point que certains commencent à se méfier de prétendues ambitions politiques.

« Il gêne tout le monde. Il gêne tous les groupes rebelles de quelque obédience qu’ils soient. Il gêne même les autorités de son pays », disait de lui Thierry Michel sur les ondes de la RTBF en mars 2015. Et de conclure : « Je crois qu’elles trouvent qu’il ne donne pas une bonne image du pays. Mais il donne une image réelle ».

Jeuneafrique.com par Mathieu Olivier

RDC : le discours de Denis Mukwege, prix Sakharov 2014, devant le Parlement européen

novembre 26, 2014

Le chirurgien congolais, Denis Mukwege, a reçu le prix Sakharov 2014.
Le chirurgien congolais, Denis Mukwege, a reçu le prix Sakharov 2014. © AFP

On le connaît comme le « juste qui répare les femmes ». Mercredi, le docteur Denis Mukwege a reçu le prix Sakharov du Parlement européen, qu’il a dédié au « peuple congolais ». Le chirurgien est honoré pour son action près de Bukavu, en RDC, où il a soigné plus de 40 000 victimes de viols depuis 1996.

C’est une récompense de plus dans le combat d’une vie, celle du docteur Denis Mukwege, qui dirige depuis 1996 la clinique de Panzi, près de Bukavu, en RDC. Le chirurgien gynécologue congolais a reçu mercredi le prix Sakharov du Parlement européen, à Strasbourg, en l’honneur de son combat dans le Nord-Kivu, où il a soigné, depuis l’ouverture de son centre de soins, plus de 40 000 femmes et petites filles victimes de violences sexuelles dans la région.

Le corps des femmes est devenu un véritable champ de bataille.

Une récompense qu’il reçoit « avec humilité », a-t-il déclaré, en rappelant que le Kivu payait les conséquences d’une guerre « bassement économique ». « La région où je vis est l’une des plus riches de la planète (…) [où] le corps des femmes est devenu un véritable champ de bataille, et le viol est utilisé comme une arme de guerre », a ainsi dénoncé le chirurgien dans son discours, que Jeune Afrique retranscrit ci-dessous en intégralité.

« Mon père priera et moi je soignerai »

C’est de son père, pasteur, que Denis Mukwege, né à Bukavu en 1955, a hérité sa vocation d’aider son prochain. « Je l’admirais. Quand il partait à la rencontre des malades, quand il prêchait en tant que pasteur, je l’accompagnais car j’aimais le voir en action », explique le chirurgien dans Panzi, livre sorti en juin 2014.

Il y raconte notamment ce jour lors duquel son père fut appelé au chevet d’un bébé mourant. Impuissant, le pasteur ne pût qu’offrir ses prières à la famille et à l’enfant tandis que son fils pensait : « Il faut que je sois médecin, ainsi mon père priera et moi je soignerai ». Sa vocation était née. Denis Mukwege avait alors huit ans.

C’est de son père, pasteur, que Denis Mukwege, né à Bukavu en 1955, a hérité sa vocation.

Après des études de médecine au Burundi, à Bujumbura, à partir de 1978, un premier poste à l’hôpital de Lemera, en RDC, il débarque en France, à Angers, pour se spécialiser en gynécologie. Il y apprendra une technique révolutionnaire à l’époque, la laparoscopie, modèle de chirurgie peu invasive qui se révélera précieuse, avec l’aide du spécialiste belge Guy-Bernard Cadière, dans le traitement des lésions chez ses patientes de Panzi.

Il quitte Angers pour la RDC en 1989. Suivent des années de guerre, les conséquences du génocide au Rwanda, les conséquences au Kivu puis la fondation de sa clinique, avec l’aide d’associations suédoise et britanniques et de l’Union européenne. Quelques habitations en pisé d’abord, avant des locaux en dur. Puis la première victime de viol, en 1999. « Cette femme avait été violé à 500 mètres de l’hôpital », se souvient-il : « À l’époque, j’ignorais que ce serait le début d’une série de plus de 40 000 victimes. »

« Notre pays est malade mais, ensemble, (…) nous allons le soigner »

Ce 26 novembre, au Parlement européen, c’est le représentant de l' »un des principaux défis du siècle à venir : réduire les violences envers les femmes », qui est honoré par le prix Sakharov. Le témoin d’un Kivu où l’atrocité – il parle dans son discours, par exemple, d’une enfant violée de 18 mois, entre la vie et la mort -, côtoie l' »horreur économique qui nous conduit à la veulerie, au nihilisme sans conscience et finalement à la barbarie ».

Vous avez décidé d’accroître la visibilité du combat mené par les femmes congolaises depuis plus de 15 ans.

« C’est avec beaucoup d’humilité et un grand espoir que je reçois aujourd’hui le prestigieux Prix Sakharov pour la liberté de l’esprit », a déclaré Denis Mukwege à la tribune du Parlement européen mercredi. « Par ce prix, vous avez décidé d’accroître la visibilité du combat mené par les femmes congolaises depuis plus de 15 ans et de reconnaître leur souffrance mais aussi leur dignité et le courage qu’elles incarnent », explique-t-il encore.

« Chaque femme violée, je l’identifie à ma femme ; chaque mère violée à ma mère et chaque enfant violé à mes enfants. Comment me taire quand nous savons que ces crimes contre l’humanité sont planifiés avec un mobile bassement économique ? », s’interroge Denis Mukwege.

Unissons-nous et marchons avec l’Europe, afin qu’une fois pour toutes, la paix et la justice soient restaurées au Congo.

« Quel est cet être humain doué de conscience qui se tairait quand on lui emmène un bébé de six mois dont le vagin a été détruit soit par la pénétration brutale, soit par des objets contondants, soit par des produits chimiques ? », at-il dit devant les députés européens, en réclamant un règlement européen au sujet de l’approvisionnement en minerais.

S’adressant au « peuple congolais », Denis Mukwege explique enfin que le prix qu’il a reçu est « le symbole de la liberté de pensée », « un droit qui nous a été retiré, (…) auquel, suite à la terreur et l’oppression, nous semblons parfois avoir renoncé ».

Et de conclure : « Aujourd’hui, tout haut, et devant le monde entier, l’Europe nous exprime sa solidarité. Elle veut marcher avec nous dans notre quête pour la restauration d’une vie congolaise digne. Unissons-nous et marchons avec elle, afin qu’une fois pour toutes, la paix et la justice soient restaurées au Congo et que nous puissions aspirer à un futur meilleur. Notre pays est malade mais, ensemble, avec nos amis de par le monde, nous pouvons et nous allons le soigner. »
Jeuneafrique.com Par Mathieu Olivier

RDC : le docteur Mukwege lauréat du prix Sakharov du Parlement européen

octobre 21, 2014

Le docteur Denis Mukwege, en mars 2013 à Kinshasa, en République démocratique du Congo.
Le docteur Denis Mukwege, en mars 2013 à Kinshasa, en République démocratique du Congo. © Junior D. Kannah/AFP

Le docteur congolais Denis Mukwege s’est vu décerner mardi le Prix Sakharov 2014 pour son travail auprès des femmes victimes de violences sexuelles dans les conflits armés de l’est de la RDC.

Denis Mukwege a reçu, mardi 21 octobre, le « Prix Sakharov pour la liberté de penser », une distinction européenne qui récompense les actions en faveur des droits de l’homme. Il a été distingué pour son travail auprès des femmes victimes de viols et de violences sexuelles dans le contexte des conflits armés à l’est de la RDC.

Le président du Parlement, Martin Shulz, a précisé que les présidents des groupes politiques s’étaient prononcés à l’unanimité à Strasbourg en faveur du docteur congolais.

Jeuneafrique.com avec AFP