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Égypte : Sissi coincé entre le FMI et l’armée

novembre 10, 2022

Deuxième pays le plus endetté au monde, l’Égypte traverse une crise grave liée au conflit en Ukraine mais aussi à la mainmise de l’armée sur l’économie nationale. Le président Abdel Fattah al-Sissi dit vouloir régler le problème. Mais en a-t-il les moyens ?

Chantier du mégaprojet de la future nouvelle capitale administrative égyptienne, à 45 km à l’est du Caire. © Ahmed HASAN / AFP

La livre égyptienne a atteint son niveau historique le plus bas fin octobre, avec une dévaluation de moitié sur l’ensemble de l’année 2022. L’exécutif, qui vient de contracter son quatrième prêt auprès du Fonds monétaire international (FMI) et s’endette auprès de ses voisins, s’est engagé auprès de l’institution et de la Banque mondiale à porter la part du secteur privé dans l’économie égyptienne à 65 % au cours des trois prochaines années. Le gouvernement doit donc redéfinir le rôle de l’État et de l’armée, et réduire leur interventionnisme. En août dernier, le très critiqué gouverneur de la Banque centrale, Tarek Amer, a présenté sa démission.

Mais le principal problème demeure : le budget national égyptien est grevé par les dépenses de l’institution militaire, qui pèse par ailleurs sur de très nombreux secteurs de l’économie. La prise de pouvoir d’Abdel Fattah al-Sissi en 2013 a renforcé cette mainmise, l’ancien président du Conseil suprême des forces armées (CSFA) ayant misé sur des projets d’infrastructure colossaux, permettant à l’armée égyptienne d’étendre encore son influence sur l’économie.

La crise actuelle est aggravée par les conséquences du conflit militaire en Ukraine, à l’origine d’une insécurité alimentaire qui touche des dizaines de millions d’Égyptiens : 80 % des importations de blé avant le début du conflit provenaient de Russie ou d’Ukraine. Pour y remédier, le régime a mis en place un « comité de crise » dès février 2022, et l’armée est chargée de distribuer des rations de nourriture aux plus vulnérables.

Mais la pénurie de matières premières n’est pas le seul contrecoup de la guerre, puisque des investisseurs étrangers qui avaient racheté des obligations souveraines ont retiré leur argent, à hauteur de 20 millions de dollars.

Emprunts tous azimuts

Seule solution pour soutenir une économie très fragilisée, le président Abdel Fattah al-Sissi a décidé de contracter en octobre un nouvel emprunt auprès du FMI, à hauteur de 3 milliards de dollars sur quatre ans. C’est la quatrième fois depuis le coup d’État de 2013 que le président se tourne vers le FMI. L’Égypte est le deuxième pays le plus endetté auprès de l’institution internationale après l’Argentine.

Endettée à hauteur de 53 milliards d’euros auprès de diverses institutions multilatérales, l’Égypte l’est aussi auprès de ses alliés régionaux, dont les monarchies du Golfe. Préoccupé par l’instabilité économique engendrée par le conflit ukrainien, le président a emprunté, début 2022, 5 milliards de dollars à l’Arabie saoudite, 5 milliards aux Émirats arabes unis et 3 milliards au Qatar.

Le Premier ministre égyptien Mostafa al-Madbouly a par ailleurs annoncé l’obtention de 1 milliard d’euros d’aide via un fonds du FMI consacré aux pays en voie de développement, et d’une enveloppe de 5 milliards de dollars de la part d’« organisations internationales et régionales ».

Mais le FMI a posé ses conditions à l’octroi de ces crédits. Le 27 octobre, la livre était dévaluée de 17 % conformément à la demande de l’institution, atteignant sa valeur historique la plus basse.

Le problème, notent beaucoup d’experts, c’est que le pays vit, et depuis longtemps, au-dessus de ses moyens. Persuadés que l’Égypte est une puissance régionale trop importante pour que ses partenaires – en particulier les monarchies du Golfe – la laissent faire faillite, les dirigeants du Caire multiplient les projets d’infrastructures ambitieux, mais le pays produit peu et importe énormément.

Réduire le budget défense 

Pour réduire les dépenses de l’État, le président semble n’avoir d’autre choix que de se tourner vers la part du budget réservée aux investissements militaires et de développer une économie de marché ouverte au secteur privé. Ce qui implique de réduire le budget défense, mais aussi de contraindre les forces armées à céder leurs parts dans certains secteurs de l’économie.

Une gageure : selon un rapport publié en 2019 par Yezid Sayigh, chargé de recherches au Malcolm H. Kerr Carnegie Middle East Center de Beyrouth, l’institution militaire possède près de 7 % des complexes hôteliers, occupe une position dominante dans le secteur de l’énergie, est aussi présente dans la sidérurgie, l’agriculture, l’immobilier, la pêche, la santé, la production de pâtes, le ciment, l’eau minérale, les carburants…

L’idée aujourd’hui avancée, à la fois pour renflouer les caisses de l’État et pour donner des gages aux bailleurs internationaux, est donc de réduire la part de l’État, et singulièrement de l’armée dans les secteurs où elle n’a, théoriquement, pas grand chose à faire.

En avril 2022, l’exécutif a d’ailleurs annoncé devoir prendre des mesures drastiques, et notamment vouloir ouvrir avant la fin de 2022 le capital de certaines entreprises militaires et les introduire en bourse. Une liste des sociétés concernées a été élaborée, dont les stations-service du groupe Wataniya et la compagnie agro-alimentaire Safi, mais alors que la fin d’année approche, rien n’a été fait.

Difficile de se mettre l’armée à dos

Cette difficulté à mettre en pratique les ambitions affichées de désengagement a plusieurs explications. Il s’agit, d’abord, d’un virage à 180 degrés par rapport aux pratiques observées depuis l’arrivée au pouvoir Sissi, en 2013. Lui-même issu de l’armée, le maréchal devenu président n’a eu de cesse, les premières années, de s’appuyer sur les entreprises détenues par les militaires pour faire avancer sa politique économique. Vouloir aujourd’hui privilégier le privé et retirer à l’armée des sources de revenus qu’elle contrôle depuis des décennies demande volonté et courage.

Officiellement, le gouvernement a promis au FMI que le poids du secteur privé dans l’économie du pays allait doubler dans les trois années à venir, pour atteindre 65 %. Mais même du côté des possibles investisseurs privés, la prudence et les doutes persistent. Peu d’entre eux sont enclins à prendre des parts dans des entreprises qui risquent de se retrouver en concurrence frontale avec des firmes détenues par les militaires, lesquels possèdent la majorité des terres du pays, sont dispensés du paiement de nombreux impôts et taxes, et disposent, dans leurs casernes, d’une main-d’oeuvre pléthorique et payée sur le budget de l’État.

Pour Abdel Fattah al-Sissi, il est aussi très difficile de prendre le risque de se mettre à dos l’institution qui l’a formé, et qui demeure la plus influente du pays, y compris politiquement. Depuis la proclamation de la République égyptienne, le 18 juin 1953, les présidents successifs sont quasi exclusivement issus de l’armée, de Nasser à Sissi en passant par Moubarak. Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, faisait à cet égard figure d’exception, mais il a rapidement été renversé en 2013 par un coup d’État… organisé par les Forces armées nationales, dirigées par Sissi.

Avec Jeune Afrique

Égypte : un Français retrouvé un an après sa disparition

août 16, 2022

Yann, un étudiant parisien de 27 ans, n’avait plus donné de nouvelles depuis le 4 août 2021. Il est finalement rentré à Paris, rapporte BFMTV.

Yann Bourdon n'avait plus donne de signe de vie depuis plus d'un an.
Yann Bourdon n’avait plus donné de signe de vie depuis plus d’un an. © Capture d’écran Facebook

Uniquement équipé de son sac à dos, Yann Bourdon s’était lancé dans un périple à pied à travers l’Europe en 2020, avant de finir en Égypte. L’étudiant en histoire à la Sorbonne n’avait toutefois plus donné de nouvelles à sa famille depuis le 4 août 2021. Plus d’un an plus tard, le jeune homme a finalement été retrouvé. Sain et sauf, il est rentré en France, rapporte BFMTV, mais ne souhaite pas communiquer sur ce qu’il lui est arrivé cette dernière année.

« Le 9 août dernier, on a eu l’information que Yann s’était présenté au consulat français du Caire. Il a communiqué, par un appel téléphonique, avec sa sœur, en premier lieu, pour la prévenir qu’il était présent au consulat français, qu’il allait bien. Par la suite, il a appelé sa mère pour lui donner aussi de ses nouvelles », détaille Sarah Sakouti, avocate de Yann Bourdon, à BFM Paris Île-de-France.

« Nous devions attendre des informations des autorités égyptiennes pour savoir quelle était la prochaine étape, et finalement, c’est l’agence de sécurité nationale égyptienne elle-même qui a pris le billet d’avion de Yann pendant la nuit du 9 au 10, et il est arrivé en France le 10 août », ajoute-t-elle.

It is with pleasure and relief that we inform you that on August 9, 2022 Yann presented himself at the French Consulate in Cairo, Egypt and returned to France the next day.
Thank you all for your help and support in the search for our loved one. pic.twitter.com/TpCQhfXBGl— Disparition.Yann.Bourdon.au.Caire (@yann_missing) August 15, 2022

La disparition du jeune backpacker reste un mystère à l’heure actuelle. « Nous tenons à respecter son silence quant aux raisons de sa disparition depuis le 4 août 2021 et le laisser retrouver les siens », a déclaré le Comité de justice dans un communiqué. La veille du 4 août, Yann Bourdon séjournait dans une auberge de jeunesse. Sa famille a commencé à s’inquiéter de ne plus recevoir de nouvelles, avant de signaler sa disparition en novembre. Un mois plus tard, ils ont découvert que son compte bancaire avait entièrement été vidé le 7 août.

Avec Le Point

Égypte: Un incendie dans une église du Caire fait au moins 41 morts

août 14, 2022
Deux militaires égyptiens surveillent l'entrée d'une église après un incendie.

Des membres des forces de sécurité près de l’église où a éclaté un incendie qui a fait au moins 41 morts. Photo : Reuters/Mohamed Abd El Ghany

Un incendie déclaré dimanche au beau milieu d’une messe dans une église d’un quartier populaire du Caire a fait 41 morts, endeuillant la plus importante communauté chrétienne du Moyen-Orient avec 10 à 15 des 103 millions d’Égyptiens.

Le climatiseur d’une salle de classe au deuxième étage du bâtiment où se trouve l’église est tombé en panne et a dégagé une grande quantité de fumée, qui a été la cause principale des blessures et des décès, explique le ministère de l’Intérieur.

Un mur de l'église Abou Sifine qui a pris feu dimanche.

Un mur de l’église Abou Sifine où un incendie meurtrier s’est déclaré dimanche, tuant au moins 41 personnes. Photo : Reuters/Mohamed Abd El Ghany

L’église Abou Sifine – nommée d’après le saint Mercure de Césarée, révéré par les coptes – est en effet coincée dans une ruelle étroite du quartier populaire d’Imbaba.

L’un des camions de pompiers qui s’y activaient dimanche encombrait d’ailleurs quasiment toute la largeur de la rue de ce secteur densément peuplé de la rive gauche du Nil.

L’église est au rez-de-chaussée d’un immeuble, séparé d’à peine quelques mètres par un vis-à-vis, surmonté d’une croix et abritant également un centre de services sociaux, a constaté un photographe de l’AFP sur place.

Pour Reda Ahmed, habitant du quartier et voisin de l’église, les voisins se sont organisés pour aller chercher les enfants.

Mais, a-t-il encore raconté à l’AFP, ceux qui revenaient ne pouvaient plus y retourner, car l’incendie était trop important. Le feu a été plus tard maîtrisé, selon les autorités.

Un peu plus loin, le père Farid Fahmy, religieux officiant à l’église voisine de Mar Yemina, affirme que le feu est parti en raison d’un générateur qui s’est mis en route après une coupure d’électricité et a subi une surcharge.

Le parquet a annoncé avoir ouvert une enquête et envoyé sur place une équipe, tandis que le ministère de la Santé a indiqué avoir dépêché plusieurs dizaines d’ambulances.

Très rapidement, le président Abdel Fattah al-Sissi a annoncé avoir mobilisé l’ensemble des services de l’État pour que toutes les mesures soient prises.

M. Sissi a également annoncé avoir présenté ses condoléances par téléphone au pape copte Tawadros II, à la tête de la communauté chrétienne d’Égypte depuis 2012.

Depuis lors, l’église copte orthodoxe s’est affichée davantage sur la scène politique, sous la direction de Tawadros II, partisan proclamé de M. Sissi, premier président d’Égypte à assister chaque année à la messe de Noël copte alors que ses prédécesseurs dépêchaient des représentants.

Des membres des services de sécurité dans une ruelle en Égypte après un incendie.

Des membres des services de sécurité près de l’église où s’est déclaré l’incendie. Photo : Reuters/Mohamed Abd El Ghany

Dans la mégalopole tentaculaire du Caire, où des millions d’Égyptiens vivent dans des quartiers informels, les incendies accidentels ne sont pas rares. Plus généralement, les différentes provinces d’Égypte, dotée d’infrastructures vétustes et mal entretenues, connaissent régulièrement des incendies meurtriers.

Lundi déjà, une église avait pris feu à Heliopolis, quartier cossu de l’est du Caire, sans faire de mort ou de blessé.

En mars 2021, au moins 20 personnes avaient péri dans l’incendie d’une usine textile dans la banlieue est du Caire. En 2020, deux incendies dans des hôpitaux avaient coûté la vie à 14 patients atteints de la COVID-19.

Bien que nombreux, les coptes s’estiment tenus à l’écart de nombreux postes dans la fonction publique et déplorent une législation très contraignante pour la construction des églises et beaucoup plus libérale pour les mosquées.

Le sujet est sensible et le militant copte des droits de la personne Patrick Zaki a récemment passé 22 mois en détention pour diffusion de fausses informations à cause d’un article dénonçant des violations des droits des chrétiens en Égypte.

Les coptes ont subi les représailles d’islamistes, notamment après le renversement par M. Sissi en 2013 du président islamiste Mohamed Morsi, avec des églises, des écoles et des maisons incendiées.

M. Sissi a récemment nommé pour la première fois de l’histoire un juge copte à la tête de la Cour constitutionnelle.

Par Radio-Canada avec Agence France-Presse

Égypte : cinq antiquités potentiellement volées saisies à New York

juin 6, 2022
Cinq fragments de lin peints représentant une scène du Livre de l’Exode, daté entre 250 et 450 avant JC, évalué à 1,6 millions de dollars. © Handout / Supreme Court of the State of New York / AFP

La justice new-yorkaise a saisi, le 2 juin, cinq pièces égyptiennes en possession du prestigieux Metropolitan Museum de New York mais potentiellement issues d’un pillage. Les services du procureur de Manhattan confirment qu’il s’agit d’un nouveau développement de l’enquête menée à Paris sur un trafic d’antiquités impliquant l’ancien patron du Louvre, Jean-Luc Martinez.

Scène du Livre de l’Exode

D’après un document judiciaire obtenu par l’AFP, une juge de la Cour suprême de l’État de New York a ordonné le 19 mai la saisie de ces cinq antiquités, dont le portrait funéraire d’une femme daté des années 54 à 68 après J.-C., d’une valeur d’environ 1,2 million de dollars, et un groupe de cinq fragments de lin peints représentant une scène du Livre de l’Exode, daté entre 250 et 450 avant J.-C., évalué à 1,6 millions de dollars. Le site The Art Newspaper, qui a révélé l’information, ajoute que les cinq pièces ont été achetées entre 2013 et 2015 par le Met Museum de New York.

Portrait funéraire d'une femme daté des années 54 à 68 après J.-C., d'une valeur d'environ 1,2 million de dollars © Handout / Supreme Court of the State of New York / AFP
Portrait funéraire d’une femme daté des années 54 à 68 après J.-C., d’une valeur d’environ 1,2 million de dollars © Handout / Supreme Court of the State of New York / AFP

Les enquêteurs précisent également que le portrait, de même que les fragments, auraient été acquis lors d’une vente aux enchères à Paris et que l’un des experts ayant garanti l’origine de ces objets fait lui aussi l’objet d’une enquête.

Sarcophage subtilisé

À Paris, les autorités cherchent à établir si, parmi des centaines de pièces pillées pendant les Printemps arabes dans plusieurs pays du Proche et Moyen-Orient, certaines ont été acquises par le Louvre Abou Dhabi. Plusieurs des protagonistes inculpés, dont le propriétaire d’une galerie à Hambourg, le marchand d’art germano-libanais Roben Dib, placé en détention provisoire par la justice française, sont aussi impliqués dans la vente du sarcophage au Met Museum, selon un rapport de 2019 du bureau du procureur de Manhattan.

Pour l’heure, le musée new-yorkais se contente de renvoyer à une précédente déclaration où il se disait « victime d’une organisation criminelle internationale » et assure « coopérer » avec les autorités. En 2019, le Met avait déjà rendu à l’Égypte un sarcophage doré qu’il avait acheté en 2017 mais qui, à l’issue d’une enquête menée par le département en charge du trafic d’antiquités du bureau du procureur de New York, s’était avéré avoir été volé en 2011, en plein tumulte révolutionnaire dans ce pays.

Le musée avait alors dû brutalement interrompre une exposition consacrée à ce cercueil fabriqué pour Nedjemankh, prêtre du dieu à tête de bélier Heryshef. Sa direction avait présenté ses excuses et s’était engagée à améliorer le processus suivi lors des acquisitions d’objets anciens.

Par Jeune Afrique avec AFP

Sénégal: L’émotion du président Macky Sall après la victoire des Lions de la Terenga à la CAN 2022

février 6, 2022

Avec TV5Monde

CAN : Cameroun, Sénégal, Burkina, Égypte… Qui sera en finale ?

janvier 31, 2022
Des supporters burkinabè, sénégalais et camerounais, lors de la CAN. © Photomontage : JA / Photos : SIPA/AP

C’est la dernière ligne droite. Le 3 février en soirée, on saura quelles seront les équipes finalistes de la Coupe d’Afrique des nations qui se déroule au Cameroun jusqu’au 6.

Il y aura au moins une sélection d’Afrique subsaharienne en finale de la CAN 2021, le 6 février, au stade d’Olembe. Il s’agira du vainqueur du match Sénégal-Burkina Faso, la première demi-finale programmée le 2 février au stade Ahmadou-Ahidjo, à Yaoundé.

Les finalistes des éditions 2019 et 2013 se sont déjà rencontrés deux fois en phase finale : en 2000, les Lions de la Teranga l’avaient emporté (3-1), et en 2004 il y avait eu match nul (0-0). Aujourd’hui, les Sénégalais sont considérés comme les favoris de cette confrontation ouest-africaine.

L’autre demi-finale, qui se jouera le 3 février à Olembe, opposera le Cameroun à l’Égypte – dernier représentant de l’Afrique du Nord dans la compétition. Les Pharaons tenteront de laver l’affront de 2017, quand les Lions Indomptables les avaient privés d’un huitième titre continental lors de la finale disputée à Libreville (1-2).

Le Burkina, bourreau de la Tunisie

Bertrand Traoré lors du match du Burkina Faso contre le Cameroun lors de la CAN, au stade Paul-Biya, à Yaoundé, le 9 janvier 2022.
Bertrand Traoré lors du match du Burkina Faso contre le Cameroun lors de la CAN, au stade Paul-Biya, à Yaoundé, le 9 janvier 2022. © ULRIK PEDERSEN/AFP

Comme en 1998 et en 2017, la Tunisie a une nouvelle fois échoué en quart de finale face au Burkina Faso (0-1). Les Aigles de Carthage ont été battus par des Étalons plutôt séduisants. Le but inscrit par Dango Ouattara, l’attaquant de Lorient, a permis à son équipe de se qualifier pour la quatrième demi-finale de son histoire.

Cette victoire a également fait parler du Burkina Faso de manière positive, en dépit du coup d’État du 23 janvier qui a renversé le président Roch Marc Christian Kaboré. Le succès des coéquipiers de Bertrand Traoré a été fêté dignement dans les rues de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso. À Tunis, l’ambiance était beaucoup plus morose. Le sélectionneur, Mondher Kebaier, contesté depuis des mois par les supporters, n’a pas résisté longtemps à cet échec : il a été limogé et remplacé par son adjoint, Jalel Kadri.

Le Cameroun s’en est remis à Toko-Ekambi

Vincent Aboubakar célèbre le premier but de son équipe lors du match contre le Cap Vert, au stade d’Olembé, à Yaoundé, le 17 janvier 2022
Vincent Aboubakar célèbre le premier but de son équipe lors du match contre le Cap Vert, au stade d’Olembé, à Yaoundé, le 17 janvier 2022 © KENZO TRIBOUILLARD/AFP

Quand ce n’est pas Vincent Aboubakar qui tourmente la défense adverse, c’est son coéquipier Karl Toko-Ekambi qui s’en charge. À Douala, l’attaquant de l’Olympique Lyonnais a anéanti les espoirs gambiens en sept minutes chrono au début de la seconde période opposant les Lions Indomptables aux Scorpions (50e, 57e).

Auteur de ses quatrième et cinquième buts du tournoi, Toko-Ekambi s’est rapproché au score de son capitaine et coéquipier Vincent Aboubakar (6 buts), muet pour la première fois depuis le début de la CAN. Les deux hommes ont marqué à eux deux tous les buts de la sélection camerounaise lors de ce tournoi, un fait qui n’est sans doute pas passé inaperçu pour le staff technique égyptien, déjà tourné vers la demi-finale du 3 février. La Gambie, qui participait pour la première fois à une phase finale de CAN, sort quant à elle par la grande porte…

Le Sénégal monte en puissance

Le Sénégalais Bamba Dieng (à gauche) marque le second but de son équipe face au Cap-Vert lors des 8es de finale de la Coupe d’Afrique des nations 2021.
Le Sénégalais Bamba Dieng (à gauche) marque le second but de son équipe face au Cap-Vert lors des 8es de finale de la Coupe d’Afrique des nations 2021. © Pius Utomi EKPEI / AFP

Après un premier tour particulièrement laborieux – une victoire et deux matchs nuls – mais suffisant pour prolonger son parcours au Cameroun, le Sénégal propose un football nettement plus conforme à ses aptitudes. Il l’a montré par séquences face au Cap-Vert en huitième de finale (2-0), et sa victoire, le 30 janvier, sur la Guinée Équatoriale (3-1) a confirmé cette montée en puissance.

Si les Lions de la Teranga jouent mieux, marquent des buts, ils le doivent en partie à Sadio Mané, à qui on ne peut pas reprocher grand-chose depuis le début de la CAN. Buteur – sur penalty – face au Zimbabwe (1-0), puis au Cap-Vert, l’attaquant de Liverpool s’est mué en passeur décisif en quart de finale, en offrant une occasion en or à Famara Diédhiou, le premier à faire craquer la coriace défense équato-guinéenne.

De nombreux observateurs ne cessent de le répéter depuis des semaines : plus Mané sera performant, plus les chances du Sénégal d’inscrire son nom pour la première fois au palmarès seront réelles.

L’Égypte fidèle à elle-même

L’Égypte, c’est un peu la sélection que l’on adore détester. Son jeu manque singulièrement de panache, l’attitude de son staff technique et de certains de ses joueurs irrite, et elle s’en remet souvent aux fulgurances de Mohamed Salah pour s’extirper des pièges que tous ses adversaires lui tendent, jusqu’à présent avec un succès tout relatif.

Après la Côte d’Ivoire en quart de finale (0-0, 4-5 aux t.a.b), c’est le Maroc qui s’est heurté au mur égyptien, après avoir pourtant rapidement mené au score. Mohamed Salah, a d’abord égalisé, avant d’offrir à Mahmoud Hassan « Trézéguet » le but de la qualification lors de la prolongation (2-1).

Les Pharaons ont également usé de tous les bonnes vieilles ficelles (protestations, simulations, anti-jeu) pour pourrir le match, une technique qui a parfaitement fonctionné face à des Marocains beaucoup moins expérimentés. Les Camerounais, prochains adversaires des Égyptiens, sont prévenus…

Avec Jeune Afrique par Alexis Billebault

CAN-2022 : l’Égypte arrache la victoire au Maroc en prolongation dans un match à couteaux tirés

janvier 30, 2022

Dans un match heurté et marqué par les altercations, l’Égypte a finalement gagné son duel face au Maroc au bout de la prolongation (2-1). Mohamed Salah a été essentiel à la qualification des Pharaons en demi-finales de la CAN-2022.

Les Pharaons rejoignent le Cameroun en demi-finale de la CAN-2022. Dans un match haché par les fautes et les protestations, l’Egypte l’a finalement emporté lors de la prolongation face au Maroc de Vahid Halilhodzic (2-1) en quart de finale de la Coupe d’Afrique. Mohamed Salah a marqué le premier but avant d’offrir le second à Trezeguet.

Alors que les deux équipes s’observent encore, Hakimi s’échappe dans la surface et est séchée par Ashraf. L’arbitre refuse d’indiquer le point de penalty mais revient sur sa décision quand la VAR l’appelle après plusieurs minutes. Boufal ne se fait pas prier pour tromper Gabasky (7e, 1-0).

Contraint de faire le jeu en raison de cette ouverture du score précoce, l’Egypte pousse vers l’avant. Le Maroc défend de manière solidaire, en bloc, et repousse les assauts. Ashraf tente une lourde frappe depuis l’extérieur de la surface. Bien placé, Bounou parvient à repousser la tentative des deux poings (20e). Puis, après un premier coup franc de Salah laborieusement repoussé par la défense, le ballon revient sur Mostafa Mohamed, à l’entrée de la surface, qui place une frappe puissante sur laquelle s’impose Bounou (24e).

Les deux équipes montrent des belles choses techniquement mais l’engagement physique est telle que les interruptions de jeu empêchent le match d’être agréable à regarder. Dans ces conditions, Hakimi tente de doubler la mise sur coup franc mais frôle le montant (33e).

Les Pharaons redémarrent très fort au retour des vestiaires. Salah et le nouvel entrant Trezeguet combine à l’entrée de la surface marocaine. Le joueur d’Aston Villa parvient finalement à se retourner et à adresser une frappe croisée soudaine qui manque de peu le cadre du but de Bounou 49e).

Inévitable Salah

Puis Salah ramène l’Egypte. Suite à un corner, Abdelmonem reprend le ballon de la tête, Bounou effectue un arrêt réflexe sur sa ligne. « Mo » rôde et récupère le ballon pour un but de renard des surfaces (53e, 1-1)

Mo Salah delivering again. Scores, assists, leads. We’re witnessing one of the all-time greats in his prime.— TikTok Sports (@TikTokSports) January 30, 2022

Commence alors une véritable guerre des tranchées entre les deux équipes. Chaque intervention est appuyée et à la limite de la légalité quand elle ne la dépasse pas franchement. Les cartons pleuvent et les altercations entre joueurs se multiplient.

Le résumé de la semaineFrance 24 vous propose de revenir sur les actualités qui ont marqué la semaineJe m’abonne

Malgré tout, le contexte parvient à reprendre le contrôle du jeu en poussant, notamment sur les coups francs Munir El-Haddadi. Aguerd trouve la transversale de Gabasky dans la continuité d’un de ces coups de pied arrêté (81e). Unique réelle frisson qui provoque un début de blessure chez le portier égyptien.

La prolongation débute sous les mêmes auspices et Gabasky, malgré ses protestations, et finalement obligé de quitter les siens en laissant sa place à Sohbi (96e). Et enfin, Mohamed Salah libère l’Egypte. Echappé côté droit, il fixe la défense puis le gardien avant de glisser le ballon pour Trezeguet qui n’a plus qu’à le pousser au fond des filets (100e, 1-2).

Les Marocains jettent leurs dernières forces pour revenir mais cela manque de précision et d’inspiration. A l’image de ce coup franc final complètement manqué, qui a failli terminé en but gag car Bounou était monté (120e).

Les Pharaons remportent cette énorme bataille contre le Maroc. Dans un match fermé et âpre avec beaucoup de tension, les partenaires dehttps://www.france24.com/fr/sports/20211227-mohamed-salah-le-pharaon-qui-a-converti-les-fans-de-liverpool Mohamed Salah ont réussi à revenir au score avant de faire la différence en prolongation. Ils gagnent le droit d’affronter le pays hôte, le Cameroun, dans son stade d’Olembé, réhabilité par la CAF malgré le mouvement de foule mortelle de la semaine passée. 

Avec France24 par Romain HOUEIX

Soudan : après le coup d’État, les grandes puissances placent leurs pions

octobre 27, 2021
Le général en chef de l’armée soudanaise, Abdel Fattah al-Burhane, à Khartoum, le 26 octobre 2021. © ASHRAF SHAZLY/AFP

Avec le putsch militaire survenu le 25 octobre, le pays suscite l’intérêt de nombreux pays. États-Unis, Égypte, Émirats… chacun cherche à préserver ses intérêts face à la nouvelle donne politique.

Le coup d’État militaire au Soudan, le 25 octobre dernier, est un nouveau camouflet pour la diplomatie américaine. Les putschistes n’ont pas hésité à agir quelques jours seulement après la réunion de crise entre le Premier ministre soudanais, Abdallah Hamdok, et l’envoyé spécial de Washington, le sous-secrétaire d’État américain Jeffrey Feltman, à Khartoum.

Signe de leur intérêt pour le pays, les États-Unis ont été les premiers à condamner le coup d’État, aussitôt suivis par l’Union européenne, la Ligue arabe et l’Union africaine (UA), notamment. Après la timide réaction de l’organisation continentale face aux coups d’État survenus cette année au Mali, au Tchad et en Guinée, le président de l’UA, Moussa Faki Mahamat, a exprimé le 25 octobre sa « profonde consternation » face à la « situation actuelle au Soudan », appelant à la reprise des consultations entre civils et militaires, au strict respect des droits humains, et à la libération de tous les dirigeants politiques arrêtés. Une réunion d’urgence du Conseil de paix et de sécurité de l’UA a été convoquée dans la foulée. 

L’Égypte et les Émirats, soutiens des putschistes ?

Les yeux sont également rivés sur l’Autorité intergouvernementale pour le développement (Igad), la principale organisation régionale de la Corne de l’Afrique. Elle est attendue sur ce dossier après avoir été mise à l’écart lors du déclenchement de la guerre au Tigré, en Éthiopie, en novembre 2020.

DANS LA BATAILLE DU GRAND BARRAGE DE LA RENAISSANCE, LE CAIRE GAGNE UN ALLIÉ PLUS CLAIR

Pour le voisin éthiopien, le coup d’État au Soudan est d’ailleurs une mauvaise nouvelle. Face au Premier ministre Hamdok, l’armée soudanaise faisait pression depuis des mois pour qu’une ligne plus agressive à l’encontre d’Addis-Abeba soit adoptée. Le Soudan, l’Éthiopie et l’Égypte sont en conflit autour du contrôle des eaux du Nil à cause de la construction du Grand Barrage de la Renaissance (Gerd) par Addis-Abeba. Dans cette bataille, Le Caire gagne un allié plus clair depuis que les militaires soudanais ont exclu les civils du pouvoir. 

Vus par de nombreux politiciens et militants soudanais comme ayant soutenu – voire encouragé – le coup d’État, les Égyptiens, tout comme les Émiratis et les Saoudiens, feront sans doute profil bas dans un premier temps. Leur inflexibilité idéologique va être mise à l’épreuve. Ces pays semblent craindre davantage une transition démocratique au Soudan que l’influence de leurs ennemis politiques, les Frères musulmans.

À la recherche de nouveaux alliés

Les mouvements politiques islamistes soudanais, liés au Parti du Congrès national d’Omar el-Béchir et aux Frères musulmans, appellent depuis plusieurs semaines à un coup d’État contre les civils du gouvernement de transition. Le putsch du 25 octobre va relancer leur combat contre les réformes politiques, économiques et judiciaires déjà entamées. Alors que le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le prince héritier des Émirats arabes unis Mohammed ben Zayed al-Nahyan sont des ennemis déclarés des Frères et de leurs affiliés, des représentants égyptiens et émiratis vont se rendre à Khartoum, comme ce fut le cas après le renversement d’Omar el-Béchir en avril 2019, pour défendre leurs intérêts dans les négociations à venir.

La junte va avoir grand besoin de ses alliés dans le Golfe, car avec cette nouvelle donne politique, l’accord international de réduction de la dette du Soudan, l’accord avec le FMI et la Banque mondiale et les centaines de millions de dollars d’aide bilatérale américaine vont être menacés.

NOUS APPELONS LE PEUPLE SOUDANAIS À MANIFESTER

Le pays, dont l’avenir politique demeure incertain, promet donc de devenir un jeu d’échec entre grandes puissances. Alors qu’Abdallah Hamdok était encore détenu par les militaires, son bureau a publié une déclaration exhortant les manifestants à descendre dans la rue pour protéger les récents progrès accomplis en matière de droits démocratiques. « Nous appelons le peuple soudanais à manifester en utilisant tous les moyens pacifiques possibles… pour reprendre sa révolution aux voleurs. »

Ce mardi 26 octobre, le Premier ministre renversé a été ramené chez lui par les militaires, mais il reste en résidence surveillée. Et les manifestants continuaient de battre le pavé. 

Avec Jeune Afrique par Patrick Smith

« Louxor », un film introspectif et mystique dans l’Égypte éternelle

juillet 21, 2021
Dans le film « Louxor », la réalisatrice britannique Zeina Durra raconte l’histoire d’une femme en quête de sens, qui revient dans cette ville et y retrouve un ancien amour.

La réalisatrice britannique Zeina Durra raconte l’histoire d’une femme en quête de sens, qui revient dans cette ville et y retrouve un ancien amour. Mais ce conte antique sonne un peu faux.

Le Nil, démesuré, s’affiche en vision panoramique. Nous sommes bien en Égypte, et la frêle silhouette d’une jeune femme se superpose à la cité, comme figée dans son glorieux passé : vestiges antiques, ceux du tombeau KV10 de la vallée des Rois ; hôtel au charme suranné, le Winter Palace, où fut annoncée la découverte du tombeau de Toutankhamon et où Agatha Christie écrivit Mort sur le Nil

L’héroïne, Hana (interprétée par la Britannique Andrea Riseborough), est encore jeune. C’est une médecin anglaise travaillant dans l’humanitaire, qui a vécu des traumatismes sur des terrains de conflits, à la frontière du Liban et de la Syrie, et qui a eu besoin de faire un break. Pourquoi à Louxor et non dans son pays d’origine ? On ne le saura jamais vraiment. Mais la présence dans la ville d’un ancien amant, Sultan (le Franco-Libanais Karim Saleh), y est sans doute pour quelque chose. Le quadra est archéologue, et, à travers lui, Hana peut aussi se connecter au passé glorieux de la Cité, aux messages que véhiculent ses symboles.

La greffe ne prend jamais vraiment

Sur les sites de fouilles, Hana semble en effet d’abord creuser en elle-même. C’est une femme qui cherche sa place dans un monde d’hommes, désirants. Une femme qui se pose des questions sur la maternité. Une femme en quête de sens, d’insouciance, qui espère peut-être renaître comme Râ, chaque matin, sur sa barque solaire. Certains personnages secondaires comme l’archéologue Salima (interprétée par Salima Ikram, une véritable égyptologue égyptienne, professeure à l’université du Caire) vont tenter de l’aider dans sa reconquête d’elle-même.

Hana est seule, blanche, c’est une étrangère ancrée dans le présent, et pourtant, la réalisatrice Zeina Durra veut nous montrer sa connexion de plus en plus profonde à l’Égypte éternelle et à son mystère. Hana fuit les Occidentaux riches et bruyants de son palace, s’amuse des cars de touristes chinois, et cherche dès qu’elle peut à converser avec les locaux : chauffeurs de taxi, conducteurs de bateaux, archéologues…

Paradoxalement, la greffe que la réalisatrice souhaite mettre en scène ne prend jamais vraiment. La taiseuse et nacrée Hana semble toujours comme posée dans les décors grandioses de la ville. Elle garde une certaine distance avec les autochtones, même lorsqu’elle a l’occasion de parler avec eux. L’Égypte actuelle, ses crises à répétition, son oppression sécuritaire, ses désordres économiques, n’apparaissent jamais à l’écran. On ne croit pas non plus vraiment à l’histoire qui la relie à Sultan : il est question d’une rivale qui disparaît trop rapidement. Les querelles des anciens amants sonnent un peu faux… Surtout, cette romance qui semble devoir rythmer le récit manque singulièrement de densité. Comme pour une rapide visite guidée d’un beau monument, le film, bien que sincère et parfois touchant, reste ainsi malheureusement en surface.

Louxor, de Zeina Durra, 1h27, sortie en France le 21 juillet.

Film « Louxor »

Avec Jeune Afrique par Léo Pajon

Égypte, Sénégal, Guinée… Où vont les investissements de l’ère post-Covid ?

juin 21, 2021
Le mégaprojet de « nouvelle capitale administrative du Caire », en Égypte, le 7 mars 2021.

Si les investissements étrangers en Afrique ont dégringolé en 2020 sur le continent, plusieurs secteurs (énergie, mines…) et un certain nombre de pays ont su tirer leur épingle du jeu.

On se doutait que le millésime 2020 des investissements étrangers serait plus que médiocre en raison de la pandémie et de la chute des prix des produits de base.

Pourtant, avec une baisse de 16 % (40 milliards de dollars en 2020 contre 47 en 2019), l’Afrique semble faire en la matière moins mal que l’Europe (- 80 %) ou l’Amérique du Nord (- 40%), si l’on en croit le Rapport 2021 sur l’investissement dans le monde publié ce 21 juin par la Conférence des Nations-Unies sur le commerce et le développement (Cnuced).

Les énergies renouvelables résistent

« Oui, l’Afrique fait moins mal que d’autres continents, mais il faut regarder plus en détail ces flux, relativise Alexandre Dabou, spécialiste de la division investissement et entreprises de la Cnuced. La forte baisse des pays développés est due à la chute des flux de transit ou des prêts interentreprises. Alors qu’en Afrique, la baisse concerne les projets nouveaux et les fusions-acquisitions ».

En effet, les annonces de nouveaux projets y ont chuté de 62 % (22 milliards de dollars en 2020 contre 77 en 2019). Les fusions-acquisitions transfrontalières, elles, ont reculé de 45 % (3,2 milliards contre 5,8).

Bonne nouvelle, les projets d’investissements dans les énergies renouvelables font exception à ce recul généralisé puisqu’ils ont augmenté de 28 % pour atteindre 11 milliards de dollars contre 9,1 milliards en 2019.

Progression de l’Afrique centrale

Si l’on fait le tour du continent, on remarque que l’Afrique du Nord est la région la plus pénalisée (- 25 %) bien que l’Égypte demeure la première destinations du continent pour les investissements étrangers et que les investissements au Maroc demeurent en croissance (+3 %).

Viennent ensuite l’Afrique de l’Ouest (-18 %), où se distinguent le Sénégal (+39 %), en raison de sa politique énergétique notamment dans le solaire, la Guinée, où le flux d’investissement dans le secteur minier a été multiplié par six, et dans une moindre mesure le Nigeria (+ 3 %), l’Afrique de l’Est (-16 %), l’Afrique australe (-12 %).

Ce sont également les projets énergétiques qui ont permis à l’Afrique centrale – pourtant mal en point au plan macroéconomique – de bénéficier d’une progression de ses investissements étrangers (+3,3%).

Faibles budgets de relance

Les cinq principaux bénéficiaires des investissements étrangers sur le continent sont l’Égypte, le Congo, l’Afrique du Sud, l’Éthiopie et le Nigeria. Les cinq pays qui ont connu la plus forte chute des investissements sont le Malawi (-88 %), la Guinée Bissau (-72 %), le Swaziland (-69 %), le Rwanda (-62 %) et le Mali (-52 %).

Les cinq pays qui les ont vu le plus progresser sont Sao Tomé (+95 %), le Togo (+85 %), la République centrafricaine (+36 %), le Congo (+19 %) et la Guinée équatoriale (+17 %).

Les perspectives de reprise semblent modestes, soit +5 % en moyenne en 2021, selon le rapport de la Cnuced. « Les investissements en Afrique ne vont pas revenir rapidement à leur croissance antérieure, prédit Alexandre Dabou. Beaucoup de ses pays connaissent des faiblesses structurelles qui freinent les investisseurs et ils n’ont guère de marge budgétaire pour relancer leur économie ».

Zlecaf, entraînement… Les raisons d’y croire

Plusieurs facteurs font tout de même espérer une embellie. « La reprise mondiale générera une augmentation de la demande de métaux et d’énergie dont l’Afrique est productrice et donc des investissements dans ces secteurs », assure l’analyste qui compte aussi sur une reconfiguration des chaînes de valeur mondiales qui « prendront une dimension plus régionale ».

En ce sens, « l’adoption du protocole d’investissement de l’accord sur la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) donnera un élan aux investissements intercontinentaux », estime-t-il.

Sans oublier que les milliers de milliards de dollars qui vont être injectés par les pays riches dans la relance de leur économie auront forcément un effet d’entraînement sur l’Afrique. Celle-ci pourrait ainsi bénéficier d’une hausse des investissements industriels de groupes tentés par la proximité du continent avec l’Europe ou avec l’Asie.

Avec Jeune Afrique par Alain Faujas