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Congo: Qui était Dieudonné MIAKASSISSA ?

novembre 14, 2020

Un homme simple qui nous a appris l’humilité et la dignité.   

Il ne fut pas un universitaire, mais un Aide-comptable doté d’un flair politique et d’une empathie. Il était croyant, catholique comme sa mère, notre grand-mère avec laquelle je fus très jeune l’un des fondateurs de « Dila sambila ». Nous allions chanter dans des veillées de ceux qui étaient éprouvés, et le matin de bonne heure je devais ensuite me préparer pour aller à l’école de la poste depuis la rue Makoua à Poto-Poto. L’école de Poto-Poto était au bout de la rue Makoua, mais il préféra mettre ses enfants à l’école de la Poste où nous y allions parfois à pied.   

Il exerça dans sa vie plusieurs métiers : Aide-comptable pour la compagnie Shell, Syndicaliste, Directeur de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), Membre du Conseil d’État, Responsable du Programme alimentaire mondiale (PAM) à Kinkala, Premier député de Kinkala puis Premier Président de l’Assemblée Nationale Populaire (ANP) élu par ses pairs.   

Il était toujours guidé par la justice et le devenir radieux du Congo-Brazzaville. Il œuvrait pour l’unité nationale à sa façon, si bien qu’il eut 13 enfants de mères issues du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest en passant par le Centre du Congo-Brazzaville, ainsi que de mères de la République Démocratique du Congo (RDC) dont je suis l’un d’eux. Il perdit de son vivant un enfant notre regretté frère Thierry MIAKASSISSA qu’il va rejoindre.    

Dès son éviction de la Présidence de l’ANP, il mit fin à sa carrière politique car très tôt il perçut la mauvaise direction qu’empruntait notre pays le Congo-Brazzaville. Lors de la première redevance pétrolière de 21 milliards de francs CFA que reçut notre pays d’ELF, Dieudonné MIAKASSISSA demanda au Président Marien NGOUABI, qui disait « qu’il n’y allait plus avoir de chômeurs au Congo-Brazzaville », la création d’un Fonds congolais en dehors du budget national ainsi que le versement à la ville de Pointe-Noire d’un pourcentage fut-il infime pour le développement de cette ville qui nous fournissait la quasi-totalité de notre budget en dehors du bois. N’ayant pas été entendu, il s’en alla après avoir été démis par ses pairs. Voilà la genèse de la gabegie financière du Congo-Brazzaville jusqu’à ce jour.   

De Président de l’Assemblée Nationale Populaire, il réintégra la fonction publique au grade d’Aide-comptable avec un salaire de 40 000 francs CFA. Ce fut presque la déchéance mais l’homme garda le cap, il ne sollicita aucune aide et vécut avec ce qui lui revenait. En tant qu’enfant cela me marqua de la façon dont nous traitons nos hommes politiques après leur passage aux affaires. Il ne fut membre d’aucun parti politique au Congo-Brazzaville, car la politique est une question de bon sens en général.   

Pendant longtemps, il n’eut aucune affectation et ce fut très difficile de voir mon Père tous les matins assis à la devanture de sa maison et regarder passer ses concitoyens qui allaient au travail. Je ne suis pas dans le secret des Dieux, mais à ma connaissance il ne sollicita aucune aide.   

Il traversa des périodes difficiles, notamment lorsqu’il fut emprisonné pendant plus d’une année pour un hypothétique coup d’état comme nous savions les fomenter au Congo-Brazzaville en ces temps-là. Pour nous ses enfants ce fut douloureux, surtout pour moi qui préparait mon baccalauréat. Mais en Afrique, la famille et les amis sont toujours présents dans ces moments pour aider. Il n’eut aucun procès et fut libéré sans explication aucune. Dieudonné MIAKASSISSA était comme ce roseau qui plie mais ne rompt pas.   

Tellement démuni après ton passage en prison, Papa je t’avais donné mes deux premières bourses d’étudiant pour que tu puisses respirer financièrement. Tu ne fus pas surpris car j’étais ton fils, et encore moins de l’éducation et des valeurs que tu m’avais inculqué : toujours tendre la main vers les autres en cas de difficulté.  

Le Congo-Brazzaville est un pays plein de paradoxes bons ou mauvais ; C’est notre pays ! La Conférence Nationale Souveraine (CNS) rétablit ses anciens dirigeants dans leur droit. Ainsi, Dieudonné MIAKASSISSA commença à percevoir une pension qui lui permettait de vivre dignement avec un véhicule mis à sa disposition. Nous avons le droit d’élire nos dirigeants, mais nous avons aussi le droit de les respecter lorsqu’ils ne sont plus en fonction.   

Aujourd’hui Dieudonné MIAKASSISSA nous a quitté le cœur léger. Cet Aide-comptable laisse parmi ses enfants un ancien député qui est membre du Comité central du PCT (Parti Congolais du Travail), un Enseignant, une Infirmière, une Couturière, une Puéricultrice, une Pédiatre et un Gynécologue-obstétricien… Il laisse également des petits-enfants Ingénieurs, mathématicien et d’autres qui poursuivent des études supérieures à travers le monde. Comme, il aimait le dire, sa richesse c’était ses enfants. Chacun de nous a un rang qu’il doit respecter nonobstant ses titres académiques ou sa richesse.   

Le legs que nous laisse Dieudonné MIAKASSISSA c’est l’éducation qu’il nous a inculqué et ce nom MIAKASSISSA, qui au-delà d’être un art de vivre, est pour celui qui le porte signification de dignité, d’humilité, d’union et de respect des autres. De lui nous retiendrons ce que disait René Char : « Impose ta chance, sers ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront. »   

Va Papa retrouver ton fils, nos aïeux et reposer en paix. Je poursuivrais la réalisation de ta volonté pour un Congo uni avec une redistribution juste des richesses à toutes les Congolaises et tous les Congolais.   

Tu es parti comme tu es venu dans ce monde avec un cri de joie et les mains vides. Mais ton nom MIAKASSISSA est pour nous le seul héritage car tu n’avais pas de comptes bancaires en Suisse ni dans aucun des paradis fiscaux.   

Mes larmes coulent telle une fontaine pendant que j’écris ces mots qui résument ta vie que tu ne pourras lire.   

Que le bon Dieu puisse te recevoir dans son humble demeure comme tu as vécu en toute humilité dans ce monde.   

Je t’aime mon Père et comme toi nous continuerons à vivre en toute humilité.   

Dans ces circonstances politiques où je ne serai pas là quand tu seras mis en terre, je dirais comme Victor Hugo : « Quand la liberté rentrera, je rentrerai. » pour me recueillir devant ta tombe.   

Adieu Président et je suis très fier d’être ton fils.   

Avec Congo-liberty par Patrice Aimé Césaire MIAKASSISSA