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« Les fruits et légumes sont protecteurs, quel que soit leur statut ! »

juin 3, 2022

INTERVIEW. Une étude américaine suggère que les résidus de pesticides pourraient être nocifs pour la santé. Une hypothèse fragile, selon l’expert Denis Corpet.

Un etal de legumes.
Un étal de légumes.© PATRICK LEFEVRE / BELGA MAG / Belga via AFP

Pour avoir voulu alerter ses lecteurs des conclusions erronées qui pourraient être tirées de l’interprétation d’une étude aux nombreuses limites méthodologiques, Le Point s’est attiré les foudres de certains de ses confrères, qui avaient relayé ces travaux, pourtant riches d’enseignements. Afin d’éclairer le débat, nous avons soumis cette étude à Denis Corpet, ancien professeur émérite « Hygiène et Nutrition humaine » à l’École nationale vétérinaire, à Toulouse, et ancien directeur de l’équipe Inra « Aliments et Cancers » (laboratoire ToxAlim, Toulouse). Il est l’un des 22 experts internationaux ayant participé en 2015 au Groupe de travail sur « viande et cancer » au Centre international de recherche sur le cancer. Interview.

Le Point : Une étude publiée en janvier dans le Environmental Journal, conduite par une équipe de chercheurs des départements de nutrition, d’épidémiologie et de santé environnementale de l’université Harvard, suggère que « la présence de traces de pesticides sur les fruits et les légumes est susceptible d’annuler les bénéfices de leur consommation pour la santé ». Ce résultat a été obtenu en suivant trois grandes cohortes épidémiologiques regroupant 160 000 Américains. Comment les chercheurs ont-ils travaillé ?

Denis Corpet : Il faut d’abord souligner que l’équipe de Harvard travaille depuis très longtemps, et reste l’une des meilleures équipes d’épidémiologie du monde. Les cohortes sur lesquelles elle appuie ses travaux, constituées au départ d’infirmières et de membres du personnel de santé, permettent des analyses solides. Tous les quatre ans, leurs membres remplissent un questionnaire alimentaire auto-administré, renseignent les détails de leur mode de vie, leurs maladies, leur évolution… Jusqu’au décès. Pour étudier l’effet éventuel de résidus de pesticides sur la santé, l’équipe de Harvard a eu l’idée de croiser les données de leur cohorte avec le contenu en pesticide supposé des fruits et légumes, estimé à partir d’une autre base de données, tenue par l’administration américaine. Ils ont trouvé que les gens qui mangent des fruits et légumes réputés contenir moins de pesticides voient leur mortalité réduite de 36 % par rapport à ceux qui en consomment plus. Il est normal qu’ils publient ces résultats. Mais leur étude n’annule pas ce qui a été démontré précédemment, et de façon répétée : que les fruits et légumes sont protecteurs, quel que soit leur statut !

Vous voulez dire que cette étude ne prouve pas d’effets particuliers des résidus de pesticides ?

Non, c’est pourquoi leur conclusion demeure très prudente, sous la forme d’une simple hypothèse : « Notre étude suggère, écrivent-ils, que le contenu en pesticides des fruits et légumes pourrait annuler l’effet bénéfique des fruits et légumes. » Mais ce n’est absolument pas prouvé.

Je comprends très bien que des gens qui ont peur des pesticides a priori se soient dit : « J’arrête de manger des fruits et légumes, c’est trop dangereux. » Et c’est réellement dramatique, car la santé globale française va se dégrader !

Comment cela ?

Pour quantifier la teneur en résidus de pesticides des différents aliments, les auteurs se basent sur les statistiques établies, par prélèvement, par les autorités américaines. On sait, grâce à cette base, que certains fruits et légumes contiennent habituellement peu de pesticides, et d’autres beaucoup. Mais leur conclusion n’est pas du tout obtenue à partir de ces données, puisqu’ils n’ont pas étudié les pesticides, mais l’effet des fruits et légumes ! Leurs données montrent que les gens qui mangent un certain type de fruits et légumes (par exemple beaucoup de petits pois et d’oranges) ont moins de cancers et de maladies cardiovasculaires que ceux qui mangent beaucoup de pommes, de fraises et d’épinards. Cela confirme que certains fruits et légumes sont associés à une bien meilleure protection que d’autres. Nous le savions déjà : les oignons par exemple, qui contiennent beaucoup de phyto-nutriments (des composés soufrés), protègent beaucoup mieux que les pommes de terre. On sait également que les oranges protègent réellement contre le cancer de l’estomac, alors que la pomme, pas du tout. Or dans leur enquête, les oranges sont dans le groupe des produits peu contaminés, et les pommes dans celui des produits très contaminés. Mais objectivement, on ignore si l’effet bénéfique observé est lié à la présence moindre de pesticides, ou à la composition du fruit lui-même. L’hypothèse qu’ils formulent n’est absolument pas prouvée.

Que sait-on, aujourd’hui, de l’effet des aliments bio sur la santé ?

Très peu de choses, en réalité. On a observé que les agriculteurs, qui épandent ou sont au contact direct des pesticides, souffrent davantage de la maladie de Parkinson. Mais sur la population générale, il n’y a quasiment rien. Les études épidémiologiques sont complexes, car les différences observées entre les consommateurs de bio et les autres peuvent être attribuées à beaucoup d’autres facteurs, les consommateurs de bio prenant en général mieux soin de leur santé, ils fument moins, font plus de sport, etc. La meilleure étude qui ait été réalisée vient de l’équipe de Serge Hercberg, en France, à partir de la cohorte Nutrinet, et publiée sous la plume de Julia Baudry. Ils n’ont pas trouvé d’effet de l’alimentation bio, sauf sur un type de cancer, le lymphome non hodgkinien, qui est un cancer assez rare.

N’y a-t-il pas un effet pervers à médiatiser ces résultats sans mise en contexte ?

En lisant plusieurs quotidiens, je comprends très bien que des gens qui ont peur des pesticides a priori se soient dit : « J’arrête de manger des fruits et légumes, c’est trop dangereux. » Et c’est réellement dramatique, car la santé globale française va se dégrader ! En dépit des pesticides, les fruits et légumes sont globalement protecteurs. C’est totalement démontré ! Le premier message à passer devrait être que les fruits et légumes protègent. Peut-être que les pesticides diminuent légèrement cette protection, mais à ce jour ce n’est pas démontré.

La question des résidus de pesticides est omniprésente dans le débat public. Est-il raisonnable de s’en inquiéter ?

Au sein du laboratoire Toxalim, j’ai travaillé sur les liens entre alimentation et cancer. J’ai choisi d’étudier la viande et les charcuteries, car leur potentiel cancérigène m’apparaissait vraiment préoccupant. Quinze ans plus tard, en partie grâce à nos études, l’OMS a conclu que la charcuterie était cancérigène, et la viande rouge probablement aussi. Mais sur les pesticides, on ne voit rien qui sort ! Même la meilleure étude, celle de Julia Baudry que nous avons citée, sortie en 2018, ne voit un effet que sur un cancer rare, en diminution régulière depuis 1990, probablement parce qu’on a interdit certains pesticides, notamment organochlorés.

L’étude des chercheurs américains ne doit-elle pas inciter à chercher davantage ?

Leur étude est suffisamment importante, en tout cas, pour que l’on décide de se donner les moyens d’étudier, aux États-Unis, la raison pour laquelle les fraises ou les épinards ont autant de résidus de pesticides, par exemple. Tout en rappelant que les mangeurs de fraises et d’épinards se portent de toute façon beaucoup mieux que les autres, résidus de pesticides ou pas. En France, les normes ne sont pas les mêmes, donc ces résultats ne nous concernent pas.

Par Le Point

Maroc, Sénégal, Gabon… Qui sont les champions africains de la finance verte ?

mai 14, 2022

Dans une nouvelle étude, la Banque africaine de développement (BAD) distingue sept pays africains pionniers en matière de croissance verte et de financement climatique.

Dans une pépinière, à Buee, dans le sud de l’Éthiopie, en juin 2020. © Michael Tewelde/AFP

Alors que le débat sur la dette africaine fait rage, la Banque africaine de développement (BAD) a, dans une étude publiée à la fin de janvier et qui vient d’être rendue publique, évalué les nouveaux mécanismes de financement d’une croissance soucieuse de la préservation de l’environnement.

Intitulée « Croissance verte en Afrique », cette étude, menée conjointement avec l’Institut mondial de la croissance verte (GGGI), présente une cartographie des pays selon leur degré d’avancement en matière de projets verts (énergies renouvelables, parcs éco-industriels, etc.). Elle désigne des pionniers en matière de croissance verte et, surtout, de finance climatique.

  • Kenya et Rwanda, deux grands leaders

Parmi ceux qui sortent du lot, le Kenya, dont le leadership en matière de croissance verte découle d’un changement institutionnel efficace. Le Rwanda, qui, lui, a mobilisé 160 millions de dollars par le biais du Fonerwa – un fonds par lequel le financement environnemental et climatique est acheminé, décaissé et suivi –, démontre que le financement de la croissance verte peut être stimulé par un mécanisme de lutte contre le changement climatique.

Bien que la création d’emplois dans les secteurs dits verts ne soit pas systématiquement suivie au niveau national, le Fonerwa estime avoir contribué à en créer 144 858, est-il écrit dans le rapport de la BAD.

  • Maroc, Tunisie et la part des énergies renouvelables

L’étude relève que, tout comme la Tunisie, le Maroc a atteint 100% d’accès à l’électricité, ce qui se traduit par une consommation par habitant relativement élevée dans ces deux pays.

Le Gabon, où la forte consommation d’électricité provient des citadins nantis (40% des populations rurales n’ont pas accès à l’électricité) est également dans cette catégorie. Au Gabon, au Kenya, au Rwanda et au Mozambique, la part des énergies renouvelables dans la production d’électricité est importante (entre 60% et 90%) en raison du poids de l’hydroélectricité.

  • L’exemple éthiopien

L’Éthiopie, qui tente de jeter les bases d’une industrie verte par le biais d’un parc éco-industriel, fait également office de pionnier en matière de financement de la croissance verte, souligne le rapport. Grâce à de « bonnes pratiques de gestion des terres », ce pays a inversé la courbe de la dégradation du couvert végétal, qui est passé de 5% en 2010 à 13 ou 15% trois ans plus tard. Ce qui représente une contribution monétaire d’environ 27 milliards de birr, soit 520 millions de dollars selon le cours actuel.

L’expérience éthiopienne suggère, précise le rapport, que la réussite de la croissance verte dépend en partie de l’adoption et du respect d’un processus de planification ancré localement. En Tunisie, un mécanisme de financement innovant a produit des résultats probants dans le secteur des chauffes-eau solaires grâce au programme Prosol, censé lutter contre la déforestation.

Le mécanisme financier Prosol a été lancé entre 2005-2009 afin d’installer 300 000 m2 de capteurs solaires pour développer le marché des chauffes-eau dans le secteur résidentiel.

  • Lutte contre la déforestation : le label gabonais

Enfin, le Gabon comme le Mozambique constituent des modèles dans la lutte contre la déforestation, en vue d’assurer une croissance verte. L’annulation de l’exploitation forestière sur 1,3 million d’hectares, notamment dans les sanctuaires et les parcs nationaux, ainsi que l’interdiction d’exporter du bois non transformé ont entraîné une baisse de 50% de l’exploitation forestière.

Recouvert à 98% de forêt tropicale, le pays, qui exploitait 3,5 millions de mètres cubes de bois par an il y a quinze ans, a ramené ce seuil à 1,5 million de m3. Libreville a d’ailleurs demandé à toutes les sociétés forestières présentes sur son sol de se conformer au Forest Stewardship Council (FSC), un label qui promeut une gestion durable de la forêt.

Avec Jeune Afrique par Nadoun Coulibaly

Un institut du Vatican sur les agressions d’enfants étend son mandat aux adultes

octobre 13, 2021

ROME — Le principal institut de recherche de l’Église catholique qui étudie les agressions sexuelles sur mineurs étend son mandat pour inclure également les agressions sexuelles et spirituelles sur les adultes.

© Fournis par La Presse Canadienne

Le Vatican semble ainsi prendre conscience que les enfants ne sont pas les seules victimes de membres du clergé qui abusent de leur pouvoir et de leur autorité.

Le révérend Hans Zollner, l’un des principaux conseillers du pape François dans le dossier des agressions sexuelles, a déclaré que la portée plus large de l’institut académique reflète les leçons du mouvement #MoiAussi, la propre reconnaissance du pape que les religieuses et les séminaristes adultes peuvent aussi être maltraités par leurs supérieurs, et la preuve que des problèmes systémiques et structurels au sein de l’Église ont permis une multiplication des agressions.

«Nous ne pouvons plus nous limiter aux problèmes individuels: nous devons également examiner les conditions institutionnelles qui favorisent (les agressions) ou empêchent un environnement sécuritaire», a déclaré M. Zollner à l’Associated Press mercredi.

Il a accordé cette entrevue à la veille du lancement officiel du nouvel institut à l’Université pontificale grégorienne, à Rome. L’Institut d’anthropologie et d’études interdisciplinaires sur la dignité humaine et le soin intègre le Centre pour la protection de l’enfance, fondé il y a dix ans. En tant que département d’anthropologie sanctionné par le Vatican, l’institut académique peut désormais décerner des diplômes universitaires, former son propre corps professoral et s’associer sur un pied d’égalité avec d’autres universités.

Étendre l’objectif de l’institut au-delà de la protection de l’enfance est important, étant donné que le Vatican a tendance à développer des politiques en s’appuyant sur la recherche universitaire et les conférences internationales de ses universités pontificales pour jeter les bases des décisions prises plus haut dans la hiérarchie de l’Église. 

Pour le père Zollner, la croissance d’un institut de sauvegarde à part entière couve depuis plus d’une décennie, et pourtant, elle se heurte toujours à des résistances. «Je me débats depuis longtemps avec cette question: pourquoi, dans l’Église, luttons-nous pour accepter l’existence parmi nous d’abus commis par des membres du clergé? Pourquoi est-ce si difficile d’accepter cela, de voir cette réalité? Parce qu’il y a encore des gens qui nient cette réalité et disent: ‘Nous n’avons pas de cas’», a-t-il déclaré.

M. Zollner a déclaré que l’idée d’élargir le champ de l’étude est venue après qu’un rapport du grand jury de Pennsylvanie en 2018 a révélé comment plusieurs évêques de l’État avaient systématiquement couvert les prêtres agresseurs. Des rapports d’enquête ultérieurs sur les abus du clergé, y compris en Allemagne, pays natal de M. Zollner, et plus récemment en France, ont identifié les mêmes problèmes systémiques et structurels.

Toujours en 2018, le Vatican a commencé son enquête sur l’ex-cardinal Theodore McCarrick, un archevêque américain qui a finalement été défroqué par François après que le Vatican a déterminé qu’il avait agressé sexuellement des mineurs ainsi que des séminaristes adultes sous son autorité.

M. Zollner a souligné que le nouvel institut ne mettait en aucun cas de côté son objectif principal sur la protection de l’enfance, qualifiant l’agression sexuelle d’enfants de «la chose la plus horrible à laquelle vous puissiez penser».

Mais le mandat élargi permettra l’étude de problèmes qui étaient auparavant en dehors de la portée d’origine du centre, a-t-il déclaré, tels que les abus spirituels d’adultes par les dirigeants de nouveaux mouvements religieux, ou les facteurs institutionnels et structurels au sein de l’Église qui ont facilité les abus.

Avec Nicole Winfield, The Associated Press

Espagne : des poissons tués par la pollution des élevages porcins ?

octobre 13, 2021

Selon une récente enquête citée par le « Guardian », l’impact de l’industrie porcine espagnole, en termes de pollution, pourrait avoir été sous-estimé.

La faune d'un des plus grands lagons d'eau salee d'Europe pourrait courir un danger jusqu'a present sous-estime.
La faune d’un des plus grands lagons d’eau salée d’Europe pourrait courir un danger jusqu’à présent sous-estimé.© JOSE MIGUEL FERNANDEZ / AFP

La faune d’un des plus grands lagons d’eau salée d’Europe pourrait courir un danger jusqu’à présent sous-estimé. Dans un article publié mercredi 13 octobre, Le Guardian évoque une récente enquête, selon laquelle la pollution causée par l’industrie porcine espagnole pourrait être à l’origine du décès massif de poissons. Cette enquête, conjointement menée pendant quatre mois par le collectif de journalistes Lighthouse Reports, ainsi que des collaborateurs du média elDiario.es, est arrivée à la conclusion que l’élevage intensif aurait grandement contribué à créer l’une des pires catastrophes environnementales de ces dernières années.

Dès le mois d’août, des habitants de la région de Murcie, située dans le sud-est de l’Espagne, ont commencé à tirer la sonnette d’alarme après avoir vu des dizaines de poissons morts s’échouer sur les rives de la lagune de Mar Menor, relate le quotidien britannique.

Plus de cinq tonnes de carcasses en décomposition

En quelques jours seulement, le bilan s’est aggravé, atteignant les plus de cinq tonnes de carcasses en décomposition, qui jonchaient alors des plages autrefois très prisées par les touristes. Petit à petit, des images montrant les eaux troubles de la lagune et des témoignages de plaintes provenant des habitants, au sujet de l’odeur nauséabonde qui découlait du phénomène, ont commencé à inonder les médias espagnols, poursuit le Guardian. Dans le même temps, des scientifiques ont pointé du doigt plusieurs décennies de ruissellement d’eau chargée en nitrates. Selon eux, ce phénomène serait à l’origine d’importantes proliférations d’algues, qui ont épuisé l’eau en oxygène, provoquant ainsi la mort des poissons par suffocation.

Alors que des poissons sans vie continuaient à s’échouer tout au long de l’été, le gouvernement régional a interdit l’utilisation d’engrais à une distance inférieure de 1,5 kilomètre de la lagune, suggérant que la responsabilité de la crise était imputable à la vaste étendue de champs agricoles qui bordent la lagune, observe le site d’information. De son côté, le gouvernement central s’est montré plus direct, reprochant aux responsables locaux d’avoir eu un comportement laxiste en matière d’irrigation des champs. Mais ni l’un ni l’autre n’a jamais mentionné les élevages porcins. Pourtant, comme le précise le Guardian, ces derniers ont proliféré au cours de la dernière décennie, près de la lagune.

La violence familiale et sociale sous une loupe internationale

octobre 3, 2021

Que se passe-t-il dans la tête d’une personne qui tue ses propres enfants, un ami ou de parfaits étrangers? L’actualité regorge de ces cas dont personne ne comprend vraiment le pourquoi. Une équipe de 10 spécialistes du Québec, de la France, de la Belgique et de la Suisse vient de publier un volume visant à apporter des éclairages et des pistes de solutions en s’arrimant à des connaissances à la fois théoriques et empiriques sur la question.Suzanne Léveillée, professeure au département de psychologie de l’UQTR.

© ARCHIVES Suzanne Léveillée, professeure au département de psychologie de l’UQTR.

Intitulé La violence familiale et sociale, cet ouvrage vient de paraître aux Éditions JFD à l’attention des étudiants, professeurs, chercheurs, cliniciens et professionnels qui interviennent en pareil cas.

Un deuxième tome est en préparation, signale Suzanne Léveillée, professeure au département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières qui a codirigé cet ouvrage avec sa collègue Carolanne Vignola-Lévesque.

Ce travail était en préparation depuis deux ans, indique la professeure Léveillée, soit bien avant le début des mesures sanitaires imposées lors de l’arrivée de la COVID-19.

Même s’il n’en est pas question dans le livre, la chercheuse peut néanmoins affirmer que le confinement imposé «sollicite les rapprochements, les conflits de couple et les séparations dans l’après-COVID. C’est peut-être ça que l’on voit dans la hausse des violences de type féminicide», dit-elle.

«Les séparations sont un terrain propice aux agissements violents dans le couple», explique-t-elle.

«Surtout chez les hommes, s’il y a des fragilités liées aux pertes, c’est sûr qu’une séparation conjugale va exacerber les conflits», explique-t-elle en rappelant que dans les plus récents drames rapportés dans les médias, «il y avait eu un enjeu de séparation», dit-elle.

La professeure Léveillée signale qu’en pareille situation, «c’est un moment où il faut aller chercher de l’aide», même si ce n’est pas facile. «Il faut en parler.»

Dans l’ouvrage qui vient de paraître, il est notamment question des signes qui surviennent avant un geste aussi extrême qu’un cas de filicide où un père tue ses propres enfants.

Souvent, «la conjointe a du mal à entrevoir comment son conjoint ou ex-conjoint pourrait s’attaquer aux enfants», dit-elle.

Toutefois, la séparation et la perte de la garde des enfants sont deux éléments déclencheurs, explique-t-elle.

Colère, séparation, jalousie, possessivité, contrôle sont autant d’indicateurs, de signes psychologiques à considérer, car «ils ont des points communs avec des risques d’homicides familiaux et conjugaux», explique la chercheuse de l’UQTR qui est en train de comparer ces cas au Québec avec ceux de la France.

«On est dans les mêmes indicateurs», constate-t-elle.

En plus des recours à la DPJ et aux autorités policières et judiciaires, il existe aussi le recours au psychosocial, rappelle-t-elle, notamment aux organismes communautaires pour femmes en difficulté qui peuvent aider, dit-elle. «Au moins, il faut aller demander conseil», insiste-t-elle.

Il faut être à l’écoute des indices, ajoute-t-elle. «La violence intrafamiliale, c’est dans l’intimité» que ça se passe et les gens n’osent pas parler de ce qui se passe dans leur intimité, explique-t-elle.

La situation de la violence familiale et sociale «était stable», indique la professeure Léveillée. Toutefois, au cours de la dernière année, «on a une augmentation des cas de féminicides. C’est clair.»

Il semble que des stresseurs, comme la pandémie, «déstabilisent des gens», constate-t-elle. «On verra ce que cette déstabilisation sociale reliée à la pandémie va amener comme impacts», dit-elle.

La coauteure du livre croit que les gouvernements en sont conscients. Il faudra voir comment seront mis en place des filets de sécurité. «De plus en plus, on en parle», notamment en poursuivant la formation des policiers sur le terrain, illustre-t-elle.

«Il faut parler de ce qui se passe, échanger avec des ami(e)s et des collègues, aller chercher de l’aide», conclut la professeure Léveillée en insistant sur le fait qu’il «ne faut pas rester isolé(e) pendant que le stress augmente et risque d’éclater.»

Avec Brigitte Trahan – Le Nouvelliste

Canada: Des lynx aux habitudes de chasse surprenantes au Yukon

juillet 25, 2021

Des chercheurs albertains ont étudié les comportements des lynx du Canada dans le parc national Kluane, au Yukon, à l’aide d’enregistreurs sonores et de moniteurs d’activité physique. Les résultats ont révélé des détails sur le comportement de ces animaux dont les observations se font rares.

Les scientifiques ont pu traquer avec précision les activités des lynx, à distance, grâce à des enregistreurs sonores et des accéléromètres.

© Emily Studd Les scientifiques ont pu traquer avec précision les activités des lynx, à distance, grâce à des enregistreurs sonores et des accéléromètres.

Les lynx seraient-ils des chasseurs plus paresseux qu’il n’y paraît? C’est en tout cas ce que semblent montrer les résultats d’une étude effectuée sur cinq ans dans le parc national de Kluane, sur les terres de la Première Nation Champagne Aishihik, au Yukon.

Pour être plus précis, il semblerait que certains lynx soient opportunistes lorsqu’il s’agit de se nourrir. Pour certains individus étudiés, la moitié de ce qu’ils mangent n’a pas été tué juste avant», avance, encore étonnée, Emily Studd, l’une des co-autrices de l’étude publiée dans la revue Ecology and Evolution.

La technologie au service de l’étude

Pour faire ce type d’observation, l’étudiante au postdoctorat au département des Sciences biologiques à l’Université de l’Alberta et ses collègues ont équipé une vingtaine de lynx avec des enregistreurs audio et des accéléromètres.

L’étude s’est déroulée les hivers, une période particulièrement intéressante selon Emily Studd. C’est une époque à laquelle les lynx se nourrissent en priorité de lièvres d’Amérique, c’est un moment très difficile pour les animaux, la nourriture est rare, il fait très froid.»

Ces félins passionnent les biologistes, car l’espèce suit des cycles de population intimement liés à l’abondance des lièvres d’Amérique. Quand ces derniers sont nombreux, les lynx mangent facilement. Au bout d’un certain temps, la proie disparaît à force d’être chassée, ce qui entraîne à son tour une baisse de la population de lynx.

Emily Studd tient un lièvre d'Amérique. Les résultats de l'étude menée par la scientifique ont notamment révélé que les lynx étudiés mangeaient en moyenne 1,2 lièvre par jour.

© Laurence Carter Emily Studd tient un lièvre d’Amérique. Les résultats de l’étude menée par la scientifique ont notamment révélé que les lynx étudiés mangeaient en moyenne 1,2 lièvre par jour.

Les scientifiques ont donc cherché à étudier les moments où le prédateur tue, à quelle fréquence, de quelle façon et son succès lors de la chasse.

Les entraîneurs réconfortent souvent leurs clients qui s’inquiètent de ne pas perdre assez de poids en leur disant que c’est dû au fait que les muscles pèsent plus lourds que la graisse. Ce n’est pas tout à fait exact. Un kilo de muscle, c’est la même chose qu’un kilo de graisse, n’est-ce pas? En réalité, ce n’est pas de poids qu’on devrait parler mais de densité. Le tissu musculaire est beaucoup plus dense que le tissu adipeux et, par conséquent, à poids égal, il occupe moins d’espace. Ce qui veut dire que plus vous en avez, plus vous paraissez mince. Par conséquent, persévérez dans vos exercices de musculation.

Les accéléromètres, qui fonctionnent comme les montres qui traquent les efforts physiques des sportifs, ont, eux, permis d’étudier l’activité des lynx, telle que la marche, la course, le repos. Chaque mouvement possède une signature différente au niveau de l’accélération et cela peut être traduit en comportement.»

Étudier l’évolution de la chasse au fil des saisons

Pour Emily Studd, les données récoltées vont permettre d’observer à quel point les habitudes de chasse changent dans le temps. Elle aimerait d’ailleurs comparer ses résultats à ce qui se passe l’été pour les lynx, une période pour laquelle les informations manquent, révèle-t-elle.

Nous suivons les taux de mortalité des lièvres à l’année et durant l’été, il y a très peu d’individus, alors que mangent les lynx? Nous l’ignorons, mais ils survivent donc ils doivent bien manger quelque chose. Ce ne sont en tout cas pas des lièvres adultes.»

Les scientifiques ont dû capturer une vingtaine de lynx pour réaliser leur étude.

© Allyson Menzies Les scientifiques ont dû capturer une vingtaine de lynx pour réaliser leur étude.

La théorie développée par son groupe de chercheurs pour répondre à ces questions est simple : souvent vus comme des animaux solitaires, les lynx auraient pourtant recours à des sessions de chasse en groupe.

Je parie que ça aide vraiment à augmenter leur chance de succès», affirme Emily Studd, avant de préciser que cette affirmation reste encore à prouver.

Une nouvelle étude devra probablement attendre, avoue-t-elle, puisque pour l’instant, elle n’est pas à son agenda.

Avec  Laureen Laboret 

Canada/COVID-19: hausse du développement d’anticorps en un an selon Héma-Québec

mai 27, 2021

 

© Fournis par La Presse Canadienne

MONTRÉAL — À peu près 15 % des adultes du Québec avaient développé des anticorps au virus de la COVID-19 à la fin de la deuxième vague de la pandémie en mars dernier. 

Les auteurs de la deuxième étude de séroprévalence des donneurs de sang, réalisée par Héma-Québec, rappellent que la première, effectuée à la suite de la première vague au printemps 2020, avait montré qu’à peine 2,2 % des personnes testées dans la population des donneurs de sang avaient développé ces anticorps.

L’étude d’Héma-Québec signale que les personnes ont développé ces anticorps après avoir été infectées par le SRAS-CoV-2 depuis le début de la pandémie ou après avoir été vaccinées. En excluant les personnes ayant reçu le vaccin, c’est environ 10 % de la population qui a développé des anticorps en raison d’une infection.   

Les données ont aussi permis de confirmer que la très grande majorité des personnes vaccinées ont développé des anticorps contre le virus. Cette deuxième étude portait sur un échantillon de 7924 personnes âgées de 18 ans et plus ayant fait un don de sang entre le 25 janvier et le 11 mars.   

Sur la base des résultats, l’étude permet d’extrapoler à près de 600 000 le nombre de personnes de 20 à 69 ans ayant développé des anticorps à la COVID-19 suite à une infection depuis le début de la pandémie.   

Un des constats importants de l’étude est de confirmer qu’à la fin de la deuxième vague, seule une faible proportion de la population était immunisée, rappelant l’importance de poursuivre les efforts de vaccination.   

L’analyse des résultats démontre que les taux de séroprévalence sont plus élevés chez les jeunes et diminuent progressivement selon l’âge. Il s’établit à 19 % pour les 18 à 24 ans, à 16,7 % pour les 25 à 39 ans, à 14,4 % pour les 40 à 59 ans, à 9,8 % pour les 60-69 ans et à 9,5 % chez les 70 ans et plus.   

La séroprévalence se situe à 16,9 % chez les femmes alors qu’elle n’est que de 12,5 % chez les hommes.   

Ce sont les régions de Laval et Montréal qui enregistrent les taux les plus élevés de séroprévalence, à 18,5 % et 16,7 %.   

L’étude montre également que la séroprévalence en Mauricie-Centre-du Québec, à 15,8 %, était à nouveau plus élevé que la moyenne québécoise. La région Chaudière-Appalaches suit de très près à 15,6 %.   

Les autres régions affichaient des mesures sous la moyenne québécoise.   

Héma-Québec prétend que les activités de collectes de sang à l’échelle du Québec font des donneurs de sang un groupe représentatif de la population générale. Des échantillons de sang sur chaque don de sang sont prélevés  systématiquement et l’organisme dispose de laboratoires et de l’expertise pour réaliser ces tests.   

Une troisième étude similaire de séroprévalence sera réalisée dans les prochains mois, à la demande des autorités de santé publique, afin de poursuivre la surveillance de l’évolution de la séroprévalence à la COVID-19 dans la population québécoise.   

Ces études d’Héma-Québec sont réalisées en collaboration avec l’Institut national de santé publique (INSPQ) et en partenariat avec le Groupe de travail sur l’immunité face à la COVID-19 (GTIC).

Avec La Presse Canadienne

Canada-Québec: Maison des aînés de Trois-Rivières: une seule soumission à l’étude

mai 23, 2021

La Société québécoise des infrastructures (SQI) analyse présentement la seule soumission qu’elle a reçue à la suite du processus d’appel d’offres pour la Maison des aînés de Trois-Rivières qui s’est terminé mercredi.

Les travaux de démolition sont commencés à l’ancien Canadian Tire de la rue Fusey.

© SYLVAIN MAYER, Le Nouvelliste Les travaux de démolition sont commencés à l’ancien Canadian Tire de la rue Fusey.

C’est la firme Pomerleau qui a déposé une soumission au montant de 54,4 millions $ pour la construction de la Maison des aînés qui prendra place sur le site de l’ancien Canadian Tire de la rue Fusey, dans le secteur du Cap-de-la-Madeleine.

Le processus devrait se faire à l’intérieur d’un délai de 60 jours, a fait savoir le porte-parole de la SQI, Martin Roy, qui assure que la livraison est toujours prévue pour l’été ou l’automne 2022.

«On est toujours dans le processus de l’analyse de la soumission reçue. Que ce soit la conformité, la ventilation, les garanties de soumissions, les cautionnements, etc.», a-t-il fait savoir.

En plus du coût de construction de 54,4 millions $, d’autres frais devraient s’ajouter.

Il est donc encore trop tôt pour savoir si les coûts seront plus ou moins élevés que l’évaluation de 58 millions $ qui avait été faite au départ.

«C’est ce qu’on évalue au complet aussi. Il y a aussi d’autres coûts au-delà du coût de construction. Il y a tous les honoraires professionnels pour ce qui est des architectes, des ingénieurs, etc. On est en train d’évaluer le tout», a soutenu le porte-parole de la SQI.

Une maison de 96 places

La Maison des aînés et alternative de Trois-Rivières doit accueillir 96 personnes, dont 72 personnes âgées nécessitant du soutien à l’autonomie ainsi que 24 personnes vivant avec un handicap, un trouble du spectre de l’autisme ou une déficience.

Les besoins de ces deux clientèles sont bien sûr différents.

Ce nouveau modèle de centre de soins de longues durées doit, selon le gouvernement Legault, remplacer progressivement les CHSLD tels que nous les connaissons.

Les résidents habiteront dans des unités climatisées pouvant accueillir 12 personnes où l’on doit retrouver autant les chambres que les milieux de vie. En cas d’éclosion, cela permet de mieux circonscrire la propagation du virus.

«Actuellement en CHSLD, c’est plus de 80 % des patients qui ont des troubles neurocognitifs sévères. Nous avons une obligation de concevoir des lieux pour les accueillir et prendre soin d’eux différemment. C’est tout l’aspect hospitalo-centrique qui disparaît», affirmait lors de l’annonce de la construction de la Maison des aînés de Trois-Rivières la ministre des Aînés, Marguerite Blais.

Une fois construite, cette Maison des aînés doit employer une cinquantaine de personnes, note Julie Michaud, agente d’information au Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de la Mauricie et du Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ).

«Nous aurons besoin d’infirmières, d’infirmières auxiliaires, de préposés aux bénéficiaires, d’aide de service et de personnel de soutien», précise-t-elle.

Avec Sébastien Lacroix – Le Nouvelliste

Covid-19 : le variant détecté au Royaume-Uni est bien «50% à 74%» plus contagieux, selon une étude

décembre 24, 2020

Selon une étude britannique publiée jeudi, le variant du virus baptisé VOC 202012/01 serait bien plus contagieux. Ses auteurs préconisent une accélération de la campagne de vaccination pour éviter un rebond épidémique.Par Le Figaro avec AFPPublié à l’instant

Le nouveau variant du coronavirus détecté au Royaume-Uni est bien «50% à 74%» plus contagieux, selon une étude mise en ligne jeudi 24 décembre, qui s’inquiète des conséquences possibles pour le nombre de décès et d’hospitalisations liées au Covid-19 outre-Manche.

«Sur la base des données préliminaires disponibles», l’étude conclut que le variant du Sars-Cov-2 soupçonné d’être à l’origine de la forte augmentation du nombre de cas dans le Sud-Est de l’Angleterre ces dernières semaines «pourrait être 50% à 74% plus transmissible» (56% en moyenne sur les trois régions concernées) que les souches jusqu’ici en circulation, résume l’un des auteurs, Nick Davies, biologiste à la London School of Hygiene and Tropical Medicine (LSHTM).

Cette estimation, qui n’a pas encore été publiée dans une revue scientifique ni analysée par des experts indépendants, est cohérente avec celle de «50% à 70%» présentée lundi lors d’une conférence de presse par d’autres chercheurs, membres du groupe qui conseille le gouvernement britannique sur les virus respiratoires émergents, le NERVTAG.

Le Premier ministre du Royaume-Uni, Boris Johnson, avait évoqué dès le week-end dernier une contagiosité supérieure de 70%, et les autorités britanniques ont transmis à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) l’estimation d’une transmission accrue de 40% à 70%, sur la base de données préliminaires issues du séquençage du génome de virus prélevés à Londres et dans le sud-est du pays.

Détecté pour la première fois en septembre en Grande-Bretagne, ce variant baptisé VOC 202012/01 présente 22 mutations sur son génome. L’une en particulier, nommée N501Y, se situe au niveau de la protéine Spike (spicule) du coronavirus, une pointe à sa surface qui lui permet de s’attacher aux cellules humaines pour les pénétrer, jouant donc un rôle clé dans l’infection virale.

Un quart des nouvelles infections détectées en novembre dans les zones concernées étaient liées à ce variant début novembre, un chiffre passé à plus de 60% début décembre. Et «si la tendance actuelle se prolonge, le nouveau variant pourrait représenter 90% des cas d’ici mi-janvier», selon Nick Davies.

Les chercheurs de la LSHTM «n’ont pas pour le moment trouvé d’éléments indiquant que les individus qui contractent le nouveau variant présentent un risque accru d’hospitalisation ou de décès». Mais même à risque constant, la probable «forte augmentation» du nombre de cas provoquée par cette mutation pourrait avoir d’importantes conséquences sur le bilan de l’épidémie, estiment-ils.

«L’augmentation récente du nombre d’infections» dans plusieurs régions «pourrait continuer et se propager à toutes les régions du Royaume-Uni sans mesures rapides», avertissent-ils. En s’en tenant aux mesures restrictives en place avant le 19 décembre, leurs modélisations concluent que «le nombre d’hospitalisations et de décès dûs au Covid-19 atteindront des niveaux plus élevés en 2021 que ceux observés en 2020»

Les autorités britanniques ont déjà décidé le week-end dernier des mesures supplémentaires, avec le reconfinement de Londres et d’une partie du pays. Mais selon les auteurs de l’étude, il faudrait que la campagne de vaccination «s’accélère sensiblement» et que les écoles ferment durant janvier pour «réduire de façon substantielle le bilan» sanitaire.

Avec Le Figaro

Baisse «historique» des naissances en vue en raison de la pandémie

décembre 5, 2020

Chez nos voisins du Sud, on parle déjà d’un « baby bust », un recul des naissances de l’ordre de 15 % pour 2021, soit la plus importante baisse de natalité vécue en Amérique depuis l’épidémie de grippe espagnole de 1918 et la Grande Dépression.

La récession de 2008 aux États-Unis avait fait chuter de 10 % le nombre de naissances l’année suivante.

© Josep Lago Agence France-Presse La récession de 2008 aux États-Unis avait fait chuter de 10 % le nombre de naissances l’année suivante.

À titre de comparaison, le krach de 1929 avait entraîné un recul des grossesses de 15 %, alors que la grippe espagnole avait réduit de 13 % le nombre de bébés mis au monde. La dernière récession de 2008, elle, a fait chuter de 10 % le nombre de poupons nés aux États-Unis l’année suivante.

« Une baisse de 15 % en quatre mois, ça paraît peu, mais c’est immense. C’est historique, en termes démographiques », affirme Joshua Wilde, chercheur au Max Planck Institute for Demographic Research, auteur d’une étude qui prévoit une telle chute des naissances entre novembre 2020 et février 2021 aux États-Unis. Ses projections sont basées sur le déclin notable des requêtes faites pour certains mots-clés liés à la grossesse, observé depuis l’hiver dernier sur le moteur de recherche de Google.

Le modèle développé par le chercheur, basé sur les taux mensuels de naissance recensés pendant 15 ans aux États-Unis et les recherches les plus populaires faites six à huit mois plus tôt pour certains termes liés à la grossesse, permet de prédire avec acuité les naissances à venir. Le caractère prédictif des requêtes faites sur Internet est d’ailleurs souvent utilisé dans d’autres domaines de recherche, notamment pour mesurer la circulation du virus de l’influenza.

« Les associations observées entre 2004 et 2019 entre la popularité de certains mots et le taux de fertilité neuf mois plus tard sont extrêmement fortes. Nous avons confiance dans notre modèle », a expliqué au Devoir Joshua Wilde, joint en Allemagne.

Parmi les traces numériques les plus probantes, annonciatrices de bébés en route, on note les mots clés « Clear Blue » (marque de test de grossesse), ovulation, test de grossesse, nausées du matin, tous moins utilisés ces derniers mois. Par contre, la fréquence des mots « chômage » et « mise à pied » a bondi sur les moteurs de recherche, autre signe précurseur d’une baisse des naissances.

« Les recherches avec le mot “chômage” se sont multipliées par 20 au début du confinement aux États-Unis. Elles restent aujourd’hui dix fois plus élevées qu’en temps normal », explique M. Wilde. « Les couples craignent d’abord l’incertitude économique, plus que le virus », ajoute le chercheur.

Et cette courbe descendante pourrait frapper davantage certains États et certains sous-groupes plus touchés par le chômage, comme les Afro-Américains (près de 16 %), observe M. Wilde. À Hawaï, la baisse de la natalité pourrait atteindre 24 %.

Plusieurs autres chercheurs commencent aussi à mesurer le coût démographique de la COVID pour la société. Outre les milliers de morts, jusqu’à un demi-million de bébés pourraient ne pas voir le jour en 2021 aux États-Unis, selon une étude de l’Institut Brookings, un groupe de recherche indépendant basé à Washington.

Au contraire de l’épidémie de 1918, survenue sans crise économique, celle provoquée par la COVID, déjà qualifiée de « she-recession », frappe les femmes de plein fouet. Non seulement en raison des milliers d’emplois disparus dans les restaurants et l’hôtellerie, de la surcharge de travail vécue dans les emplois liés à la santé et à l’éducation, majoritairement occupés par des femmes, mais aussi en raison du casse-tête familial imposé à de nombreuses femmes par le télétravail.

« Les conditions actuelles vont probablement perdurer pour beaucoup de gens. Plusieurs de ces naissances ne seront pas reportées, mais n’arriveront jamais. Il y aura un “baby bust” COVID-19. Ce sera un autre des coûts de ce terrible épisode », écrit Melissa S. Kearney, coauteure de cette recherche, qui précise que chaque hausse de 1 % du taux de chômage réduit d’autant le taux de naissance.

Au Québec aussi

Le Québec, lui, affiche déjà une baisse significative des naissances depuis le mois d’avril. Effet COVID ? Difficile à dire, puisque les naissances du printemps et de l’été dernier découlent de grossesses amorcées avant la pandémie. Mais selon Chantal Lapointe, démographe à l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), la baisse observée, de l’ordre de 1700 naissances pour les second et troisième trimestres, pourrait s’expliquer par la chute importante du nombre d’immigrants admis au Québec depuis le début de la crise sanitaire. « Ça nous semble l’hypothèse la plus probable, car 33 % des bébés nés au Québec viennent de couples comptant un immigrant. Ce qui est clair, pour 2019, c’est qu’il y a une tendance à la baisse. »

Si on a noté 600 naissances de plus de janvier à avril 2020, la baisse des naissances est constante depuis mai. « Le nombre de femmes en âge de procréer n’a pas diminué, affirme la démographe, mais il se peut que la fécondité pour chaque femme, elle, diminue. Ça prendra plusieurs années pour mesurer l’effet réel de la COVID sur le taux de fertilité et voir si ces naissances seront reportées à 2022 ou 2023, ou carrément annulées. »

Chose certaine, durant la pandémie, le Québec a reçu de 13 000 à 18 000 immigrants de moins que prévu. Selon Statistique Canada, la fermeture des bureaux d’immigration, des cliniques de fertilité et la suspension des processus d’adoption devraient concourir à engendrer une baisse de la population partout au pays au quatrième trimestre de 2020.

Aux États-Unis, la violence actuelle de la deuxième vague pourrait faire durer ce « baby bust » au-delà de 2021, pense Joshua Wilde. Des données préliminaires colligées par ce chercheur laissent penser que certains pays d’Europe, comme l’Allemagne et le Royaume-Uni, seront davantage épargnés, avec des baisses de natalité projetées de 5 %. « Même si le taux de chômage reste élevé, des mesures sociales compensent et aident les individus, ce qui n’est pas le cas aux États-Unis. »

Pour les pays les plus touchés, ce recul démographique ne sera pas sans effet, affirme-t-il. Le vieillissement de la structure de la population aura des répercussions à long terme sur les revenus en taxes des États, ainsi que sur la capacité à financer plusieurs services publics, notamment les écoles, les hôpitaux et les caisses de retraite.

Avec Le Devoir par  Isabelle Paré