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Canada-Variole du singe : au moins 13 cas en cours d’examen à Montréal

mai 18, 2022

Des éclosions similaires ont récemment été recensées dans plusieurs pays d’Europe.

Des éruptions cutanées sur les mains d'un homme.

Des éruptions cutanées peuvent apparaître chez les personnes atteintes de la variole du singe. Photo : Brian W.J. Mahy

La santé publique de Montréal confirme que plusieurs cas de variole du singe sont à l’étude dans la métropole. Tout comme ce qui se passe en ce moment en Europe, cette éclosion touche surtout la communauté homosexuelle, du moins pour l’instant.

La variole du singe est une maladie virale, aussi appelée orthopoxvirose simienne ou monkeypox en anglais, qui se manifeste généralement par de la fièvre, des maux de tête ou de dos, des douleurs musculaires, des ganglions lymphatiques enflés et des éruptions cutanées similaires à celles provoquées par la varicelle.

Endémique en Afrique de l’Ouest, cette maladie est plutôt rare en Europe et en Amérique du Nord. Elle se transmet généralement au contact d’animaux infectés, mais elle peut aussi être propagée par les humains. Aucun traitement n’existe, mais elle se guérit généralement d’elle-même.Une image en noir et blanc captée au microscope.

Cette image captée au microscope montre des virions matures de forme ovale de la variole du singe (à gauche) et des virions immatures sphériques (à droite), obtenus à partir d’un échantillon de peau humaine associé à l’épidémie américaine de 2003. Photo: Cynthia S. Goldsmith et Russel Regner

Or, des éclosions ont récemment été recensées au Royaume-Uni, en Espagne et au Portugal. En tout, plus de 50 cas suspects ou confirmés ont été signalés jusqu’à maintenant. Et les communautés homosexuelles et bisexuelles seraient particulièrement touchées.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le premier cas de variole du singe détecté en dehors de l’Afrique a été confirmé par les autorités britanniques le 6 mai. La personne infectée revenait d’un voyage au Nigeria.

Depuis, le Royaume-Uni a recensé huit autres cas, tous contaminés à l’intérieur du pays, ce qui fait craindre aux autorités une transmission communautaire du virus.

La variole du singe semble se propager, constate la Dre Angela Rasmussen, virologue et chercheuse à l’Université de la Saskatchewan.

Cela signifie ou bien qu’il s’agit d’une variante plus transmissible [de la maladie] que toutes celles que nous avons vues auparavant, ou bien qu’il existe des comportements associés à une transmission accrue, dit-elle.

Du Massachusets au Québec?

Mercredi, un premier cas a également été détecté aux États-Unis par le département de la Santé publique du Massachusetts, qui a indiqué que l’homme en question avait récemment voyagé au Canada. Le site web spécialisé en santé STAT News a par la suite précisé qu’il s’était rendu au Québec.

Le cas ne présente aucun risque pour le public, et la personne est hospitalisée et en forme, ont indiqué dans un communiqué les autorités du Massachussetts, qui collaborent avec les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), la principale agence sanitaire fédérale du pays.

De son côté, le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux (MSSS) affirme avoir été avisé qu’une personne ayant eu un diagnostic [de la variole du singe] a voyagé au Québec.

Pour le moment, le Québec n’a aucun cas confirmé, a déclaré une porte-parole par courriel, mais nous enquêtons sur une dizaine de cas de lésions ulcéreuses génitales, a-t-elle précisé, sans donner davantage de détails.

Jointe par CBC, le réseau anglais de Radio-Canada, l’Agence de la santé publique du Canada a déclaré pour sa part qu’aucun cas de variole du singe ne lui avait encore été signalé.

Une annonce de la santé publique de Montréal jeudi ou vendredi

À Montréal, tous les patients ayant potentiellement contracté la maladie ont été vus dans des cliniques où on diagnostique des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) : quatre à la clinique L’Actuel, cinq à L’Agora et quatre à La Licorne.

Les résultats de leurs tests ont été envoyés dans des laboratoires pour y être analysés. Une annonce devrait être faite d’ici la fin de la semaine.

On a eu quelques cas qui sont en investigation, parce que ce n’est pas facile à diagnostiquer, explique le Dr Réjean Thomas, de la clinique L’Actuel.

« Ça peut ressembler à une syphilis, ça peut ressembler à un herpès. Ça donne des ulcères avec de gros ganglions, et là, il faut faire un prélèvement, et c’est long – avec la COVID, tout est long – avant d’avoir les résultats. »— Une citation de  Le Dr Réjean Thomas, fondateur et PDG de la clinique médicale L’Actuel

Le Dr Robert Pilarski, de la clinique La Licorne, affirme que ses patients infectés ne réagissent pas aux antibiotiques. Deux d’entre eux auraient eu des contacts avec un patient des États-Unis qui est présentement hospitalisé, dit-il.

L’infection, présentement, nous croyons qu’elle se transmet presque uniquement par le contact direct avec des personnes, explique le Dr Pilarski, soit par des lésions, soit par des vêtements contaminés.

Le temps d’incubation, précise-t-il, est de deux à trois semaines, et les symptômes peuvent [tous] apparaître en même temps.

Une maladie généralement bénigne

En 2003, une épidémie de variole du singe avait frappé les États-Unis. Quelque 70 cas avaient été recensés, mais aucun d’eux n’avait mené à un décès.Une femme touche un chien de prairie dans une cage.

Une épidémie de variole du singe, causée par des contacts entre des humains et des chiens de prairie infectés, avait frappé les États-Unis en 2003. Photo : Getty Images/Mike Roemer

La variole du singe est généralement bénigne. Il existe deux souches principales : la souche du Congo, qui est plus grave – jusqu’à 10 % de mortalité –, et la souche ouest-africaine, dont le taux de létalité est d’environ 1 %.

Selon les précisions apportées par l’OMSOrganisation mondiale de la santé mercredi, tous les cas confirmés au Royaume-Uni cette année ont été infectés par la souche ouest-africaine.

La variole du singe a été détectée pour la première fois dans les années 1950 lorsque deux épidémies se sont produites dans des colonies de singes utilisés à des fins de recherche. Le premier cas humain a été signalé en 1970 en République démocratique du Congo.

Cette maladie est souvent assimilée à une forme plus bénigne de variole, aussi appelée petite vérole, une maladie déclarée éradiquée en 1980, notamment grâce à une campagne de vaccination internationale pilotée par l’OMSOrganisation mondiale de la santé.

Le vaccin contre la variole est également efficace contre la variole du singe, mais les programmes de vaccination systématique ont pris fin au Canada au début des années 1970, ce qui a laissé les Canadiens de moins de 50 ans vulnérables à l’infection.

Radio-Canada par Jérôme Labbé et René Saint-Louis avec les informations de CBC, Reuters et Agence France-Presse

Canada: Les éclosions dans les milieux de travail continuent d’augmenter au Québec

janvier 30, 2021

Depuis le début de novembre, l’Institut national de la santé publique (INSPQ) rapporte que plus de 3900 milieux de travail au Québec ont connu une éclosion de COVID-19. Avec une moyenne de 5,2 cas par éclosion, il y a donc eu plus de 20 000 travailleurs qui ont été infectés par le virus en trois mois.

Une cliente devant un comptoir d'alimentation, derrière lequel une employée la sert.

© Alexandre Courtemanche/Radio-Canada Une cliente devant un comptoir d’alimentation, derrière lequel une employée la sert.

En ce moment, plus de 40 % des éclosions sont dans les milieux de travail. Cette proportion diminue depuis deux semaines, puisque le nombre d’éclosions commence à remonter dans les écoles depuis leur réouverture après les Fêtes. 

Mais le nombre d’éclosions dans les milieux de travail ne cesse d’augmenter. Début novembre, il y avait 372 milieux de travail qui subissaient une éclosion, avec 1943 cas actifs confirmés. Selon les dernières données de l’INSPQ disponibles, au cours de la deuxième semaine de janvier, il y en avait près du double, soit 670 milieux de travail qui avaient une éclosion avec 3428 cas actifs associés à ces éclosions.

«C’est très diversifié, mais beaucoup de secteurs n’ont pas d’enjeux», indique Véronique Proulx, présidente-directrice générale de Manufacturiers et Exportateurs du Québec, soulignant que les données du gouvernement démontrent que certains secteurs sont moins touchés que d’autres.

Depuis juin, ce sont les commerces de détail (879 éclosions) et les industries manufacturières (850 éclosions) qui ont été les plus touchées par des éclosions.

Dans près de 75 % des cas, il y a moins de cinq cas par éclosion. Environ 10 % des éclosions rapportées dans les milieux de travail comportent plus de 10 cas. Depuis le début de la pandémie, 70 établissements ont eu une éclosion comptant plus de 20 cas, dont sept pendant la deuxième semaine de janvier.

Depuis le mois de juin, il y a eu près de 1000 éclosions dans des milieux de travail montréalais, suivis de la Montérégie avec 513 éclosions, de la Capitale-Nationale (408) et de la Mauricie-Centre-du-Québec (339).

La situation en ce moment

Au cours de la deuxième semaine de janvier, quelque 28 nouvelles éclosions et plus de 1100 nouveaux cas ont été recensés dans des milieux de travail. Plus de la moitié des éclosions actives pendant cette semaine comptaient trois cas et plus.

C’est dans les industries manufacturières qu’il y a en ce moment le plus de milieux en situation d’éclosion, particulièrement dans l’industrie de la première transformation des métaux, du papier, de la fabrication de matériel de transport et des produits en plastique.

Toutefois, c’est dans les commerces de détail qu’il y a le plus de cas en ce moment (846), particulièrement dans les épiceries-boucheries, les pharmacies, les dépanneurs et les magasins de marchandises diverses (grandes surfaces, magasins à bas prix). Le secteur de l’industrie des aliments se trouve au deuxième rang avec 657 cas. Il faut rappeler que, malgré le confinement en cours, ces deux secteurs sont considérés comme essentiels.

On remarque aussi une hausse des éclosions dans des centres de distribution des grandes chaînes de meubles, de vêtements et de chaussures, ainsi que dans les commerces ouverts pour cueillette à la porte.

L’augmentation du nombre de milieux et de cas semble toutefois ralentir dans le secteur de l’abattage et du conditionnement de la viande, qui avait été durement frappé au début de la pandémie.

Au cours de la deuxième semaine de janvier, on remarque que les éclosions dans le milieu de la construction augmentent surtout chez les entrepreneurs généraux. On en compte 21 avec un total de 50 cas.

La transmission communautaire montrée du doigt

Un employé de la construction

© Michel Aspirot/Radio-Canada Un employé de la construction

Selon Marie-France Raynault, chef du Département de santé publique et médecine préventive du CHUM à Montréal, et Véronique Proulx des Manufacturiers et Exportateurs du Québec, un grand nombre de travailleurs infectés ne l’ont toutefois pas été dans le cadre de leurs fonctions.

«On a une transmission communautaire très soutenue. Les éclosions dans les rassemblements privés sont souvent non détectées», explique Mme Raynault.

Le même constat avait été fait plus tôt à l’automne, lorsque le gouvernement du Québec avait indiqué que de nombreux travailleurs de la santé semblaient avoir été infectés par des collègues, mais hors du cadre de leur travail.

«Ce qu’on voit dans les commerces, dans le réseau de la santé et dans le réseau scolaire, [c’est que] les gens se protègent bien contre le public, contre les patients, mais pendant leur pause, ils enlèvent leur masque, ils mangent ensemble, ils ne sont pas à deux mètres. Il y a du covoiturage sans masque, on jase à proximité dans les vestiaires. C’est là qu’on voit les éclosions…», dit Mme Raynault.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, soulève aussi le fait que certaines entreprises ont un comportement qui n’est pas sans risque du fait qu’elles peuvent elles-mêmes définir ce qui est un travail essentiel.

«C’est sujet à l’interprétation. Est-ce que refaire la salle de bain de quelqu’un est essentiel? Ça dépend où en sont les travaux, dit-elle en guise d’exemple. Mais certains entrepreneurs vont dire que leur travail est essentiel pour ne pas perdre de contrats.»

Mais en continuant de rentrer au travail, les risques de propagation du virus augmentent, rappelle-t-elle.

Qu’est-ce qui a contribué à ces éclosions?

Jessica Dubé, de l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail, étudie présentement comment les entreprises de transformation alimentaire, qui ont été durement touchées par des éclosions, se sont adaptées au contexte de pandémie.

Outre l’absence de mesures de prévention adéquates, il y a plusieurs facteurs qui augmentent les risques d’éclosion dans un milieu de travail :

  • une grande densité de travailleurs;
  • un roulement de personnel élevé;
  • des travailleurs qui se déplacent d’un milieu de travail à l’autre;
  • le covoiturage ou le transport de groupe pour se rendre au travail;
  • l’absence de communication dans différentes langues ou de pictogrammes et illustrations sur les mesures sanitaires. 

Le secteur alimentaire a été particulièrement touché, note-t-elle, parce qu’il est difficile de modifier la façon de travailler sans interrompre la production.

«Ils ont des restrictions par rapport à la grandeur du bâtiment, à la disposition des machines. Ils ne peuvent pas les bouger comme ils veulent. On sait comment installer un plexiglas, mais la réalité n’est pas si simple que ça», dit-elle, en ajoutant que de nombreuses entreprises ont multiplié les quarts de travail pour réduire le nombre de travailleurs présents, tout en maintenant la cadence de production.

D’un autre côté, elle dit que certaines industries et manufactures avaient déjà de strictes mesures de sécurité en place, ce qui a probablement réduit les risques de transmission.

Elle ajoute que dans les industries où l’automatisation est très présente, la distanciation n’est pas un grand enjeu. «Il n’y a pas tant de travailleurs au pied carré, souligne-t-elle. Ce n’est pas comme dans un abattoir.»

Des milliers d’inspections, peu de contraventions

Bien qu’il y ait de plus en plus d’éclosions dans les milieux de travail, la CNESST soutient qu’elle a intensifié ses interventions au cours des derniers mois. Plus de 17 000 interventions ont été faites et 11 347 avis de correction ont été émis.

Parmi ces interventions, plus de 5600 ont été faites dans le secteur de la construction après avoir reçu plus de 1000 plaintes.

Entre le 13 mars 2020 et le 22 janvier 2021, la CNESST a remis 86 constats d’infraction (entre 1752 $ et 3502 $) pour non-respect des mesures de prévention dans les milieux de travail, dont :

  • 30 dans des commerces;
  • 23 dans le secteur de la construction;
  • 17 dans le secteur alimentaire;
  • 8 dans le secteur de la santé.

La CNESST a fermé temporairement deux établissements et 23 chantiers de construction pour le non-respect des mesures de prévention.

Roxane Borgès Da Silva croit qu’il faudrait envoyer encore plus d’inspecteurs dans les entreprises et les industries. Trop souvent, les «masques tombent quand les portes sont fermées», dit-elle.

Véronique Proulx confirme qu’en temps de pandémie, il n’y a pas de place pour le non-respect des consignes sanitaires et que les employeurs doivent envoyer un message clair aux employés : une infection, même contractée ailleurs qu’au travail, a un impact direct sur l’entreprise.

Cependant, la PDG des Manufacturiers et Exportateurs du Québec aurait aimé que le gouvernement accompagne davantage les entreprises, plutôt que d’avoir à recourir aux mesures punitives.

Mme Raynault est d’accord : de nombreuses entreprises suivent les règles à la lettre. Pourquoi pénaliser tout un secteur pour une entreprise qui ne respecte pas les mesures? «S’il y a des gens qui roulent à 160 km/h sur l’autoroute, on ne fermera pas l’autoroute pour tous», plaide-t-elle

Utiliser des tests rapides en entreprise?

Un test de dépistage rapide

© Robert Short/CBC Un test de dépistage rapide

Mme Proulx et Mme Da Silva croient que les entreprises devraient avoir accès à des tests rapides pour réduire les risques d’éclosion et permettre à plus d’entreprises de poursuivre ou de reprendre leurs activités.

Roxane Borgès Da Silva souligne que le bénéfice économique à tirer de cette approche est évident. «Quand le test coûte 10 $, même si on fait un test aux deux jours, c’est moins cher que de fermer la compagnie à cause d’une éclosion.»

Un bémol, cependant : même si plusieurs tests rapides sont déjà approuvés par Santé Canada, une entreprise ne peut pas simplement passer une commande pour en obtenir, explique Benoit Larose, vice-président de Medtech Canada, l’association de l’industrie canadienne des technologies médicales.

Pour l’instant, la majorité des provinces au Canada exigent qu’une personne ayant une formation médicale effectue les tests. Mais comme le souligne M. Larose, «il n’y a rien qui empêcherait une grande entreprise qui a déjà un service de santé sur place et des infirmières de les former pour administrer les tests rapides».

Seul l’Ontario a annoncé que les entreprises, industries et manufactures pourraient acheter des tests rapides auprès du gouvernement. Déjà, plus de 20 000 tests rapides ont été faits dans des industries comme Air Canada, Magna, Ontario Power et Toyota.

C’est pourquoi certains entrepreneurs se sont regroupés pour demander au gouvernement d’autoriser la vente de tests rapides directement aux entreprises, dit Sandy White, cofondateur de la coalition Tests Rapides Canada.

«Puisque le gouvernement fédéral a acheté presque tout le stock des tests rapides, c’est presque impossible de les avoir pour des compagnies ou des citoyens», se désole-t-il. Cet entrepreneur montréalais de l’immobilier et de l’hôtellerie ajoute que plusieurs industries et entreprises seraient prêtes à payer elles-mêmes pour effectuer ce dépistage à grande échelle.

«C’est un outil de plus, avec les masques, avec la distanciation, avec le vaccin, qui va nous aider à retrouver un semblant de normalité», dit M. White.

Avec Radio-Canada et La Presse canadienne par  Mélanie Meloche-Holubowski