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Un institut du Vatican sur les agressions d’enfants étend son mandat aux adultes

octobre 13, 2021

ROME — Le principal institut de recherche de l’Église catholique qui étudie les agressions sexuelles sur mineurs étend son mandat pour inclure également les agressions sexuelles et spirituelles sur les adultes.

© Fournis par La Presse Canadienne

Le Vatican semble ainsi prendre conscience que les enfants ne sont pas les seules victimes de membres du clergé qui abusent de leur pouvoir et de leur autorité.

Le révérend Hans Zollner, l’un des principaux conseillers du pape François dans le dossier des agressions sexuelles, a déclaré que la portée plus large de l’institut académique reflète les leçons du mouvement #MoiAussi, la propre reconnaissance du pape que les religieuses et les séminaristes adultes peuvent aussi être maltraités par leurs supérieurs, et la preuve que des problèmes systémiques et structurels au sein de l’Église ont permis une multiplication des agressions.

«Nous ne pouvons plus nous limiter aux problèmes individuels: nous devons également examiner les conditions institutionnelles qui favorisent (les agressions) ou empêchent un environnement sécuritaire», a déclaré M. Zollner à l’Associated Press mercredi.

Il a accordé cette entrevue à la veille du lancement officiel du nouvel institut à l’Université pontificale grégorienne, à Rome. L’Institut d’anthropologie et d’études interdisciplinaires sur la dignité humaine et le soin intègre le Centre pour la protection de l’enfance, fondé il y a dix ans. En tant que département d’anthropologie sanctionné par le Vatican, l’institut académique peut désormais décerner des diplômes universitaires, former son propre corps professoral et s’associer sur un pied d’égalité avec d’autres universités.

Étendre l’objectif de l’institut au-delà de la protection de l’enfance est important, étant donné que le Vatican a tendance à développer des politiques en s’appuyant sur la recherche universitaire et les conférences internationales de ses universités pontificales pour jeter les bases des décisions prises plus haut dans la hiérarchie de l’Église. 

Pour le père Zollner, la croissance d’un institut de sauvegarde à part entière couve depuis plus d’une décennie, et pourtant, elle se heurte toujours à des résistances. «Je me débats depuis longtemps avec cette question: pourquoi, dans l’Église, luttons-nous pour accepter l’existence parmi nous d’abus commis par des membres du clergé? Pourquoi est-ce si difficile d’accepter cela, de voir cette réalité? Parce qu’il y a encore des gens qui nient cette réalité et disent: ‘Nous n’avons pas de cas’», a-t-il déclaré.

M. Zollner a déclaré que l’idée d’élargir le champ de l’étude est venue après qu’un rapport du grand jury de Pennsylvanie en 2018 a révélé comment plusieurs évêques de l’État avaient systématiquement couvert les prêtres agresseurs. Des rapports d’enquête ultérieurs sur les abus du clergé, y compris en Allemagne, pays natal de M. Zollner, et plus récemment en France, ont identifié les mêmes problèmes systémiques et structurels.

Toujours en 2018, le Vatican a commencé son enquête sur l’ex-cardinal Theodore McCarrick, un archevêque américain qui a finalement été défroqué par François après que le Vatican a déterminé qu’il avait agressé sexuellement des mineurs ainsi que des séminaristes adultes sous son autorité.

M. Zollner a souligné que le nouvel institut ne mettait en aucun cas de côté son objectif principal sur la protection de l’enfance, qualifiant l’agression sexuelle d’enfants de «la chose la plus horrible à laquelle vous puissiez penser».

Mais le mandat élargi permettra l’étude de problèmes qui étaient auparavant en dehors de la portée d’origine du centre, a-t-il déclaré, tels que les abus spirituels d’adultes par les dirigeants de nouveaux mouvements religieux, ou les facteurs institutionnels et structurels au sein de l’Église qui ont facilité les abus.

Avec Nicole Winfield, The Associated Press

France: un rapport évoque 330 000 victimes au sein de l’Église catholique

octobre 5, 2021

PARIS — Quelque 330 000 enfants ont été victimes d’agressions sexuelles au sein de l’Église catholique en France au cours des 70 dernières années, selon une estimation contenue dans un rapport publié mardi, qui représente le premier grand bilan du pays sur le phénomène mondial.

© Fournis par La Presse Canadienne

Le nombre comprend des agressions commises par quelque 3000 prêtres et autres personnes impliquées dans l’Église – des actes répréhensibles que les autorités catholiques ont dissimulés pendant des décennies de manière «systémique», selon le président de la commission qui a publié le rapport, Jean-Marc Sauvé.

Le président de la Conférence des évêques de France a demandé pardon aux victimes, dont environ 80 % étaient des garçons, selon le rapport. Les évêques se réunissent mardi pour discuter des prochaines étapes.

La commission indépendante a exhorté l’église à prendre des mesures vigoureuses, dénonçant les «fautes» et le «silence».

«Les conséquences sont très graves», a déclaré M. Sauvé. «Environ 60 % des hommes et des femmes qui ont été agressés sexuellement rencontrent des problèmes majeurs dans leur vie affective ou sexuelle.»

«Nous considérons que l’Église a une dette envers les victimes», a-t-il ajouté.

Le document de 2500 pages a été publié alors que l’Église catholique en France, comme dans d’autres pays, cherche à faire face à des secrets honteux longtemps dissimulés.

Les victimes ont salué le rapport comme attendu depuis longtemps.

François Devaux, chef du groupe de victimes La Parole libérée, a déclaré qu’il s’agissait «d’un tournant dans notre histoire».

Il a dénoncé les dissimulations qui ont permis des «crimes de masse pendant des décennies».

«Mais pire encore, il y a eu une trahison: trahison de confiance, trahison des mœurs, trahison des enfants, trahison de l’innocence», a-t-il déclaré, appelant l’Église à offrir réparation.

Olivier Savignac, le responsable de l’association de victimes Parler et Revivre, a contribué à l’enquête. Il a déclaré à l’Associated Press que le ratio élevé de victimes par agresseur était particulièrement «terrifiant pour la société française, pour l’Église catholique».

M. Savignac a attaqué l’Église pour avoir traité de tels cas comme des anomalies individuelles plutôt que comme une horreur collective. Il a décrit avoir été maltraité à l’âge de 13 ans par le directeur d’un camp de vacances catholique dans le sud de la France, qui a été accusé d’avoir agressé plusieurs autres garçons.

«Je percevais ce prêtre comme quelqu’un de bon, une personne attentionnée qui ne me ferait pas de mal», a raconté M. Savignac. «Mais c’est lorsque je me suis retrouvé sur ce lit à moitié nu et qu’il me touchait que j’ai réalisé que quelque chose n’allait pas… Et on garde ça, c’est comme un kyste qui grandit. C’est comme une gangrène à l’intérieur du corps de la victime et de la psyché de la victime.»

Le prêtre a finalement été reconnu coupable et condamné en 2018 à deux ans de prison, dont un an avec sursis.

La commission a travaillé pendant 2 ans et demi, écoutant les victimes et les témoins et étudiant les archives des églises, des tribunaux, de la police et de l’actualité à partir des années 1950. Une ligne téléphonique lancée au début de l’examen a reçu 6500 appels de victimes présumées ou de personnes déclarant connaître une victime.

M. Sauvé a dénoncé l’attitude de l’Église jusqu’au début des années 2000 comme «une profonde et cruelle indifférence envers les victimes».

Le rapport indique qu’environ 3000 agresseurs d’enfants — dont les deux tiers étaient des prêtres — ont travaillé dans l’église au cours de la période de sept décennies. Ce chiffre est probablement sous-estimé, a avancé M. Sauvé. Le décompte des victimes comprend environ 216 000 personnes maltraitées par des prêtres et d’autres religieux, a-t-il déclaré.

Les estimations sont basées sur des recherches menées par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale sur les agressions sexuelles sur enfants dans la population française.

«Parfois, les responsables de l’Église ne dénonçaient pas (les agressions sexuelles) et exposaient même les enfants à des risques en les mettant en contact avec des prédateurs», a déclaré M. Sauvé. «Nous considérons (…) que l’église a une dette envers les victimes.»

Le président de la Conférence des évêques de France, Eric de Moulins-Beaufort, a dit que les évêques «sont consternés» par les conclusions du rapport.

«Je souhaite (…) demander pardon, pardon à chacun de vous», a-t-il déclaré aux victimes.

M. Sauvé a déclaré que 22 crimes présumés pouvant être poursuivis ont été transmis aux procureurs. Plus de 40 cas trop anciens pour être poursuivis, mais impliquant des auteurs présumés encore en vie ont été transmis aux responsables de l’Église.

avec Sylvie Corbet, The Associated Press