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À Dubaï, la Francophonie économique passe aux actes

février 25, 2022
Au Salon Investir en Francophonie, le 22 février 2022, à Dubai. © OIF

Lancée en 2020, la Francophonie économique fait l’objet de la plus grande attention de la part de l’OIF et de sa secrétaire générale, Louise Mushikiwabo. Avec un certain succès à en croire ses premiers résultats concrets.

Longtemps restée à l’état de concept, la Francophonie économique devient une réalité au fil de ces derniers mois. Dès son élection en octobre 2018, Louise Mushikiwabo en avait fait l’une de ses priorités avec le numérique. Trois ans plus tard, force est de constater que la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a tenu sa promesse.

L’événement organisé le 22 février à Dubaï par la Direction de la Francophonie économique et numérique (DFEN) constitue une nouvelle étape dans le virage que prend officiellement l’organisation depuis la définition de sa Stratégie économique pour la Francophonie (SEF) en novembre 2020 et pour les cinq années suivantes. L’impossibilité sanitaire d’organiser le XVIIIème sommet de l’OIF fin 2021 à Djerba, et le Forum économique francophone (FEF) qui y est adossé depuis le sommet de Dakar de 2014, n’a pas empêché la cause économique de poursuivre son avancée, par l’intermédiaire des Rencontres des entrepreneurs francophones (REF), organisées en août dernier à Paris suite à une initiative conjointe des organisations patronales du Medef français et de l’Utica tunisienne.

Un espace économique en pleine mutation

Convaincues que l’usage commun du français constitue un atout évident pour faire des affaires – un unfair advantage [avantage déloyal] comme l’appellent les économistes – vingt-cinq organisations patronales francophones se sont depuis constituées en association internationale et une délégation permanente a même été mise en place à Paris. L’accord constitutif de cette association n’a pu être signé comme prévu en février pour cause de vague Omicron. Mais l’initiative, qui émane à la fois du secteur privé et de la société civile francophone, « n’en valide pas moins notre stratégie », estime Henri Monceau, responsable de la DFEN.

APPRENDRE À PARLER AUX INVESTISSEURS, SAVOIR LES SÉDUIRE POUR MIEUX LEVER DES FONDS

Ce dernier, avec ses équipes, a donc été le maître d’œuvre du rendez-vous dubaïote, qui a profité des derniers rayons de l’Exposition universelle, censée fermer ses portes le 31 mars, pour prendre un peu de lumière sur la scène internationale, « comme le souhaite la secrétaire générale », explique-t-on au sein de l’organisation.

En plus de la conférence organisée autour des « enjeux et opportunités pour les investisseurs internationaux au sein d’un espace économique francophone en pleine mutation » et qui réunissait, en plus de ceux de l’OIF, les représentants de l’Organisation des Nations unies pour le développement (Onudi), de la Conférence permanente des chambres consulaires africaines et francophones (CPCCAF) et du Réseau international des agences francophones de promotion des investissements (RIAFPI), l’événement avait surtout pour but de favoriser les rencontres d’affaires entre entrepreneurs francophones et investisseurs du monde entier.

Entreprises pionnières

Dans le cadre du programme estampillé OIF, « Pionnières de l’entreprenariat francophone », 32 entreprises, start-ups ou PME, essentiellement d’Afrique, mais aussi du Moyen-Orient (Liban) et d’Asie (Vietnam), ont suivi d’août à février plusieurs sessions de formation destinées à accélérer et consolider leur développement, dont la dernière s’est justement tenue à Dubaï, la veille de la conférence. L’occasion pour l’OIF de réunir sur un même lieu, les entrepreneurs, les investisseurs, les représentants des écosystème numériques partenaires – incubateurs, accélérateurs… – ainsi que ceux de certaines agences de promotion des investissements de pays francophones (Côte d’Ivoire, RDC…).

Jeunes entrepreneurs venus présenter leur marque auprès de potentiels investisseurs au Salon Investir en Francophonie, le 22 février 2022, à Dubaï. © OIF
Jeunes entrepreneurs venus présenter leur marque auprès de potentiels investisseurs au Salon Investir en Francophonie, le 22 février 2022, à Dubaï. © OIF

Les entreprises « pionnières » sont sélectionnées sur leur impact social, éducatif, numérique ou environnemental. C’est le cas par exemple de l’entreprise Faso Attiéké, lancée au Burkina Faso en 2010 et qui produit 550 tonnes de marchandises par an destinées au marché local. En plus d’avoir créé près d’une centaine d’emplois dans le pays, elle permet à plus de 500 productrices burkinabè d’écouler leur marchandise et donc de participer à leur émancipation. Avec un chiffre d’affaires de 400 000 euros en 2021, Faso Attiéké a déjà confirmé son utilité. Il lui reste encore à pérenniser son existence, notamment dans la sécurisation des matières premières.

Idem, pour la société congolaise Schoolap, installée en RD Congo et qui, via ses propres tablettes, veut généraliser l’accès à un contenu éducatif de qualité, à travers l’ensemble du pays. « Nous proposons aux enseignants un outil pédagogique à bas coût et qui peut fonctionner hors réseau », explique Pascal Kanik, promoteur du projet. Avec un succès certain vu la demande dont fait l’objet cette tablette fabriquée aujourd’hui en Chine et accessible moyennant 150 dollars (soit 134 euros). Après avoir réussi à mettre en place un crédit bancaire adapté avec RawBank, principale enseigne bancaire du pays, plus de 10 000 tablettes doivent être livrées d’ici à la fin de cette année, soit bien plus que les 500 tablettes écoulées mensuellement au début de sa commercialisation en 2021.

Rôle de facilitateur

Comme ses collègues entrepreneurs, Pascal Kanik a fait le déplacement à Dubaï « pour trouver les fonds qui lui permettront d’accélérer la production ». Pour trouver les quelques centaines de milliers de dollars, voire le million, qui leur permettront de passer à une autre étape, ces entrepreneurs ont pu s’appuyer sur l’environnement apporté par l’OIF « pour apprendre à parler aux investisseurs, savoir les séduire pour mieux lever des fonds », résume encore Pascal Kanik. Et c’est exactement ce qu’ils ont fait dans le cadre du programme « pionnières », grâce à la présence de plateforme comme Axum, lancée l’année dernière, pour justement « mettre en relation les investisseurs et les entrepreneurs », comme le confirme Soumeya Rachedi sa directrice.

L’OBJECTIF : FAIRE DE CETTE FRANCOPHONIE ÉCONOMIQUE UNE ÉVIDENCE

Sans oublier la mise à disposition d’une librairie de ressources destinée à apporter les informations nécessaires pour réussir une levée de fonds ou renforcer son leadership. Axum a été créée par le fonds Greentec Capital Partners, lancé en 2015 pour investir dans les PME à fort impact à travers le continent, tout comme l’African Business Angel Network (ABAN), présent à travers une quarantaine de pays africains et qui intervient comme « primo-investisseurs dès la naissance d’une entreprise, comme l’explique Fabilah Tchoumba, sa secrétaire générale, en apportant à la fois du capital, du conseil et son réseau ».

En réussissant à réunir tout le monde autour d’une même table à Dubaï, l’OIF a souligné « son rôle de facilitateur et de connecteur », conclut Henri Monceau. L’organisation a surtout confirmé la marche en avant de la Francophonie économique : « En 2020, nous avons défini notre stratégie que nous avons mis en place l’année suivante avant de commencer à en récolter les fruits ces derniers mois », reprend le directeur en charge de l’économique et du numérique à l’OIF, satisfait de voir que Dubaï « a validé les concepts que nous avions lancé à l’origine du projet ».

Prochaine étape à la fin du mois de mars, avec le lancement de la première mission économique jamais organisée par l’OIF. Plus de 400 entreprises, dont un certain nombre présentes à Dubaï, auront l’occasion de se rencontrer au Vietnam et au Cambodge pour resserrer leurs liens d’affaires. Une seconde mission est déjà prévue pour se rendre cette fois en juillet au Gabon et au Rwanda. L’objectif, à chaque fois, « sera bien sûr d’aboutir à la signature d’accords », insiste Henri Monceau. Et faire ainsi de cette Francophonie économique une évidence.

Avec Jeune Afrique par Olivier Caslin – envoyé spécial à Dubaï

Le plus gros trafiquant français de cannabis en attente d’extradition depuis Dubaï

mars 24, 2021

Moufide Bouchibi était recherché depuis plus de vingt ans. Il avait bâti un réseau d’importation de cannabis générant jusqu’à 70 millions d’euros de chiffres d’affaires.

Sur les vingt dernières années, il aura sans doute fourni des centaines de milliers de Français plus ou moins intoxiqués au cannabis. Réputé principal importateur de «shit» du territoire, Moufide Bouchibi aurait été arrêté dimanche 21 mars à Dubaï, et attend désormais d’être extradé vers la France. Prudents, les policiers français attendent de voir le criminel en face pour enfin crier victoire, après des années de recherche et plusieurs tentatives d’arrestation.

Pour l’Office anti-stupéfiants, l’homme de 41 ans est une prise majeure. Voyageant sous une fausse identité à Dubaï, où le narcotrafiquant aurait placé une partie de sa fortune, il aurait été démasqué par les agents locaux, en compagnie d’un autre trafiquant. Selon Le Parisien , il a été formellement identifié notamment grâce aux empreintes digitales fournies par Interpol, et doit ce mercredi 24 mars être présenté à la justice afin d’être transféré en France. Déjà jugé, il y a été condamné à 20 ans de prison par le tribunal de Bordeaux en 2015. Celui qui est surnommé «Mouf» a toutefois la possibilité de refuser son extradition, ajoute l’AFP.

Jusqu’à 70 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel

L’histoire de l’intéressé – parcellaire tant l’homme reste mystérieux – ressemble à un scénario de thriller. Tout y est, de l’apprentissage du deal en cité aux villas de luxe sur la Méditerranée, en passant par le mentor trahi, les indics de police et, bien sûr, la violence exacerbée d’un milieu où tout est permis, et souvent le pire. Dans un long portrait qui lui est consacré par L’Obs et d’autres articles de presse de ces dernières années, on apprend que l’homme, né à Orsay (Essonne), avait appris le «métier» sous l’aile de Sophiane Hambli, un autre trafiquant d’envergure, membre d’un puissant réseau alsacien d’importation de cannabis. Emprisonné pour la première fois en 2002 après la découverte de 240 kilos de stupéfiants à son domicile, plusieurs tentatives d’évasion avaient été organisées au profit du jeune dealer. Son inspirateur emprisonné en Espagne en 2009, Moufide Bouchibi, s’était mis à son propre compte et rapidement opposé à Hambli. Ce dernier aurait même organisé depuis sa cellule l’enlèvement et la torture de son ancien protégé. En retour, Bouchibi se serait vengé sur deux hommes de main de Hambli qui avaient permis son enlèvement, l’un étant décédé et l’autre blessé dans différentes attaques.

À partir des années 2010, les enquêteurs remarquent le «haut niveau de professionnalisme» de Bouchibi, qui organisent des go-fast réguliers entre l’Espagne, point d’entrée des marchandises, et la France. Plusieurs saisies sont effectuées, sans stopper l’ascension spectaculaire du trafiquant, ni surtout pouvoir l’arrêter. «Mouf» se cache tour à tour au Maroc, ou en Algérie, où il aurait fait construire un hôtel pour plus de dix millions d’euros à Sétif. Il posséderait également plusieurs biens immobiliers à Agadir, Casablanca, Tanger et Marrakech et des villas sur la côte. Une source ayant témoigné auprès de L’Obs dit penser qu’«il avait un contact au sein de la police judiciaire et qu’il était tenu régulièrement au courant des investigations le concernant. En échange, Bouchibi acceptait de sacrifier de temps en temps une de ses petites équipes en donnant des informations sur ses propres convois».

Les services de François Thierry, patron des stups, montent alors un projet d’arrestation et se concentrent sur celui qui devient le plus important receleur de cannabis sur le territoire. Des infiltrations sont organisées. Son ancien partenaire Sophiane Hambli, qui a juré sa perte, est alors mis à contribution contre une remise de peine. Un élément donne l’ordre de grandeur des activités de Moufide Bouchibi au milieu de la décennie : deux semi-remorques venus de Tanger sont interceptés en 2015 par la Guardia Civil espagnole, contenant quelque… 48 tonnes de cannabis. Et la saisie semble finalement digérée par Bouchibi qui poursuit ses expéditions. Sans pouvoir vérifier précisément, on estime à environ 70 millions d’euros annuels le chiffre d’affaires généré par l’homme.

Une autre péripétie anéantira l’«opération Janissaire», destinée à faire tomber Bouchibi : les douanes françaises, qui ne sont pas au courant, saisissent des stupéfiants au pied de l’immeuble de Sophiane Hambli en octobre 2015. Les stups auraient autorisé ce transit. Mais les objectifs poursuivis n’étant pas divulgués, François Thierry n’est plus soutenu et perd son poste. Dans les années suivantes, Moufide Bouchibi aurait poursuivi son entreprise, notamment en important ses marchandises par bateau, et se développant dans la cocaïne.

Par Luc Lenoir avec Le Figaro et AFP agence

RDC-Angola – Décès de l’homme d’affaires Sindika Dokolo

octobre 30, 2020
Isabel dos Santos aux côtés de son époux Sindika Dokolo, au Portugal en mars 2015 (photo d'illustration).

L’homme d’affaires et collectionneur d’art congolais Sindika Dokolo est décédé, le 29 octobre, à la suite d’un accident de plongée.

Sindika Dokolo est décédé, ce jeudi 29 octobre à Dubaï, où il résidait, à la suite d’un accident de plongée. L’information a été confirmée à Jeune Afrique par plusieurs membres de sa famille.

Dandy cultivé et homme d’affaires avisé, Sindika Dokolo était aussi un observateur attentif de la scène politique régionale. Il était âgé de 48 ans.

Il était depuis 2002 l’époux d’Isabel dos Santos, la fille de l’ancien président angolais, José Eduardo dos Santos, au pouvoir de 1979 à 2017.

Intelligent et ambitieux

Il était aussi le fils de l’homme d’affaires Augustin Dokolo Sanu, dont il avait hérité en 2001. Aux côtés de sa femme, Hanne Kruse, une Danoise épousée en 1968, ce patriarche mukongo avait édifié l’un des plus vastes empires économiques du Zaïre de Mobutu, avec pour fleuron la Banque de Kinshasa.

Sindika Dokolo lui-même avait grandi entre l’Afrique et l’Europe. Intelligent et ambitieux, il avait construit carrière et fortune aux côtés de son épouse Isabel dans le pétrole, les diamants (via De Grisogono), la distribution, le ciment, et la téléphonie. Collectionneur d’art, il plaidait pour que les œuvres d’art pillées soient restitués aux musées africains.

En 2017, alors que le mandat de Joseph Kabila arrivait à son terme et que celui-ci entretenait le mystère sur ses intentions, Dokolo avait fondé le mouvement citoyen « Congolais debout » et appuyé financièrement d’autres organisations et personnalités proches de l’opposition.

Luanda Leaks

Son épouse était récemment tombée dans le collimateur de la justice en Angola et au Portugal, où les avoirs du couple, estimés à plusieurs milliards de dollars, sont gelés.

En début d’année, les Luanda Leaks ont aussi exposé les dessous de l’empire financier du couple. En août, le demi-frère de sa femme, José Filomeno dos Santos, avait pour sa part été condamné à cinq ans de prison pour fraude, blanchiment d’argent et trafic d’influence dans le cadre d’un projet de constitution d’un fonds d’investissement quelques mois avant le départ de son père de la présidence angolaise.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnalités ont commencé à lui rendre hommage, rappelant son combat pour « l’instauration d’un État de droit » en RDC et son engagement pour le respect de l’identité africaine

Avec  Jeune Afrique par Stanis Bujakera Tshiamala– à Kinshasa