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Sahel : la France envoie 600 soldats supplémentaires pour renforcer l’opération Barkhane

février 2, 2020

Pilotes de Mirage 2000 au camp Kosseï, poste de commandement de la force Barkhane (photo d'illustration).

Pilotes de Mirage 2000 au camp Kosseï, poste de commandement de la force Barkhane (photo d’illustration). © Richard Nicolas-Nelson/AP/SIPA

 

Les forces françaises de l’opération Barkhane, engagée au Sahel contre les actions de plus en plus meurtrières des groupes jihadistes, vont passer de 4 500 à 5 100 militaires d’ici fin février.

« L’essentiel des renforts sera déployé dans la zone dite des trois frontières » (Mali, Burkina Faso, Niger », a indiqué dimanche 2 février un communiqué signé de la ministre des Armées, Florence Parly. « Une autre partie de ces renforts sera engagée directement au sein des forces du G5 Sahel pour les accompagner au combat ».

Ces 600 militaires supplémentaires, essentiellement au sol, seront accompagnés d’une centaine de véhicules (blindés lourds, blindés légers et logistiques) et seront déployés d’ici la fin du mois, a appris l’AFP de source militaire.

Depuis plusieurs mois, les groupes jihadistes multiplient les attaques dans la zone, entretenant une insécurité chronique pour les civils et infligeant des pertes régulières aux armées locales. La France a elle même perdu 13 soldats en novembre, dans un accident entre deux hélicoptères au combat.

Critiques des opinions publiques africaines

Depuis, Paris veut donner un coup de fouet à un dispositif que ses détracteurs accusent de s’enliser, et qui suscite de plus en plus de critiques au sein des opinions publiques africaines.

Le président Emmanuel Macron, qui avait déjà annoncé en janvier un renfort de 220 soldats, lors d’un sommet à Pau (sud-ouest de la France) avec les pays du G5 Sahel (Niger, Mali, Burkina, Tchad, Mauritanie), porte donc au total à 600 le nombre de troupes supplémentaires allouées à Barkhane.

Une « revue d’efficacité » sur ce renforcement est prévue dans six mois. « Le président veut du résultat », a-t-on ajouté à l’état-major, en évoquant la nécessité du « retour de la gouvernance » dans une région extrêmement vaste et désertique.

« Cette étape majeure de notre engagement au Sahel doit marquer un tournant à la fois dans la mobilisation de nos partenaires européens et la montée en puissance des forces du G5 », précise le communiqué. Car si la France s’engage un peu plus, elle n’entend pas le faire seule.

Maintien des États-Unis ?

Le Tchad devrait bientôt déployer un bataillon supplémentaire. Et le gouvernement tchèque va tenter d’obtenir de son Parlement d’envoyer 60 soldats pour la force Takuba, qui rassemblera des unités de forces spéciales européennes. Paris s’attend par ailleurs à ce que d’autres membres de l’UE suivent rapidement.

De son côté, Florence Parly revient des États-Unis où elle a tenté de convaincre son homologue Mark Esper de maintenir l’engagement américain en Afrique, crucial pour Barkhane sur le plan de la logistique et du renseignement.

Mark Esper n’a pas encore tranché. Mais le chef du commandement militaire américain en Afrique (Africom), le général Stephen Townsend, a estimé qu’un retrait du soutien américain « ne serait pas aller dans la bonne direction », tout en appelant les Européens à « relever le défi et en faire plus au Sahel pour aider la France ».

« 4 500 hommes au Sahel, c’est dérisoire ! »

Ce renforcement est en tout cas conforme à la volonté du chef d’état-major français des armées. Le général François Lecointre avait prévenu en janvier que les 4 500 troupes de Barkhane ne suffiraient pas et qu’il proposerait au président Macron des renforts supérieurs aux 220 annoncés à Pau.

« Dans cette zone extrêmement vaste, les moyens qui sont mis à disposition de l’opération Barkhane ne sont pas suffisants pour qu’on puisse avoir des soldats déployés H24, 7 jours sur 7 », avait-il argué. « Mais 4 500 hommes au Sahel, c’est dérisoire ! », faisait-il déjà valoir en novembre à l’Assemblée nationale.

Plusieurs analystes et hauts responsables ont estimé que les prochains mois seraient essentiels pour inverser la tendance aujourd’hui favorable au groupes jihadistes.

Leurs méthodes – souvent des attaques éclair de quelques dizaines d’assaillants en moto capables de disparaître aussi vite qu’ils sont arrivés – poseront probablement des problèmes encore longtemps à la force Barkhane et ses alliés. « Je ne pense pas, malgré cette inflexion, que nous allons à la fin de l’année pouvoir crier victoire », admettait en janvier le général Lecointre.

Par Jeuneafrique.com avec AFP

Papouasie: les troubles continuent et l’Indonésie envoie des renforts

août 21, 2019

 

La province indonésienne de Papouasie a connu ce mercredi un troisième jour de manifestations qui ont par endroits dégénéré en affrontements, poussant Jakarta à envoyer quelque 1200 militaires et policiers en renfort.

Le gouvernement a appelé au retour au calme dans cette province pauvre de l’extrême est de l’archipel. Les émeutes ont commencé lundi après l’arrestation pendant le week-end de 43 étudiants papous et des injures racistes prononcées à leur égard. Un millier de personnes a manifesté mercredi dans les rues de Timika (sud de la Papouasie), où un journaliste de l’AFP a vu des manifestants jeter des pierres vers les fenêtres du parlement local et tenter de détruire la barrière y donnant accès. La foule n’a été dispersée dans cette ville qu’après des tirs de sommation de la police. Plusieurs centaines de manifestants ont aussi défilé dans les rues des villes de Sorong et de FakFak à l’ouest de l’île.

Plusieurs villes de cette région riche en matières premières étaient paralysées ce mercredi, dont Manokwari où des magasins et le parlement local ont été incendiés par des émeutiers lundi. Plusieurs policiers ont été blessés, selon les autorités. Des informations non confirmées ont fait état de manifestants blessés. Quelque 900 policiers et 300 militaires ont été déployés à Manokwari et Sorong, ont indiqué mercredi le gouvernement et les autorités de Papouasie. Le porte-parole de la police nationale Muhammad Iqbal a estimé que la situation restait «globalement sous contrôle», précisant les forces de l’ordre n’étaient pas équipées de balles réelles.

La colère s’est répandue à travers la Papouasie après des informations sur l’arrestation samedi de 43 étudiants papous par la police à Surabaya, la deuxième ville du pays, sur l’île de Java.

a police anti-émeute a investi un dortoir pour déloger des étudiants papous qui avaient été accusés d’avoir détruit un drapeau indonésien le jour de la fête de l’Indépendance de l’Indonésie. Les policiers les ont arrêtés et interrogés avant de les libérer. Parallèlement, une manifestation contre la présence des étudiants papous a été organisée au cours de laquelle des injures raciales ont été proférées. Le président indonésien Joko Widodo a promis une enquête sur les incidents survenus à Surabaya et devrait se rendre dans la province prochainement.

La région, riche en ressources naturelle, connait une rébellion indépendantiste sporadique contre le gouvernement indonésien. La Papouasie s’est déclarée indépendante en 1961, mais l’Indonésie en a pris le contrôle par la force en 1963 et l’a officiellement annexée en 1969. De nombreux Papous réclament l’indépendance, comme la Papouasie Nouvelle-Guinée, autre moitié de cette grande île qui l’a obtenue en 1975 après avoir été une colonie australienne.

Par Le Figaro.fr avec AFP

Obama autorise l’envoi de 450 soldats supplémentaires en Irak

juin 10, 2015

Washington – Le président Barack Obama a autorisé mercredi le déploiement de 450 soldats américains supplémentaires en Irak pour accélérer la formation des troupes irakiennes engagées dans la lutte contre les jihadistes de l’organisation Etat islamique.

Cette décision vise à améliorer les capacités et l’efficacité des partenaires sur le terrain, a indiqué la Maison Blanche dans un communiqué, précisant que ces soldats américains, comme les 3.100 déjà présents sur place, ne participeront pas aux opérations de combat au sol.

Le président américain a également approuvé la livraison rapide, en coordination avec le gouvernement irakien, de matériel militaire aux forces irakiennes, y compris les peshmergas et combattants des tribus locales opérant sous commandement irakien.

Au total, les Etats-Unis et leurs partenaires de la coalition ont déjà donné une formation militaire de base à quelque 9.000 militaires irakiens. Environ 3.000 autres sont en cours de formation.

Tirant les leçons de la perte de Ramadi, chef-lieu de la province sunnite d’Al-Anbar (ouest), la Maison Blanche veut former plus rapidement les troupes irakiennes, en particulier les sunnites.

Ces nouveaux conseillers travailleront pour renforcer les capacité des forces irakiennes, y compris les combattants des tribus locales, et améliorer leur capacité à planifier et mettre en oeuvre des opérations contre l’EI, a expliqué l’exécutif américain.

Les Etats-Unis veulent notamment s’inspirer de l’expérience de 2006, lorsqu’ils avaient réussi à mobiliser des tribus sunnites contre al-Qaïda en Irak, qui mettaient à feu et à sang la province d’Al-Anbar.

Lors d’une conférence de presse lundi en Allemagne à l’issue du sommet du G7, M. Obama a cité cet épisode en exemple. Sans cette participation locale, même si vous enregistrez des succès à court terme, il est très difficile de garder le contrôle de ces régions, avait-il expliqué.

Nous avons vu des tribus sunnites qui sont non seulement prêtes à se battre contre l’EI mais qui l’ont également fait avec succès, avait-il souligné, regrettant que cela n’aille pas assez vite.

Pour l’instant, les troupes irakiennes déjà formées par la coalition ont été déployées près de Samarra, dans le nord de Bagdad, aux côtés des forces kurdes dans le nord de l’Irak, et à al-Karmah, dans la province d’Al-Anbar.

Romandie.com avec(©AFP / 10 juin 2015 18h49)

Mali : le Tchad appelle la Cedeao à accélérer le déploiement des armées ouest-africaines

février 28, 2013
Le président tchadien Idriss Deby Itno, le 6 décembre 2012. Le président tchadien Idriss Deby Itno, le 6 décembre 2012. © AFP

Idriss Deby Itno donne de la voix. Le président tchadien a exhorté  mercredi 27 février à Yamoussoukro, ses homologues ouest-africains à hâter le pas dans le déploiement de la force ouest-africaine au Mali, où les troupes tchadiennes combattent les djihadistes dans le massif des Ifoghas.

Idriss Deby Itno n’est pas satisfait de ses homologues chefs d’État de l’Afrique de l’Ouest. Lors du sommet consacré à la crise malienne, mercredi, à Yamoussokro, le président tchadien n’est pas passé par quatre chemin pour exprimer son impatience quant à la lenteur dans le déploiement de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma), la force ouest-africaine censée venir combattre aux côtés des armées malienne, française et tchadienne, déjà en lutte contre les djihadistes dans le Nord-Mali. « L’heure n’est plus aux discours (…) mais plutôt à l’action, l’ennemi n’attend pas », a-t-il a signifié à l’ouverture d’un sommet de chefs d’État de la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (Cedeao) à Yamoussoukro.

« Nous appelons l’état-major de la Cedeao à plus de célérité en accélérant l’envoi des troupes dans la zone libérée », a-t-il déclaré. Le président tchadien a tenu à rappeler l’armée malienne à l’ordre. « Votre place est au front, nous vous attendons dans le Nord à la lisière de la frontière de l’Algérie. »

Le Tchad qui n’est pas membre de la Cedeao, a dépêché plus de 2 000 soldats au Mali – le plus fort contingent africain – et déplore dans les rangs de son armée 27 morts et 50 blessés.

Les troupes tchadiennes  sont  en première ligne aux côtés de l’armée française dans le massif des Ifoghas, dans l’extrême nord du Mali, où se sont retranchés les groupes jihadistes après avoir été délogés des grandes villes du Nord qu’ils occupaient depuis l’an dernier.

Rallonge budgétaire

Le président en exercice de la Cedeao, le chef de l’État ivoirien Alassane Ouattara, a confirmé que la Misma devait compter à terme 8 000 hommes, affirmant que les trois quarts de ces effectifs étaient déjà présents au Mali.

Si le déploiement de la force de la Cedeao est jugé lent, c’est en partie dû à des difficultés budgétaires. Alassane Ouattara a lancé un appel à la mobilisation des fonds promis lors d’une conférence internationale à Addis Abeba fin janvier, mais aussi de ressources complémentaires.

« La concrétisation de ces promesses de fonds constitue une priorité », a-t-il souligné, appelant à  l’engagement de la communauté internationale afin de mobiliser les ressources additionnelles indispensables au plein déploiement de la Misma.

Alors que la communauté internationale s’est engagée fin janvier sur une enveloppe financière de plus de 455 millions de dollars (338 M EUR), destinée à la Misma, à l’armée malienne et à l’aide humanitaire, la Côte d’Ivoire a affirmé lundi que les besoins globaux se montaient à 950 millions de dollars (715 M EUR), soit plus du double.

Jeuneafrique.com avec AFP

Mali: le Niger va envoyer 500 soldats

janvier 12, 2013
 
Le Niger a annoncé officiellement aujourd’hui l’envoi d’un bataillon de « 500 soldats » au Mali, dans le cadre de la force ouest-africaine pour chasser les groupes armés qui occupent le nord malien depuis près d’un an.

« Nous avons annoncé l’envoi de 500 soldats », pour participer à la force de la Mission internationale de soutien (MISMA) au Mali, a affirmé Bazoum Mohamed le ministre nigérien des Affaires étrangères, sans donner plus de précisions.

 
Lefigaro.fr

Guinée-Bissau: le Nigeria va envoyer des troupes

mai 14, 2012

Le Nigeria va envoyer des troupes en Guinée-Bissau d’ici à vendredi, a annoncé lundi le ministre nigérian de la Défense à l’ouverture d’une réunion à Abuja de responsables militaires ouest-africains, consacrée à la Guinée-Bissau et au Mali.

« Je souhaite vous annoncer que les engagements pris par le Nigeria pour les missions en Guinée-Bissau et au Mali, nous les tenons et nos troupes sont prêtes. En Guinée-Bissau, nous déploierons (des hommes) avant le 18 de ce mois », a déclaré Bello Haliru Mohammed, qui n’a pas précisé le nombre.

En ce qui concerne le Mali « nous attendons le signal de la Cédéao (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest). Toutes nos forces et tous nos équipements sont prêts à partir en avion », a ajouté M. Mohammed à l’ouverture de la réunion d’un jour qui devait se poursuivre à huis clos.

Les dirigeants d’Afrique de l’Ouest avaient annoncé lors d’un sommet à Abidjan le 26 avril l’envoi de 500 à 600 hommes fournis par au moins quatre pays (Nigeria, Togo, Côte d’Ivoire et Sénégal) en Guinée-Bissau, secouée par un coup d’Etat le 12 avril.

Ce sommet extraordinaire de la Cédéao avait aussi annoncé le déploiement d’une force régionale au Mali, où un putsch le 22 mars a favorisé la chute du Nord aux mains de rebelles touareg et de groupes islamistes armés, notamment Al-Qaïda au maghreb islamique (Aqmi).

Cette force régionale n’a pas encore été déployée. Le 3 mai, lors d’un nouveau sommet, à Dakar, les dirigeants de la Cédéao ont indiqué qu’elle le serait « dès que le Mali en fera la demande ».

La réunion des responsables militaires de lundi devait permettre l’examen des modalités de déploiement de soldats dans ces deux pays.

Le commissaire de la Cédéao chargé des Affaires politiques, de la paix et de la sécurité, Salamatu Suleiman, a jugé « urgent » l’envoi de troupes en Guinée-Bissau, qui doit faciliter le retrait de soldats angolais présents dans le pays.

Il a souhaité que les pays désignés pour contribuer au contingent ouest-africain « aient terminé leurs préparatifs pour leur acheminement le plus vite possible », au cours d’une allocution à l’ouverture de la réunion d’Abuja, capitale nigériane où siège la Cédéao.

« Afin d’accélérer le déploiement, une avance d’un mois sur le budget de la mission a été approuvé », a-t-il indiqué.

Concernant le Mali, la réunion va « passer en revue » les plans de déploiement et « confirmer les engagements pris par les pays membres de la Cédéao », a ajouté le commissaire.

La Côte d’Ivoire, qui préside actuellement la Cédéao, était représentée par son chef d’état major des armées, le général Soumaila Bakayako. Ses homologues du Burkina Faso, du Cap Vert, de la Gambie du Liberia, du Nigeria, de la Sierra Leone et du Togo étaient également présents tandis que d’autres pays membres étaient représentés à un autre niveau, selon la Cédéao.

Le président nigérian Goodluck Jonathan, qui a reçu lundi la visite de ces responsables militaires avant l’ouverture de la réunion, les a appelés « à faire en sorte que la paix et la sécurité soient maintenus dans la sous-région », selon un communiqué.

Jeuneafrique.com

Force d’intervention au Mali : la Cedeao patiente, pour combien de temps ?

mai 11, 2012

Réunie à Dakar le 3 mai, la Cedeao a fait profil bas. Si elle se dit toujours favorable à l’envoi d’une force d’intervention, elle a précisé que l’opération ne se ferait pas sans le consentement des autorités maliennes de transition. À moins que…

« Un pas en avant, deux pas en arrière. » Comme beaucoup à Bamako, le cadre de l’administration malienne qui nous confie sa déception ce matin-là attendait avec impatience les conclusions des chefs d’État de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), réunis le 3 mai. « Mais une fois de plus, on vient de conforter les putschistes dans leur position, regrette-t-il. Ils sont incontournables. » Exagération ? Pas sûr. À Dakar, où ils se sont retrouvés pour un sommet extraordinaire, les présidents de la sous-région sont revenus sur les décisions qu’ils avaient annoncées le 26 avril. Le déploiement de la Force d’attente de la Cedeao (FAC), ont-ils finalement décidé, ne se fera qu’à la demande expresse des autorités de transition. Une reculade ? « Non, soutient un diplomate ouest-africain. Un réajustement, plutôt. Il n’a jamais été question d’imposer aux Maliens des décisions de la Cedeao. »

En attendant, au camp militaire Soundiata Keïta de Kati, le QG des putschistes, situé à une quinzaine de kilomètres de la capitale, on se frotte les mains. On y voit même une petite victoire pour le Comité national pour le redressement de la démocratie et la restauration de l’État (CNRDRE), qui a renversé Amadou Toumani Touré (ATT) le 21 mars. En particulier pour son chef, le capitaine Amadou Haya Sanogo : le 26 avril au soir, il avait rejeté en bloc les premières décisions de la Cedeao, et répété que non seulement le président par intérim, Dioncounda Traoré, ne resterait pas en poste durant les douze mois de la transition (durée fixée par l’organisation sous-régionale), mais que de surcroît aucune force étrangère ne foulerait le sol malien sans l’accord du gouvernement de transition, dans lequel l’armée tient notamment les ministères de la Défense et de la Sécurité intérieure.

Autant dire que le climat était tendu à Bamako. Surtout après le déclenchement, le 30 avril, de ce que la presse locale a appelé la « guerre des bérets ». Ce jour-là, des commandos parachutistes – les bérets rouges – ont pris d’assaut le siège de la télévision, l’aéroport international Bamako-Sénou et le QG du CNRDRE à Kati. À leur tête, le lieutenant-colonel Abidine Guindo, commandant du 33e régiment parachutiste de Djicoroni et fidèle du président ATT dont il a organisé l’exfiltration du palais de Koulouba le jour du coup d’État.

Entre bérets rouges et bérets verts (l’armée de terre) les combats ont duré deux jours et fait 27 morts selon les chiffres officiels, 70 selon des sources militaires. Quelques bérets rouges faits prisonniers et exhibés à la télévision ont été présentés comme étant originaires du Burkina et de Côte d’Ivoire. Et à Kati, on a vite fait d’imputer le « contre-coup d’État » aux présidents Blaise Compaoré et Alassane Ouattara. Des accusations jugées fantaisistes dans ces deux pays. « La junte a tellement peur d’être écartée qu’elle voit des complots partout, raille-t-on à Abidjan. Quitte à dépenser de l’énergie, autant se concentrer sur la résolution des problèmes du Nord ! »

Crimes de guerre

Dans cette partie du pays, les populations sont prises en otage par les groupes armés qui contrôlent, depuis la toute fin du mois de mars, les villes de Gao, Kidal et Tombouctou. Le Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), la rébellion touarègue qui a unilatéralement proclamé l’indépendance du Nord, a perdu du terrain dans les trois régions administratives qu’elle espérait conquérir et, selon un rapport de Human Rights Watch publié le 30 avril, s’est rendue coupable de crimes de guerre. L’ONG évoque notamment des viols, des enrôlements d’enfants-soldats et des pillages.

Quant aux alliés islamistes du MNLA, ce sont eux qui occupent aujourd’hui le devant de la scène… et le théâtre des opérations. Le groupe Ansar Eddine, Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le Mouvement pour l’unicité du djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao, une dissidence d’Aqmi) ont pris l’ascendant sur la rébellion touarègue et sont parvenus à rassembler de nombreux jeunes désoeuvrés. Ils seraient aujourd’hui plus de 6 000, lourdement armés, contre 1 500 hommes au début de la guerre, en janvier. « On savait déjà qu’ils avaient profité de la guerre en Libye pour faire leur marché, explique une source sécuritaire ouest-africaine. Mais, maintenant, ils ont en plus réquisitionné le matériel que l’armée a abandonné dans les camps ». À Gao, ce sont des moudjahidine aguerris qui patrouillent dans des BTR (blindés de transport de troupes) équipés d’« orgues de Staline »…

Dans son communiqué final, le 3 mai, la Cedeao annonce des négociations avec les rebelles. Tente-t-elle de jouer la carte du MNLA contre les islamistes ? « Ce serait trop risqué, explique un connaisseur de la sous-région. Mieux vaut se concentrer sur la mise sur pied d’une force d’intervention. » Celle-ci compterait 5 000 hommes, et non plus 2 000 comme initialement annoncé. Mais de nombreuses questions sont encore à régler. De quels moyens financiers serait-elle dotée ? Quelle serait sa feuille de route : sécuriser les institutions à Bamako ? Ouvrir un couloir humanitaire dans le Nord ? Restaurer l’intégrité territoriale et bouter les islamistes, trafiquants et bandes armées hors du pays ? Le chantier est vaste…

Trio de transition

En théorie, le président par intérim, Dioncounda Traoré, et le Premier ministre, Cheick Modibo Diarra, ont les pleins pouvoirs. En théorie seulement. « Ils consultent la junte, explique un habitué du camp de Kati. Ils n’y sont pas obligés, mais c’est vivement conseillé. » Modibo Diarra entretient des relations cordiales avec le chef de la junte. Tous deux sont originaires de Ségou et ont vécu aux États-Unis. Le capitaine Sanogo laisse les coudées franches à ce « grand frère » qu’il dit admirer. Avec Traoré, les relations sont plus tendues : Sanogo le soupçonne d’avoir manoeuvré pour écarter les militaires. Lorsque, le 26 avril, les chefs d’État de la sous-région ont décidé de maintenir Traoré à la tête de la transition pendant douze mois, Sanogo a eu du mal à cacher sa colère : « Il restera quarante jours, pas un de plus ! » Réponse de Traoré, le 1er mai, via un message à la nation : « Si tel est le souhait partagé, je ne resterai pas une seconde de plus que les jours de l’intérim. » Message que les médias d’État n’ont pas diffusé. Sur ordre de Kati ? M.G.-B.

Une organisation à définir

Le Burkina et la Côte d’Ivoire ont déjà promis de participer, à hauteur respectivement de 500 et 1 000 hommes. Mais se passerait-on de la contribution du Niger, du Sénégal ou du géant nigérian ? Première puissance militaire de l’Afrique de l’Ouest, Abuja pourrait assurer le commandement de cette force ; toutefois, sa connaissance du terrain sahélien est mince, pour ne pas dire inexistante. Pas sûr aussi que la Cedeao puisse se passer de l’expertise de Niamey : moins bien équipée que ses voisins, l’armée nigérienne n’en est pas moins l’une des mieux organisées et des plus dynamiques, et elle a fait montre, à plusieurs reprises, de son efficacité dans la traque de groupes armés. Et puis, comment envisager une opération militaire sans la Mauritanie, le Tchad et l’Algérie ? L’ennui, c’est qu’Alger rechigne à intervenir hors de ses frontières, inquiet des conséquences qu’une telle opération pourrait avoir sur sa propre communauté touarègue – peu enclin aussi à aller combattre des groupes armés dont il a mis du temps à se débarrasser. Enfin, les compétences des Tchadiens seraient les bienvenues. Mais le président Déby Itno a été clair le 10 avril. Dans une conférence de presse, il a affirmé que la question d’une intervention de son pays « [n’était] pas à l’ordre du jour » et que la Cedeao, dont N’Djamena ne fait pas partie, avait « tous les moyens humains pour mettre en oeuvre sa décision ».

Il faudra aussi parvenir à mobiliser les ressources nécessaires. Une source sécuritaire estime qu’une force de la Cedeao coûterait environ 500 millions de dollars (environ 380 millions d’euros) par an. L’organisation sous-régionale compte sur ses partenaires traditionnels : la France, l’Union européenne et les États-Unis, qui ont toutefois prévenu qu’ils n’enverraient aucune troupe au sol (« cela doit rester une affaire africaine », insiste la Cedeao). Un conseiller américain viendrait renforcer l’état-major opérationnel ; Paris et Bruxelles apporteront un appui logistique et financier, à condition qu’il y ait une « feuille de route claire et cohérente pour le Mali », insiste une source française bien informée. « Ce sera la première vraie mission militaire de la Cedeao », dit un général ouest-africain, qui s’attend « à une guerre difficile ». « Mais c’est une guerre vitale pour nous tous. »

Reste à convaincre les autorités de transition maliennes de l’opportunité de faire appel à la FAC. Rien n’est joué. Pour l’heure, la Cedeao prétend ne pas s’en inquiéter. « On est dans le formalisme pour ne brusquer personne, confiait un ministre de la Cedeao à l’issue du sommet. Mais si le danger se précise, rien ne dit que nous n’allons pas nous passer d’autorisation. » À bon entendeur…

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Jeuneafrique.com par Malika Groga-Bada et Rémi Carayol, à Ouagadougo

Une force ouest-africaine déployée dès que le Mali « en fera la demande »

mai 3, 2012

Les chefs d’Etat ouest-africains ont annoncé l’envoi d’une force au Mali, en proie à des troubles depuis le coup d’Etat du 22 mars, dès que le pays « en fera la demande », dans un communiqué publié jeudi à l’issue d’un sommet à Dakar consacré aux crises bissau-guinéenne et malienne.

« La conférence instruit la commission de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) de préparer la force en attente de la Cédéao en vue de son déploiement immédiat dès que le Mali en fera la demande », indique le communiqué.

La commission de la Cédéao doit d’abord « consulter les partenaires au développement en vue du financement du déploiement » de cette force, est-il cependant ajouté.

Lors d’un précédent sommet le 26 avril à Abidjan consacré aux deux mêmes crises, il avait été décidé de demander à la commission de la Cédéao de « commencer avec effet immédiat le déploiement de la force d’attente de la Cédéao » au Mali.

Les chefs d’Etat ont par ailleurs « condamné avec fermeté les affrontements entre les différentes forces armées et déploré leur impact négatif sur la sécurité des populations », ajoute le communiqué de Dakar.

Les forces armées sont appelées à « se consacrer aux missions régaliennes de défense du territoire », et « toute personne qui déstabilisera la transition s’exposera aux sanctions », selon le texte.

A Bamako, des militaires fidèles au président Amadou Toumani Touré (ATT) renversé le 22 mars par un coup d’Etat, ont vainement tenté lors de violents combats lundi et mardi de reprendre des positions tenues par les ex-putschistes, qui bien qu’ayant accepté de rendre le pouvoir aux civils, restent omniprésents.

Le coup d’Etat a profité à divers groupes armés (islamistes, rebelles Touareg, criminels) qui ont pris le contrôle du nord du pays.

Jeuneafrique.com avec AFP