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En Égypte, l’opposition se radicalise

février 2, 2013

  • Des opposants à Mohammed Morsi, vendredi au Caire.
    Des opposants à Mohammed Morsi, vendredi au Caire. Crédits photo : MOHAMED ABD EL GHANY/REUTERS

    Malgré les appels au calme, des affrontements ont fait une victime près du palais présidentiel.

    Ils sont redescendus dans la rue. Malgré la pluie, la fatigue et les efforts des parties rivales pour tenter d’amorcer une sortie de crise. «Nos dirigeants sont des menteurs! Nous n’en voulons pas! S’il faut que le sang coule pour s’en débarrasser, alors il coulera», crie cette Égyptienne d’une quarantaine d’années, dans un des cortèges qui mène vers la place Tahrir, ralliée en ce vendredi après-midi par quelques milliers de protestataires. Elle s’appelle Rima et cette employée du tourisme dit n’avoir plus rien à perdre, «puisque de toute façon, les étrangers ne viennent plus chez nous, et que mon agence va finir par mettre la clé sous la porte».

    Dans la foule, au-dessus des têtes, des banderoles demandent «justice» pour les quelque cinquante victimes des accrochages meurtriers de ces derniers jours. Mais c’est surtout la fin du gouvernement du «guide» des Frères musulmans que réclament les manifestants. Ils accusent à l’unisson la Confrérie, dont est issu le président Morsi, d’avoir «confisqué la révolution». Un cri de colère entendu au Caire, mais aussi en province, à Alexandrie ou encore à Port-Saïd, endeuillés par de violents affrontements, où des milliers de personnes se sont rassemblées à l’issue de la prière hebdomadaire.

    La veille, l’opposition – qui avait maintenu son appel à manifester – et le parti Justice et Liberté des Frères musulmans s’étaient mis d’accord pour prévenir les violences. À l’issue d’une réunion de la dernière chance organisée sous l’égide d’al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite, les participants avaient dénoncé «toute incitation à la violence» et souligné «la responsabilité de l’État et de son appareil sécuritaire». Initialement respecté par les manifestants, le pacte a rapidement été brisé à la nuit tombée.

    Aux environs de 18 heures, les premiers cocktails Molotov pleuvent sur le Palais présidentiel, dans le quartier de Héliopolis, où les protestataires ont convergé. Sur la chaîne ONTV, qui retransmet en direct les événements, des manifestants hurlent: «Le peuple veut la chute du régime!» – des slogans entendus il y a deux ans, dans les rassemblements anti-Moubarak. À la tombée de la nuit, un mort était à déplorer.

    Hommes encagoulés

    Sur place, des témoins évoquent des scènes de panique et d’incompréhension. Parmi les protestataires, beaucoup d’activistes appartenant au Mouvement de la jeunesse du 6 avril et de supporteurs du Front de salut national, la principale coalition de l’opposition laïque. Mais aussi de plus en plus d’hommes encagoulés de noir, les fameux «Black Blocs» se revendiquant d’un mouvement anarchiste inspiré d’Europe. Faut-il y voir le début de l’opération «Gaber» – du nom de ce jeune activiste mort sous les balles des forces de l’ordre en novembre dernier – tant promise par ces révolutionnaires d’un nouveau genre? «Ce qui est clair, c’est qu’on assiste à une radicalisation des manifestants face à un gouvernement qui reste myope à nos demandes, et à une opposition qui peine à nous représenter», lance Hiba, 24 ans. Aujourd’hui, cette jeune révolutionnaire ne se reconnaît plus dans cette opposition disparate qui vole en éclats. Ce vendredi, l’ancienne abonnée aux manifestations a préféré rester chez elle pour la première fois, «par peur du chaos», concède-t-elle.

    Car dans ce climat volatile, un autre phénomène, encore plus perfide, se généralise à l’ombre des manifestations: les agressions sexuelles de jeunes femmes. Les organisations de défense des droits de l’homme ont recensé une vingtaine de victimes pour la seule journée du 25 janvier. Fidèles à leur théorie du «retour à l’ordre», les Frères musulmans accusent l’opposition de cautionner ces attaques en continuant à manifester. À l’inverse, certains opposants y voient la main des partisans de la Confrérie dans l’objectif d’entretenir un état de pourrissement du pays qu’ils viendraient ensuite «sauver». Des accusations révélatrices d’une profonde crise de confiance entre le pouvoir et la dissidence, que la médiation d’al-Azhar est loin d’avoir résolue.

    Lefigaro.fr par Delphine Minoui

Afrique du Sud : nouveau bras de fer mineurs-direction à Marikana

août 19, 2012
La police encercle le corps de mineurs grévistes, le 16 août 2012 à Marikana. La police encercle le corps de mineurs grévistes, le 16 août 2012 à Marikana. © AFP

Trois jours après le massacre de la mine de platine de Marikana, où 34 mineurs ont été tués par la police, l’exploitant Lonmin a menacé dimanche de licencier les grévistes qui ne reprendraient pas le travail lundi matin.

Trois jours après le massacre de la mine de platine de Marikana, où 34 mineurs ont été tués par la police, l’exploitant Lonmin a menacé dimanche de licencier les grévistes qui ne reprendraient pas le travail lundi matin. Interrogés par l’AFP, les mineurs, qui réclament toujours de substantielles augmentations de salaires, affirmaient leur intention de poursuivre la grève, en mémoire de leurs camarades tués.

« L’ultimatum final a été repoussé au lundi 20 à la suite des événements de jeudi », a indiqué la société Lonmin, « l’ultimatum final donne aux employés une dernière chance de reprendre le travail ou de s’exposer à un possible licenciement ». « Je ne retourne pas au boulot. Où est l’argent? », demande David Sikonyela, 52 ans, mineur du Lesotho, en prenant connaissance de l’ultimatum.

« Ils ont envoyé la police pour nous tuer »

« Est-ce qu’ils vont virer aussi ceux qui sont à l’hôpital et à la morgue? », s’emporte son collègue Thapelo Modima, 46 ans. « De toute façon, c’est mieux d’être mis à la porte parce qu’ici, on souffre. Nos vies ne vont pas changer. Lonmin se fiche de notre bien-être, jusqu’à maintenant ils ont refusé de nous parler, ils ont envoyé la police pour nous tuer ».

« Des gens sont morts. On est en colère. Si on reprenait le travail, ce serait comme s’ils étaient morts pour rien », ajoute Fezile Magxaba, un contremaître de Marikana, en faisant sa lessive à un robinet collectif. Les mineurs, qui touchent en moyenne 4.000 rands (400 euros) par mois, réclament 12.500 rands (1.250 euros), soit plus qu’un triplement de leur salaire.

Dans cette petite communauté proche de Rustenburg, dans le nord du pays, des services religieux discrets se sont tenus dimanche: « Beaucoup de gens ont peur d’être vus en train de se rassembler, même pour venir à l’église », explique un prêtre de l’Eglise Pentecôtiste, pour expliquer la faible affluence. « Nous faisons attention à ce que notre service ne puisse pas être considéré comme un rassemblement politique ou syndical », ajoute-t-il, refusant de donner son nom.

Non loin de là, à l’hôpital de la mine, des familles encore dans l’ignorance du sort d’un proche continuaient à venir s’informer. La fusillade a fait 34 morts, 78 blessés et 259 personnes ont été arrêtées. Dans le pays, les commentaires politiques allaient bon train, accusant notamment le président Jacob Zuma d’avoir été passif tout au long de la crise.

Le come-back de Malema

La vedette des journaux du dimanche était le jeune tribun populiste Julius Malema, soudain sorti de l’anonymat politique dans lequel il était tombé après avoir été exclu en avril de l’ANC, le parti au pouvoir, pour ses provocations répétées. Samedi, l’ancien leader de la ligue de jeunesse de l’ANC s’est rendu auprès des mineurs et s’est adressé à eux, refusant toute forme de protection policière. Il a accusé le président Zuma d’être responsable du massacre et l’a appelé à démissionner.

« Zuma ne s’intéresse pas aux mineurs. Il est venu ici hier soir (vendredi) et il a rencontré des blancs. Il ne sait même pas si les mineurs sont sains et saufs ou pas », a-t-il lancé aux grévistes. « Julius Malema a saisi une opportunité et a exploité le massacre de Marikana en se présentant comme le seul leader capable de s’adresser aux mineurs armés et en colère », notait dimanche matin The Sunday Independent, ajoutant: « pendant que le président Zuma arrivait à Marikana nuitemment, Malema a profité du vide pour sortir brutalement de l’obscurité politique où il était plongé ».

Malema, qui n’a plus aucune structure politique autour de lui, a très longtemps incarné l’aile radicale de l’ANC. Insatisfait de voir le chômage, la misère et les inégalités s’aggraver 18 ans après la chute de l’apartheid, il appelait notamment à la nationalisation des mines et à l’expulsion sans compensation des grands propriétaires terriens blancs.

Jeuneafrique.com avec AFP

Le Soleil a rendez-vous avec Vénus

juin 6, 2012
INFOGRAPHIE INTERACTIVE- Le 6 juin, la planète Vénus passera devant le disque solaire, un événement qui ne pourra être observé dans sa totalité que dans le Pacifique. Et qui ne se reproduira qu’en… 2117.
 

C’est la dernière chance avant 2117. Le 6 juin, en Europe, la planète Vénus va passer devant le Soleil, une conjonction qui ne se reproduira pas avant 105 ans. Cette petite «éclipse» ne sera que difficilement visible en France métropolitaine, et seulement pour les dernières phases du passage, avec un Soleil encore très bas sur l’horizon peu de temps après son lever. En revanche, les territoires et départements d’outre-mer de l’océan Pacifique, de la Nouvelle-Calédonie à la Polynésie française, seront idéalement placés pour profiter pleinement du spectacle.

Du précédent transit de Vénus, en 2004 (l’événement se produit tous les siècles par paires séparées de huit ans), les astronomes n’attendaient pas de retombées scientifiques particulières. L’immense majorité des observations avaient été faites dans un but éducatif et didactique. Au XVIIIe et au XIXe siècle, l’alignement parfait de la Terre avec Vénus et le Soleil présentait un intérêt majeur car il donnait aux astronomes une occasion unique de mesurer la taille du Système solaire.

«Pendant longtemps, le transit de Vénus devant le Soleil a été le seul moyen de déterminer avec une bonne précision la distance Terre-Soleil, que l’on appelle l’unité astronomique, et qui était le point de départ indispensable pour avoir une idée des distances dans l’ensemble du Système solaire», explique Thomas Widemann, chercheur à l’Observatoire de Paris, qui coordonne cette année des campagnes internationales d’observation de Vénus.

La Lune comme miroir

«En 2012, nous profitons du transit de 2004, un événement dont personne n’avait été témoin depuis 1882 et qui n’avait donc jamais été observé avec des moyens modernes, poursuit ce spécialiste. Les photos de 2004 nous ont montré qu’il était en fait possible de faire à cette occasion de la science très intéressante.» L’intérêt pour les astronomes est aujourd’hui double. Au moment où Vénus commence à passer devant l’astre du jour, la planète est pendant quelques instants entourée d’un fin limbe lumineux, une auréole créée par le passage des rayons solaires au travers de son atmosphère.

De grands observatoires un peu partout sur la planète vont profiter de l’occasion pour étudier les plus hautes couches de l’atmosphère vénusienne, très difficiles à observer même pour Vénus Express, la sonde spatiale européenne en orbite autour de la planète. Le célèbre télescope spatial Hubble, qui est bien trop sensible pour observer directement le Soleil, se servira de la Lune comme d’un miroir imparfait pour tenter d’analyser la variation de luminosité du Soleil au moment où Venus fera son passage. Thomas Widemann, de l’Observatoire de Paris, et Paolo Tanga, astronome à l’Observatoire de Côte d’Azur, ont pour leur part mis sur pied une ambitieuse campagne d’observation internationale, avec des télescopes spéciaux installés en neuf points différents de la planète, dont l’île de Hokkaido au Japon, Hawaï et les îles Marquises en Polynésie française. Ils se serviront en fait de Vénus comme d’un modèle pour préparer les futures études détaillées d’exoplanètes, ces corps que l’on a déjà découverts par centaines autour d’autres étoiles que notre Soleil.

«À distance, il est très difficile de savoir si une planète peut être habitable ou non, et une bonne approche consiste à en étudier la composition de l’atmosphère, explique Thomas Widemann. Vénus est un laboratoire parfait: elle fait la même taille que la Terre, elle se trouve, elle aussi, dans la zone “habitable” autour du Soleil, mais la température y est tellement élevée qu’il ne peut y avoir d’eau liquide.» Avec des équipements spéciaux qu’ils ont mis au point (des cythérographes, qui vont cacher la luminosité du Soleil), les chercheurs français espèrent établir des spectres précis de l’auréole de Vénus. La dispersion des observations sur plusieurs sites éloignés les uns des autres permettra d’augmenter les chances de bénéficier d’une météo clémente pour les observations. Car en cas de raté, il faudra attendre le 11 décembre 2117 avant d’avoir une nouvelle chance de voir l’événement.

Lefigaro.fr par Cyrille Vanlerberghe