Posts Tagged ‘Escalvage’

France/Esclavage: personne ne demande de « repentance », s’agace Taubira

mai 10, 2021
Esclavage: personne ne demande de "repentance", s'agace Taubira
Esclavage: personne ne demande de « repentance », s’agace Taubira© AFP/Archives/Jewel Samad

L’ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira s’est agacée lundi « du monologue furieux » de ceux qui s’inquiètent d’une « culture de la repentance », à l’occasion de la journée des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition.

« J’avais entendu ça à l’époque des débats » autour de la loi de 2001 qui a reconnu l’esclavage et la traite comme des crimes contre l’humanité, a déclaré sur France Culture l’ancienne députée de Guyane.

« Vous avez des gens qui sont perchés sur leurs balcons et qui disent +on en a assez de la repentance+. Personne ne leur en demande et c’est en ce sens que j’appelle ça un monologue furieux », a-t-elle ajouté.

« Ce n’est pas le sujet, à la limite ce serait trop facile la repentance, on n’en veut même pas. Moi je n’entre pas en discussion avec des gens qui se disputent avec eux-mêmes », a poursuivi Mme Taubira. « C’est une affaire extrêmement sérieuse. La repentance qu’ils croient qu’on leur demande, pour nous qui prenons ça très au sérieux c’est juste du pipi de chat et ça ne sent pas bon ».

Revenir sur son passé, « si on le fait dans l’esprit de la loi Taubira » permet de « renforcer la cohésion nationale », a souligné pour sa part le président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage Jean-Marc Ayrault sur RFI.

La loi de 2001 « nous montre le chemin, le chemin c’est d’abord la reconnaissance. Nier ce n’est pas un acte de liberté et de responsabilité », a poursuivi l’ancien Premier ministre socialiste, insistant également sur l’importance de la transmission à l’école.

Concernant Haïti et les sommes exigées par Paris en échange de l’indépendance de son ancienne colonie en 1804, « il y a quelque chose à construire de plus juste », a estimé M. Ayrault à l’heure où la question de la réparation de l’esclavage reste épidermique.

« Ce n’est pas forcément quantifiable mais ça doit être traduit dans des politiques publiques dans des choix que l’on fait, qui ne doivent pas être faits dans un esprit paternaliste mais dans un esprit de coopération et d’égalité », a-t-il ajouté.

Par Le Point avec AFP

L’Église d’Angleterre s’attaque à ses monuments célébrant l’esclavage

mai 10, 2021

L’institution anglicane s’apprête à publier des directives demandant à chaque paroisse et cathédrale d’examiner ses monuments potentiellement problématiques.

Dans le sillage du mouvement Black Lives Matter, contestations, questionnement et introspection ont essaimé aux États-Unis, en Europe et particulièrement au Royaume-Uni, où une importante vague de remise en question s’articule depuis autour du passé colonial du pays et de sa représentation. Mi-septembre, le National Trust, association chargée de la conservation de grands sites britanniques, avait indiqué qu’un tiers des monuments historiques dont elle avait la charge présentaient des liens avec le colonialisme ou l’esclavage.

Mais en juin dernier, deux vieilles institutions britanniques, l’Église anglicane et la Banque d’Angleterre, ont marqué les esprits en exprimant un repentir quant au rôle historique de certains de leurs membres dans l’esclavage. Ce repentir est une réponse aux travaux de l’University College London (UCL) montrant que des responsables de ces institutions avaient tiré profit de la traite d’êtres humains. « Si nous reconnaissons le rôle moteur qu’ont joué le clergé et les membres actifs de l’Église anglicane pour obtenir l’abolition de l’esclavage, c’est une source de honte que d’autres au sein de l’Église aient activement participé à l’esclavage et en aient tiré un bénéfice », écrivait un porte-parole de l’Église.

Un examen à l’échelle nationale

Moins d’un an plus tard, l’Église d’Angleterre, institution officielle anglicane, va plus loin. Selon le Guardian, elle s’attaque désormais à un « patrimoine contesté », encourageant, via des directives à paraître cette semaine, chacune des 12 500 paroisses et 42 cathédrales du pays à examiner les monuments dédiés à l’esclavage et à prendre des mesures (modification ou retrait pur et simple) en concertation avec les communautés locales.

L’objectif de l’Église d’Angleterre est avant tout de faire face au problème sans imposer de décision ou de mesure systématique. Il conviendra à chaque paroisse de considérer les éléments patrimoniaux concernés et d’agir. Selon le Guardian, cela va du retrait d’une statue, d’une plaque, d’un monument, à un déplacement, une simple modification ou à l’ajout d’informations contextuelles, voire à rien de tout cela.

Ces nouvelles considérations de certains éléments du patrimoine ont parfois donné lieu à des tensions dans la société britannique, le Premier ministre Boris Johnson dénonçant des « extrémistes » et appelant à ne pas « censurer le passé » après des manifestations entraînant le déboulonnage de statues ou le tag d’un monument à Winston Churchill avec l’inscription « raciste ». L’actuel maire de Londres a de son côté récemment mis en place une commission visant à améliorer la diversité dans l’espace public, mesure qui prendra de l’ampleur au cœur du programme qui a, cette semaine, mené à sa réélection.

Par Le Point avec AFP