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La Russie profitera-t-elle de l’arrivée du Mozambique au Conseil de sécurité de l’ONU ?

juin 14, 2022

Maputo, que des liens étroits lient à Moscou et qui s’est jusqu’à présent abstenu de condamner la guerre en Ukraine, bénéficiera du statut de membre non permanent à compter de janvier 2023.

Filipe Nyusi, le président du Mozambique, lors du débat général de la soixante-treizième session de l’Assemblée générale de l’ONU, en 2018. © United Nations Photo

Il y a un début à tout : le 1er janvier 2023, le Mozambique rejoindra pour la première fois de son histoire le Conseil de sécurité de l’ONU en tant que membre non permanent. Il a été élu lors de la session du 9 juin à New York, après que l’Union africaine (UA) a présenté sa candidature, et il succédera donc au Kenya, dont le mandat de deux ans arrive bientôt à son terme. L’Équateur, le Japon, Malte et la Suisse feront par la même occasion leur entrée au Conseil de sécurité.

Maputo, qui est en butte à une insurrection islamiste depuis 2017 dans la province du Cabo Delgado, située dans le nord de son territoire, devrait sans surprise faire de la lutte contre le terrorisme l’une des priorités de son mandat. C’est également l’un des pays du continent les plus exposés aux conséquences du changement climatique, frappé aussi bien par des sécheresses que par des inondations et régulièrement touché par des tempêtes tropicales. Mais ce n’est pas ce qui suscite l’intérêt des observateurs.

Dans les couloirs des Nations unies, on se demande déjà comment le Mozambique se positionnera par rapport à la guerre en Ukraine. Les trois pays africains actuellement membres du Conseil – le Kenya, le Ghana et le Gabon – ont en effet tous voté en faveur de la résolution du 2 mars, laquelle dénonçait l’invasion russe, tandis que le Mozambique fait partie des 17 États du continent qui ont préféré s’abstenir.

Exercice d’équilibriste

« Maputo, au grand dam de Washington, est resté relativement neutre ou du moins a essayé de l’être, explique Emilia Columbo, du programme Afrique du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS). Mais c’est un difficile exercice d’équilibriste, car les États-Unis soutiennent, par le biais de programmes de formation, les efforts fournis dans le Cabo Delgado. Depuis des années, ils sont les principaux bailleurs de fonds du Mozambique. »

De fait, les États-Unis déversent chaque année des millions de dollars sur le Mozambique, lesquels sont principalement alloués au secteur de la santé. Mais ils ont également envoyé des membres des forces spéciales pour aider à former leurs homologues mozambicains à la lutte contre la guérilla islamiste, considérée par l’administration américaine comme une organisation terroriste depuis mars 2021.

Si la situation est complexe, c’est parce que le Mozambique entretient aussi des liens étroits et anciens avec la Russie. À l’époque soviétique, Moscou a soutenu le Front de libération du Mozambique (Frelimo) dans sa lutte contre le colon portugais. Le Frelimo est depuis arrivé au pouvoir (il est aux commandes depuis l’indépendance de 1975), et la Russie a continué à fournir au pays une assistance sécuritaire soutenue. Selon diverses sources, Moscou maintiendrait d’ailleurs une présence militaire dans le Cabo Delgado, alors même que les mercenaires du groupe Wagner en sont officiellement partis en 2020.

LA RUSSIE EST TOUJOURS AVEC LE MOZAMBIQUE, ET LE MOZAMBIQUE EST TOUJOURS AVEC LA RUSSIE

Signe de cette proximité, la présidente de la Chambre haute du Parlement russe, Valentina Matvienko, a conduit une délégation d’élus à Maputo à la toute fin de mai pour discuter de l’approfondissement des liens entre la Russie et le Mozambique avec le président Filipe Nyusi.

Valentina Matvienko passe pour être l’une des femmes les plus puissantes de Moscou. Elle fait partie des personnalités qui ont été sanctionnées par le département du Trésor américain, fin février, en réponse à l’invasion de l’Ukraine – au même titre que le président, Vladimir Poutine, et que le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov. Un sommet bilatéral a été programmé dans la capitale russe pour le mois prochain et, lors de sa visite, Valentina Matviyenko a annoncé que Moscou préparait un deuxième raout Russie-Afrique après celui de Sotchi, en octobre 2019. « La Russie est toujours avec le Mozambique, et le Mozambique est toujours avec la Russie », a de son côté déclaré la présidente de l’Assemblée nationale mozambicaine, Esperança Bias.

Pour autant, Maputo et Moscou ne sont pas d’accord sur tout. L’année dernière, les pays africains s’étaient unis pour faire avancer une résolution liant le changement climatique à divers problèmes sécuritaires, dont le terrorisme, et la Russie y avait opposé son veto.

Quelle que soit l’approche qu’adoptera le Mozambique lorsqu’il siègera au sein du Conseil, celle-ci sera scrutée de près. La tribune qu’offre une place de membre, même non permanent, présente nombre d’avantages, mais pas uniquement. « En tant que nouveau membre non permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, il a maintenant la responsabilité de montrer le bon exemple et de veiller à ce que les auteurs de violations des droits humains dans tout le pays, y compris des membres des forces de sécurité, soient traduits en justice », a déjà prévenu sur Twitter Zenaida Machado, chercheuse principale pour l’Angola et le Mozambique à Human Rights Watch.

Avec Jeune Afrique par Julian Pecquet

Des leaders de la diplomatie européenne se rendent en Ukraine

avril 8, 2022

Paris qualifie l’attaque contre la gare de Kramatorsk de « crime contre l’humanité ».

La présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a effectué un arrêt à Boutcha, vendredi, en Ukraine. Photo : Reuters/Valentyn Ogirenko

Pendant que les opérations de secours se poursuivaient à la gare de Kramatorsk, où deux roquettes russes se sont abattues sur des centaines de civils qui tentaient de fuir le Donbass, le chef de la diplomatie de l’Union européenne, Josep Borrell, et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, étaient de passage à Kiev.

Les leaders européens y ont rencontré le président ukrainien Volodymyr Zelensky, vendredi, afin de lui démontrer leur soutien. Mme von der Leyen a d’abord fait un détour à Boutcha, où les experts en médecine légale commençaient à extraire des corps enterrés dans les fosses communes. Des dizaines d’Ukrainiens massacrés y ont été retrouvés la semaine dernière, après le départ des troupes russes.

L’impensable s’est produit ici, a-t-elle déclaré. Nous avons vu la face cruelle de l’armée de [Vladimir] Poutine. Nous avons vu son irresponsabilité et son cynisme pendant l’occupation de la ville.

Les Ukrainiens défendent la frontière de l’Europe, défendent l’humanité, défendent la démocratie et nous les soutenons dans ce combat, a-t-elle ajouté.

Manifestement ébranlée par ce qu’elle a vu à Boutcha, Mme von der Leyen a assuré que Bruxelles aiderait l’Ukraine à prendre les mesures nécessaires pour qu’elle puisse adhérer à l’Union européenne.

La Russie va sombrer dans la décomposition économique, financière et technologique, tandis que l’Ukraine marche vers un avenir européen, a affirmé la présidente de la Commission européenne.

Le chancelier autrichien Karl Nehammer se rendra à son tour à Boutcha, samedi, avant de rencontrer M. Zelensky.

Josep Borrell a de son côté condamné avec fermeté l’attaque aveugle de [vendredi] matin par la Russie.

Cette nouvelle frappe russe a aussi été dénoncée par d’autres dirigeants européens. Les crimes de la Russie en Ukraine ne resteront pas impunis, a averti le premier ministre britannique Boris Johnson lors d’une conférence de presse.

Le président français Emmanuel Macron et le chancelier allemand Olaf Scholz étaient également consternés par les récents bombardements. Le chef de la diplomatique française, Jean-Yves Le Drian, est allé plus loin en qualifiant l’assaut de crime contre l’humanité.

C’est sordide, un carnage de plus, a-t-il lancé en entrevue à la chaîne de télévision France 5. Ces crimes ne pourront pas rester impunis.

Le temps presse

Plus tôt en journée, M. Zelensky a affirmé devant le Parlement finlandais que l’Ukraine ne pouvait pas attendre davantage de nouvelles armes occidentales et qu’elle avait besoin de sanctions puissantes contre la Russie.

Pour défendre nos vies, a-t-il lancé, nous avons besoin d’armes dont disposent certains de nos partenaires de l’Union européenne.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky lors de son récent passage à Boutcha Photo: AFP via Getty Images/Ronaldo Schemidt

La Slovaquie a répondu à son appel. En effet, le premier ministre slovaque Edouard Heger a annoncé que son pays avait fourni le système de défense aérienne S-300 à l’Ukraine pour la soutenir dans son effort de guerre contre la Russie.

Pour M. Heger, qui était aussi attendu à Kiev vendredi, ce don est une réponse de son pays à une demande d’assistance formulée par l’Ukraine dans l’exercice de la légitime défense, en vertu de l’article 51 de la Charte des Nations unies.

Selon le premier ministre slovaque, ce système aidera à sauver autant d’Ukrainiens innocents que possible face à l’agression du régime de Vladimir Poutine.

Le président américain Joe Biden, qui a qualifié d’horrible atrocité l’assaut contre la gare de Kramatorsk, a salué le geste de la Slovaquie.

Boris Johnson a quant à lui annoncé la livraison d’équipements militaires de haute qualité d’une valeur de 120 millions d’euros, dont des missiles antiaériens Starstreak et 800 missiles antichars.

Le chancelier allemand Olaf Scholz et le premier ministre britannique Boris Johnson veulent mettre fin à la dépendance de leurs pays au gaz russe. Photo: Getty Images/WPA Pool

Zelensky réclame un cocktail Molotov de sanctions

Autrement, les sanctions continuent de se multiplier en Europe face à la Russie.

Les transporteurs routiers russes et bélarusses ont été frappés d’une interdiction d’opérer dans l’Union européenne, jeudi. De nouvelles exportations ont aussi été interdites vers la Russie, notamment celles de biens de haute technologie, à hauteur de 10 milliards d’euros. La liste des produits russes interdits d’importation dans l’Union européenne a également été élargie à certaines matières premières et matériaux critiques pour une valeur estimée de 5,5 milliards d’euros par an.

La Commission européenne a annoncé vendredi avoir déjà gelé 29,5 milliards d’euros d’avoirs russes et bélarusses. Ces actifs incluent des bateaux, des hélicoptères, des biens immobiliers et des œuvres d’art pour près de 6,7 milliards d’euros.

Pour sa part, le Royaume-Uni a imité Washington et Bruxelles en annonçant, vendredi, qu’il refusait l’accès à son territoire aux deux filles du président russe Vladimir Poutine et à celle du chef de la diplomatie Sergueï Lavrov.

Mais le président Zelensky réclame des mesures beaucoup plus sévères pour affaiblir la Russie.

Combien de temps l’Europe peut-elle ignorer un embargo sur le pétrole russe? Combien de temps? s’est questionné le président ukrainien.

Dans le cadre de la cinquième série de sanctions contre Moscou, les représentants de l’Union européenne ont décidé, jeudi, de placer un embargo sur le charbon russe et de fermer les ports européens aux navires russes. Mais Kiev demande plus.

Nous avons besoin de sanctions puissantes et efficaces contre la Russie, des sanctions permanentes, un « cocktail de sanctions » dont on se souviendra comme les cocktails Molotov, a indiqué M. Zelensky.

Deux dirigeants européens à Kiev

La présidente de la Commission européenne et le chef de la diplomatie de l’Union européenne sont arrivés à Kiev, capitale de l’Ukraine. Les deux dirigeants vont notamment rencontrer le président Zelensky, comme nous le dit notre envoyé spécial Sylvain Desjardins.

La dépendance énergétique des pays européens face à la Russie explique la réticence de certains à boycotter le gaz russe. L’idée commence toutefois à faire son chemin.

En effet, Londres a affirmé sa volonté de mettre fin dès cette année à tout achat de pétrole et de charbon russes. Elle a appelé les Européens à en faire plus pour atteindre cet objectif.

Nous ne pouvons pas transformer nos systèmes énergétiques du jour au lendemain, mais nous savons aussi que la guerre de Poutine ne va pas se terminer du jour au lendemain, a assuré M. Johnson.

Nous faisons tout ce que nous pouvons et nous en faisons beaucoup, a affirmé de son côté M. Scholz. Nous sommes assez optimistes sur le fait que nous allons nous débarrasser de la nécessité d’importer du gaz de Russie très prochainement.

Néanmoins, les sanctions occidentales à l’égard de Moscou ont un poids réel sur l’économie russe, comme le démontrent les données dévoilées par l’agence de statistiques Rosstat. En effet, l’inflation a atteint 16,7 % en Russie au mois de mars, une augmentation de 7,6 % depuis février.

Conséquence directe des sanctions occidentales, l’inflation devrait continuer d’augmenter en Russie. Des experts prévoient qu’elle atteindra 24 % d’ici l’été.

Le Donbass dans la mire de Moscou

Le président français Emmanuel Macron a qualifié d’abominable l’attaque de vendredi contre des civils à Kramatorsk. Il s’attend toutefois à d’autres violentes frappes dans les zones séparatistes du Donbass d’ici le 9 mai, qui est la date de l’anniversaire de la capitulation de l’Allemagne nazie en 1945.

Pour la Russie, le 9 mai est une fête nationale, un rendez-vous militaire important, et il est à peu près sûr que, pour le président Poutine, le 9 mai doit être un jour de victoire, a expliqué M. Macron.

Nous pensons aux victimes de Kramatorsk, de Boutcha, de Marioupol, de Kharkiv, a-t-il poursuivi. Partout en Ukraine, nous soutiendrons les enquêtes pour que la justice soit faite. Nous pensons aux familles qui continuent de fuir, nous les accueillerons dans notre Union, notre Union de paix.

Des réfugiés ukrainiens affluent à la gare de train de Przemysl, en Pologne. Photo: Getty Images/Jeff J MitchelI

Selon la dernière mise à jour du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), 4,38 millions d’Ukrainiens ont fui leur pays depuis le début du conflit. La majeure partie d’entre eux ont trouvé refuge en Pologne, très solidaire de l’Ukraine.

À la fin mars, la Pologne a d’ailleurs expulsé 45 espions russes se faisant passer pour des diplomates. Cette mesure fait preuve d’une volonté consciente de Varsovie de détruire définitivement les relations bilatérales, a dénoncé la diplomatie russe.

En guise de représailles, la Russie a à son tour expulsé 45 diplomates polonais vendredi.

La Turquie veut des négociations

Les attaques ouvertes contre les civils en Ukraine compliquent grandement le retour à la table de négociations. C’est pourtant ce que cherche à faire la Turquie, qui veut relancer les pourparlers entre les dirigeants russes et ukrainiens.

Les images honteuses et inacceptables des corps suppliciés dans les rues de Boutcha et d’Irpin, près de Kiev, ont éclipsé les échanges diplomatiques, a reconnu jeudi le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu.

Il a aussi exprimé sa grande tristesse à la suite de l’attaque sur la gare de Kramatorsk et a demandé l’ouverture urgente de couloirs d’évacuation pour les civils.

Une attaque a visé la gare de trains de Kramatorsk, dans l’est de l’Ukraine, faisant des dizaines de morts. Photo : Getty Images/Herve Bar

Malgré tout, Ankara assure que les deux pays sont toujours disposés à se réunir – et la Turquie à les accueillir – pour avancer vers une solution au conflit.

La Russie et l’Ukraine sont d’accord pour tenir des pourparlers en Turquie, mais elles restent loin de s’accorder sur un texte commun, a confirmé vendredi un responsable turc de haut niveau qui a refusé d’être nommé.

La dernière session de pourparlers directs s’est tenue le 29 mars à Istanbul et avait permis aux deux parties de discuter des questions les plus sensibles, a-t-il souligné, parmi lesquelles la neutralité de l’Ukraine.

Radio-Canada avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

Diplomatie : quand la France ne fait plus rêver

avril 3, 2022
L’ambassade de France à Abidjan. © ISSOUF SANOGO/AFP

La France a décidé de revoir la composition de son corps diplomatique. Malheureusement, cette réforme ne s’accompagne pas d’une réflexion sur les raisons pour lesquelles la voix de Paris est de moins en moins audible, particulièrement en Afrique.

La démocratie libérale recule dans le monde, et le retour par l’Est du tragique en Europe escamote le débat démocratique français. Il a aussi pour regrettable effet de limiter la confrontation d’idées que le scrutin présidentiel a pourtant vocation à favoriser.

Dans un monde où l’ordre international est bousculé et où l’hégémonie occidentale semble dépassée, l’avenir de notre diplomatie française aurait mérité un vrai débat.

Et ce, d’autant plus qu’une réforme dite de l’encadrement supérieur de la haute fonction publique conduira à la suppression, dans l’Hexagone, dès janvier 2023, de deux corps diplomatiques, au profit d’un corps interministériel unique, celui des administrateurs d’État : en ambassade, à l’exception notable de nos ambassadeurs, il n’y aura donc plus de diplomates de métier. Pour le meilleur ou pour le pire.

Changer de ton

Comment, dans ces circonstances, s’organisera l’action extérieure française dans les prochaines années ? C’est une discussion majeure que nous n’aurons pas. Son importance est pourtant avérée, en particulier pour les Français de l’étranger, dont parfois 80 % s’abstiennent de participer aux scrutins électoraux.

Je pense notamment au continent africain, qui fait beaucoup parler de lui pendant la campagne, parfois avec condescendance, souvent sous le prisme de l’actualité migratoire ou militaire, et alors même que tous les candidats s’accordent par ailleurs à reconnaître qu’Europe et Afrique ont destin lié.

Lors du vote, à l’Assemblée générale des Nations unies, condamnant l’invasion russe en Ukraine, des pays du continent tels que l’Afrique du Sud, le Sénégal et l’Algérie se sont abstenus, comme d’ailleurs la Chine et l’Inde, quand le Maroc et l’Éthiopie n’ont tout simplement pas pris part au scrutin. Et puis il y a les pays que l’on préfère ne pas lister, mais qui ont voté la résolution à contrecœur, cédant à une pression qui provenait parfois de la France.

Nous devons adapter notre action extérieure aux nouveaux défis de l’époque, en commençant par changer de ton avec nos partenaires. Entre le premier suffrage universel en France, le 11 août 1792, et le premier vote des femmes, le 19 avril 1945, il s’est passé plus de cent cinquante ans : à qui souhaitons-nous donner des leçons ?

Changer de ton, c’est aussi cesser les discours grandiloquents. La ritournelle des poncifs humanistes à laquelle on a été habitué pendant les derniers quinquennats peut rendre un discours agréable. Elle ne constitue pas pour autant une modalité efficace de notre action politico-diplomatique.

L’ACTION CULTURELLE DE LA FRANCE EST FRAGILISÉE. SON IMAGINAIRE EST DATÉ

Face au ressentiment antifrançais d’une part, qui croît en Afrique pour des raisons qui ne sauraient tenir qu’aux seules entreprises de manipulation de nos rivaux, et d’autre part aux importants efforts qui sont fournis sur le continent par de puissants adversaires de la démocratie libérale, notamment la Chine, la Russie et la Turquie, quels moyens la France souhaite-t-elle se donner pour accomplir son destin de puissance d’équilibre ?

Les efforts consentis pour apaiser les douleurs mémorielles, par exemple au Rwanda, sont à saluer et participent du nécessaire effort d’adaptation. Ils restent néanmoins insuffisants, quand l’on voit se détourner de la France des pays comme la Centrafrique, le Mali ou, pour des raisons différentes, le Gabon.

Ils sont en revanche plus productifs dans les pays sans legs colonial français, par exemple au Ghana, en Angola, ou en Égypte.

Mais l’action culturelle de la France est fragilisée. Son imaginaire est daté. La vision de nos diplomates est parfois strabique ou dépassée. La souveraineté de nos partenaires n’est pas toujours respectée. Bref, la France ne fait plus rêver.

Et elle n’a plus à faire rêver. Il ne faut pas plus de France. Il en faut mieux.

Tisser de nouveaux fils

En Afrique et au Levant, la « diplomatie parlementaire » doit de ce point de vue être réhabilitée. Soyons clair : il ne s’agit pas pour nos députés ou sénateurs de suppléer la diplomatie française. L’expression, dont il faut reconnaître le caractère commode, doit plutôt renvoyer au rôle que les parlementaires peuvent jouer pour tisser les nouveaux fils de la relation entre nos partenaires africains d’une part, et la France, l’Allemagne et l’Italie d’autre part, cela en complément de nos actions diplomatiques respectives.

Cette conception de la diplomatie parlementaire suppose de s’appuyer sur des élus véritablement représentatifs, en capacité d’enrichir l’analyse de la diplomatie régalienne, notamment du fait de leur ancrage territorial et socioculturel. Ils le feraient avec la liberté de ton et d’appréciation que le suffrage universel confère.

C’est ainsi que des compromis peuvent être construits, des équilibres préservés, des opportunités réciproques saisies, y compris en matière économique, par exemple dans les secteurs de l’énergie, de la santé et de l’éducation.

Dans cette nouvelle entreprise, les Français établis hors de l’Hexagone doivent être au centre de nos attentions, faute de quoi, notre action extérieure en Afrique connaîtra son crépuscule.

Avec Jeune Afrique

Ali Hojeij

Par Ali Hojeij

Avocat au Barreau de Paris, spécialiste du droit public des affaires

RDC-Diplomatie : huit ambassadeurs congolais en formation à Bruxelles

mars 15, 2022

Nommés récemment par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, huit ambassadeurs congolais suivent, du 14 au 19 mars, une formation à l’institut Edgmont à Bruxelles, consacrée à la prise de fonctions de la direction d’un poste diplomatique.

Les ambassadeurs congolais et les représentants de l’institut Edgmont

Les ambassadeurs en formation sont Christian Ndongala Nkuku, ambassadeur plénipotentiaire de la République démocratique du Congo (RDC) près le Royaume de Belgique, le Royaume des Pays-Bas, le Grand-Duché de Luxembourg et Mission auprès l’Union européenne ; Paul Empole Efambe, représentant de la RDC auprès des institutions internationales basées à Genève ;  Fidèle Mulaja Binene, amabssadeur de la RDC en Afrique du Sud ; Gilbert Naiya Nabina, ambassadeur de la RDC en Côte d’Ivoire ; John Nyakeru, ambassadeur de la RDC au Kenya ; Marie-Hélène Mathey Boo, ambassadrice de la RDC aux États-Unis ; Isabel Machik Tshombe, ambassadrice de la RDC en France et Ivan Vangu Ngimbi, ambassadeur de la RDC en Russie.

La semaine de formation est consacrée à un échange sur les questions diplomatiques et sur le rôle et le fonctionnement des postes bilatéraux et multilatéraux. La journée du 14 mars avait été consacrée à une discussion sur les relations bilatérales.

Selon Hugues Chantry, directeur général de l’institut Edgmont, les nouveaux ambassadeurs bénéficieront des « compétences techniques » comme la prise de parole en public. En outre, a—t-il fait savoir, cette formation s’adresse aux personnes ayant de l’expérience, mais qui exercent pour la première fois le rôle d’ambassadeur, après leur nomination par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Il a ajouté que cette initiative s’inscrit également dans la redynamisation des relations bilatérales belgo-congolaises décidée lors de la visite officielle que le chef de l’Etat congolais avait effectuée en Belgique, en septembre 2019, et qui avait mis fin à une longue crise diplomatique, entre Bruxelles et Kinshasa, à l’époque de son prédécesseur, Joseph Kabila Kabange.

L’Institut royal des relations internationales est un groupe de réflexion indépendant basé à Bruxelles. Ses recherches interdisciplinaires sont menées dans un esprit de totale liberté académique et s’appuient sur l’expertise de ses propres chercheurs, ainsi que sur celle des spécialistes externes belges et étrangers, pour fournir des analyses et des options politiques qui se veulent aussi opérationnelles que possible.

Depuis 2014, a rappelé Hugues Chantry, grâce au soutien de l’agence belge de développement Enabel, l’institut Edgmont conseille également l’École nationale d’administration de Kinshasa, qui forme de hauts fonctionnaires congolais.

Avec Adiac-Congo par Patrick Ndungidi

Grandes chancelleries francophones : les pays membres insistent sur la promotion des valeurs de solidarité et de paix

février 18, 2022

La réunion de la dixième conférence internationale des grandes chancelleries francophones s’est tenue du 9 au 12 février à Dakar, au Sénégal, afin de dynamiser les institutions des pays membres à travers la promotion de l’excellence et des valeurs de mérite, de travail, d’intégrité et de paix.

1-Le podium pendant la conférence/Adiac

Sur le thème « La sanction du mérite et de l’excellence, rôle des grandes chancelleries », les travaux ont été ouverts par le grand maître de l’ordre du Lion du Sénégal, le président Macky Sall, qui a insisté sur les valeurs de solidarité et d’engagement.

 « En mettant votre expérience professionnelle exemplaire au service de la réflexion collective sous la sanction du mérite et de l’excellence, vous faites le choix de servir davantage notre espace commun, la francophonie, et ses valeurs de solidarité et d’engagement », a indiqué le président Macky Sall.

« Votre session contribuera à améliorer, dans la durée, nos systèmes de distinction nationale et la qualité de leurs ressources humaines pour un meilleur choix des futurs candidats aux décorations », a-t-il poursuivi.

Par ailleurs, le grand chancelier des ordres nationaux du Congo et président en exercice sortant de la conférence, Norbert Okiokoutina, a rappelé:« La tenue des assises de Brazzaville a permis l’adoption de la charte de la conférence internationale des grandes chancelleries francophones, devant régir désormais notre espace ».

Le dirigent de la grande chancellerie de l’ordre national du Lion du Sénégal, Meissa Niang, dont le pays assure au sortir de cette édition la présidence de la conférence internationale des grandes chancelleries francophones, a quant à lui indiqué : « Le thème de cette importante rencontre s’impose à nous, grandes chancelleries, de manière pertinente et nécessite des solutions immédiates et concertées ».

2-Vue partielle des invités à la conférence/Adiac

Plusieurs autres temps forts ont marqués les travaux de cette 10e conférence intervenue après la 9e tenue au Centre international de conférence de Kintélé, au Congo, en juin 2019. Il s’agit notamment de la réunion des experts, des interventions des grands chanceliers ou de leurs représentants, des communications des experts sur le thème (dont trois universitaires et trois officiers généraux), de l’admission de la Guinée équatoriale comme membre à part entière de la conférence, de la désignation du grand chancelier de l’ordre national du Lion du Sénégal comme président en exercice de la conférence pour un mandat de deux ans, de l’examen et de l’adoption des motions, recommandations et du rapport général de la conférence. 

Il sied de rappeler qu’en marge de la conférence, les grands chanceliers ont été reçus par le président MackyA Sall et des visites ont été organisées au profit des délégations, notamment à l’île de Gorée, au Musée des civilisations noires africaines et au musée Léopold-Sédar-Senghor.

La conférence internationale des grandes chancelleries francophones se tient tous les deux ans dans un pays membre. L’édition de Dakar qui devait se tenir en 2021 avait été décalée à cause de la crise sanitaire. La première conférence s’était tenue en 2003 au Burkina Faso. La prochaine se tiendra en 2023 en Guinée Conakry, pays qui devra choisir le thème de la rencontre.

Y ont pris part les grandes chancelleries des pays membres (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Congo, Congo démocratique, Côte d’Ivoire, France, Niger, Sénégal, Tchad, Togo) ainsi que des pays observateurs et invités comme Cap-Vert, Guinée Bissau, Gambie et Mauritanie. Par ailleurs, le Gabon, la Guinée, le Mali et la Principauté de Monaco n’ont pas pris part à cette conférence.

Adiac-Congo par Fortuné Ibara

Maroc-Allemagne : fin officielle de la crise diplomatique

février 17, 2022
Annalena Baerbock et Nasser Bourita, le 16 février 2022 © MAP

Après plusieurs signes d’apaisement, le Maroc et l’Allemagne actent officiellement leur réconciliation et la reprise de leurs relations.

Ce 16 février, le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita s’est entretenu pour la première fois avec son homologue allemande, Annalena Baerbock. Cette réunion par visioconférence, placée sous le signe de la cordialité, a été l’occasion « d’entamer un nouveau dialogue afin de surmonter les malentendus et d’approfondir les relations bilatérales aux multiples facettes », selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères allemand.

Toujours selon ce communiqué « les deux ministres ont convenu de renouer avec la qualité particulière des relations bilatérales dans tous les domaines, dans l’esprit des politiques éprouvées, de cohérence et de respect mutuel ».

Au-delà des mots, deux éléments concrets actent officiellement la réconciliation entre le royaume et l’Allemagne : « La reprise de la coopération, dans tous les domaines et avec tous les acteurs », et le retour « prochain » d’un nouvel ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne à Rabat, dont le poste est vacant depuis huit mois. Côté marocain, l’ambassadrice Zohour Alaoui a quant à elle retrouvé son poste à Berlin depuis la fin janvier 2022.

Une opération séduction en deux temps

Quatre mois après son arrivée au pouvoir, l’exécutif allemand dirigé par le social-démocrate Olaf Scholz, aura donc réussi à désamorcer la crise diplomatique entre les deux pays. Pour rappel, en mars 2021, la diplomatie marocaine avait décidé de suspendre tout contact avec l’ambassade allemande à Rabat et, par conséquent, de geler ses relations avec Berlin.

LE MINISTÈRE ALLEMAND DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES A SALUÉ LA « CONTRIBUTION IMPORTANTE » DE RABAT SUR LE DOSSIER DU SAHARA

En cause : la position allemande sur le dossier du Sahara, contrariée par la décision de Donald Trump de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara en décembre 2020, au point de convoquer une réunion d’urgence au Conseil de Sécurité de l’ONU pour discuter du sujet. Parmi les autres griefs retenus par Rabat contre Berlin, l’absence d’invitation du Maroc à la conférence organisée sur la Libye dans la capitale allemande en janvier 2020, ou encore le cas Mohamed Hajib, un salafiste détenteur de la nationalité allemande, résident en Allemagne, et dont le royaume demande l’extradition après la diffusion de vidéos où il appelle à des attaques contre le Maroc.

Le changement de gouvernement en Allemagne en décembre 2021 aura finalement eu raison de cette brouille. Pour ce faire, Berlin a mis en place une stratégie de réconciliation en deux temps. En décembre, le ministère allemand des Affaires étrangères a publié un communiqué qui déclare que « le Maroc a apporté une contribution importante » concernant la résolution du conflit au Sahara, « à travers un plan d’autonomie au Sahara en 2007 ». Un évolution rhétorique subtile, mais un message reçu 5 sur 5 à Rabat.

Invitation à Berlin

Dans la foulée, le président fédéral allemand, Frank-Walter Steinmeier – qui avait déjà fait part de sa position plutôt favorable au plan d’autonomie marocain lors d’une visite au royaume en 2015 -, a écrit un courrier à l’attention du roi Mohammed VI, pour lui exprimer son souhait de « renforcer leur partenariat stratégique » et l’inviter à effectuer une visite d’État à Berlin.

Des « signaux positifs », selon Rabat, qui avait alors fait part de sa « grande satisfaction ». Et annoncé sa volonté de reprendre une « relation normale ».

Par Jeune Afrique par Nina Kazlowski – à Casablanca

Ukraine : face à Macron, Poutine salue les « efforts » de la France

février 7, 2022

Dans l’espoir de désamorcer la crise ukrainienne, Emmanuel Macron est parti à la rencontre de Vladimir Poutine à Moscou. L’échange a démarré.

Le face-a-face Emmanuel Macron-Vladimir Poutine a Moscou, lundi 7 fevrier 2022.
Le face-à-face Emmanuel Macron-Vladimir Poutine à Moscou, lundi 7 février 2022.© – / SPUTNIK / AFP

Les présidents français et russe ont entamé une grande discussion, lundi 7 février depuis Moscou. Très attendu à l’international, ce rendez-vous est destiné à avancer vers une désescalade dans la crise russo-occidentale autour de l’Ukraine. La réunion entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine a débuté vers 18 h 30 (15 h 30 GMT), selon des images de la télévision russe, les deux dirigeants étant assis à une très longue table blanche au Kremlin.

« La discussion peut amorcer ce vers quoi nous devons aller, ce qui est une désescalade », a déclaré Emmanuel Macron durant les premières minutes de la rencontre, ajoutant vouloir « éviter la guerre » et « construire les éléments de confiance, de stabilité, de visibilité pour tout le monde ». Le président russe Vladimir Poutine a salué lundi les efforts français : « Je vois combien d’efforts sont faits par les autorités françaises pour résoudre la question de la sécurité en Europe, pour trouver un règlement à la crise. »

Les deux hommes ont commencé leur rencontre au Kremlin assis de part et d’autre d’une longue table blanche. Une mise en scène d’ores et déjà moquée par les spectateurs français, même si ce format avait déjà été adopté par Vladimir Poutine lors de ses rencontres avec des dignitaires étrangers, en raison de la pandémie. La visite d’Emmanuel Macron à Moscou intervient en pleine flambée de tensions entre les Occidentaux et la Russie, accusée d’avoir massé des dizaines de milliers de soldats à la frontière ukrainienne en vue d’une invasion. Le président français est le premier dirigeant occidental de premier plan à rencontrer le président russe depuis l’accroissement des tensions en décembre. Mardi, il se rendra en Ukraine pour s’y entretenir avec le président Volodymyr Zelensky.

Avec Le Point

Israël-UA : désunion à l’Union africaine

janvier 17, 2022
Le président congolais Félix Tshisekedi avec le Premier ministre Naftali Bennett à Jérusalem, le 28 octobre 2021. © Twitter Naftali Bennett

Face au refus d’une partie des pays membres de l’UA, le retour d’Israël au sein de l’organisation panafricaine, en tant qu’observateur, n’a toujours pas été confirmé. Un révélateur de divisions plus sérieuses ?

En février 2022, Israël s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre de ses longues relations avec le continent, en obtenant le statut d’observateur auprès de l’Union africaine (UA). D’abord accordée en juillet dernier, cette accréditation a été dénoncée dès septembre par plus d’une vingtaine de pays membres, contrariés d’avoir été mis, selon eux, devant le fait accompli par Moussa Faki Mahamat.

Le président tchadien de la Commission de l’UA n’a pas eu d’autre choix que de revoir sa position. La question sera posée à l’ensemble des 55 États membres lors du prochain sommet des chefs d’État, prévu à Addis-Abeba en février 2022.

Une formalité ?

« Une formalité » pour plusieurs observateurs israéliens, plutôt confiants au moment d’inventorier les soutiens de leur pays au sein de l’organisation panafricaine. Officiellement, Israël n’a en effet pas compté autant d’amis africains depuis de longues décennies. « Il faut remonter aux années 1950, quand Israël disposait de plus d’une trentaine d’ambassades à travers le continent », précise le chercheur Emmanuel Navon. Le pays siégeait alors à l’Organisation de l’unité africaine (OUA) avec, déjà, ce statut d’observateur qu’il cherche aujourd’hui à récupérer. Il en a été dépossédé en 2002 au moment où le continent choisissait la voie de l’Union africaine.

Depuis la guerre israélo-arabe de 1973, le continent faisait preuve d’une belle unité sur la question israélienne. Au lendemain du conflit, l’ensemble des pays africains avaient officiellement rompu leurs relations diplomatiques avec Tel-Aviv, incités par une OUA largement sous influence des pays arabes du continent.

Vingt ans après le départ obligé d’Israël, les plus ardents adversaires de son retour sont toujours les mêmes. Ils sont juste moins nombreux que par le passé, leur nombre ayant diminué à mesure que Tel-Aviv normalisait ses relations avec le continent au lendemain des accords d’Oslo de 1993.

La cause palestinienne

Si la Libye en déliquescence n’exerce évidemment plus la même influence à l’UA qu’au temps de Mouammar Kadhafi, l’Algérie s’est rapidement élevée contre « l’évidence » de la décision prise par la commission, et elle a vite réuni autour d’elle la grande majorité des pays musulmans du continent, de la Mauritanie à Djibouti.

Seuls manquent à l’appel le Maroc et le Soudan, en phase de rapprochement avec Israël, ainsi que le Tchad, qui a rétabli ses relations diplomatiques avec ce dernier en 2018, après la visite historique sur place du président Idriss Déby Itno.

Les autres farouches adversaires d’un retour israélien à l’UA sont à chercher à l’extrême sud du continent, au Zimbabwe, en Namibie ou au Botswana. Ces pays ont  emboité le pas à l’Afrique du Sud devenue, depuis 1994 et l’arrivée de l’ANC au pouvoir, la grande défenseur de la cause palestinienne sur le continent. « La situation en Palestine n’ayant pas changé, il n’y pas de raison que le statut d’Israël change », avance cette fois encore le camp du refus, comme il l’avait déjà fait, avec succès, lors des demandes précédentes de 2013 et 2016.

Une lourde bataille procédurale a donc démarré à Addis-Abeba, prévue pour se conclure par un vote à majorité simple qui, s’il devait être secret, pourrait réserver des surprises. Dans le cas contraire, Israël mettrait fin à très exactement vingt ans d’absence, pour reprendre sa place parmi les 90 partenaires extérieurs aujourd’hui accrédités auprès de l’UA.

Avec Jeune Afrique par Olivier Caslin

Mali : la Chine et la Russie bloquent les sanctions au Conseil de sécurité

janvier 12, 2022
Des partisans d’une intervention russe au Mali, lors d’une manifestation en faveur des putschistes à Bamako, en septembre 2020. © /AP/SIPA

Pékin et Moscou ont fait front, mardi 11 janvier, pour empêcher l’adoption par le Conseil de sécurité d’une résolution, présentée par la France, soutenant les sanctions imposées par la Cedeao au Mali.

La passe d’armes était attendue. Elle s’est déroulée comme prévue. Deux jours après les sanctions imposées à Bamako par la Cedeao, le 9 janvier, la situation politique au Mali a été inscrite à l’ordre du jour du Conseil de sécurité des Nations unies. Mais impossible de trouver un consensus. Le texte présenté par la France, qui souhaitait que le Conseil soutienne les décisions prises par les chefs d’État ouest-africains lors du sommet extraordinaire d’Accra, a été retoqué. La Russie et la Chine ayant marqué leur opposition à ce que Vassily Nebenzia, le représentant de Moscou, a qualifié « d’ingérences étrangères excessives […] qui ne font que compliquer la situation ».

« Ce qui se passe au Mali est une véritable fuite en avant de la junte qui, au mépris de ses engagements, souhaite confisquer le pouvoir pendant des années et priver le peuple malien de ses choix démocratiques », avait déclaré quelques heures plus tôt Jean-Yves Le Drian, le ministre français des Affaires étrangères. « Une transition en cinq ans n’est pas dans l’intérêt du peuple malien », a déclaré en écho Linda Thomas-Greenfield, la représentante des États-Unis à l’ONU, lors des débats de ce mardi à New York, avant de s’inquiéter de la présence au Mali « d’individus liés au groupe Wagner ». Une « menace pour le peuple malien et la Minusma [mission de l’ONU au Mali] juge l’Américaine.

Les représentants du « A3 », les trois pays africains membres non permanents du Conseil (le Ghana, le Gabon et le Kenya), ont eux aussi plaidé en faveur d’un appui aux sanctions prononcées par la Cedeao. Le Conseil doit « appuyer la fermeture des frontières terrestres et aériennes entre les pays de la région et le Mali ainsi que le gel des avoirs de l’État malien dans les banques régionales de la Cedeao », a notamment déclaré Michel Xavier Biang, le représentant du Gabon, réclamant par ailleurs un soutien logistique, matériel et financier en faveur de la force militaire conjointe du G5 Sahel.

Pékin et Moscou sur la même ligne

En face, le représentant de la Russie a estimé que le retour à l’ordre constitutionnel devait « tenir compte des réalités sur le terrain » et insisté sur la nécessité de sécuriser le pays avant d’envisager d’éventuelles élections. « La Fédération de Russie soutient le principe “à problèmes africains, solutions africaines” », a déclaré le diplomate, affirmant par ailleurs – sans jamais prononcer le nom de la société Wagner – que « les Maliens ont le droit d’interagir avec d’autres partenaires qui sont prêts à coopérer avec eux dans le domaine du renforcement de la sécurité ».

Dai Bing, le représentant permanent adjoint de Pékin, lui a emboîté le pas, appelant «  les forces qui sont hors de la région à se garder d’exercer des pressions sur le Mali ».

« Ceux qui entretiennent cette campagne de fausses informations savent pertinemment que le Mali n’a pris aucun engagement auprès de Wagner et qu’il n’y a aucun mercenaire présent sur le sol malien », a pour sa part martelé Issa Konfourou, l’ambassadeur du Mali auprès des Nations unies, dénonçant une « campagne de désinformation ».

Paris devrait maintenant se tourner vers l’Union européenne (UE) pour tenter de faire pression sur le Mali. Emmanuel Macron a en effet assuré que la France et l’UE, dont son pays assure la présidence tournante, soutenaient la « position très claire et ferme » de la Cedeao face aux « dérives de la junte ».

Alger appelle à une transition « raisonnable »

Dans le bras de fer diplomatique qui s’est intensifié depuis l’annonce des sanctions « dures » prises à l’encontre de Bamako, Assimi Goïta a trouvé un allié auprès du colonel Mamadou Doumbouya, le président de transition en Guinée. Le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD) a en effet annoncé lundi que les frontières terrestres, aériennes et maritimes de son pays avec le Mali resteront ouvertes.

En revanche, Alger a joint sa voix aux tenants d’une réduction drastique de la durée de transition. Le président algérien Abdelmadjid Tebboune a enjoint les militaires maliens au pouvoir à adopter « une attitude responsable et constructive » et a jugé, selon des propos rapportés par les services de la présidence, « raisonnable et justifiable une période de transition d’une durée ferme de douze à seize mois ».

Par Jeune Afrique avec AFP

Diplomatie : Emmanuel Macron sera le 20 décembre à Bamako

décembre 15, 2021

Le président français sera au Mali pour rencontrer son homologue Assimi Goïta et partager officiellement un dîner de Noël avec les soldats français. Un voyage surprise et inédit dans les relations entre la France et l’Afrique.

Depuis des mois, le patron de la junte militaire malienne, Assimi Goïta, ne prend plus Emmanuel Macron au téléphone, après que ce dernier eut dénoncé « le deuxième coup d’Etat » au Mali. A l’occasion de son déplacement à Bamako, le chef de l’Etat français va annoncer un retrait partiel de la force Barkhane sans consulter ses partenaires africains.  Son voyage interroge quant à la cohérence diplomatique de la France, après avoir réduit son effectif militaire au Mali. Les deux hautes personnalités devraient s’entretenir sur la nécessité de la transition et l’organisation des élections ; et l’opposition de Paris à la présence militaire russe au Mali. Cette visite est à risque, compte tenu de l’hostilité manifestée ces derniers mois par la population malienne face aux soldats français.

Les effectifs militaires français ont décru depuis l’annonce d’Emmanuel Macron de se désengager progressivement du Mali. « Nous étions environ 5 000 militaires au Sahel à l’été 2021, nous serons environ 3 000 à l’été 2022 », a indiqué le général Laurent Michon, commandant de l’opération Barkhane. De nouvelles réductions auront lieu d’ici à 2023.

Après le départ des soldats Barkhane installés au Mali depuis 2013, l’armée de ce pays a annoncé avoir repris la ville de Tombouctou. Les Forces maliennes vont assurer la sécurité. « On a formé les forces armées maliennes à la protection de l’emprise et au guidage aérien avant qu’ils nous relèvent », a déclaré le capitaine Florian, commandant de l’unité chargée du désengagement de Tombouctou. Alors que les Maliens goûtent peu à peu le retour de leur emprise sur leur pays, les Français eux parlent d’un désengagement planifié.

Pour autant, la France n’a pas quitté définitivement le Mali. Ses soldats sont déployés dans la région des « Trois frontières (Mali, Niger, Burkina Faso) », un zone d’influence djihadiste au Sahel.  Concernant les élections au Mali – prévues en février 2022 -, le président sénégalais, Macky Sall, n’est pas opposé à leur report, à condition que « les autorités donnent des arguments qui tiennent », a-t-il déclaré, laissant  entrevoir une possible prolongation de la transition. Il ajoute cependant : « Nous ne pouvons pas accepter que les militaires prennent le pouvoir par les armes, cela n’est pas acceptable. Nous sommes en démocratie et le pouvoir se conquiert par des élections. Les pays peuvent avoir des crises mais les coups d’Etat ne sont pas des solutions ».

Dans une communication officielle adressée à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest, les autorités maliennes font savoir qu’elles transmettront le chronogramme des élections au plus tard le 31 janvier 2022. Mais on craint que l’échéance du 27 février 2022 pour la tenue des élections ne soit pas respectée.

Avec Adiac-Congo par Noël Ndong