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Mali: Yambo Ouologuem, la mauvaise conscience des lettres ouest-africaines, s’est éteint

octobre 16, 2017
Yambo Ouologuem © Capture d’écran/Youtube

L’auteur malien du Devoir de violence, tour à tour célébré – notamment avec le prix Renaudot en 1968 – et dénigré, vivait reclus depuis de nombreuses années. Il est décédé samedi 14 octobre, laissant derrière lui une oeuvre intrigante ainsi que des mystères.

Yambo Ouologuem est décédé dans la ville de Sévaré à 77 ans ce 14 octobre. Depuis plusieurs années, l’auteur malien, considéré comme une des principales figures de la littérature contemporaine francophone d’Afrique de l’Ouest, vivait à l’écart de toute vie mondaine, tourné vers l’islam.

Cet été, Jeune Afrique conseillait à ses lecteurs de relire Le Devoir de violence, publié en 1968 au Seuil à Paris et aujourd’hui épuisé. Exercice littéraire, fresque historique, le livre est aussi une charge politique étrillant de manière égale la violence du colonialisme occidental et celle des pouvoirs africains. L’auteur s’attaque aux mythologies de l’universalité européenne comme du bonheur des sociétés africaines d’avant la colonisation.

Un ouvrage emblématique

Le roman est perçu à sa parution comme une trahison vis-à-vis d’un camps par les plus grands noms, à l’instar de Léopold Sédar Senghor. Il est aussi accueilli comme un chef d’œuvre littéraire : le prix Renaudot est décerné à son auteur, qui n’a alors pas 30 ans. Il lui vaut aussi une sévère accusation de plagiat, dès 1972, qui fait encore débat aujourd’hui. À ces accusations l’auteur et ses soutiens répondent qu’il s’agit de collages, d’emprunts à Graham Greene, à Rimbaud, au Coran ou encore à de vieilles sources arabes.

Lexercice de regard critique sur les sociétés africaines précoloniales suscite lui aussi toujours la polémique. À une terrasse de café parisienne, le jeune auteur sénégalais Mbougar Sarr, édité par Présence Africaine, racontait quelques semaines avant l’annonce du décès de Ouologuem à Jeune Afrique à quelle point Le Devoir de violence l’avait secoué. Ouologuem est considéré comme le pionnier d’une littérature du désenchantement qui compte des auteurs comme Ahmadou Kourouma, Sony Labou Tansi et Mongo Beti. Une littérature qui tisse un fil logique entre la corruption des pouvoirs précoloniaux et la violence de la pénétration impérialiste.

Un livre érotique

L’accusation de plagiat et la violence de ses pairs à son égard n’auront pas laissé Ouloguem indemne. Déjà à l’époque, dans sa trentaine, il opérait un retrait et se faisait discret. Mais entre-temps, Ouologuem n’a pas cessé d’écrire. Dans la foulée, il publie par exemple des écrits pamphlétaires, comme Lettre à la France nègre, réédité en France en 2003. Mais aussi un deuxième roman, publié en 1969 sous le pseudonyme d’Utto Rudolf, Les Mille et Une Bibles du sexe, réédité en 2015. À la noirceur brutale du premier roman succède la violence lumineuse de ce texte érotique qui n’épargne rien à son lecteur.

Le style, parfois ampoulé et emporté, n’occulte pas le fond des récits de Ouologuem : l’auteur pénètres les soubassements de l’âme et des sociétés et y cherche nos réflexes les plus honteux, passionnés ou destructeurs.

Des textes et des questions

La carrière de Ouologuem a été fulgurante, comme son oeuvre. Sa disparition laisse intactes les besoins de réédition et les interrogations qui bruissent autour de ses motivations. Jean-Pierre Orban, éditeur qui a réédité Les Mille et Une Bibles du sexe chez Vent d’ailleurs en 2015, expliquait à Jeune Afrique son envie de voir le livre de nouveau imprimé en 2018. Bien d’autres textes continuent de dormir depuis leur première parution sous divers pseudonymes.

Jeuneafrique.com par

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Canada-Québec/Réjean Ducharme: des hommages nationaux refusés par ses proches

août 25, 2017

Réjean Ducharme aura vécu dans le plus grand anonymat pendant 50 ans, mais dès son décès, des voix se sont élevées pour réclamer un hommage public, voire des funérailles nationales.

Photo: Claire Richard Gallimard Réjean Ducharme aura vécu dans le plus grand anonymat pendant 50 ans, mais dès son décès, des voix se sont élevées pour réclamer un hommage public, voire des funérailles nationales.

Le ministère québécois de la Culture a indiqué jeudi qu’à la demande de ses proches, aucune forme d’« hommage national » ne sera réservée à l’écrivain Réjean Ducharme, décédé cette semaine.

L’attaché de presse du ministre Luc Fortin a expliqué dans un courriel jeudi que le ministère avait joint les proches de l’écrivain « pour examiner les possibilités d’hommage ». Mais ces proches ont « demandé de respecter le désir du défunt de vivre hors du regard public, et de ne pas lui organiser de commémoration », a écrit Karl Filion. « Nous allons évidemment respecter cette volonté. »

L’auteur de L’avalée des avalés et des Bons débarras s’est éteint à Montréal dans la nuit de lundi à mardi, à l’âge de 76 ans. Réjean Ducharme aura vécu dans le plus grand anonymat pendant 50 ans, mais dès son décès, des voix se sont élevées pour réclamer un hommage public, voire des funérailles nationales.

Karl Filion précise que de telles funérailles nationales sont organisées par le ministère des Relations internationales, question de protocole. Mais « on peut raisonnablement conclure » que, de ce côté aussi, les proches ont exigé de respecter la volonté de l’illustre défunt.

[Ses proches] ont demandé de respecter le désir du défunt de vivre hors du regard public, et de ne pas lui organiser de commémoration

Karl Filion, attaché de presse de Luc Fortin, ministre québécois de la Culture

Quelques événements ont déjà été annoncés ici et là : un ouvrage posthume de Réjean Ducharme, qui devait paraître en septembre, sera offert dès vendredi dans les librairies.

Peu après l’annonce du décès, mardi, les éditions du passage ont en effet annoncé que l’œuvre, Le Lactume sortirait 51 ans après sa création. Il s’agit d’un recueil de 198 dessins et légendes, réalisés par Ducharme en 1966, mais qui n’avaient jamais été publiés jusqu’ici. C’est aussi la première publication de l’écrivain depuis Gros mots, en 1999.

Par ailleurs, une exposition Lactume aura lieu du 13 septembre au 1er octobre lors du Festival international de littérature (FIL), à Montréal. On pourra y voir ces dessins de Ducharme, et l’actrice Markita Boies lira les textes du livre les 23 et 26 septembre.

La Presse canadienne

France: Mort tragique de l’écrivain Gonzague Saint Bris

août 8, 2017

L'écrivain Gonzague Saint Bris est mort à l'âge de 69 ans

L’écrivain Gonzague Saint Bris est mort à l’âge de 69 ans Crédits photo : Gorassini Giancarlo/ABACA

Âgé de 69 ans, il est décédé brutalement le 8 août dans un accident de la route. Il laisse une cinquantaine d’ouvrages, principalement des biographies historiques.

L’écrivain et journaliste Gonzague Saint Bris est décédé cette nuit du 7 au 8 août dans un accident de la route en Normandie près de Pont-l’Évêque. L’information a été annoncée par Le Point et confirmée par la gendarmerie de Pont-L’Évêque au Figaro. Le petit monde culturel français est frappé de stupéfaction face à la disparition brutale de cette figure omniprésente, silhouette reconnaissable à ses cheveux longs d’éternel romantique, qui animait la vie littéraire.

Dans une vingtaine de jours doit se tenir la manifestation ouvrant le bal de la rentrée littéraire, la 22e édition du festival La Forêt des livres, qu’il avait créé dans le village de Touraine, près de Loches, où il avait vu le jour le 26 janvier 1948. Une «forêt des livres» qu’il a contribué lui-même à peupler en n’écrivant pas moins d’une cinquantaine d’ouvrages, principalement sur l’Histoire et ses grands personnages, sa passion de toujours. On peut citer celles sur Léonard de Vinci, François 1er, Desaix ou encore Alfred de Vigny.

Écrivain médiatique, journaliste charismatique, aristocrate de nature mondaine, Gonzague Saint Bris est le fils du diplomate Hubert Saint Bris et d’Agnès Mame, elle-même descendante de Louis Mame, premier éditeur de la Comédie Humaine. Il est le deuxième d’une famille de huit enfants élevés au Clos Lucé en Touraine, la maison d’enfance de François Ier qui y logea un Léonard de Vinci vieillissant mais encore très actif. La propriété évocatrice, qui accueille aujourd’hui un nombre impressionnant de visiteurs venus du monde entier, en témoigne.

Un goût pour les grands personnages et les hauts faits

Cette enfance passée aux côtés des fantômes de l’Histoire a sans aucun doute fait éclore chez lui un goût pour les grands personnages et les hauts faits. Aux guerres et aux tourments du passé, il préférait la petite histoire, les secrets d’alcôves et les grandes passions amoureuses des puissants mais aussi les destins brisés qu’il savait raconter avec un goût certain, une pointe d’insolence et un sens affirmé de la vulgarisation.

À côté de l’image de l’écrivain germanopratin qu’intronisa le jeune homme beau dans les années 70, et à celle de l’écrivain ambitieux qui échoua par trois fois ces dernières années à entrer à l’Académie française, on retiendra aussi l’image d’un homme secret sachant cacher ses failles. Il les avait dévoilées dans son livre le plus personnel, Les Vieillards de Brighton (Grasset), paru en 2002 pour lequel il avait reçu le prix Interallié. Il y racontait une enfance qui ne fut pas si heureuse que le laisse supposer le charmant tableau de la famille qui possède et gère toujours le Clos Lucé.

A l’âge de cinq ans, à la suite d’une dispute avec son frère, son père le punit en l’envoyant un an pensionnaire dans un asile de vieillards du sud de l’Angleterre. «Je pénétrai dès lors dans la race des enterrés», expliqua-t-il au moment de la sortie de cet ouvrage qui narre la plongée effarante du garçonnet dans un univers sombre et halluciné. En 2007, il déclarait au magazine VSD: «Ma mère a eu sept garçons et une fille, et moi je n’ai eu qu’un désir: être un enfant unique. Vous comprenez dès lors pourquoi je cherche tant à me singulariser».

L’aventure des radios libres

Gonzague Saint Bris fut aussi un journaliste et chroniqueur infatigable, débutant à la République du Centre Ouest d’abord avant de rejoindre la presse nationale dont Le Figaro mais il fut également chroniqueur pour Elle ou Paris Match et directeur du magazine Femmes dont il fit un succès. Volontiers touche à tout, cet autodidacte gourmand contribua à l’aventure des radios libres et certains se souviennent avec émotion de ses qualités d’animateur sur la radio Europe 1 à la fin des années 1970, en particulier de l’émission «La ligne ouverte», où il recueillait la parole des auditeurs dans une remarquable ambiance d’écoute fraternelle.

Son dernier livre, Les Aristocrates rebelles, paraîtra fin août aux Arènes. Il est dédié à ses grands-parents paternels, morts en déportation pour faits de résistance.

France: Mort de l’écrivain Alain Casabona

mai 18, 2017

L’écrivain Alain Casabona, « grand chancelier » de la facétieuse académie Alphonse-Allais, est mort mardi à son domicile à l’âge de 66 ans, a annoncé aujourd’hui le comédien Francis Perrin également membre de ce cénacle de l’humour.

« Alain est mort chez lui. Il était très malade et très courageux », a dit le comédien, ami d’Alain Casabona, et membre comme lui de l’académie qui chaque année décerne un prix en hommage au maître français de l’absurde et du bon mot.

Auteur d’un recueil de nouvelles et de quatre romans, Alain Casabona, également musicien, était très impliqué dans la défense de l’enseignement artistique. Il animait notamment le Comité national pour l’éducation artistique (CNEA). En 2014, il fut l’une des chevilles ouvrières du « comité de défense » du « Grenier Picasso », rue des Grands-Augustins à Paris, un atelier où le maître a peint son fameux « Guernica », qui était menacé de devenir une résidence hôtelière.

Il était « grand chancelier » de l’académie Alphonse-Allais depuis 1996. Fondée en 1954, à l’occasion du centenaire de la naissance d’Alphonse Allais, auteur notamment de « Deux et deux font cinq », cette académie iconoclaste décerne chaque année un prix Alphonse Allais. Parmi les récipiendaires figurent notamment Eugène Ionesco, Umberto Eco, Raymond Devos ou encore Bernard Pivot. L’an dernier, c’est la comédienne Charlotte Rampling qui avait reçu cette récompense.

Les obsèques d’Alain Casabona sont prévues mardi prochain à Paris.

Kenya : l’écrivain et conservationniste Kuki Gallmann blessée par balles

avril 23, 2017

Des policiers kényans devant l’université de Garissa, 2 avril 2015. © AP/SIPA

L’écrivain d’origine italienne Kuki Gallmann a été grièvement blessée par balles dimanche matin dans la réserve privée qu’elle dirige dans le centre du Kenya, région actuellement en proie à un cycle de violences sur fond de sécheresse, a-t-on appris auprès de la police kényane.

Auteure d’une autobiographie (« I Dreamed of Africa ») adaptée au cinéma en 2000 avec l’actrice Kim Basinger dans le rôle principal, Kuki Gallmann « a été touchée à l’estomac lors d’une attaque et a été emmenée à Nairobi par un hélicoptère militaire pour être soignée », a déclaré à l’AFP un responsable policier, sous couvert de l’anonymat.

Une situation particulièrement volatile

La situation est particulièrement volatile dans le centre du Kenya où se sont multipliées ces dernières semaines les violences impliquant des éleveurs semi-nomades, dont les troupeaux sont durement affectés par la sécheresse qui sévit actuellement en Afrique de l’Est.

Alain Mabanckou explore la diversité dans « Penser et écrire l’Afrique aujourd’hui »

avril 5, 2017

 

 

Avec La Grande Librairie

France: Décès de l’écrivain français Serge Doubrovsky

mars 23, 2017

L’écrivain français et critique littéraire Serge Doubrovsky, inventeur du concept d’autofiction, est décédé dans la nuit d’hier à aujourd’hui à l’âge de 88 ans à Paris, selon l’université de New York où il a longtemps travaillé.

Tom Bishop, directeur du centre de civilisation et culture françaises à l’université de New York (NYU), a confirmé le décès de Serge Doubrovsky : « Je suis très ému par cette disparition. C’était quelqu’un qui comptait, un homme tout à fait extraordinaire. Un homme difficile aussi. Il n’était pas commode (…) C’était un grand professeur et, j’estime, un grand écrivain », a-t-il déclaré.

Avec la parution en 1977 de Fils, son troisième roman, Serge Doubrovsky a posé les fondations de l’autofiction, un genre entre autobiographie et fiction qui a fait florès dans la littérature avec des représentants comme les Françaises Annie Ernaux et Christine Angot. L’autofiction « existait avant moi. Simplement, je lui ai donné un nom et je l’ai conceptualisée », expliquait Serge Doubrovsky en 2014 dans une interview au magazine français Télérama.

Né le 22 mai 1928 à Paris dans une famille juive, Julien-Serge Doubrovsky de son nom complet, est le fils d’un tailleur et d’une secrétaire. Auteur d’une dizaine de romans et d’essais, Serge Doubrovsky avait notamment reçu en 1989 le prix Médicis, l’un des plus prestigieux de la scène littéraire française, pour « Le livre brisé ».

Lefigaro.fr

Le Bélarus annule sa décision d’expulser l’écrivain ukrainien Serhiy Jadan

février 11, 2017

Minsk – L’écrivain ukrainien Serhiy Jadan a annoncé samedi qu’il ne serait finalement pas expulsé du Bélarus, où il avait été arrêté la nuit précédente à Minsk et dont il devait être expulsé en vertu d’accords avec la Russie où il est accusé de « participation à des activités terroristes ».

Les médias bélarusses, qui avaient diffusé des photos du passeport de Serhiy Jadan sur lequel a été tamponnée la mention « Interdit d’entrée au Bélarus », ont publié la photo du même passeport sur laquelle son avis d’interdiction d’accès au territoire est cette fois accompagné de la mention « Annulé ».

« Notre croisade a fait son effet ! Le bon sens et la dignité sont les vainqueurs de tout ça », a écrit sur Facebook Serhiy Jadan, l’un des écrivains les plus populaires d’Ukraine, remerciant aussi les autorités ukrainiennes pour leur soutien.

L’écrivain, qui participait à un festival de poésie à Minsk, a été arrêté dans la nuit de vendredi à samedi pendant qu’il dormait dans sa chambre d’hôtel.

« Apparemment, je suis sur la liste des personnes interdites d’entrée en Russie pour +participation à des activités terroristes+. J’ai passé la nuit en cellule », a-t-il écrit sur Facebook samedi matin.

« Comme le Bélarus et le Kazakhstan font partie de la même zone douanière (malheureusement pour moi), cette interdiction s’applique automatiquement au Bélarus et au Kazakhstan », a-t-il ajouté. D’après l’avis d’interdiction d’entrée sur le territoire, il devait quitter le Bélarus d’ici à dimanche.

Le Bélarus et la Russie ont signé des accords d’intégration politique et économique et font partie d’une même union douanière depuis les années 1990.

« Les policiers bélarusses ont passé leur temps à me poser des questions sur ma vie pour comprendre quelles relations j’entretiens avec le terrorisme (…) Ils ne comprenaient pas pourquoi je suis sur cette liste », a plus tard déclaré Serhiy Jadan, 42 ans, au portail internet bélarusse Tut.by.

« J’étais déjà venu en juin et on ne m’avait rien dit », a-t-il ajouté.

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, s’est refusée à tout commentaire, déclarant qu’il revient aux « autorités compétentes » de commenter cette affaire.

Les autorités bélarusses n’ont pas fait non plus de commentaires.

La porte-parole adjointe du Parlement ukrainien, Irina Gerachtchenko, avait fermement réagi, condamnant une « vraie honte » et annonçant que l’ambassade d’Ukraine à Minsk et le ministère des Affaires étrangères préparaient une note officielle de protestation.

Dans un communiqué, le ministère ukrainien des Affaires étrangères avait quant à lui exprimé sa « profonde inquiétude » et annoncé avoir convoqué l’ambassadeur du Bélarus à Kiev, Igor Sokol. « Le représentant du ministère ukrainien a souligné que les explications de la partie bélarusse, obtenues aujourd’hui, ne satisfaisaient pas la partie ukrainienne », précise le communiqué.

Serhiy Jadan est originaire de Lougansk, l’un des deux bastions rebelles de l’est de l’Ukraine, mais s’est fermement opposé à l’insurrection prorusse ayant éclaté en avril 2014. L’Ukraine et les pays européens accusent la Russie de soutenir sur les plans logistique et militaire les séparatistes, ce que Moscou dément.

Son oeuvre a été traduite dans de nombreuses langues et lui a valu plusieurs prix littéraires en Europe.

Romandie.com avec(©AFP / 11 février 2017 20h11)             

Bélarus : l’écrivain ukrainien Serhiy Jadan va être expulsé pour « terrorisme »

février 11, 2017

Minsk – L’écrivain ukrainien Serhiy Jadan a annoncé samedi avoir été arrêté la nuit précédente à Minsk et qu’il allait être expulsé du Bélarus en vertu d’accords avec la Russie où il est accusé de « participation à des activités terroristes ».

Les médias bélarusses ont diffusé des photos du passeport de Serhiy Jadan, sur lequel a été tamponnée la mention « Interdit d’entrée au Bélarus ». L’écrivain, qui participait à un festival de poésie à Minsk, doit avoir quitté ce pays avant dimanche.

« Je dormais dans ma chambre d’hôtel quand la police est arrivée (…) Apparemment, je suis sur la liste des personnes interdites d’entrée en Russie pour +participation à des activités terroristes+. J’ai passé la nuit en cellule », a écrit sur Facebook Serhiy Jadan, l’un des écrivains les plus populaires d’Ukraine.

« Comme le Bélarus et le Kazakhstan font partie de la même zone douanière (malheureusement pour moi), cette interdiction s’applique automatiquement au Bélarus et au Kazakhstan », a-t-il ajouté.

Le Bélarus et la Russie ont signé des accords d’intégration politique et économique et font partie d’une même union douanière depuis les années 1990.

« Les policiers bélarusses ont passé leur temps à me poser des questions sur ma vie pour comprendre quelles relations j’entretiens avec le terrorisme (…) Ils ne comprenaient pas pourquoi je suis sur cette liste », a déclaré Serhiy Jadan, 42 ans, au portail internet bélarusse Tut.by.

« J’étais déjà venu en juin et on ne m’avait rien dit », a-t-il ajouté.

La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, s’est refusée à tout commentaire, déclarant qu’il revient aux « autorités compétentes » de commenter cette affaire.

« L’ambassade d’Ukraine et le ministère des Affaires étrangères préparent une note de protestation. C’est une vraie honte », a déclaré la porte-parole adjointe du Parlement ukrainien, Irina Gerachtchenko.

Dans un communiqué, le ministère ukrainien des Affaires étrangères a exprimé sa « profonde inquiétude » et annoncé avoir convoqué l’ambassadeur du Bélarus à Kiev, Igor Sokol. « Le représentant du ministère ukrainien a souligné que les explications de la partie bélarusse, obtenues aujourd’hui, ne satisfaisaient pas la partie ukrainienne », précise le communiqué.

Serhiy Jadan est originaire de Lougansk, l’un des deux bastions rebelles de l’est de l’Ukraine, mais s’est fermement opposé à l’insurrection prorusse ayant éclaté en avril 2014. L’Ukraine et les pays européens accusent la Russie de soutenir sur les plans logistique et militaire les séparatistes, ce que Moscou dément.

Son oeuvre a été traduite dans de nombreuses langues et lui a valu plusieurs prix littéraires en Europe.

Malgré l’Union douanière, les autorités russes ont annoncé en janvier la mise en place de contrôles à la frontière entre les deux Etats, une décision dénoncée par le président bélarusse Alexandre Loukachenko.

Romandie.com avec(©AFP / 11 février 2017 18h35)             

Mort de John Berger, écrivain britannique et intellectuel engagé

janvier 3, 2017

Londres – L’écrivain britannique John Berger, qui fit sensation en partageant avec les Black Panthers la dotation du Man Booker Prize dont il fut lauréat en 1972, est mort à l’âge de 90 ans près de Paris, a annoncé mardi son fils à l’AFP.

Il est mort (lundi) à midi trente à Antony, a déclaré Jacob Berger, joint par téléphone, précisant que son père avait été hospitalisé quelques jours avant pour une insuffisance rénale.

Il s’est éteint à la maison, entouré par les siens (…) de manière très sereine, a également dit le cinéaste, ajoutant, sur Twitter: Sans peur ni témérité, mais attentif, désireux de connaître la suite de l’histoire. En Ecrivain.

John Berger résidait depuis quelques années à Antony (Hauts-de-Seine), après avoir vécu depuis les années soixante-dix à Quincy, un village de Haute-Savoie.

Né à Londres en novembre 1926, John Berger enseigne le dessin de 1948 à 1955, avant de devenir, à partir de 1952, un critique d’art influent, selon les Editions de l’Olivier, sa maison d’édition française.

Passionné par les formalistes et les constructivistes russes, il écrit sur Courbet, Cézanne, Picasso, Dürer, Le Titien, précise-t-elle.

Cet artiste prolifique et touche à tout, auteur de nombreux livres et pièces de théâtre mais aussi poète, peintre et scénariste, publie en 1958 son premier roman Un Peintre de notre temps.

En 1972, il est lauréat du Man Booker Prize, le plus prestigieux des prix littéraires de langue anglaise, pour son roman G., l’histoire du fils bâtard d’une aristocrate anglaise et d’un négociant italien.

Il fait alors sensation en offrant la moitié de la dotation de ce prix au mouvement des Black Panthers, fidèle à ses convictions d’intellectuel engagé, pourfendeur du capitalisme, qui ont marqué ses oeuvres et sa réflexion tout au long de sa carrière.

Jamais auparavant la dévastation provoquée par la poursuite du profit, telle que la dicte le capitalisme, n’avait eu l’ampleur qu’elle a aujourd’hui, écrit-il en 2005 dans le Monde diplomatique.

Comment, dès lors, est-il possible de ne pas tenir compte de Marx, qui a prophétisé et analysé cette dévastation? Peut-être est-ce parce que les gens, beaucoup de gens, ont perdu tous leurs repères politiques. Sans carte, ils ne savent pas où ils vont.

Il n’y a pas un texte de John qui ne soit pas imprégné d’un regard politique, souligne son fils.

c’était un ami du sous-commandant Marcos, c’était un ami du peuple palestinien (…) qui avait une position politique extrêmement forte sans être un communiste borné et dogmatique, ajoute-t-il.

John Berger, poursuit Jacob Berger, s’était d’ailleurs installé en France pour fuir l’Angleterre extrêmement anti-communiste des années 50 et du début des années 60.

Ecrivain visionnaire, écrit le quotidien britannique The Guardian, Berger avait contribué à transformer la manière dont toute une génération regardait et percevait l’art.

John Berger a changé la manière dont nous voyons le monde, a abondé sur Twitter le leader du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn.

C’était un défenseur du socialisme, et d’une vie plus douce et généreuse pour tout un chacun.

Romandie.com avec(©AFP / 03 janvier 2017 15h26)