Posts Tagged ‘dialogue’

Dialogue en RDC : signature d’un « arrangement particulier » sans le Rassemblement de l’opposition

avril 28, 2017

Entrée de Joseph Kabila, président de la RDC, dans le palais du Peuple, le 13 octobre 2012 à Kinshasa. © Baudouin Mouanda pour JA.

Près de quatre mois après la signature de l’accord de la Saint-Sylvestre, les parties prenantes ont paraphé ce jeudi à Kinshasa l’ « arrangement particulier », document additif de mise en oeuvre du compromis politique trouvé en décembre. Une « forfaiture », selon le Rassemblement de l’opposition, qui a boycotté la séance.

Cela ressemble bien à un passage en force. Faisant abstraction du Rassemblement, la principale plateforme de l’opposition congolaise, le camp du président Joseph Kabila a décidé, ce jeudi 27 avril, de conclure les tractations politiques en cours par la signature de l’ « arrangement particulier » avec les dissidents de ce regroupement politique et d’autres opposants.

Après quatre mois d’atermoiements, la Majorité présidentielle (MP) s’est en effet approprié le processus. Mercredi, son secrétaire général et président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku, avec Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat, ont invité les parties prenantes à signer, le lendemain, le document censé définir les modalités pratiques de mise en oeuvre de l’accord de la Saint-Sylvestre.

Un « grand événement », selon le camp Kabila

Un « grand événement […] qui vient ainsi couronner les efforts déployés par toute la classe politique, le chef de l’État en tête », a commenté Aubin Minaku avant la lecture en plénière du fameux « arrangement particulier » par Jean-Lucien Bussa, actuel ministre du Plan.

Le texte prévoit entre autres la formation d’un « gouvernement d’union nationale » de 54 membres, le Premier ministre Bruno Tshibala compris. La procédure de désignation de ce dernier est pourtant considérée comme une « entorse » à l’accord par les évêques catholiques, médiateurs du compromis politique du 31 décembre.

Contacté par Jeune Afrique, l’abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), a estimé par ailleurs qu’il ne voyait « pas d’inconvénient si toutes les parties prenantes se mettent d’accord pour signer l’arrangement particulier ». Problème : le Rassemblement a boycotté la séance.

Une « forfaiture », selon le Rassemblement

Dans un communiqué publié mercredi, le président de ce regroupement politique, Félix Tshisekedi, a dénoncé une « forfaiture » qui démontre « au vu et au su du monde que Joseph Kabila s’exclut du seul cadre qui lui conférait encore une certaine légitimité et rétablit les conditions d’affrontements dans le pays ».

Le Rassemblement invite le peuple à se prendre en charge

« En conséquence, et pour faire échec à ce nouveau coup de force, le Rassemblement invite le peuple à se prendre en charge conformément à l’article 64 de la Constitution [qui autorise tout Congolais à « faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions » constitutionnelles », NDRL] ».

Cela n’a toutefois pas empêché quelques dissidents du Rassemblement − Joseph Olenghankoy et Lisanga Bonganga − de signer le document pour le compte de la plateforme, sous les applaudissements nourris de l’assistance.

« Pour le Congo et face à l’urgence, nous ne cherchons pas l’unanimité absolue mais plutôt une majorité de Congolais, qui acceptent d’adhérer à l’accord », a expliqué à Jeune Afrique Tryphon Kin-Kiey Mulumba, membre du bureau politique de la MP.

Kamerhe et Kengo parmi les signataires

L’ancien ministre a condamné par ailleurs « le système d’exclusion qui règne au sein des partis politiques congolais, et qui ne vise qu’à ériger des pères fondateurs incontournables ». Allusion aux radiations successives, ces dernières semaines, de plusieurs membres du Rassemblement qui ont contesté le tandem Félix Tshisekedi-Pierre Lumbi, désignés respectivement président et président du Conseil des sages de la plateforme après la mort d’Étienne Tshisekedi.

Quant au poste de président du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA) qui était destiné à l’opposant historique avant son décès, il ne reviendra pas nécessairement à un membre du Rassemblement, comme prévu dans l’accord. L’arrangement particulier prévoit en effet sa « désignation par consensus » par les membres du CNSA réunis autour du chef de l’État.

Présents dans la salle, Vital Kamerhe, chef de l’opposition dite « signataire de l’accord de l’OUA » et Léon Kengo wa Dondo, autorité morale de l’ « opposition républicaine », ont eux aussi apposé leur signature au bas du document.

Quant au Front pour le respect de la Constitution, plateforme regroupant le Mouvement de libération du Congo de l’opposant Jean-Pierre Bemba et ses alliés, son représentant à la plénière, Fidèle Babala, a sollicité un « court délai » avant la signature.

Jeuneafrique.com par

Gabon: un forum du « dialogue » tente d’arracher paix civile et sociale

avril 15, 2017

Le président gabonais Ali Bongo Ondimba, lors de la cérémonie de clôture de la Coupe d’Afrique des nations, à Libreville, le 5 février 2017 / © AFP/Archives / GABRIEL BOUYS

Longs discours aux allures de monologues, boycotts et polémiques: au Gabon, après 15 jours de tables rondes ouvertes à la société civile, le « dialogue » voulu par le président Ali Bongo Ondimba pour ressouder un pays divisé par sa réélection contestée entre dans sa phase politique.

Prenant le relais d?innombrables associations et autorités religieuses qui viennent de remettre leurs propositions, 188 représentants politiques participeront du 18 avril au 10 mai à ce dialogue « national inclusif et sans tabou ».

Ce forum est cependant toujours rejeté par le rival d’Ali Bongo, Jean Ping, qui se proclame le « président élu » au scrutin du 27 août 2016 et appelle ses partisans à un meeting samedi à Libreville pour demander « la fin du pouvoir illégitime ».

M. Bongo avait annoncé ce « dialogue » dès la validation de sa réélection par la Cour constitutionnelle, pour tourner la page de violences postélectorales sans précédent dans ce pays pétrolier d’1,8 million d’habitants habitué à la paix civile.

« Messieurs, voici ici la brique qui va soutenir la paix au Gabon », a déclaré solennellement mercredi Alexandre Désiré Tapoyo, l’un des rapporteurs de la société civile en clôture de la « phase citoyenne » ouverte le 28 mars.

Cette « brique » est en fait le rapport général des propositions de la société civile sur les réformes constitutionnelles et électorales.

Le rapport plaide entre autres pour une limitation du nombre des mandats présidentiels à un quinquennat renouvelable une fois et pour un vote au suffrage universel à deux tours. Actuellement, le président est élu pour sept ans lors d’un scrutin à un tour.

A côté du stade de l’Amitié de Libreville, théâtre de la dernière Coupe d’Afrique des Nations de football, un immense chapiteau a été installé pour accueillir les 1.200 participants de la société civile.

Dans un pays en proie à des difficultés économiques se manifestant par de nombreuses grèves et des retards dans le paiement de salaires, un budget d’environ 13 milliards de francs CFA (près de 19,8 millions d’euros) a été débloqué pour l’organisation du dialogue, selon les estimations du journal en ligne GabonReview.

« Le gouvernement ne peut pas commenter des chiffres farfelus », a réagi le porte-parole du gouvernement Alain-Claude Bilie-By-Nze joint par l’AFP, ajoutant que « le coût du dialogue sera toujours moins onéreux que le coût d’une guerre ou d’une crise larvée ».

Le chef de l’opposition gabonaise Jean Ping (d), lors d’une conférence de presse à Libreville, le 27 janvier 2017 / © AFP/Archives / STEVE JORDAN

– Crainte du statu quo –

Cette somme sert notamment à financer le « per diem », l’indemnité versée aux participants, qui s?élève à 500.000 francs CFA (760 euros) par personne pour quinze jours, a appris l’AFP de sources concordantes.

Ce « per diem » a lui-même été source de débats houleux. « Plus de 80 associations ne sont pas rentrées en possession de leurs per diem. Nous nous sommes rendus compte que certaines qui n’ont pas participé ont perçu de l’argent », s’est plaint un participant à l’AFP au sortir du stade.

« Nous, on n’est pas là pour l’argent », assure un représentant de la société civile qui se fait appeler M. Joss, président de la jeunesse du Haut-Ogooué – fief électoral d’Ali Bongo – et qui avait soutenu M. Ping à la présidentielle.

« Nous sommes venus car nous sommes des démocrates.(…) Mais ce que l’on a fait, ce n’était pas un dialogue. C’était un monologue », déplore M. Joss.

Comme d’autres participants, il craint que les revendications de la société civile ne soient pas suivies d’effets au sortir de la phase « politique » du dialogue.

« Tout ce que vous avez fait dans la phase citoyenne va être pris en compte par les acteurs de la phase politique », a promis en conférence de presse René Ndemezo Obiang, ancien directeur de campagne de Jean Ping et désormais représentant de l’opposition au « dialogue ».

Les conclusions du « dialogue » devront être transformées au plus vite en texte de loi, selon le gouvernement.

Romandie.com avec(©AFP / 15 avril 2017 08h51)

Dialogue politique en RDC : Chut ! Joseph Kabila consulte

avril 3, 2017

Le président Joseph Kabila à Kindu, le 31 décembre 2016. © John Bompengo/AP/SIPA

Après l’échec des pourparlers directs entre la Majorité présidentielle (MP) et l’opposition, constaté le 27 mars par la médiation des évêques catholiques, place aux consultations informelles !

« Le chef de l’État, Joseph Kabila, a demandé à un petit noyau de ses collaborateurs, réunis autour d’Aubin Minaku, notre secrétaire général, de prendre contact avec le Rassemblement [principale plateforme de l’opposition] », a confirmé à Jeune Afrique Alain-André Atundu, porte-parole de la MP.

Objectif : « déblayer » la voie afin qu’un Premier ministre de la transition et un président du Conseil national de suivi de l’accord (CNSA) soient enfin choisis.

La faction dissidente du Rassemblement, conduite par Joseph Olenghankoy, a été reçue le 30 mars. « Cette délégation s’est aussi entretenue avec Saïd Djinnit, l’envoyé spécial de l’ONU pour la région des Grands Lacs », précise Raphaël Katebe Katoto, qui revendique le poste de chef du gouvernement (lequel, aux termes de l’accord de la Saint-Sylvestre, doit revenir au Rassemblement).

Félix Tshisekedi sur les rangs

L’émissaire onusien a rencontré le même jour Félix Tshisekedi, lui aussi sur les rangs. D’après nos informations, le président du Rassemblement ne verrait pas d’inconvénient à répondre aux consultations menées par Minaku. Une option pourtant déjà rejetée par Martin Fayulu (Dynamique de l’opposition) et Christophe Lutundula (G7), cadres de la plateforme politique. Des concertations ont commencé en interne pour accorder les violons.

Finalement, le président Kabila qui a promis de s’adresser dans un bref délai au peuple congolais, a annoncé dimanche 2 avril qu’il était disposé à recevoir lundi 3 et mardi 4 avril les « différents groupes de la classe politique et sociale » ayant pris part aux derniers pourparlers.

Jeuneafrique.com

Gabon : duel à distance entre Jean Ping et Ali Bongo Ondimba

avril 3, 2017

Jean Ping et Ali Bongo Ondimba étaient les deux candidats favoris de la présidentielle de 2016. © Vincent Fournier/JA

Je dialogue… moi non plus. À la veille des assises censées dénouer la crise postélectorale, qui ont commencé mardi 28 mars, les chances étaient minces de voir ABO et Jean Ping s’asseoir autour d’une même table.

Il avait promis de ne rien lâcher. Candidat malheureux à l’élection présidentielle du 27 août 2016, Jean Ping mène depuis sept mois une guerre des nerfs contre Ali Bongo Ondimba (ABO), dont il conteste la réélection.

Le processus électoral joue les prolongations et la prochaine échéance était prévue le 28 mars, date de l’ouverture du dialogue politique organisé par le pouvoir. Selon le comité ad hoc chargé d’organiser ce forum censé réunir l’ensemble des forces politiques du pays, l’objectif est d’apaiser les tensions sociopolitiques, de renforcer l’État de droit, de relancer le développement économique et d’enraciner une gouvernance saine et efficace. Mais l’opposant ne veut pas en entendre parler. Gratifié du titre de « président élu » par ses partisans, il a organisé son propre dialogue en décembre et les a appelés à boycotter les assises décidées par son rival.

Tenez bon ! Nous pouvons encore le chasser

Ne laissant aucun répit à ABO, Ping est récemment repassé à l’offensive : il s’est rendu à Paris mi-mars, multipliant les rendez-vous avec ses soutiens français avant de se rendre à Bruxelles, où il compte des amis au sein des institutions européennes. « Tenez bon ! Nous pouvons encore le chasser », clame-t-il à ses partisans tentés de prendre part aux législatives prévues en juillet.

Dans cette guerre de tranchées, une éphémère paix des braves avait été conclue. En janvier, des contacts informels entre les belligérants ont fait naître l’espoir d’un apaisement. Jean Ping a alors laissé des modérés de son entourage discuter avec le régime. « Nous avons même évoqué la possibilité d’un rendez-vous », confie l’un des négociateurs.

Et puis patatras ! Le 2 février, le Parlement européen fait tout capoter en adoptant une résolution au vitriol s’appuyant sur le rapport de la mission d’observation électorale mandatée par Bruxelles au Gabon : selon les députés européens, le processus électoral a manqué de « transparence », au point de produire des résultats « extrêmement douteux ».

Enfonçant le clou, le Parlement demande au Conseil européen, instance ministérielle habilitée à prendre des décisions contraignantes, de se saisir du dossier pour faire jouer les dispositions de l’accord de Cotonou. Dans ce cas de figure, celui-ci prévoit l’ouverture de consultations avec le pays mis en cause et, le cas échéant, le recours à des sanctions ciblées contre certaines personnalités au pouvoir. Revigoré par ce soutien venu de Bruxelles, Jean Ping enjoint dès lors à ses émissaires de rompre tout contact avec leurs interlocuteurs.

Départs de feu

Les hostilités reprennent de plus belle, sur fond de front social en ébullition. Connectée à l’agenda politique, la puissante Convention nationale des syndicats du secteur éducation (Conasysed) hausse le ton. Déjà en grève générale illimitée, les enseignants refusent de reprendre les cours tandis que les élèves investissent la rue. À bout de patience, le gouvernement tape donc du poing sur la table : le 17 mars, le ministre de l’Intérieur interdit le syndicat pour faits de « troubles manifestes à l’ordre public, entrave à la liberté du travail, violence et voies de fait ».

Sur le plan international, le pouvoir s’emploie également à éteindre les départs de feu. Ancien ministre des Affaires étrangères et ex-président de la Commission de l’Union africaine, Jean Ping a activé ses réseaux pour tenter d’isoler son adversaire. À Paris, le plaidoyer de l’opposant à d’abord reçu un écho favorable.

Le 1er septembre 2016, après une nuit de violences consécutive à la proclamation des résultats, l’ambassadeur français auprès des Nations unies, François Delattre, demande l’inscription de la crise postélectorale gabonaise à l’ordre du jour du Conseil de sécurité – dans la rubrique « divers » – afin que l’examen de la question soit sanctionné par un communiqué de son président.

Même si elle n’a pas la même force qu’une résolution, cette procédure couramment utilisée peut se révéler désastreuse, en matière d’image, pour le pays concerné car elle est susceptible d’entraîner une saisine du Comité des droits de l’homme. Toutefois, l’initiative n’aboutit pas, en raison du veto de la Chine et de la Russie.

Durant la même période, une autre bataille diplomatique se joue au sein de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), en prélude au sommet de Madagascar. Initialement, une résolution sur les troubles postélectoraux, portée par la France et le Canada, était inscrite à l’ordre du jour. Mais les diplomates gabonais parviennent à déconstruire le projet point par point.

Jean Ping a gagné l’élection mais il y a un seul président au Palais, et c’est Ali Bongo

À la veille du sommet, Paris revient à de meilleurs sentiments. « Le Gabon a un président et le seul souhait que nous pouvons émettre, c’est qu’il y ait un dialogue, une réconciliation », déclare le Premier ministre Manuel Valls en novembre. Ping accuse le coup mais ne baisse pas les bras.

Le 18 décembre, il convoque son propre « dialogue », où il n’est question que du départ d’ABO. Mais les décisions qui en sortent n’auront aucun impact. « Comment pouvons-nous faire en sorte que nos propositions s’accordent avec la réalité juridique, constitutionnelle et politique du pays ? s’interroge Casimir Oyé Mba, ex-candidat à la présidentielle avant son ralliement à Ping. Jean Ping a gagné l’élection mais il y a un seul président au Palais, et c’est Ali Bongo. »

Dans les rangs du pouvoir, on a la dent dure contre le Parlement européen. « La résolution du 2 février 2017 a torpillé les efforts de réconciliation entrepris, regrette un ministre. Elle a redonné espoir aux “faucons” de l’entourage de Ping, comme Zacharie Myboto et Guy Nzouba-Ndama, qui l’incitent à camper sur une ligne intransigeante. »

On est loin du scénario des accords de Paris, signés en septembre 1994 : tout en jouant à la perfection le rôle de l’opposant radical, chauffant à blanc ses partisans afin d’être en position de force face à Omar Bongo Ondimba, le père Paul Mba Abessole avait laissé ses lieutenants négocier. « Peut-être René Ndémezo Obiang joue-t-il ce rôle de négociateur pour le compte de Ping ? » susurre un habitué des joutes politiciennes gabonaises.

 Beaucoup se comportent comme s’il ne s’agissait que d’un partage de postes

Hier directeur de campagne de Jean Ping, ce politicien rusé est aujourd’hui le premier vice-président du bureau du comité ad hoc chargé du dialogue. Officiellement, il a lâché son champion. Mais en coulisses tout semble possible…

Participer ou non aux assises ? La question menace de faire imploser l’opposition. Contre l’avis de leur chef de file, plusieurs personnalités de la coalition formée autour de Ping sont aujourd’hui prêtes à discuter avec le pouvoir. Patron de l’une des trois tendances de l’Union du peuple gabonais (UPG), David Mbadinga n’est pas insensible à la perspective de refondre le code électoral. L’ancien président de l’Assemblée nationale et patron du Congrès pour la démocratie et la justice (CDJ), Jules Aristide Bourdes Ogouliguendé, pourrait bien en être, lui aussi. Quant à la société civile, elle a en partie sauté le pas.

Reste qu’au bout du compte le pouvoir fait un pari risqué. Discuter d’apaisement en l’absence de Ping peut en effet sembler une vaine démarche. En outre, la très active société civile a dû attendre son tour pour se faire entendre : « Beaucoup se comportent comme s’il ne s’agissait que d’un partage de postes. Moi, je n’y vais pas pour cela », s’indigne Dieudonné Minlama Mintogo, candidat indépendant à la présidentielle, qui était plutôt partisan d’une commission vérité et réconciliation susceptible d’aboutir à l’indemnisation des victimes des violences postélectorales. Il n’était pas trop tard, ce 28 mars, pour tenter de recoller les morceaux de ce pays fracturé.


LE RETOUR DES GRANDES PALABRES

Réunie autour de Jean Ping, une partie de l’opposition ne veut pas y aller. Ali Bongo Ondimba lui-même s’y rend à reculons. Cohérent avec sa volonté de rompre avec les petits arrangements qui ont perverti la longue présidence de son père, compromettant par ricochet le développement du pays, il ne voulait plus entendre parler de ces palabres politiques.

Au cours de son précédent septennat, il avait tenté de réactiver une instance en sommeil : le Conseil national de la démocratie, un organe consultatif ayant notamment un rôle de médiateur dans les conflits opposant des acteurs politiques. Mais la seule évocation de ce « machin » suscite les sarcasmes.

Reste donc le bon vieux dialogue, comme sous « Omar ». Convoqué le 28 mars, il doit se tenir en plusieurs phases et permettre aux participants de tout mettre sur la table. Réuni du 15 au 25 février, un comité ad hoc présidé par le Premier ministre, Emmanuel Issoze-Ngondet, en a fixé les thèmes et les objectifs, avec la participation d’une partie de l’opposition.

Les Gabonais pourront notamment discuter de la durée des mandats – ceux du président, des députés, des sénateurs, des élus locaux et des membres de la Cour constitutionnelle. Ce sera également l’occasion de réviser le code électoral, de redécouper les circonscriptions, de redéfinir le rôle et les missions des instances chargées de l’organisation des élections (ministère de l’Intérieur, commission électorale et Cour constitutionnelle). Les résolutions qui en sortiront pourraient changer profondément le cadre institutionnel et constitutionnel du pays.

Jeuneafrique.com par

Dialogue en RDC : les évêques mettent fin à leur médiation et dénoncent l’impasse des discussions

mars 28, 2017

Les évêques catholiques se rendent à une réunion à Kinshasa le 21 décembre 2016. © John Bompengo/AP/SIPA

La Conférence épiscopale nationale des évêques (Cenco) a mis fin à la médiation entre le pouvoir et l’opposition, a-t-elle indiqué lundi, tard dans la soirée. Les évêques en appellent à la responsabilité du chef de l’État pour la poursuite des négociations.

« La Cenco n’entend pas conduire les bons offices indéfiniment », a fait savoir cette dernière lundi 27 mars, après plus de trois mois passés à arbitrer le dialogue politique entre le pouvoir et l’opposition.

« À ce niveau, la Cenco porte à la connaissance de l’opinion tant nationale qu’internationale l’impasse politique de ces discussions » a souligné Mgr Marcel Utembi, président de la Cenco, dans son discours de clôture des travaux portant sur « l’arrangement particulier », ce document additif du compromis politique signé le 31 décembre 2016 sous l’égide des évêques dans lequel toutes les modalités d’application de l’accord entre le pouvoir et l’opposition devaient être définies, mais qui n’a toujours pas été adopté.

Les discussions dans l’impasse

Devant la presse, le vice-président de la Cenco, Mgr Fridolin Ambongo, a pour sa part déploré « les jeux d’intérêt partisans qui priment sur l’intérêt de la nation ». « Il y a des petites questions qu’on pouvait facilement traiter qu’on fait traîner en longueur comme si la souffrance du peuple ne leur disait rien », a-t-il renchéri, regrettant qu’aujourd’hui, « plus personne ne parle des élections ».

Très critique envers « la classe politique », dont il pointe « l’inconscience et l’insensibilité par rapport à la gravité de la situation », en référence notamment aux violences dans le Kasaï (centre) et dans l’est de la RDC, Mgr Fridolin Ambongo a lancé un appel au peuple, affirmant que « la pression ne peut venir uniquement de la Cenco ».

Appel au chef de l’État

Pour conclure, la Cenco « en appelle à l’implication personnelle et à la responsabilité du Chef de l’État en tant que garant de la nation, dans la mise en oeuvre rapide de l’accord de la Saint-Sylvestre« . Dans ce compromis, le chef de l’État congolais – dont le mandat est échu depuis le 20 décembre –  peut rester au pouvoir, mais il doit nommer un Premier ministre issu du Rassemblement, la principale plateforme de l’opposition.

« Après trois mois de médiation, nous constatons que les évêques ont échoué dans la mission que le président Joseph Kabila leur avait confiée. Le chef de l’État, en sa qualité de garant de la nation, va prendre ses responsabilités », a réagi mardi Barnabé Kikaya Bin Karubi, conseiller diplomatique du chef de l’État en visite à Berlin, contacté par JA.

Nous avons fait tout ce qui était dans la mesure du possible

« Nous prenons acte de la déclaration de la Cenco qui vient de mettre fin à la médiation. C’est un jour triste pour le Congo et pour les Congolais », a déclaré lundi devant la presse Félix Tshisekedi (le fils d’Étienne), de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

Parlant au nom du Rassemblement de l’opposition, il a estimé que ce dernier avait « fait tout ce qui était dans la mesure du possible pour essayer de trouver une solution à cette crise qui est due au fait qu’on n’a pas organisé des élections libres et démocratiques dans ce pays ».

Le Rassemblement, qui est parvenu, bon an, mal an, à rester soudé après la disparition d’Étienne Tshisekedi le 1er février à Bruxelles, s’exprimera publiquement ce mardi, à Kinshasa, au sujet de la situation politique en RDC, a indiqué le fils de l’opposant historique.

Jeuneafrique.com par

Bongo lance son « dialogue politique » sans Ping dans un Gabon sous tension

mars 26, 2017

Le président du Gabon Ali Bongo Ondimba à Libreville le 5 février 2017 / © AFP/Archives / GABRIEL BOUYS

En proie à des tensions politiques, économiques et sociales, le Gabon lance mardi son « dialogue politique » voulu par le président Ali Bongo Ondimba depuis sa réélection contestée il y a six mois, mais boycotté par son rival Jean Ping.

Alors que Libreville cherche de nouveaux investisseurs, notamment en Chine et en France, pour relancer et diversifier son économie, les partenaires du pays suivent de près ce rendez-vous. En tête desquels la France, ex-puissance coloniale, qui avait accueilli très fraîchement la réélection de M. Bongo, mise en cause par les observateurs électoraux de l’Union européenne (UE).

Le président Bongo Ondimba avait annoncé ce « dialogue politique inclusif et sans tabou » immédiatement après la validation de sa réélection le 24 septembre par la Cour constitutionnelle. La première annonce de sa victoire avait suscité des violences rares dans ce pays pétrolier d’1,8 million d’habitants relativement prospère, dirigé par la famille Bongo depuis 50 ans.

Vendredi, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault « a exprimé l?espoir » que ce dialogue « débouche sur des réformes structurelles », après avoir reçu à Paris le Premier ministre gabonais Emmanuel Issoze Ngondet, première réception officielle d’un haut responsable gabonais depuis la présidentielle.

– 1.200 organisations –

« La préparation des prochaines élections législatives est une opportunité pour que les différentes sensibilités politiques prennent des engagements en faveur de la démocratie et l?État de droit au Gabon. Une facilitation internationale pourrait utilement être mobilisée », a ajouté le quai d’Orsay.

Le Premier ministre gabonais Emmanuel Issoze Ngondet, le 29 septembre 2016 à Libreville / © AFP/Archives / STEVE JORDAN

A Paris, M. Issoze Ngondet a aussi cherché de nouveaux investisseurs auprès du patronat français (Medef), qui s’est inquiété des retards de paiement touchant les entreprises françaises au Gabon, victime de la chute des cours du brut (40% de son PIB avant la crise en 2014).

Le « dialogue politique inclusif et sans tabou » est boycotté par la Coalition pour la nouvelle République (CNR) de Jean Ping, qui se proclame toujours président élu et qui se trouvait également à Paris la semaine dernière.

M. Ping, crédité par la Cour constitutionnelle de 47,24% des voix contre 50,66% pour M. Bongo, cite le rapport de la mission électorale de l’UE qui parle d' »anomalies » mettant en cause le « résultat final de l?élection ».

« Que tel ou tel ne participe pas, peu importe, cela ne gêne pas », a assuré le Premier ministre gabonais jeudi sur la chaîne France 24, se félicitant de la participation « massive » de la société civile (pas moins de 1.200 « organisations » officiellement enregistrées) et d’une cinquantaine de partis politiques.

Ce dialogue est un « impératif » pour « sortir de la situation tendue qui a prévalu au lendemain de la présidentielle », a ajouté M. Issoze Ngondet dans un entretien au quotidien Le Monde.

Le principal opposant au président Bongo, Jean Ping (G) de la Coalition pour la nouvelle République (CNR) à Libreville le 27 janvier 2017 / © AFP/Archives / STEVE JORDAN

– Un air de « déjà-vu » –

Le dialogue doit commencer par une phase « citoyenne » avec les acteurs de la société civile, alors que le gouvernement vient d’interdire les activités d’une fédération de sept syndicats d’enseignants en grève depuis plusieurs mois.

Les discussions politiques devraient ensuite porter sur plusieurs possibles réformes constitutionnelles: limitation du nombre de mandats présidentiels de sept ans, élection présidentielle à deux tours et non plus un seul, rétablissement d’un poste de vice-président…

Devrait être aussi abordé le rôle de la commission électorale et de la Cour constitutionnelle, deux institutions particulièrement décriées par l’opposition lors de la présidentielle.

Ce dialogue devrait être le préalable à des élections législatives, déjà reportées au plus au tard à fin juillet 2017. Cependant ces élections pourraient de nouveau être ajournées en cas d’adoption de réformes constitutionnelles, indique-t-on de source proche de la présidence.

Ce forum a un air de « déjà vu » pour les vétérans et les poids lourds de la classe politique gabonaise. Après sa réélection contestée lors de la première présidentielle pluraliste du pays, en 1993, Omar Bongo, père de l’actuel président, avait organisé un dialogue similaire, tenu alors à Paris.

Après des mois de tractations et de discussions de couloirs, il avait abouti à conforter le pouvoir du chef de l’État.

Romandie.com avec(©AFP / 26 mars 2017 16h07)

Burundi: Pierre Nkurunziza et son régime dans le collimateur du Conseil de sécurité

mars 15, 2017

Une déclaration à l’initiative de la France a été adoptée, à l’unanimité, après quelques ajustements avec la Russie, la Chine et l’Egypte, qui s’opposent aux sanctions.

Le Conseil s’est dit « alarmé par le nombre croissant de réfugiés quittant le pays et troublé par des rapports de torture, de disparitions forcées et de tueries ».

Des centaines de personnes ont été tuées et 390.000 personnes ont fui le Burundi depuis que le pays a sombré dans la violence, en avril 2015, après l’annonce par le président, Pierre Nkurunziza, de son intention de briguer un troisième mandat, qui lui était interdit, et qu’il a, depuis, remporté.

Le Conseil de sécurité a appuyé la proposition du médiateur, Benjamin Mkapa, ancien président tanzanien, de tenir un Sommet régional afin d’inciter le gouvernement et l’opposition du Burundi à ouvrir des négociations.

Les quinze Etats membres ont exhorté le gouvernement du Burundi à signer un accord avec l’Union africaine pour le déploiement d’observateurs des droits de l’homme et d’experts militaires, dont seuls une poignée ont été autorisés dans le pays.

En juillet, le Conseil avait autorisé le déploiement d’au moins 228 policiers de l’ONU au Burundi pour surveiller la situation sécuritaire et les atteintes aux droits de l’homme, mais, le gouvernement avait bloqué le déploiement de cette force. Au grand désarroi de la France, le pays membre du Conseil de sécurité qui avait porté cette résolution.

Dans un rapport envoyé au Conseil de sécurité, le mois dernier, le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est déclaré « très préoccupé » par les déclarations du président Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, suggérant qu’il pourrait demander un quatrième mandat, puis, un cinquième, un sixième, un septième, bref, une présidence à vie. Une telle initiative « risquerait d’intensifier la crise », avait estimé M. Guterres.

Pierre Nkurunziza est un gros caillou dans la chaussure de la communauté internationale. Il a intérêt à faire, extrêmement, attention car ses agissements contraires à toutes les règles de vie et de démocratie, ont mis à bout l’Afrique et la communauté internationale. Pour preuve, aujourd’hui, plus aucun chef d’Etat (au monde) n’arrive à le soutenir ouvertement.

Afriqueeducation.com

Gabon: le dialogue politique voulu par Ali Bongo débutera le 28 mars

mars 12, 2017

Le président gabonais, Ali Bongo Ondimba, au Palais de l’Élysée pour la préparation de la COP21, à Paris, le 10 novembre 2015. © Francois Mori/AP/SIPA

Le « dialogue politique » pouvoir-opposition, voulu par le président du Gabon Ali Bongo Ondimba après sa réélection contestée en août, s’ouvrira le 28 mars, sans son principal rival Jean Ping qui a d’ores et déjà annoncé qu’il boycotterait ce forum.

Ce dialogue portera sur « la réforme des institutions et la consolidation de l’Etat de droit démocratique », « les réformes électorales » et « la modernisation de la vie publique », selon un décret adopté vendredi en Conseil des ministres et publié samedi par le quotidien national l’Union.

Participation citoyenne

Une première phase « citoyenne » permettra à la société civile d’apporter « ses contributions », tandis qu’une autre étape « sera consacrée exclusivement aux partis politiques », selon le texte.

Ali Bongo avait proposé ce dialogue « à tous les responsables politiques, y compris les candidats malheureux » à l’élection présidentielle dès la validation de sa réélection le 24 septembre par la Cour constitutionnelle qui a rejeté un recours de Jean Ping.

Une partie de l’opposition a participé en février aux travaux d’un comité préparatoire « paritaire » pour organiser ce « dialogue inclusif et sans tabou », qui doit avoir lieu à Libreville.

Boycott de Jean Ping

En revanche, la Coalition pour la nouvelle République (CNR) de Jean Ping et ses partisans n’a participé « ni de près ni de loin » à ces travaux préparatoires, avait indiqué à l’AFP son porte-parole, Jean Gaspard Ntountoume.

Jean Ping se proclame toujours « le président élu », s’appuyant notamment sur le rapport final de la mission d’observation électorale de l’Union européenne.

Présenté en décembre à Libreville, ce rapport, contesté par le gouvernement, pointe des « anomalies » qui « mettent en question l’intégrité du processus de consolidation des résultats et du résultat final de l’élection ».

Le communiqué du conseil des ministres assure de son côté que le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, considère que « l’élection présidentielle du 27 août est désormais derrière nous ».

Le chef de la diplomatie gabonaise, Pacome Moubelet-Boubeya, a rencontré Antonio Guterres il y a quelques jours, avait indiqué son ministère dans un communiqué. Des élections législatives doivent se tenir au Gabon d’ici fin juillet.

Jeuneafrique.com avec AFP

Congo: Le Pasteur NToumi demande la tenue d’un dialogue sous l’égide la communauté internationale

mars 11, 2017

 

Dialogue en RD Congo : la médiation des évêques prise entre deux feux

mars 7, 2017

Monseigneur Marcel Utembi, médiateur dans le dialogue politique en République Démocratique du Congo, à Kinshasa, le 21 décembre 2016. © John Bompengo/AP/SIPA

Depuis trois mois, les évêques congolais arbitrent le dialogue politique laborieux entre le pouvoir et l’opposition. Au risque de ternir leur image…

Peut-on être médiateur dans le marigot politique congolais sans y perdre son âme ? Depuis décembre 2016, cette question agite la conscience des évêques catholiques. Ils sont en effet les arbitres d’un dialogue de sourds entre le pouvoir de Kinshasa et l’opposition, sur fond de crise constitutionnelle.

Le 20 décembre, le dernier mandat de Joseph Kabila a en effet expiré sans qu’un successeur ait été élu. La mission dévolue à la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), emmenée par Mgr Marcel Utembi, est délicate : le médiateur de l’Union africaine, Edem Kodjo, qui avait précédé les évêques dans cette tâche, n’avait pas réussi à convaincre l’opposition de négocier. Ses deux poids lourds d’alors, Étienne Tshisekedi et Moïse Katumbi (réunis au sein du Rassemblement de l’opposition), l’avaient récusé, le jugeant trop proche du pouvoir.

L’espoir de la Saint-Sylvestre

Mais en décembre, l’épiscopat faisait renaître l’espoir d’une transition apaisée. Forts de leur prestige dans la société congolaise (catholique à plus de 40 %) et aidés de la pression internationale, les évêques congolais ont ramené tout le monde autour de la table et fini par obtenir l’« accord de la Saint-Sylvestre ». Selon ce compromis signé le 31 décembre, le président Kabila peut rester au pouvoir, mais il doit nommer un Premier ministre issu de l’opposition.

Or cette mécanique s’est rapidement grippée quant à ses modalités d’application. Après la disparition d’Étienne Tshisekedi, le 1er février à Bruxelles, le Rassemblement de l’opposition est parvenu, bon an mal an, à rester soudé. Le 2 mars, il désignait un duo à sa tête : l’expérimenté Pierre Lumbi (proche de Katumbi) du Mouvement social pour le renouveau, et son candidat pour le poste de Premier ministre, Félix Tshisekedi (le fils d’Étienne) de l’Union pour la démocratie et le progrès social. Or Joseph Kabila exige de faire son choix sur la base d’une liste d’au moins trois noms.

La lettre muette de Tshisekedi

Jusqu’à présent, les évêques se refusent à trancher ce litige, à l’origine du blocage. Le risque est en effet grand pour eux d’être accusés de partialité, comme l’a montré l’épisode vaudevillesque de la lettre d’Étienne Tshisekedi. Avant son décès, ce dernier avait en effet transmis aux évêques une lettre adressée au chef de l’État contenant le nom de celui qu’il entendait nommer à la primature. Au lendemain de sa mort, l’opposition s’y est accrochée comme à une relique.

Les évêques doivent démontrer aux Congolais qu’ils restent indépendants, sous peine de perdre leur popularité

Lorsque le président a enfin reçu les prélats, le 20 février, l’opposition était en droit d’espérer que la sainte missive contraigne Kabila à céder. Or, trois jours plus tard, le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku – un proche du président – affirmait que ladite lettre n’avait pas été remise à son destinataire. « Les évêques se sont laissé intimider ! » s’indignait alors un stratège du Rassemblement.

Impartialité à la loupe

Sous pression, les évêques ont dû organiser aussitôt une conférence de presse afin de s’expliquer. Entre les lignes, ils ont laissé entendre qu’en réalité le chef de l’État avait refusé de recevoir la missive. Trois jours plus tard, comme pour prouver son indépendance, la Cenco lançait une lourde accusation contre le pouvoir : celui-ci entretiendrait volontairement des « foyers de tension » dans le pays afin de retarder l’élection prévue en fin d’année.

Le 27 janvier dernier, l’ambassadeur de la RD Congo à l’ONU a effectivement fait valoir que la – modeste – reprise de la rébellion du Mouvement du 23-Mars (M23) dans l’est du pays risquait de « perturber le processus électoral ». De là à imaginer que le pouvoir l’a lui-même suscitée, il n’y a qu’un pas que les diplomates occidentaux à Kinshasa se gardent de franchir. « Les évêques sont devenus une troisième partie aux discussions, analyse l’un d’eux. Ils doivent démontrer aux Congolais qu’ils restent indépendants, sous peine de perdre leur popularité. »

Fin février, des églises ont été pillées à Lubumbashi (fief de Katumbi) et dans la commune kinoise de Limete (celui des Tshisekedi). L’opposition accuse le régime d’avoir organisé ces exactions pour la discréditer. Le clergé, lui, s’est refusé à en désigner les responsables, restant au milieu du village, entre deux feux.

Jeuneafrique.com par Pierre Boisselet