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Maroc, Algérie, Tunisie : comment les États s’organisent face à l’offensive russe en Ukraine

février 24, 2022
Gare centrale de Kiev, le 24 février 2022. © REUTERS/Volodymyr Petrov

Pour la plupart étudiants, les ressortissants des pays du Maghreb vivant en Ukraine se retrouvent pris au piège d’un conflit qui ne les concernent pas. Quels sont les dispositifs mis en place par leurs États pour les assister ou les rapatrier ?

Le 22 février, alors que l’escalade des tensions entre la Russie et l’Ukraine fait craindre au monde un embrasement militaire imminent, le ministère tunisien des Affaires étrangères estimait que la situation était sous contrôle, tout en invitant ses ressortissants en Ukraine a demeurer en contact avec la chancellerie tunisienne à Moscou.

Moins de 48 heures après cet avis, les premiers tirs provoquent la panique au sein de la communauté tunisienne. Ils sont 1 500, principalement des étudiants, à se sentir livrés à eux-mêmes, au cœur d’une guerre qui ne les concernent pas.

Acheminement depuis la Roumanie

Certains ont été rapatriés par précaution par leurs familles, mais la plupart sont restés chez eux à Odessa et Kharkiv, deux villes ciblées par les premiers tirs russes, selon Tarek Aloui, président de l’Association des Tunisiens d’Ukraine, qui insiste sur la nécessité d’un rapatriement rapide vers la Tunisie.

En attendant, il invite les Tunisiens présents en Ukraine à rester chez eux, à se faire connaître auprès de l’ambassade à Moscou – la Tunisie ne dispose pas d’ambassade à Kiev –, à rester en contact via les réseaux sociaux et à avoir toujours sur eux leurs documents d’identité.

AVEC 10 000 RESSORTISSANTS, LES MAROCAINS REPRÉSENTENT LA DEUXIÈME COMMUNAUTÉ ESTUDIANTINE EN UKRAINE

Des consignes qui permettraient de faciliter l’organisation d’un départ collectif en dépit de la fermeture de l’espace aérien ukrainien. Le gouvernement tunisien négocie actuellement avec la Roumanie l’autorisation d’acheminer les ressortissants tunisiens par bus depuis la frontière ukrainienne jusqu’à un aéroport roumain d’où ils pourraient décoller pour Tunis.

À plus long terme, les étudiants tunisiens pourraient voir leur avenir compromis, les autorités ukrainiennes ayant déjà fait savoir aux étudiants étrangers qui quittent le territoire qu’ils ne seront pas autorisés à revenir et à se réinscrire dans les facultés.

Quand, le 12 février, Vladimir Poutine dénonce « l’hystérie américaine » à propos d’une potentielle invasion russe en Ukraine, le Maroc n’en prend pas moins la situation au sérieux. Avec 10 000 ressortissants, les Marocains représentent la deuxième communauté estudiantine en Ukraine.

Dans un communiqué, l’ambassade du Maroc à Kiev a donc appelé les ressortissants marocains à quitter le pays « pour leur sécurité » et les citoyens marocains souhaitant se rendre en Ukraine à reporter leur voyage.

Vols spéciaux

Les services consulaires marocains ont également mis en place trois numéros de téléphone à destination des ressortissants ayant besoin d’assistance, sans toutefois prévoir d’opération d’évacuation spécifique.

Pour rappel, dès la fin du mois de janvier, de nombreux étudiants ont manifesté leur volonté de rentrer au royaume face à l’éventualité d’une attaque russe. L’ambassade du Maroc à Kiev leur avait rétorqué que leur rapatriement était tributaire de la réouverture des frontières marocaines – à nouveau ouvertes depuis le 7 février.

La Royal Air Maroc (RAM) et Air Arabia ont mis en place des vols spéciaux (Casablanca-Kiev et Tanger-Kiev) dès le 15 février pour pallier l’absence de vols commerciaux directs entre le Maroc et l’Ukraine.

UN DÉPART D’UKRAINE IMPLIQUE, POUR LES ÉTUDIANTS MAROCAINS, ALGÉRIENS ET TUNISIENS, UNE EXPULSION PURE ET SIMPLE DE LEUR UNIVERSITÉ

Les Marocains désireux de rentrer devront débourser 4 700 dirhams (443 euros) pour la RAM et 4 100 dirhams (387 euros) pour Air Arabia. Le 16 février, Valerian Shuvaev, ambassadeur de la Fédération de Russie à Rabat, a commenté ces mesures admettant que « la décision marocaine est souveraine », mais que « l’appel au retrait collectif est d’une logique incompréhensible, politiquement et humainement ».

Limiter les déplacements

Depuis, plusieurs centaines d’étudiants sont rentrés au bercail, soulagés mais très inquiets pour leur avenir. En effet, un départ d’Ukraine implique, pour les étudiants marocains, algériens et tunisiens, une expulsion pure et simple de leur université, sans espoir de s’y réinscrire.

L’ambassade d’Algérie en Ukraine a de son côté appelé ses ressortissants, au nombre de 10 000, à « faire preuve de vigilance, en respectant les instructions données par les autorités ukrainiennes, notamment celles liées à la nécessité de rester chez soi et de se déplacer uniquement en cas de nécessité absolue ».

Le 12 février, l’ambassade d’Algérie à Kiev a informé les ressortissants algériens de la mise en place d’un numéro vert et leur a recommandé de prendre des mesures de protection et de quitter le pays si nécessaire.

L’ambassade n’a pas été évacuée et les Algériens qui l’ont jointe aujourd’hui ont reçu pour consigne de limiter leurs déplacements et de se protéger.

Par Jeune Afrique

Que cache l’ampleur des départs de médecins algériens vers la France ?

février 6, 2022

ANALYSE. Au-delà des considérations purement salariales, cette expatriation, notamment des spécialistes, dévoile un profond malaise de la profession.

Les departs massifs des medecins radiologues, nephrologues, anesthesistes-reanimateurs et surtout des psychiatres est inquietant, selon l'Ordre national des medecins.
Les départs massifs des médecins radiologues, néphrologues, anesthésistes-réanimateurs et surtout des psychiatres est inquiétant, selon l’Ordre national des médecins. © BILLAL BENSALEM / NurPhoto via AFP

« Une véritable saignée, comme une plaie béante qui vide le système nerveux de la matière grise, s’étendant, d’année en année, à toutes les pépinières de compétences que compte le pays », s’indigne le quotidien Liberté, qui titre en une « Ils fuient… ! », après l’annonce du départ de quelque 1 200 médecins algériens vers la France. Un chiffre qui n’a « jamais atteint cette ampleur », s’alarme le quotidien El Watan.

L’information, donnée par le docteur Lyes Merabet, président du Syndicat autonome des praticiens de santé publique (SNPSP), concerne les résultats publiés, le 4 février, par le Centre national de gestion des praticiens hospitaliers en France (CNG) dévoilant que, sur les 1 993 lauréats des épreuves de vérification des connaissances (EVC, un concours annuel), 1 200 sont des médecins spécialistes algériens. Ces derniers peuvent donc commencer à exercer dans les hôpitaux en France. « Néanmoins, les lauréats du concours devront se faire à l’idée d’avoir un statut de médecins étrangers, bénéficiant d’un poste intermédiaire, une catégorie inférieure à leurs collègues français », précise le quotidien El Watan. Ils n’auront, selon le même média, leur inscription à l’Ordre des médecins français qu’au bout de trois ans d’évaluation par les responsables des structures hospitalières où ils exercent.

16 000 médecins algériens exercent en France

« La France a toujours été la destination n° 1 pour les médecins algériens voulant s’installer à l’étranger, et ce, pour diverses considérations : plus de facilités, la langue et la formation », explique le Dr Lyes Merabet du SNPSP, ajoutant que « la réglementation en France facilite beaucoup l’insertion. En 2020, en France, un nouveau décret a mis en place un cadre réglementaire qui a été consolidé avec plus de facilitations permettant le déplacement de ces jeunes médecins, notamment des pays francophones, en particulier du Maghreb, vers la France ». D’après des chiffres du CNG repris par El Watan, datant de 2018, les candidats algériens au concours EVC représentent 47,64 % sur 94 nationalités, loin devant les candidats tunisiens (19,26 %) et marocains (4,1 % en 2017). Selon plusieurs sources citées par des journaux à Alger ce matin, il y aurait environ 16 000 médecins algériens exerçant actuellement en France.

Qu’est-ce qui peut expliquer ce nombre si important de médecins algériens qui s’expatrient en France ? Pour Lyes Merabet, « il y a une situation qui impose beaucoup de questionnements : la politique des salaires et la condition sociale qui ne sied nullement au profil et au statut de ces universitaires ».

Acquérir à l’étranger de nouvelles connaissances

Concernant la question des salaires, El Watan explique que, si peu de praticiens marocains sont comptabilisés dans les expatriations vers la France, cela serait dû au fait qu’ils sont les mieux payés au Maghreb, avec une moyenne de 2 000 euros par mois contre 400 euros pour un médecin installé en Algérie. Mais au-delà de l’aspect strictement matériel, il s’agit surtout de fuir un environnement professionnel et social « peu favorable à l’épanouissement des médecins algériens », pointe encore le syndicaliste dans Liberté.

Prenons, par exemple, l’acquisition de compétences nouvelles, un élément fondamental dans l’exercice de la profession médicale afin de s’adapter à l’actualisation des connaissances scientifiques. « Rien n’est fait dans les hôpitaux algériens pour aider les spécialistes à affiner leurs connaissances », témoigne pour El Watan un rhumatologue admis au concours EVC. « [Dans les hôpitaux algériens], il n’y a pas pour les médecins spécialistes de formation complémentaire ou de formation diplômante supplémentaire. Les médecins qui choisissent de partir peuvent ainsi se perfectionner dans un domaine très spécifique », poursuit ce praticien. Ce n’est pas le cas au Maroc, souligne El Watan, où mes assistants en médecine spécialisée peuvent acquérir de nouvelles compétences à travers un partenariat franco-marocain. »

Des « solutions d’urgence » attendues

« L’Algérie prépare et forme des médecins tous fin prêts pour exercer en France, regrette, dans les colonnes d’El Khabar, le doyen des médecins algériens, le Dr Bekkat Berkani. Cela prouve l’échec des ministères de la Santé et de l’Enseignement supérieur à prendre correctement en charge nos jeunes médecins car on ne leur offre rien, ni salaires adéquats ni motivations comparables à ce dont ils peuvent bénéficier à l’étranger ». Pourtant, rappelle Lyes Merabet dans Liberté, la formation d’un médecin spécialiste coûte en moyenne à l’État algérien environ quinze millions de dinars (93 000 euros, selon le taux de change officiel). Bekkat Berkani dénonce, notamment, l’absence de dialogue avec ses deux ministères concernant « des questions existentielles » liées aux statuts des praticiens, les conditions de l’exercice médical, la situation dans les hôpitaux, etc.

Cette situation exige, selon le Dr Merabet, des « solutions d’urgence », citant « une révision conséquente des salaires des praticiens de la santé publique ainsi que la modification des statuts des professionnels de la santé », rapporte Le Courrier d’Algérie, qui rappelle que « le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, avait ordonné la révision des lois fondamentales des professionnels de santé, pour l’amélioration de leurs conditions socioprofessionnelles avant la fin de l’année courante ».

Début décembre, le ministère de la Santé a organisé une réunion avec la Coalition nationale des syndicats de la santé et le ministre. Abderrahmane Benbouzid s’était engagé « à ne ménager aucun effort pour améliorer la situation du secteur ». Lors de cette réunion, il a été rappelé les récentes mesures au profit des praticiens de la santé, notamment la révision des statuts particuliers des différents corps de la santé et des régimes indemnitaires y afférents, l’assurance globale (100 %), la bonification de l’âge de départ à la retraite et le capital décès pour les employés du secteur morts dans l’exercice de leur fonction.

« Le phénomène ne s’estompera pas de sitôt »

Mais est-ce suffisant pour contrer cette « véritable saignée » des compétences ?

Cité par Liberté, le sociologue Karim Khaled voit dans l’exode des cerveaux algériens le signe d’un « mal de gouvernance à tous les échelons ». La migration des cadres « ne date pas d’hier », soutient l’auteur de Les Intellectuels algériens, exode et forme d’engagement (éditions Frantz Fanon, 2019). « [Ce phénomène] a été amplifié de manière extraordinaire depuis 2010, en raison notamment d’une gouvernance obsolète et archaïque loin de rassurer nos étudiants, universitaires, médecins, chercheurs, et de manière générale, des pans entiers de notre société », appuie le chercheur Karim Khaled.

Intervient aussi la question de la « dignité », selon ce sociologue : « Quand un chercheur est blessé dans son amour propre et ne bénéficie d’aucune ou de très peu de reconnaissance au double plan institutionnel et social, il ne faut pas s’étonner de le voir opter pour un autre pays prêt à l’accueillir et à reconnaître ses compétences. » « Il y a comme une espèce de mécanique, marqueur du système, qui, faute de nouveaux paradigmes, étouffe et empêche la réalisation de soi. Car ceux qui partent pensent aussi à l’avenir de leur progéniture. C’est dire que le phénomène ne s’estompera pas de sitôt s’il n’est pas appréhendé à l’aune de la qualité et de la profondeur des changements qu’on doit impérativement conférer au pays », conclut, pour sa part l’éditorialiste de Liberté.

Avec Le Point son correspondant à Alger Adlène Meddi

Canada-Québec/Pénurie de personnel : des infirmières de l’hôpital de Trois-Rivières sonnent l’alarme

juillet 12, 2021

Faute de personnel en nombre suffisant, les infirmières du département de médecine familiale de l’hôpital de Trois-Rivières sonnent l’alarme.

Les infirmières de l'hôpital de Trois-Rivières sont à bout de souffle et craignent des bris de services.

© /iStock Les infirmières de l’hôpital de Trois-Rivières sont à bout de souffle et craignent des bris de services.

Ce manque de personnel a forcé 40 % des quarts de travail de la fin de semaine dernière à être effectués en heures supplémentaires volontaires ou obligatoires, c’est-à-dire 29 quarts sur les 74 possibles. Seulement quatre infirmières du département n’ont pas eu à faire d’heures supplémentaires lors de cette période.

Ces infirmières qui prodiguent des soins à 70 patients sur deux étages de l’établissement trifluvien sont à bout de souffle et craignent des bris de services.

C’est inconcevable de faire des temps supplémentaires deux fois dans la même semaine, dans le même week-end. […] Vendredi, j’ai fait un TSO, un temps supplémentaire obligatoire, mais j’avais déjà, dimanche, un [temps supplémentaire] de prévu pour dépanner parce qu’ils me l’avaient demandé. J’ai une collègue, elle a fait vendredi, samedi, deux temps supplémentaires obligatoires. », raconte Sophie Cossette, infirmière auxiliaire.

On ne peut pas se permettre de travailler 36 heures en deux jours et être à notre pleine capacité. Ça peut être dangereux pour les patients », poursuit-elle, tout en admettant que les conditions de travail ne font qu’empirer depuis son arrivée dans la profession, il y a 10 ans.

À l’heure actuelle, 37 postes sont à pourvoir au sein de l’équipe et cinq d’entre eux ont été affichés, mais n’ont pas été comblés.

Non seulement l’équipe d’infirmières dit être à bout de souffle, mais le climat qui règne dans le département est loin d’être idéal selon certains.

Le climat est rendu difficile. Les gens sont épuisés. Ce sont tous des parents, des gens qui sont responsables d’une famille ou qui ont d’autres obligations à l’extérieur. Donc, ça vient que c’est très lourd. », avoue Jessica Laquerre, assistante infirmière-chef.

L’assistante infirmière cheffe explique également que lors des périodes où de nouveaux postes sont affichés, d’importantes vagues de départ s’ensuivent. Ces départs inquiètent les infirmières qui craignent de se retrouver seules, devant la pandémie.

Avec le début de la période des vacances, Mme Laquerre ne voit pas comment la situation peut s’améliorer. Elle sent déjà une détresse » au sein du personnel.

On s’imagine mal bien passer à travers fin juillet, tout le mois d’août aussi. »

Par CBC/Radio-Canada avec les informations d’Amélie Desmarais

Forte hausse des départs de citoyens européens du Royaume-Uni

août 24, 2017

Une rue de Notting Hill à Londres, le 8 août 2017 / © AFP/Archives / Tolga Akmen

Au total 122.000 citoyens européens installés au Royaume-Uni ont quitté le pays entre avril 2016 et mars 2017, un chiffre au plus haut en 9 ans, selon les données publiées jeudi par l’Office national des statistiques britannique (ONS).

L’émigration européenne s’est accélérée ces derniers mois: depuis un an, elle a augmenté de 37% (+33.000 départs par rapport à 2016).

La hausse est particulièrement alimentée par les départs des citoyens roumains et bulgares (+100%) et par ceux des ressortissants d’Europe de l’est (+58% pour le groupe de pays regroupant Pologne, Estonie, Lettonie, Lituanie, Hongrie, République Tchèque, Slovaquie, Slovénie).

Dans le même temps, l’immigration européenne a reculé de 7% (-19.000 arrivées).

Le solde migratoire de citoyens européens au Royaume-Uni reste néanmoins positif sur la période, à +126.000 arrivées, mais accuse une forte baisse par rapport à 2016 (-29%).

Ces variations interviennent alors que les Britanniques ont voté en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne en juin 2016, après une campagne marquée par la question de la réduction de l’immigration.

Pour Jonathan Portes, professeur d’économie à l’université King’s College de Londres, ces résultats « confirment que le Brexit a un impact significatif sur les flux migratoires, même avant tout changement politique ou législatif ».

« Les citoyens européens, ceux qui prévoient de venir au Royaume-Uni comme ceux qui sont déjà installés, sont inquiets pour leur futur statut dans le pays », juge-t-il sur Twitter.

Pour Nicola White, directeur du service des migrations internationales à l’ONS, il est « trop tôt pour dire si ces chiffres sont l’indication d’une tendance de long terme ».

La question du statut des 3,2 millions d’Européens qui vivent outre-Manche et du million de Britanniques installés dans le reste de l’UE est au coeur des négociations de divorce entamées entre Londres et Bruxelles en juin dernier.

Romandie.com avec(©AFP / 24 août 2017 13h51)