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Nkosazana Dlamini-Zuma : un nouveau départ ?

mai 26, 2013
Nkosazana Dlamini-Zuma a été élue présidente de la Commission de l'UA, le 16 juillet 2012. Nkosazana Dlamini-Zuma a été élue présidente de la Commission de l’UA, le 16 juillet 2012. © Chesnot/SIPA

Depuis son arrivée à la tête de la Commission de l’UA, Nkosazana Dlamini-Zuma tente d’imprimer sa marque. Avec déjà quelques résultats.

Il n’y a qu’une façon de réussir son entrée en fonction comme président de la Commission de l’Union africaine : marcher sur la pointe des pieds, ménager 54 patrons pour la plupart susceptibles et trouver le moyen de se mettre 800 fonctionnaires dans la poche. Depuis qu’elle a pris place dans son bureau au 18e étage du siège futuriste de l’UA en octobre 2012, Nkosazana Dlamini-Zuma a fait un parcours sans faute. Vus de l’intérieur, les changements de style et de méthode se font par petites touches. Elle a démarré en douceur, écoutant et observant assez longtemps pour prendre la mesure de sa fonction.

Elle a d’abord rencontré les salariés de l’organisation. Désormais, les départements n’agiront plus individuellement. La nouvelle présidente exige plus de concertation. Selon Emmanuel Agbor, interprète-traducteur camerounais à la Cour africaine de justice et des droits de l’homme – un organe de l’Union africaine basé à Arusha, en Tanzanie -, « pour la première fois lors d’un sommet, les interprètes embauchés pour le sommet ont été payés vingt-quatre heures après leur arrivée à Addis-Abeba, alors qu’avant ils percevaient leurs émoluments avec six mois de retard ».

Autre nouveauté, l’organisation d’un séminaire réunissant commissaires et directeurs, fin novembre dans la ville de Debre Zeit, à 50 km au sud d’Addis-Abeba. Des réunions de management hebdomadaire sont désormais obligatoires dans chaque direction. Quand on travaille au sein du cabinet de la présidente, on se lève tôt et on travaille tard. Les journées s’étendent de 8 heures à 23 heures. 

Ouverture

Depuis le début de la crise malienne, une permanence est assurée pendant le congé de fin de semaine. « Si nous continuons comme ça, les actions seront mieux coordonnées et nous constituerons enfin une équipe », se réjouit le directeur de cabinet, le Burkinabè Jean-Baptiste Natama, un des rares francophones du 18e étage. Ce dernier chapeaute une équipe qui oeuvre dans l’ombre pour organiser l’agenda de la présidente et lui préparer ses interventions publiques.

Il y a également le casse-tête des entretiens téléphoniques à organiser avec des chefs d’État dont l’agenda est compliqué. Au plus fort de la crise au Mali et du conflit en Centrafrique, Dlamini-Zuma a beaucoup parlé avec le Tchadien Idriss Déby Itno… C’est encore cette équipe qui planifie ses déplacements, effectués généralement par vols commerciaux.

Son cabinet est à l’ouvrage mais reste incomplet, en attente de la nomination d’un porte-parole, d’un conseiller chargé des affaires diplomatiques, d’un deuxième chargé de la communication et de la culture et d’un troisième qui devrait travailler sur les questions de sécurité et de défense. La présidente ne se presse pas. « Elle souhaite s’entourer de collaborateurs issus de toutes les régions du continent pour diversifier les apports », explique un membre de son entourage. En attendant, elle peut compter sur la dizaine de personnes exceptionnellement mises à sa disposition et financées par Pretoria – dont des officiers de sécurité chargés de la protéger. 

Solide

« Cela ne va pas être facile de la déstabiliser. »

Vu de l’extérieur, pas grand-chose n’a changé. Il n’y a pas eu de révolution. L’UA est toujours ce « lutteur aux poings liés » décrit par l’ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères Cheikh Tidiane Gadio. L’organisation n’est pas parvenue à intervenir rapidement au Mali. Le 11 janvier, au téléphone avec le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, Dlamini-Zuma, qui a fait du panafricanisme et de la renaissance africaine les maîtres mots de son mandat, n’a pas eu d’autre choix que d’avaliser la décision française d’intervenir dans le Nord-Mali, après la prise de la ville de Konna par les jihadistes. Un sentiment d’impuissance exacerbé par les lenteurs et les atermoiements des décideurs africains sur le meilleur moyen d’intervenir.

En attendant de réformer l’UA, cette femme de tête va devoir, à l’instar de ses prédécesseurs, travailler avec 54 patrons, 54 chefs d’État qui ont pris l’habitude, individuellement ou collectivement, de convoquer, de sermonner et de réprimander ses prédécesseurs. « Cela ne va pas être facile de la déstabiliser, tempère un diplomate. Elle est trop marquée par l’histoire de l’apartheid pour accepter un rôle de faire-valoir », tranche-t-il. Soutenue par la puissante Afrique du Sud, elle a les moyens de donner à l’UA une influence et un rayonnement inédits.

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Jeuneafrique.com par Georges Dougueli, envoyé spécial

RDC : les rebelles du M23 sous pression diplomatique pour quitter Goma

novembre 25, 2012
Des rebelles du M23 traversent en jubilant le camp de réfugiés de Mugunga, le 24 novembre 2012. Des rebelles du M23 traversent en jubilant le camp de réfugiés de Mugunga, le 24 novembre 2012. © AFP

Les efforts diplomatiques s’accentuent pour une sortie de crise en RD Congo, où les rebelles du M23 sont pressés par l’Union africaine de quitter Goma, principale ville de l’est, alors que le chef du M23 espérait dimanche une nouvelle rencontre avec le président congolais Joseph Kabila.

Le chef politique du Mouvement du 23 mars (M23), Jean-Marie Runiga, a expliqué que de nouveaux pourparlers avec M. Kabila étaient prévus dimanche à Kampala, après une première entrevue samedi, en marge d’un sommet régional de chefs d’Etats africains dans la capitale ougandaise. La tenue de ces pourparlers n’a pas pu être confirmée.

Dimanche, l’Union africaine (UA) a appelé le M23 à se conformer aux décisions du sommet de Kampala d’arrêter les hostilités et de se retirer avant mardi de Goma, la capitale de la riche province minière du Nord-Kivu (est). Le M23 doit prendre « instamment les mesures appropriées, en accord avec les décision de Kampala », a déclaré dans un communiqué la présidente de la commission de l’UA, Nkosazana Dlamini Zuma. Elle a également salué « l’engagement du gouvernement de la RDC à écouter, évaluer et prendre en compte toute revendication légitime du M23 ». « Le sommet (…) a dressé un plan en dix points qui prévoit le retrait immédiat des éléments du M23 de tous les endroits qu’ils ont récemment occupés ainsi que l’établisssement d’arrangements de sécurité pour suivre la situation sur le terrain », ajoute le communiqué de l’UA. La déclaration finale du sommet demande aux rebelles de se retirer au moins à 20 km au nord de Goma – soit un retour à leurs positions d’avant la prise de la capitale du Nord-Kivu.

Les chefs d’Etats de la région – membres de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), qui compte 11 pays – ont laissé samedi deux jours aux rebelles pour quitter Goma. Mais le chef du M23 Jean-Marie Runiga a bien spécifié que leur retrait conditionné par des négociations « directes » avec Joseph Kabila. Il a ajouté que la rébellion se défendrait en cas d’attaque de l’armée régulière congolaise.

Le soutien du Rwanda et de l’Ouganda toujours en question

Dimanche à Goma, les rebelles étaient toujours présents et la présence des soldats de la Mission de l’ONU pour la stabilisation de la RDC (Monusco) – qui appuie l’armée congolaise contre les rebelles – était plus importante dans les rues que les jours précédents, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Un diplomate occidental dans la région a déclaré que le président ougandais Yoweri Museveni avait accepté de rencontrer directement le chef militaire du M23 Sultani Makenga. Cette information n’a pas pu être confirmée dans l’immédiat par la présidence ougandaise ou le M23. Le président du Congo Denis Sassou Nguesso, arrivé samedi à Kigali pour une visite de deux jours, a rencontré son homologue Paul Kagame, qui n’a pas assisté au sommet de Kampala de samedi.

Le président rwandais Paul Kagame et son homologue du Congo-Brazzaville Denis Sassou Nguesso ont appelé dimanche le gouvernement de Kinshasa et les rebelles du M23 à appliquer les décisions prises la veille lors du sommet de Kampala. Les présidents Kagame et Sassou « invitent le gouvernement de la RDC et le M23 à mettre en oeuvre les conclusions de Kampala qui représentent une bonne base pour le réglement de ce conflit », selon les termes d’un communiqué publié par le gouvernement de Kigali.

Paul Kagame a toujours rejeté les accusations de Kinshasa et aussi d’experts de l’ONU affirmant que son pays soutient — et dirige — le M23, qui compte dans ses rangs principalement des Congolais d’ethnie tutsi, au pouvoir au Rwanda. Bien que Yoweri Museveni joue un rôle de médiateur depuis ces derniers jours et qu’il ait accueilli le sommet de samedi, les experts de l’ONU ont également accusé son pays de soutenir les rebelles, ce que Kampala dément.

Nkosazana Dlamini Zuma a réitéré la « profonde inquiétude » de l’Union africaine quant à « l’aggravation de la situation humanitaire sur le terrain et aux exactions commises contre les populations civiles », indique le communiqué sde l’UA. Les agences humanitaires craignent que ce dernier développement donne le coup d’envoi d’un autre conflit régional, après de précédents qui ont éclaté en 1996 et 2002.

Le M23 est composé d’anciens rebelles qui, après avoir été intégrés en 2009 dans l’armée, se sont mutinés en avril dernier et combattent depuis l’armée régulière dans la région du Kivu. Ils estiment que Kinshasa n’a pas pleinement appliqué l’accord, ce que dément le gouvernement congolais.

Jeuneafrique.com avec AFP

Nkosazana Dlamini-Zuma, une ex de choc à la tête de l’Union africaine

juillet 16, 2012

L'ex-femme de Jacob Zuma avec Hillary Clinton, à Washington en mars 2009. L’ex-femme de Jacob Zuma avec Hillary Clinton, à Washington en mars 2009. © AFP

Si la nouvelle présidente de la Commission de l’Union africaine, Nkosazana Dlamini-Zuma, a été mariée avec le président Jacob Zuma, elle ne lui doit pas sa position. Cette figure du parti au pouvoir siègeait au gouvernement depuis 1994.

Publié le 26/10/2011, mis à jour le 15/07/2012.

Certes, c’est une « Zuma ». Oui, elle est ministre d’un gouvernement présidé par son ex-mari. Comme lui, elle est zouloue. Mais il ne faut pas s’y méprendre : Nkosazana Dlamini-Zuma, élue ce dimanche à la tête de la Commission de l’Union africaine, ne doit rien – ou si peu – à Jacob Zuma.

Ministre sans interruption depuis l’élection de Nelson Mandela en 1994, c’est un poids lourd du Congrès national africain (ANC, parti au pouvoir en Afrique du Sud). Lors de la conférence de Polokwane, en 2007, son nom a même circulé pour succéder à Thabo Mbeki à la présidence. À 62 ans, elle gère un portefeuille important, celui de l’Intérieur. La compétence de cette travailleuse discrète, qui est parvenue à redresser un ministère autrefois synonyme d’inefficacité et de corruption, est unanimement reconnue.

Militante antiapartheid depuis l’adolescence, elle s’exile dans les années 1970. Elle étudie la médecine en Angleterre avant de revenir sur le continent, au Swaziland. C’est là qu’elle rencontre Jacob Zuma, qu’elle épouse au début des années 1980 (la date exacte de leur mariage est incertaine). Après la chute de l’apartheid, Nelson Mandela la nomme ministre de la Santé. Son baptême du feu politique est rude : elle croise le fer avec les groupes pharmaceutiques sur la question des brevets et se retrouve accusée de mal gérer le budget de la prévention contre le sida. Nkosazana Zuma (comme on l’appelle encore à l’époque) était pourtant l’une des premières à alerter sur la gravité de l’épidémie, à une époque où le déni dominait chez ses pairs. Les critiques la touchent. C’est alors qu’« elle se retire dans une coquille défensive », note William Gumede, auteur d’un ouvrage de référence sur Thabo Mbeki, dont elle est très proche.

Bûcheuse

En 1998, elle divorce de Jacob Zuma. « Je crois qu’elle ne supportait plus ses autres femmes, indique Jeremy Gordin, biographe de l’actuel président sud-africain. Mais ils ont gardé un profond respect l’un pour l’autre. »

L’année suivante, Thabo Mbeki confie à cette militante de la renaissance africaine le portefeuille des Affaires étrangères. À ce poste, qu’elle occupera pendant dix ans, Nkosazana Dlamini-Zuma se taille à l’Union africaine une réputation de bûcheuse coriace. Pour perfectionner son français, elle n’hésite pas à passer trois semaines en immersion dans l’Hexagone. Après dix-sept années au sommet dans son pays, une haute responsabilité à l’échelle du continent – avec son lot de crises – l’attend désormais. 

Jeuneafrique.com par Pierre Boisselet