Posts Tagged ‘Éditeur’

«On ne brûle pas un livre»: l’éditeur italien de Gabriel Matzneff défend la publication de Vanessavirus

mai 28, 2021

Boycotté par le monde de l’édition en France, l’écrivain sous le coup d’une enquête pour pédocriminalité a pu publier son livre polémique à 2000 exemplaires de l’autre côté des Alpes.

«Les livres se lisent, ils ne se brûlent pas.» L’éditeur italien Michele Silenzi a défendu, dans un entretien à l’AFP, la publication de Vanessavirus, le dernier livre de Gabriel MatzneffIl s’agit de la réponse de l’écrivain français au Consentement de Vanessa Springora. Vanessavirus est sorti cette semaine en Italie aux éditions Liberilibri avec un premier tirage de 2000 exemplaires.

Cet opus de 108 pages (dans l’édition italienne) traduit par Giuliano Ferrara, journaliste et ancien ministre de Silvio Berlusconi, «est l’histoire d’une chasse à l’homme, l’histoire d’un assassinat», affirme la maison sur son site. «Nous l’avons d’abord publié parce qu’il nous semblait juste d’accorder un droit de réponse à un homme et un artiste dont la vie et l’œuvre sont détruites», explique Michele Silenzi. Mais «c’est aussi un beau livre. Un texte d’une grande valeur littéraire», poursuit l’éditeur, qui exalte «la force indiscutable et délicate, également très dramatique, du récit».

Gabriel Matzneff a auto-édité en France Vanessavirus, avec un tirage de 200 exemplaires réservé à des lecteurs choisis, pour un prix de 100 euros. D’après les informations de l’AFP, tous les éditeurs qu’il avait approchés ont refusé l’ouvrage sans le lire. L’édition italienne, qui peut être commandée depuis la France pour un prix bien moindre, est «la première à être acceptée par une maison d’édition européenne et à être présente dans les librairies», se félicite Liberilibri, fondée en 1986 à Macerata.

«Les livres se publient et se lisent, ils ne se brûlent pas», plaide Michele Silenzi. Le mouvement #MeToo «n’est pas un problème en soi», selon lui. Ce qui l’est, en revanche, «c’est que ce type de mouvements tend trop souvent à imposer une “cancel culture” aux effets culturels dévastateurs». «On ne peut plus réfléchir sur rien si un fait n’est pas historicisé et compris dans son contexte et dans son évolution historique».

«Inévitablement de façon controversée»

«J’ai survécu au Coronavirus. Je ne survivrai pas au Vanessavirus», écrit Gabriel Matzneff en ouverture de son récit en italien dont l’AFP s’est procuré un exemplaire. «Le capitaine Dreyfus était innocent. Moi, je ne le suis pas. Je suis coupable d’avoir adoré la liberté, la beauté, l’amour».

Gabriel Matzneff, 84 ans, est visé par une enquête pour viols sur mineur de moins de 15 ans ouverte après la publication en janvier 2020 du récit de Vanessa Springora, Le Consentement. Celle-ci y racontait comment dans les années 1980 elle avait été entraînée à 14 ans dans une relation avec un écrivain qui en avait près de 50.

Dans une procédure distincte, le tribunal correctionnel de Paris a invalidé la semaine dernière une citation à comparaître visant l’écrivain pour «apologie» de la pédocriminalité après la parution de trois articles entre fin décembre et début janvier dans L’ObsLe Parisien et L’ExpressLe Consentement est sorti en mars en Italie sous le titre Il consenso aux éditions La Nave di Teseo.

Michele Silenzi explique que la philosophie de la maison Liberilibri est de «diffuser les idées qui stimulent l’émancipation intellectuelle et la liberté de pensée». Selon lui, «que doit faire un éditeur sinon favoriser ce processus, même si c’est parfois inévitablement de façon controversée?»

Tous les éditeurs français de Gabriel Matzneff ont suspendu indéfiniment la vente de ses ouvrages évoquant ses amours avec des garçons et filles mineurs. D’autres, au contenu moins polémique, sont cependant en vente, comme le recueil d’articles avec lequel il avait obtenu le prix Renaudot de l’essai en 2013, «Séraphin, c’est la fin!».

Par Le Figaro avec AFPPublié il y a 3 heures, mis à jour il y a 3 heures

France: Raphaël Sorin, éditeur de Bukowski et Houellebecq, est décédé

mai 16, 2021

« Ancien journaliste, conteur de talent, homme très intuitif et ami fidèle, Raphaël Sorin a toujours défendu l’audace », relève David Serra, sur Twitter.

Raphael Sorin a travaille dans plusieurs grandes maisons d'edition, comme Le Seuil, Albin Michel, Flammarion ou encore Fayard, avant de rejoindre Ring, qui a publie plusieurs auteurs controverses.
Raphaël Sorin a travaillé dans plusieurs grandes maisons d’édition, comme Le Seuil, Albin Michel, Flammarion ou encore Fayard, avant de rejoindre Ring, qui a publié plusieurs auteurs controversés.© ULF ANDERSEN / Ulf Andersen / Aurimages via AFP

Raphaël Sorin, éditeur de Charles Bukowski et Michel Houellebecq, est décédé à l’âge de 78 ans, a annoncé dimanche la maison d’édition Ring, dont il était directeur littéraire.

« Ancien journaliste, conteur de talent, homme très intuitif et ami fidèle, Raphaël Sorin a toujours défendu l’audace », relève David Serra, fondateur de la maison d’éditions, sur Twitter, rendant hommage à un « homme à la culture infinie, au cœur généreux et emphatique, solaire et bienveillant ».

Raphaël Sorin a travaillé dans plusieurs grandes maisons d’édition, comme Le Seuil, Albin Michel, Flammarion ou encore Fayard, avant de rejoindre Ring, qui a publié plusieurs auteurs controversés.

Chez Flammarion, il avait édité « Les particules élémentaires » (1998) et « Plateforme » (2001) de Michel Houellebecq, écrivain francophone de loin le plus connu au monde et un des plus vendus. « Je l’ai lu dans la nuit, je suis allé voir le patron de Flammarion, Charles-Henri, je lui ai dit nous tenons un chef d’oeuvre », racontait-il en parlant de sa découverte des « Particules élémentaires », parlant d’un « coup de foudre littéraire ». Passé chez Fayard, il s’occupera de la parution d’un autre succès de Houellebecq, « La possibilité d’une île » (2005).

Les hommages se multiplient sur Twitter

Né le 12 août 1942 à Chambéry, Raphaël Sorin a aussi été critique littéraire au Monde et a collaboré à de nombreuses autres publications ainsi qu’à des émissions de télévision. Il était cousin avec l’écrivain Elias Canetti, prix Nobel de littérature en 1981.

Sur Twitter, les hommages se multipliaient suite à l’annonce de son décès. « Aucun talent (ni aucune nullité) n’échappait à son œil d’aigle », saluait l’écrivain Raphaël Enthoven. L’historien Eric Anceau décrivait lui un « conteur de talent, ami fidèle ».

Par Le Point avec AFP