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Mondiaux d’athlétisme : ces Africains qui peuvent faire la différence sur le sprint

juillet 16, 2022

PRONOSTICS. À Eugene aux États-Unis, où commencent les Championnats du monde d’athlétisme, certains athlètes africains pourraient véritablement donner le tempo.

Le Kenyan Ferdinand Omanyala, champion d'Afrique du 100 m.
Le Kényan Ferdinand Omanyala, champion d’Afrique du 100 m.© TONY KARUMBA / AFP

Alors que le continent africain est reconnu pour ses coureurs de fond et de demi-fond, des talents émergent sur le sprint mondial. De quoi créer des surprises ? L’avenir nous le dira.

Ferdinand Omanyala (26 ans, Kenya, 100 m H)

Nouvel homme fort du sprint africain, Omanyala avait fait sensation en 2021 avec un nouveau record d’Afrique et un temps de 9’77 réalisé lors du meeting de Nairobi, le plaçant alors à la 8e place des meilleures performances mondiales de l’histoire. Toutefois, ses chances de médaille ont été sérieusement compromises par ses difficultés d’obtention de visa pour les États-Unis. Alors que sa situation s’est décantée ces dernières heures, Omanyala devrait arriver à Eugene à moins de trois heures du premier tour du 100 m, 2 h 40 plus précisément. En prenant en compte les différentes formalités à l’entrée sur le territoire américain, sa présence lors de la première course est très incertaine.

Akani Simbine (28 ans, Afrique du Sud, 100 m H)

Ancien recordman d’Afrique (9’84), Simbine est toujours à la recherche de sa première médaille dans une compétition mondiale. Cinquième aux Jeux de Rio, puis aux Championnats du monde de Londres et de Doha, avant de finir 4e aux Jeux olympiques de Tokyo, cette année est l’opportunité pour lui de réaliser un pas de plus. Toutefois, avec un meilleur temps de la saison à 10’02 lors du meeting de Stockholm comptant pour la Diamond League, il devra sans aucun doute élever son niveau de jeu pour accrocher une place sur le podium.

Joseph Paul Amoah incarne la relève du sprint ghanéen, après la génération des années 1960 et 1970.© JAVIER SORIANO / AFP

Benjamin Azamati (24 ans) et Joseph Paul Amoah (25 ans) (Ghana, 100 m H, relai 4 x 100 m)

Sur la courbe ascendante depuis sa première course sous les 10 secondes, le sprinteur ghanéen Benjamin Azamati a amélioré le record de son pays en passant de 9’97 à 9’90. Il avait également atteint les 9’86, non homologué en raison d’un vent trop favorable. Il s’est également distingué en s’imposant lors du meeting de Charléty. En compagnie de son compatriote Joseph Paul Amoah, qui a réalisé 9’94 sur 100 m, le Ghana tentera de continuer sa marche en avant sur le relais 4 x 100 m, pour lequel il réalise des progrès notables ces dernières années. À noter que tous deux ont participé aux tournois NCAA et ne seront pas dépaysés par la tenue de ces Championnats du monde en Oregon.

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Letsile Tebogo (19 ans, Botswana, 100 m – 200 m H)

Champion du monde sur 100 m et médaillé d’argent sur 200 m chez les juniors en 2021, Tebogo a réussi son entrée dans la cour des grands en remportant son premier titre de champion d’Afrique sur 200 m il y a quelques semaines aux îles Maurice. Avec un record personnel à 9’96, s’il est prématuré d’ambitionner une médaille cette année, il pourrait faire parler de lui dans les années à venir et cette édition des championnats pourrait lui permettre de se faire connaître.

Le Botswanéen Letsile Tebogo, 18 ans, s’est emparé à Gaborone du record du monde juniors du 100 m avec un chrono de 9 sec 96/100e (vent: +1,9 m/s), améliorant d’1/100e le précédent record de l’Américain Trayvon Bromell datant de 2014.© SIMON MAINA / AFP

Joseph Fahnbulleh (20 ans Liberia, 100 m – 200 m H)

Après une participation aux Jeux olympiques de Tokyo, dans laquelle Fahnbulleh avait accédé à la finale grâce à un temps qualificatif de 19’99, le jeune sprinteur libérien a continué sa progression. Élu athlète de l’année en NCAA, le tournoi américain universitaire, Fahnbulleh a réalisé le doublé sur 100 m et 200 m et se présentera sur les deux disciplines. Néanmoins, étant plus adapté au demi-tour de piste, il présente logiquement plus de chances sur 200 m où il a réalisé son record personnel avec un temps de 19’83 pour remporter le tournoi universitaire. Évoluer quasiment à domicile pourrait augmenter ses chances de performance dans ces Championnats du monde.

Luxolo Adams (26 ans, Afrique du Sud)

Avec un temps de 19’82 réalisé au meeting de Paris, l’athlète sud-africain est descendu sous la barre des vingt secondes pour la première fois de sa carrière. Âgé de 26 ans, Adams, médaillé de bronze aux Championnats d’Afrique de 2018, a une trajectoire de late bloomer, signifiant l’éclosion tardive. Véritable inconnue de la compétition, à voir s’il saura élever son niveau de jeu et améliorer son record pour se faire une place dans la discussion.

Wayde Van Niekerk (30 ans, Afrique du Sud, 400 m H)

Après des années très difficiles, le recordman du monde du 400 m, champion olympique à Rio et champion du monde à Londres, se remet progressivement de la terrible blessure aux ligaments qu’il a contractée alors qu’il jouait un match de rugby et qui l’a éloigné des pistes entre 2017 et 2020. Pour son retour à la compétition internationale, il avait logiquement été éliminé en demi-finales des Jeux de Tokyo, avec un temps de plus de 45 secondes, loin de son meilleur niveau. Dans la quête d’un retour à un niveau conforme à ses standards, ces Championnats du monde sont une chance pour lui de continuer sa progression. Avec un record de la saison en 44’58 réalisé il y a quelques jours, accrocher une place en finale serait déjà une première victoire.

Le Sud-Africain Wayde Van Niekerk, recordman du monde et champion olympique en 2016.© JAVIER SORIANO / AFP

Marie José Ta Lou (33 ans, Côte d’Ivoire, 100 m F)

La double championne d’Afrique, médaillée de bronze à Doha et d’argent (sur 100 m et 200 m) aux mondiaux de Londres, court encore après son premier sacre dans un tournoi mondial. Faisant face à la domination grandissante des sprinteuses jamaïcaines, la tâche devient de plus en plus âpre. N’étant pas descendue sous les onze secondes, elle réserve sans doute le meilleur pour la compétition, d’autant plus que son record personnel 10’78 (avec un vent légèrement défavorable) remonte aux tours qualificatifs des Jeux olympiques.

Au sommet de sa carrière, elle a d’ailleurs exprimé sa pensée par rapport aux soucis rencontrés par ses collègues, notamment ceux venant d’Afrique quant à l’attribution de visas : « En tant qu’athlète, vous travaillez dur pour être qualifié pour les Championnats du monde, et après vous avez un problème de visa… » a-t-elle écrit sur ses réseaux sociaux. Comment veulent-ils que les athlètes soient performants ? Une situation qui ne leur permet pas d’arriver sur un pied d’égalité dans la compétition. L’athlète gambienne Gina Bass, championne d’Afrique sur 100 m, se retrouve dans cette situation, pour ne citer qu’elle.

Flavour Ofili (19 ans, Nigeria, 200 m F)

Détentrice de la 4e performance mondiale de l’année sur 200 m avec un temps de 21’96, réalisée lors du tournoi NCAA, la sprinteuse nigériane de LSU, considérée comme un grand espoir du continent, a une opportunité de remporter sa première médaille intercontinentale chez les séniors. Alors qu’elle devait prendre part aux Jeux olympiques l’an passé, un non-respect des procédures pré-olympiques de test antidopage de la part de la fédération nigériane a abouti à la disqualification de 10 athlètes, dont elle.

Tobi Amusan (25 ans, Nigeria, 100 m haies F)

Aux pieds du podium aux Championnats du monde de Doha, puis aux Jeux olympiques de Tokyo, Amusan a conservé une régularité lui permettant d’espérer franchir ce cap. Si la championne portoricaine Jasmine Camacho-Quinn semble dominer la discipline sans partage, la compétition pour le podium fait rage sur le 100 m haies. Avec la troisième meilleure performance de l’année (12’42), également son record personnel, réalisée au meeting de Charléty, la coureuse nigériane peut légitimement espérer enrichir son palmarès après l’or récolté aux Championnats d’Afrique (2018 et 2022), les Jeux africains (2019).

La Nigériane Tobi Amusan, récente recordwoman d’Afrique (12.41).© MICHELE MARAVIGLIA / NurPhoto via AFP

Les Namibiennes Christine Mboma et Béatrice Masilingi absentes

Malheureusement, les forfaits des deux sensations namibiennes Christine Mboma et Béatrice Masilingi viennent réduire les possibilités africaines de médaille. Avec une performance de 21’87 réalisée en avril passé, Mboma détient la troisième meilleure performance mondiale de l’année et semblait la plus apte à bouleverser les pronostics annonçant un duel entre les Jamaïcaines Elaine Thompson-Hebrah, Fraser Pryce, la détentrice de la meilleure performance mondiale de l’année Shericka Jackon (21’55), et l’Américaine Abby Steiner (21’77).

Avec Le Point par Abdoulaye A. Sall