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RDC: une commission instituée pour les funérailles de l’opposant Étienne Tshisekedi

avril 22, 2018

 

Cérémonie d’hommage à Étienne Tshisekedi à Bruxelles, le 5 février 2017. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Le gouvernement, le parti de l’opposant historique défunt Étienne Tshisekedi et sa famille ont mis en place samedi une commission pour organiser ses funérailles en République démocratique du Congo, 14 mois après sa mort à Bruxelles, selon un communiqué conjoint.

« Une commission spéciale (de 9 personnes) chargée de l’organisation des funérailles est mise en place« , présidée par le ministre congolais de l’Intérieur, assistée d’un représentant de la famille et celui du parti (UDPS), lit-on sur le communiqué conjoint signé à Kinshasa par les trois parties. Mais aucune date des funérailles n’a pour l’instant été avancée.

Le gouvernement était représenté par le ministre de l’Intérieur et le gouverneur de Kinshasa, Jean-Marc Kabund, secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) a engagé le parti et Mgr Gérard Mulumba, jeune frère de l’opposant défunt a signé au nom de la famille.

Le palais du peuple, siège du parlement congolais est retenu comme lieu d’exposition de la dépouille pour les hommages officiels et populaires dont la durée est fixée à « environ 48 heures ».

Un avion spécial sera dépêché à Bruxelles pour ramener la dépouille et les membres de la famille.

« Trêve politique »

Les trois parties ont décidé que le corps d’Étienne Tshisekedi sera enterré « dans la concession familiale » située dans la périphérie de Kinshasa, dans la commune de Nsele, le parti et la famille ayant renoncé à leur exigence de l’enterrer à Limeté dans le centre de Kinshasa.

Elles ont enfin convenu d’observer « une trêve politique », pendant la période du deuil. Chaque partie est invitée à éviter « toute récupération politique ».

Plus de quatorze mois après sa mort à Bruxelles le 1er février 2017, le corps de l’opposant historique attend toujours en Belgique son rapatriement et son inhumation en RDC où son fils Félix Tshisekedi lui a succédé à la tête du parti.

Le gouvernement, la famille et le parti ne s’accordaient pas jusque là sur le lieu de l’enterrement de l’opposant décédé.

Jeuneafrique.com avec AFP

RDC – Mgr Mulumba: « La famille n’envisage pas l’enterrement de Tsisekedi à Bruxelles »

février 1, 2018
Les Congolais de la diaspora rendent un dernier hommage à l’opposant Étienne Tshisekedi à Bruxelles, le 5 février 2017. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Une année jour pour jour après sa mort à Bruxelles, Étienne Tshisekedi n’est toujours pas enterré. Le corps de l’opposant historique congolais est encore dans un funérarium de la capitale belge. « Inacceptable », selon son frère, Mgr Gérard Mulumba, qui s’est confié mercredi soir à Jeune Afrique.

« Une honte nationale. » Sur Twitter, c’est le député Patrick Muyaya qui décrit le mieux le sentiment de beaucoup de Congolais indignés par le non rapatriement de la dépouille d’Étienne Tshisekedi, décédé le 1er février 2017 à Bruxelles. Douze mois après le décès de cette figure emblématique de l’opposition, les tractations autour de son enterrement se trouvent aujourd’hui au point mort.

Pour le gouvernement congolais, c’est la famille biologique de l’opposant historique mais aussi son parti, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), qui seraient responsables du blocage. « Faux ! » rétorque Mgr Gérard Mulumba, convaincu que son frère, même mort, continue à faire peur au régime de Joseph Kabila.

Jeune Afrique : Quel est l’état d’esprit aujourd’hui de la famille biologique d’Étienne Tshisekedi que vous représentez ?

Mgr Gérard Mulumba : C’est une situation inacceptable ! Nous, la famille biologique mais aussi politique d’Étienne Tshisekedi, nous avons fait confiance aux autorités. Dès le début [des négociations], nous avons cru que le gouvernement allait tout faire pour rapatrier le corps et l’enterrer.

Nous avons fait des propositions sur le lieu de l’inhumation, comme les autorités nous le demandaient. Mais elles ont toutes été rejetées [Le 6 février 2017, la famille avait décliné de son côté le choix du cimetière de La Gombe, dans le centre-ville de Kinshasa, tel que décidé par le gouvernement, NDLR]. C’est pourquoi, au mois de mai, nous avons finalement opté pour un lieu à la périphérie de la ville de Kinshasa.

Une fois informé, le ministère de l’Intérieur nous a convoqué et des discussions ont de nouveau été relancées. Nous sommes même parvenus à rédiger un projet de communiqué conjoint. Ce document devrait être publié avec le programme des obsèques. Mais, malheureusement, des réunions ont été suspendues jusqu’à ce jour par le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur.

Depuis mai 2017, il n’y a donc plus eu des contacts entre la famille de Tshisekedi et le gouvernement congolais…

Et, surtout, aucun motif de cette suspension nous a été communiqué.

L’ambassadeur belge nous a dit que le gouvernement congolais ne veut pas que le corps de Tshisekedi rentre en RDC

Que répondez-vous à ceux, au sein du gouvernement, qui accusent aussi bien la famille biologique que politique d’Étienne Tshisekedi d’avoir conditionné le retour de la dépouille à la nomination de son fils, Félix Tshisekedi, au poste de Premier ministre ?

Lorsqu’Étienne Tshisekedi est mort, nous avons en effet pensé, au début, que si on nommait un Premier ministre qui répond à l’attente de la population et conformément à l’accord politique de la Saint-Sylvestre, les obsèques allaient se dérouler sans problème. Mais comme les autorités ne l’entendaient pas de cette oreille, nous avons évolué et laissé tomber ce point de vue.

D’ailleurs, dès le mois de mai, lorsque les pourparlers avaient repris, nous n’en parlions plus. Nous avons donc accepté que le gouvernement prenne en charge les frais de rapatriement, comme il le souhaitait. Il n’y avait plus aucune condition de notre part.

Comment expliquez-vous le blocage qui persiste autour de ce rapatriement, malgré la levée de vos conditions initiales ?

Les autorités ne nous ont toujours pas donné des raisons du blocage. Nous ne pouvons que croire à ce qui se dit : « Tshisekedi mort continue à leur faire peur ! » Nous en avons parlé à l’ambassadeur belge. Celui-ci nous a clairement dit que le gouvernement congolais ne veut pas que le corps de Tshisekedi rentre en RDC. Pourquoi ? Les Belges non plus ne connaissent la raison exacte de ce refus.

Les autorités ont-elles peur de ne pas parvenir à maîtriser la foule, quand le corps de Tshisekedi arrivera à Kinshasa ? Considèrent-elles que ce serait la fin du régime ? Voilà les questions qu’il faut se poser.

Le gouvernement doit respecter sa parole et s’impliquer pour le retour du corps de Tshisekedi en RDC

Selon vous, comment faut-il procéder pour débloquer cette situation et permettre enfin le rapatriement du corps de Tshisekedi ?

Nous ne voyons plus d’issue à ce blocage. Nous regrettons ce silence du gouvernement qui dure depuis plus de sept mois. Depuis que les discussions ont été suspendues. Nous lui lançons de nouveau un appel pour qu’il respecte sa parole et s’implique pour le retour du corps d’Étienne Tshisekedi en RDC.

En attendant, l’enterrement ne serait-ce que provisoire d’Étienne Tshisekedi en Belgique est-il envisageable ?

À ce stade, la famille n’envisage pas l’enterrement d’Étienne Tshisekedi à Bruxelles. Nous préférons qu’il soit inhumé en RDC. La raison est simple : de son vivant, sauf pour des raisons de santé, il n’a jamais voulu rester en Belgique. Même convalescent, Tshisekedi souhaitait toujours regagner le territoire national. L’enterrer en Belgique n’est donc pas la solution.

Jeuneafrique.com par

RDC : nouveau report sine die du rapatriement du corps d’Étienne Tshisekedi

mai 10, 2017

Le cercueil d’Étienne Tshisekedi, à Bruxelles, le 5 février 2017. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Annoncé pour le vendredi 12 mai, le rapatriement depuis Bruxelles de la dépouille de l’opposant historique Étienne Tshisekedi a de nouveau été reporté. Une décision de son parti, l’UDPS, rendue publique mardi après le regain de tension entre ses militants et les forces de l’ordre.

Pour cet énième report, aucune date n’a été avancée. Dans son communiqué, Jean-Marc Kabund-A-Kabund, secrétaire général de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), s’est contenté, mardi 9 mai, de dénoncer une « nouvelle cabale montée par le pouvoir de [Joseph] Kabila, qui tente, par tous les moyens, d’empêcher l’arrivée à Kinshasa de la dépouille mortelle du président Étienne Tshisekedi (…) et son enterrement digne de son rang à la permanence du parti ». Allusion faite à l’incendie le même jour d’un camion des éléments de la police en faction devant le siège de l’UDPS à Limete, dans l’est de la capitale de la RDC.

 

La Monusco sollicitée

« Pour faire échec au plan machiavélique programmé par la mouvance kabiliste d’engager notre pays dans une voie de la violence lors des obsèques de notre héros national, au nom de la paix et après concertation avec la famille biologique du défunt, l’UDPS a pris, en toute responsabilité, la décision de renvoyer à une date ultérieure le rapatriement de la dépouille de son président [Étienne Tshisekedi] », poursuit le texte.

Le lieu de l’inhumation du corps d’Étienne Tshisekedi continue de diviser l’UDPS et les autorités. André Kimbuta, gouverneur de Kinshasa, a expliqué mardi à ce parti d’opposition que la législation congolaise ne permettait d’enterrer les morts que « dans un terrain affecté et [que] aucune habitation ne peut être élevée à une distance inférieure à 50 mètres de cimetières ».

En attendant, l’UDPS dit avoir sollicité auprès de la Monusco, la mission onusienne en RDC, une « mesure de sécurisation accrue » autour de son quartier général.

Jeuneafrique.com

RD Congo : la famille d’Étienne Tshisekedi refuse qu’il soit inhumé au cimetière de La Gombe

mars 6, 2017

Cérémonie d’hommage à Étienne Tshisekedi à Bruxelles, le 5 février 2017. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

La dépouille d’Étienne Tshisekedi, décédé le 1er février à Bruxelles, ne sera pas rapatriée en RD Congo le 11 mars, comme initialement annoncé. Mgr Gérard Mulumba, frère de l’opposant historique, a confirmé lundi à Jeune Afrique que la famille n »était plus d’accord avec les autorités au sujet du site d’inhumation.

La famille d’Étienne Tshisekedi a fait volte-face. Plus question d’inhumer le leader emblématique de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) au cimetière de La Gombe, situé au centre-ville de la capitale congolaise, comme initialement prévu.

« Lorsque nous étions à Bruxelles, nous pensions que tout le monde était d’accord pour l’enterrer sur ce site choisi par les autorités de Kinshasa. Mais une fois sur place, nous nous rendons compte que les membres de la famille restés à Kinshasa et la base de l’UDPS sont catégoriquement opposés à cette option », a expliqué, le 6 février, Mgr Gérard Mulumba, frère de l’opposant congolais décédé le 1er février d’une embolie pulmonaire à Bruxelles.

Rapatriement du corps reporté sine die

« Nous avons donc tout remis en cause et nous nous apprêtons à faire une déclaration dans les prochaines heures », a-t-il ajouté.

En conséquence, le rapatriement de la dépouille, annoncé pour le 11 mars, n’aura plus lieu. « Nous devons d’abord renégocier un autre site avec les autorités », a confirmé Mgr Gérard Mulumba sans pouvoir avancer une nouvelle date du retour du corps d’Étienne Tshisekedi en RD Congo.

Une façon aussi pour la famille de se ranger finalement sur la position des « combattants », militants de l’UDPS, qui exigent la mise en oeuvre de l’accord politique du 31 décembre avant d’inhumer Étienne Tshisekedi.

Jeuneafrique.com par

RD Congo : la dépouille d’Étienne Tshisekedi sera rapatriée « d’ici à deux semaines », selon son fils

février 28, 2017

Le cercueil d’Étienne Tshisekedi, à Bruxelles, le 5 février 2017. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Le corps d’Étienne Tshisekedi pourrait être rapatrié en RDC dès la fin des travaux d’aménagement de son caveau, a indiqué à Jeune Afrique son fils, Félix Tshisekedi.

Étienne Tshisekedi, dont la dépouille repose depuis près d’un mois dans un funérarium de Bruxelles, sera bel et bien enterré dans le cimetière de la Gombe. « Le corps sera rapatrié dès que les travaux d’aménagement du caveau seront terminés, ce qui devrait prendre environ deux semaines. Il est inutile de le transporter, si c’est pour attendre ici », a indiqué son fils Félix Tshisekedi.

Un dénouement qui fait suite à plusieurs semaines de vives polémiques opposant les autorités de Kinshasa aux représentants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le parti du défunt « sphinx de Limete ».

Le 20 février, une réunion avait rassemblé les différentes parties pour convenir de l’emplacement de son mausolée. Mais les discussions avaient rapidement tourné au dialogue de sourds, avant que le gouverneur de la province de Kinshasa ne tranche dans le vif en signant un arrêté vendredi 24 février prévoyant « d’aménager, au sein du cimetière de la Gombe, un carré spécial (de plus ou moins 500 m2) destiné à recevoir la dépouille de feu Etienne Tshisekedi ».

L’UPDS prend acte

Une décision contraire aux souhaits des représentants de l’UDPS. Ces derniers avaient proposé au gouverneur le 16 février quatre sites symboliques (la place de l’Indépendance, la ville de Kasa-Vubu, l’esplanade du Palais du Peuple et la commune de Limete).

Devant le refus des autorités, le parti avait proposé une toute dernière solution : enterrer le défunt au siège du parti à Limete où un mausolée aurait été érigé. Impossible, leur auraient répondu les autorités, qui affirment qu’une loi datant de 1914 interdit toute inhumation d’une personne décédée en dehors d’un cimetière.

« Nous prenons acte de la décision des autorités, déclare Augustin Kabuya, porte-parole de l’UDPS. Mais ils ont agi avec mauvaise foi, en essayant de nous diviser avec la famille biologique. Nous ne sommes pas tombés dans leur piège et nous avons montré notre dignité. »

Jeuneafrique.com par Olivier Liffran et Pierre Boisselet

RD Congo : querelles de chapelle autour du cercueil de Tshisekedi

février 23, 2017

Hommage à Étienne Tshisekedi, leader de l’opposition congolaise, à Bruxelles, le 5 février 2017. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

La mort de l’opposant Étienne Tshisekedi aurait pu marquer une trêve politique, le temps de le mettre en terre. Elle a, au contraire, déclenché d’interminables discussions, prenant en otage le corps du défunt. Chronique de plus de quinze jours de palabres.

«Non, désolé. Depuis les funérailles, on ne peut plus se recueillir sur le corps. Il est chez nous, mais il n’est pas visible. Nous n’attendons plus que la date de son rapatriement. Au revoir. » Au bout du fil, la voix féminine est lasse de devoir se répéter une énième fois. Embarrassée aussi : cette société de pompes funèbre d’Ixelles, dans la capitale belge, s’est retrouvée, des semaines durant, au centre d’une querelle qui la dépasse.

En principe, les corps des défunts ne transitent dans ses chambres froides que quelques jours. Celui d’Étienne Tshisekedi, décédé le 1er février, y patiente toujours. Le décès du légendaire opposant de la RD Congo aura, en effet, donné lieu à une surréaliste empoignade frisant souvent l’indécence, de Bruxelles à Kinshasa. Au menu : bluff, coups bas et larmes de crocodile en abondance.

Quand sera-t-il inhumé ? Où ? Comment sera transporté le corps ? Avec quelle délégation ? Surtout, qui occupera le poste de Premier ministre, à Kinshasa, au moment de son arrivée ? Chacune de ces questions a fait l’objet de déclarations fracassantes et d’âpres négociations en coulisse.

L’homme fort des négociations

Lorsque l’opposant historique décède, des négociations sont déjà en cours entre pouvoir et opposition depuis un mois, à Kinshasa. Le 31 décembre, un « accord » a été signé pour mettre fin à l’incertitude née de l’expiration du dernier mandat constitutionnel du président Joseph Kabila. En principe, le deal paraît simple : ce dernier peut rester en place jusqu’à la prochaine présidentielle, mais le chef du gouvernement doit être désigné par l’opposition.

« L’opposition », c’est alors surtout Étienne Tshisekedi, 84 ans, dont trente-sept à avoir combattu tous les présidents congolais successifs. Malgré la fragilité manifeste de sa santé, il a encore pu réunir, grâce à son aura, l’essentiel de l’opposition derrière lui, à commencer par l’autre poids lourd de la coalition, Moïse Katumbi, l’ambitieux ancien gouverneur de l’ex-province du Katanga.

Lettre scellée

Étienne Tshisekedi fait sa proposition concernant la primature dans une lettre scellée, remise aux évêques catholiques congolais – les médiateurs de la crise –, avec pour destinataire le président Joseph Kabila. Demande-t-il la désignation de son fils Félix au poste de Premier ministre, comme cela sera ensuite dit ? Les évêques refusent de dévoiler le contenu avant de l’avoir remise en main propre au chef de l’État. Sauf que, des semaines durant, ils vont tenter en vain de le rencontrer.

En son palais, le président Joseph Kabila se tient, comme souvent, en retrait des discussions. Mais ses lieutenants refusent, en tout cas, qu’un nom lui soit imposé. « Nous avons dit à l’opposition de respecter certaines formes, explique un ministre. Il fallait qu’elle propose plusieurs noms. »

Les funérailles, nouvel argument du changement politique

Nous en sommes là lorsqu’Étienne Tshisekedi, atteint d’une thrombose, est évacué à Bruxelles par avion privé le 24 janvier. Le 30 janvier, à la clinique Sainte-Elisabeth, il subit une opération sous anesthésie générale, à la suite de laquelle il est plongé dans le coma. à Kinshasa, Félix tient toujours la barre des négociations qui doivent le désigner, lorsqu’il apprend le décès de son père, le 1er février. Dans tout le pays, c’est un choc. Les négociations sont évidemment interrompues. Mais chez les militants tshisekedistes, le déni initial cède vite à la colère puis à une exigence : former le nouveau gouvernement tout de suite, pour s’occuper des funérailles.

Le pouvoir osera-t-il arrêter Moïse Katumbi s’il rentre à Kinshasa avec la dépouille du patriarche ?

Sur le plan politique, l’opposition vient en effet de perdre un atout. Dans ce pays, où manifester revient souvent à risquer sa vie, Étienne Tshisekedi était la seule personnalité capable de soulever les foules kinoises sur son seul nom. C’était l’un des principaux moyens de pression pour amener le pouvoir à négocier. De ce point de vue, il y a un risque que l’enterrement du patriarche soit le dernier rassemblement de cette ampleur à Kinshasa. L’opposition met donc tout en œuvre pour faire appliquer l’accord au préalable.

Tharcisse Loseke désigné comme négociateur avec la famille Tshisekedi

D’autant que, déjà, au sein de la majorité, des voix remettent en cause l’accord. Le gouvernement temporise : il confie à Tharcisse Loseke, le vice-ministre des Finances, le mandat de négocier avec la famille l’organisation de funérailles nationales. Comme le Premier ministre, Samy Badibanga, Loseke fait partie de ces anciens membres de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) très proches de Félix, et qui l’ont quitté – et blessé – pour entrer au gouvernement. Il refuse catégoriquement de négocier avec eux.

Félix prépare alors son voyage pour Bruxelles, mais ne veut pas laisser son frère Christian derrière lui. La confiance entre eux est relative : par le passé, ce dernier a déjà constitué un canal de négociation alternatif entre la famille et le pouvoir. Félix propose à son frère de prendre l’avion avec lui. Mais ce dernier restera à Kinshasa durant l’ensemble des cérémonies en Belgique.

Avion belge ou congolais ?

Pendant ce temps, à Bruxelles, les préparatifs vont bon train. Dans l’appartement familial de Woluwe-Saint-Pierre, le fils aîné, Jean-Claude, et la veuve alitée, Marthe, reçoivent le 3 février la visite de Didier Reynders, le ministre belge des Affaires étrangères et de son envoyé spécial pour la région des Grands Lacs, Renier Nijskens. Les deux hommes viennent présenter leurs condoléances, mais aussi régler les cérémonies qui vont suivre.

La Belgique met les moyens : elle prête le palais 2 du Parc des expositions du Heysel, un espace de 4 500 m2 au pied de l’Atomium de Bruxelles, pour le dimanche 5 février. Une messe est programmée pour le jeudi 9, en la basilique du Sacré-Cœur de Koekelberg, la plus grande église du pays. Enfin, le gouvernement belge propose de mettre à disposition un avion pour rapatrier le corps, au cas où le gouvernement congolais se trouverait dans l’incapacité de le faire.

Ce simple détail prendra, par la suite, une importance capitale : l’affréteur de l’avion aura un droit de regard sur l’heure de l’arrivée du corps à Kinshasa (et donc sur le niveau de mobilisation) et sur la délégation qui montera dans l’appareil. Le gouvernement congolais va lui aussi, proposer de prendre le vol en charge…

Amitiés et intérêts politiques

Le 3 février toujours, Samy Badibanga tente un coup de poker. Il sait son poste menacé par l’accord du 31 décembre et a commencé à imaginer, avant même le décès de Tshisekedi, un coup d’éclat pour se légitimer. Ce matin-là, à Washington, il met son plan à exécution : il parvient à se faire photographier aux côtés du président américain Donald Trump lors d’un événement médiatique. « Rencontre au sommet », exulte le site internet de la primature. Curieusement, la presse américaine, qui scrute les moindres faits et gestes du nouveau président, ne prend pas la mesure de ce « succès diplomatique indéniable ».

De retour à Bruxelles, Badibanga appelle son ancien ami : il veut participer à la messe du 9 février. Pendant des années, ces deux-là ont été inséparables. Les voici désormais rivaux pour le même poste. Félix le dissuade de venir. L’amitié pèse peu face aux rivalités politiques. Il arrive même que les liens familiaux s’en trouvent distendus.

Un autre homme s’imagine, en effet, avoir une bonne chance d’accéder à la primature au même moment : Raphaël Katebe Katoto, le demi-frère aîné de Moïse Katumbi. Ce riche métis, résidant en Belgique, était un proche d’Étienne Tshisekedi, l’un des rares à pouvoir l’approcher. Politiquement, le décès du « Vieux » le prive de son meilleur atout. Néanmoins, son influence a été cruciale pour bâtir l’alliance entre Katumbi et Tshisekedi, et il estime que ses efforts méritent récompense. Ce n’est pas l’avis de Félix. Le 5 février, une rumeur malveillante est diffusée sur les réseaux sociaux, mettant en cause Katebe dans la mort du patriarche. L’intéressé réagit sur Facebook, démentant l’information. Dans ce contexte malsain, il renonce à se rendre à la messe prévue le lendemain.

Mausolée

Entre Katebe et Félix, Moïse Katumbi choisit de prendre fait et cause pour le second : il fait tout pour l’aider à devenir Premier ministre. Pour continuer à peser, l’ancien gouverneur du Katanga a besoin d’une alliance solide avec une personnalité de poids. Après la disparition d’Étienne, il ne voit plus que Félix dans ce rôle. Pour ce dernier, cette alliance avec cet homme richissime et bien connecté a aussi des avantages… Les deux hommes s’entendent bien en tout cas : ils se voient régulièrement et se parlent quotidiennement.

Peut-être discutent-ils du communiqué que le parti de Tshisekedi s’apprête à publier à Kinshasa, le 8 février. En exigeant la construction d’un mausolée pour enterrer le « Vieux » – comme ce fut le cas pour Laurent-Désiré Kabila – et une nomination du Premier ministre comme préalable aux funérailles, il va faire singulièrement monter les enchères. « Tshisekedi n’était pas un chef d’État assassiné en exercice pour avoir droit à un mausolée ! » s’étrangle une source à Kinshasa.

Moïse Katumbi exposé dangereusement 

Une autre initiative est discutée entre Félix et Moïse : ce dernier s’apprête à faire une déclaration, en marge de la messe à Koekelberg. Ce jour-là, il annonce s’apprêter à rentrer au pays avec la dépouille de Tshisekedi. Or, depuis juin 2016, Moïse a dû rester en exil en raison d’une condamnation à trois ans de prison dans une obscure affaire immobilière. C’est donc un nouveau coup de pression sur les autorités de Kinshasa. Oseront-elles l’arrêter au milieu de la foule d’opposants venue accueillir le corps du patriarche ? Si elles le font, ne risquent-elles pas de renforcer sa stature ? « Moïse sous-estime notre détermination à l’interpeller », répond un ministre. À Kinshasa, maintenir Katumbi hors jeu est devenu une obsession.

Mais avant d’espérer rentrer, mieux vaut préparer le terrain. En cherchant la protection de la Mission de l’ONU en RD Congo (Monusco), par exemple. Pour cela, il s’active chez les Occidentaux. Après la messe, il déjeune à Bruxelles avec Guillaume Lacroix, conseiller Afrique de Jean-Marc Ayrault, ministre français des Affaires étrangères. Ils calent les détails d’une rencontre avec Ayrault qui aura lieu, discrètement, au Quai d’Orsay, le 13 février, avant que Katumbi ne s’envole vers les États-Unis.

Quelques jours plus tôt, le 10 février, Moïse avait déjà rencontré Reynders, en compagnie de Félix. À chaque fois, on lui sert le même discours : « Nous souhaitons la nomination du Premier ministre au plus vite, et Katumbi doit pouvoir rentrer. » De là à lui promettre la protection des Casques bleus face à son propre gouvernement…

Félix oui, mais sans Moïse

Devant cet activisme, le pouvoir congolais ne reste pas les bras croisés. Le 14 février, le ministre de la Communication, Lambert Mende, s’érige en gardien de la décence : « Nous devons terminer le deuil avant de reprendre une activité normale. » Pendant ce temps, son collègue des Affaires étrangères, Léonard She Okitundu, se trouve en Europe pour tenter de desserrer l’étau.

Le 10 février, il a rencontré Reynders pour sa toute première visite en Europe. Ancien de l’ONG Caritas, ce fin diplomate sait parler la langue des chancelleries occidentales. Auprès de son homologue belge, il conteste la légitimité des sanctions européennes prononcées en décembre contre plusieurs responsables des services de sécurité congolais – l’autre moyen de pression sur Kinshasa.

Dialogue impossible 

Le soir même, She rencontre discrètement Félix dans la capitale belge. Entre les deux hommes, qui ont négocié ensemble l’accord du 31 décembre, le contact est facile. Il tente de lui faire comprendre qu’il serait plus aisé pour lui d’être nommé à la primature sans son encombrante alliance avec Moïse. Puis le ministre réussit un dernier coup avant de rentrer à Kinshasa : le 15 février, il est reçu par le Premier ministre belge, Charles Michel, pendant plus d’une heure.

Pendant plus de quinze jours, l’organisation des funérailles de Tshisekedi n’aura pas avancé d’un iota. Ce qui sera apparu clairement, en revanche, c’est le blocage persistant entre le pouvoir et l’opposition. Cela augure bien mal de leur capacité à travailler ensemble pour organiser une présidentielle qui n’a de cesse de s’éloigner.


SAMY BADIBANGA FAIT DE LA RÉSISTANCE

Tout en exprimant sa « grande consternation » à la suite de « la disparition de celui qui nous a guidés […] sur le chemin de la liberté », dans un communiqué diffusé le 6 février, le Premier ministre Samy Badibanga semble de nouveau croire en son destin ces dernières semaines.

Samy Badibanga, le 3 septembre 2012 à Paris. © Vincent Fournier/J.A.

Nommé le 17 novembre, cet ancien compagnon de route d’Étienne Tshisekedi paraissait condamné, du fait de l’accord du 31 décembre. Celui-ci prévoyait en effet la désignation d’un nouveau Premier ministre par le « Rassemblement de l’opposition », plateforme dont il ne fait pas partie. Mais les interminables discussions sur son application lui ont offert un sursis qu’il aimerait voir se prolonger.

Cohabitation ?

Son entourage plaide, en effet, pour la nomination d’un nouveau gouvernement élargi à l’opposition, mais qu’il continuerait de diriger. « On ne voit pas le président nommer Félix Tshisekedi, estime un de ses proches. Une cohabitation avec ce radical risquerait de bloquer les institutions du pays. »

Originaire du Grand Kasaï, Badibanga se sent par ailleurs conforté par la Constitution congolaise. « Le changement de Premier ministre ne peut intervenir qu’après un décès, une démission ou une motion de censure à l’Assemblée nationale », affirme son entourage. Reste que ladite assemblée est toujours contrôlée par la majorité présidentielle. Une carte de plus dans le jeu du chef de l’état.

Jeuneafrique.com par Pierre Boisselet

Félix Tshisekedi : « Mon père appartient au patrimoine national de la RD Congo »

février 10, 2017

Félix Tshisekedi, à Bruxelles, le 10 février 2017. © Colin Delfosse pour J.A.

La mêlée politique congolaise ne connait pas de trêve. Depuis le décès d’Étienne Tshisekedi, et malgré l’émotion affichée par tous, les négociations entre pouvoir et opposition se poursuivent. Cette disparition leur a simplement donné un nouvel enjeu : l’avenir de son corps. Mais ce n’est pas la question la plus épineuse.

Le rapatriement du sphinx de Limete à Kinshasa est suspendu à la résolution de plusieurs débats. La famille exige qu’il repose dans un mausolée. Voici qui le placerait sur un pied d’égalité avec le « Mzee » Laurent-Désiré Kabila, le père de l’actuel président Joseph Kabila, qui dispose du sien à Kinshasa.

Il y a, aussi, la question de la nomination d’un nouveau Premier ministre d’opposition, tel que prévu par l’accord du 31 décembre, ultime acte politique de Tshisekedi. Avant de partir, « le Vieux » avait proposé le nom de son fils, Félix, pour ce poste. À l’heure où d’autres peuvent s’abandonner au chagrin, il doit se battre pour concrétiser cet héritage politique. Le tout sans son mentor.

Il s’est confié à Jeune Afrique à Bruxelles, au lendemain de la messe prononcée en mémoire de son père en la Basilique du Sacré-cœur-Koekelberg.

Jeune Afrique : Quel est votre état d’esprit, un peu plus d’une semaine après le décès d’Étienne Tshisekedi ?

Félix Tshisekedi : Je suis toujours triste. Nous avons perdu quelqu’un de très cher pour sa famille mais aussi et surtout pour le pays. On ne guérit pas facilement de ce genre de perte. Ça prendra du temps. En même temps, son combat doit continuer et nous sommes bien armés pour le porter.

Comme les Congolais, nous pensons qu’il mérite d’avoir un mausolée

Son corps est toujours à Bruxelles. Quand les Congolais pourront-ils se recueillir auprès de celui-ci ?

Dès que nous aurons réglé les problèmes. Il y a surtout celui de sa sépulture. Comme les Congolais, nous, sa famille, pensons qu’il appartient au patrimoine national et qu’il mérite d’avoir un mausolée, plutôt que d’être enterré au cimetière. Nous discutons avec le gouvernement sur ce point pour définir l’endroit idéal.

Vous souhaitez qu’il soit érigé à Kinshasa ?

Oui, c’est mieux. C’est la capitale.

Ce sont ces discussions qui bloquent son retour aujourd’hui ?

Oui. Et par ailleurs, il y a des tensions. La population ne veut pas que le gouvernement [de Samy] Badibanga s’occupe de ces obsèques et veut la formation d’un nouveau gouvernement en vertu de l’accord du 31 décembre dernier.

Nous, la famille, nous n’en faisons pas une exigence, et nous voudrions éviter ces tensions. Nous ne voulons pas que ces funérailles se transforment en bataille rangée. Mais il n’y a que le gouvernement qui peut faire retomber la tension en permettant la conclusion des discussions.

Vous dites que vous n’en faites pas une exigence, mais le secrétaire général de votre parti, Jean-Marc Kabund A Kabund, lui, en fait une condition sine qua non

Il représente le parti politique. C’est une position politique, ce n’est pas celle de la famille. Même si, personnellement, je pense que ce serait la meilleure des solutions.

Combien de temps cette situation peut-elle durer ?

Le temps que le gouvernement règle la question. Cela fait déjà plus d’un mois que l’on discute des modalités d’application de l’accord du 31 décembre. C’est plus de temps qu’il n’en a fallu pour le négocier…

Y a-t-il des divergences au sein de la famille sur cette question ?

Non.

Moïse Katumbi a dit vouloir rentrer avec le corps d’Étienne Tshisekedi. Cette déclaration était-elle concertée ?

Je sais que le retour de Moïse au pays le démange. Il s’estime, à juste titre, victime d’une injustice. C’est son pays, il doit rentrer. Nous n’avons pas de désaccord avec lui.

Cela ne va-t-il pas encore compliquer les discussions sur ces funérailles ?

Pendant les négociations avec le pouvoir, il était question de mesures de décrispation de la vie politique. Je crois que le gouvernement aurait intérêt à faire un geste. Le dossier est vide. Il n’est pas dans son avantage de s’acharner sur un opposant.

Comment va se dérouler la succession à la tête du parti de Tshisekedi, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) ?

Malheureusement, les organes qui doivent s’occuper de la transition en cas de vacance de la présidence du parti ne sont pas en place. Donc nous allons devoir gérer cela de manière consensuelle, après l’enterrement du président. Il faudra une direction transitoire avant l’organisation d’un congrès extraordinaire, qui désignera une direction définitive.

Cela ne va-t-il pas générer des tensions internes ?

Non. Je crois qu’on est entre personnes responsables, qui comprennent bien qu’il ne faut pas se diviser mais rester unis pour continuer l’œuvre du président Tshisekedi.

Celui qui est désigné Premier ministre par l’opposition doit être nommé par le président.

La disparition de Tshisekedi prive également le Rassemblement de l’opposition de sa tête. Comment va être désigné son successeur ?

Lorsque nous avons créé le Rassemblement [à Genval, en juin 2016, NDLR], ce poste a été taillé sur mesure pour lui, du fait de son charisme et de son combat. C’est pourquoi nous avons créé un conseil des sages, qu’il présidait. Faut-il retourner vers une formule classique, avec un président, et un vice-président, quitte à réduire l’influence du Conseil des sages ? Ce sont des réflexions.

L’accord du 31 décembre, avec le pouvoir, était aussi, taillé sur mesure pour Tshisekedi. Faut-il le renégocier ?

Non. Je ne vois pas pourquoi. Je ne sais pas si c’est par sagesse ou pressentiment, mais Étienne Tshisekedi avait lui-même refusé que son nom n’apparaisse dans cet accord comme président du Conseil national de suivi de l’accord. Donc, son successeur au niveau Rassemblement prendra automatiquement le poste qui lui revenait.

Il y a un débat entre pouvoir et opposition sur la procédure de nomination du Premier ministre. Kinshasa veut que vous lui transmettiez plusieurs noms. Vous estimez que l’opposition doit directement désigner son Premier ministre. C’est d’ailleurs votre nom qui a été proposé. Ce débat est-il tranché ?

Il y a un accord. Il est très clair sur ce point. Il dit « le Premier ministre est présenté par le Rassemblement de l’opposition » et ensuite « il est nommé par le président ». Il n’est pas question de candidats pour la primature. Donc, celui qui est désigné doit être nommé par le président.

Jeuneafrique.com par Pierre Boisselet – Envoyé spécial à Bruxelles

RD Congo : Moïse Katumbi veut rentrer à Kinshasa « avec la dépouille de Tshisekedi »

février 9, 2017

Moïse Katumbi à Lubumbashi le 11 mai 2016. Huit jours plus tard, l’opposant était inculpé pour atteinte à la sûreté de l’État. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

L’opposant congolais a fait cette déclaration en marge de la messe donnée jeudi en l’honneur d’Étienne Tshisekedi à la Basilique du Sacré-cœur de Bruxelles, où étaient rassemblés de très nombreux Congolais ainsi que des représentants politiques belges et français.

Même décédé, Étienne Tshisekedi reste le meilleur argument de l’opposition congolaise. Mercredi, son parti avait fait de la formation d’un nouveau gouvernement, auquel il doit participer, un préalable aux funérailles nationales qui doivent se tenir à Kinshasa. Ce jeudi, c’était au tour de l’opposant Moïse Katumbi de déclarer à la presse son intention de rentrer dans la capitale congolaise avec le cercueil du « Vieux ».

« Je vais rentrer avec la dépouille à Kinshasa », a-t-il déclaré, en marge de la messe donnée jeudi 9 février pour la mémoire de Tshisekedi en la Basilique du Sacré-cœur, alias Koekelberg pour les Bruxellois.

« Je vais accompagner le corps pour l’enterrement au Congo, a-t-il ajouté. Le plus important, c’est d’honorer le ‘Vieux’ ».

Mobilisation populaire

Katumbi, qui avait cofondé avec Étienne Tshisekedi le « Rassemblement de l’opposition », est sous le coup d’une condamnation à trois ans de prison dans un nébuleux litige immobilier. En principe, il devrait donc être arrêté à son retour à Kinshasa.

Mais le retour du corps d’Étienne Tshisekedi dans la capitale congolaise – à supposer qu’il finisse par avoir lieu – promet de donner lieu à une mobilisation populaire de grande ampleur.

La Basilique de Koekelberg n’était en tout cas pas assez grande pour accueillir tous les Congolais venus lui rendre hommage lors de la messe, ce jeudi matin : même dans la crypte, ou un écran géant avait été installé, certains ont dû assister à la messe debout.

Attroupement autour de Félix

La famille était également présente, à commencer par la veuve de Tshisekedi, Marthe, emmitouflée dans une couverture et coiffée d’une toque de fourrure, et son fils Félix, lunette noire sur les yeux. La présence de celui qui fait figure d’héritier politique et de Premier ministrable, a déclenché attroupements et bousculades à la fin de la cérémonie.

Les vétérans de la politique belge Herman de Croo et Louis Michel (ancien ministre belge des Affaires étrangères et fin connaisseur du Congo) étaient aussi présents, de même que Jean-Christophe Belliard, l’ancien directeur Afrique du ministère français des Affaires étrangères (aujourd’hui secrétaire général adjoint du service d’action extérieure de l’Union européenne) et Guillaume Lacroix, l’actuel conseiller Afrique de Jean-Marc Ayrault, le chef de la diplomatie française.

Jeuneafrique.com par Pierre Boisselet – envoyé spécial à Bruxelles

RDC : « Les gens ne sont pas prêts à accepter les obsèques de Tshisekedi avec le gouvernement actuel », estime son frère

février 8, 2017

Un homme de la sécurité se tient derrière le cercueil d’Étienne Tshisekedi, à Bruxelles, le 5 février 2017. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

La date du rapatriement du corps d’Étienne Tshisekedi à Kinshasa n’est toujours pas fixée avec certitude. Une partie de sa famille et de son parti souhaite que son fils, Félix, soit nommé Premier ministre avant les obsèques nationales.

« Le corps d’ÉtienneTshisekedi pourrait être rapatrié à Kinshasa au plus tôt vendredi », avait déclaré Valentin Mubake, un des dirigeants de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), à l’AFP. Aujourd’hui, ce scénario paraît bien optimiste.

Une semaine après le décès de l’ancien leader de l’opposition congolaise, Étienne Tshisekedi, les détails de ses obsèques à Kinshasa ne sont toujours pas fixés. L’incertitude pèse, notamment, sur l’ordre à respecter entre la nomination du nouveau gouvernement et l’organisation de son inhumation à Kinshasa.

« Les gens ne sont pas prêts à accepter… »

Certains membres de la famille d’Étienne Tshisekedi et certains de ses supporters estiment en effet que la nomination d’un nouveau Premier ministre devrait intervenir avant les obsèques.

« À Kinshasa, les gens ne sont pas prêts à accepter des obsèques avec ce gouvernement, assure à Jeune Afrique Mgr Gérard Mulumba, frère cadet du défunt et évêque, depuis Kinshasa. C’est ce que tout le monde dit et c’est ce que j’ai indiqué aux autorités pour que les obsèques se passent au mieux ».

La nomination d’un nouveau Premier ministre issu du Rassemblement de l’opposition, la coalition formée par Tshisekedi, était en effet prévue dans l’accord signé le 31 décembre dernier. Mais les discussions entre le pouvoir et l’opposition sur l’identité du Premier ministre ont été interrompues par le décès d’Etienne Tshisekedi, le 1er février.

Elles sont toujours à l’arrêt : la Conférence épiscopale nationale au Congo (Cenco), médiateur de ces discussions, n’est pas présente à Kinshasa. « Les évêques sont actuellement en mission en Suisse, indique son porte-parole, l’Abbé Nshole. Ils ne devraient pas revenir avant la fin de la semaine et les discussions ne reprendront probablement pas avant les obsèques de Tshisekedi ».

Félix Tshisekedi Premier ministre ? 

Avec la disparition du très populaire Étienne Tshisekedi, le Rassemblement a perdu un de ses principaux moyens de pression et facteur d’unité. Une partie des membres de cette plateforme craint désormais que le pouvoir ne s’estime plus contraint de nommer un Premier ministre issu du Rassemblement. Ils envisagent d’utiliser les obsèques (et les débordements qu’elles pourraient occasionner) comme moyen de pression pour obtenir sa mise en œuvre rapide.

Selon un message posté sur Facebook par Raphaël Katebe Katoto, un cadre du Rassemblement, le nom de Félix Tshisekedi avait été transmis à la Cenco pour le poste de Premier ministre avant le décès de son père.

Mgr Mulumba doit rejoindre le reste de la famille Tshisekedi à Bruxelles (notamment le fils Félix et la veuve Marthe) ce mercredi 8 février, avant une messe le lendemain. Une délégation du gouvernement congolais pourrait arriver dans la capitale belge jeudi, afin de démêler cet imbroglio avec la famille du défunt.

Jeuneafrique.com par Pierre Boisselet

RD Congo : à Bruxelles, la diaspora congolaise rend un dernier hommage à Étienne Tshisekedi

février 6, 2017

Des milliers de membres de la diaspora congolaise, venus de toute l’Europe, ont rendu un vibrant hommage à Étienne Tshisekedi le 5 février 2017. © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Une « icône », un « papa », un « fédérateur »… Des milliers de membres de la diaspora congolaise, venus de toute l’Europe, ont rendu dimanche à Bruxelles un dernier hommage à Étienne Tshisekedi, l’opposant historique décédé quatre jours plus tôt dans la capitale belge.

Pour cette troisième et dernière journée de veillée funéraire, le cercueil du défunt avait été exposé pendant plusieurs heures dans une vaste salle mise à disposition de la famille Tshisekedi par la ville de Bruxelles, à proximité du célèbre site de l’Atomium, dans le nord de la capitale.

Les visiteurs sont venus de Belgique, mais aussi de France, du Royaume-Uni ou encore d’Allemagne. Patientant parfois pendant des heures, ils ont fait la queue avant de pouvoir s’incliner sur le cercueil surélevé, entouré de couronnes de fleurs et de portraits du défunt, montrant Étienne Tshisekedi coiffé de son éternelle casquette.

« Notre icône »

Chants religieux et partisans se sont succédé dans une atmosphère parfois festive, malgré les nombreux yeux mouillés de visiteurs de tous âges. « C’est notre icône, témoigne Armand Moke, venu de la région de Dortmund en Allemagne, à plus de 200 km. C’est un monsieur qui a combattu pendant une trentaine d’années pour instaurer la démocratie pour notre pays ».

« On a perdu vraiment un papa”, répète Pélagie, 50 ans, qui a fait le déplacement depuis Anvers (nord de la Belgique), où elle vit depuis dix ans. « C’est un héros, ce qu’il a fait au Congo, personne ne peut le faire, souligne-t-elle, sans cacher son inquiétude. Qui va le remplacer ? »

« On a investi beaucoup d’espoir dans le dialogue » engagé en RDC pour une transition politique, dans lequel Étienne Tshisekedi jouait un rôle-clé, « on se disait qu’on était presque au bout du tunnel », explique Jean-Pierre Mukendi, originaire lui aussi du Congo, et prêtre dans une paroisse du Brabant Wallon (centre) depuis 17 ans.

« Son esprit reste parmi nous »

Les Congolais perdent « un fédérateur, un rassembleur », dit-il pour expliquer l’inquiétude des partisans du défunt. « Nous traversons un moment d’incertitudes, mais nous gardons espoir », assure-t-il cependant.

Dans la grande salle de la veillée, un orateur prend le micro : « Il est mort mais son esprit reste parmi nous. Nous perpétuerons son héritage », lance-t-il, avant de faire acclamer la veuve de « Tshishi », présente au côté de son fils Félix.

L’irréductible opposant s’est éteint mercredi dans une clinique de Bruxelles après avoir quitté huit jours plus tôt pour des soins la RDC, où il participait aux négociations sur la mise en place d’une transition politique après la crise provoquée par le maintien au pouvoir de Joseph Kabila.

Les autorités congolaises ont annoncé vouloir organiser des « funérailles dignes d’un ancien Premier ministre » pour l’éternel opposant, dont la date du transfert de la dépouille en RDC n’est pas encore connue.

Jeuneafrique.com avec AFP