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Rwanda, Cameroun, Nigeria… S’unir ou périr

septembre 30, 2021
Commémoration du génocide des Tutsi, à Kigali, en avril 2019 © Ben Curtis/AP/SIPA

Vingt-sept ans après le génocide, Kigali créé un ministère de l’Unité nationale et de l’Engagement civique. Preuve qu’au Rwanda comme au Cameroun, au Nigeria ou en Éthiopie, les rancœurs du passé menacent toujours la cohésion sociale.

Il y a quelque chose d’étonnant avec le Rwanda. Il s’y passe toujours quelque chose. Ce pays est souvent, pour le meilleur ou le pire, à la une de l’actualité. Pourtant, vu de l’intérieur, on a le sentiment que l’essentiel passe au travers des radars médiatiques. Récemment, par exemple, le gouvernement a annoncé la création d’un ministère de l’Unité nationale et de l’Engagement civique. L’information a été relativement peu commentée à l’extérieur du pays. Il est vrai que le décès de la star locale du rap « Jay Polly » à la même période dans un hôpital de Kigali, où il avait été conduit en urgence alors qu’il était détenu depuis plusieurs mois dans un établissement pénitentiaire, constituait, pour les pourfendeurs du pouvoir rwandais, une occasion de tirer une nouvelle fois à boulets rouges sur un régime qui provoque chez certains une aversion irrationnelle.

Pourtant, la question de l’unité nationale est centrale dans le projet de transformation du Rwanda. Elle a occupé l’esprit des architectes de sa renaissance après le génocide perpétré contre les Tutsi. Les fameuses « discussions du village Urugwiro » qui, entre mai 1998 et mars 1999, réunirent toutes les forces vives d’une nation pas totalement pacifiée pour plancher sur les fondements de la reconstruction, identifièrent « l’unité nationale » comme l’un des socles du nouveau Rwanda. La nouvelle Constitution consacra « l’unité » comme l’un des « piliers du développement ».

Comment « faire nation » ?

L’impératif de l’unité répondait évidemment à l’histoire récente : l’instrumentalisation politique des divisions avait conduit le pays au bord de l’anéantissement. L’enjeu, sur le papier, était simple : s’unir ou périr. Dans les faits, c’était une autre histoire : comment « faire nation » avec des compatriotes dont une partie avait été actrice du génocide ? Comment faire émerger une communauté de destin dans un pays qui, depuis son indépendance, s’était précisément bâti sur l’idée de destins irréconciliables ?

Les fondateurs du nouveau Rwanda avaient visiblement conscience de la difficulté du problème. Mais ils estimaient que le pays bénéficiait d’atouts spécifiques qui, naturellement, favoriseraient l’œuvre d’unification : une langue unique, des coutumes communes, etc. Or, la présence de ces facteurs n’avait pas empêché la désintégration du pays. Dans sa fameuse conférence sur la nation, Ernest Renan rappelle à juste titre que si « la langue invite à se réunir ; elle n’y force pas. Les États-Unis et l’Angleterre, l’Amérique espagnole et l’Espagne parlent la même langue et ne forment pas une seule nation… Il y a quelque chose de supérieur à la langue : c’est la volonté ».À LIREPaul Kagame : « Le jour où j’ai fui le Rwanda pour échapper aux génocidaires »

Puisqu’il est question de « volonté », difficile de dire que les nouvelles autorités en ont manqué dans leur objectif de réconciliation du peuple rwandais après la tragédie de 1994 : des actes de vengeance de militaires issus des rangs de l’armée du FPR ont été sanctionnés ; la mention ethnique sur les cartes d’identité a été abolie, des officiers issus de l’armée du régime génocidaire ont été intégrés à la nouvelle force, des anciens miliciens Interahamwe réfugiés dans les forêts congolaises ont été réadmis dans la société, etc.

LA RÉCONCILIATION N’A PAS EMPÊCHÉ LE DÉVELOPPEMENT D’UN NÉGATIONNISME VIRULENT

Et pourtant, d’une certaine manière, la création même d’un ministère consacré à l’unité nationale, vingt-sept ans après le génocide, témoigne de ce que les efforts entrepris depuis presque trois décennies ont été insuffisants. La réconciliation par la réforme du système politique n’a pas empêché le développement d’un négationnisme virulent. Mais qui aurait pu imaginer à l’époque qu’un génocide dont toutes les preuves existent aurait pu être relativisé, contextualisé, nié ? On peut penser que dans l’esprit des cadres du Front patriotique rwandais [FPR], la question de la réconciliation des mémoires historiques ne se posait pas : le génocide contre les Tutsi était une réalité objective. Mais dès lors que, contre toute attente, des mémoires s’affrontent autour de la place et du sens de cet évènement fondamental, sur quelles bases fonder « l’unité nationale » ? Dans quelle mesure l’unité peut-elle être accomplie sans un récit historique partagé ?

Le lourd prix de l’unité

Cette question va bien au-delà du Rwanda. Au Cameroun, par exemple, la question historique est revenue au cœur du débat national avec la résurgence de « la crise anglophone ». Là aussi, l’un des enjeux est celui du récit national – et donc de l’unité du pays : peut-il y avoir cohésion nationale sans mémoire historique nationale ? Quel contrat social dans un climat de rancœurs historiques ? Au Nigeria, la parenthèse ouverte par la guerre du Biafra n’a jamais été refermée ; l’héritage de cette tragédie pose toujours la question de l’unité du pays, d’autant plus que, entre-temps, d’autres considérations politico-historiques ont conduit à l’émergence de revendications sécessionnistes dans diverses autres régions du territoire. Et que dire de l’Éthiopie, dont une terrible guerre civile menace la survie ?

Constituer une nation est difficile. Le prix de « l’unité » est souvent lourd. C’est peut-être la raison pour laquelle les gouvernements confrontés à des problèmes de cohésion nationale choisissent soit de fermer les yeux, soit d’instrumentaliser les divisions – souvent pour le pire. En raison de son histoire, le Rwanda n’a pas d’autre choix que celui d’affronter le problème, puis d’y apporter une solution – et peut-être, comme dans d’autres domaines, d’inspirer le continent.

Yann Gwet

avec Jeune Afrique par Yann Gwet

Essayiste camerounais. Diplômé de Sciences Po Paris, il vit et travaille au Rwanda.

Éthiopie : les rebelles du Tigré accusent l’UA de « partialité »

août 29, 2021
Des soldats tigréens à Mekele au lendemain de la reprise de la capitale du Tigré, le 29 juin 2021.

Les rebelles tigréens ont accusé dimanche l’Union africaine (UA) de « partialité » à la suite de la désignation par l’organisation panafricaine d’un médiateur dans ce conflit qui déchire le nord de l’Éthiopie depuis près d’un an.

« Il serait naïf de penser que cette mission puisse marcher », a affirmé sur Twitter le porte-parole des rebelles Getachew Reda, trois jours après la nomination de l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo comme représentant de l’UA dans la Corne de l’Afrique avec pour mission de « promouvoir la paix, la sécurité, la stabilité et le dialogue politique ».

« Résoudre une crise requiert au moins la reconnaissance de l’existence, sinon de l’importance, d’un problème, écrit le porte-parole des rebelles tigréens. Nous avons du mal à comprendre comment on peut attendre un rôle constructif de la part d’une organisation qui a donné tout son sens au mot partialité. »

Conflit dévastateur

Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a pour sa part rejeté à plusieurs reprises toute proposition de médiation avec les leaders tigréens, affirmant qu’il ne s’agissait que d’une « opération limitée de maintien de l’ordre ». Abiy Ahmed avait envoyé l’armée au Tigré, région la plus septentrionale du pays, en novembre 2020 pour renverser les autorités dissidentes issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Selon le prix Nobel de la paix 2019, cette opération répondait à des attaques contre des camps de l’armée fédérale ordonnées par le TPLF. La victoire devait être rapide, mais la région s’est enfoncée dans un conflit dévastateur, marqué par de nombreuses exactions contre les civils.

L’UA dans une position délicate ?

Fin juin, les forces pro-TPLF ont repris la capitale régionale Mekele, puis l’essentiel du Tigré et poussé dans les régions limitrophes de l’Amhara et de l’Afar pour mettre fin à ce qu’elles décrivent comme un blocus humanitaire du Tigré et pour empêcher les forces pro-gouvernementales de se regrouper.

LES ALLIÉS DE L’ÉTHIOPIE ONT EMPÊCHÉ TOUTE DISCUSSION SUR LE SUJET AU CONSEIL DE SÉCURITÉ DES NATIONS UNIES

Le conflit s’est avéré un sujet délicat pour l’Union africaine, basée à Addis Abeba, et les alliés de l’Éthiopie ont empêché toute discussion sur le sujet au Conseil de sécurité des Nations unies. Selon l’ONU, le conflit a déjà placé quelque 400 000 personnes dans une situation proche de la famine.

Olusegun Obasanjo avait déjà mené en juin au titre de l’UA une mission d’observation des élections générales qui ont débouché sur une large victoire des partisans d’Abiy Ahmed, malgré l’absence de scrutin pour raisons de sécurité dans un quart du pays, dont le Tigré.

Par Jeune Afrique avec AFP

Ethiopie: trois employés de MSF tués dans une attaque au Tigré

juin 25, 2021
Ethiopie: trois employes de MSF tues dans une attaque au Tigre
Ethiopie: trois employés de MSF tués dans une attaque au Tigré© AFP/Archives/PIERRE ANDRIEU, –

Trois employés de Médecins sans Frontières (MSF), une Espagnole et deux Ethiopiens, ont été tués dans une attaque dans la région en guerre du Tigré éthiopien, a annoncé vendredi la branche espagnole de MSF.

« Nous avons perdu le contact avec eux et la voiture dans laquelle ils voyageaient hier dans l’après-midi, et ce matin le véhicule a été retrouvé vide et leurs corps sans vie à quelques mètres », a indiqué MSF dans un communiqué en dénonçant « un assassinat brutal ».

María Hernández, de nationalité espagnole et âgée de 35 ans, était l’une des coordinatrices d’urgence de MSF au Tigré. Yohannes Halefom Reda et Tedros Gebremariam Gebremichael, tous deux Ethiopiens et âgés de 31 ans, étaient assistant de coordination et chauffeur pour l’ONG.

« María, Yohaness et Tedros étaient là-bas pour aider la population et il est impensable qu’ils aient payé de leurs vies pour cela », a poursuivi l’ONG.

La ministre espagnole des Affaires étrangères Arancha Gonzalez Laya a dénoncé sur Twitter « l’assassinat » de ces trois employés de MSF et a indiqué que Madrid était en « contact avec les autorités éthiopiennes pour éclaircir les faits et rapatrier le cadavre » de María Hernández.

L’armée fédérale éthiopienne mène depuis novembre au Tigré une opération qui a conduit au renversement des autorités locales dissidentes, issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Depuis, Addis Abeba a installé une administration de transition au Tigré.

Cette opération militaire s’est transformée en conflit de longue durée, marqué par de nombreux récits d’exactions sur les civils (massacres, viols, déplacements de population…).

Mardi, au moins 64 personnes ont été tuées et 180 autres blessées sur un marché de la région, dans une frappe aérienne

Par Le Point avec AFP

Ethiopie: 64 morts dans une frappe aérienne de l’armée éthiopienne au Tigré

juin 24, 2021
Ethiopie: 64 morts dans une frappe aerienne de l'armee ethiopienne au Tigre
Ethiopie: 64 morts dans une frappe aérienne de l’armée éthiopienne au Tigré© AFP/Yasuyoshi CHIBA

Au moins 64 personnes ont été tuées et 180 autres blessées mardi sur un marché de la région en guerre du Tigré, dans une frappe aérienne menée par l’armée éthiopienne qui affirme avoir visé des combattants rebelles.

Mercredi, des survivants sortis au compte-gouttes de la localité de Togoga, située à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de la capitale régionale Mekele, avaient raconté le carnage causé la veille à la mi-journée par un bombardement aérien alors que le marché hebdomadaire était bondé.

Jeudi, un responsable régional de l’administration intérimaire de cette région du nord de l’Ethiopie a dressé le lourd bilan.

« Jusqu’à présent, il y a 64 morts et 180 blessés à Togoga », a déclaré à l’AFP Mulu Atsbaha, conseiller en charge de la santé maternelle et infantile au sein de l’administration de transition du Tigré.

Ce bilan, élaboré à partir de chiffres recueillis auprès « des dirigeants locaux et de la population de Togoga », reste provisoire. M. Mulu a indiqué que la collecte d’informations auprès des familles des victimes allait se poursuivre.

Ce bombardement sanglant a été condamné mercredi par l’ONU, qui a demandé une « enquête rapide sur cette attaque et les actes ultérieurs privant les victimes de soins médicaux », ainsi que l’Union européenne et les Etats-Unis. Le pape François a indiqué jeudi suivre « avec appréhension » le conflit au Tigré.

Le bombardement est intervenu au lendemain d’élections législatives et régionales en Ethiopie, qui ne se sont pas tenues au Tigré, où l’armée fédérale mène depuis novembre une opération qui a conduit au renversement des autorités locales dissidentes, issues du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). Depuis, Addis Abeba a installé une administration de transition au Tigré.

Cette opération militaire s’est transformée en conflit de longue durée, marqué par de nombreux récits d’exactions sur les civils (massacres, viols, déplacements de population…).

« Propagande »

Au centre des accusations, l’armée éthiopienne a indiqué jeudi avoir mené une « opération » le 22 juin à Togoga contre des forces réunies « pour célébrer ce qu’ils appellent la fête des martyrs », commémoration d’un bombardement sur la ville tigréenne d’Hawzen le 22 juin 1988 durant la guerre civile, a déclaré à l’AFP un porte-parole, le colonel Getnet Adane.

« Il n’est pas possible que ces (combattants) lorsqu’ils dansent armés pour célébrer leur soi-disant +Jour des martyrs+, puissent en même temps s’appeler des civils lorsqu’ils sont ciblés dans une opération militaire. C’est inacceptable », a-t-il affirmé.

« Il est clair que les derniers combattants du TPLF et de ses milices s’habillent en civil », a-t-il insisté.

« Lier cette opération à un jour de marché (…), c’est de la pure propagande », a-t-il affirmé. L’armée éthiopienne est également accusée d’avoir empêché les secours d’accéder à Togoga et les blessés de se rendre à l’hôpital de Mekele.

Plusieurs ambulanciers ont raconté avoir voulu rejoindre Togoga depuis mardi et en avoir été empêchés par des soldats.

De rares ambulances ont été autorisées à passer. Un total de 73 blessés, dont plusieurs enfants en bas âge, avaient atteint Mekele jeudi après-midi, a-t-on appris de source médicale.

Un médecin a déclaré jeudi matin à l’AFP que le personnel de l’hôpital de Mekele avait procédé à des amputations et traitait également des brûlures et des blessures par éclats d’explosif, caractéristiques d’un bombardement.

« Je n’ai rien entendu jusqu’à ce qu’un avion de chasse nous survole. Et tout à coup, il y a eu une explosion, des débris métalliques ont volé dans tous les sens. Deux de mes amis ont été tués » a rapporté à l’AFP à Mekele un survivant, Gebregiorgies Gebrehaweria, 23 ans.

Avion abattu

Un haut responsable du TPLF, Getachew Reda, a dénoncé sur Twitter une « attaque gratuite ». Il a par ailleurs affirmé mercredi soir que les forces pro-TPLF avaient abattu un avion « transportant des explosifs et des munitions ».

Jeudi, les vols commerciaux en provenance et à destination de Mekele étaient annulés pour la seconde journée consécutive.

Les combats durent depuis plus de sept mois au Tigré entre les forces pro-TPLF et l’armée fédérale éthiopienne, épaulée par des troupes des autorités régionales voisines de l’Amhara et l’armée de l’Erythrée, pays frontalier du Tigré.

Ils ont fait des millions de déplacés et selon l’ONU, au moins 350.000 personnes sont en situation de famine dans la région, ce que conteste le gouvernement éthiopien.

Ces derniers jours, habitants, responsables locaux et diplomates ont relaté à l’AFP un regain d’activité militaire, notamment autour des villes stratégiques d’Adigrat et Wukro.

Jeudi matin, des habitants faisaient état de bombardements au nord de Mekele.

Par Le Point avec AFP

Éthiopie : nouvelle flambée de violences interethniques en Amhara

avril 24, 2021
Une patrouille de l’armée éthiopienne à Addis-Abeba, le 26 novembre 2020. Photo d’illustration.

De nouvelles violences interethniques dans la région éthiopienne de l’Amhara (nord-ouest) ont fait des dizaines de victimes et déplacé des dizaines de milliers d’habitants.

Cette dernière flambée de violence avive un peu plus les craintes sur le climat dans lequel sont censées se dérouler les élections nationales du 5 juin dans la région Amhara, dominée par le groupe ethnique éponyme.

Les violences, qui ont débuté la semaine dernière, se sont concentrées dans deux divisions administratives de la région, la zone Shoa Nord (ou Shewa Nord) et celle d’Oromo, cette dernière étant majoritairement peuplée d’Oromo, le principal groupe ethnique du pays.

Envoi de troupes

Les administrateurs des deux zones ont jusqu’à présent refusé de donner des bilans précis. Mais le médiateur en chef de l’Éthiopie, Endale Haile, a indiqué vendredi, après s’être rendu sur place, que 200 personnes pourraient avoir été tuées dans ces affrontements. « On peut dire sans crainte de se tromper que plus de 100 personnes sont mortes. L’estimation va jusqu’à 200 » victimes, a-t-il déclaré, précisant que ces données étaient « fondées sur les informations de déplacés ».

Selon lui, plus de 250 000 personnes ont été déplacées par les violences dans la région de Shoa Nord et plus de 75 000 dans la zone spéciale d’Oromo. Les chiffres du médiateur en chef n’ont pas pu être confirmés de source indépendante. En mars, de précédentes violences dans cette même région avaient fait plus de 300 morts et 50 000 déplacés.

Les causes demeurent floues. Des responsables amhara ont évoqué l’implication du groupe rebelle de l’Armée de libération oromo, mais ce dernier a démenti être présent dans cette zone. Dimanche, l’armée éthiopienne a annoncé l’envoi de troupes pour tenter de restaurer la paix. Le médiateur en chef a rapporté que la situation était calme lors de sa visite jeudi et vendredi. « Il faut à présent l’intervention des politiques, des pères religieux et des chefs coutumiers pour réconcilier les populations », a-t-il estimé.

Manifestations

Les informations faisant état d’Amhara pris pour cibles dans ces violences ont déclenché ces derniers jours des manifestations de colère dans plusieurs villes de la région. Les forces de sécurité ont fait usage de gaz lacrymogènes et de tirs de sommation pour disperser les manifestants à Bahir Dar, la capitale de la région.

Ces violences interethniques ternissent le mandat du Premier ministre Abiy Ahmed, arrivé au pouvoir en 2018 après d’importantes manifestations antigouvernementales portées notamment par la jeunesse oromo et amhara. Les analystes redoutent que les élections législatives et municipales prévues le 5 juin accroissent l’insécurité dans le pays, alors que l’Éthiopie est déjà engagée dans le conflit dans le Tigré.

Par Jeune Afrique avec AFP

Barrage sur le Nil : reprise des négociations à Kinshasa

avril 5, 2021
Félix Tshisekedi, le 13 janvier 2021, lors d’une réunion du Bureau de la conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine.

L’Éthiopie, l’Égypte et le Soudan ont repris dimanche à Kinshasa leurs négociations autour du méga-barrage éthiopien sur le Nil bleu, une centrale hydro-électrique présentée comme vitale par Addis-Abeba et perçue comme une menace par Le Caire et Khartoum.

Les ministres des Affaires étrangères et des questions hydrauliques des trois pays se sont retrouvés en présence du président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, qui exerce la présidence annuelle de l’Union africaine (UA) depuis février. »La réunion de Kinshasa se fixe comme objectif de déclencher une nouvelle dynamique », a déclaré à cette occasion le président congolais.

« Je vous invite tous à prendre un nouveau départ, à ouvrir une ou plusieurs fenêtres d’espoir, à saisir toutes les opportunités, à rallumer le feu de l’espérance », a-t-il plaidé, saluant la volonté des participants de « chercher ensemble des solutions africaines aux problèmes africains ».

« La dimension humaine est à placer au centre de ces négociations tripartites », a-t-il ajouté, en défendant le droit des habitants des trois pays « à l’eau à l’alimentation et la santé ».

Source de tensions

L’ambassadeur des États-Unis, Mike Hammer, était également présent à l’ouverture des travaux de cette réunion présentée comme « la conférence ministérielle de Kinshasa sur la poursuite des négociations tripartites » sur le barrage de la Grande renaissance éthiopienne (GERD).

La conférence doit se conclure ce lundi.

Le GERD est une source de tensions entre les trois pays depuis la pose de la première pierre il y a tout juste dix ans en avril 2011.

Il est construit sur le Nil bleu (un bras du fleuve qui fait jonction avec le Nil blanc à Khartoum), dans le nord-ouest de l’Éthiopie, près de la frontière avec le Soudan. Il pourrait devenir le plus grand barrage hydro-électrique d’Afrique avec une capacité annoncée de près de 6 500 mégawatts.

Énergie vitale

Addis-Abeba a annoncé en octobre que la première phase des opérations de remplissage a été menée en août 2020

L’Éthiopie affirme que l’énergie hydroélectrique produite par le barrage sera vitale pour répondre aux besoins en énergie de ses 110 millions d’habitants.

L’Égypte, qui dépend du Nil pour environ 97% de son irrigation et son eau potable, considère le barrage éthiopien comme une menace pour son approvisionnement en eau.

Le Soudan quant à lui craint que ses propres barrages ne soient endommagés si l’Éthiopie procède au remplissage complet du GERD avant qu’un accord ne soit conclu.

Par Jeune Afrique avec AFP

Un caméraman de Reuters arrêté par la police éthiopienne

décembre 28, 2020

UN CAMERAMAN DE REUTERS ARRÊTÉ PAR LA POLICE ÉTHIOPIENNE

© Reuters/FAMILY ALBUM

NAIROBI (Reuters) – Un caméraman de Reuters, Kumerra Gemechu, a été arrêté mardi dernier à Addis Abeba, la capitale éthiopienne et a été placé en détention provisoire pendant au moins deux semaines, a-t-on appris auprès de sa famille.

Aucune raison expliquant l’arrestation n’a été donnée à sa famille et la police n’a pas répondu aux sollicitations de Reuters. Kumerra Gemechu n’a pas été inculpé.

Kumerra Gemechu, âgé de 38 ans, collabore en tant que caméraman indépendant avec Reuters depuis une dizaine d’années.

Vendredi, lors d’une audience à laquelle aucun avocat n’était présent, un juge a ordonné sa mise en détention pour une durée de 14 jours afin de donner à la police le temps de mener son enquête, a déclaré sa famille.

Dans un communiqué publié lundi, l’agence de presse Reuters a fermement condamné la mise en détention du caméraman. Cette arrestation intervient après qu’un photographe de Reuters, Tiksa Negeri, a été agressé par deux policiers éthiopiens le 16 décembre dernier.

« Les journalistes doivent pouvoir faire leur travail de collecte de l’information dans l’intérêt du public sans crainte de harcèlement ou de subir des préjudices, où qu’ils soient. Nous ne connaîtrons pas de repos tant que Kumerra ne sera pas libéré », a déclaré Stephen Adler, directeur des rédactions de Reuters.

La police a confisqué le téléphone, l’ordinateur, les clés USB ainsi que des papiers appartenant à Kumerra Gemechu, ajoute sa famille.

ARRESTATIONS DE JOURNALISTES

L’arrestation de Kumerra Gemechu intervient alors que le gouvernement fait pression sur les journalistes d’agences de presse internationales couvrant le conflit dans la région du Tigré, dans le nord de l’Ethiopie.

Kumerra Gemechu couvrait le conflit du Tigré mais Reuters n’a pu déterminer si son arrestation était liée à son travail. Aucun représentant du gouvernement n’a répondu aux questions de Reuters relatives à ce sujet.

Le Comité de protection des journalistes (CPJ) a déclaré que la détention de Kumerra Gemechu était « le dernier exemple en date montrant la vitesse à laquelle la liberté de la presse disparaît sous l’égide du Premier ministre Abiy Ahmed. »

Selon le rapport du CPJ publié début décembre sur le nombre de journalistes emprisonnés dans le monde, au moins sept journalistes étaient maintenus en détention provisoire en Ethiopie pour des raisons en lien avec leur travail.

Cinq de ces arrestations ont été faites après le déclenchement le 4 novembre de l’offensive des autorités éthiopiennes contre les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF).

Rectifie l’âge de Kumerra Gemechu au troisième paragraphe.

Par Reuters avec (Bureau de Nairobi; version française Camille Raynaud, édité par Blandine Hénault)

Ethiopie: Le HRC demande l’accès aux camps de réfugiés érythréens du Tigré

décembre 1, 2020

 ETHIOPIE: LE HRC DEMANDE L'ACCÈS AUX CAMPS DE RÉFUGIÉS ÉRYTHRÉENS DU TIGRÉ© Reuters/Baz Ratner

GENEVE (Reuters) – Le Haut Commissariat de l’Onu aux réfugiés (HCR) a demandé mardi aux autorités éthiopiennes l’autorisation d’accéder aux camps de réfugiés érythréens du Tigré qui abritent 96.000 personnes et dont les réserves alimentaires seraient épuisées depuis un mois.

« Notre extrême inquiétude vient du fait que nous entendons parler d’attaques, de combats près des camps. Nous entendons parler d’enlèvements et de renvois forcés, c’est donc très important pour nous d’avoir cet accès pour aller voir ce qui s’est passé là-bas », a déclaré Babar Baloch, porte-parole de l’organisation, lors d’un point de presse.

Selon Addis-Abeba, l’armée éthiopienne a achevé ce week-end la reprise en main de la région dissidente, ce que Debretsion Gebremichael, président du Front de Libération du peuple du Tigré (TPLF), a démenti.

Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, a ordonné le 4 novembre à l’armée d’intervenir dans cette région du nord du pays peuplée de cinq millions d’habitants pour y restaurer l’état de droit après avoir imputé l’attaque d’une base gouvernementale aux forces locales.

Avec Reuters par (Stephanie Nebehay avec Emma Thomasson à Berlin, version française Jean-Philippe Lefief, édité par Blandine Hénault)

Conflit dans le Tigré, en Éthiopie : Yoweri Museveni et Olusegun Obasanjo s’impliquent

novembre 16, 2020
Des Éthiopiens ayant fui les combats dans le Tigré pour se réfugier au Soudan, le 15 novembre 2020.

Le conflit entre le pouvoir central et la région dissidente du Tigré, qui s’étend désormais à l’Érythrée, est au centre d’un intense balai diplomatique. Tandis que le président ougandais Yoweri Museveni affirme s’impliquer directement, l’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo est annoncé à Addis-Abeba pour une mission de médiation.

Olusegun Obasanjo « est en route pour Addis-Abeba pour des pourparlers », a assuré ce lundi Kehinde Akiyemi, porte-parole de l’ex-président nigérian, précisant qu’il allait mener une mission de « médiation ». Le gouvernement éthiopien et l’Union africaine (UA) ont cependant indiqué ne pas avoir d’informations concernant cette mission.

Cette annonce intervient alors que Yoweri Museveni, le président ougandais, a reçu le vice-Premier ministre éthiopien, Demeke Mekonnen Hassen, également ministre des Affaires étrangères. « Il faut qu’il y ait des négociations et que le conflit s’arrête », a déclaré Museveni à l’issue de cet entretien qui s’est tenu à Gulu, dans le nord de l’Ouganda. « Je suis totalement en désaccord avec la politique axée sur le fédéralisme ethnique, a encore précisé le chef de l’État ougandais. Nous devons mettre l’accent sur la question de l’unité et des intérêts communs, car c’est le seul moyen de prospérer. »

Le président ougandais Yoweri Museveni et vice-Premier ministre éthiopien, Demeke Mekonnen Hassen, le 16 novembre 2020 à Gulu (Nord de l'Ouganda).

Selon deux responsables gouvernementaux cités par l’AFP, Yoweri Museveni devait également recevoir ce lundi une délégation du Front de libération des peuples du Tigré (TPLF), parti qui dirige la région dissidente. Mais aucun détail n’a filtré sur cette rencontre.

Escalade

Le conflit qui fait rage dans la région du Tigré, où le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a envoyé l’armée fédérale le 4 novembre, après des mois de tensions croissantes avec les autorités régionales du TPLF, a franchi un seuil supplémentaire ces derniers jours. Le TPLF a tiré samedi des roquettes sur la capitale de l’Érythrée frontalière, qu’il accuse de prêter main-forte à l’armée fédérale éthiopienne dans son offensive.

Dimanche, Abiy Ahmed a assuré que les opérations militaires « progressaient bien » et que « l’Éthiopie était plus que capable d'[en] atteindre les objectifs […] par elle-même ». Les médias d’État éthiopiens ont par ailleurs annoncé la prise d’Alamata, localité du sud-est du Tigré, à 180 km de route au sud de la capitale régionale, Mekele.

Une escalade qui renforce les craintes des observateurs que le conflit au Tigré ne dégénère et n’entraîne l’Éthiopie dans un conflit communautaire incontrôlable en même temps qu’il déstabilise la Corne de l’Afrique.

Le Haut-Commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR) a alerté sur les conséquences de la crise, disant notamment s’attendre à une vague massive de réfugiés au Soudan voisin. Près de 25 000 Éthiopiens, hommes, femmes et enfants, ont déjà fui au Soudan les combats au Tigré, selon l’agence officielle soudanaise Suna.

 Par Jeune Afrique avec AFP