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France: Alain Juppé apprécie qu’Emmanuel Macron « mouille sa chemise » en diplomatie

novembre 10, 2017

 

Alain Juppé apprécie qu'Emmanuel Macron "mouille sa chemise" en diplomatie

Le maire de Bordeaux a refusé de « se mêler » de l’élection à la présidence des Républicain, en décembre. (Illustration)@ AFP
L’ancien ministre des Affaires étrangères a salué le « style Macron » alors qu’Emmanuel Macron s’est rendu en Arabie Saoudite pour tenter de baisser les tensions avec l’Iran.

Alain Juppé, qui fut ministre des Affaires étrangères de Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, a salué vendredi « la capacité d’initiative » d’Emmanuel Macron sur les fronts diplomatiques, estimant qu’il n’hésitait pas à « mouiller sa chemise » à l’image du prédécesseur de François Hollande.

Le maire (Les Républicains) de Bordeaux, candidat malheureux à la primaire d’investiture présidentielle de la droite, s’est en outre félicité de la « crédibilité renouvelée » de la France sur le plan européen.

« Le style Macron n’est pas le style Hollande », a-t-il déclaré devant l’Association de la presse diplomatique. « Il y a beaucoup plus d’éléments de continuité que de rupture. L’attachement à l’accord de Vienne de 2015 avec l’Iran, cette volonté aussi au Moyen-Orient de parler à tout le monde, de jouer les médiateurs », a-t-il ajouté.

« Ça me rappelle un peu Sarkozy partant pour la Géorgie en 2012 ».

Pour Alain Juppé, « il y a une capacité d’initiative plus forte qu’avant ». »Ça me rappelle un peu Sarkozy partant pour la Géorgie en 2012. C’est bien que le président mouille sa chemise et joue les médiateurs », a-t-il ajouté, citant la visite surprise du président français en Arabie saoudite pour tenter de faire baisser les tensions avec l’Iran. « C’est une initiative qu’il a prise et ça va peut-être marcher », a jugé Alain Juppé. Au Levant, l’ancien Premier ministre regrette toutefois l’aggiornamento sur la Syrie. « Je suis convaincu qu’il n’y aura pas d’accord avec Bachar al Assad ».

L’ancien ministre loue la « crédibilité » de Macron au niveau européen.

Au chapitre européen, Alain Juppé aurait « peu de choses à changer » au discours d’Emmanuel Macron fin septembre à la Sorbonne où il a appelé à un second souffle dans la construction européenne. « Les intentions sont là. (…) Ce qui a changé, c’est une forme de crédibilité renouvelée », a-t-il dit, évoquant les réformes engagées sous la présidence Macron et les économies réalisées pour respecter les critères budgétaires de Maastricht.

Le maire de Bordeaux a refusé de « se mêler » de l’élection à la présidence des Républicains, en décembre, mais son satisfecit envers Emmanuel Macron n’est pas sans résonance avec les violentes attaques dont il fait l’objet de la part du favori Laurent Wauquiez, opposé notamment au « juppéiste » Maël de Calan.

Avec Europe1.fr

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L’Arabie Saoudite appelle ses ressortissants à quitter le Liban

novembre 9, 2017

Ryad – L’Arabie saoudite a appelé jeudi ses ressortissants à quitter « le plus vite possible » le Liban, quelques jours après l’annonce depuis Ryad de la démission surprise de son protégé, Saad Hariri, du poste de Premier ministre libanais.

Une source au ministère des Affaires étrangères, citée par l’agence officielle SPA, a également appelé les Saoudiens à ne pas se rendre au Liban, sans évoquer de menace spécifique.

« Vu la situation au Liban, le royaume demande à ses ressortissants en visite ou résidant au Liban de le quitter le plus tôt possible, et conseille à ses ressortissants de ne pas s’y rendre », a indiqué cette source.

Le 4 novembre, M. Hariri a annoncé dans une déclaration télévisée faite depuis l’Arabie saoudite sa démission en accusant le Hezbollah libanais et l’Iran de « mainmise » sur son pays et en disant craindre pour sa vie.

Cette démission a pris de court toute la classe politique au Liban et fait craindre que le pays, aux équilibres fragiles, ne plonge dans de nouvelles violences.

Depuis sa démission, M. Hariri, qui a également la nationalité saoudienne, a rencontré le roi saoudien Salmane et s’est rendu aux Emirats arabes unis selon les médias des deux pays.

Le président libanais Michel Aoun a affirmé qu’il attendait le retour de M. Hariri pour décider s’il acceptait ou non sa démission.

Entretemps, des spéculations et rumeurs vont bon train au Liban sur une possible interdiction pour M. Hariri de quitter l’Arabie saoudite.

Le fait d’avoir annoncé sa démission de Ryad a fait dire à des médias et responsables au Liban qu’il avait été contraint à prendre cette décision et qu’il n’était pas libre de ses mouvements, surtout que l’annonce a coïncidé avec l’arrestation de dizaines de princes, de ministres et d’hommes d’affaires dans une purge sans précédent en Arabie saoudite.

Dimanche dernier, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a accusé Ryad d’avoir contraint Saad Hariri à la démission et s’est demandé s' »il est assigné à résidence » et si « on va le laisser retourner » au Liban.

M. Hariri, dont l’épouse et les enfants vivent en Arabie saoudite, n’a pas dit s’il reviendrait au Liban.

Sa démission est intervenue en pleines tensions entre les deux poids lourds de la région, l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite, au sujet de plusieurs questions et conflits au Moyen-Orient.

Bahreïn avait appelé dimanche ses ressortissants à éviter de se rendre au Liban et ceux qui s’y trouvent à quitter immédiatement ce pays en raison, selon le royaume, des risques qui pèsent sur leur sécurité.

Romandie.com avec(©AFP / 09 novembre 2017 16h01)                                            

Alpha Condé: « Les problèmes africains doivent se régler en Afrique »

octobre 31, 2017

 

Alpha Condé, à Conakry lors d’un entretien à JA en octobre 2016. © Vincent Fournier/JA

CPI, RD Congo, droits de l’homme… Le chef de l’État guinéen, président en exercice de l’UA, défend ses choix pour son pays comme pour le continent.

Être le président en exercice de l’Union africaine confère un avantage de taille : celui d’être accueilli, au titre de porte-parole du continent, par les superpuissants de la planète Terre. Alpha Condé l’a bien compris, lui qui, en septembre, a été reçu tour à tour par Xi Jinping, Donald Trump et Vladimir Poutine. Pour parler des rapports entre l’Afrique et le monde bien sûr, mais aussi de la Guinée, que ce chef d’État de 79 ans n’oublie jamais de placer au cours de ses échanges…

On n’est jamais mieux servi que par soi-même. Aussi est-il revenu de Pékin avec un mégaprêt de 20 milliards de dollars sur vingt ans, de Moscou avec l’effacement des intérêts de la dette et des projets de construction d’hôpitaux et de casernes, de New York avec la promesse d’un engagement de l’Eximbank à accompagner les investisseurs américains en Guinée. De quoi fouetter une activité économique qui, portée par un taux de croissance honorable de 6,7 % en 2017, rebondit enfin.

Renaissance programmée

Capitale constamment au bord de l’AVC circulatoire dont l’aménagement a jusqu’ici été négligé, le pouvoir préférant porter ses efforts sur l’intérieur du pays, Conakry devrait profiter de cette manne annoncée au cours des trois dernières années du second mandat d’Alpha Condé.

Les maquettes, impressionnantes, de la renaissance de la presqu’île de Kaloum et des îles de Loos disent l’ampleur colossale d’un chantier sur lequel interviendront des entreprises turques, marocaines, singapouriennes, chinoises et françaises.

« Dans les années 1950, Houphouët-Boigny se disait prêt à échanger la Côte d’Ivoire contre la Guinée : nous allons lui donner raison », dit ce président intarissable sur les « scandaleuses » richesses minières et agricoles de son pays.

Équilibre politique

Le problème, bien sûr, c’est que le temps de la politique n’est pas celui du développement. Pressée d’accéder (ou de ré-accéder) au pouvoir, l’opposition ne ménage guère Alpha Condé, qui, en janvier prochain, transmettra la présidence en exercice de l’UA au Rwandais Paul Kagame.

Sous la houlette de son chef de file, Cellou Dalein Diallo, lequel fut pendant une décennie de régime militaire ministre puis Premier ministre, elle organise des manifestations de rue parfois imposantes qui se heurtent presque systématiquement aux forces de l’ordre. Au sein d’une classe politique où la nuance et le sens de l’équilibre n’ont jamais eu droit de cité, propos et slogans sont souvent violents, les invectives fusent, et les nerfs sont à fleur de peau.

Cellou Dalein Diallo (à g.) et Papa Koly Kourouma, au milieu d’opposants à un troisième mandat du président. Conakry, le 2 août. © CELLOU BINANI/AFP

 

Dans la ligne de mire : les élections locales et législatives de 2018 et, au-delà, la présidentielle de 2020, à laquelle l’opposition soupçonne Alpha Condé de vouloir se présenter, même si, dans son état actuel, la Constitution le lui interdit. « Ce débat ne me concerne pas, répond invariablement l’intéressé. Ni moi ni les Guinéens, qui m’ont élu pour réformer et transformer la Guinée. » Dont acte, pour l’instant.

Jeune Afrique : Votre mandat à la tête de l’Union africaine s’achève dans un peu plus de deux mois. En quoi cet exercice aura-t-il bénéficié aux Guinéens ?

Alpha Condé : Sur le plan symbolique, cela aura été une sorte de retour aux sources. Souvenez-vous du rôle majeur que la Guinée de Sékou Touré a joué dans la libération du continent. Le MPLA [Mouvement populaire de libération de l’Angola] a été fondé en partie à Conakry avec Mário de Andrade. Des cadres de l’ANC, dont Nelson Mandela et Thabo Mbeki, ont suivi une formation militaire à Kindia. Et la Guinée a été l’un des principaux artisans de la création de l’OUA [Organisation de l’unité africaine], à qui elle a donné son premier secrétaire général, Diallo Telli.

Les mots d’ordre de l’époque, unité et souveraineté africaines, sont plus que jamais d’actualité : ce n’est pas un hasard s’il m’est revenu de les réaffirmer cette année à la face du monde. Pour les Guinéens, cette présidence en exercice est un motif de fierté et la preuve que leur pays est désormais incontournable sur la scène panafricaine.

Vous vous êtes beaucoup investi dans la résolution de la crise gambienne, fin janvier. Êtes-vous satisfait du résultat ?

Évidemment. C’est la preuve que les Africains peuvent régler leurs problèmes sans l’intervention de quiconque. Et cela offre un modèle à suivre pour résoudre d’autres crises en cours.

Celle que traverse la RD Congo par exemple ?

Oui. Nous tentons de la circonscrire entre Africains. Le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, était à Kinshasa il y a peu. Moi-même, j’ai eu à New York un long entretien avec le président Kabila et j’ai reçu ses principaux opposants.

Les métastases de la crise libyenne nous touchent, nous Africains, plus que quiconque

Nous avons, je crois, convaincu ces derniers de se concentrer sur la tenue des élections, plutôt que de se focaliser sur la contestation du gouvernement. Bien sûr, l’appui des Européens, des Américains et de l’ONU est le bienvenu pour aider les Congolais à organiser et financer les scrutins. Mais c’est aux Africains de proposer les solutions et aux autres de nous accompagner, pas l’inverse.

Même schéma en ce qui concerne la crise libyenne ?

Absolument. D’abord pour une raison de principe : les problèmes européens se règlent en Europe, dans le cadre de l’Union européenne, les problèmes asiatiques en Asie, les problèmes américains en Amérique, les problèmes africains doivent se régler en Afrique.

Ensuite parce que la destruction de la Libye et l’élimination de Kadhafi ont fait de ce pays un cancer, dont les métastases nous touchent, nous Africains, plus que quiconque. Là encore, l’aide de l’ONU, de la France ou de l’Italie est utile. Mais c’est à l’UA que toutes les tendances libyennes font aujourd’hui confiance pour trouver une solution, quoi qu’en disent certains.

Si nous voulons faire taire les armes, l’Afrique doit parler d’une seule voix

Le président du Congo, Denis Sassou Nguesso, qui préside le Comité des chefs d’État sur la Libye, a établi une feuille de route qui doit déboucher sur un gouvernement d’union nationale chargé d’organiser des élections. Un grand sommet est prévu en décembre. La seule voie à suivre est donc africaine.

Tous les dirigeants libyens que j’ai rencontrés me l’ont répété : les pyromanes ne peuvent pas être les pompiers. Je suis d’ailleurs heureux de constater que, dans cette affaire, les Africains parlent d’une seule et même voix. Si nous voulons réussir notre pari de faire taire les armes sur le continent à l’horizon 2020, c’est indispensable.

Vous avez été élu à la présidence de l’UA dans un contexte particulier : celui des réformes de fond proposées par le Rwandais Paul Kagame et avalisées par le sommet d’Addis-Abeba. Où en est leur application ?

Nous progressons sur la voie de l’autonomie financière et de la rationalisation de notre fonctionnement. Depuis la création de l’UA, 1 500 résolutions ont été prises – pour la plupart sans suite. Il fallait que cela change.

Notre absence au Conseil de sécurité est plus qu’une anomalie

Désormais, le sommet de janvier se concentre sur un ou deux sujets majeurs, et celui de juillet examine la mise en œuvre des décisions adoptées. C’est ce qui a été fait cette année concernant le thème de la jeunesse et de l’atout démographique, confié au président tchadien, Idriss Déby Itno.

Autre thème fort, porté par vous-même lors de l’Assemblée générale de l’ONU en septembre : la revendication de deux sièges pour l’Afrique au Conseil de sécurité. Avez-vous une chance d’être écouté ?

Je l’espère. Le monde de 2017 n’est plus celui de 1945, et 70 % des problèmes traités par le Conseil de sécurité, tout comme la majorité des opérations de maintien de la paix de l’ONU, concernent l’Afrique. Notre absence est plus qu’une anomalie, c’est une injustice. La Chine, la Russie et la France soutiennent cette revendication. Il nous reste deux pays à convaincre : les États-Unis et la Grande-Bretagne. Nous y parviendrons. C’est dans leur intérêt.

Le président américain, Donald Trump, lors de l’Assemblée générale des Nations unies, le 20 septembre. © Evan Vucci/AP/SIPA

 

Entre l’UA et la Cour pénale internationale, le divorce est-il prononcé ?

La question ne se pose pas. Une résolution a été prise en janvier lors du sommet d’Addis, demandant aux États africains de quitter la CPI. Non pas parce que nous sommes en faveur de l’impunité et contre les droits de l’homme, mais parce qu’il faut que les Africains soient jugés en Afrique par notre propre cour pénale, dont les statuts doivent être ratifiés par les membres de l’UA.

Nous devons rendre opérationnelle la Cour africaine de justice

C’est une question de logique : si nous sommes opposés aux ingérences étrangères, nous devons rendre opérationnelle la Cour africaine de justice. Pour le reste, le procès du deux poids et deux mesures intenté à une CPI qui ne juge que des Africains et dont s’exonèrent quelques grandes puissances est largement instruit. Je ne vais pas le refaire ici.

Votre opposition estime que vous voyagez trop, au détriment des problèmes domestiques. Que répondez-vous ?

C’est un jugement stupide. J’ai certes voyagé en tant que président de l’UA, mais aussi et toujours comme chef de l’État guinéen. Mes déplacements en Chine, en Russie, en Turquie, en Arabie saoudite, à Abou Dhabi, au Soudan ou ailleurs ont tous eu des retombées concrètes pour la Guinée. Ceux-là mêmes qui me critiquent étaient aux affaires sous le régime de Lansana Conté, dont on sait qu’il se contentait de régner sans gouverner.

Aujourd’hui, la Guinée existe à nouveau sur la carte du monde

Qu’ont-ils fait de la Guinée ? Que diront-ils quand il leur faudra rendre des comptes ? Lorsque j’ai été élu en 2010, on confondait la Guinée avec la Guinée-Bissau et la Guinée équatoriale, et seules trois compagnies aériennes d’envergure internationale desservaient Conakry. Aujourd’hui, elles sont six, bientôt huit. Et mon pays existe à nouveau sur la carte du monde.

Vous venez de conclure avec la Chine un prêt de 20 milliards de dollars sur vingt ans. C’est considérable. En 2009, un accord du même type avait été signé, sans aucun résultat. En quoi celui-là est-il différent ?

L’accord de 2009 n’avait pas été passé avec l’État chinois, mais avec une société chinoise basée à Hong Kong et à Luanda. C’était un accord léonin que j’ai refusé d’appliquer dès mon accession au pouvoir, parce qu’il revenait à offrir à cette société la quasi-totalité de nos ressources minières et énergétiques en échange d’un investissement de 7 à 10 milliards de dollars. Celui-ci n’a rien à voir.

Avec le président chinois Xi Jinping, lors du sommet des Brics, le 4 septembre à Xiamen, en Chine. © CHINE NOUVELLE/SIPA

 

Ce n’est pas un accord de troc, et rien n’est hypothéqué. Les entreprises intéressées par l’exploitation de nos ressources opéreront avec la garantie de l’Eximbank chinoise. Une partie des royalties qu’elles nous paieront servira à rembourser le prêt qui nous a été accordé, lequel sera dépensé en fonction de projets ponctuels.

Dès 2018, seront entrepris de grands travaux : la route nationale 1, la voirie de Conakry, une ligne à haute tension, une nouvelle université, des logements sociaux, sans oublier l’agriculture…

N’est-ce pas risquer de dépendre fortement de la Chine ?

Non. La Guinée n’est la chasse gardée de personne, et notre potentiel est tel qu’il y a de la place pour tout le monde. Rien que dans la bauxite, Américains, Russes, Émiratis, Indiens et Français sont présents. Je l’ai dit à Donald Trump et à Angela Merkel : accompagnez vos entreprises comme le font les Chinois. La Guinée est un pays ouvert.

Des enquêtes sont en cours en Australie et en Grande-Bretagne à propos de faits de corruption dont se serait rendue coupable la société minière Rio Tinto en Guinée. Qu’avez-vous à en dire ?

Que cela n’a aucun rapport avec l’accord que j’ai conclu avec Rio Tinto après mon arrivée au pouvoir – un accord entièrement bénéfique pour la Guinée puisqu’il a débouché sur le versement d’une pénalité de 700 millions de dollars au Trésor guinéen et sur la rétrocession de 15 % d’actions. Maintenant, si ces gens ont des comptes à régler entre eux sur la base de commissions dont j’ignore tout, cela ne me concerne pas.

Je vous rappelle que j’ai imposé un nouveau code minier transparent, qui a été salué par le G20 comme un modèle en la matière. Cela nous a permis de récupérer 800 concessions minières bradées par les précédentes administrations. Si je voulais gagner de l’argent de façon illicite, j’aurais négocié avec Beny Steinmetz et sa société BSGR !

Je ne compte plus le nombre d’intermédiaires qui m’ont proposé un arrangement assorti de dizaines de millions de dollars. J’ai refusé, quitte à ce que l’on dise : « Alpha est un ancien communiste, il mourra pauvre. »

Entre le pouvoir et l’opposition guinéenne, une sorte de gentlemen’s agreement semblait avoir été conclu en 2016, dans un souci d’apaisement. Mais depuis quelques mois, si l’on en juge par les déclarations de vos adversaires, les couteaux sont à nouveau tirés. Pourquoi ?

L’accord portait sur trois objets. Premièrement : organiser des élections locales. La commission électorale a proposé la date du 4 février 2018. Deuxièmement : indemniser les victimes des manifestations. Troisièmement : donner un statut dont des émoluments au chef de file de l’opposition.

Il faudra bien que l’on s’explique avec l’opposition, bilan contre bilan

Tout cela a été respecté, même si certains aspects ont pris du retard. Il y a des gens, au sein de l’opposition comme de la mouvance présidentielle, que la tranquillité n’arrange pas. Mon rôle est d’être le garant des accords conclus entre les uns et les autres. Ce qui me gêne dans le fond, c’est de voir les dirigeants de l’opposition, leur leader en tête, se comporter comme s’ils étaient aussi vierges que moi quand j’ai accédé au pouvoir il y a sept ans. Mais ils ont géré ce pays !

Il faudra bien que l’on s’explique, bilan contre bilan. Il est temps que tombent les masques. Trop de mensonges, trop d’intoxications… L’heure est venue d’ouvrir les dossiers.

L’opposition avance le chiffre de 83 morts lors de la répression de diverses manifestations depuis 2010. Que répondez-vous ?

Ce chiffre ne tient compte ni du nombre de policiers décédés ni du nombre de civils abattus par armes de chasse ou autres – des armes dont ne sont pas dotées les forces de l’ordre. J’ai demandé aux services français spécialisés de nous aider à expertiser les balles, et nous saurons bientôt la vérité. Combien de mes militants ont-ils été tués quand les chefs de l’opposition étaient aux affaire ?

Par ailleurs, j’ai été dans l’opposition pendant quarante ans, j’ai organisé beaucoup de manifestations. Jamais mes militants n’ont agressé des gendarmes ou brûlé des voitures. Ceux que nous voyons aujourd’hui dans les rues ont des frondes, des machettes et des cocktails Molotov. C’est moi qui ai fait rentrer l’armée dans les casernes, moi aussi qui ai entrepris d’inculquer aux gendarmes et aux policiers issus de l’ancien régime les notions de maintien démocratique de l’ordre, tâche ardue s’il en est tant les mauvaises habitudes étaient ancrées.

Ce n’est pas à mon âge que je vais entamer une carrière de dictateur, comme disait de Gaulle. Ni me livrer à une comptabilité malsaine : combien de mes militants ont-ils été tués par les militaires quand les chefs de l’opposition actuelle étaient aux affaires ? Veulent-ils vraiment qu’on ouvre ce débat ?

Autre thème récurrent : le troisième mandat. Beaucoup pensent que vous vous préparez à faire modifier la Constitution pour vous présenter à nouveau devant les électeurs en 2020. Est-ce exact ?

Nous sommes en octobre 2017. J’en suis à la deuxième année de mon second quinquennat. La seule chose qui m’importe, c’est de tenir les engagements que j’ai pris devant le peuple de Guinée lors de ma réélection. Si certains veulent discuter à l’infini du sexe des anges, c’est leur problème.

La limitation des mandats, c’est un débat qu’on nous a imposé, avez-vous dit…

C’est un débat qu’on veut nous imposer et qu’on ne nous imposera pas, surtout pas de l’extérieur. Ce ne sont ni les médias étrangers, ni les ONG, ni les chancelleries qui font l’opinion africaine. Encore moins l’opinion guinéenne.

Que s’est-il réellement passé à Boké, ville minière secouée par de violentes émeutes en septembre ?

Au départ, une maladresse : procéder à un délestage électrique un soir de Ligue des champions, il ne fallait évidemment pas le faire. Puis l’expression d’un malaise. Dans le code minier que j’ai fait adopter, il est spécifiquement prévu que les compagnies doivent employer en priorité des sociétés et des nationaux guinéens issus de la région où ces compagnies exercent, sauf si ni les uns ni les autres ne répondent aux critères de qualification exigés. C’est ce qu’on appelle le contenu local. Or ce contenu local n’est pas toujours respecté, et je le leur ai clairement signifié.

Enfin, il y a le problème de la pollution générée par les camions qui traversent la ville en attendant que soit achevée la route de contournement. Reste que ces revendications légitimes ne justifient pas les violences : des maisons ont été détruites, des rails démontés. Ce dernier point relève de la récupération et de la manipulation. Des gangs de voyous ont été envoyés depuis certains quartiers de Conakry pour semer des troubles. Des enquêtes sont en cours.

Huit ans après le massacre du 28 septembre 2009, le procès tarde à venir. Quand aura-t-il lieu ?

Le pôle judiciaire chargé de l’instruction avance, comme l’a souligné le procureur de la CPI, Fatou Bensouda. Je n’étais évidemment pas président quand ce massacre a eu lieu, mais j’en assume la responsabilité en tant que chef de l’État. Tout comme j’assume la responsabilité des massacres du camp Boiro en 1985, en 2007 et en 2009, dont mes militants ont été victimes et dont personne ne parle.

Ce qui préoccupe les Guinéens, ce n’est pas le 28 septembre, c’est l’eau, l’électricité, les transports…

Sur les quatorze personnes inculpées, trois sont encore en fonction à vos côtés. N’est-ce pas gênant ?

En quoi est-ce gênant ? Être inculpé ne veut pas dire être coupable. Certains d’entre eux n’étaient même pas à Conakry quand le massacre s’est produit ! Soyons clairs : il n’y aura pas d’impunité, mais je refuse qu’on instrumentalise ce drame à des fins politiques. Ce qui préoccupe les Guinéens qui m’ont élu, ce n’est pas le 28 septembre, c’est l’eau, l’électricité, les transports et le panier de la ménagère.

Vos relations avec le président français Emmanuel Macron sont-elles aussi fluides qu’avec votre camarade socialiste François Hollande ?

Mon amitié avec François Hollande était antérieure à son accession à l’Élysée. Ma relation avec lui n’est donc pas duplicable. Quant à mes rapports avec le président Macron, que j’ai rencontré lorsqu’il était ministre, puis candidat, et que j’ai revu depuis son élection lors de différents sommets, ils sont sereins. Nous communiquons régulièrement, de personne à personne et d’État à État.

Je tranche les problèmes, je me fiche parfois du protocole

Mais il ne vous a toujours pas reçu à l’Élysée…

Ne cherchez pas de problème là où il n’y en a pas. J’ai transité deux fois par Paris depuis mai 2017. La première fois, Emmanuel Macron était à Bruxelles, et la deuxième, à Saint-Martin, aux Antilles. Pour le reste, tout va bien, ne vous inquiétez pas.

Pourtant, vous ne paraissez pas être sur la même longueur d’onde en ce qui concerne la démographie africaine. Il a d’abord parlé de « défi civilisationnel », puis vous de « chance pour l’Afrique ». Divergence de fond ?

Votre chronologie est inexacte. J’ai parlé de « chance » à N’Djamena en juin et Emmanuel Macron de « défi » à Hambourg en juillet. Je ne lui ai donc pas répondu. C’est vrai que notre appréciation de tel ou tel sujet peut être différente. Cela n’a rien d’anormal et nous en discutons.

Sept ans après votre arrivée au pouvoir, en quoi avez-vous changé ?

Vous m’avez connu bien avant mon élection. À vous de me le dire.

Il y a deux mois, vous avez limogé cinq ministres en l’espace de vingt-quatre heures, et les intéressés ont appris leur infortune par la radio. Quand je vois cela, je me dis que l’Alpha Condé de 2017 est le même qu’en 2010 : président de tout et de partout.

Et alors ? Qu’aurais-je dû faire ? Les maintenir à leur poste alors que je juge en toute objectivité qu’ils ont failli ? C’est vrai que sur beaucoup d’aspects je n’ai pas changé : je tranche les problèmes, je me fiche parfois du protocole quitte à étonner certains de mes pairs, je reste fidèle à mes amis. Eh bien, je m’en félicite.

Pour le reste, rassurez-vous : au fur et à mesure que croît le nombre de cadres guinéens honnêtes, patriotes et compétents, je sais prendre de la distance, déléguer et faire confiance.

Vous avez 79 ans et une résistance physique étonnante, au point que l’on se demande si vous n’avez pas décidé d’arrêter de vieillir. Comment faites-vous ?

Posez la question au Bon Dieu.

Jeuneafrique.com par

Le Rwanda met la pression sur Emmanuel Macron pour régler le contentieux lié au génocide

octobre 29, 2017

 

Interrogée par « Le Monde », la chef de la diplomatie rwandaise, Louise Mushikiwabo, a exhorté la France à prendre « ses responsabilités ».

 

La chef de la diplomatie rwandaise Louise Mushikiwabo, en 2011. Crédits : TONY KARUMBA / AFP

Quelques jours après avoir rappelé son ambassadeur à Paris pour consultation, la ministre rwandaise des affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a donné une interview conjointe, dimanche 29 octobre à Kigali, à TV5 Monde, RFI et Le Monde. Elle a déclaré à cette occasion que l’interminable instruction portant sur l’attentat du 6 avril 1994, qui avait coûté la vie au président rwandais de l’époque Juvénal Habyarimana, ne saurait durer indéfiniment. Cet attentat est considéré comme le déclencheur du génocide qui coûta la vie à 800 000 Tutsi et Hutu modérés.

« Il y a un problème avec cette instruction sans fin, avec ces témoins de la 25e heure, avec ces juges qui succèdent aux juges, les Jean-Louis [Bruguière], les Jean-Marc [Trévidic]… Il faut que ce soi-disant procès se termine un jour. Et si la France ne le fait pas, nous allons le faire. »

« La France a l’occasion de se confronter à sa propre histoire »

Cette instruction, qui dure depuis bientôt deux décennies et qui a déjà été à l’origine d’une rupture des relations diplomatiques entre Paris et Kigali, est la source de la nouvelle crispation en cours. Les juges Nathalie Poux et Jean-Marc Herbaut ont en effet convoqué le ministre rwandais de la défense, James Kabarebe, pour une confrontation avec un nouveau témoin accusant l’ancienne rébellion tutsie, dirigée à l’époque par l’actuel président rwandais Paul Kagamé, d’être responsable du tir de missile ayant abattu l’avion présidentiel.

Mme Mushikiwabo voit dans ce développement judiciaire l’influence de « certains responsables [français] qui étaient les soutiens d’un régime qui a commis un génocide, et qui essaient depuis vingt-trois ans de cacher leurs traces, de brouiller les pistes ». Pour elle, « ce soi-disant procès n’a aucune raison d’être. Nous avons collaboré car nous voulions aller de l’avant. Mais on a trouvé du côté de la France une certaine arrogance ». La ministre n’accorde à la justice française aucune indépendance : « Comme par hasard, quand les relations politiques étaient bonnes [sous Nicolas Sarkozy], la justice avançait bien. Ce n’est pas de la justice, c’est de la politique. »

Mais, entre les lignes, la responsable rwandaise, très proche du président Paul Kagamé, laisse entendre que l’heure n’est pas – encore – à une nouvelle rupture. « Nous attendons de la France qu’elle prenne ses responsabilités. Ce n’est pas à coup de faux procès, de faux rapports qu’elle le fera. Nous, Rwandais, avons dû nous confronter à nous-mêmes, c’est au tour de la France de le faire », a-t-elle déclaré. Avant d’ajouter :

« Aujourd’hui, la France a l’occasion de se confronter à sa propre histoire par rapport au Rwanda. Nous avons toléré beaucoup, mais le moment viendra où la France devra accepter qu’elle a joué un rôle terrible. »

Emmanuel Macron vu comme une opportunité

A Kigali, l’élection d’Emmanuel Macron, trop jeune pour avoir eu des responsabilités au moment du génocide et considéré comme plus flexible sur les questions mémorielles depuis sa sortie en Algérie sur la colonisation – qualifiée de « crime contre l’humanité » –, est vue comme une opportunité d’ouvrir une nouvelle page dans les relations franco-rwandaises. Nicolas Sarkozy était venu en février 2010 à Kigali, où il avait reconnu de « graves erreurs » et un « aveuglement » de la France. Un geste apprécié mais jugé insuffisant par Kigali. « Le soutien, la participation, d’une manière ou d’une autre, à un génocide, on n’appelle pas ça un aveuglement », a estimé Louise Mushikiwabo dimanche.

Depuis 2010, les relations se sont à nouveau tendues, avec l’enlisement des diverses procédures en cours et le dépôt de nouvelles plaintes, comme celle, récente, visant la BNP pour avoir financé l’achat d’armes par le gouvernement hutu extrémiste en plein génocide malgré un embargo de l’ONU. Résultat, Paris n’a plus d’ambassadeur à Kigali depuis 2015.

Emmanuel Macron, dont le conseiller diplomatique, Philippe Etienne, avait déjà œuvré au rapprochement sous Nicolas Sarkozy, a marqué sa volonté d’entretenir de bonnes relations avec son homologue rwandais en le rencontrant en marge de l’assemblée générale de l’ONU en septembre. Il a aussi l’avantage de ne compter, ni dans sa formation politique, ni dans son gouvernement, d’acteur de la tragédie rwandaise, ce qui était le cas de Nicolas Sarkozy (avec Alain Juppé, ministre des affaires étrangères au moment du génocide) et de François Hollande (avec Hubert Védrine, proche du Parti socialiste, qui était alors secrétaire général de l’Elysée sous François Mitterrand).

En France, une situation complexe

Mais l’enchevêtrement des procédures judiciaires et la mise en cause de plusieurs hauts responsables militaires français dans diverses instructions – l’actuel sous-chef d’état-major « opérations » français, Grégoire de Saint-Quentin, était l’un des premiers sur les lieux du crash du 6 avril – risquent de contrarier la volonté de M. Macron de se livrer à un « aggiornamento » français sur le Rwanda.

D’autant que les relations entre l’institution militaire et le nouveau président se sont nettement dégradées depuis la démission fracassante du chef d’état-major Pierre de Villiers. Son successeur, François Lecointre, a participé à la très controversée opération militaro-humanitaire Turquoise, pendant les dernières semaines du génocide au Rwanda.

Mme Mushikiwabo ne semble pas se faire beaucoup d’illusions sur la capacité d’Emmanuel Macron à s’affranchir de cet héritage : « Un président peut avoir toute la bonne volonté du monde, il se retrouve avec un passif. C’est à lui de le gérer », a-t-elle lâché à l’attention de M. Macron

Lemonde.fr par Christophe Ayad (Kigali, envoyé spécial)

Cuba-USA: la controverse sans fin autour des « attaques acoustiques »

octobre 28, 2017

L’ambassade des Etats-Unis à La Havane, le 3 octobre 2017 / © AFP/Archives / YAMIL LAGE

L’enquête sur les mystérieux incidents qui auraient causé des dommages physiques à des diplomates américains à Cuba continue de susciter la polémique entre Washington et La Havane, qui reproche aux Etats-Unis d’entraver ses investigations.

– Accusations mutuelles –

Depuis la révélation de l’affaire en août, l’administration américaine se garde d’accuser formellement le gouvernement cubain, mais le président Donald Trump a affirmé mi-octobre que Cuba était « responsable ». Et la Maison blanche considère que La Havane avait « les moyens de stopper les attaques ».

Samedi à Washington, le ministre cubain des Affaires étrangères Bruno Rodriguez a dénoncé une « manipulation politique destinée à nuire aux relations bilatérales » entre les deux pays. « Les soi-disant attaques acoustiques (…) sont totalement fausses », a-t-il insisté.

Dans un documentaire sous forme de contre-offensive diffusé jeudi soir par la télévision cubaine, des responsables cubains de l’enquête ont aussi rejeté toute responsabilité, tout en reprochant à la partie américaine de ne pas collaborer.

Responsable du volet médical, le docteur Manuel Villar a affirmé que Washington avait refusé de partager les dossiers médicaux des personnes affectées ou de laisser des médecins américains échanger avec leurs confrères cubains.

« La coopération a été nulle et les rapports que nous avons reçus n’éclairent pas ce qui s’est passé », a-t-il déploré.

Les Cubains assurent pourtant avoir fait preuve de bonne volonté en accueillant des enquêteurs du FBI à trois reprises cette année.

Sourd à ces arguments, Washington a retiré fin septembre plus de la moitié de son personnel diplomatique à Cuba et expulsé 15 diplomates cubains du territoire américain. Depuis près d’un mois, les visas américains ne sont plus délivrés à Cuba, ce que La Havane juge « injustifié ».

En prenant de telles mesures sans attendre les résultats de l’enquête, Donald Trump et son secrétaire d’Etat Rex Tillerson « sont en train de placer la relation avec Cuba dans un bourbier, sans proposer aucune perspective de sortie de crise », regrette l’expert cubain Arturo Lopez-Levy, professeur à l’Université du Texas Rio Grande Valley.

– Versions divergentes –

Au delà de la querelle diplomatique, les parties s’opposent sur la nature même de ces obscurs incidents, dignes d’un roman d’espionnage.

Selon des responsables américains, ces « attaques » qui ont affecté au moins 24 diplomates entre novembre 2016 et août 2017 dans des résidences et hôtels de la capitale cubaine ont pu être menées à l’aide d’appareils acoustiques.

Une version battue en brèche par les conclusions du documentaire diffusé jeudi par les autorités cubaines, qui soulignent l’absence de preuves confirmant les causes ou l’origine des dommages physiques rapportés aux Etats-Unis (migraines et nausées, légères lésions cérébrales, pertes d’audition, ndlr).

Selon La Havane, des experts locaux ont analysé en vain de nombreux prélèvements effectués autour des résidences diplomatiques et hôtels concernés, et exploré de multiples pistes telles que l’intervention de toxines, d’ondes électro-magnétiques ou… d’insectes.

La semaine dernière, plusieurs médias américains ont diffusé une bande sonore saisie au smartphone par une des victimes. Mais de l’avis des experts, cet enregistrement ressemblant fortement au chant aigu d’un grillon ou d’un criquet n’éclaire en rien les événements.

« En tant que tel, le son ne semble à même de provoquer aucun dommage », relève le professeur Kausik Sarkar, de l’école d’ingénierie de l’Université George Washington, qui l’a analysé. Selon lui, sur ce type d’enregistrement, impossible de détecter d’éventuels infra-sons (moins de 20 Hertz) ou ultra-sons (plus de 20.000 Hz) nocifs.

Beaucoup d’experts aux Etats-Unis et à Cuba doutent de la faisabilité de telles attaques, mais Peter Earnest, directeur du Musée de l’espionnage à Washington, rappelle que « par le passé plusieurs organisations ont travaillé sur l’utilisation du son comme arme ».

Pour Denis Bedat, spécialiste français en bio-électromagnétique, l’émission discrète et ciblée d’ondes infra-soniques est difficilement envisageable car elle nécessiterait un puissant amplificateur et des enceintes de grande taille pour être en mesure de causer des dommages physiques.

Mais la projection d’ultra-sons nocifs à partir d’un dispositif non repérable est « tout à fait plausible d’un point de vue technique », par exemple à distance à l’aide d’une antenne ou à proximité de la cible avec un petit boîtier.

« J’ai lu les rapports des attaques dans les hôtels et c’est très étrange (…), ce pourrait être une sorte d’accident, une activité industrielle ou une opération qui a mal tourné », spécule M. Earnest.

Car, comme nombre d’experts, il « ne voit pas » les Cubains se livrer à de telles attaques en plein rapprochement diplomatique avec les Etats-Unis.

Seule certitude pour ce vétéran de l’espionnage ayant passé 35 ans au sein de la CIA, il « n’a jamais rien vu de tel » au cours de sa carrière.

Romandie.com avec (©AFP / 28 octobre 2017 23h58)                

Nigeria – Olusengun Obasanjo : « Un président qui s’accroche, ce n’est bon pour personne »

octobre 26, 2017

 

À Londres, le 11 février 2015. © Mark Chilvers pour TAR

Il a quitté le pouvoir il y a dix ans, mais l’ancien président du Nigeria reste une figure incontournable dans son pays comme sur le continent. Alassane Ouattara et Guillaume Soro, Paul Biya, Joseph Kabila, Patrice Talon… Le général ne mâche pas ses mots quand il s’agit de juger les dirigeants africains.

Olusegun Obasanjo, 80 ans, est un homme très pressé. Il continue à parcourir le monde, comme lorsqu’il était chef de l’État nigérian (de 1976 à 1979, puis de 1999 à 2007), comme s’il ne pouvait renoncer un seul instant à être un homme d’action. Il aime à rappeler qu’il s’est rendu en voyage officiel dans une centaine de pays.

Ce 28 septembre, à Abeokuta, son fief en pays yorouba, Obasanjo débarque au milieu de l’après-midi. Des milliers d’étudiants l’attendent dans sa bibliothèque présidentielle.

Il dirige une conférence sur l’avenir de la jeunesse. Thème qui lui est cher et qui est au cœur d’un livre qu’il vient de cosigner.

Quelques heures plus tôt, il était au Darfour, où il participait à des négociations entre belligérants à la demande des Nations unies.

À peine sorti d’un embouteillage monstre entre Lagos et Abeokuta (distantes d’une centaine de kilomètres), il salue la foule compacte et attaque son discours.

Sur tous les fronts

Quelques heures plus tard, il nous reçoit dans sa villa sans luxe ostentatoire, sur la plus belle colline surplombant la cité, Hill Top. Obasanjo est serein. Mais même à 22 heures, dans son intimité, règne une discipline militaire. « C’est un homme d’ordre, un général. Il veut être obéi », souligne l’un de ses proches. Raide dans son fauteuil, Obasanjo scrute son environnement avec acuité. Il a promis un entretien d’une heure.

Il tiendra parole. Lorsque le temps imparti est écoulé, ses hommes s’approchent brusquement. Quelques minutes de plus seront obtenues, mais de haute lutte, comme si la rigueur militaire demeurait en toutes circonstances l’ultime mot d’ordre.

Certains affirment qu’il est beaucoup plus âgé que ne le prétend son état civil.

Son téléphone recommence à sonner. Des quatre coins de l’Afrique, des appels affluent. Obasanjo suit toujours de très près la situation politique de chaque État.

Certains affirment qu’il est beaucoup plus âgé que ne le prétend son état civil. Mais il reste infatigable et rit plus souvent qu’à son tour. Comme si la comédie humaine et l’arène politique constituaient pour lui des sources inépuisables de plaisir. Et une éternelle fontaine de jouvence.

Olusegun Obasanjo entouré de (de dr. à g.) : Abdelaziz Bouteflika, Alpha Oumar Konaré, Joaquim Chissano, Omar el-Béchir, Robert Mugabe, Meles Zenawi, au siège de l’UA, à Addis-Abeba, le 25 mai 2004. © GIANLUIGI GUERCIA/AFP

Jeune Afrique : Vous avez été président de 1976 à 1979, puis de 1999 à 2007. Avec le recul, quel regard portez-vous sur la classe dirigeante africaine ?

Olusegun Obasanjo : Si on essaie d’avoir une vue d’ensemble, on peut constater que son niveau s’améliore. En règle générale, les dirigeants africains issus des indépendances n’étaient pas préparés à présider aux destinées de leur pays. C’était tout particulièrement le cas dans les anciennes colonies britanniques.

Julius Nyerere, qui fut Premier ministre de la Tanzanie de 1960 à 1961 avant d’être élu président en 1964, m’a d’ailleurs confié qu’il s’était retrouvé aux commandes sans aucune expérience, presque par hasard ! Une infime minorité avait les qualités nécessaires. En particulier le président sénégalais Léopold Sédar Senghor [au pouvoir de 1960 à 1980], et le chef de l’État ivoirien Félix Houphouët-Boigny [1960-1993].

La plupart ont essayé de compenser ce manque de préparation par le nationalisme et la volonté farouche de promouvoir leur pays au niveau international. Question idéologie, ils étaient déchirés entre le socialisme et le capitalisme. Beaucoup étaient fascinés par les avantages sociaux que le socialisme semblait pouvoir procurer. Cela a duré les deux premières décennies qui ont suivi les indépendances, jusqu’à la chute des cours des matières premières, qui a tout remis en question et conduit à de nombreux coups d’État.

Aujourd’hui, la démocratie est devenue la norme. Cela ne veut pas dire que les citoyens portent au pouvoir la personne la plus qualifiée. Cela signifie seulement qu’ils peuvent choisir la personne qui les dirige. Ce qui constitue d’ailleurs une des limites de ce système. Cependant, si l’homme issu des urnes échoue, il suffit d’attendre le prochain scrutin pour le mettre à la porte.

Senghor est resté vingt ans au pouvoir, Houphouët-Boigny trente-trois ans… La limitation du nombre de mandats présidentiels, régulièrement remise en question en Afrique, est-elle souhaitable ?

Dès lors que la Constitution prévoit une limite, elle doit être observée. La démocratie a cela de bon qu’elle permet une alternance pacifique. Après dix ou douze années au pouvoir, vous êtes à court d’idées pour faire avancer votre pays.

Le projet de réforme constitutionnelle a plongé le Togo dans une crise politique qui dure depuis plusieurs semaines. Le président Faure Gnassingbé doit-il partir ?

Tout ce que prévoit la Constitution doit être respecté. Car lorsque la population constate l’échec de son dirigeant et n’a plus d’espoir de changement, qu’elle ne peut plus se dire « dans deux ou trois ans on le fait partir par les urnes », la violence et le chaos représentent son dernier recours. Et cela n’est bon pour aucun État. Les dirigeants doivent faire preuve de bon sens et respecter leurs engagements. Leurs actions doivent être adaptées à la situation de leur pays.

Manifestation contre le président togolais Faure Gnassingbé à Lomé, le 21 septembre. © Matteo Fraschini KOFFI/AFP

Quels conseils donneriez-vous à Faure Gnassingbé ?

Il doit mettre fin à la vague de violence. Il doit écouter la voix de la raison. La violence ne peut sauver aucun leader, nulle part. Elle doit être rejetée des deux côtés.

Négocier avec l’opposition est-il une option ?

Il faut un référendum pour revenir sur une disposition constitutionnelle. Le gouvernement et l’opposition doivent donc attendre qu’il soit organisé. Le processus politique doit se poursuivre de façon pacifique.

Et si le résultat du référendum ne lui est pas favorable, que devra faire Faure Gnassingbé ?

Tout bon dirigeant politique respecte le verdict des urnes.

Vous avez été sollicité pour mener une médiation entre le président ivoirien, Alassane Ouattara, et son ancien Premier ministre Guillaume Soro. Où en êtes-vous ?

J’espère qu’ils vont se rencontrer prochainement. Alassane Ouattara et Guillaume Soro doivent se parler. Ils ont besoin d’entamer des discussions franches. Certes, Alassane Ouattara est dépositaire de l’autorité présidentielle, mais tous les faits doivent être étudiés. Lors de ces négociations, il faudra jouer cartes sur table.

On vous prête une grande influence auprès de Guillaume Soro…

Je ne vais pas dire que j’ai de l’influence sur qui que ce soit. Je parle aux uns et aux autres, j’essaie de comprendre leurs arguments et de faire valoir les miens. Si, en dialoguant, on peut éviter les conflits, c’est parfait. Si on peut obtenir un point d’accord, c’est encore mieux.

Guillaume Soro a-t-il l’étoffe d’un futur président ?

Je n’ai aucune raison de penser le contraire. Guillaume Soro a beaucoup appris, et je crois qu’il va continuer dans cette voie. Il sera bien préparé pour affronter l’avenir.

Alassane Ouattara en compagnie de Guillaume Soro à Abidjan le 4 décembre 2010. © Thibault Camus/AP/SIPA

Vous connaissez aussi très bien la situation politique en RD Congo, où vous avez été l’envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies en 2008. Le pays vit de multiples crises sur son territoire, notamment dans l’Est, où sévissent de nombreuses milices armées. Cela vous inquiète-t-il ?

Dans le monde actuel, c’est un peu comme si nous habitions tous dans la même maison : s’il y a une fuite d’eau dans votre chambre, cela peut affecter la mienne. Même si les difficultés d’un pays doivent être prioritairement gérées par ses citoyens, les voisins ne peuvent pas rester les bras croisés.

Lorsque j’étais en RD Congo, j’ai tout de suite compris le problème : c’est le seul pays d’Afrique comptant deux fuseaux horaires et partageant des frontières avec neuf États. Il est gigantesque, et son sous-sol est immensément riche. C’est aussi un pays qui manque cruellement d’infrastructures, où les routes et les chemins de fer ont pratiquement disparu. Le seul moyen de gérer un tel territoire, avec une telle diversité et une telle complexité, c’est le fédéralisme.

Avez-vous déjà évoqué cette question avec le président Joseph Kabila ?

Non. Je lui parle de la façon dont on peut régler des conflits. Mais je lui rapporte mes conversations avec les habitants de la région de Goma [est de la RD Congo], qui me disent par exemple : « Nous, dans l’Est, on ne sait même pas ce qui se passe à Kinshasa, la capitale ! » Et ils ont raison. Pour la RD Congo comme pour le Nigeria, qui sont des pays multinationaux, multiethniques et multireligieux, le fédéralisme est le meilleur système.

Joseph Kabila pourrait-il accepter un tel changement de régime ?

Je ne sais pas ce qu’il est prêt à accepter.

Le fédéralisme ne risque-t-il pas de conduire au séparatisme ?

Je comprends cette inquiétude. Mais voyez l’Éthiopie : c’est le seul État à avoir inscrit la possibilité de sécession dans sa Constitution, or aucune région ne l’a encore revendiquée. Grâce au fédéralisme, chaque partie peut s’exprimer sur l’avenir du pays et avancer à son propre rythme sans déranger les autres. Chacun a son propre pouvoir législatif. Chacun a son propre exécutif. Chacun a son propre système judiciaire. Mais il existe aussi une nationalité commune, une monnaie commune, une politique étrangère commune… Les peurs qu’inspire le fédéralisme ne sont pas justifiées.

Le dernier mandat de Joseph Kabila devait se terminer le 19 décembre 2016. Et le président devait conduire son pays vers les élections d’ici à la fin de cette année, mais la Commission électorale a estimé qu’elles ne pouvaient se tenir avant 2019… Selon vous, est-il prêt à céder le pouvoir ?

J’ignore ce qu’il veut faire. C’est pourtant dans son propre intérêt et dans celui de son pays. Si on arrive à lui expliquer qu’il peut quitter le pouvoir sereinement, sans risquer d’être poursuivi, il est possible qu’il accepte. Il faut lui donner des garanties. Il faut qu’il sache qu’il pourra vivre dans les meilleures conditions après avoir abandonné ses fonctions. Et en toute sécurité.

Et, pour le moment, les garanties ne sont pas réunies ?

Je ne sais pas. C’est à lui qu’il faut poser la question.

N’est-ce pas sa succession qui pose problème ? Ne veut-il pas obtenir la garantie que ses ennemis, tel Moïse Katumbi, n’accèdent pas au pouvoir ?

Ce qui compte, ce n’est pas ce que vous voulez, mais ce que votre pays veut. Ce qui compte ce n’est pas qui vous plaît ou non, mais qui plaît à votre pays. Votre vote seul importe peu. C’est celui de l’ensemble des citoyens qui compte.

Au Cameroun aussi, la situation est complexe. Paul Biya détient le pouvoir depuis 1982 et semble prêt à briguer un nouveau mandat en 2018…

Je ne peux dire ce qui va se passer. C’est à chaque pays et à chaque dirigeant de décider de ce qui est le mieux. Mais, comme je l’ai dit, après un certain temps passé au pouvoir, on ne peut plus rien mettre en place de vraiment nouveau. Quand le leader s’accroche à son poste, la violence peut émerger, ce qui n’est bon pour personne.

Vous songez aux troubles récents dans la partie anglophone du Cameroun ?

Les habitants de cette zone peuvent en effet éprouver un sentiment d’exclusion. Il revient aux autorités de faire en sorte que cette impression disparaisse. Si elle est injustifiée, il faut le démontrer. Dans le cas contraire, il faut corriger la situation au plus vite.

Le Cameroun doit-il se tourner lui aussi vers le modèle fédéral ?

Il bénéficie déjà d’une certaine forme de fédéralisme.

Certains considèrent que ce fédéralisme est surtout théorique. En tout cas, la partie anglophone n’y trouve pas son compte…

Personne ne sera jamais complètement satisfait, mais apporter ce qui peut raisonnablement contenter les populations permet de diminuer les tensions.

Seriez-vous disposé là aussi à jouer les médiateurs ?

Pourquoi pas, si cela contribue à la paix. Comme pour n’importe quel autre pays qui en ferait la demande, je suis prêt à faire les sacrifices nécessaires.

Vous vivez à Abeokuta, dans le sud-ouest du Nigeria, près de la frontière avec le Bénin. Connaissez-vous bien ce pays ?

Ce que je sais, c’est qu’il n’a pas d’usines, qu’il ne produit rien, que son PIB n’arrive même pas à la hauteur de celui de l’État d’Ogun [l’un des trente-six États de la fédération, dont Abeokuta est la capitale]. Mais il fait entrer sur notre territoire des marchandises importées, contrefaites, sans payer de droits de douane.

Vous n’appréciez pas la façon dont les autorités béninoises gèrent la frontière ?

En effet, il faudrait qu’elles contrôlent mieux ce qui rentre au Nigeria. Le Bénin ne doit pas servir de porte d’entrée à des produits de contrebande revendus ensuite chez nous. Je m’y étais déjà opposé quand j’étais président. Cela n’aide ni son économie ni la nôtre. Le Nigeria serait tout à fait capable d’absorber ce que pourrait produire le Bénin à travers des relations commerciales normales.

Le président Patrice Talon n’agit pas assez selon vous ?

Je ne sais pas. Mais, si j’étais aux affaires, je le forcerais à faire mieux, car il a fait du Bénin et du Nigeria de véritables dépotoirs !

Vous n’êtes plus aux affaires mais ne vous privez pas de donner des conseils au président nigérian, Muhammadu Buhari, comme récemment celui de dialoguer avec les partisans de Nnamdi Kanu, qui réclament la sécession du Biafra…

Je vous rappelle que c’est moi qui ai mis fin à la guerre du Biafra, en janvier 1970, quand je dirigeais les troupes fédérales. À ce moment-là, les indépendantistes ont admis que le Biafra avait cessé d’exister. Nnamdi Kanu était un bébé quand ces événements ont eu lieu ! Alors, que sait-il du Biafra ? Il faut donc entamer le dialogue avec ses partisans pour leur faire comprendre qu’ils font fausse route. Ici comme dans beaucoup de pays du continent, la jeunesse est en colère. Elle est frustrée parce qu’elle ne voit se réaliser ni les opportunités ni les espoirs qui l’ont tant fait rêver. C’est ainsi sur tout le territoire, pas uniquement au Biafra.

Le problème est donc la jeunesse ?

Si vous avez passé quatre ou cinq ans à l’université, obtenu un diplôme, et que vous n’avez pas de travail, vous ne pouvez qu’être en colère. Les jeunes Nigérians ont toutes les raisons du monde de se sentir insatisfaits. Il faut absolument leur obtenir des formations qui leur permettront de trouver un emploi. L’âge moyen de la population est inférieur à 18 ans : la démographie nigériane est une bombe à retardement.

« La jeunesse nigériane est une bombe à retardement », selon l’ex-chef d’État (ici à Ijebu Ode). © HANNIBAL/dpa/AFP

Jugez-vous que Muhammadu Buhari ne s’occupe pas assez d’elle ?

Je refuse de répondre à cette question.

Vous qui vantez les bienfaits du fédéralisme, que vous inspirent les revendications des Nigérians qui réclament la mise en place d’un « véritable fédéralisme » afin de réduire les tensions ethniques ?

Je ne crois pas à cette idée. Les gouverneurs ont déjà beaucoup de pouvoir. Ils en ont même plus que le président ! Ceux qui en réclament davantage, ou revendiquent un « véritable fédéralisme », ne savent pas de quoi ils parlent.

Vous avez fait partie des soutiens de Muhammadu Buhari en 2015. D’aucuns dans l’arène politique souhaitent qu’il soit candidat à un second mandat en 2019, malgré son âge, 74 ans, et ses soucis de santé. Quelle est votre opinion ?

Je ne vais pas répondre à cette question non plus… Bonne soirée !

(more…)

Sommet crucial de la Cemac à N’djamena

octobre 25, 2017
Drapeaux des pays membres de la Cemac au siège de l’organisation, à Bangui. © Vincent Fournier/Jeune Afrique/JA

Prévu le 30 octobre prochain à N’djamena, au Tchad, le prochain sommet de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) tentera de relancer une communauté régionale en panne.

En dépit de l’effectivité de la libre circulation, la plupart des autres chantiers de l’intégration sont à l’arrêt : la fusion des deux bourses n’est pas faite ; interrompues en février dernier, les négociations sur les accords de partenariat économique (APE) avec l’Union européenne n’ont pas repris. En difficulté budgétaire, les pays-membres œuvrent, avec l’appui technique et financier du FMI, à la reconstitution de leurs réserves de change qui ont fondu à cause, notamment, de la chute des prix du pétrole.

Plusieurs dossiers « existentiels » seront à l’ordre du jours :

La libre circulation des personnes

Le 19 octobre dernier, le gouvernement gabonais a annoncé la suppression des visas pour les ressortissants des pays membres de la Cemac. Tout Camerounais, Centrafricain, Congolais, Équato-guinéen ou Tchadien possédant un passeport d’une validité d’au moins trois mois « n’est plus soumis à l’obligation de visa d’entrée au Gabon pour tout séjour ne dépassant pas les trois mois », selon le texte signé par le ministre de l’Intérieur, Lambert Noël Matha et le ministre de la Défense, Étienne Massard Makaga.

Après le Tchad et la République centrafricaine, le Gabon est le troisième pays de la Cemac à se conformer à la décision communautaire du 25 juin 2013 relative à la libre circulation dans l’espace Cemac. Le Congo a immédiatement suivi le 23 octobre en supprimant lui aussi les formalités de visa par une note signée du ministre de l’Intérieur, Raymond Zéphirin Mboulou. Ne restent plus que le Cameroun et la Guinée équatoriale qui suivront probablement, compte tenu de la menace de sanctions préconisées par le Comité de pilotage des réformes tenu le 28 septembre dernier à Douala.

Le financement de la Communauté

La Commission de la Cemac est minée par de graves problèmes budgétaires. En effet, plusieurs États ne reversent pas la Taxe communautaire d’intégration, destinée notamment à couvrir les dépenses de fonctionnement de l’organisation. Curieusement, ce prélèvement effectué sur les importations en provenance des pays tiers, à hauteur de 1% des transactions douanières, est collecté mais n’est pas souvent reversé dans les comptes de la Cemac.

Le renouvellement de la Commission

Désigné en février dernier lors du Sommet de Djibloho, en Guinée équatoriale, l’ex-Premier ministre gabonais Daniel Ona Ondo prendra effectivement les rênes de la Commission, les chefs d’État ayant refusé d’accorder un deuxième mandat au Congolais Pierre Moussa. Le mandat du collège des commissaires s’achevant en décembre prochain, leur remplacement fait déjà l’objet d’âpres batailles au sein des différents pays-membres.

À pourvoir, aussi, le poste de directeur général adjoint de la Banque de développement des États de l’Afrique centrale (BDEAC), qui devrait être attribué au Congo, conformément au principe de rotation. L’Équato-Guinéen Rafaël Tung Nsue Bilogo devra céder la présidence de la Commission de surveillance du marché financier de l’Afrique centrale (Cosumaf) à un ressortissant tchadien tandis que le Camerounais Désire-Geoffroy Mbock devra quitter la tête du Groupe d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique Centrale (Gabac) au profit d’un Centrafricain.

Jeuneafrique.com par

Florence Parly défend l’accord iranien et le Tchad à Washington

octobre 20, 2017

Washington – La ministre française des Armées Florence Parly a défendu les mérites de l’accord sur le nucléaire iranien et l’importance du Tchad dans le combat contre les islamistes lors d’une visite de deux jours à Washington.

« Il ne saurait être question de sortir de l’accord de Vienne négocié en 2015 dès lors que l’ensemble des conditions qui étaient requises de la part de l’Iran sont respectées, et elles sont respectées selon l’AIEA » (Agence internationale de l’énergie atomique), a indiqué Mme Parly à des journalistes à l’issue de sa visite.

La ministre a notamment transmis ce message au conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, le général HR McMaster, alors que le président américain a refusé de « certifier » l’accord sur le programme nucléaire iranien conclu en 2015, réclamé son durcissement par le Congrès et menacé d’un retrait des Etats-Unis si ses demandes n’étaient pas satisfaites.

Elle l’a également transmis à plusieurs membres du Congrès américain, notamment le sénateur républicain John McCain.

La ministre française a aussi indiqué avoir évoqué l’inscription du Tchad sur la liste des pays dont les ressortissants sont indésirables aux Etats-Unis, alors que c’est un pays allié de la France dans la lutte contre les groupes islamistes au Sahel.

« Nous avons évoqué le fait que le Tchad est un allié important, efficace, engagé dans cette zone du Sahel et que donc il faut aider le Tchad à répondre à l’ensemble des questions qui ont été posées par l’administration américaine », a-t-elle dit.

Washington reproche au Tchad de ne pas « partager des informations liées à la sécurité publique et au terrorisme, et de ne pas remplir au moins un critère de risque », selon le décret présidentiel sur le « Travel Ban », sans autre détail.

Interrogé sur ce point, le FBI a précisé à l’AFP que parmi les points de friction figurait notamment le type de passeport utilisé par le gouvernement tchadien.

Les Etats-Unis « s’engagent à coopérer avec le gouvernement tchadien pour corriger les faiblesses » identifiées, a précisé le FBI dans un communiqué.

Le Tchad, qui s’est montré déçu d’être visé par le décret migratoire du président Donald Trump, vient de retirer ses troupes du Niger voisin, où elles avaient été déployées pour lutter contre les islamistes du groupe Boko Haram.

Or une patrouille américano-nigérienne est tombée au début du mois dans un embuscade meurtrière au Niger, qui s’est soldée par la mort de quatre militaires américains des Forces spéciales et quatre soldats nigériens.

L’avenir des opérations militaires en Syrie après la chute de Raqa, et la Corée du Nord ont aussi figuré à l’agenda de Mme Parly.

La France, qui plaide pour une solution politique négociée en Syrie, tente de réunir un « groupe de contact » qui mettrait autour de la table l’opposition comme les représentants du régime syrien, les pays membres permanents du Conseil de sécurité, l’UE et les acteurs de la région comme le Liban, et associerait aussi l’Iran, proposition qui suscite l’hostilité des Américains.

Romandie.com avec(©AFP / 21 octobre 2017 00h31)

Grands Lacs: « Nos voisins continuent d’appuyer des groupes armés qui déstabilisent la RDC »

octobre 19, 2017

Au moment où se tient à Brazzaville ce jeudi le sommet de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), la RDC continue à accuser ses voisins rwandais et ougandais de ne pas respecter l’accord-cadre d’Addis-Abeba, signé en 2013. Entretien avec le lieutenant-général congolais Denis Kalume, coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’accord-cadre d’Addis-Abeba.

Il a côtoyé et travaillé avec les trois derniers présidents de la RDC. Ministre sous Mobutu, Kabila père et fils, le lieutenant-général Denis Kalume, 71 ans, est aujourd’hui coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’accord-cadre d’Addis-Abeba. Quatre ans après la signature de ce document conclu sous l’égide de l’ONU et censé aplanir les rapports souvent tendus dans la région des Grands Lacs, l’officier dresse un tableau bien sombre de la qualité des relations entre son pays, la RDC, et ses voisins de l’Est, particulièrement le Rwanda et l’Ouganda.

C’est d’ailleurs pour évaluer le degré de collaboration entre la RDC et les autres États signataires de l’accord-cadre qu’une « réunion de haut niveau » est prévue à Brazzaville en marge du septième sommet de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) qui s’ouvre ce jeudi 19 octobre à Brazzaville. Cinq chefs d’État ont fait le déplacement : l’Angolais João Lourenço, le Centrafricain Faustin-Archange Touadéra, le Congolais Joseph Kabila, le Rwandais Paul Kagame et le Zambien Edgar Lungu.

Jeune Afrique : Quatre ans après sa signature, l’accord-cadre a-t-il produit des effets escomptés ?

Denis Kalume : La paix n’est toujours pas revenue dans l’est de la RDC. Et c’est toujours dans cette partie de notre territoire que nous enregistrons des problèmes avec nos voisins. C’est pourquoi, de l’avis de la société civile locale, la RDC doit se désengager de la CIRGL. Car cette dernière ressemble de plus en plus à une machine à blanchir l’exploitation illicite de nos matières premières. Pis, l’engagement souscrit par tous les États de ne pas abriter ni soutenir des groupes armés à partir de leur territoire n’est toujours pas tenu par nos voisins.

L’Ouganda, comme le Rwanda d’ailleurs, nous croit naïfs

Qu’est-ce que la RDC reproche concrètement au Rwanda et à l’Ouganda ?

Le Rwanda et l’Ouganda hébergent toujours des criminels de guerre que nous recherchons. Et pourtant il existe des protocoles de coopération judiciaire entre nos États. Dans ce cadre, ils devraient autoriser l’extradition de Laurent Nkunda, Jules Mutebusi et autres auteurs présumés des crimes imprescriptibles contre lesquels nous avons émis des mandats d’arrêts internationaux.

Récemment d’ailleurs, Sultani Makenga et ses hommes de l’ex-rébellion du Mouvement du 23-Mars (M23) se sont infiltrés en RDC mais se sont heurté à la résistance de notre armée. Ils se sont repliés en Ouganda d’où ils venaient. Kampala l’a reconnu. C’est l’une des preuves patentes de l’appui que ces insurgés continuent de bénéficier dans ce pays. Mais nous n’avons entendu aucune condamnation de la part de la CIRGL. Elle est restée aphone alors le protocole de non-agression et de défense mutuelle était violée.

Avez-vous depuis demandé des explications aux autorités ougandaises ?

Bien sûr. Mais l’Ouganda, comme le Rwanda d’ailleurs, nous croit naïfs. Nous ne le sommes pas ! Nous sommes plutôt de bonne foi.

La non extradition de ces criminels de guerre présumés ne traduit-elle pas aussi une certaine faiblesse de la RDC à peser dans les rapports de force avec ses voisins ?

Prenons le cas de Jamil Mukulu [chef des Forces démocratiques alliées, ADF, rébellion ougandaise active dans le territoire de Beni, dans l’est de la RDC, NDLR]. Il a été condamné par contumace par la justice congolaise dans l’assassinat du colonel Mamadou Ndala. Il est recherché par la RDC.

Lorsqu’il a été arrêté en Tanzanie, nous avons dépêché des émissaires sur place pour le récupérer, mais l’Ouganda nous a précédé et l’a pris. Nous lui avons demandé de nous l’extrader. Nous avons évoqué le protocole sur la coopération judiciaire de la CIRGL, mais comme Museveni en était président, notre requête est restée lettre morte.

Nos voisins continuent d’appuyer des groupes armés qui déstabilisent notre pays

Conclusion de l’affaire : Mukulu, qui est supposé être au cœur même de la rébellion de la LRA qui massacre les civils en RDC, se trouve toujours entre les mains d’un pays voisin qui a signé des accords de coopération judiciaires avec nous.

Entretemps, la RDC milite pour que les victimes des ADF, les veuves et orphelins, aient l’occasion de voir cet homme pour lui exprimer leur tristesse. Pour l’instant, nous ne recevons pas de réponse de la part de Kampala. Nous avons même sollicité l’autorisation de dépêcher des avocats pour assister au procès là-bas. En vain.

Cette situation illustre bien le fait que le respect des engagements internationaux dépend des signataires de bonne foi ou de mauvaise foi. Nous, nous avons affaire aux signataires de mauvaise foi.

N’est-ce pas aussi un problème d’efficacité de la diplomatie congolaise ?

Je crois que la RDC a fait tout ce qu’il fallait faire. C’est désormais aux garants de cet accord-cadre, l’ONU et les autres organisations sous-régionales, de jouer leur rôle. Car nos voisins continuent d’appuyer des groupes armés qui déstabilisent notre pays.

Concernant les ADF, Kampala se dit prêt à envoyer des troupes pour aider les soldats congolais à traquer ces rebelles ougandais. Que vous inspire cette annonce ?

Des officiers ougandais de renseignement sont déjà présents en RDC dans le cadre du Mécanisme conjoint de vérification, basé à Goma. Et d’autres ont été autorisés à se rendre à Beni. Cela dit, si l’Ouganda veut vraiment nous aider, il doit commencer à cesser tout appui aux ex-combattants congolais qui sont sur son sol.

Quel est le sort que la RDC compte réserver à ces ex-rebelles du M23 une fois rapatriés ?

Il n’y a pas d’exception. Ils devront s’inscrire dans le processus global de description politique en cours. Il y a également le « DDR », ce processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion des ex-combattants. Là, nous avons un grand problème : à l’issue de leur formation, ils devraient recevoir un kit qui leur permet de se réinsérer dans la vie civile. Pour ce faire, la RDC devait débourser deux millions de dollars par an, elle en a donné 10 millions en deux ans ! La part de nos partenaires internationaux pour compléter les 80 millions de dollars convenus pour ce processus, se fait toujours attendre. Nous avons besoin de l’argent.

Sur le plan interne, l’accord de la Saint-Sylvestre, considéré comme compromis politique de la dernière chance, semble souffrir dans sa mise en œuvre. Que faut-il faire pour rectifier le tir ?

Ses signataires sont encore vivants. Il faut leur demander.

Jeuneafrique.com par

La Française Audrey Azoulay élue directrice générale de l’Unesco

octobre 13, 2017

L’ex-ministre française de la Culture Audrey Azoulay à Paris, le 13 octobre 2017 / © AFP / Thomas Samson

Audrey Azoulay, ancienne ministre française de la Culture, a été élue vendredi soir directrice générale de l’Unesco face au Qatari Hamad Al-Kawari, au terme d’une élection marquée par de multiples rebondissements, dont le retrait des Etats-Unis et d’Israël de cette agence internationale.

« Félicitations à Audrey Azoulay ! La France continuera à se battre pour la science, l’éducation et la culture dans le monde », a tweeté le président Emmanuel Macron.

Lors de l’ultime tour d’un scrutin très serré entamé lundi, les 58 membres du Conseil exécutif de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture, ont préféré la candidate Française au représentant qatari, par 30 voix contre 28.

Audrey Azoulay a reçu le soutien de l’Egypte, dont la candidate avait été éliminée sur la dernière ligne droite.

Mais Le Caire a néanmoins demandé à l’Unesco, dont le siège se trouve dans la capitale française, « la vérification des violations détectées tout au long du processus électoral », selon un porte-parole du ministère égyptien des Affaires étrangères.

Le candidat du Qatar, qui faisait la course en tête depuis le début malgré la résurgence de vieux soupçons d’antisémitisme relayés par le Centre Simon Wiesenthal Europe, ne faisait pas l’unanimité des pays arabes en délicatesse avec Doha.

En juin, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, Bahreïn et l’Egypte ont en effet rompu leurs relations diplomatiques avec le Qatar, l’accusant de soutenir des groupes extrémistes et de se rapprocher de l’Iran.

Ces quatre pays ont imposé un embargo au Qatar, qui a rejeté toutes les accusations à son encontre, y voyant une ingérence dans sa politique étrangère.

La bataille a cependant été âpre pour prendre le leadership d’une organisation déjà fragilisée par ses dissensions et ses difficultés économiques, et à laquelle les Etats-Unis et Israël avaient porté « un coup dur » avec l’annonce jeudi de leur départ, selon la directrice générale sortante de l’organisation, la Bulgare Irina Bokova.

Washington et Tel Aviv ont voulu ainsi exprimer leur exaspération face à une organisation qu’ils accusent d’être devenue anti-israélienne.

Les Etats-Unis avaient déjà suspendu leur contribution financière régulière il y a six ans.

– ‘Politisation’ –

C’est l’admission en 2011 de la Palestine au sein de l’Unesco qui avait entraîné cette interruption des versements de fonds, représentant près du quart du budget de l’agence, par Israël et les Etats-Unis.

Dès avant l’annonce de jeudi, François Chaubet, un professeur français d’histoire contemporaine, estimait d’ailleurs qu' »un des enjeux » de l’élection serait de « ramener les Etats-Unis dans les contributeurs ». Partis une première fois en 1984, ils étaient revenus en 2002.

« Pour honorer ses slogans nationalistes, Trump a choisi de faire le sacrifice de l’Unesco, c’était la décision qui coûtait le moins cher… », a commenté l’historien français Bertrand Badie.

« Si Donald Trump était partisan des institutions multilatérales, cela se saurait », a pour sa part relevé François Heisbourg, conseiller spécial de la Fondation de la recherche stratégique.

La décision américaine a néanmoins été une « triste nouvelle » ou un motif de « regret », voire de « déception », à Paris, à Moscou, dans les instances dirigeantes de l’ONU et de l’Unesco, mais aussi dans les milieux culturels et universitaires américains.

Pour Mme Bokova, « c’est l’universalité de l’organisation qui est en jeu ». Et le multilatéralisme dans l’ADN de l’organisation, ajoute-t-on de sources diplomatiques.

Vendredi, Berlin a appelé de ses voeux à « une Unesco forte ». Mais le porte-parole de la chancelière Angela Merkel, Steffen Seibert, a également rappelé que le gouvernement allemand « critiquait aussi depuis quelque temps la politisation (du) travail très important » effectué par l’Unesco, « par certains membres ».

« Nous mettons tous nos espoirs dans le ou la futur(e) secrétaire général(e) et attendons que cette nouvelle personne à la tête mène les réformes de l’organisation », a-t-il ajouté.

A des journalistes vendredi après-midi, Mme Azoulay a affirmé que sa candidature visait notamment à « restaurer l’efficacité et la crédibilité » de l’agence qui « traverse une crise politique profonde ».

Romandie.com avec(©AFP / 13 octobre 2017 23h06)