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Canada: Des Québécois veulent émigrer aux États-Unis pour fuir les mesures sanitaires

janvier 13, 2022
Élodie Leslie et son conjoint sont partis vivre en Floride juste à temps pour Noël 2021.

Élodie Leslie et son conjoint sont partis vivre en Floride juste à temps pour Noël 2021. Photo: Élodie Leslie

De plus en plus de Québécois semblent rêver du doux soleil de la Floride et pas seulement pour y passer l’hiver. Excédés par la gestion de la pandémie par le gouvernement Legault, ils songent carrément à émigrer aux États-Unis. Et contrairement à ce que certains pourraient penser, ils ne sont ni complotistes ni antivaccins.

Dans le confort de sa résidence de Hollywood Beach, au nord de Miami, Élodie Leslie ne regrette pas son choix. Il y a trois semaines, la jeune femme de 31 ans, son conjoint et leurs quatre enfants ont quitté Lac-Beauport et ne comptent pas y revenir de sitôt.

On a décidé de partir juste avant Noël quand on a vu que les mesures allaient se resserrer, explique Mme Leslie. Pleinement vaccinée, tout comme son conjoint, cette bachelière en littérature française ne voulait pas d’un autre confinement pour sa famille.

En Floride, les grands rassemblements extérieurs, la plage, les activités sportives, l’absence de couvre-feu et de passeport vaccinal sont autant d’éléments qui cadrent davantage avec le style de vie que cette jeune famille veut mener.Élodie Leslie, son conjoint et deux de leurs enfants

Élodie Leslie, son conjoint et deux de leurs enfants Photo : Élodie Leslie

Mon chum étant un sportif, mes beaux-fils aussi, mes enfants ont besoin de bouger, c’est sûr que de se retrouver à la maison sans tout ça, c’est quelque chose qui nous faisait peur. C’est quelque chose qu’on n’avait pas le goût de vivre une autre fois.

« Honnêtement, le moral n’y était pas. »— Une citation de  Élodie Leslie, récemment installée à Hollywood Beach

Pour le moment, Mme Leslie et sa famille ne sont que des visiteurs qui disposent de six mois avant de devoir rentrer au Canada. Or, cette semaine, ils rencontrent une avocate spécialisée en droit de l’immigration.

Car la Floride, c’est peut-être pour de bon. Mme Leslie y songeait depuis un certain temps déjà, mais le resserrement des mesures sanitaires au Québec semble lui avoir donné l’élan dont elle avait besoin.

Ayant un jeune qui joue au football […] qui a été approché par des écoles ici en Floride, mais aussi au Minnesota, c’est sûr qu’on va en profiter de ces six mois-là pour voir pour notre plus vieux c’est quoi les possibilités au niveau de son avenir sportif, mais aussi pour nous autres, explique-t-elle.

Un mouvement qui prend de l’ampleur

Sur les réseaux sociaux, Mme Leslie et des milliers d’autres résidents de la Belle Province font partie de groupes tels que Familles en Floride 2.0 ou encore Jeunes familles québécoises en Floride.

Chaque jour, ils partagent leurs expériences, font des publications concernant les règles qui régissent le passage à la frontière canado-américaine, les meilleurs endroits pour poser ses pénates ou encore les différents types de visas pour effectuer de plus longs séjours aux États-Unis.

Maude Bélanger, une jeune entrepreneure et mère de famille de 30 ans qui réside à Lorraine, dans les Basses-Laurentides, est un autre exemple de citoyenne canadienne pleinement vaccinée selon qui le gouvernement Legault va trop loin depuis environ un an.

On est doublement vaccinés et on n’avait quand même pas le droit de voir nos familles, on ne pouvait pas sortir après 20 h, rappelle-t-elle.

« On trouvait que ce n’était pas une vie agréable, disons, surtout avec un petit bébé, on n’aimait pas ça, être coupés de notre cercle social. »— Une citation de  Maude Bélanger, résidente de Lorraine qui souhaite émigrer aux États-Unis

Achat immobilier

Ce confinement lui a fourni l’impulsion dont elle avait besoin pour amorcer la concrétisation d’un rêve qu’elle caressait depuis quelques années. En mai dernier, son conjoint et elle ont acheté une maison en Floride.Une maison en été

Maude Bélanger a acquis cette maison avec son mari en mai dernier aux USA. Photo : Maude Bélanger

Ils y ont passé une bonne partie de l’été et beaucoup de leurs proches sont allés les y rejoindre. On a eu plus de contacts avec notre famille et nos amis à l’étranger qu’ici, chez nous, au Québec!, résume-t-elle.

Depuis, Mme Bélanger a rencontré des avocats spécialisés en droit de l’immigration. Elle et son conjoint analysent présentement le meilleur moyen de quitter le Québec, une bonne fois pour toutes.

« Moi, si je pars, c’est pour le restant de mes jours. C’est vraiment à vie. C’est pour ça que ça fait un petit moment que je me renseigne sur les visas, les procédures. »— Une citation de  Maude Bélanger, résidente de Lorraine qui souhaite émigrer aux États-UnisMaude Bélanger, 30 ans, veut immigrer aux États-Unis avec son conjoint et leur bébé.

Maude Bélanger, 30 ans, veut immigrer aux États-Unis avec son conjoint et leur bébé. Photo: Radio-Canada/Facetime/Capture D’Écran

Des échos jusque dans les bureaux d’avocats

La boîte de courriels de Maxime Lapointe, avocat spécialisé en droit de l’immigration, a récemment été victime de l’attrait des États-Unis auprès des Québécois qui cherchent à fuir les mesures sanitaires.

L’avocat de Québec reçoit normalement trois ou quatre demandes par année de la part de Canadiens qui veulent se renseigner afin de quitter le pays; depuis le début 2022, il dit en avoir reçu plus d’une dizaine.

J’ai une hausse marquée de demandes de gens qui posent des questions sur les processus d’immigration vers les États-Unis, explique Me Lapointe, qui ne s’occupe pourtant pas de cette clientèle puisque son expertise concerne plutôt les étrangers qui veulent s’établir au Canada.

Le caractère unique en Amérique des mesures sanitaires actuelles au Québec semble motiver de plus en plus de gens à quitter la province, analyse-t-il.Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en droit de l'immigration.

Me Maxime Lapointe, avocat spécialisé en droit de l’immigration Photo: Radio-Canada/Alexandre Duval

Explosion sur Facebook

L’administratrice du groupe Jeunes familles québécoises en Floride sur Facebook, Marie-Claude Plante, constate le même phénomène.

À l’origine, son groupe créé en 2019 visait simplement à mettre en lien des familles québécoises ayant fait le choix de s’établir dans cet État américain.

Or, depuis quelques semaines, le nombre d’abonnés à son groupe a littéralement explosé. On est passé d’environ 1000 membres à 4500, illustre Mme Plante.

« Je vois que c’est directement lié avec les mesures sanitaires au Québec. Les gens sont tannés. Les gens regardent les options pour pouvoir élever leurs enfants dans un autre pays. »— Une citation de  Marie-Claude Plante, administratrice du groupe Jeunes familles québécoises en FlorideMarie-Claude Plante est administratrice du groupe Jeunes familles québécoises en Floride sur Facebook.

Marie-Claude Plante est administratrice du groupe Jeunes familles québécoises en Floride sur Facebook. Photo: Zoom/Capture D’Écran

Mme Plante précise qu’elle n’est pas avocate et qu’elle n’offre pas de conseils aux familles qui souhaitent quitter le Québec. Son groupe Facebook est simplement devenu un espace d’échanges et de partage.

La question qui revient le plus souvent, ces jours-ci, c’est : « Comment déménager aux États-Unis et plus spécifiquement en Floride? », résume-t-elle.

Craintes d’être montrés du doigt

Mme Plante a hésité avant d’accorder une entrevue à Radio-Canada. Les discussions autour des mesures sanitaires sont sensibles et des amalgames peuvent rapidement être faits, déplore-t-elle.

« Les gens ne veulent pas être vus comme des conspirationnistes, comme des « antivax ». Les gens sont juste tannés des mesures. »— Une citation de  Marie-Claude Plante, administratrice du groupe Jeunes familles québécoises en Floride

Élodie Leslie croit aussi que la peur d’être associée aux complotistes habite beaucoup de Québécois qui, comme elle, en ont simplement soupé de la manière dont la pandémie est gérée dans la province.

« Il y a des personnes qui sont doublement vaccinées, triplement vaccinées [sur les groupes Facebook], mais qui ne sont pas d’accord avec le fait que le gouvernement continue à venir nous paterner. »— Une citation de  Élodie Leslie, récemment installée à Hollywood Beach

Honnêtement, pour avoir été étiquetée par rapport à ma couleur de peau depuis que je suis arrivée au Québec quand j’avais 6 mois, je pense que c’est facile de mettre une étiquette sur quelqu’un, explique-t-elle au sujet des craintes que peuvent avoir certaines personnes à s’exposer publiquement.

Des non-vaccinés aussi

Maude Bélanger, qui fréquente également ces groupes Facebook, constate cependant que, ces derniers temps, des Québécois non vaccinés cherchent à savoir s’ils peuvent traverser aux États-Unis, même si une preuve vaccinale est requise à la frontière depuis le 8 novembre dernier.

Mme Bélanger, qui a voyagé aux États-Unis depuis l’entrée en vigueur de cette nouvelle mesure, affirme qu’elle ne semble pas être appliquée avec beaucoup de sérieux, d’après sa propre expérience.

« Les deux fois que je suis passée, c’est moi qui ai fait la proposition au douanier de lui montrer mes vaccins et les deux fois, je me suis fait répondre que non, il n’avait pas besoin de voir mes vaccins. »— Une citation de  Maude Bélanger, résidente de Lorraine qui souhaite émigrer aux États-Unis

Interrogé à ce sujet par Radio-Canada, un porte-parole des douanes et des frontières américaines s’est montré surpris. Par courriel, il a simplement réitéré les règles en vigueur.

Les voyageurs doivent être prêts à démontrer leur statut vaccinal et, sur demande, à en présenter la preuve à un agent de protection des douanes et des frontières, écrit le porte-parole Mike Niezgoda.

Avec Radio-Canada par

Alexandre Duval

Alexandre Duval