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France: prison avec sursis et exclusion de la diplomatie requises contre l’ex-ambassadeur Boillon

mai 23, 2017

Paris – La justice française a requis mardi 18 mois de prison avec sursis et l’interdiction pour cinq ans de toute activité dans la fonction publique contre l’ancien ambassadeur Boris Boillon, jugé pour avoir transporté clandestinement 400.000 euros d’argent liquide.

Le parquet du tribunal correctionnel de Paris a aussi demandé la confiscation de la totalité de l’agent saisi sur l’ancien conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy lors d’un contrôle douanier à la gare du Nord à Paris le 31 juillet 2013.

Le procureur Nicolas Baïetto a fustigé « l’arrogance » de l’ancien ambassadeur de France en Irak et en Tunisie, un pays où il s’était fait remarquer pour des maladresses, et qui a vu dans l’action des douaniers et des enquêteurs un « acharnement » ou un « complot » contre lui, n’exprimant à l’audience que des « regrets nombrilistes ».

« Où est le scandale d’Etat quand on découvre des sommes transportées de manière illicite? Le scandale est dans le fait que M. Boillon, aujourd’hui encore, a beaucoup de peine à intégrer la notion de conflit d’intérêt », a martelé le procureur.

« Je vous demande de lui interdire de reprendre des activités diplomatiques », a demandé le procureur, soulignant « l’incompatibilité totale » entre les faits reprochés et la nécessaire « probité des représentants de l’Etat ».

A 47 ans, le muscle saillant sous le costume ajusté, M. Boillon comparaît pour défaut de déclaration – la loi impose de déclarer tout transport d’espèces de plus de 10.000 euros dans l’Union européenne -, faux et usage de faux, blanchiment de fraude fiscale et abus de biens sociaux.

Celui qui avait posé dans un magazine people sous le titre « James Bond de la diplomatie », encourait jusqu’à cinq ans de prison.

Le parquet a aussi demandé au tribunal de faire droit aux demandes de l’administration fiscale, qui a réclamé une amende équivalente à un quart de la somme saisie, soit 95.036 euros, et 50.000 euros au titre de l’impôt sur le revenu. Il a également requis une interdiction de gérer une société pendant cinq ans.

Combatif, l’ancien ambassadeur, arabisant confirmé, a expliqué à l’audience qu’il se trouvait alors en « apesanteur » entre l’Irak, où il avait lancé une activité de conseil, et la France.

Il a dit avoir gagné cette somme en jouant les intermédiaires pour une société irakienne, en particulier dans un grand projet de travaux publics – autour duquel flotte un « lancinant parfum de corruption », selon le président du tribunal, Peimane Ghaleh-Marzban.

Crânement, l’ex-diplomate a estimé avoir mérité son « salaire de la peur » et justifié des transactions en liquide par les défaillances du système bancaire irakien et les coutumes orientales: « A Rome, on fait comme les Romains », a-t-il dit avec aplomb.

L’argent lui est remis en mai 2013 par un homme d’affaires irakien sous forme de quatre « pains » plastifiés de billets neufs. Billets qui tomberont dans le filet des douanes.

L’avocat Jean Reinhart a dénoncé un acharnement contre son client, qui « paye le fait d’avoir été ambassadeur » et de faire depuis des affaires, même si tout est « légal »: « toucher une commission » pour avoir facilité un contrat, comme « un agent immobilier prend 5% » d’une vente, « c’est toujours très choquant ».

L’avocat de M. Boillon a demandé la relaxe pour l’ensemble des poursuites, à l’exception de l’amende douanière. L’ex-ambassadeur devenu homme d’affaires sera fixé sur son sort le 7 juillet.

Romandie.com avec(©AFP / 23 mai 2017 17h19)                                            

Le Maroc dénonce l’agression de l’un de ses diplomates par un responsable algérien

mai 19, 2017

Le numéro deux de l’ambassadeur du Maroc aux Caraibes recevant les premiers soins après son agression par un diplomate algérien. © DR

Le Maroc a dénoncé le 18 mai l’agression physique de l’un de ses diplomates par un responsable algérien lors d’une réunion d’un comité onusien dans les Caraïbes. La rivalité des pays voisins sur la délicate question du Sahara occidental en serait la cause.

Le Comité spécial des 24, une commission de l’ONU sur la décolonisation, tenait ce jeudi 18 mai une réunion sur l’île antillaise de Sainte-Lucie.

« Depuis ces dernières années, à chacune de ces réunions se pose le problème de la représentativité pour nos provinces du sud [Sahara occidental], où nos représentants élus contestent la présence du Front Polisario », explique un responsable marocain à l’AFP.

Au cours de la réunion, Soufiane Mimouni, directeur général du ministère des Affaires étrangères algérien, « a agressé physiquement l’adjoint de notre ambassadeur à Sainte-Lucie », accuse ce responsable marocain.

Notre diplomate a dû partir à l’hôpital, la réunion a été interrompue, une plainte a été déposée

« Notre diplomate a dû partir à l’hôpital, la réunion a été interrompue, une plainte a été déposée », ajoute-t-il, photo à l’appui. Sur ces clichés, que l’AFP a donc pu consulter, on voit un homme allongé sur le sol et auquel une secouriste porte assistance.

La rivalité Rabat-Alger exacerbée

Le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita a confirmé l’incident à l’agence de presse. « Arriver ainsi à transgresser tous les us et coutumes diplomatiques, de la part d’un haut diplomate, troisième personnage du ministère des Affaires étrangères algérien, c’est grave. Ce genre d’extrême, jusqu’à l’agression physique, c’est unique dans les annales. »

© DR

« Cela traduit une extrême nervosité de la diplomatie algérienne : qu’un représentant algérien se déplace jusqu’à Sainte-Lucie, et énervé par la demande de nos représentants, en vienne ainsi aux mains. C’est d’autant plus surprenant de la part d’un pays qui se dit simplement observateur » au Sahara, ajoute-t-il, appelant Alger « à […] contribuer à une solution et à assumer sa responsabilité dans ce dossier ».

Cela traduit une extrême nervosité de la diplomatie algérienne

Ancienne colonie espagnole, le Sahara occidental est depuis 1975 en grande partie sous contrôle du royaume chérifien, qui le considère comme partie intégrante de son territoire. Le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, en réclame l’indépendance.

Avec le retour du Maroc au sein de l’Union africaine (UA) début 2017, la rivalité entre Rabat et Alger s’est exacerbée autour de cette question du Sahara occidental, et donne lieu à une sourde lutte d’influence au sein des organisations et rencontres internationales.

Jeuneafrique.com avec AFP

Maroc : dernière rencontre entre Mohammed VI et François Hollande

mai 2, 2017

Le président français François Hollande accueillie le roi du Maroc Mohammed VI au palais de l’Élysée, à Paris, le 2 mai 2017. © Michel Euler/AP/SIPA

Le roi du Maroc Mohammed VI a rencontré le président français François Hollande à l’Élysée ce mardi 2 mai. Les deux hommes étaient entourés de nombreuses personnalités connues pour leurs initiatives en faveur d’un raffermissement des liens entre les deux pays sur les plans culturel et médiatique.

François Hollande a reçu mardi à l’Élysée le roi du Maroc Mohammed VI pour une visite privée à dimension politique et culturelle, a-t-on appris auprès de la présidence. Mohammed VI avait été, le 24 mai 2012, le premier chef d’État accueilli à l’Élysée par le président Hollande après son élection et pourrait être le dernier avant la fin de son mandat, à la mi-mai.

À l’issue d’un tête-à-tête d’une vingtaine de minutes, le président français et le roi du Maroc ont partagé un déjeuner en compagnie des écrivains Leïla Slimani et Tahar Ben Jelloun, de l’islamologue Rachid Benzine, du comédien Jamel Debbouze et du judoka Teddy Riner.

Jamel Debbouze et Mohammed VI, une proximité affichée

En juin 2015, un cliché du monarque, attablé à une terrasse parisienne en compagnie de Jamel Debbouze et de l’artiste Michel Polnareff, avait fait le tour de la Toile. Sur la table, posés devant le roi, trônaient quelques livres. Aux couvertures, on pouvait deviner qu’il s’agissait d’ouvrages de Rachid Benzine : La République, l’Église et l’Islam et Les nouveaux penseurs de l’Islam. L’islamologue et l’humoriste sont tous deux originaires de la même ville : Trappes. Debbouze n’a jamais caché sa proximité avec le roi du Maroc. En 2001 déjà, on le trouvait assis aux côtés de Mohammed VI au Festival international du film de Marrakech. Depuis on les dit même amis. Quant à Benzine, il avait rencontré Mohammed VI alors que celui-ci était encore prince héritier, en France, en 1999.

Autour de la table également: les ministres des Affaires étrangères français et marocain Jean-Marc Ayrault et Nasser Bourita, les ministres françaises de la Culture et de l’Environnement, Audrey Azoulay et Ségolène Royal, le président de l’Institut du Monde arabe Jack Lang et celui de la Fondation nationale des musées marocains Mehdi Qotbi. Azoulay est la fille de André Azoulay, conseiller de Mohammed VI après avoir été celui de son père, Hassan II. Jack Lang et Mehdi Qotbi sont quant à eux deux amis de longue date. Lang est un « habitué » du Maroc, où il voyage souvent et Qotbi, lui, ne cache plus ni sa proximité avec Mohammed VI, ni son rôle diffus et informel de lobbyiste, à l’aise dans le monde de la culture et fort d’un important réseau.

Jihadisme et réchauffement climatique au menu des discussions

Ce déjeuner répondait à celui organisé lors d’une visite du président français à Tanger, en septembre 2015.Toujours selon l’Élysée, François Hollande et Mohammed VI ont évoqué, entre autres questions, la lutte contre le jihadisme et le réchauffement climatique, le Maroc ayant organisé en novembre 2016 la COP22 dans la continuité de l’Accord de Paris conclu un an plus tôt. A l’ordre du jour de cette rencontre devait également figurer le retour du Maroc au sein de l’Union africaine en début d’année, ainsi que sa volonté d’adhérer à la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao).

Le Maroc a mené ces derniers mois une vaste offensive diplomatique en Afrique, marquée par des visites de Mohammed VI dans plusieurs pays du continent et la signature de nombreux accords et conventions. François Hollande devait également remercier le roi pour la contribution de 1,5 million d’euros apportée par son pays à un fonds pour la sauvegarde du patrimoine culturel de l’humanité menacé notamment par le terrorisme et les guerres au Proche-Orient.

Jeuneafrique.com

Corée du Nord: à l’ONU, la Chine met en garde contre le recours à la force

avril 28, 2017

Nations unies (Etats-Unis) – Le chef de la diplomatie chinoise Wang Yi a mis en garde vendredi à l’ONU contre les risques de « chaos » et de « plus grandes catastrophes » en cas de recours à la force contre la Corée du Nord et ses programmes nucléaire et balistique.

« L’usage de la force ne règle pas les différences et conduira uniquement à de plus grandes catastrophes », a-t-il averti lors d’une réunion exceptionnelle du Conseil de sécurité consacrée à son allié nord-coréen et présidée par le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson.

« Régler de manière pacifique la question nucléaire de la péninsule coréenne via le dialogue et les négociations représente le seul bon choix qui est réaliste et viable », avait déclaré Wang Yi à la presse juste avant d’entrer dans la salle du Conseil.

Le ministre chinois a vanté la nécessaire « dénucléarisation de la péninsule et le maintien du régime international de non prolifération nucléaire » afin « d’éviter le chaos » dans la région.

S’exprimant par le biais d’une traductrice, il a une nouvelle fois mis en avant la proposition de Pékin d’un gel des programmes militaires nucléaire et balistique de la Corée du Nord, alliée de la Chine, en échange d’un arrêt des exercices militaires entre les Etats-Unis et la Corée du Sud, liés par un traité d’alliance.

Le patron de la diplomatie chinoise a qualifié cette offre de « sensée et raisonnable » mais les Etats-Unis l’ont plusieurs fois rejetée.

Wang Yi a également plaidé pour une reprise des négociations à Six entre la Corée du Nord, la Corée du Sud, le Japon, la Russie, les Etats-Unis et la Chine. Ces pourparlers avaient duré de 2003 à 2009, sans succès.

Vendredi au cours de la réunion ministérielle des 15 membres du Conseil de sécurité, l’Américain Tillerson a affirmé que « toutes les options devaient rester sur la table » face à la Corée du Nord qui pourrait selon lui mener une « attaque nucléaire » contre la Corée du Sud, le Japon, voire les Etats-Unis.

Il aussi exhorté Pékin à faire usage de son « levier économique » contre Pyongyang pour le contraindre à arrêter ses programmes nucléaire et balistique.

Rex Tillerson doit voir dans l’après-midi en tête-à-tête Wang Yi.

Le régime communiste nord-coréen a multiplié ces dernières années ses tirs de missiles balistiques, procédant même à cinq essais nucléaires souterrains, dont deux en 2016.

Ces programmes militaires ont valu à la Corée du Nord une série de résolutions de l’ONU et une batterie de sanctions internationales. D’après des experts onusiens, ces mesures punitives ont toutefois eu peu d’impact sur Pyongyang

Romandie.com avec(©AFP / 28 avril 2017 17h12)

Deux ans de crise au Burundi sans issue en perspective

avril 24, 2017

Le président du Burundi, Pierre Nkurunziza à Bujumbura, le 1er juillet 2016 / © AFP/Archives / ONESPHORE NIBIGIRA

Un pouvoir radicalisé, une opposition affaiblie et une communauté internationale divisée: deux ans après le début d’une crise politique majeure, le Burundi est plus que jamais dans l’impasse.

L’annonce le 25 avril 2015 de la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat controversé avait déclenché un vaste mouvement de contestation populaire, sévèrement réprimé, et plongé le pays dans la crise.

En deux ans, les violences et exécutions extrajudiciaires ont fait entre 500 morts selon l’ONU, 2.000 selon les ONG, et poussé 400.000 Burundais à l’exil.

« La crise est derrière nous, la sécurité est assurée, la paix est revenue au Burundi et tout le monde vaque à ses occupations », assure pourtant le premier vice-président, Gaston Sindimwo, résumant la position officielle depuis plusieurs mois.

Mais cette « paix retrouvée » est maintenue au prix d’une féroce répression fondée sur la terreur, selon l’opposition et de nombreux rapports de l’ONU et d’organisations de défense des droits de l’homme.

« Le parti (au pouvoir) CNDD-FDD a pris ce pays dans ses serres et est en train de l’étouffer petit à petit », dénonce Jérémie Minani, un des leaders d’opposition.

Le pouvoir a instauré un maillage du territoire qui s’articule autour d’un « noyau dur » constitué d’une administration territoriale, totalement contrôlée par le parti au pouvoir, de la ligue des jeunes du CNDD-FDD – les Imbonerakure – et du redouté Service national de renseignement (SNR), qui dépend directement de la présidence, selon des sources diplomatiques et au sein des services de sécurité.

Fer de lance

Un rassemblement du parti CNDD-FDD dans la province de Cibitoke, au nord-ouest du Burundi, le 17 juin 2015 / © AFP/Archives / CARL DE SOUZA

Les Imbonerakure font désormais la loi dans de nombreuses provinces où sont régulièrement signalés des cas d’arrestations, de tortures ou d’assassinats par des médias indépendants. Dans les provinces de Kirundo ou Ngozi (nord) et Makamba (sud), ils mettent des barrages filtrants sur les routes, fouillent les véhicules qui se dirigent vers le Rwanda (nord) ou la Tanzanie (est) et arrêtent de nombreux « suspects », selon de nombreux témoignages parvenus à l’AFP.

Mais le nombre de Burundais choisissant l’exil continue de croître et l’ONU estime qu’ils seront plus de 500.000 d’ici fin 2017.

« Les Imbonerakure sont devenus au fil du temps le fer de lance de la répression, ils maillent tout le territoire national en identifiant et en harcelant l’opposition », explique Florent Geel, directeur Afrique de la Fédération internationale des droits de l’homme.

Le Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme dénonçait récemment la multiplication d’incidents dans lesquels les Imbonerakure (« Ceux qui voient de loin ») appellent au « viol » d’opposantes.

Des accusations que le CNDD-FDD dément régulièrement, dénonçant une tentative de diabolisation de sa Ligue des jeunes.

« Aujourd’hui, toute la population est terrorisée car n’importe qui peut vous arrêter dans la rue et on n’entend plus parler de vous. La peur est tellement forte que parfois un père n’ose pas aller demander aux services de sécurité des nouvelles de son fils porté disparu », résume un habitant de Bujumbura, sous couvert d’anonymat.

Le gouvernement a rejeté tous les rapports et commissions d’enquête de l’ONU sur ces violences, ainsi que le déploiement de quelque 228 policiers préconisé par le Conseil de sécurité.

Des milliers de burundais manifestent à l’appel d’organisations proches du pouvoir, contre les pourparlers qui ont débuté à Arusha (nord de la Tanzanie), le 18 février 2017 à Bujumbura / © AFP / STRINGER

« Le pouvoir burundais s’est radicalisé mais il a su, surtout, tirer partie des divisions croissantes au sein du Conseil de sécurité et aussi de la paralysie de l’Union africaine, ce qui lui a permis d’agir en toute impunité jusqu’ici », regrette un diplomate onusien en poste à Genève.

– Discussions ou rébellions? –

L’opposition politique, tout comme la société civile indépendante, a fui le pays mais elle est « affaiblie à cause de nos divisions internes et des égos surdimensionnés de certains parmi nous », selon un opposant en exil qui a requis l’anonymat.

Pour un diplomate en poste à Bujumbura, la répression est liée aux informations qui font état de mouvements rebelles burundais en train de se constituer dans les pays voisins, à l’image des RED-Tabara ou du Forebu, constitué essentiellement de soldats et policiers déserteurs.

« Beaucoup de Burundais estiment aujourd’hui que c’est le seul langage que peut comprendre le président Pierre Nkurunziza, qui refuse de négocier la paix », déclare Jérémie Minani.

Car les pourparlers de sortie de crise sont au point mort entre le pouvoir et son opposition regroupée au sein d’une plateforme baptisée Cnared, malgré les pressions de la communauté internationale et les sanctions financières de l’Union européenne.

Un sommet régional est prévu courant mai, perçu par beaucoup comme celui de la dernière chance pour trouver une issue diplomatique à la crise.

Romandie.com avec(©AFP / 24 avril 2017 14h14)

Corée du Nord: après un tir raté, Washington évoque un « consensus » avec Pékin

avril 16, 2017

Un soldat nord-coréen à la frontière avec la Chine, le 16 avril 2017 / © AFP / Johannes EISELE

Washington a martelé dimanche travailler étroitement avec Pékin pour « résoudre pacifiquement » la question du nucléaire nord-coréen, quelques heures après l’échec d’un tir de missile par Pyongyang.

Le tir a précédé l’arrivée du vice-président américain, Mike Pence, à Séoul, d’où il a réitéré la détermination des Etats-Unis à défendre l’alliance avec la Corée du Sud.

« Il existe un réel consensus entre le président, nos alliés-clés de la région – le Japon et la Corée du Sud en particulier, mais aussi les dirigeants chinois – pour dire que ce problème arrive à un point critique », a déclaré de son côté le conseiller à la sécurité nationale du président Donald Trump, le général H.R. McMaster.

« Il est donc temps que nous entreprenions toutes les actions possibles, avant l’option militaire, pour tenter de résoudre cela pacifiquement », a-t-il dit dans un entretien diffusé dimanche sur une chaîne américaine depuis Kaboul, en Afghanistan.

Essai de missile raté en Corée du Nord / © AFP / Laurence CHU, John SAEKI

A plusieurs reprises, le puissant conseiller américain a insisté sur la convergence de vues entre Washington et les dirigeants chinois, vantant la relation entre les présidents Trump et Xi Jinping, qui se sont vus début avril en Floride.

Donald Trump lui-même a laissé entendre, dans un tweet dimanche matin, qu’il n’accusait plus Pékin de manipuler sa monnaie car « ils travaillent avec nous sur le problème nord-coréen ».

– Missile ‘explosé

Parade militaire à Pyongyang, le 15 avril 2017, à l’occasion du 105e anniversaire de Kim Il-Sung, fondateur de la République populaire démocratique de Corée / © AFP / ED JONES

La Corée du Sud puis le commandement des forces américaines dans le Pacifique ont annoncé qu’un tir avait été mené dimanche matin heure de Corée (21H21 GMT samedi), depuis le site de Sinpo sur la côte est.

Mais « le missile a presque immédiatement explosé », avait indiqué Dave Benham, porte-parole du commandement américain.

Au moment du tir, le vice-président américain venait juste de redécoller d’une escale en Alaska, en direction de la Corée du Sud, première étape d’une tournée régionale prévue de longue date et qui inclura le Japon, l’Indonésie et l’Australie.

Le leader nord-coréen Kim Jong-Un (c) assiste, le 15 avril 2017 à Pyongyang, à une grande parade militaire à l’occasion du 105e anniversaire de Kim Il-Sung, fondateur de la République populaire démocratique de Corée / © AFP / ED JONES

Dans l’avion, un conseiller diplomatique de la Maison Blanche a confirmé que l’explosion avait eu lieu au bout de « quatre ou cinq secondes » et qu’il s’agissait probablement d’un missile de portée intermédiaire et non d’un missile intercontinental.

Selon lui, Washington avait anticipé le tir. « Si cela avait été un essai nucléaire, d’autres actions auraient été entreprises par les Etats-Unis », a-t-il relevé.

Sans en révéler davantage, le général McMaster a répété que le président Trump refusait par principe d’annoncer en avance ses décisions mais « toutes les options restent sur la table, elles sont en train d’être peaufinées et développées ».

/ © AFP / Laurence CHU , Jonathan STOREY

– Défense antimissiles –

« Cette provocation du Nord est le dernier rappel en date des risques auxquels vous faites face quotidiennement dans la défense de la liberté du peuple de Corée du Sud et de l’Amérique dans cette partie du monde », a affirmé le vice-président Mike Pence à des militaires américains et à leurs familles.

« Notre engagement dans cette alliance historique avec le peuple courageux de Corée du Sud n’a jamais été aussi fort. Avec votre aide et celle de Dieu, la liberté prévaudra à jamais sur cette péninsule », a-t-il lancé.

Pyongyang : Kim Jong-Un préside un défilé militaire / © KCNA/AFP / -, Farid Addala

Les Etats-Unis ont quelque 28.500 militaires en Corée du Sud.

L’essai est survenu au lendemain d’une vaste parade militaire célébrant le 105e anniversaire de la naissance du fondateur de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), Kim Il-Sung. A cette occasion, de nouveaux missiles – dont des engins balistiques intercontinentaux, selon des experts – ont été dévoilés.

Ce test, ou un sixième essai nucléaire, était largement attendu du régime de Pyongyang, alors que la tension est au plus haut avec Washington depuis que M. Trump a affirmé jeudi sa volonté de « traiter » le « problème » nord-coréen et qu’il a envoyé un groupe aéronaval autour du porte-avions Carl Vinson vers la péninsule coréenne.

Fin mars-début avril, la Corée du Nord avait déjà tiré trois missiles balistiques vers la mer du Japon.

Le numéro 2 du régime nord-coréen, Choe Ryong-Hae, a promis samedi que son pays était « prêt à répliquer à toute attaque nucléaire par une attaque nucléaire à notre façon ».

Depuis la fin de la guerre de Corée (1950-1953), qui s’est achevée par un armistice et non par un accord de paix, Pyongyang assure avoir besoin de l’arme nucléaire pour se protéger d’une possible invasion américaine.

M. Pence doit rencontrer lundi le président en exercice sud-coréen Hwang Kyo-Ahn pour des discussions centrées sur l’armement nord-coréen et un programme controversé de défense antimissiles américain baptisé THAAD.

Romandie.com avec(©AFP / 16 avril 2017 17h51)

États-Unis: Le chef du Pentagone en tournée au Moyen-Orient

avril 15, 2017

Le secrétaire américain à la Défense, James Mattis (g) et le chef du commandement central des Etats-Unis, Joseph Votel, lors d’un briefing au Pentagone, le 11 avril 2017 à Washington / © AFP/Archives / Mandel NGAN, MANDEL NGAN

Le secrétaire à la Défense américain Jim Mattis fera la semaine prochaine une tournée au Moyen-Orient chez plusieurs alliés clef des Etats-Unis de la région dont Israel et l’Egypte, a indiqué le Pentagone dans un communiqué.

Le chef du Pentagone sera à Ryad mercredi avant de se rendre au Caire puis en Israel où il rencontrera le président Reuben Rivlin, le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son homologue Avigdor Lieberman.

Jim Mattis aura également des rendez-vous au Qatar, et à Djibouti où il rencontrera notamment le président Ismail Omar Guelleh.

M. Mattis veut notamment évoquer pendant cette tournée « les efforts destinés à contrer les activités déstabilisatrices et vaincre les organisations terroristes extrémistes », selon le communiqué du Pentagone.

L’expression « activités déstabilisatrices » est souvent employée par le Pentagone pour décrire les activités de l’Iran dans la région, qui inquiètent Israel et les alliés arabes des Etats-Unis.

Jim Mattis est réputé pour sa méfiance envers Téhéran, visée également par quelques tweets virulents du président Donald Trump.

« L’Iran joue avec le feu – ils ne se rendent pas compte de combien le président Obama était +gentil+ avec eux. Pas moi! », avait tweeté le président américain début février, après un tir iranien de missile balistique le 29 janvier.

Les Etats-Unis soutiennent actuellement par des ravitaillements en vol et du renseignement la coalition arabe, menée par l’Arabie saoudite, qui combat au Yemen les rebelles chiites Houthis soutenus par l’Iran.

La tournée de M. Mattis survient également alors que la coalition internationale contre le groupe Etat islamique prépare l’assaut final contre la capitale de facto des jihadistes en Syrie, Raqa.

La coalition doit décider quel sera le rôle des milices kurdes dans cette opération visant une ville très majoritairement arabe.

Romandie.com avec(©AFP / 15 avril 2017 10h05)

 

UE-Turquie: le référendum turc, dernier acte avant la rupture?

avril 13, 2017

Le drapeau turc (G) et européen (D) lors d’un sommet entre l’UE et la Turquie le 29 novembre 2015 à Bruxelles / © AFP/Archives / THIERRY CHARLIER

La relation turco-européenne a toujours été tourmentée, mais la défiance a atteint ces dernières semaines un niveau inédit. Au point qu’une rupture semble désormais possible, surtout si le président turc renforce ses pouvoirs dimanche grâce à un référendum, selon des experts.

Recep Tayyip Erdogan l’a encore promis récemment: « La question de l’UE sera de nouveau sur la table » après ce référendum qui, selon le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, pourrait mener la Turquie vers une dictature.

Le président turc veut-il vraiment enterrer les négociations d’adhésion de son pays, enlisées depuis des années, mais qu’aucune des deux parties ne s’est résignée à abandonner formellement? Ou n’est-ce qu’une nouvelle rodomontade d’un dirigeant coutumier des saillies menaçantes?

La relation UE-Turquie « n’a jamais été un long fleuve tranquille », observe Jean Marcou, professeur à Sciences Po Grenoble en France et spécialiste de la Turquie, mais elle a atteint « une intensité verbale et une détérioration sans précédent ».

« On ne peut plus être sûrs qu’elle va survivre dans les prochains mois », estime le chercheur, jugeant « très symptomatique » que la Turquie « ait refusé de se rendre à la conférence sur la Syrie » début avril à Bruxelles.

Les accusations de comportement « nazi » proférées par l’homme fort de la Turquie à l’encontre de dirigeants européens, après l’annulation dans plusieurs pays de l’UE de meetings de campagne pro-Erdogan, semblent avoir marqué un tournant.

« C’est l’outrage de trop », estime Marc Pierini, du centre de réflexion Carnegie Europe, car « raviver cette blessure est la pire chose qu’on peut faire aux Européens ». « On a brûlé un pont concernant les relations personnelles », estime cet ex-ambassadeur de l’UE en Turquie.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan (D) et son épouse Emine Erdogan (G) à un meeting le 12 avril 2017 à Istanbul / © AFP/Archives / Ozan KOSE

Pourtant, les intérêts communs qui conduisaient les deux parties à surmonter les précédentes poussées de fièvre n’ont pas disparu.

La Turquie, membre de l’Otan, reste un partenaire militaire incontournable. Et malgré son rapprochement « ambigu » avec la Russie, « on peut difficilement imaginer une politique étrangère turque qui s’éloignerait par trop de l’Europe », estime Jean Marcou.

– Droits de l’Homme –

Même si Ankara a menacé plusieurs fois de rompre le pacte migratoire conclu en 2016 avec l’UE, l’accord n’a jamais cessé de porter ses fruits, avec des arrivées en Grèce par la mer Egée nettement moins nombreuses qu’au plus fort de l’afflux de 2015.

« La Turquie trouve aussi un intérêt dans cet accord », explique M. Marcou, soulignant les problèmes générés sur les territoires turcs par les flux migratoires vers l’Europe, ainsi que l’aide financière substantielle apportée par l’UE.

« La partie économique de la relation est très substantielle des deux côtés », souligne par ailleurs M. Pierini, rappelant que la Commission européenne avait proposé fin 2016 de moderniser l’Union douanière entre les deux partenaires, dont la valeur des échanges bilatéraux de marchandises a plus que quadruplé depuis 1996.

Des tentes sur le port turc d’Izmir, prêtes à accueillir des réfugiés, le 3 avril 2016 / © AFP/Archives / OZAN KOSE

Entre tension exacerbée et intérêts convergents, le résultat du référendum pourrait être déterminant.

En cas de victoire du oui, la rupture pourrait devenir inéluctable. « On aura un système unipersonnel sans beaucoup d’Etat de droit et de contrepouvoirs, autoritaire et bien évidemment en contradiction avec les critères politiques européens », anticipe M. Pierini.

« Le scénario optimiste serait qu’une victoire du non – ou même potentiellement une victoire serrée du oui – conduise le président turc à reconsidérer son attitude combative face à l’Europe et essaye de réparer leur relation », avance Asli Aydintasbas, expert au Conseil européen des relations internationales.

« Cela demanderait des progrès dans la terrible situation des droits de l’Homme en Turquie », encore dégradée par les vagues de répression après le coup d’Etat raté de juillet 2016. « Mais Erdogan est connu pour montrer un pragmatisme surprenant au moment le moins attendu », constatait-elle récemment.

Au fond, selon Jean Marcou, la Turquie « a parfaitement compris qu’elle n’entrerait pas dans l’UE ». La question est donc pour elle de savoir si elle doit quand même maintenir son « éternelle candidature » ou si « elle jugera à un moment qu’il est plus rentable de rompre avec l’UE ».

« C’est quelque chose qui paraissait plus aberrant il y a quelques années », selon le chercheur, « mais aujourd’hui, à plus forte raison avec le Brexit, ça ne l’est plus: on peut continuer à être dans le jeu européen tout en n’étant pas candidat ».

Romandie.com avec(©AFP / 13 avril 2017 14h33)

Rencontre ministres Russie-Iran-Syrie cette semaine à Moscou (diplomatie russe)

avril 11, 2017

Moscou – Les ministres russe, iranien et syrien des Affaires étrangères se rencontreront d’ici la fin de la semaine à Moscou, a annoncé mardi la porte-parole de la diplomatie russe.

« Une rencontre tripartite des chefs de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, syrien Walid Mouallem et iranien Mohammad Javad Zarif est prévue à la fin de la semaine à Moscou », a-t-elle déclaré à l’AFP.

Selon des sources diplomatiques, citées par les agences de presse russes, Walid Mouallem et Mohammad Javad Zarif sont attendus vendredi dans la capitale russe.

La Russie et l’Iran sont les deux principaux soutiens du régime du président syrien Bachar al-Assad.

Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson est lui attendu mardi après-midi à Moscou pour des entretiens mercredi avec son homologue russe.

Ce balai diplomatique à Moscou intervient une semaine après l’attaque chimique présumée contre la localité de Khan Cheikhoun, attribuée par les Occidentaux au régime de Damas et qui a fait 87 morts.

En représailles, l’armée américaine a frappé une base aérienne syrienne dans la nuit du 6 au 7 avril.

Le gouvernement syrien a nié avoir utilisé des substances chimiques, affirmant avoir frappé un « entrepôt » des jihadistes contenant des « substances toxiques ». Il a qualifié l’attaque américaine d' »acte idiot et irresponsable ».

Moscou et Téhéran ont également condamné l’attaque américaine et démentent la responsabilité du régime syrien dans l’attaque chimique présumée.

« L’agression contre la Syrie outrepasse toutes les lignes rouges », a ainsi affirmé samedi dans un communiqué la « chambre d’opération conjointe », un organe basé en Syrie qui regroupe la Russie, l’Iran et les forces « alliées » dont le Hezbollah libanais.

Romandie.com avec(©AFP / 11 avril 2017 15h34)

En Gambie, « le début d’une nouvelle ère »

avril 4, 2017

Pour Mohamed Ibn Chambas, représentant du secrétaire général de l’ONU en Afrique de l’Ouest, les élections législatives du 6 avril seront un test pour la coalition au pouvoir.

A Banjul, une statue commémorant le coup d’Etat du 22 juillet 1994, par lequel Yahya Jammeh était arrivé au pouvoir, est recouverte d’un T-shirt sur lequel est inscrit « La Gambie a décidé ». Crédits : SEYLLOU/AFP

L’Afrique de l’Ouest a connu une série d’élections présidentielles et législatives qui s’est déroulée pacifiquement et, surtout, dans le respect des normes démocratiques reconnues par l’Union africaine, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) et les Nations unies. Rompant définitivement avec des pratiques antidémocratiques dominées par des alternances de coups d’Etat et de pouvoirs monopolisés sans limite de temps, la région s’est lancée sereinement dans la voie du changement politique qui s’appuie sur le principe d’élections libres garantissant le choix du peuple.

Désormais, plus qu’une tendance, c’est une réalité politique, dictée par une prise de conscience des Africains – citoyens comme leaders – que l’objectif du développement ne peut être atteint que grâce à une nouvelle culture politique dont la bonne gouvernance et le respect des droits sont les points fondamentaux. Il reste, sans aucun doute, du chemin à parcourir. Cependant, personne ne peut nier ni sous-estimer les progrès enregistrés en matière de respect des processus électoraux et d’alternance politique en Afrique de l’Ouest.

Du Nigeria à la Gambie en passant par le Bénin et le Ghana, les leaders africains et les citoyens ont fait preuve d’une grande maturité politique et ont démontré un grand sens des responsabilités, qu’il faut saluer et soutenir. Au-delà de quelques incidents mineurs entre militants des différents candidats, les dix dernières élections en Afrique de l’Ouest se sont déroulées pacifiquement et sans aucune violence.

Maturité politique

L’exemple de la Gambie est significatif. Dans un pays en proie à un pouvoir autocratique depuis plus de deux décennies, la marge de manœuvre permettant un changement politique pacifique était faible.

Qui aurait pensé que l’élection présidentielle pouvait se tenir librement ? Que la commission électorale pouvait être indépendante et se permettre d’annoncer des résultats confirmant l’éviction du pouvoir en place ? Et qui aurait pu prévoir que les Gambiens allaient pacifiquement voter et attendre les premiers résultats, puis la fin de la crise politique provoquée par le refus de Yahya Jammeh de reconnaître le candidat de la coalition de l’opposition, Adama Barrow, comme le troisième président élu de la Gambie ?

Cette maturité politique et ce sens des responsabilités représentent aussi le socle de la diplomatie préventive régionale qui a aidé au départ de Yahya Jammeh et a permis une résolution pacifique de la crise. La médiation conjointe Cedeao-UA-ONU dépêchée à Banjul au lendemain du refus de M. Jammeh de quitter le pouvoir témoigne de la volonté des pays de la région et des organisations régionales de veiller au respect du cadre légal permettant des alternances politiques pacifiques. Elle témoigne aussi de la détermination de ces organisations de s’approprier les problèmes et les solutions dans une démarche préventive. L’objectif majeur est de maintenir la paix et la stabilité de la région.

L’implication personnelle des présidents du Sénégal, du Liberia, du Nigeria, du Ghana, de la Sierra Leone, de la Mauritanie et de la Guinée durant toute la crise illustre la détermination des dirigeants africains à prévenir tout risque susceptible de produire un autre conflit et à maintenir la région dans une dynamique de changement pacifique.

Diplomatie préventive

Le départ de Yahya Jammeh et l’installation au pouvoir d’Adama Barrow sans aucune violence est un succès de la diplomatie préventive régionale. C’est aussi le fruit de l’attitude exemplaire des Gambiens. Mais ce succès de la diplomatie préventive régionale ne peut être entier et efficace que si la Gambie s’engage à poursuivre le processus de changement politique en respectant les principes démocratiques.

La décision du nouveau président, Adama Barrow, de mettre en place une équipe conjointe de transition composée notamment de membres de l’ancienne administration est un signal fort de l’attachement des nouvelles autorités au processus démocratique. Et la communauté internationale, qui s’est mobilisée durant la crise post-électorale pour affirmer la primauté du droit et de la Constitution, doit aujourd’hui apporter le soutien nécessaire à la Gambie pour consolider ce changement politique et accompagner les Gambiens dans leur aspiration au développement.

C’est pour cela que, soucieux de cette nécessité, le Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel a déployé, au lendemain du retour du président Barrow à Banjul, un expert en transition politique pour aider les administrations entrante et sortante à initier une transition sereine dont l’objectif est d’assurer un changement pacifique du pouvoir. Dans les prochains jours, l’équipe conjointe de transition devra rendre son rapport à Adama Barrow, ce qui marquera la fin de la période de transition et lancera le début d’une nouvelle ère, celle de l’alternance politique.

Mais cette dernière ne peut constituer une fin en soi, tant les défis politiques, économiques et sociaux sont multiples et nécessitent un engagement politique fort de la part des nouvelles autorités.

Relance économique

Quelque 60 % des Gambiens sont touchés par la pauvreté et un tiers de la population vit avec moins de 1,25 dollar par jour. Le déficit budgétaire du pays s’est creusé, atteignant les 7 % du PIB en 2016. Dans ce contexte, la priorité du nouveau gouvernement gambien sera sans aucun doute la mise en place de plans de relance économique et le lancement des réformes structurelles. Les élections législatives du 6 avril seront quant à elles un vrai test pour la coalition au pouvoir.

La diplomatie préventive régionale a été cruciale pour sauvegarder la volonté du peuple gambien et renforcer la paix dans une région qui en a besoin. La transition politique pacifique est fondamentale pour consolider les gains de l’alternance politique par des élections libres. Les Nations unies, en coordination avec les organisations régionales, continueront de soutenir la Gambie de cette phase importante de son histoire.

Lemonde.fr par Mohamed Ibn Chambas

Mohamed Ibn Chambas est représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel.