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Centrafrique : pourquoi une partie de l’opinion veut voir l’armée rwandaise quitter le pays

août 12, 2022

Des opposants à Faustin-Archange Touadéra et des organisations de la société civile ont prévu d’organiser des manifestations. Ils estiment que les hommes envoyés par Paul Kagame contribuent à pousser le président dans sa volonté de conserver le pouvoir.

Des casques bleus rwandais de la Minusca et des soldats rwandais sécurisent les lieux lors de l’élection présidentielle à Bangui, en République centrafricaine, le 27 décembre 2020. © Nacer Talel / Manadolu Agency via AFP.

Des voix émanant d’une partie de l’opposition et de la société civile centrafricaine s’élèvent depuis quelques jours afin de protester contre la présence rwandaise en Centrafrique. Certaines organisations prévoient même de manifester, notamment devant l’ambassade du Rwanda à Paris, dans le but de faire entendre cette revendication et de réclamer le départ des troupes de Paul Kagame du territoire centrafricain.

En tête de ce mouvement figurent des opposants tel que Crépin Mboli-Goumba et l’ancienne ministre de l’Éducation Gisèle Bedan. Le Groupe d’action des organisations de la société civile pour la défense de la Constitution du 30 mars 2016 (G16), dont le dirigeant est installé en France, donne aussi de la voix.

Pourquoi cette opposition ? Les manifestants estiment que le Rwanda apporte, via son aide militaire, un soutien de taille au président Faustin-Archange Touadéra dans sa quête actuelle de modifier la Constitution et, ce faisant, d’obtenir un troisième mandat, aujourd’hui interdit par les textes. Depuis la fin de 2019 et la visite officielle du président rwandais Paul Kagame en Centrafrique, les relations entre Bangui et Kigali n’ont en effet jamais cessé de s’améliorer.

Forces spéciales

Des émissaires du président Touadéra font régulièrement le voyage de Kigali, tandis que ceux du président rwandais viennent constamment à Bangui. Des accords politique, économique et militaire ont été signés pour couronner ce rapprochement. Kigali était surtout venu à la rescousse de Bangui lorsque, à la fin de 2020 et au début de 2021, les rebelles de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) étaient aux portes de Bangui et menaçaient de prendre le pouvoir.

Les forces spéciales rwandaises, ainsi que les mercenaires russes du groupe Wagner, avaient alors contribué à desserrer l’étau autour de la capitale. Depuis, les militaires rwandais, déployés spécifiquement pour assurer la protection du président Touadéra, ont également mené des offensives contre les poches de résistance de la rébellion à l’intérieur du pays. En outre, sur le plan économique, dans le cadre de l’accord entre les deux pays, plusieurs hommes d’affaires rwandais se sont installés à Bangui.

D’après une source à la présidence centrafricaine, « le désir de voir le Rwanda se retirer de la Centrafrique provient essentiellement des opposants qui soutiennent la rébellion de la CPC, car leur projet de coup d’État ne pourra jamais réussir si nous disposons d’un allié comme le Rwanda. Il faut donc les faire partir. Le raisonnement d’ingérence rwandaise n’est que pure distraction ». Notre source accuse même des opposants centrafricains de financer une campagne contre la présence rwandaise.

Obtenir le soutien de la RDC

Les manifestants ont-ils un autre objectif ? En attaquant Kigali, cette frange de l’opposition pourrait en tout cas s’attirer les faveurs de la RDC, actuellement en conflit avec la Centrafrique. « L’opposition veut surfer sur cette vague pour prouver aux autorités congolaises qu’elles peuvent compter sur les opposants, afin d’obtenir du soutien politique et financier chez le voisin direct de Bangui », renchérit un membre du gouvernement centrafricain qui a requis l’anonymat.

Des soldats rwandais lors de l'élection présidentielle centrafricaine, à Bangui, le 27 décembre 2020. © Nacer Talel / Manadolu Agency via AFP.
Des soldats rwandais lors de l’élection présidentielle centrafricaine, à Bangui, le 27 décembre 2020. © Nacer Talel / Manadolu Agency via AFP.

Kigali n’entend en tout cas pas se laisser intimider. « L’intervention du Rwanda en République centrafricaine est destinée au gouvernement et à ses institutions, et non à un individu. Le Rwanda ne peut en aucun cas être impliqué dans la politique intérieure de la Centrafrique, encore moins dans le projet de modification de la Constitution de ce pays », a ainsi récemment déclaré aux médias Vincent Biruta, ministre rwandais des Affaires étrangères. D’après nos informations, le président rwandais Paul Kagame compte augmenter son effectif militaire en Centrafrique.

Avec Jeune Afrique par Pacôme Pabandji

Ukraine : frappes sur le site d’une centrale nucléaire, départ de trois cargos chargés de céréales

août 5, 2022
Ukraine : frappes sur le site d'une centrale nucleaire, depart de trois cargos charges de cereales
Ukraine : frappes sur le site d’une centrale nucléaire, départ de trois cargos chargés de céréales© AFP/Bulent KILIC

L’Ukraine et la Russie se sont mutuellement accusées vendredi de frappes sur le site de la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, le jour où trois nouveaux chargements de céréales, cruciaux pour la sécurité alimentaire mondiale, ont quitté des ports ukrainiens.

Dans le même temps, le président russe Vladimir Poutine et son homologue turc Recep Tayyip Erdogan se sont rencontrés à Sotchi, dans le sud-ouest de la Russie, sur les rives de la mer Noire, où ils ont décidé de « renforcer les échanges commerciaux » entre leurs pays et d' »aller à la rencontre des attentes mutuelles dans le domaine de l’économie et de l’énergie », selon le Kremlin.

M. Poutine a en outre remercié M. Erdogan pour ses efforts qui ont permis de trouver à Istanbul un accord entre Moscou et l’Ukraine sur les livraisons de céréales en provenance des ports ukrainiens.

De son côté, l’ONG Amnesty International a persisté à accuser l’armée ukrainienne de mettre en danger la vie des civils dans la guerre avec la Russie, tandis qu’une nouvelle frappe russe sur Mykolaïv, dans le sud de l’Ukraine, a fait 22 blessés, ont affirmé les autorités locales.

Frappes sur le site d’une centrale nucléaire

La situation était confuse vendredi soir concernant la situation à la centrale de Zaporijjia, sous occupation russe depuis début mars, Kiev et Moscou se rejetant la responsabilité de frappes sur le site.

« Aujourd’hui, les occupants ont créé une autre situation extrêmement risquée pour toute l’Europe : ils ont frappé à deux reprises la centrale nucléaire de Zaporijjia. Tout bombardement de ce site est un crime éhonté, un acte de terreur », a martelé le président Volodymyr Zelensky dans son message vidéo quotidien.

« Malgré les provocations des Russes, la centrale continue de fonctionner et de fournir de l’électricité au système énergétique de l’Ukraine grâce à des lignes en service. Conformément à leur capacité, il a été décidé de décharger et de déconnecter l’un des réacteurs », a pour sa part fait savoir la société d’Etat ukrainienne Energoatom.

Toutefois, « il existe des risques de fuite d’hydrogène et de pulvérisation de substances radioactives. Le danger d’incendie est élevé », a-t-elle prévenu.

L’armée russe a quant à elle parlé dans un communiqué de « tirs d’artillerie » de « formations armées ukrainiennes », à la fois « contre le territoire de la centrale de Zaporijjia et la ville d’Energodar », et dénoncé des « actes de terrorisme nucléaire ».

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) avait jugé mardi que la situation était « volatile » et « de plus en plus dangereuse de jour en jour » à la centrale de Zaporijjia.

Au moment de la prise de ce site en mars, les militaires russes y avaient ouvert le feu sur des bâtiments, au risque d’un accident nucléaire majeur.

Du maïs via la mer Noire

Cinq jours après le départ du port méridional ukrainien d’Odessa d’un premier cargo – attendu dimanche au Liban – transportant des céréales ukrainiennes depuis le déclenchement de l’offensive russe, trois autres chargements, également de maïs, ont quitté l’Ukraine en convoi, a annoncé le ministère turc de la Défense.

Ils sont destinés à l’Irlande, l’Angleterre et la Turquie.

Devrait s’ensuivre une série de rotations régulières pour ravitailler les marchés agricoles.

Simultanément, un bâtiment fait route, lui aussi pour y récupérer des céréales, vers le port ukrainien de Tchernomorsk, qu’il doit atteindre samedi.

« L’essentiel maintenant est l’augmentation constante des exportations », a noté le président Zelensky.

La Russie et l’Ukraine ont signé deux accords séparés, validés par la Turquie et les Nations unies, qui permettent l’exportation des céréales ukrainiennes immobilisées par le conflit et de produits agricoles russes malgré les sanctions occidentales. Avec pour objectif d’atténuer la crise alimentaire dans certains des pays les plus pauvres liée au blocage des ports ukrainiens.

Des « investigations de grande ampleur »

Suscitant l’ire de l’Ukraine, Amnesty International a, dans un rapport paru jeudi après une enquête de quatre mois, reproché aux militaires ukrainiens d’installer des bases dans des écoles et des hôpitaux et de lancer des attaques à partir de zones peuplées – une violation du « droit international humanitaire », selon l’ONG.

Le chef de l’Etat ukrainien l’a en retour accusée de « tenter d’amnistier l’Etat terroriste » russe et de « transférer la responsabilité de l’agresseur à la victime ».

Vendredi, Amnesty International a pleinement confirmé ses « conclusions », « fondées sur des preuves obtenues lors d’investigations de grande ampleur soumises aux mêmes normes rigoureuses et au même processus de vérification » que tout son travail habituel.

L’ONG a toutefois, dans son rapport, insisté sur le fait que les tactiques ukrainiennes ne « justifient en aucun cas les attaques russes aveugles » qui ont touché la population.

22 blessés à Mykolaïv

Sur le terrain, les Russes ont une fois de plus bombardé vendredi Mykolaïv, une ville située non loin du front sud.

Bilan : 22 blessés, dont un adolescent de 13 ans, et de nombreuses habitations endommagées, a dit son maire, Oleksandr Senkevitch.

Un couvre-feu a été instauré dans cette cité jusqu’à lundi matin afin de neutraliser les « collaborateurs » des Russes, a fait savoir le gouverneur de la région Vitali Kim.

Les forces ukrainiennes mènent actuellement une contre-offensive dans le sud, où elles affirment avoir repris plus de 50 villages tombés aux mains des soldats russes.

Par Le Point avec AFP

Mali : à Gossi, les populations s’inquiètent du départ de Barkhane

avril 20, 2022
Un soldat français de la force Barkhane dans la commune de Gossi, le 14 avril 2022. © Tanguy Vabatte

L’heure est aux derniers contrôles techniques. Il n’est pas encore trois heures du matin dans le camp militaire de Gao et une flotte de camions civils, dont les conducteurs font les derniers pleins d’huile et d’essence, s’apprête à prendre la route. Une fois passée la dernière chicane de la base, le convoi d’une centaine de véhicules – soixante camions pour quarante blindés militaires environ – s’élancera à travers les 160 kilomètres qui séparent les bases françaises de Gao de celle de Gossi. Une fois arrivé à destination, il reprendra la route en sens inverse, chargé des derniers conteneurs de matériels de cette base opérationnelle avancée, avant le départ de la force Barkhane, ce mardi 19 avril.

Ouverte en 2019 sur le site d’un ancien camp de la mission de la paix de l’ONU au Mali (Minusma), Gossi est la petite dernière des emprises françaises au Mali. Après trois ans d’opérations de la force Barkhane aux alentours de cette ville du Gourma malien, le camp a été transféré à l’armée malienne ce 19 avril. Succédant à celles de Kidal, Tessalit et Tombouctou à la fin de l’année 2021, Gossi est la quatrième emprise fermée par les Français.

Zone d’influence du GSIM

Le cap mis sur la « réarticulation de la force Barkhane », telle qu’annoncée en février dernier par Emmanuel Macron dans un contexte de rupture politique avec Bamako, n’a pas empêché les opérations de se poursuivre sur le terrain. Comme en cette matinée d’avril, quelques jours avant le transfert de la base. Ce jour-là, une colonne de blindés contourne la mare de Gossi, tarie en cette saison, sous le regard indifférent d’un troupeau de bovins. Dans les ruelles sableuses de la ville, les habitants, qui exploitent chaque mètre carré d’ombre pour se protéger de la touffeur ambiante, ne semblent pas s’étonner de la patrouille des militaires français en armes.

ICI, LE TAUX DE CHÔMAGE EST TRÈS ÉLEVÉ, SURTOUT CHEZ LES JEUNES

« Au contraire, c’est une présence rassurante pour beaucoup », assure un élu local pour qui le départ de Barkhane est source d’inquiétude. Sur le plan économique d’abord : « Des habitants font du commerce, du travail de maintenance ou de réparation pour les militaires français. Ici, le taux de chômage est très élevé, surtout chez les jeunes. Il n’y a pas de travail. Et la précarité les pousse à se tourner vers toute proposition, quels qu’en soient les risques », met-il en garde, de crainte de voir les rangs jihadistes s’étoffer.

Il faut dire que le Gourma malien est une zone stratégique pour le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), très actif sur ce territoire. Reliant le nord du pays à son centre, elle est un carrefour entre l’essentiel des régions du Mali. «Il y a beaucoup de jihadistes dans la zone. Et, chaque jour, les gens me demandent qui pourra remplacer Barkhane », raconte un habitant de Gossi. « Je ne sais pas quoi leur répondre », admet-il.

Faiblesse des Fama ?

Pourtant, la nouvelle a été communiquée : déjà présentes dans la zone, les Forces armées maliennes doivent renforcer leurs effectifs locaux d’au moins 150 hommes, lesquels prendront leurs quartiers dans l’ancienne base française.

« Cela ne suffit pas à rassurer la population. Ici, le souvenir de 2012 est encore bien présent : quand les jihadistes sont arrivés à Gossi, les Fama n’ont pas su les contenir », tranche l’élu. « Les soldats maliens sont tout à fait en capacité de prendre le relais », répond le capitaine Jérôme, qui a mené plusieurs patrouilles conjointes et séances d’entraînement avec les Fama.

Ce mardi, après trois ans de présence française dans la zone, lui et ses hommes ont laissé derrière eux Gossi, ses habitants et leurs préoccupations. Bientôt, ce sera au tour de l’emprise de Ménaka, qui abrite des soldats de la force Barkhane mais aussi des forces spéciales européennes regroupées au sein de la task force Takuba, de fermer ses portes. Viendra alors le tour de Gao, la plus grande base tricolore restant au Mali. Ses quelque 3 000 soldats seront les derniers éléments français à quitter le pays, après une quasi-décennie d’opérations extérieures.

Avec Jeune Afrique par Manon Laplace – à Bamako

Afghanistan : l’armée américaine annonce avoir quitté le pays

août 30, 2021

Après vingt ans de présence en Afghanistan, les derniers soldats américains ont quitté le territoire ce mardi, laissant le pays aux mains des talibans.

L'armee americaine a quitte le sol afghan.
L’armée américaine a quitté le sol afghan.© EyePress News / EyePress via AFP

Les derniers soldats américains ont quitté l’Afghanistan, a annoncé le Pentagone ce lundi 30 août, laissant le pays aux mains des talibans, leurs ennemis de 20 ans, au terme de la plus longue guerre de l’histoire des États-Unis. Le dernier avion C-17 a décollé de l’aéroport de Kaboul le 30 août, à 19h29 GMT. Si les évacuations militaires sont terminées, la mission diplomatique continue pour s’assurer que davantage de citoyens américains et d’Afghans éligibles voulant partir le puissent, a fait savoir le général McKenzie lors d’une conférence de presse.

Depuis le 14 août, sur une période de 18 jours, les avions des États-Unis et leurs alliés ont évacué plus de 123 000 civils de l’aéroport international Hami Karzai. Le président Joe Biden s’adressera ce mardi aux Américains pour expliquer sa décision de « ne pas prolonger (la) présence américaine au-delà du 31 août » en Afghanistan.

Les dernières évacuations 12 heures avant le retrait final

L’ambassadeur américain à Kaboul et un général sont les derniers Américains à avoir quitté l’Afghanistan. « À bord du dernier avion, il y avait le général Chris Donahue », a fait savoir le général Kenneth McKenzie qui dirige le commandement central dont dépend l’Afghanistan. Il était accompagné de l’ambassadeur Ross Wilson. Les deux hommes sont les derniers à être montés à bord de l’avion. 

L’armée américaine a reconnu n’avoir pas pu évacuer autant de personnes d’Afghanistan qu’elle l’aurait voulu, avant le départ de ses derniers soldats de l’aéroport de Kaboul. Les évacuations se sont terminées environ 12 heures avant le retrait final mais les forces américaines sur place sont restées prêtes à évacuer quiconque aurait pu atteindre l’aéroport jusqu’à la dernière minute.

« Nous avons à nouveau fait l’histoire », se réjouissent les talibans

Des coups de feu ont retenti dans Kaboul, tôt ce mardi, après que les militaires américains ont confirmé leur départ d’Afghanistan. Des journalistes de l’Agence France-Presse dans la ville ont entendu des tirs depuis différents postes de contrôle des talibans, ainsi que les congratulations de combattants aux postes de sécurité de la zone verte. « Nous avons fait l’histoire », s’est réjoui lundi un responsable taliban.

« Les vingt années d’occupation de l’Afghanistan par les États-Unis et l’Otan se sont achevées ce soir », a déclaré Anas Haqqani, un responsable du mouvement islamiste, sur Twitter. « Je suis très heureux après vingt ans de jihad, de sacrifices et de difficultés, d’avoir la satisfaction de voir ces moments historiques », a-t-il ajouté.

Par Le Point avec AFP

Départ de la patronne de PepsiCo, rare femme PDG d’une multinationale américaine

août 6, 2018

Indra Nooyi a passé 24 ans dans le groupe Pepsico, dont 12 à sa tête / © GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/Archives / Alex Goodlett

PepsiCo a annoncé lundi le départ de son emblématique patronne Indra Nooyi, une des rares femmes à diriger une multinationale américaine, au moment où les producteurs de sodas et d’en-cas sont confrontés aux changements des goûts de consommateurs plus exigeants sur la qualité des aliments.

Mme Nooyi, qui a passé 24 ans dans le groupe, dont 12 à sa tête, sera remplacée le 3 octobre par Ramon Laguarta, un cadre dirigeant de la société qui fut le responsable des activités européennes. Elle-même restera présidente du conseil d’administration jusqu’au début de l’année 2019 pour assurer la transition.

« Ayant grandi en Inde, je n’aurais jamais imaginé avoir l’opportunité de diriger une entreprise aussi extraordinaire », a déclaré Indra Nooyi, 62 ans, qui avait incité en septembre le groupe à élever M. Laguarta au poste de numéro 2 afin de le préparer à lui succéder.

« Comme directrice générale, elle a fait croître notre chiffre d’affaires de plus de 80% (…), et ajouté une nouvelle marque à un milliard de dollars quasiment tous les deux ans », a assuré Ian Cook, un membre du conseil d’administration.

Mme Nooyi laisse un groupe ayant réalisé un chiffre d’affaires de 63,5 milliards de dollars l’an dernier et pesant près de 165 milliards en Bourse.

– 5% de femmes PDG –

Elle était une des rares femmes à la tête d’une grande entreprise américaine: selon le cabinet Catalyst, seules 5% des 500 grosses entreprises cotées à Wall Street sont dirigées par des femmes, soit 25 PDG. Avec le départ de Mme Nooyi, il n’en reste plus que 24. Denise Morrison chez Campbell Soup, Meg Whitman chez Hewlett Packard et Irene Rosenfeld (Mondelez) ont également cédé les rênes récemment.

Indra Nooyi est aussi connue pour ses opinions politiques. Pendant la dernière campagne présidentielle, elle avait pris parti pour la démocrate Hillary Clinton. Après l’élection de Donald Trump en novembre 2016, elle avait relayé les craintes de certains de ses employés en déclarant lors d’un colloque à New York: « Nos employés, en particulier ceux qui ne sont pas blancs ou qui sont LGBT, demandent: +sommes-nous en sécurité+? ».

Elle a pris les commandes de PepsiCo en octobre 2006 et avait fait la promesse de diversifier l’entreprise pour la rendre moins dépendante de ses sodas (Pepsi…), de ses boissons énergisantes (Gatorade) ainsi que de ses chips Doritos.

Joignant les actes aux paroles, cette immigrée, arrivée aux Etats-Unis en 1978 grâce à une bourse de la prestigieuse université de Yale, a investi à tout-va dans les produits nutritifs.

PepsiCo a ainsi acquis 50% du capital du fabricant d’houmous Sabra en 2008 et formé une co-entreprise avec le géant agroalimentaire saoudien Almarai en 2009. La même année, le groupe met la main sur le fabricant de boissons brésilien à l’eau de noix de coco Amacoco. En 2010, la société acquiert pour 5,4 milliards de dollars le groupe laitier russe Wimm-Bill-Dann.

En parallèle, Indra Nooyi donne plus de moyens à la recherche et développement, encourage les experts du groupe à aller en Islande pour étudier les algues, en Afrique et en Amazonie pour les bienfaits des plantes et des graines.

Elle se fixe en 2010 l’objectif de tripler les recettes générées par les produits nutritifs à 30 milliards de dollars dans les dix ans.

– Taxes sodas –

Cette ambition a depuis été revue à la baisse, donnant une fenêtre de tir au financier américain Nelson Peltz, qui a fait son entrée au capital du groupe en 2011 via son fonds Trian.

Jugeant que la diversification ne rapporte pas assez, M. Peltz exige de PepsiCo de se scinder en trois entités indépendantes: les sodas, l’activité d’embouteillage et les snacks.

Mme Nooyi s’y oppose et procède à des coupes pour choyer les actionnaires avec de juteux dividendes et programmes de rachat d’actions. Sous sa férule, les actionnaires de PepsiCo ont vu leur retour sur investissement s’élever à 149%.

Las, Nelson Peltz vend sa participation en 2016, mais la scission de l’entreprise reste d’actualité. D’autant que le secteur des boissons gazeuses non-alcoolisées demeure pénalisé en Amérique du nord par le déclin des ventes, les boissons sucrées étant liées à des maladies cardiovasculaires. Des municipalités américaines essaient d’adopter des taxes sodas pour forcer les producteurs à changer.

PepsiCo, comme Coca-Cola, se repose beaucoup sur l’augmentation de ses prix et l’introduction de nouveaux contenants afin d’arrêter l’érosion du chiffre d’affaires des sodas.

Romandie.com avec(©AFP / (06 août 2018 16h09)

Affaire Skripal: des diplomates russes expulsés quittent l’ambassade à Londres

mars 20, 2018

Des personnes portant des bagages quittent l’ambassade de Russie à Londres, le 20 mars 2018 / © AFP / Daniel LEAL-OLIVAS

Des diplomates russes ont quitté leur ambassade mardi à l’expiration de l’ultimatum fixé par Londres pour sortir du pays en rétorsion à l’empoisonnement d’un ex-espion russe, objet d’une enquête qui pourrait prendre des mois, selon la police.

Plusieurs dizaines de personnes, y compris des enfants et des animaux domestiques, sont montées à bord des véhicules à plaque diplomatique, ont constaté des journalistes de l’AFP. La Première ministre Theresa May leur avait donné une semaine, mercredi dernier, pour quitter le pays.

En retour, Moscou a décidé samedi d’expulser 23 diplomates britanniques et de fermer le British Council, instrument du rayonnement culturel britannique à travers le monde.

Ces départs interviennent alors que Theresa May a réuni une nouvelle fois son Conseil de sécurité nationale pour faire le point sur l’enquête et décider d’éventuelles nouvelles sanctions contre Moscou, accusé d’être responsable de l’attaque à l’agent innervant menée contre l’ex-agent double Sergueï Skripal, 66 ans, et sa fille Ioulia, 33 ans, le 4 mars à Salisbury (sud-ouest de l’Angleterre).

Tous deux sont depuis « dans le coma », a déclaré le ministre britannique des Affaire étrangères Boris Johnson, dans une tribune dans le Daily Telegraph mardi.

Le nouveau chef de la police anti-terroriste britannique, Neil Basu, a affirmé que l’enquête pourrait prendre des mois.

« C’est sans doute frustrant pour les gens mais cela va prendre des semaines, voire des mois », a déclaré sur la BBC M. Basu qui prend officiellement ses fonctions mercredi, en remplacement de Mark Rowley qui part à la retraite.

« Nous avons récolté environ 400 témoignages. Nous en avons d’autres encore à recueillir. Nous avons rassemblé près de 800 indices et avons visionné 4.000 heures de vidéos », a-t-il ajouté, tandis que quelque 250 détectives sont mobilisés pour cette enquête.

Lundi, Moscou a réclamé à Londres des « preuves » à l’appui de ses accusations ou des excuses.

« Tôt ou tard, il faudra répondre de ces accusations infondées: soit fournir des preuves, soit présenter ses excuses », a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, tandis qu’à Bruxelles les chefs de la diplomatie de l’Union européenne assuraient Londres de leur « totale solidarité ».

Romandie.com avec (©AFP / 20 mars 2018 13h38)                

Israël ordonne aux migrants illégaux africains de partir

février 4, 2018

Des migrants africains protestent contre le plan du gouvernement israélien exigeant leur départ « volontaire » sous peine d’emprisonnement, le 22 janvier dans la ville d’Herzliya. / © AFP/Archives / JACK GUEZ

Les autorités israéliennes ont commencé dimanche à distribuer des lettres à des milliers de migrants africains en situation irrégulière, leur ordonnant de partir d’ici la fin du mois de mars sous peine d’être emprisonnés, selon une porte-parole du service de l’Immigration.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a annoncé début janvier la mise en place d’un plan de départ d’environ 38.000 immigrés clandestins, principalement des Érythréens et des Soudanais.

Selon ce plan controversé, le gouvernement leur propose de partir « volontairement » avec un pécule de 3.500 dollars (2.800 euros) d’ici fin mars sous peine d’être arrêtés et détenus jusqu’à ce qu’ils acceptent de quitter le pays.

Pour l’instant les lettres n’ont été adressées qu’à des hommes seuls, selon des responsables.

Le ministère de l’Intérieur a assuré que les mineurs, les femmes et les parents de mineurs ne seront pas concernés par le plan du gouvernement. Selon les chiffres de l’Autorité et de l’Émigration du ministère de l’Intérieur, 4.000 enfants sont également en situation irrégulière en plus des 38.000 adultes.

Le quotidien israélien Haaretz a affirmé de son côté « que toute personne reconnue victime de trafic de personne ou d’esclavage » serait aussi exemptée pour le moment, estimant qu’entre 15.000 à 20.000 sont concernés par un départ à court terme.

Les migrants visés sont pour la plupart entrés illégalement en Israël via le Sinaï égyptien à compter de 2007. Ce flux a été stoppé avec la construction par l’Etat hébreu d’une clôture électronique le long de la frontière avec l’Egypte.

Le Premier ministre n’a pas précisé vers quel pays ces personnes pourraient être expulsées, sachant qu’Israël reconnaît tacitement qu’elles ne peuvent être renvoyées au Soudan ou en Erythrée sans mettre leur vie en danger.

L’Ouganda et le Rwanda ont été cités par des organisations israéliennes d’aide aux migrants, mais ces deux pays ont démenti.

Selon des chiffres officiels, 4.012 migrants en situation irrégulière ont déjà quitté Israël en 2017, dont 3.332 originaires d’Afrique subsaharienne.

Selon l’Organisation d’aide aux réfugiés et demandeurs d’asile en Israël, sept Érythréens ont obtenu le droit d’asile, sur environ 10.000 demandeurs de ce pays, et un seul Soudanais, sur un nombre de demandeurs non précisé. Le ministère de l’Intérieur a fait état de 11 demandes d’asiles acceptées entre 2009 et 2017.

Des manifestations se tiennent depuis quelques semaines à travers le pays pour protester contre cette mesure. Des pétitions ont été signées récemment par des pilotes, des universitaires, des rescapés de la Shoah et des enseignants afin d’arrêter cette politique d’expulsions.

Romandie.com avec(©AFP / 04 février 2018 16h42)                

Syrie: Washington « espère » le départ d’Assad

avril 11, 2017

Le Secrétaire d’État américain Rex Tillerson, lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 à Lucques, en Italie, le 11 avril 2017 / © AFP / Vincenzo PINTO

Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson a dit, mardi à Lucques (centre), « espérer » le départ du président syrien Bachar al-Assad afin de permettre une solution politique à la guerre qui ravage son pays.

« Notre espoir est que Bachar al-Assad ne fasse pas partie de cet avenir », a indiqué M. Tillerson, cité dans un communiqué, après avoir insisté sur la nécessité pour le peuple syrien de déterminer son avenir politique.

Après les frappes lancées par l’aviation américaine dans la nuit du 6 au 7 avril contre une base aérienne syrienne, en représailles à une attaque chimique imputée à la Syrie, « les Etats-Unis vont continuer à évaluer leurs options stratégiques et les opportunités afin de diminuer la violence en Syrie », a précisé M. Tillerson devant ses collègues du G7, réunis lundi et mardi en Toscane.

« Pour être clair, notre action militaire était une réponse directe à la barbarie du régime d’Assad », a-t-il assuré.

Evoquant alors le processus de paix lancé à Genève et soutenu par « plusieurs pays » pour tenter de rapprocher les différentes parties au conflit syrien, M. Tillerson a précisé qu’il ne pourrait être efficace qu’à condition d’être précédé par un cessez-le-feu sur le terrain.

Malheureusement, a-t-il ajouté, les négociations entamées à Astana au Kazakhastan en vue d’un tel cessez-le-feu, n’ont pas produit « beaucoup d’effet ». Le chef de la diplomatie américaine a également accusé la Russie de ne pas avoir respecté les accords de 2013, pourtant soutenus par des résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies, en ce qui concerne la destruction des stocks d’armes chimiques en Syrie.

« On ne voit pas clairement si la Russie n’a pas pris au sérieux ses responsabilités » ou si elle a « simplement été incompétente » pour respecter l’accord conclu en 2013 sur la destruction de l’arsenal syrien d’armes chimiques en Syrie, a-t-il affirmé.

Romandie.com avec(©AFP / 11 avril 2017 14h07)

La vice-présidente des Philippines annonce son départ

décembre 4, 2016

La vice-présidente des Philippines Leni Robredo a annoncé dimanche qu’elle allait quitter la vice-présidence du pays. Elle affirme qu’un complot visant à la destituer avait été planifié.

« J’ai été avertie qu’un complot visant à me déloger de mes fonctions avait été planifié. J’ai choisi d’ignorer cette information et de me concentrer sur mon travail. Mais il semblerait que le complot soit en train de se réaliser », a affirmé sur sa page Facebook la vice-présidente, qui appartient au Parti libéral.

Leni Robredo a pris cette décision après avoir reçu un SMS d’un autre ministre, Jun Evasco. Ce dernier lui a demandé, au nom du chef de l’Etat, de « ne plus participer au conseil des ministres ».

Le président et le vice-président sont élus lors de scrutins distincts aux Philippines. Leni Robredo n’était donc pas la « colistière » de Rodrigo Duterte, issu du Parti démocratique, lors des élections du 9 mai dernier.

Le porte-parole de Mme Robredo, Martin Andanar, a confirmé dimanche lors d’une interview à la télévision le départ de la vice-présidente, mettant en avant des « différences irréconciliables ».

« Si complot il y a, il ne vient pas du camp présidentiel », a ajouté sans autre précision M. Andanar. « Nous verrons demain si le président accepte ou non la démission de la vice-présidente », a-t-il dit.

Madame Robredo a par ailleurs affirmé avoir de « profondes divergeances de principes et de valeurs » avec le président Rodrigo Duterte notamment sur sa façon de livrer la guerre aux narcotrafiquants qui a fait plus de 2000 morts dans le pays ces cinq derniers mois.

Romandie.com avec(ats / 04.12.2016 16h12)             

A Daloa, gare clandestine d’où partent les jeunes Ivoiriens en quête de « l’eldorado » européen

octobre 10, 2016

A Daloa, beaucoup de jeunes, sans emploi, n’arrivent pas à occuper leurs journées et rêvent d’Europe.

A Daloa, beaucoup de jeunes, sans emploi, n’arrivent pas à occuper leurs journées et rêvent d’Europe. Crédits : Judith Kormann
En passant devant les hauts murs, hérissés de barbelés, du centre des impôts de Daloa, Abdoulaye*, la trentaine, ne peut retenir un soupir : « Ça fait mal. Ils sucent tout notre argent et ne nous donnent rien, ne font rien pour nous. » Le 1er septembre, avec 173 collègues, il a perdu son emploi à la mairie de cette grande ville du centre-ouest de la Côte d’Ivoire. Depuis, le songe qui trottait dans sa tête depuis plusieurs années s’est transformé en idée fixe : quitter le pays, à tout prix, et rejoindre l’Europe.

Comme des milliers de jeunes Ivoiriens, il rêve d’une autre vie dans « l’eldorado » où, il en est persuadé, « tout est plus facile ». « Il y a trois gares clandestines à Daloa. Les gens viennent de tout le pays pour partir », assure Abdoulaye, sans accepter d’en révéler les emplacements, l’un des secrets les mieux gardés de la ville depuis que les autorités sont aux aguets.

L’ouverture de routes migratoires vers la Méditerranée

A Daloa, les entreprises sont rares, et beaucoup de jeunes, peu enclins au dur labeur des champs ou trop peu qualifiés, se retrouvent sans emploi après leurs études. En attendant des jours meilleurs, ils vivent de petits boulots, comme la vente de téléphones de seconde main à proximité de la gare routière, conduisent des taxis pour 15 000 francs CFA (23 euros) par mois.

Avec la déstabilisation de la Libye et du Sahel, et l’ouverture de routes migratoires vers la Méditerranée, ils ont cru voir leur chance arriver et, comme Abdoulaye, ont préparé leur baluchon. « Depuis novembre 2015, le fléau de l’émigration clandestine mine notre ville. Quand la voie du désert s’est dégagée, il y avait deux cars de soixante places qui partaient chaque jour. Ça a beaucoup diminué aujourd’hui, tout simplement parce que presque tous les candidats au départ sont partis », raconte Mamadou Soro, président de l’Union de la jeunesse communale de Daloa (UJCD). Les bus, qui quittent la ville de nuit, passent par le Burkina Faso ou le Mali pour rejoindre la porte du désert à Agadez, au Niger. Là-bas, des véhicules tout-terrain filent vers la Libye, où un troisième réseau de passeurs réceptionne les migrants, direction la côte.

Aucune donnée concrète n’est disponible sur le nombre de départs depuis les trois gares clandestines. « Ils se cachent pour partir, et les parents ne nous disent rien », déplore-t-on à la mairie. Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), 7 % des migrants arrivés sur les côtes italiennes de janvier à juillet de cette année étaient ivoiriens, soit environ 6 500 personnes. « Daloa est utilisée comme une plate-forme de départ, explique Issiaka Konaté, directeur général des Ivoiriens de l’extérieur au ministère de l’intégration. C’est un phénomène de mode. Ils dépensent beaucoup pour un hypothétique eldorado où ils devront tout recommencer à zéro, au lieu d’utiliser leurs fonds dans un projet ici. »

« Comment il a grossi depuis qu’il est là-bas »

Sous sa véranda, Abou Coulibaly, fabricant de clés au «  quartier Dioula », se souvient des projets montés pour son fils de 18 ans, danseur de talent qu’il voyait gendarme : « Il est parti sans rien me dire. Maintenant, il est en Italie, dans un coin au nom bizarre. Avec son courage, il pouvait tout faire ici. Là-bas, il est seul. » Autour de lui, les voisins s’attroupent. Tous sont concernés par le départ d’un enfant. Adama Keïta a lui encouragé ses deux fils et sa fille à partir, peu soucieux des dangers de la route. « Ils ont le bac, ont fait des études, mais ça ne leur a rien apporté, s’agace-t-il. Avec mon épouse, on préfère qu’ils s’en aillent, là où ils recevront une bonne formation. »

De l’avis de l’équipe de l’UJCD, outre le manque d’emplois, la principale raison de cette vague migratoire vient des réseaux sociaux. Pour Issiaka Konaté, c’est la raison numéro un. Les Ivoiriens qui parviennent à atteindre l’Italie publient immédiatement des photos d’eux avec des habits neufs, devant des belles voitures ou font des selfies avec des Européens.

« Regardez comment il a grossi depuis qu’il est là-bas », lancent, comme un refrain, plusieurs vendeurs de téléphones, en montrant des photos Facebook d’un frère ou d’un ami qui « a réussi ». Ils s’occultent ainsi la réalité : les morts dans le désert, les kidnappings, la prison en Libye et les rançons demandées aux parents… Et, plus dangereux encore, la traversée de la Méditerranée dans des embarcations de fortune, où les migrants s’entassent par centaines.

« Je ne veux plus courir derrière la vie »

L’horreur de la route, Ahmed Dramé, 28 ans, l’a connue et en est revenu. Après avoir vendu toutes ses affaires, il est parti en avril 2015, avant la grande vague de départ, et est parvenu à atteindre Tripoli, sur la côte libyenne, en août. « Quand nous avons pris l’eau, à plus de cent dans une petite embarcation, les corps habillés libyens nous ont interceptés et enfermés dans une maison. »

Ahmed Dramé est revenu de sa tentative pour rejoindre l’Europe en mars 2016, après avoir connu les geôles libyennes. Reparti dans son petit commerce de téléphones, il « ne veut plus courir derrière la vie ».

Ahmed Dramé est revenu de sa tentative pour rejoindre l’Europe en mars 2016, après avoir connu les geôles libyennes. Reparti dans son petit commerce de téléphones, il « ne veut plus courir derrière la vie ». Crédits : Judith Kormann

Emprisonné à l’étroit avec près de 400 personnes, à peine nourri, on lui dit qu’il ne sortira que si ses proches paient une rançon. « Certains, qui n’ont pas pu payer, sont enfermés là-bas depuis deux ans. Beaucoup ont perdu la tête », assure Ahmed. Orphelin, il n’a personne à contacter, mais parvient à s’échapper après une semaine de détention. Il rebrousse chemin par l’Algérie puis le Maroc, travaillant en route, et arrive à Daloa en mars.

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Depuis, il s’acharne à convaincre tous ses proches que le risque n’en vaut pas la peine, et que la plupart des migrants, quelques jours après le départ, regrettent déjà leur choix. « Ils continuent seulement parce qu’ils ont dépensé trop pour faire demi-tour », précise-t-il. Peu écouté, mis à l’écart et qualifié de « maudit », car il a échoué à traverser, il garde la tête haute et a recommencé son petit commerce de téléphones. « Je ne veux plus courir derrière la vie. J’ai perdu trop de temps et d’argent avec ce voyage », lance-t-il, amer.

« Ça ne sent pas dans les assiettes »

Depuis le début des départs, le gouvernement ivoirien et les autorités de Daloa ont mis en place une grande campagne de sensibilisation et de dialogue, avec l’aide de l’UJCD. Des films présentant les risques ont été projetés dans les quartiers et un avion spécial a été affrété par le ministère de l’intégration, fin novembre 2015, pour rapatrier 44 Ivoiriens bloqués en Libye. Selon Issiaka Konaté, les campagnes, associées à la lutte contre les passeurs, ont porté leurs fruits et réduit les départs.

Le 4 octobre 2016, proches des côtes libyennes, un bateau de migrants attend d’être secouru.

Le 4 octobre 2016, proches des côtes libyennes, un bateau de migrants attend d’être secouru. Crédits : ARIS MESSINIS/AFP

Mais les trois « gares de Libye », invisibles, sont toujours là. Et à Daloa, on continue à rêver. « On connaît le danger. On sait que 20 % de ceux qui partent meurent sur la route ou dans l’eau, concède Abdoulaye, le regard triste. Mais c’est insignifiant comparé au risque de rester ici. On a beau avoir un gouvernement riche, ça ne se sent pas dans les assiettes. » Fin prêt, il a commencé à vendre tous ses objets de valeur pour regrouper le million de francs CFA (1 520 euros) nécessaire pour le trajet jusqu’à Tripoli et la traversée de la mer. S’il arrive en Italie, il tentera de retrouver son petit frère, parti de Daloa en juillet avec tous ses amis.

* Le prénom a été modifié.

Lemonde.fr par Rémi Carlier, contributeur Le Monde Afrique, Daola, envoyé spécial