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Dialogue en RD Congo : la médiation des évêques prise entre deux feux

mars 7, 2017

Monseigneur Marcel Utembi, médiateur dans le dialogue politique en République Démocratique du Congo, à Kinshasa, le 21 décembre 2016. © John Bompengo/AP/SIPA

Depuis trois mois, les évêques congolais arbitrent le dialogue politique laborieux entre le pouvoir et l’opposition. Au risque de ternir leur image…

Peut-on être médiateur dans le marigot politique congolais sans y perdre son âme ? Depuis décembre 2016, cette question agite la conscience des évêques catholiques. Ils sont en effet les arbitres d’un dialogue de sourds entre le pouvoir de Kinshasa et l’opposition, sur fond de crise constitutionnelle.

Le 20 décembre, le dernier mandat de Joseph Kabila a en effet expiré sans qu’un successeur ait été élu. La mission dévolue à la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), emmenée par Mgr Marcel Utembi, est délicate : le médiateur de l’Union africaine, Edem Kodjo, qui avait précédé les évêques dans cette tâche, n’avait pas réussi à convaincre l’opposition de négocier. Ses deux poids lourds d’alors, Étienne Tshisekedi et Moïse Katumbi (réunis au sein du Rassemblement de l’opposition), l’avaient récusé, le jugeant trop proche du pouvoir.

L’espoir de la Saint-Sylvestre

Mais en décembre, l’épiscopat faisait renaître l’espoir d’une transition apaisée. Forts de leur prestige dans la société congolaise (catholique à plus de 40 %) et aidés de la pression internationale, les évêques congolais ont ramené tout le monde autour de la table et fini par obtenir l’« accord de la Saint-Sylvestre ». Selon ce compromis signé le 31 décembre, le président Kabila peut rester au pouvoir, mais il doit nommer un Premier ministre issu de l’opposition.

Or cette mécanique s’est rapidement grippée quant à ses modalités d’application. Après la disparition d’Étienne Tshisekedi, le 1er février à Bruxelles, le Rassemblement de l’opposition est parvenu, bon an mal an, à rester soudé. Le 2 mars, il désignait un duo à sa tête : l’expérimenté Pierre Lumbi (proche de Katumbi) du Mouvement social pour le renouveau, et son candidat pour le poste de Premier ministre, Félix Tshisekedi (le fils d’Étienne) de l’Union pour la démocratie et le progrès social. Or Joseph Kabila exige de faire son choix sur la base d’une liste d’au moins trois noms.

La lettre muette de Tshisekedi

Jusqu’à présent, les évêques se refusent à trancher ce litige, à l’origine du blocage. Le risque est en effet grand pour eux d’être accusés de partialité, comme l’a montré l’épisode vaudevillesque de la lettre d’Étienne Tshisekedi. Avant son décès, ce dernier avait en effet transmis aux évêques une lettre adressée au chef de l’État contenant le nom de celui qu’il entendait nommer à la primature. Au lendemain de sa mort, l’opposition s’y est accrochée comme à une relique.

Les évêques doivent démontrer aux Congolais qu’ils restent indépendants, sous peine de perdre leur popularité

Lorsque le président a enfin reçu les prélats, le 20 février, l’opposition était en droit d’espérer que la sainte missive contraigne Kabila à céder. Or, trois jours plus tard, le président de l’Assemblée nationale, Aubin Minaku – un proche du président – affirmait que ladite lettre n’avait pas été remise à son destinataire. « Les évêques se sont laissé intimider ! » s’indignait alors un stratège du Rassemblement.

Impartialité à la loupe

Sous pression, les évêques ont dû organiser aussitôt une conférence de presse afin de s’expliquer. Entre les lignes, ils ont laissé entendre qu’en réalité le chef de l’État avait refusé de recevoir la missive. Trois jours plus tard, comme pour prouver son indépendance, la Cenco lançait une lourde accusation contre le pouvoir : celui-ci entretiendrait volontairement des « foyers de tension » dans le pays afin de retarder l’élection prévue en fin d’année.

Le 27 janvier dernier, l’ambassadeur de la RD Congo à l’ONU a effectivement fait valoir que la – modeste – reprise de la rébellion du Mouvement du 23-Mars (M23) dans l’est du pays risquait de « perturber le processus électoral ». De là à imaginer que le pouvoir l’a lui-même suscitée, il n’y a qu’un pas que les diplomates occidentaux à Kinshasa se gardent de franchir. « Les évêques sont devenus une troisième partie aux discussions, analyse l’un d’eux. Ils doivent démontrer aux Congolais qu’ils restent indépendants, sous peine de perdre leur popularité. »

Fin février, des églises ont été pillées à Lubumbashi (fief de Katumbi) et dans la commune kinoise de Limete (celui des Tshisekedi). L’opposition accuse le régime d’avoir organisé ces exactions pour la discréditer. Le clergé, lui, s’est refusé à en désigner les responsables, restant au milieu du village, entre deux feux.

Jeuneafrique.com par Pierre Boisselet

Gabon : le dialogue national débutera dans une semaine, sans Jean Ping

mars 1, 2017

Jean Ping à Paris en février 2016. © Vincent Fournier/J.A.

Le calendrier politique s’est accéléré mardi au Gabon, avec la fin des préparatifs du dialogue national voulu par le président Ali Bongo Ondimba après sa réélection contestée en 2016. Un événement auquel n’a pas souhaité participer le parti de son rival Jean Ping.

« Un dialogue inclusif et sans tabou. » Six mois après les violences qui ont suivi le scrutin présidentiel du 27 août, la majorité et une partie de l’opposition viennent de boucler les travaux d’un comité préparatoire « paritaire » préalable à l’organisation du dialogue national voulu par l’exécutif gabonais.

« La prochaine phase sera le lancement officiel du dialogue par le chef de l’État. Je peux dire que cela ne saurait tarder, c’est-à-dire dans une semaine tout au plus », a déclaré à l’AFP le Premier ministre, Emmanuel Issoze Ngondet, venu conclure les travaux.

Un absent notable

« Je ne pense pas qu’il manque une partie de l’opposition. Nous avons consulté près de 54 ou 56 partis, c’est-à-dire l’ensemble des partis de la majorité et de l’opposition », a-t-il ajouté. Reste un absent notable : la Coalition pour la nouvelle République (CNR) de Jean Ping, qui n’a pas participé « ni de près ni de loin » à ces travaux préparatoires, comme l’indique son porte-parole Jean Gaspard Ntountoume.

Crédité officiellement de 47,24% des voix contre 50,66% pour Ali Bongo, Jean Ping a toujours refusé l’offre de dialogue politique de son rival, dont il ne reconnaît pas la victoire, se proclamant le « président élu ».

Des élections à deux tours ?

Ce dialogue devra porter sur la réforme des institutions, les futures élections, la modernisation de la vie politique, la cohésion sociale et la paix. « Il se tiendra à Libreville et durera 21 jours qui pourront être prolongés », a indiqué le rapporteur, qui a évoqué la présence de médiateurs gabonais ou étrangers.

« On va parler du mandat du président de la République, parce que nous souhaiterions la limitation du mandat. Nous souhaiterions des élections à deux tours », a déclaré à l’AFP l’un des représentants de l’opposition prête au dialogue, Pierre Claver Maganga Moussavou.

Jeuneafrique.com avec AFP

Dialogue en RD Congo : l’interminable partage du gâteau exaspère les évêques

janvier 23, 2017

Deux évêques congolais, membres de la Cenco et médiateurs des pourparlers politiques en RDC, le 21 décembre 2016 à Kinshasa. © John Bompengo/AP/SIPA

Plus de vingt jours après la signature de l’accord politique global et inclusif en RDC, les modalités de son application tardent à être adoptées. Principal blocage : le partage des postes. Au grand dam des évêques congolais, médiateurs de ces tractations, qui l’ont fait savoir dimanche.

« La Cenco [Conférence épiscopale nationale du Congo, médiatrice des pourparlers en cours en RDC, ndrl] lance un appel aux négociateurs à se montrer plus sensibles aux besoins du peuple congolais et à ne pas perdre de vue l’objectif principal de ces négociations qui est l’organisation des élections dans moins d’une année ». Dans un communiqué publié le dimanche 22 janvier, les évêques congolais tirent, une fois de plus, la sonnette d’alarme.

« Il n’est pas concevable que les tractations pour mettre en oeuvre un accord prennent plus de temps que les négociations initiales pour signer le même accord », explique à Jeune Afrique un prêtre congolais qui participe aux travaux. « Nous avons de plus en plus l’impression que des politiques se préoccupent plus des postes à conserver ou à occuper qu’à l’intérêt supérieur de la nation », s’exaspère-t-il.

Dans son communiqué, la Cenco revient en effet sur les « avancées enregistrées » jusqu’ici, mais surtout sur les « divergences persistantes », « à plus ou moins 11 mois de l’organisation des élections », l’accord de la Saint-Sylvestre ayant prévu la tenue de la présidentielle, des législatives et des scrutins provinciaux au plus tard en décembre 2017.

Un « triumvirat » à la tête du CNSA

C’est à l’issue d’âpres tractations qu’un accord a été trouvé lundi à Kinshasa sur la répartition des sièges au sein du Conseil national de suivi de l’accord et du processus électoral (CNSA) dont la direction a été confiée à l’opposant historique Étienne Tshisekedi.

Le CNSA sera ainsi composé de 28 membres dont neuf délégués de la Majorité présidentielle (MP), six du Rassemblement, principal regroupement de l’opposition rangé derrière Étienne Tshisekedi, quatre de l’opposition signataire de l’accord de la Cité de l’Union africaine conduite par Vital Kamerhe, quatre du Front pour le respect de la Constitution, deux de l’opposition dite « républicaine » dirigée par Léon Kengo wa Dondo, président du Sénat, et trois représentants de la société civile.

Pour contourner la question de l’ordre de préséance des trois vice-présidents du CNSA, les parties ont convenu de mettre en place un présidium. Il s’agit d’un espace présidentiel qui regroupera le président et ses trois vice-présidents. Ces derniers proviendront chacun de la MP, du Front pour le respect de la Constitution et de l’opposition signataire de l’accord de la Cité de l’Union africaine.

En cas d’absence éventuelle d’Étienne Tshisekedi qui s’apprête à se rendre de nouveau en Belgique pour un « check-up médical », c’est ce présidium qui exercera l’intérim, selon la médiation. « Il fonctionnera sous forme de triumvirat : les trois vice-présidents vont se concerter, avec l’accompagnement de la Cenco », a précisé Mgr Fridolin Ambongo, vice-président de la Cenco.

Interminable partage des postes ministériels

Les évêques catholiques indiquent par ailleurs que les parties peinent encore à s’entendre sur « le mode de la présentation du candidat Premier ministre : le Rassemblement exige de présenter un seul nom, la MP exige au moins cinq noms. » « Il en est de même sur la répartition des postes ministériels du gouvernement (…) », soulignent-ils.

Le prochain gouvernement ne doit pas dépasser la barre symbolique de 50 ministres

À ce stade, les protagonistes se sont tout juste accordés sur « les principes à prendre en compte pour fixer la taille du gouvernement ». « La prochaine équipe gouvernementale ne doit pas dépasser la barre symbolique de 50 ministres », assure une source proche du dossier.

S’inspirant de la formule « 1+4 » (un président et quatre vice-présidents de la République) issue du dialogue de Sun City en 2003, le futur Premier ministre sera entouré de quatre-vice Premiers ministres, « titulaires chacun d’un portefeuille et chargés d’une commission gouvernementale ».

« Décrispation au compte-gouttes »

Quant aux mesures de décrispation attendues, les autorités ne se montrent pas pressées pour prendre des décisions dans ce sens. Les évêques notent toutefois le retour de Roger Lumbala, ex-allié du Mouvement du 23-Mars (M23), la rébellion vaincue fin 2013 dans l’est de la RDC.

« Cette décrispation se passe au compte-gouttes. Ce n’est pas normal ! », a tonné dimanche Olivier Kamitatu, ancien président de l’Assemblée nationale et cadre du Rassemblement de l’opposition. « La décrispation [du climat politique] ne doit pas attendre un arrangement particulier. Que ce soit la libération des prisonniers politiques, que ce soit la réouverture des médias, elle se fait de manière trop lente », a-t-il dénoncé.

Concernant le cas de Moïse Katumbi, candidat déclaré à la présidentielle, qui a refusé que son sort bloque la conclusion de l’accord du 31 décembre, la Cenco indique qu’une commission ad hoc a été mise en place pour suivre ce dossier. Il en est de même concernant celui de l’opposant Jean-Claude Muyambo.

Quid du calendrier électoral ?

Priorité des priorités, les élections censées avoir lieu avant la fin de l’année ne semblent pas être au cœur des préoccupations des politiques. Il ne reste pourtant que, théoriquement, 11 mois ! Ce qui pousse les évêques à anticiper et à faire une « recommandation particulière » : la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) est en effet appelée à publier le calendrier global du processus électoral d’ici le 15 avril.

En attendant, la médiation a fixé, en accord avec les protagonistes, au 28 janvier l’adoption de « l’arrangement particulier », document additif du compromis politique conclu le 31 décembre dans lequel toutes les modalités d’application de l’accord seront définies.

« La Cenco n’est pas prête à conduire les bons offices indéfiniment sans résultats », avertit le communiqué des évêques. Ces derniers appellent, une fois de plus, le camp de Kabila et celui de l’opposition à « se faire les concessions majeures » pour un aboutissement heureux des négociations.

Y parviendront-ils d’ici le 28 janvier, comme l’espèrent les évêques ? Rien n’est moins sûr.

Jeuneafrique.com par Trésor Kibangula

Reprise du dialogue en RDC: évêques et politiques espèrent un accord ce vendredi

décembre 30, 2016

 

Les évêques de la Cenco à Kinshasa, le 21 décembre 2016.
© REUTERS/Thomas Mukoya

RD Congo : pourquoi l’Église se retrouve au cœur du jeu politique

décembre 30, 2016

Rencontre entre le pape François et le président congolais Joseph Kabila, le 26 septembre 2016 au Vatican. © Andrew Medichini/AP/SIPA

Sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo, les pourparlers de la dernière chance pourraient aboutir d’ici vendredi à la signature d’un accord de sortie de crise, confortant ainsi la place immuable de l’Église dans le jeu politique congolais. Décryptage.

Vont-ils réussir là où l’Union africaine (UA) a récolté un résultat mitigé ? En tout cas, les évêques catholiques de la Cenco, médiateurs des négociations directes entre les signataires de l’accord du 18 octobre (majorité présidentielle et une frange de l’opposition) et le Rassemblement, sont tout près d’arracher un compromis plus global et réellement inclusif aux protagonistes. Deux mois plus tôt, le facilitateur Edem Kodjo, désigné par l’UA, s’était contenté d’un accord partiel…

« Malgré les divergences, personne n’a quitté la table des négociations », se félicite déjà un clergé catholique joint au téléphone, le mercredi 28 décembre, par Jeune Afrique. La signature de l’accord de sortie de crise est même attendue pour ce 30 décembre, le premier délai – avant Noël – n’ayant pas été tenu. Les derniers réglages seraient en cours.

« Pour débloquer ce qu’il reste – notamment le sort de Moïse Katumbi -, c’est le président Joseph Kabila qui détient la clé, les évêques ayant déjà fait leur travail », souffle une source proche du dossier. Mais comment et pourquoi l’Église se retrouve ainsi au cœur du jeu politique en RDC ?

  • L’Église, « un pilier du système congolais »

« Avec l’Administration et l’économie, l’Église a toujours été, depuis l’époque coloniale, l’un des trois piliers du système congolais », rappelle Bob Kabamba, professeur à l’Université de Liège et coordonnateur de la cellule d’appui politologique en Afrique centrale. Ce n’est donc pas une première dans l’histoire politique de la RDC.

L’Église a créé les premiers résistants à la colonisation.

« L’Église a travaillé dans les domaines de l’éducation – construction des écoles notamment – et de la santé, a créé les premiers résistants à la colonisation et consolidé en même temps les premiers leaders politiques congolais à la fin de la colonisation », poursuit le politologue. Il fait ici référence, entre autres, à Joseph Kasa-Vubu, devenu premier président du Congo indépendant, Joseph Ileo, successeur de Patrice Lumumba au poste de Premier ministre, ou à Joseph-Albert Malula, archevêque de Kinshasa ordonné cardinal en 1969.

Dans un pays où presque rien ne fonctionne correctement, l’Église tient aussi sa force de son organisation. « En RDC, elle est aujourd’hui la seule structure qui existe avec un commandement capable de faire passer et suivre ses décisions du sommet de sa hiérarchie jusqu’à la base », souligne le professeur Bob Kabamba.

  • L’Église, combattue mais jamais vaincue

Après l’indépendance, le président Joseph Kasa-Vubu a vu en cette surpuissante Église une alliée incontournable. D’autant que l’autre leader de l’époque, le Premier ministre Patrice Lumumba, était perçu, à tort ou à raison, comme un communiste, un anti-religieux par les milieux chrétiens.

Durant les premières années de l’indépendance, l’Église conserve ainsi son aura. Mais dès que Joseph Désiré Mobutu prend le pouvoir en 1965, il va essayer de la combattre, ne supportant pas qu’une autorité, même religieuse, soit au-dessus de lui.

Pendant le règne de celui qui s’autoproclama le « Maréchal du Zaïre », les croix sont alors enlevées des salles de classe et des édifices publics, les prénoms chrétiens supprimés dans le registre de l’état-civil. Oubliez le Joseph-Désiré, place à Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Wa Za Banga. Traduction : Mobutu, « le guerrier qui va de victoire en victoire sans que personne puisse l’arrêter ».

Tous les Zaïrois suivent l’exemple du chef et bannissent les prénoms à consonance étrangère. Nous sommes au début des années 1970. La Zaïrianisation sur fond du « recours à l’authenticité » a le vent en poupe. Mais lorsque Mobutu tente de nationaliser les immenses propriétés de l’Église, celle-ci résiste. Le pouvoir recule.

  • L’Église, Dieu, le pape et le cardinal

L’avantage de l’Église croît encore, avec la visite début mai 1980 du pape Jean-Paul II au Zaïre, un pays de plus de 70 millions d’habitants majoritairement chrétiens.

Avant de recevoir le souverain pontife, le président Mobutu, pourtant chantre de l’authenticité, n’a d’autre choix que de se conformer aux prescriptions chrétiennes : il se marie religieusement avec son ex-maîtresse Bobi Ladawa.

S’il est protestant et son épouse catholique, l’actuel Président Joseph Kabila a pour sa part fait le choix d’une cérémonie œcuménique lors de son mariage, peu avant la présidentielle de 2006. Et la première dame Olive Lembe ne cache pas sa proximité avec le cardinal Laurent Monsengwo, archevêque de Kinshasa, réputé pourtant hostile au président congolais.

Et peu importe si, au passage, quelques règles protocolaires sont bousculées. Comme ce 16 janvier, lors de la commémoration du 15 anniversaire de l’assassinat de Kabila père, lorsque Kabila fils, chef de l’État, se lève pour accueillir le cardinal conduit sur le lieu de la cérémonie par Olive Lembe.

 

 

Le poids de l’Église transparaît aussi aujourd’hui dans la prestation de serment du président de la République. Le constituant ne s’est jamais opposé à ce que le président de la République jure « devant Dieu et la nation ».

  • L’Église, dernier recours

Dans les années 1990, lorsque le vent de la démocratie souffle sur le continent, l’Église soutient, finance et accompagne plusieurs structures de la société civile. Ces dernières ont ainsi participé activement aux travaux de la Conférence nationale souveraine (CNS) dirigés par Monseigneur Laurent Monsengwo. Ce dernier devient par la suite une personnalité centrale pendant la période de transition.

Toujours au cœur du jeu politique, l’Église fait même descendre des chrétiens dans les rues de Kinshasa pour réclamer la réouverture de la CNS après sa fermeture par le président Mobutu. Une marche réprimée dans le sang le 14 février 1992.

Près de 25 ans plus tard, l’Église est de nouveau à la manœuvre. Par l’intermédiaire de ses évêques, elle tente, en dernier recours, de trouver une voie de sortie de crise dans le pays. Une crise créée par la non-organisation de l’élection présidentielle et l’arrivée à son terme du mandat de Joseph Kabila depuis le 19 décembre. « C’est la concrétisation de ce que l’Église a toujours été depuis l’époque coloniale », conclut le professeur Bob Kabamba.

Jeuneafrique.com par Trésor Kibangula

Dialogue en RDC : pourquoi l’accord bloque (encore) sur le sort de Moïse Katumbi

décembre 26, 2016

Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga, en mars 2015, à Lubumbashi. © Gwenn Dubourthommieu/J.A.

Si les pourparlers entre les signataires de l’accord du 18 octobre et le Rassemblement de l’opposition avancent, quelques points divisent encore les protagonistes, notamment le sort de l’opposant Moïse Katumbi. Décryptage à cinq jours de la signature annoncée de l’accord.

De l’avis même de la médiation, « l’accord est à la portée de main ». Le consensus serait déjà trouvé sur « 95% du draft » [le brouillon de l’accord], avance, optimiste, la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco). Selon toute vraisemblance, il ne resterait donc que quelques réglages et une bonne dose de volonté politique pour parvenir à un accord le 30 décembre, date annoncée de sa signature.

Quelques points de blocages persistent pourtant sur la voie de ce compromis politique. Il s’agit avant tout du sort de l’opposant Moïse Katumbi, candidat déclaré à la présidentielle, aujourd’hui contraint à l’exil après avoir été successivement inculpé d’atteinte à la sûreté de l’État et condamné à trois ans de prison dans une affaire de spoliation d’immeuble. La restructuration, ou non, de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) est un autre élément problématique, de même que la dénomination de l’organe de suivi de l’accord à venir et le poste de Premier ministre.

1. Le sort de Moïse Katumbi

« On ne doit pas se voiler la face : lorsque nous discutons de mesures de décrispation politique, il s’agit avant tout du sort de Moïse Katumbi. » Les propos de ce cadre de la Majorité présidentielle (MP) ont le mérite d’être clairs. Le Rassemblement de l’opposition a en effet présenté une liste de sept prisonniers et exilés politiques dont Moïse Katumbi, lesquels devaient bénéficier, en priorité, de ces mesures de décrispation politique. Mais qu’est-ce qui bloque encore ?

« Tout doit se faire conformément à la Constitution », répond Adam Chalwe, coordonnateur de la jeunesse de la MP, qui participe aux « réunions informelles de briefing et débriefing » des pourparlers en cours sous la médiation des évêques catholiques.

« Pour nous, les politiciens ne doivent pas se substituer aux juges en décidant de l’abandon des poursuites contre des individus », explique-t-il, défendant l’option de la mise en place d’une commission ad hoc de magistrats chargée d’examiner au cas par cas les affaires des sept prisonniers ou exilés politiques emblématiques : Moïse Moni Della, Eugene Diomi Ndongala, Floribert Anzuluni, Jean-Claude Muyambo, Antipas Mbusa Nyamwisi, Roger Lumbala et Moïse Katumbi.

Une position que défendrait également Vital Kamerhe, selon ses détracteurs. « Au centre inter-diocésain, avec José Makila et Jean-Lucien Bussa, le leader de l’Union pour la nation congolaise (UNC) compte en effet parmi les fervents défenseurs du camp de Kabila », affirme Raph Kabengele qui participe aux négociations en tant qu’expert du Rassemblement.

Pour ce proche collaborateur d’Étienne Tshisekedi, « exiger une commission ad hoc pour ces 7 cas emblématiques, c’est tenter de gagner du temps ». À l’en croire, « les évêques abondent dans le même sens que le Rassemblement : le pouvoir doit donner des signaux forts de décrispation politique en libérant ces sept prisonniers et exilés ».

« Personne n’a intérêt à ce que Katumbi revienne »

« Bruno Tshibala [le porte-parole de l’UDPS, ndlr] a été libéré sans passer par une commission ad hoc. Que reproche-t-on par exemple à l’opposant Moïse Moni Della pour qu’il ne bénéficie pas de la même mesure ? » interroge-t-il, dénonçant un « combat d’arrière-garde » du chef de la MP. « Le Rassemblement est par ailleurs d’accord pour que les autres 300 cas de prisonniers et détenus politiques soient examinés par cette commission », conclut-il.

S’il y a suffisamment de volonté politique pour décrisper le climat politique, on n’a pas besoin de trop de procédures.

Affirmant parler « à titre personnel » − son parti n’a pas encore organisé de compte-rendu pour faire connaître la position à adopter à ce sujet −, le député UNC Juvénal Munubo estime aussi que « s’il y a suffisamment de volonté politique pour détendre l’atmosphère et décrisper le climat politique, on n’a pas besoin de trop de procédures. »

« Dans tous les cas, à l’UNC, nous sommes pour que Kabila amnistie Katumbi pour permettre à Katumbi de revenir au pays », jure-t-on dans l’entourage de Vital Kamerhe. Mais, à vrai dire, « personne n’a intérêt à ce que Katumbi revienne », fait remarquer un observateur des arcanes politiques congolais. « Beaucoup aujourd’hui brassent de l’air pour lui montrer qu’ils sont en train de le défendre mais, en réalité, que ce soit à la MP, à l’UNC, au MLC, voire au Rassemblement, la disqualification de Katumbi […] ferait les affaires de leurs leaders. Un adversaire de moins, c’est toujours ça de gagné ! », souligne notre source.

2. Le cas Badibanga

Dans le futur accord, le poste de Premier ministre reviendra à l’opposition. Ou plutôt au Rassemblement, selon Raph Kabengele. « Les évêques l’ont bien dit et le feront clairement ressortir dans le document de l’accord », soutient-il. Autrement dit, Samy Badibanga, chef du gouvernement issu de l’accord du 18 octobre, bien que membre de l’opposition, devra être remplacé. Une perspective que n’acceptent pas, pour l’instant, certains caciques de la MP.

« C’est surtout [une question d’] équité : le Rassemblement aura déjà la direction de l’organe chargé de suivi. Pourquoi l’opposition qui a participé au premier dialogue ne garderait pas la primature ? » tance un opposant dont le parti a pris part aux pourparlers de la Cité de l’OUA sous la facilitation du Togolais Edem Kodjo.

3. Quelle dénomination pour le CNT congolais ?

Sur le fond, les protagonistes se sont mis d’accord sur la mise en place d’un organe de suivi de la mise en oeuvre de l’accord. « Il sera également chargé de superviser la Ceni, de veiller à ce que celle-ci organise les scrutins à la date convenue ; il aura aussi un rôle d’arbitre auprès des institutions », confie Raph Kabengele.

Cette structure sera dirigée par Étienne Tshisekedi, si l’on croit l’entourage de ce dernier.

Mais comment cet organe sera-t-il dénommé ? La MP ne veut pas entendre d’un « Conseil national de transition ». « On pourra peut être se mettre d’accord sur le terme de Haute Autorité pour ma mise en oeuvre et le suivi de l’accord (HAMA) », glisse l’opposant Martin Fayulu.

4. Quid de la Ceni ?

Dernier bémol : la restructuration de la Ceni. Seule la MP semble ne pas y être favorable. « Restructurer la Ceni, c’est retarder les élections », estime Adam Chalwe.

Mais même à l’UNC, pourtant signataire du premier accord avec le camp de Kabila, la balance penche du côté d’une restructuration de la commission. Une position défendue également par le Rassemblement.

Jeuneafrique.com par Trésor Kibangula

RDC: Les points d’achoppement du dialogue

décembre 18, 2016

 

RD Congo : ultimes négociations pour sortir de la crise politique

décembre 17, 2016

Etienne Tshisekedi, à l’aéroport de Kinshasa le 27 juillet 2016. © John Bompengo/AP/SIPA

Les discussions pour tenter de trouver une sortie de crise politique en République démocratique du Congo avant la fin du mandat du président Joseph Kabila ont repris samedi, mais les négociateurs n’ont plus que quelques heures pour trouver un accord.

Cette journée apparaît comme la dernière chance de trouver un compromis avant le 20 décembre, date d’échéance du mandat de M. Kabila, qui entend rester au pouvoir après le report sine die de la présidentielle qui devait avoir lieu cette année.

Les parties prenantes – représentants et soutiens de la majorité au pouvoir, de l’opposition et de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), qui assure le rôle de médiateur – se sont retrouvées vers 11H00 (10H00 GMT).

Entamées le 8 décembre, les négociations sous l’égide des évêques catholiques devaient s’achever vendredi. Faute d’accord sur les principaux points de contentieux, elles ont été prolongées d’une journée. Mais les prélats doivent s’envoler samedi soir pour un voyage au Vatican prévu de longue date et ne revenir en RDC que mardi soir.

Les discussions visent à trouver un compromis sur la mise en place d’une période de transition politique devant mener à la tenue d’une présidentielle devant désigner un successeur à M. Kabila, au pouvoir depuis 2001 et à qui la Constitution interdit de se représenter.

Vital Kamerhe, dirigeant d’une fraction minoritaire de l’opposition, a affiché une certaine confiance en vue d’un accord à son arrivée aux discussions samedi.

Cette fraction de l’opposition a signé en octobre avec la majorité un accord de partage du pouvoir validant le maintien en fonction de M. Kabila.

La secrétaire générale du Mouvement de libération du Congo (MLC, opposition) Eve Bazaïba a demandé « au pouvoir de cesser avec sa suffisance et son arrogance pour permettre un atterrissage en douceur du dialogue aujourd’hui ».

– Forces de l’ordre déployées –

Les détracteurs du président Kabila l’accusent d’avoir orchestré le report de l’élection et d’envisager de changer la Constitution pour se maintenir au pouvoir.

M. Kabila, 45 ans, ne dévoile rien de ses projets, si ce n’est sa volonté de se maintenir en poste jusqu’à l’élection d’un successeur.

Deux délégations sont autour de la table.

La première regroupe les signataires de l’accord d’octobre, qui renvoie la présidentielle au plus tôt à avril 2018.

L’autre camp regroupe les opposants à cet accord, essentiellement rassemblés autour d’Étienne Tshisekedi, figure historique de l’opposition congolaise, âgé de 84 ans.

Les négociations sont laborieuses. Les deux camps soufflent le chaud et le froid avec des déclarations contradictoires, compliquant ainsi la tâche des évêques.

La Cenco a exprimé début décembre la crainte que le pays ne sombre dans « une situation incontrôlable » de violences si aucune solution politique n’est trouvée avant le 20 décembre.

La communauté internationale partage cette inquiétude.

Vendredi, le Département d’État américain a exhorté « le gouvernement et l’opposition à coopérer pleinement et de bonne foi » avec la Cenco, disant être « très inquiet de la possibilité de troubles et de violences » dans les jours à venir.

Les ambassades occidentales en RDC ont renouvelé jeudi et vendredi leurs conseils de prudence à leurs ressortissants, incitant à ne pas rester au Congo sauf en cas de nécessité impérieuse.

La police congolaise a mis en place vendredi des barrages routiers à Kinshasa. Des blindés de la Garde républicaine ont été déployés samedi dans le quartier administratif de la capitale, a proximité du palais présidentiel, selon des journalistes de l’AFP.

Les autorités ont également demandé aux opérateurs internet de filtrer ou couper les réseaux sociaux à compter de 23H59 dimanche.

Les 19 et 20 septembre, après l’officialisation du report de la présidentielle, une cinquantaine de personnes avaient trouvé la mort à Kinshasa – mégapole de 10 millions d’habitants – lors d’affrontements entre jeunes et forces de l’ordre en marge d’une manifestation « d’avertissement » au chef de l’État.

La RDC n’a connu aucune alternance démocratique depuis son indépendance de la Belgique en 1960.

État-continent de 70 millions d’habitants, l’ex-Zaïre a été ravagé par deux guerres entre 1996 et 2003. L’immense majorité de la population vit dans la misère et ses conditions de vie ne font qu’empirer avec la crise économique qui frappe le pays depuis 18 mois.

Jeuneafrique.com avec AFP

L’Église congolaise tente la médiation de la dernière chance à Kinshasa

décembre 12, 2016

A l’approche du 19 décembre, date de la fin du second mandat du président Kabila, la Conférence épiscopale réunit politiques et diplomates de tout bord.

Le président de la Conférence épiscopale nationale du Congo, Mgr Marcel Utembi (au centre) au siège de l’ONU, en novembre.

Le président de la Conférence épiscopale nationale du Congo, Mgr Marcel Utembi (au centre) au siège de l’ONU, en novembre. Crédits : JUNIOR D.KANNAH/AFP
Kinshasa s’en remet à Dieu, ou du moins à ses ministres. L’avenir de la République démocratique du Congo (RDC), plus grand pays d’Afrique, se joue en effet ces jours-ci au deuxième étage d’un petit immeuble austère du centre-ville, siège de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco). Vendredi 9 décembre, une trentaine de politiciens congolais de tout bord s’y sont retrouvés sous les bons auspices de Mgr Marcel Utembi. L’air grave et le pas lent, l’ancien évêque de Kisangani a eu tout le loisir de méditer sur la folie du pouvoir terrestre, entre les 4X4 rutilants de la majorité présidentielle et de l’opposition.

Géant d’Afrique sans gouvernement

L’Eglise congolaise n’a que quelques jours pour mener à bien ce dialogue inclusif et arracher un consensus qui permettrait d’éviter l’explosion. Le second mandat du président Joseph Kabila prend fin le 19 décembre. La Constitution lui interdit de se représenter, mais le président a su jusque-là manœuvrer, usant de la force et de la ruse pour contenir les manifestations, diviser l’opposition et faire « glisser » des élections, reportées à avril 2018. Restent à savoir quels seront les contours de ce qui s’annonce comme une transition à la tête de l’Etat.

Officiellement, le géant d’Afrique centrale n’a plus de gouvernement depuis le 14 novembre. Un nouveau premier ministre a toutefois été nommé le 17 du même mois par Joseph Kabila. Comme convenu en octobre avec une partie de l’opposition et de la société civile lorsqu’il a négocié son maintien au pouvoir durant seize mois, le chef du gouvernement est désormais issu de l’opposition. Mais la frange consensuelle, domptable, et non radicale de l’opposition.

Le chef d’Etat a désigné Samy Badibanga, un ancien disciple de l’opposant historique Etienne Tshisekedi. Ce dernier, âgé, malade mais toujours influent, s’est refusé à participer au « dialogue » d’octobre facilité par l’Union africaine, de même que son allié au sein de la coalition de l’opposition, le « Rassemblement », l’ancien gouverneur du Katanga, Moïse Katumbi.

De fait, la nomination de Samy Badibanga a aussi douché les espoirs de Vital Kamerhe, ancien président de l’Assemblée nationale à qui le président avait confié la direction de sa campagne en 2006. Rompu aux arcanes du système Kabila, M. Kamerhe pensait que le poste de premier ministre lui reviendrait.

Quête de compromis et de postes

Ce sont ainsi des politiciens avides d’intrigues qui se sont présentés à la Conférence épiscopale vendredi. Au compte-gouttes, ils ont franchi le vieux portail rouillé, rejoint leurs alliés, salué froidement leurs adversaires, croisé des diplomates en soutane venus en voisin. La nonciature apostolique jouxte le bâtiment historique de la Cenco où plane toujours l’ombre tutélaire du cardinal Joseph-Albert Malula, cet esprit libre partisan d’une africanisation de l’Eglise qui avait osé défier Mobutu Sese Seko et lutter pour la démocratisation. Depuis, les prélats ont soutenu ou combattu les pouvoirs en place.

Cela fait plus d’un an, discrètement ou de manière officielle, que l’Eglise tente de convaincre Joseph Kabila de quitter le pouvoir et œuvre à un accord avec ses opposants. Elle s’était refusé à rallier les rassemblements anti-Kabila en janvier mais s’était retirée du dialogue politique en septembre pour protester contre la répression de manifestations qui avait fait plusieurs morts. Aujourd’hui, il y a urgence.

Outre l’Union africaine, des diplomates occidentaux, africains et des chefs d’Etat de pays voisins ont tenté des médiations. Mais les hommes de Dieu sont, semble-t-il, les seuls capables de raisonner des politiques déterminés, conscients que compromis et maroquins s’arrachent au bord du gouffre. Combien de temps tiendra le discret nouveau premier ministre Samy Badibanga ? A voir. Son ami, Félix Tshisekedi, fils du « sphinx de Limete » ne reconnaît pas son autorité. Le Rassemblement négocie déjà son poste en échange d’un appel au calme et pourrait accepter un « glissement », mais jusqu’en 2017 seulement.

« On ne veut pas de drame »

Dans la cour de la Cenco, chacun voit l’après 19 décembre à sa porte. « Face au vide entretenu par la majorité, le peuple congolais est en droit d’espérer un nouveau président, explique Delly Sesanga, député de l’opposition. « On ne veut pas de drame, il faut parvenir à un consensus », tempère Vital Kamerhe. « La Constitution ne se négocie pas, elle s’applique, lâche avec verve Valentin Mubake, l’un des représentants d’Etienne Tshisekedi. Quand vous avez épuisé deux mandats, vous n’avez plus le droit de rester un seul jour de plus. » « Il faut commencer par discuter et voir comment élargir le consensus obtenu lors du précédent dialogue politique », insiste le porte-parole du gouvernement, Lambert Mendé.

« Kabila n’est-il pas en train de nous piéger ? On marche ici à pas feutrés, on continue de dire au peuple que le 19, il doit partir. Mais si on se rate, ce sera la catastrophe car les politiciens ne pourront plus tenir le peuple » Martin Fayulu, député de l’opposition

Et le député de l’opposition Martin Fayulu de résumer : « Est-ce que Kabila n’est pas en train de nous piéger ? s’interroge-t-il. On marche ici à pas feutrés, on continue de dire au peuple que le 19, Kabila doit partir. Mais on sait que si on se rate ici, à la Cenco, ce sera la catastrophe à Kinshasa et dans le reste du pays car les politiciens ne pourront plus tenir le peuple. »

Des positions connues et rabâchées depuis des mois. Les négociations directes n’ont pas encore démarré. Les tractations informelles se sont poursuivies durant le week-end, dans les bureaux d’avocats influents ou de partis politiques, dans les hôtels ou à la sortie de la messe dominicale. Tout devrait être bouclé en trois jours. Résumant l’esprit des diplomates qui tentent d’éviter un nouveau basculement de la RDC dans une période d’instabilité et de violences, Thomas Perriello, l’envoyé spécial des Etats-Unis pour les Grands-Lacs, juge ainsi que « ces premières négociations réellement inclusives sont une fine lueur d’espoir au milieu d’une situation très inquiétante (…) Leur succès n’est pas garanti mais sans elles l’échec est assuré ».

Malgré la date du 19 décembre qui approche à grands pas, le dialogue politique de la Cenco ne doit reprendre que mardi. D’ici là, les délégués doivent réfléchir en commission sur des questions aussi cruciales que le respect de la Constitution, le calendrier électoral et le financement des prochaines élections, mais aussi la forme qu’aura cette transition politique hybride. Le pays entier est suspendu à ces négociations. Il se dit déjà que le 19 décembre ne serait qu’une étape.

RDC : le dialogue relancé entre pouvoir et opposition, Moïse Katumbi évoque son retour

décembre 8, 2016

Moïse Katumbi, candidat déclaré à la présidentielle en RD Congo. © Gwenn Dubourthoumieu/JA

Majorité et opposition congolaise devaient entamer ce jeudi des discussions organisées sous l’égide de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco). Quant à l’opposant en exil Moïse Katumbi, il a déclaré qu’il envisageait de rentrer au pays « pour être aux côtés du peuple ».

C’est un rebondissement de plus dans la vie politique particulièrement mouvementée en RD Congo. Dans un communiqué publié tard dans la soirée de mercredi, la Cenco a annoncé que l’ouverture de nouveaux pourparlers entre l’opposition et le camp Kabila était « prévue ce jeudi 8 décembre 2016 » à 10 heures (9 heures GMT) à Kinshasa.

Les évêques catholiques ont « reçu les responsables de la majorité et de toutes les tendances de l’opposition », selon l’abbé André Masinganda, secrétaire général adjoint de la Cenco. Ils ont notamment rencontré l’opposant historique Étienne Tshisekedi, président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), qui exige toujours le départ du chef de l’État Joseph Kabila à la date du 19 décembre, dernier jour de son mandat présidentiel actuel.

« Véritable dialogue inclusif »

L’enjeu des négociations, qui ne devraient durer que trois jours, est de conclure un accord permettant d’organiser une transition jusqu’à l’élection du successeur de Joseph Kabila, à qui la Constitution interdit de se représenter. Une telle solution rendrait de fait caduc l’Accord politique signé en octobre entre la majorité présidentielle et une frange minoritaire de l’opposition.

Celui-ci consacrait le renvoi de la présidentielle à une date non fixée et le maintien au pouvoir du chef de l’État en contrepartie de la nomination d’un Premier ministre issu de l’opposition. Le « Rassemblement » de l’opposition constitué autour de l’UDPS avait refusé cet accord, exigeant un « véritable dialogue inclusif ».

Début à Kinshasa d’un nouveau dialogue politique pour sortir de l’impasse

L’Église catholique a lancé jeudi à Kinshasa de nouvelles négociations entre Congolais pour permettre à la République démocratique du Congo de sortir de l’impasse politique à moins de quinze jours de la fin du mandat du président Joseph Kabila, a rapporté un journaliste de l’AFP.

Nous nous retrouvons ici pour la séance inaugurale des discussions politiques pour un plus large consensus sur le processus électoral, a déclaré Mgr Marcel Utembi, président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), en accueillant les 30 participants à ce dialogue qui pourrait durer jusqu’à mardi.

Les conclusions de ces travaux vont conduire urgemment à la paix, à la réconciliation, à la tenue d’élections apaisées afin d’obtenir l’alternance politique, comme prescrit dans la Constitution, a ajouté le prélat.

Aujourd’hui, l’enlisement est là et les conséquences sont incalculables.

Le pape recommande aux acteurs politiques congolais de construire des ponts, pas des murs, a déclaré Mgr Utembi, sous le regard du nonce apostolique (ambassadeur du Vatican) en RDC.

L’évêque a affirmé que des signaux forts et très encourageants avaient été donnés par M. Kabila et que cet élan d’encouragement (avait) été relayé par Étienne Tshisekedi, figure historique de l’opposition dans l’ancien Congo belge.

La RDC traverse une crise politique aiguë depuis la réélection de M. Kabila en 2011 à l’issue d’un scrutin marqué par des fraudes massive dont M. Tshisekedi n’a jamais reconnu les résultats officiels, se proclamant président élu.

M. Kabila est au pouvoir depuis 2001 et la Constitution lui interdit de se représenter.

Néanmoins, la présidentielle n’a pas été organisée à temps et la volonté affichée de M. Kabila de se maintenir à son poste au-delà du terme de son mandat, le 20 décembre, face à une opposition qui brandit la menace de manifestations pour le faire partir, fait craindre une éruption de violences dans un pays qui ne parvient pas à se relever des deux guerres de 1996 à 2003.     

Moïse Katumbi de retour ? 

Si Étienne Tshishekedi prend part à ses négociations, ce n’est pas le cas de Moïse Katumbi, l’autre poids lourd de l’opposition. Celui-ci les suit toutefois attentivement. Depuis Washington, il a affirmé au Financial Times qu’il envisageait de rentrer en RD Congo si le dialogue venait à échouer et si Joseph Kabila ne quittait pas la présidence.

« Je serai aux côtés du peuple », a-t-il expliqué au journal américain le 8 décembre, se disant « pas effrayé » par la possibilité d’être arrêté.

Jeuneafrique.com avec Romandie.com avec (©AFP / 08 décembre 2016 15h38)