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Les femmes africaines, une chance inexplorée

février 22, 2016

Mariama Morou en classe de CE2,  village de Kosseye, près de Niamey, Niger.
Mariama Morou en classe de CE2, village de Kosseye, près de Niamey, Niger. Crédits : Stéphan Gladieu
Tous les bailleurs de fonds, les agences de développement, les ONG et même les sociétés d’audit le disent  : l’amélio­ration de la condition des femmes est indissociable de la croissance africaine.

Il y a d’abord ces chiffres, égrenés au fil des rapports. Les femmes produisent 80 % des ressources alimentaires du continent, mais n’y possèdent que 15 % des terres.

Tout aussi frappant  : la production agricole du Burkina Faso, selon la Banque mondiale, augmenterait de 20 % si l’on procédait à un échange des terres cultivées entre mari et femme. Autrement dit  : les hommes se gardent les meilleures terres, mais travaillent moins que leur épouse – 96 minutes de moins chaque jour, rapporte Makhtar Diop, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique.

De fait, les Africaines sont plus fiables que les hommes pour rembourser leur microcrédit, créent plus d’entreprises, sont moins concernées par les affaires de corruption et consacrent une plus grande part de leurs revenus au bien-être de leurs enfants et de leur communauté.

Pourtant, elles continuent de subir une discrimination juridique et sociale en matière de propriété foncière, de succession, d’instruction, d’accès au crédit ou aux technologies, sans parler des violences dont elles sont les premières victimes, en particulier sexuelles.

Des personnalités exceptionnelles

Malgré la chute des cours des matières premières, des économies du continent continuent de croître, et les pays qui ont fait une place aux femmes s’en sortent mieux. Au Rwanda, elles occupent 51 des 80 sièges de l’Assemblée nationale. En Côte d’Ivoire, elles dirigent 60 % des entreprises. Au ­Sénégal, la loi sur la parité déploie ses effets.

Florence Nabukenya, 21 ans, et Diana Lalule, 26 ans, au club de filles du quartier de Kikaaya, à Kampala, Ouganda
Florence Nabukenya, 21 ans, et Diana Lalule, 26 ans, au club de filles du quartier de Kikaaya, à Kampala, Ouganda Crédits : Stéphan Gladieu

Mais la pleine expression des ressources de l’Afrique dépendra du développement de l’enseignement, de la liberté et des possibilités d’emploi en faveur des femmes. Comme le rappelle Joaquim Chissano, ancien président du Mozambique, elles doivent pouvoir choisir si et avec qui elles se marieront et déterminer elles-mêmes l’opportunité et le moment de leurs grossesses.

Pour montrer ce que vivent les Africaines et de quoi elles sont capables, Le Monde donne la parole à des personnalités exceptionnelles et inspirantes lors d’une journée de conversations et de débats, le 23 février.

Nos publications prolongeront les échanges et viendront confirmer que les femmes, davantage que le pétrole ou les diamants, représentent le potentiel le plus prometteur sur lequel le continent peut bâtir son avenir, l’investissement le plus décisif qu’il pourrait réaliser dans sa quête d’une croissance inclusive et équitable.

Ces entreprises africaines qui veulent conquérir l’Amérique

septembre 4, 2015
Un atelier de confection du groupe malgache Cottonline à Antananarivo. © Rijasolo/www.Riva-Press.com pour J.A.

Un atelier de confection du groupe malgache Cottonline à Antananarivo. © Rijasolo/www.Riva-Press.com pour J.A.

Alors que l’African Growth Opportunity Act, qui ouvre le marché américain aux pays subsahariens, est prorogé jusqu’en 2025, « Jeune Afrique » dresse le portrait de sept PME qui tentent leur chance outre-Atlantique.

En mai 2000, lorsque le président Bill Clinton a promulgué l’African Growth Opportunity Act, cette loi dénommée « Agoa » qui donne à des pays subsahariens un accès préférentiel (exemption de droits de douane) au marché américain, son administration avait un objectif : permettre aux pays subsahariens de doper leurs exportations vers les États-Unis et les encourager à développer leurs petites industries.

Un bilan mitigé

Le bilan, quinze ans plus tard ? « Il est très positif, de notre point de vue », répond d’emblée Peter Henry Barlerin, le directeur des affaires économiques et régionales au sein du bureau Afrique du Département d’État. « L’Agoa, soutient-il, a permis aux pays éligibles d’améliorer leur croissance économique, de diversifier leurs exportations et de créer environ 300 000 emplois directs depuis son lancement. Ce dispositif est désormais la pierre angulaire du commerce entre les États-Unis et l’Afrique. »

Les chefs d’entreprise et les analystes interrogés par Jeune Afrique sont moins enthousiastes. Un certain nombre d’entre eux dressent un tableau bien plus contrasté. Et un récent rapport du service de recherche du Congrès américain semble leur donner raison. Seule « une poignée de pays éligibles ont su faire une grande utilisation de ce système préférentiel pour des emplois dans des secteurs économiques qui ont bénéficié d’exemptions fiscales », pointe ce document publié en avril.

Les échanges États-Unis-Afrique demeurent limités

Certes, les échanges commerciaux entre les États-Unis et les pays bénéficiaires (ils sont 39 actuellement) ont significativement augmenté au cours des quinze dernières années, mais ils demeurent bien maigres. De près de 30 milliards de dollars (27 milliards d’euros) en 2000, ils ont dépassé les 50 milliards de dollars l’année dernière après avoir atteint un sommet en 2008, avec environ 104 milliards de dollars.

En tout, l’Afrique subsaharienne ne compte que pour 1,1 % des importations américaines en 2014. Et celles-ci concernent d’abord les hydrocarbures (69 % du total). Si plus de 1 800 produits bénéficient du régime préférentiel de l’Agoa, ce sont les pays exportateurs de pétrole (Nigeria ou Angola) qui en tirent le mieux parti. Plusieurs autres secteurs, notamment l’agro-industrie, en profitent très peu, voire pas du tout.

« Il est vrai qu’à ses débuts l’Agoa a surtout concerné le pétrole, de très bonne qualité, provenant d’Afrique de l’Ouest (Nigeria, Angola, Tchad, etc.), parce que nous voulions diversifier nos sources d’approvisionnement en énergie et réduire notre dépendance par rapport au Moyen-Orient », concède Peter Henry Barlerin, qui, dans le passé, a travaillé sur le processus de Kimberley (certification des diamants pour éviter les trafics).

Mais d’après lui, depuis la chute du cours du brut et le développement de nouvelles techniques permettant aux États-Unis d’augmenter leur production de pétrole de schiste, cette tendance s’inverse. Les importations américaines de produits non pétroliers provenant de l’Afrique ont ainsi triplé depuis 2001 pour atteindre 4,4 milliards de dollars en 2014. Les pays producteurs de voitures et de pièces automobiles (Afrique du Sud notamment) ou de prêt-à-porter (Maurice, Kenya ou encore Éthiopie) commencent à monter en puissance.

Quelle place pour les PME ?

Sur le terrain, ce sont d’abord les filiales des grands groupes internationaux qui parviennent à tirer le plus grand profit de cette loi. C’est le cas par exemple de BMW et de Mercedes. « Ces deux constructeurs ont implanté des usines en Afrique du Sud, et ils exportent aux États-Unis des véhicules légers », explique Nico Vermeulen, directeur de l’Association sud-africaine des constructeurs automobiles (Naamsa).

Alors que cette loi, qui devait arriver à échéance fin septembre, a été prorogée jusqu’en 2025, Jeune Afrique dresse le portrait de quelques PME africaines qui essaient de conquérir les États-Unis dans le cadre de l’Agoa (voir les autres articles du dossier).

Jeuneafrique.com par Stéphane Ballong