Posts Tagged ‘Désespoir’

En Sicile, des migrants désespérant de pouvoir débarquer se jettent à l’eau

novembre 7, 2022
En Sicile, des migrants desesperant de pouvoir debarquer se jettent a l'eau
En Sicile, des migrants désespérant de pouvoir débarquer se jettent à l’eau© AFP/VINCENZO CIRCOSTA

Au bout de leur tragique odyssée, des migrants bloqués dans le port de Catane à bord de l’un des navires humanitaires autorisés à accoster en Sicile par le gouvernement d’extrême droite de Giorgia Meloni se sont jetés à l’eau lundi, désespérant de pouvoir débarquer.

Mme Meloni, la cheffe du parti post-fasciste Fratelli d’Italia, s’est engagée à « défendre les frontières » de l’Italie en empêchant les navires des ONG opérant en Méditerranée d’entrer dans les ports italiens pour y débarquer les milliers de migrants qu’ils secourent chaque année.

Dimanche, son gouvernement a finalement autorisé le débarquement des seuls mineurs et personnes souffrant de problèmes médicaux. Deux bateaux ont pu accoster à Catane, deux autres ont été refusés, transportant au total un millier de personnes.

Pris au piège du face-à-face entre les ONG et le nouvel exécutif italien, trois migrants ont sauté lundi du Geo Barents, un navire géré par Médecins Sans Frontières (MSF) qui était à quai.

Les trois hommes ont été rapidement récupérés, selon MSF.

Peu de temps après, une douzaine d’autres migrants sur le pont du bateau ont scandé « Aidez-nous », a constaté un journaliste de l’AFP.

Simultanément, plus de 500 personnes, signalées plus tôt en perdition par l’ONG Alarm Phone, ont été secourues par les autorités italiennes et débarquées en Sicile, a déclaré à l’AFP la préfète de Syracuse. « Elles font d’abord l’objet d’une visite médicale, puis elles sont identifiées par la police avant d’être réparties dans des structures d’accueil », a expliqué Giuseppa Scaduto.

D’après le ministère italien de l’Intérieur, plus de 88.000 personnes sont arrivées depuis les côtes africaines depuis le 1er janvier.

Le sénateur démocrate Antonio Nicita, qui s’est rendu sur les navires humanitaires mouillant au large du port de Catane, estime que « la situation est tendue » à bord.

« Sur les navires, la nervosité règne, les humanitaires calment les esprits. Beaucoup de migrants se sont déshabillés face à nous pour nous montrer des infections sur les parties intimes », a-t-il témoigné, évoquant des cas de gale.

Le Geo Barents a accosté dimanche soir et les autorités italiennes ont autorisé 357 personnes à débarquer, dont des enfants, tout en refusant l’entrée à 215 autres.

L’un des migrants a ensuite été évacué par ambulance après s’être plaint de douleurs abdominales aiguës, a indiqué MSF lundi, soulignant que les autres étaient de plus en plus vulnérables.

« Leur situation, leur niveau de stress psychologique est très, très élevé », estime Riccardo Gatti, chef de recherche et de sauvetage à MSF.

« Situation d’urgence »

« Le navire a ses limites en termes d’assistance médicale », a-t-il dit.

Dans le port se trouve le bateau sous pavillon allemand Humanity 1, opéré par l’organisation caritative SOS Humanity, qui a débarqué 144 personnes dimanche. A son bord demeurent toujours 35 migrants adultes de sexe masculin.

Un décret du gouvernement italien publié vendredi stipule que le navire n’a été autorisé à accoster que le temps nécessaire pour identifier les passagers en « situation d’urgence ».

Le capitaine du navire, Joachim Ebeling, a défié l’ordre de quitter le port, insistant lundi sur le fait que « toute personne secourue a le droit de débarquer dans un port sûr ». « Je ne vais nulle part avec ces gens à bord », a-t-il dit aux journalistes.

Le nouveau gouvernement italien, le plus à droite depuis la Seconde Guerre mondiale, s’est engagé à observer une ligne dure vis-à-vis des migrants. Et le ministre de l’Intérieur Matteo Piantedosi a estimé que les migrants secourus en mer étaient de la responsabilité de l’Etat sous le drapeau duquel les bateaux naviguent – en l’espèce norvégiens et allemands.

Matteo Salvini, l’ex-ministre de l’Intérieur dont le parti, la Ligue, fait partie de la coalition au pouvoir, a souligné que les arrivées devaient être « stoppées ».

« Ce sont des voyages organisés, de plus en plus dangereux, qui financent les armes et la drogue », a affirmé sur Twitter M. Salvini, actuel vice-Premier ministre.

Des recours ont été déposés devant les tribunaux de Rome et de Catane lundi, a indiqué SOS Humanity.

Amnesty International estime de son côté que l’Italie « enfreint ses obligations internationales ».

Dans un communiqué, l’agence des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) « continuent d’exhorter les gouvernements européens à offrir rapidement un lieu sûr et autoriser le débarquement immédiat de près de 600 personnes restant sur les navires des ONG ».

Par Le Point avec AFP

Canada-Montréal: La diaspora libanaise entre inquiétude et désespoir

août 6, 2020
Mercredi soir, plus de 200 personnes se sont rassemblées au square Dorchester à Montréal pour tenir une veillée à la chandelle en hommage aux victimes des explosions de Beyrouth. Une autre vigile aura lieu jeudi à 19 h, au consulat général du Liban.
© Jacques Nadeau Mercredi soir, plus de 200 personnes se sont rassemblées au square Dorchester à Montréal pour tenir une veillée à la chandelle en hommage aux victimes des explosions de Beyrouth. Une autre vigile aura lieu jeudi à 19 h, au consulat général du Liban.
Partagés entre l’inquiétude, la colère et le désespoir, les membres de la communauté libanaise du Québec étaient toujours sous le choc mercredi, au lendemain des explosions meurtrières qui ont frappé de plein fouet la ville de Beyrouth, faisant plus de 100 morts, des milliers de blessés et des dizaines de disparus.

« L’anxiété m’a envahi hier et depuis elle ne me quitte plus. Je n’ai pas dormi de la nuit. Ça m’a brisé le cœur, ce qui est arrivé », confie Moe Hamandi, originaire du Liban. Si le jeune homme de 30 ans s’est installé depuis une dizaine d’années à Montréal, à des milliers de kilomètres de Beyrouth, il a vécu en direct la détresse de sa famille qui vit toujours dans la capitale libanaise, non loin du port où les explosions ont eu lieu.

« Quand j’ai appelé ma mère mardi, vers 10 h, comme tous les jours depuis le début de la pandémie, j’ai à peine pu lui dire bonjour. J’ai entendu ses cris, des hurlements horribles, et la ligne a coupé. Ça m’a pris 5 minutes pour réussir à la rappeler, car le réseau était coupé. Les 5 minutes les plus longues de ma vie », raconte-t-il, la voix encore tremblante d’émotion.

Paniquée et en pleurs, sa mère lui a raconté comment leur maison est tombée en ruines en une fraction de seconde. Le plafond s’est effondré, les vitres ont volé en éclats, des meubles sont tombés, la porte a été arrachée. « Je n’avais aucune idée si c’était un attentat ou autre [chose]. Chose certaine, elle me décrivait une scène apocalyptique. »

Heureusement, sa mère s’en est sortie indemne. Quelques appels et messages plus tard, Moe Hamandi apprend que son père, sa sœur et les autres membres de sa famille sont également en vie et n’ont pas été blessés. Il a toutefois perdu un ami proche avec qui il a passé ses trois années d’université à Beyrouth.

« C’est la tragédie de trop, dit-il. L’économie libanaise n’allait déjà pas bien, ensuite la pandémie a fait perdre leur job à de nombreux Libanais. Tout ce qu’il leur restait, c’était un toit sur la tête. Les explosions viennent de le leur enlever. »

Le jeune homme craint maintenant pour les jours à venir, se demandant comment sa famille va pouvoir réparer les dégâts matériels monstres, alors que les banques ont limité la quantité d’argent que les Libanais peuvent retirer à quelques centaines de dollars par semaine. Il hésite même à prendre l’avion pour les rejoindre. « J’hésite encore, ça me trotte dans la tête. C’est mon pays qui tombe en ruines, ma famille qui a besoin d’aide. »

La comédienne québécoise d’origine libanaise Raïa Haidar envisage aussi d’aller à Beyrouth pour soutenir ses proches dans cette dure épreuve. « Aujourd’hui, tout le monde est occupé à ramasser les débris, réparer ce qu’il est possible de réparer. Je leur envoie des petits messages, mais je n’ose pas trop les déranger. Sur place, je pourrais tellement faire plus. »

Elle raconte avoir failli perdre sa mère dans le drame, son bureau se situant juste en face du port de Beyrouth. « Elle l’a quitté à peine 10 minutes avant l’explosion. C’est un miracle qu’elle soit encore en vie ». Comme de nombreux Libanais, sa maison a cependant été secouée par les explosions qui ont brisé toutes les vitres.

De son côté, Maryianne Zéhil s’affairait encore à prendre des nouvelles de ses proches mercredi, espérant ne pas apprendre de mauvaise nouvelle. « Beaucoup de gens sont portés disparus. J’angoisse à l’idée de découvrir que quelqu’un que je connais est décédé », indique la cinéaste québécoise née au Liban.

Plusieurs membres de sa famille vivant dans le quartier en face du port ont été blessés lors des explosions. La cousine de sa mère a même disparu après avoir été transférée dans un autre hôpital sans que sa famille en soit avertie. Une autre cousine a vu tout un pan de mur de sa maison s’effondrer.

Colère

« La ville est à moitié détruite, c’est horrible ! », se désole-t-elle, se remémorant l’endroit où elle a grandi et vécu sa jeunesse. « Le quartier d’Achrafieh, en face du port, est un lieu tellement plein de vie d’ordinaire. Il y a une rue avec des pubs, c’est l’endroit où aller pour faire la fête. Tout est à reconstruire. »

Elle s’attriste surtout de voir son pays essuyer tragédie après tragédie. « Si je devais écrire un film sur ce qu’il se passe, ça paraîtrait exagéré, arrangé avec le gars des vues. Les gens ne croiraient pas mon scénario. Et pourtant, c’est la triste réalité. »

Rappelons que Beyrouth a été divisée en deux par la guerre civile de 1975-1990. Elle a également fait les frais de conflits avec le pays voisin, Israël. Sans compter les nombreux bombardements et attaques terroristes qui la visaient.

Si ces explosions ne sont qu’un accident selon les autorités — les déflagrations viendraient des 2750 tonnes de nitrate d’ammonium stockées depuis des années dans un entrepôt portuaire —, certains doutent.

« Ce n’est pas un accident. C’est plutôt le résultat d’une crise économique et politique dû à la corruption et la mauvaise gouvernance de la classe politique depuis des années. Trop d’années ! », se révolte Roland Dick, président de l’Union libanaise culturelle de Montréal. Il a perdu un ami de longue date dans l’explosion, l’homme d’affaires Nazar Najarian, qui a vécu pendant plusieurs années à Montréal avant de retourner dans son pays d’origine.

Soutien à la communauté
En signe de soutien à l’importante diaspora libanaise du Québec — plus de 200 000 personnes — le gouvernement du Québec et la Ville de Montréal ont mis leurs drapeaux en berne mercredi.
En soirée, plus de 200 personnes se sont rassemblées au square Dorchester à Montréal pour tenir une veillée à la chandelle en hommage aux victimes. Une autre vigile aura lieu jeudi à 19 h, au consulat général du Liban.

Québec offre de plus du soutien psychosocial pour les membres de la communauté qui en sentiraient le besoin par l’entremise du ministère de la Santé et des Services sociaux (811), a-t-on indiqué au cabinet de la ministre des Relations internationales, Nadine Girault.

La députée de Québec solidaire, Ruba Ghazal, a demandé à Mme Girault d’octroyer une aide financière d’urgence au Liban pour venir en aide aux sinistrés. Au moment où ces lignes étaient écrites, le cabinet de Mme Girault ne pouvait confirmer si l’option était envisagée.

 

Par Le Devoir avec Mylène Crête et Annabelle Caillou

Le ventre du désert

juillet 25, 2011

Le ventre du désert est rempli de poussière
Portant les germes de la faim sans rivière
Il est un centre de désespoir et de malheur
Ballon vide qui réclame la graine du bonheur

Les yeux du désert de bovins sans efforts
Vacillent sous les paupières sans renforts
Et se ferment peu à peu dans la famine
Qui aussi rode et campe comme la vermine

Les voix qui s’élèvent sous le ciel du désert
Se dessèchent sans eau avant le secours
Des tables rondes sans greniers alimentaires
Sur les terres bradées au risque monétaire.

Bernard NKOUNKOU

Ma vie au désert

octobre 6, 2010

Ma vie est un désert infini
Qui ne conduit nulle part
Car je suis un homme fini
Souffrant l’errance du lézard

Mon espoir a atteint ses limites
Dans cette captivité rampante
Où mon sort de vague à l’âme
Est un désespoir à vil terme

Le monde torchon de raison
Est un pied coupé de talon
Qui ne tient plus bien debout
Pour avoir perdu ses tabous

Quand approche cette minute
De ma vie de simple termite
Je suis prêt à joindre la terre
Dans la tristesse de ma mère

Bernard NKOUNKOU