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Côte d’Ivoire: Emmanuel, 2 ans et demi, sort de prison pour sa première rentrée

février 13, 2014
Côte d'Ivoire: Emmanuel, 2 ans et demi, sort de prison pour sa première rentrée Côte d'Ivoire: Emmanuel, 2 ans et demi, sort de prison pour sa première rentrée © AFP

Côte d’Ivoire: Emmanuel, 2 ans et demi, sort de prison pour sa première rentrée © AFP

Il n’a que 2 ans et demi mais il vit en prison avec sa mère. Emmanuel, petit Ivoirien apeuré, est sorti cette semaine de la grisaille pénitentiaire à l’air libre pour sa première rentrée scolaire.

Il partage son sort avec un petit nombre d’infortunés que leurs mamans, incarcérées aux quatre coins du monde, choisissent d’élever un temps derrière les barreaux avant de les confier à des parents ou à l’assistance publique.

En Afrique du Sud, les enfants peuvent rester aevc leur mère en prison jusqu’à l’âge de 2 ans, en France jusqu’à 18 mois. En Côte d’Ivoire, la limite est fixée à 3 ans.

Cinq détenues, sur les 130 pensionnaires femmes de la Maison d’arrêt et de correction d’Abidjan (Maca), la plus grande prison du pays, ont fait ce choix. Pour autant d’enfants.

Lorsqu’Emmanuel sort mardi, le moment rappelle certains standards hollywoodiens: mirador, lourde porte d’entrée verte, militaires en armes et rangées de parents attendant l’heure de la visite.

Un détail tranche pourtant. Emmanuel, petit bout de chou vêtu de bleu, chaussé de minuscules sandales et portant un cartable à l’effigie d’un héro de manga, quitte les lieux blotti dans les bras d’une éducatrice spécialisée.

« Certains enfants, la première fois qu’ils sortent de prison, c’est pour l’accouchement. Ensuite, ils retournent à l’intérieur », observe Philomène Bonis, la vice-présidente de la Fondation Mireille Hanty qui soutient le projet.

Emmanuel, lui, a effectué ses premiers babils en enfant libre. Mais il vit depuis des mois à l’ombre des barbelés. Sa maman, accusée d’incendie involontaire, est en détention préventive à la Maca.

Son comportement s’en ressent. A l’extérieur, ses pleurs sont continus, ses grands yeux noirs baignés de larmes. Sa crainte paraît manifeste lorsqu’on l’assied dans le minibus de transport scolaire ou quand des adultes l’entourent.

Une attitude déjà constatée par Philomène Bonis. « En décembre, on a amené quelques enfants de la prison à un arbre de Noël. Ils étaient terrorisés. Beaucoup n’avaient jamais vu de voiture », raconte-t-elle.

Le quotidien carcéral n’a par définition rien d’épanouissant pour un petit. La Côte d’Ivoire, qui a connu une décennie de conflit close par des violences postélectorales en 2010-2011 ayant fait plus de 3. 000 morts, connaît en outre un net surpeuplement de ses prisons.

La Maca, prévue pour 1. 500 détenus, en accueille plus de 4. 600. Les prisonniers « peuvent se retrouver à 20 par cellule », reconnaît le directeur du centre, Hincleban Koné.

Les 32 autres prisons du pays, qui reçoivent 5. 400 prévenus et condamnés, sont moins confortables encore. « La Maca a été construite selon les standards en vigueur », remarque Hervé Yoro, de la direction de l’administration pénitentiaire. « Ailleurs, des entrepôts, des magasins, des maternités ont été transformés en prisons.  »

A la Maca, un bac à sable a été creusé à Noël dernier pour les tout petits et quelques jouets ont été distribués par des ONG.

« Mais la prison n’est pas un endroit pour faire garder un enfant », constate le directeur de la prison. Certaines mères refusent pourtant de confier leur progéniture à des parents, espérant une liberté provisoire, poursuit-il.

Emmanuel, après une demi-heure de trajet passée la tête dans la poitrine de l’éducatrice l’accompagnant, est entré dans sa nouvelle vie. Des dizaines d’élèves de maternelle lui ont fait ravaler ses larmes en chanson, cris et danses.

– « Emmanuel, il est comment? », lance la maîtresse.

– « Haut niveau! Haut niveau! », hurlent les enfants.

– « Emmanuel, il est comment? »

– « Il est foooort! »

« Pour moi, un enfant qui ne va pas à l’école, il est en prison. C’était une joie pour moi de l’accueillir », observe Marie-Louise Kamagaté, la directrice de l’école internationale Espoir des mamans de Yopougon, qui prend aussi en charge des orphelins.

Signe encourageant, Emmanuel « a commencé à se faire des amis. Il a même partagé son goûter », se réjouit-elle. La resocialisation s’annonce plutôt bien. Même s’il devra chaque jour être de retour à 16H00 à la Maca, pour la fermeture des cellules.

Jeuneafrique.com avec AFP

Football : traité de singe, Didier Drogba répond aux supporteurs de Fenerbahçe

mai 14, 2013
Didier Drogba, champion de Turquie avec Galatasaray. Didier Drogba, champion de Turquie avec Galatasaray. © AFP

Dimanche 12 mai, lors du derby opposant leur équipe de Galatasaray à Fenerbahçe, les deux Ivoiriens Didier Drogba et Emmanuel Éboué ont subi de nombreux gestes et insultes racistes de la part des supporteurs adverses. Mardi matin, l’attaquant ivoirien a vivement réagi, en publiant sur le média social Instagram une illustration sur la théorie de l’évolution.

« Vous me traitez de singe mais vous sautiez devant votre écran quand j’ai remporté la Ligue des champions, vous me traitez de singe mais vous êtes devenus fous quand je suis devenu champion (de Turquie) avec Galatasaray », a réagi mardi matin, sur son compte Instagram, Didier Drogba, en réponse aux insultes racistes proférées à son encontre par des supporteurs de Fenerbahçe.

Dimanche, son club de Galatasaray était opposé au rival historique pour l’avant-dernière journée du championnat de Turquie, que l’attaquant ivoirien et son équipe sont déjà assurés de remporter. Pendant le match, Drogba et son compatriote Emmanuel Eboué ont été copieusement sifflés par des supporteurs du camp adverse. Certains leur ont notamment montré des bananes pour les associer à des « singes ».

« Le plus triste est que vous me traitez de singe et vous oubliez que vous avez sauté en l’air quand mon frère « singe » a marqué deux fois » dimanche, a-t-il ajouté, faisant référence à l’attaquant camerounais de Fenerbahçe Pierre Webo, qui a offert à son équipe les deux buts de la victoire (2-1) face à Galatasaray.

La rencontre a par ailleurs été ternie par la mort d’un supporteur de Fenerbahçe. D’après les médias turcs, celui-ci aurait été poignardé par un supporteur de Galatasaray qui a été interpellé.

Jeuneafrique.com avec AFP

Emmanuel Yoka a battu Jean-Paul Matsima : incroyable mais vrai

août 8, 2012
  • L’élection de Yoka : un exemple du népotisme en cours au Congo

Le duel Matsima/Yoka fut le plus attendu. Son issue allait donner une idée de la sincérité du scrutin. Cependant les observateurs avisés savaient que la transparence n’était pas la qualité de la Conel. Ceux qui étaient dans le secret des Dieux pronostiquaient sans équivoque : « Emmanuel Yoka, malgré son échec au 1er tour à Vindza, face à Jean-Paul Matsima, natif de la localité, avait ses chances de l’emporter au deuxième tour ». Voilà, c’est fait. Yoka a obtenu plus de 55 % de voix. Son concurrent, J.P. Matsima, s’est contenté d’un peu plus de 43 %. Sans commentaires.

Battu au 1er tour, ainsi Emmanuel Yoka, après sa montée au créneau entre les deux compétitions, a réussi l’exploit d’inverser la tendance. On n’osait pas envisager cette hypothèse favorable à un parachuté, tant elle était susceptible de provoquer un casus belli.

Mais c’était mal connaître la fourberie politique de nos amis du Chemin d’Avenir. Voilà Aimé Yoka député de Vindza. Ce statut politique fait de lui le « champion de l’unité nationale ». Emporté par son élan patriotique, Me Emmanuel Yoka a promis proposer une loi interdisant à tout natif d’une localité de se présenter dans celle-ci. On verra sans doute Yoka à Boko aux prochaines législatives, tandis que Ntoumi pourra tenter sa chance à Oyo.

Précisons que l’oncle de Sassou a été l’un des rares candidats (sinon le seul) à avoir été élu au 2ème tour après avoir été battu au 1er tour. On ne peut mieux illustrer le proverbe selon lequel : « Qui perd, gagne ».

Ntoumi bouffé à la même sauce que Matsima

Frédéric Bitsangou alias Ntoumi a été battu face au candidat Mcddi. Ntoumi n’a obtenu que 49% de voix. Signalons qu’au soir du 2ème tour, le Pasteur Ntoumi, sans doute anticipant sur les desseins de triche de ses adversaires, avait personnellement procédé au décompte scrupuleux des voix. Selon ses additions des bulletins, il devançait son challenger de quelques voix. Théoriquement, le vainqueur c’était lui. Visiblement les calculatrices de la Conel ont d’autres modes de calculs, plus politiques qu’algébriques. Il vient d’être déclaré battu.

Fera-t-il un recours ? L’avenir immédiat nous le dira. En tout cas Frédéric Bitsangou (ou Bitsamou) n’a pas de pot. Voilà deux fois qu’il se bat pour entrer au parlement. Deux fois le bonhomme n’ a de cesse d’échouer. On ne veut pas de lui à la chambre des députés. Son profil est trop inquiétant. Et dire qu’on l’a taxé de collusion avec le « système » au point de le faire passer pour le cheval de troie de Sassou dans le Pool. Dans ce cas on l’a remercié en monnaie de chimpanzé.

La volonté de Willy respectée

Si Ntoumi a bu la tasse de kinkéliba, ce n’est pas le cas d’Anicet Wilfrid Pandou dit Willy Matsanga. Il vient d’être élu à Makélékélé. Willy a gagné d’autant plus facilement que son adversaire, Hellot Mampouya du Mcddi s’était, prudemment, désisté aux deuxième tour. Ici, illustration du proverbe « La raison du plus fou est toujours la meilleure ».

Démocrature

Bref, la victoire d’Emmanuel Yoka a été annoncée ce matin par le Ministre de l’Intérieur, sans rire. Dictature et comédie font généralement bon ménage. A l’heure qu’il est le champagne doit se sabrer à Mpila, lieu de fabrication des listes préétablies puisque, semble-t-il, ce qui s’est passé sur le terrain n’était que poudre aux yeux. Les députés étant connus d’avance, Emmanuel Yoka figurait, pas conséquent, en bonne place sur la liste des vainqueurs. C’est sans doute pour mettre un peu d’adrénaline dans la tragicomédie des législatives qu’on a simulé les éléctions. D’ailleurs, les mauvaises langues disent que Yoka a fait semblant de se laisser battre au 1er tour pour mieux triompher au 2ème tour. C’est ce qui s’appelle également « jouer avec des allumettes au bord d’une citerne de kérosène. »

On attend désormais que Yoka réalise son projet de société martelé lors de son iconoclate campagne, à savoir : réhabiliter les pistes, doter la localité d’une radio rurale. C’est pas beau ça ?

En vérité, ce à quoi on assiste actuellement dans ces législatives-maison, ce n’est même plus de la démocrature, c’est de la démocrassure.

Congopage.com

Cameroun : René Emmanuel Sadi, successeur de Paul Biya ?

juin 20, 2012

En janvier 2011. À l'époque, il était encore le patron du RPDC. En janvier 2011. À l’époque, il était encore le patron du RPDC. © Nicolas Eyidi

À Yaoundé, beaucoup le voient déjà succéder à Paul Biya, dans un pays où il ne fait pas bon afficher ses ambitions. Évincé de la direction du parti au pouvoir, mais maintenu au gouvernement, René Sadi cultive la discrétion. Portrait d’un homme qui encaisse les coups, mais refuse de livrer bataille.

S’il devait n’en rester qu’un, ce pourrait être lui : René Emmanuel Sadi, 63 ans. Un à un, les prétendants (réels ou supposés) à la succession du président camerounais Paul Biya ont été écartés, mais lui est resté. Certains ont échoué en prison, pris dans les filets de l’opération anticorruption Épervier, d’autres sont tombés en disgrâce, pas lui. Son secret ? La discrétion. Toujours. En toutes circonstances. Pas question d’afficher ses ambitions, encore moins depuis que Marafa Hamidou Yaya (un autre successeur potentiel) a été arrêté et qu’il se répand dans la presse contre son ancien mentor.

Mais quand Marafa, ce « fils spirituel » naguère si proche du soleil, refuse de mourir sans combattre, René Sadi, le fidèle lieutenant, choisit de ne pas livrer bataille. Les deux hommes ont occupé les mêmes fonctions (en décembre 2011, Sadi a été fait ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation en remplacement de Marafa), mais ils ne se ressemblent pas. Sadi n’est pas homme à partir à l’assaut d’un système auquel il appartient, et c’est à son corps défendant qu’il a parfois été présenté comme un dauphin possible de Paul Biya.

Au départ, c’est vrai, il a semblé se prendre au jeu, goûtant honneurs et privilèges, ne se déplaçant plus qu’avec une escorte et affichant la satisfaction de celui qui sait qu’il a réussi. Mais c’était avant qu’il ne prenne la mesure des risques encourus. Il n’aura pas, comme Marafa, l’imprudence de briguer ouvertement le palais d’Etoudi. Il n’oubliera pas non plus que, à quelques minutes seulement de son ministère, Titus Edzoa, ancien très proche du chef de l’État, croupit dans un cachot du secrétariat d’État à la Défense (SED).

Cet homme de l’ombre n’a aucune intention de devenir une cible. À Yaoundé, le président exige, sans obtenir de résultats probants, que ses proches se consacrent à la réalisation des grands chantiers du septennat, mais eux ne pensent qu’à la succession du chef, 79 ans. Intrigues et coups bas occupent depuis longtemps l’agenda réel des ministres et assimilés, et, dans la tempête qui gronde, Sadi s’est replié sur lui-même, protégé par une garde rapprochée chargée d’éconduire courtisans et journalistes. Il sait combien le chef exècre ceux qui parlent d’eux plutôt que de lui.

Sa longévité, il la doit aussi à l’influent sultan des Bamouns, qu’il a connu au Caire.

Terrain miné. Licencié en droit de l’université de Yaoundé, diplômé de l’Institut des relations internationales du Cameroun (Iric), le jeune diplomate est d’abord envoyé à l’ambassade du Cameroun en Égypte avant de s’essayer à la politique. Revenu au pays, il devient conseiller (technique puis diplomatique) du président Ahmadou Ahidjo. Quand celui-ci démissionne, en 1982, Sadi parvient à sauver sa tête, jusqu’à la tentative de coup d’État – attribuée à des partisans d’Ahidjo – du 6 avril 1984. Il est alors écarté de la présidence, reversé au ministère des Affaires étrangères, avant de revenir à Etoudi comme conseiller de Paul Biya. « Il n’aurait peut-être pas eu cette carrière s’il n’avait pas été soutenu par Ibrahim Mbombo Njoya », analyse un connaisseur de la politique camerounaise. Sadi et l’influent sultan des Bamouns se sont connus au Caire, où Njoya servait comme ambassadeur en Égypte, et voici Sadi installé pour longtemps.

Tour à tour directeur adjoint du cabinet civil et secrétaire général adjoint de la présidence, Sadi sait que pour survivre sur ce terrain miné il faut calquer ses pas sur ceux du chef de l’État, qu’il accompagne dans presque tous les voyages officiels. Dans la frivolité du microcosme camerounais, les casaniers sont une espèce rare…

Pas plus que celui de Biya son visage ne trahit d’émotions. La politique, il en est convaincu, ne laisse pas de place aux sentiments. Longtemps, les Camerounais ont ignoré presque tout de cet homme dont on dit qu’il est la plume du président. Dans l’ombre, il cultive l’image du commis honnête et désintéressé. L’un de ses proches en veut pour preuve le fait qu’il « vient de finir de payer les dernières traites de sa maison, dans le quartier de Biyem Assi, à Yaoundé ». On pourrait le croire mondain, avec sa diction et sa courtoisie un peu désuètes. Il n’en est rien. On aperçoit parfois sa silhouette enrobée au Café de Yaoundé, où il aime retrouver ses rares amis, mais il s’en retourne toujours à ses dossiers. Fils d’un infirmier, il a gravi une à une les marches de l’État avec un sens tactique que lui envierait son frère aîné, Jean-Pierre, qui fut plusieurs fois entraîneur des Lions indomptables, la sélection nationale de football.

Machine à gagner. Le chef l’apprécie, et ça se voit. On le soupçonne vite de préparer Sadi aux plus hautes fonctions. Le 4 avril 2007, il le propulse au poste de secrétaire général du comité central du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir). Lui qui n’était même pas membre du bureau politique se retrouve patron « opérationnel » de la machine à gagner. Il se murmure que le chef vieillissant pourrait même lui en confier les rênes, ce qui, en cas de vacance du pouvoir, ferait de Sadi son candidat « naturel » à la présidentielle. À Yaoundé, beaucoup pensent la succession en voie d’être réglée, et, autour du dauphin presque désigné, de nouveaux amis affluent. Les anciens reviennent aussi, à l’instar de la communicante française Patricia Balme, qui soigne ses liens avec lui.

Son visage, comme celui du chef de l’Etat, son mentor, ne trahit aucune émotion.

Les ennemis se font aussi plus nombreux. Son ascension agace. Il ne s’entend plus avec Martin Belinga Eboutou, le directeur du cabinet civil et proche conseiller du président, qui ne manque jamais une occasion de l’égratigner. Rien ne va plus avec Grégoire Owona, son adjoint au secrétariat général du parti, qui le rend responsable des ratés du congrès du RDPC de septembre 2010. Cela ne va pas mieux avec Laurent Esso, qui prend de haut celui qui fut, jusqu’en juin 2009, son adjoint au secrétariat général de la présidence. À l’époque déjà, l’entente n’était pas franchement cordiale. Dans la presse et pendant les meetings du parti, les deux hommes se taclent. Jusqu’à ce jour d’avril 2010 où Esso lui donne du « monsieur le président ». Un faux lapsus vachard dont tout le monde sait, à Yaoundé, ce qu’il pourrait coûter à son destinataire tant il ne fait pas bon avoir des ambitions.

Finalement, en décembre dernier, Sadi est débarqué du RDPC et nommé au poste de Marafa, sans même se voir accorder le rang de ministre d’État. A-t-il été lâché par son patron ou celui-ci a-t-il tenté de le mettre à l’abri en lui confiant un poste moins exposé ? Difficile à dire… Toujours est-il qu’il trébuche d’entrée. Soucieux d’apparaître proche de ses administrateurs, il choisit d’aller installer dans ses fonctions chacun des gouverneurs de région, plutôt que de venir défendre à l’Assemblée nationale le tout premier code électoral du Cameroun.

Le 3 avril, alors que Sadi est encore à Bertoua (Est), c’est Jules Doret Ndongo, son ministre délégué, qui s’y colle, et cela se passe mal. Sadi rentre précipitamment, retire le projet de loi au mépris de la procédure, s’attire les foudres des députés, qui n’aiment pas être ainsi malmenés… Et quand le ministre revient finalement devant les députés, c’est la bronca. Sur les bancs du gouvernement, Jean Nkuété, nouveau patron du RDPC, ne bouge pas. Sadi est seul. Pendu au téléphone, Jacques Fame Ndongo, pilier du système Biya, informe en temps réel un mystérieux interlocuteur. Amendé, le texte finira par être adopté, mais le dauphin a pris un sérieux coup de trique. À Yaoundé, beaucoup veulent y voir un avertissement. 

Ni du Nord ni du Sud, rené Sadi rassure

Même s’il est né à Maroua, dans l’Extrême-Nord, René Sadi est issu de la minorité vutée, originaire du centre du Cameroun. Du coup, dans un pays mosaïque où les équilibres ethniques et régionaux sont complexes, il rassure à la fois le Grand Nord et le Sud, dont est originaire Biya et qui demeure hanté par le fantôme d’Ahmadou Ahidjo. La dispute Biya-Ahidjo a dégénéré en une sanglante tentative de coup d’État en avril 1984, et le fait que les restes du premier président du pays, un musulman du Nord, soient toujours à Dakar montre que la question est sensible. Au Cameroun, beaucoup pensent désormais que choisir le futur président au sein d’une minorité permettrait d’éviter que les Nordistes ne cherchent à se venger de la répression qui a suivi le putsch manqué. Reste que le candidat retenu devra, quoi qu’il arrive, séduire aussi les grands groupes ethnolinguistiques (Bamilékés et anglophones notamment), qui ne veulent plus être tenus à l’écart.

Jeuneafrique.com par Georges Dougueli