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Conflit du Tigré : les États-Unis accentuent leur pression

novembre 13, 2021
Un soldat surveille un poste-frontière entre l’Érythrée et l’Éthiopie à Humera, le 22 novembre 2020. © AFP / Eduardo Soteras

Washington a imposé vendredi des sanctions contre l’Érythrée, alliée de l’Éthiopie dans le conflit du Tigré, mettant en garde contre « l’implosion » du pays d’Abiy Ahmed en cas d’échec d’une solution négociée.

Le secrétaire d’État américain Antony Blinken a appelé vendredi à de nouvelles discussions entre Addis Abeba et les rebelles, avant son départ pour une tournée africaine la semaine prochaine.

Une absence d’accord entre les parties « conduirait à l’implosion de l’Éthiopie et aurait des conséquences sur d’autres pays dans la région », a-t-il estimé. « L’autre option est de stopper toutes les actions militaires en cours, s’asseoir à une table pour négocier un véritable cessez-le-feu permettant l’accès de l’aide humanitaire à toutes les zones où la population en a besoin », a poursuivi M. Blinken.

Le gouvernement américain a condamné tant le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) au pouvoir dans cette région que le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed, un ancien allié et prix Nobel de la Paix, dans ce conflit qui a fait des milliers de morts depuis un an et placé des centaines de milliers d’habitants dans des conditions proches de la famine, selon l’ONU.
Début novembre, une enquête du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a conclu à de possibles crimes contre l’humanité commis par toutes les parties.

Sanctions uniquement contre l’Érythrée

Le président Joe Biden avait ouvert la voie en septembre à des sanctions contre tous les protagonistes du conflit. Mais celles imposées vendredi visent l’appareil militaire et politique de l’Érythrée, l’un des pays les plus reclus du monde et soumis à des sanctions internationales.

Washington « veut donner du temps et de l’espace pour voir si ces discussions peuvent progresser », a expliqué dans un communiqué M. Blinken pour justifier d’avoir épargné – pour l’instant – l’Éthiopie et le TPLF.

Le régime érythréen a soutenu militairement Addis Abeba en envoyant des troupes au Tigré, région qui borde sa frontière sud. Les Etats-Unis ont plusieurs fois réclamé le retrait de ces forces, notamment lors de la rencontre entre le représentant spécial Jeffrey Feltman et le président érythréen Issaias Afeworki en mai.

Pillages et de crimes sexuels

« Les forces érythréennes ont opéré en Éthiopie pendant le conflit et ont été responsables de massacres, de pillages et de crimes sexuels », a affirmé le Trésor américain dans un communiqué.

Les sanctions visent notamment l’armée érythréenne (EDF) et le Front populaire pour la démocratie et la justice (PFDJ), seul parti autorisé en Érythrée, dirigé par M. Afeworki qui donne « des ordres directs aux généraux de l’EDF », selon le Trésor.
Le porte-parole du TPLF, Getachew Reda, a salué l’action des États-Unis qui « au moins reconnaissent le rôle des Érythréens dans la campagne génocidaire au Tigré », même si Asmara « s’est perfectionné pour échapper aux sanctions ».

LES DIPLOMATES ÉTRANGERS INTENSIFIENT LEURS EFFORTS POUR TENTER D’ARRACHER UN CESSEZ-LE-FEU

Mais pour Cameron Hudson, expert pour l’Atlantic Council, Abiy Ahmed « reste responsable de ce conflit et le fait d’éviter encore une fois de sanctionner les entités éthiopiennes reflète le sentiment que (le Premier ministre) peut s’impliquer (dans des négociations) et que son approche du conflit a changé », a expliqué l’expert.

Ces derniers jours, les diplomates étrangers ont intensifié leurs efforts pour tenter d’arracher un cessez-le-feu. L’ex-président nigérian Olusegun Obasanjo, envoyé spécial de l’Union africaine, et M. Feltman se sont rendus en Éthiopie cette semaine. M. Blinken sera lui au Kenya voisin mardi.

« Blocus systématique »

Jeudi, Addis Abeba a émis des conditions à des pourparlers avec le TPLF, qui a enregistré des victoires importantes sur le terrain ces dernières semaines et n’a pas écarté de marcher sur la capitale.

Elles incluent un cessez-le-feu, le retrait des rebelles des régions d’Amhara et d’Afar et la reconnaissance de la légitimité du gouvernement central. Le TPLF a en retour réclamé l’entrée au Tigré de l’aide humanitaire, bloquée depuis le 18 octobre alors que 364 camions attendent une autorisation, selon l’ONU.

Le plus célèbre des Tigréens, le chef de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) Tedros Adhanom Ghebreyesus, a dénoncé vendredi le « blocus systématique » de cette région qui empêche l’envoi de vivres et de médicaments.

« Les gens meurent à cause du manque d’approvisionnement », a-t-il dit à Genève. Les autorités éthiopiennes sont aussi accusées d’avoir harcelé ou arrêté des Tigréens employés par les agences de l’ONU. (Avec AFP)

Avec Jeune Afrique

Cameroun, RDC, Congo, Érythrée : ces réfugiés qui ont participé aux JO de Tokyo

août 7, 2021
Dorian Keletela,Cyrille Tchatchet, Luna Solomon et Popole Misenga

Vingt-neuf athlètes réfugiés, dont dix africains originaires du Cameroun, du Congo, d’Érythrée, de RD Congo, du Soudan et du Soudan du Sud, ont participé aux Jeux olympiques de Tokyo. Portraits.

Ils viennent d’Afrique, de Syrie, d’Irak, du Venezuela, d’Iran et d’Afghanistan, souvent de pays en guerre ou minés par des conflits régionaux, et où les droits de l’homme ne sont qu’un vague concept. Parmi ces 29 athlètes, 10 sont originaires d’un continent africain qu’ils ont fui pour au moins un des motifs évoqués plus haut.

Les Soudanais du Sud sont les plus représentés avec Rose Likonyen, James Chiengijek, Anjelina Lohalith et Paulo Likoro (athlétisme), devant les Érythréens Luna Salomon (tir) Tachlowini Gabriyesos (athlétisme), le Congolais de Brazzaville Dorian Keletela (athlétisme) et celui de RDC, Popole Misenga (judo), le Camerounais Cyrille Tcvhatchet (haltérophilie) et le Soudanais Jamal Mohamed (athlétisme). Portraits.

• Érythrée : Luna Solomon, espoir du tir à la carabine

Luna Solomon aux JO de Tokyo le 24 juillet 2021

« Trouvez-moi une activité, n’importe laquelle. » C’est cette demande adressée à l’assistance sociale lausannoise chargée de la suivre peu de temps après son arrivée en Suisse, en 2015, qui a orienté Luna Salomon, désormais âgée de 25 ans, vers le tir à la carabine. Six ans plus tard, la jeune Érythréenne participe aux Jeux olympiques de Tokyo, une hypothèse rendue possible par son intégration au programme « Make a mark », lancé par l’Italien Niccolo Campriani, triple champion olympique de tir et employé au Comité International Olympique (CIO), basé à Lausanne.https://www.youtube.com/embed/3jCGIj0UPto?feature=oembed

Son histoire ressemble à celle de centaines de milliers de ses compatriotes qui ont fui l’Erythrée, cette prison à ciel ouvert dirigée par le tyrannique Isaias Afwerki. Une fuite en voiture, puis à pied, via le Soudan et la Libye, et enfin en bateau, sur une embarcation surchargée et sauvée in extremis de la catastrophe par des navires italiens. Aujourd’hui, Luna Salomon a appris le français, a trouvé un emploi et a eu un enfant en 2020.

Sa performance à Tokyo : éliminée lors des qualifications

• Cameroun : Cyrille Tchatchet, champion d’haltérophilie

Cyrille Tchatchet lors de l’épreuve d’haltérophilie dans la catégorie des moins de 96kg, le 31 juillet 2021

Réfugié en Angleterre, Cyrille Tchatchet (26 ans) n’a jamais expliqué aux journalistes qui le questionnaient pourquoi il ne veut pas rentrer au Cameroun, un pays où il ne « serait pas en sécurité », comme il l’a plusieurs fois répété. L’haltérophile avait profité des Jeux du Commonwealth 2014, organisés à Glasgow (Écosse), pour filer à l’anglaise. Pendant des semaines, il a dormi dans la rue ou sous les ponts, avec quelques livres sterling en poche et sans réelles perspectives d’avenir. « J’ai souvent pensé au suicide, j’étais en pleine dépression », avait-il avoué plus tard lors d’une interview.

IL A ÉTÉ SACRÉ CHAMPION DE GRANDE-BRETAGNE DANS LES CATÉGORIES DES MOINS DE 94 ET 96 KILOS

Son arrestation par la police écossaise lui a paradoxalement permis de déposer un dossier de demandeur d’asile. Après s’être soigné, Tchatchet a migré vers Birmingham, en Angleterre, et a obtenu le statut de réfugié. Il est même devenu champion de Grande-Bretagne dans les catégories des moins de 94 et 96 kilos. Il suit actuellement des études à l’université du Middlesex, au nord de Londres, afin de devenir infirmier en santé mentale.

Sa performance à Tokyo : 10e dans la catégorie des moins de 96 kg

• Congo : Dorian Keletela, le « sprinteur aux pieds tordus »

Dorian Keletela lors des qualifications pour le 100m dans le stade olympique de Tokyo, le 31 juillet 2021

En 2016, alors qu’il n’était âgé que de 16 ans, la mort de ses parents l’a définitivement décidé à quitter le Congo et à rejoindre le Portugal, avec l’aide de sa tante. Tout juste arrivé à Lisbonne, Dorian Keletela a demandé et obtenu l’asile. « Au Congo, il y a des conflits ethniques et politiques, et je voulais vivre dans un pays où on respecte les droits humains », avait expliqué Dorian Keletela lors d’une interview accordée à Eurosport.

Le jeune Congolais, qui avait goûté à l’athlétisme à 15 ans, quelques mois avant de fuir son pays, a pu prendre une licence et s’entraîner au Sporting Portugal, le prestigieux club omnisports de Lisbonne, certes davantage connu pour la qualité de son équipe de football. Ce spécialiste du 100 mètres, parfaitement à l’aise avec la langue de son pays d’accueil, est surnommé par la presse locale « le sprinteur aux pieds tordus », non pas à cause d’une malformation mais de sa façon de marcher.

Ce n’est qu’en juin dernier, quelques semaines avant le début des JO de Tokyo, que Keletela a appris que la demande de la Fédération portugaise d’athlétisme pour qu’il intègre l’équipe internationale des réfugiés avait été acceptée. Avec une mission, « représenter les 80 millions de réfugiés dans le monde ».

Sa performance à Tokyo : éliminé au stade des séries

• RDC : Popole Misenga, as du judo

L’histoire de ce Congolais de 22 ans au prénom pour le moins original est une des plus dramatiques de celles vécues par les membres de cette équipe de réfugiés. Né à Bukavu, au cœur d’une région martyrisée par la guerre et les massacres, Misenga a perdu sa mère, tuée dans les combats, et son frère et ses sœurs ont disparu. À Kinshasa, où il trouve refuge dans un orphelinat après des jours d’errance dans la jungle, le judo lui permet de donner un peu de sens à sa vie.

Mais la brutalité d’un de ses entraîneurs, capables de priver de nourriture et d’enfermer dans des pièces minuscules ceux qui échouent lors des compétitions, le pousse à fuir au Brésil en 2013, à l’occasion des Championnats du Monde organisés à Rio de Janeiro et auxquels Popole Misenga participe sous les couleurs congolaises. Trois ans plus tard, après avoir obtenu l’asile politique, il participe aux jeux Olympiques, toujours à Rio, où il atteint les 8e de finale dans la catégorie des moins de 90 kg.

Sa performance à Tokyo : éliminé en 16e de finale et en 8e de finale lors du tournoi par équipes mixtes.

Avec Jeune Afrique par Alexis Billebault

Entre réfugiés, passeurs et contrebandiers, à Kassala, près de l’Érythrée

juillet 3, 2021

Reportage. À 15 km de la frontière érythréenne, Kassala est le symbole de tout ce que charrie le récent conflit dans la région du Tigré, au nord de l’Éthiopie.

Parmi les personnes presentes a Kassala, cette famille Rashaida prend la pose.
Parmi les personnes présentes à Kassala, cette famille Rashaïda prend la pose.© Morgane Wirtz

De hautes montagnes raides cisaillent le ciel. À leur pied, une multitude de petites maisons brunes et vertes : Kassala. L’entrée dans cette ville de l’est du Soudan se fait par une large route goudronnée. Sur les bas-côtés, des garages, de longues files devant les pompes à essence et des centaines de 4×4 Toyota Hilux. « Ce sont les véhicules utilisés par les passeurs », explique Hamit Ibrahim, journaliste local. « L’Érythrée est à 15 kilomètres d’ici. Les habitants de Kassala travaillent principalement dans l’agriculture ou dans la contrebande. Ils transportent tout en Érythrée : du sucre, des céréales, du pétrole, tout », ajoute-t-il.

À l’entrée de la ville de Kassala, des centaines de Toyota Hilux témoignent des activités des contrebandiers (juin 2021).© Morgane Wirtz – Hans Lucas

Aaron* est l’un d’entre eux. Il a 28 ans. Grand de taille, le visage ceint d’une fine barbe, il a fui l’Érythrée il y a trois mois. La contrebande de marchandises vers l’Érythrée lui permet de vivre dans sa ville d’accueil. « J’ai une moto. J’importe du sucre, des confiseries, du Coca et de l’eau », explique-t-il. Aaron utilise des routes frauduleuses, loin des postes de sécurité pour voyager. Il change plusieurs fois de vêtements, se couvre d’un turban pour passer pour un Soudanais. « Tu peux gagner de l’argent là-dedans, mais c’est très dangereux. S’ils m’attrapent, ils vont me renvoyer en prison », ajoute-t-il.

« Nous ne voyions pas le soleil »

Aaron avait 18 ans lorsqu’il est entré en prison pour la première fois. Sa faute ? Ne pas s’être présenté à l’entraînement militaire. Depuis 1995, la loi érythréenne impose 18 mois de service national à toute personne atteignant sa dernière année de scolarité. Mais dans la pratique, le service militaire est indéterminé et peut durer jusqu’à 15, 20 ans ou plus. « La prison était une expérience très difficile. Nous étions 400 dans une petite pièce. Nous n’avions pas de place pour dormir. Nous ne voyions pas le soleil », se souvient Aaron. Après huit mois, il a passé son entraînement militaire, puis a servi dans l’armée pendant six ans.

« En février dernier, ils ont voulu nous envoyer dans la région d’Omhajer, pour un entraînement, explique le jeune homme. On ne leur a pas fait confiance, parce qu’on sait qu’il n’y a pas d’entraînements dans cette zone. Ils allaient m’envoyer au Tigré pour me battre. C’est une région très dangereuse. Certains sont morts. D’autres ont été arrêtés », ajoute-t-il. Les troupes érythréennes soutiennent les forces nationales de défense éthiopienne dans le conflit en cours au Tigré. Depuis le 4 novembre 2020, une guerre a éclaté dans cette région au nord de l’Éthiopie, opposant le gouvernement fédéral au gouvernement régional tigréen. « J’ai pensé que si je mourais au Tigré, l’État n’allait pas s’occuper de ma famille. Ils n’allaient rien leur donner. Alors, j’ai décidé de fuir », explique Aaron.

Soldate malgré elle

Aster* aussi a fui l’Érythrée et le service national. Elle vit dans la région de Kassala depuis un an et demi. Elle accepte de parler dans un endroit sécurisé, loin des regards et des oreilles indiscrètes. « J’étais très jeune quand j’ai rejoint l’armée, j’avais 18 ans », commence-t-elle. Les soldats l’ont arrêtée sur son lieu de travail pour l’emmener au camp militaire. Elle y est restée près d’un an. « On apprend tout là-bas. On s’entraîne, on manie les armes », explique Aster. Elle porte un long voile mauve, des boucles d’oreilles et un piercing doré dans la narine. Ses ongles sont vernis et ses yeux finement soulignés de khôl. « Ils tirent sur ceux qui essayent de s’enfuir. Je connais quelqu’un qui est mort alors qu’il tentait de s’échapper », ajoute-t-elle. « Toutes sortes de harcèlements ont lieu pendant l’entraînement militaire. Même les très jeunes filles. Ils désignent une femme qui leur plaît. Leur maison est à côté de la nôtre. Et ils nous appellent. Quand le chef nous demande, nous n’avons pas le choix, nous devons le rejoindre », explique la jeune Érythréenne. Une fois son entraînement terminé, Aster a rallié l’armée. « J’étais soldate. Si quelqu’un faisait quelque chose de mal, nous devions l’arrêter. Ce n’était pas mon choix. Je devais le faire. Les décisions ne sont pas entre nos mains », ajoute-t-elle. Épuisée par ce travail forcé et par les pressions subies de la part de ses collègues – tous des hommes –, Aster a profité d’une période de repos pour s’enfuir. Elle a traversé la frontière à pied, en pleine nuit, accompagnée de quelques amies.

Centre de réception

Entre 7 500 et 9 000 personnes arrivent chaque année d’Érythrée, indique la Commission gouvernementale soudanaise pour les réfugiés. Depuis le début du conflit au Tigré, 62 166 réfugiés supplémentaires, principalement des Éthiopiens, ont fui vers la région, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés. Une partie des nouveaux arrivants érythréens est enregistrée et logée au centre de réception de Wedsherify, avant d’être transférée au camp de réfugiés de Shegarab. Devant la porte de métal blanc du centre, un groupe de femmes aux voiles colorés attendent. « Nous n’avons pas de nourriture, aidez-nous », implore l’une d’entre elles, en montrant ses papiers de demande d’asile.

Derrière la grille, un hangar où une soixantaine de lits, certains défoncés, se juxtaposent. Quelques dizaines de réfugiés sont ici. Certains sont malades. Ils demandent des médicaments. Des enfants jouent entre les couchages. « J’ai 13 ans, explique Khalid. Je suis venu tout seul. Mon frère est en Égypte et il est enregistré comme réfugié auprès des Nations unies. Il a entamé la procédure pour être réinstallé aux Pays-Bas. Moi je veux aller au camp de Shegarab et aussi commencer la procédure », affirme-t-il. Il a profité des vacances scolaires pour traverser la frontière à pied. Un petit garçon souriant se tient à côté de lui. « C’est Salomon, un voisin. Il a huit ans, explique Khalid. Lui aussi, il est venu tout seul. Son père est mort et sa mère a une maladie mentale », explique-t-il. Salomon lève ses grands yeux et demande : « Tu m’emmènes avec toi en Europe ? »

Refuge instable

Dans les centres de réception, tout comme dans les camps de réfugiés, la sécurité et la stabilité sont un réel défi. Des membres des renseignements érythréens et soudanais se mélangent aux réfugiés et aux déserteurs érythréens ou éthiopiens. « Ils menacent de nous déporter, de nous renvoyer en Érythrée. Il y a quatre jours, six personnes ont été emmenées dans un véhicule des forces de sécurité. S’ils essayent de nous attraper, nous allons tenter de fuir, à pied, vers une autre région », indiquent des demandeurs d’asile érythréens.

En bordure de la frontière entre le Soudan et l’Érythrée, une voiture de contrebandiers dépasse un convoi (juin 2021).© Morgane Wirtz – Hans Lucas

La situation géopolitique impacte les réfugiés. « Après que la guerre civile éclate en Éthiopie, les autorités soudanaises ont pensé que c’était le moment opportun pour reconquérir la région d’al-Fashaga. Ils ont attaqué la zone et déplacé les Éthiopiens. À présent, les troupes se rassemblent. Peut-être qu’il y aura une guerre entre les deux pays. Cette situation pourrait affecter les réfugiés qui arrivent ici », prévient Hammit Ibrahim, le journaliste local.

Point de départ

La région de Kassala, c’est aussi une zone où vivent de nombreux Rashaïda. Ils habitent de petits villages ou des maisons modestes, devant lesquelles trônent leurs 4×4. « Les Rashaïda sont riches. Ils travaillent dans tout ce qui rapporte de l’argent ; l’or, les dromadaires et le trafic d’êtres humains », explique Hammit Ibrahim. Jusqu’en 2013, des réfugiés étaient régulièrement enlevés dans la région et envoyés au Sinaï où ils étaient torturés contre rançon. « Il y a toujours cela, mais ça arrive moins souvent. Aujourd’hui, c’est vers le centre du Soudan que les victimes sont emmenées et torturées », ajoute le journaliste.

Avec Point avec par Par notre envoyée spéciale à la frontière érythréenne, Morgane Wirtz