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Élections en RDC: la liste des candidats officialise l’exclusion de Bemba et Katumbi

septembre 19, 2018

Kinshasa – Le processus électoral en République démocratique du Congo aborde sa dernière ligne droite avec la publication mercredi de la liste définitive des candidats qui doit officialiser l’exclusion de deux poids lourds de l’opposition, Moïse Katumbi et Jean-Pierre Bemba.

Deux autres opposants, Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe, et le « dauphin » du président Joseph Kabila, Emmanuel Ramazani Shadary, sont les principales figures de la liste d’une vingtaine de noms que la Commission électorale nationale indépendante (Céni) doit publier dans la journée, à 94 jours du scrutin.

Cette liste ouvre la voie à la campagne électorale (à partir du 22 novembre) puis aux élections présidentielle, législatives et provinciales prévues le 23 décembre pour désigner le successeur du président Kabila, qui ne pouvait pas constitutionnellement se représenter.

Enjeu: une première transition pacifique dans le plus grand pays d’Afrique sub-saharienne, où les défis politiques et logistiques pour des élections « crédibles, transparentes, apaisées » sont encore immenses.

Le calendrier électoral se déroule toujours au jour près, malgré les tensions suscitées par la mise à l’écart de MM. Katumbi et Bemba.

Allié du président Kabila passé à l’opposition fin 2015 et qui vit en exil à l’étranger depuis 2016, M. Katumbi affirme avoir été empêché de rentrer en RDC où il est poursuivi par la justice début août quand il s’est présenté au poste-frontière avec la Zambie.

Ex-chef rebelle et vice-président, la candidature de M. Bemba a été invalidée en raison de sa condamnation pour subornation de témoins par la Cour pénale internationale (CPI) qui l’avait acquitté de sa peine pour crimes de guerre et contre l’humanité.

« Kabila a eu peur de moi », a lancé M. Bemba.

Privée de deux de ses leaders, l’opposition cherche un candidat commun pour défier le « dauphin » du président Kabila, mais n’exclue pas le boycott des élections sur fond du refus de « machines à voter » controversées.

Jean-Pierre Bemba a résumé la situation en affirmant que « si l’opposition s’unit derrière un candidat, alors oui, je pourrai faire abstraction de ma personne. Je soutiendrai quelqu’un et je le ferai gagner ».

Un boycott des élections « ne serait pas ma décision personnelle, mais celle de l’opposition. Nous n’en sommes pas là », a ajouté le chef du Mouvement de Libération du Congo (MLC), l’un des principaux partis d’opposition.

– « Des actes qui rassurent » –

L’opposition en dira plus sur sa stratégie d’ici une réunion publique qu’elle annonce pour le 29 septembre à Kinshasa, après de récents conciliabules à Bruxelles, et une rencontre à Johannesburg avec le parti au pouvoir en Afrique du Sud, l’ANC.

Ce rassemblement sera un test sur le climat politique en RDC où la plupart des manifestations sont interdites sous prétexte que la campagne n’a pas encore commencé.

Les élections ont déjà été reportées deux fois, fin 2016 et fin 2017.

« Après avoir été roulé en décembre 2016 et 2017, le peuple craint de revivre les mêmes travers et les mêmes mésaventures qui éloignent l’alternance au sommet de l’État », écrivait mercredi le quotidien Le Potentiel, à l’unisson de ceux qui craignent un nouveau report.

« Chaque jour qui passe, la commission électorale pose des actes qui rassurent sur la tenue effective des scrutins tant attendus par l’ensemble du peuple congolais », a assuré au contraire mardi la Céni en annonçant l’arrivée d' »un premier lot de 17.944 isoloirs » et « la fin de la production en Corée du Sud des 105.257 machines à voter ».

Acheminées vers la RDC via Matadi ou Dar es Salaam, les machines « seront déployées sans attendre la configuration définitive des bulletins de vote », selon la Céni.

Pour cette tâche titanesque, la commission électorale refuse toute aide extérieure, même celle de la Mission des Nations unies (Monusco) présente depuis 20 ans en RDC, au nom de la souveraineté nationale.

L’opposition et la société civile demandent l’abandon de ces machines qu’elles surnomment « machines à tricher, à voler ou à frauder ».

Des experts britanniques ont énuméré « quinze risques à atténuer » dans son utilisation.

L’opposition critique également les millions d’électeurs sans empreintes digitales sur le fichiers électoral qui comprend 40 millions de noms et qui a déjà été nettoyé de ses doublons.

A l’instar de l’ANC mardi, les « partenaires » de la RDC redoutent « le chaos, l’instabilité et la violence » en cas d’échec du processus électoral dans cet immense pays au coeur du continent.

Romandie.com avec(©AFP / 19 septembre 2018 10h41)                                                        

RDC: Kabila désigne un dauphin, ses adversaires crient victoire

août 8, 2018

Joseph Kabila à Kinshasa le 26 janvier 2018 / © AFP/Archives / Thomas NICOLON

Le président congolais Joseph Kabila a désigné mercredi un candidat à sa succession à l’élection présidentielle prévue en décembre en République démocratique du Congo, une première dans ce pays qui n’a jamais connu de transition pacifique.

Le choix de M. Kabila s’est porté sur un fidèle, le patron du parti présidentiel PPRD et ex-ministre de l’Intérieur, Emmanuel Ramazani Shadary, originaire comme lui de l’est du pays swahilophone.

M. Ramazani Shadary, 57 ans, figure parmi les personnalités congolaises sanctionnées par l’Union européenne (UE) en 2017 pour violations des droits de l’homme. L’UE le considérait alors responsable d’un « recours disproportionné à la force et à la répression ».

« Le peuple a besoin de la paix, le peuple a besoin de la reconstruction, il a besoin du social, c’est ce que nous allons faire », a-t-il déclaré dans ses premières déclarations de candidat.

– Kabila président…de son parti –

M. Ramazani avait été nommé en février « secrétaire permanent » du PPRD au terme d’une réforme des statuts qui prévoit la création d’un poste de président devant revenir à M. Kabila.

« Ramazani Shadary a très peu, voire aucun soutien au niveau national. Sa base politique se trouve dans la province du Maniema (…) qui représente moins de 5% de l’électorat congolais », analyse la société d’études des risques pour investisseurs Verisk Maplecroft.

Les adversaires de M. Kabila ont qualifié de « victoire » le fait que M. Kabila s’engage finalement « à quitter le pouvoir ».

« Pour la première fois, un peuple d’Afrique centrale est parvenu à empêcher un chef d’Etat puissamment soutenu par les forces armées de modifier la Constitution et l’a forcé à quitter le pouvoir », avance Christophe Lutundula, porte-parole d’Ensemble, la coalition de l’opposant Moïse Katumbi.

« Nous avons gagné une bataille importante mais la lutte continue: celle pour une vraie alternance », a réagi le mouvement citoyen pro-démocratie Lutte pour le changement (Lucha).

La décision de Kabila « doit être suivie par des avancées concrètes en matière des droits de l’homme », a réagi Amnesty International, qui cite l’autorisation des « manifestations pacifiques » et la libération de militants des droits de l’homme.

« Nous sommes encore très loin d’un processus électoral crédible, et beaucoup de choses peuvent se passe d’ici décembre, y compris des délais supplémentaires », a commenté l’ONG Human ritgh watch, en invitant au maintien des pressions sur Kinshasa.

L’organisation rappelle que l’opposant Moïse Katumbi n’a pas pu rentrer pour déposer sa propre candidature.

L’opposition dénonce aussi la volonté de la commission électorale d’utiliser des « machines à voter » pour l’élection du 23 décembre – des « machines à tricher » pour ses détracteurs.

Des polémiques portent également sur la validité du fichier électoral et ses quelque 40 millions d’inscrits.

Crise politique en République démocratique du Congo / © AFP / Sabrina BLANCHARD, Aude GENET

Les « partenaires » étrangers suivent de près la situation dans l’immense RDC, que les diplomates perçoivent comme un risque de déstabilisation régionale avec ses 2,3 millions de km2, ses neuf frontières, ses ressources minérales très convoitées et ses multiples zones de tensions.

Les Etats-Unis ont salué la décision de M. Kabila de respecter la Constitution. « Ce développement est une autre avancée mais il y a bien davantage à faire », a déclaré l’ambassadrice aux Nations unies Nikki Haley.

La commission électorale « doit prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir au peuple congolais le droit d’exercer son (droit de) vote lors d’élections libres, justes et crédibles le 23 décembre 2018 », a-t-elle ajouté.

Washington avait envisagé de nouvelles sanctions ciblées pour obliger M. Kabila à quitter le pouvoir, a affirmé lundi le Financial Times. Au moins un membre de sa famille aurait été privé de visa pour les Etats-Unis en juin, selon la même source.

Une source diplomatique française a salué « une décision historique en Afrique centrale, même si elle ne règle pas tout ».

Le président Emmanuel Macron a évoqué la RDC avec son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa, a indiqué Paris. M. Ramaphosa est attendu vendredi à Kinshasa.

Le ministre belge des Affaires étrangères Didier Reynders a déclaré qu’il « prend acte » tout en souhaitant un climat « apaisé » pour les prochaines élections afin que les résultats soient « crédibles ».

– Pays riche, habitants pauvres –

Première productrice mondiale de cobalt, exportatrice de cuivre, la RDC figure malgré ses richesses minérales parmi les pays les plus pauvres d’Afrique.

La majorité de ses quelque 80 millions d’habitants vivent dans le secteur informel avec quelques dollars par jour.

Fin 2016, l’agence Bloomberg avait au terme d’une enquête indiqué que le président Joseph Kabila et sa famille possédaient des participations dans « au moins 70 entreprises » ( banque, l’agriculture, distribution de carburant, transport aérien, construction de routes, hôtellerie…). Un réseau d’affaire qui leur rapporterait « des centaines de millions de dollars ».

Les ONG enquêtent régulièrement sur des affaires de corruption en RDC.

Romandie.com avec(©AFP / (08 août 2018 22h21)