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Belgique : la prostitution est désormais autorisée, première en Europe

juin 5, 2022

Si le proxénétisme est encore interdit dans le plat pays, les travailleuses du sexe peuvent librement travailler, indique « Ouest-France ».

La prostitution est desormais totalement legale en Belgique.
La prostitution est désormais totalement légale en Belgique.© MYRIAM TIRLER / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Une première en Europe. Depuis le 1er juin dernier, les travailleuses du sexe sont des « professionnelles » à part entière en Belgique, révèle Ouest-France. En effet, le Parlement belge avait voté en mars dernier une grande loi sur le droit pénal lié aux infractions sexuelles. Parmi les principales mesures, l’intégration de la notion de consentement, une définition légale du viol plus large mais surtout la dépénalisation totale de la prostitution. Objectif : faire évoluer le code pénal belge aux problématiques actuelles.

D’après la police belge, il y aurait 26 000 prostituées dans le pays. Or, jusqu’ici celles-ci travaillaient dans un cadre très flou. Et pour cause, leur activité bien qu’illégale était tolérée par les autorités. Dans le même temps, toutes ces femmes n’avaient pas forcément une activité régulière. Ainsi, selon l’Université catholique de Louvain, elles seraient moins de 6 000. Il y a fort à parier que cet éclaircissement législatif va rebattre les cartes. Selon le texte voté par les parlementaires en mars dernier, les prostituées peuvent désormais bénéficier des mêmes droits que tous les travailleurs belges. En outre, elles pourront accéder à l’ensemble de la protection sociale – de la maladie au chômage – au même titre que les salariés « classiques ». 

Dans la loi belge, il est cependant toujours interdit de faire du proxénétisme. D’autant que le but de la loi est de « couper l’herbe sous le pied » de ces individus profitant souvent de personnes fragiles physiquement et psychologiquement. En revanche, un banquier ou un assureur qui travaillerait avec une prostituée ne tombera plus sous le coup de la loi.

La Belgique, un pays en avance ?

À ce jour, Bruxelles est la seule capitale à avoir légalisé la pratique de la prostitution, au sein de l’Union européenne. Si des législations similaires existent dans d’autres pays européens, les conditions étant trop restrictives, les effets ne se sont jamais fait ressentir. En Allemagne, par exemple, pour être reconnue comme « prostituée », il faut un contrat de travail. Ce qui n’est pas toujours le cas.

Par ailleurs, ce n’est pas la première fois que la Belgique s’illustre sur une telle avancée sociétale. En 2002, c’était le deuxième pays au monde à rendre l’euthanasie possible. Un an plus tard, le mariage entre personnes de même sexe était légalisé. A contrario, le pays a durci en 2017 sa législation sur le cannabis. Jusqu’à cette date, les autorités permettaient aux habitants de détenir sans problème jusqu’à trois grammes de cannabis. 

Pour ce qui est de la prostitution, cette réforme était réclamée depuis de nombreuses années par les prostituées elles-mêmes. Leurs arguments : cela mettrait fin aux discriminations et permettrait de lutter efficacement contre la traite d’êtres humains. « L’histoire nous a montré que le seul outil pour lutter contre l’esclavage, ce sont les droits. Et en criminalisant, on crée une zone de non-droit », explique Daan Bauwens, directeur de l’organisation de représentation des travailleuses (et travailleurs) du sexe, à Ouest-France.

Avec Le Point avec AFP

Gaz : le Sénégal prêt à fournir l’Europe en GNL

mai 23, 2022

Macky Sall et son homologue allemand Olaf Scholz étudient la mise en place d’un partenariat permettant d’alimenter l’Europe en GNL.

Le chancelier allemand Olaf Scholz assiste à l’inauguration d’une centrale photovoltaïque à Diass aux côtés de Macky Sall et de Sophie Gladima, ministre de l’Énergie, le 22 mai 2022. © MICHAEL KAPPELER / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

L’Allemagne est en discussions « intensives » avec le Sénégal pour participer à des projets autour des ressources en gaz du pays ouest-africain, lui-même prêt à alimenter l’Europe, ont annoncé le 22 mai le chancelier allemand Olaf Scholz et le président sénégalais Macky Sall. Lors d’une conférence de presse conjointe, les deux dirigeants s’exprimaient sur les conséquences de la guerre en Ukraine et son impact sur les approvisionnements en énergie, en particulier pour l’Allemagne, très dépendante du gaz russe.

Le Sénégal, pays membre de la Cedeao, place beaucoup d’espoir dans l’exploitation future commune avec la Mauritanie des champs de gaz et de pétrole découverts dans l’Atlantique ces dernières années. Le président sénégalais a prévu le début de la production en décembre 2023, à raison de 2,5 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié par an dans un premier temps, et 10 millions en 2030.

Gas-to-power

« Nous sommes prêts, le Sénégal en tout cas, à travailler dans une perspective d’alimenter le marché européen en GNL », a déclaré Macky Sall. « J’ai demandé au chancelier de nous accompagner pour le développement de ces ressources de gaz, pour la production de GNL à partir de l’Afrique vers l’Europe, et aussi pour le gas-to-power« , c’est-à-dire la production de gaz destinée à alimenter les centrales électriques locales, a-t-il ajouté. L’Allemagne est déjà engagée dans des projets d’énergie renouvelable ou de stockage de l’énergie, et des discussions ont commencé au sujet du gaz, a répondu le chancelier allemand.

Financement des énergies fossiles

Des discussions qui devraient se poursuivre de « manière très intensive » au niveau des experts « parce que cela a du sens » et qu’il « est dans notre intérêt commun d’accomplir des progrès », a-t-il poursuivi. Le président sénégalais s’est à nouveau élevé contre un arrêt des financements de l’exploitation des énergies fossiles au nom de la lutte contre le réchauffement climatique. Une vingtaine de pays, dont les États-Unis et la France, se sont engagés lors de la conférence sur le climat COP26 en 2021 à mettre un terme d’ici à fin 2022 au financement à l’étranger de projets d’énergies fossiles sans techniques de capture du carbone.

« L’Afrique est un continent d’1,3 milliard d’habitants, dont 600 millions n’ont pas accès à l’électricité », a déclaré Macky Sall. « Il faut aussi soutenir l’industrialisation. Dans ce contexte, n’étant pas les plus grands pollueurs puisque n’étant pas industrialisés, il serait injuste dans la recherche de solution (au réchauffement climatique) qu’on veuille interdire à l’Afrique d’utiliser les ressources naturelles qui sont dans son sous-sol ».

Tournant

Interrogé sur le caractère éventuellement prématuré d’engagements pris contre le réchauffement, Olaf Scholz, faisant référence aux crises en cours, a répondu que « le fait que, de manière générale, nous devions regarder d’un nouvel œil la situation dans le monde résulte de ce que j’ai appelé un tournant entre deux époques ». « Nous ne pouvons pas accepter qu’on empêche quelques pays dans le monde d’exploiter leurs possibilités » parce qu’ils n’avaient pas les capacités financières de le faire ou parce qu’ils n’en avaient pas encore eu l’occasion, a-t-il dit.

Par Jeune Afrique avec AFP

Russie: Poutine menace de couper le gaz dès minuit si l’Europe ne paye pas en roubles

mars 31, 2022

« Nous n’allons pas non plus faire de charité », a déclaré le président russe Vladimir Poutine. Photo : Getty Images/Mikhail Klimentyev

Le président russe Vladimir Poutine a signé un décret stipulant que les pays « inamicaux » devront payer en roubles le gaz russe dès le vendredi 1er avril.

Pour acheter du gaz naturel russe, elles [les compagnies importatrices] doivent ouvrir des comptes en roubles dans des banques russes. C’est à partir de ces comptes que seront effectués les paiements pour le gaz livré à partir de demain, a déclaré le chef du Kremlin, jeudi à la télévision nationale.

Les clients, principalement européens, ne pourront donc plus payer leurs factures en euros ou en dollars, sous peine de voir les livraisons cesser, avait annoncé la semaine dernière le président russe.

Si de tels paiements ne sont pas effectués, nous considérerons cela comme un défaut de la part des acheteurs, avec toutes les conséquences qui en découlent, martèle le président russe.

Personne ne nous vend quoi que ce soit gratuitement, et nous n’allons pas non plus faire de charité -c’est-à-dire que les contrats existants seront annulés, a-t-il ajouté.

Pour M. Poutine, cette mesure était une réponse au gel de quelque 300 milliards de dollars des réserves en devises dont la Russie disposait à l’étranger, une sanction décidée par les Occidentaux en représailles à l’offensive russe en Ukraine. Et aussi une manière pour son pays de renforcer sa souveraineté.

L’Allemagne et l’Italie dépendent fortement du gaz russe pour répondre à leurs besoins énergétiques.

La décision de passer à une facturation en roubles doit permettre à la Russie de soutenir sa monnaie nationale, chahutée par les sanctions, mais la privera d’une source de devises.

D’ores et déjà, la Russie oblige ses exportateurs, y compris Gazprom, à convertir 80 % de leur chiffre d’affaires en roubles.

Ces mesures et un taux d’intérêt directeur à 20 % ont permis à la monnaie russe de se reprendre. Après avoir considérablement dévissé dans la foulée du début de l’offensive russe le 24 février, elle revient à des niveaux proches de ceux enregistrés avant l’assaut.

Pas de chantage, selon l’Allemagne

En réponse à la décision de la Russie de faire payer les acheteurs étrangers sur des comptes en roubles pour le gaz russe, l’Allemagne a déclaré qu’elle ne serait pas soumise au chantage de Poutine.

Il est écrit dans les contrats que les paiements se font en euros et parfois en dollars, a expliqué le chancelier allemand Olaf Scholz, lors d’une conférence de presse avec son homologue autrichien, Karl Nehammer.

J’ai dit clairement au président russe que cela resterait ainsi et les entreprises veulent pouvoir payer en euros et le feront, a-t-il ajouté.

Pour le ministre de l’Économie allemand, Robert Habeck, il est important que ce qui écrit sur les contrats [payés en euros ou en dollars] soit respecté.

Nous ne céderons pas au chantage de Poutine, a-t-il lancé.

De son côté, réagissant à la décision de Poutine, le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, a annoncé que la France et l’Allemagne se préparent à une réduction des livraisons de gaz russe.

Il peut y avoir une situation dans laquelle […] il n’y aura plus de gaz russe, a-t-il déclaré.

Le gaz russe est crucial pour l’Union européenneUE, qui cherche depuis le début de l’offensive de Moscou en Ukraine à se défaire de cette dépendance. Il représente environ 40 % des importations de gaz naturel de l’Union, l’Allemagne étant de loin le plus gros client.

Les 27 [pays de l’Union européenneUE] veulent désormais des achats en commun de gaz et les États-Unis vont augmenter leurs livraisons de gaz naturel liquéfié (GNL) à l’Europe.

Avec Radio-Canada

Le G7 refuse de payer le gaz russe en roubles

mars 28, 2022

Gazprom fournit environ 40 % du gaz importé de l’Europe. Photo: Reuters/Maxim Shemetov

Les ministres de l’Énergie du G7 rejettent l’exigence du président russe, Vladimir Poutine, d’un paiement en roubles du gaz russe vendu par Moscou aux pays « inamicaux », a déclaré lundi le ministre allemand de l’Économie, Robert Habeck, après des discussions avec ses homologues.

Tous les ministres du G7 se sont accordés sur le fait qu’il s’agissait d’une rupture unilatérale claire des contrats existants, a-t-il dit après une réunion en visioconférence.

Ils ont souligné une nouvelle fois que les contrats conclus étaient valides et que les entreprises devaient les respecter […]. Le paiement en roubles est inacceptable et nous appelons les entreprises concernées à ne pas se plier à l’exigence de Poutine, a-t-il ajouté.

La tentative de Poutine de nous diviser est évidente, mais comme vous pouvez le constater au vu de cette grande unité et de cette détermination, nous ne nous laisserons pas diviser.

La semaine dernière, le président russe a demandé à ce que les pays jugés inamicaux payent leurs achats de gaz et de pétrole russes en roubles, la monnaie nationale russe.

Le Kremlin a donc demandé au gouvernement, à la banque centrale russe et à Gazprom, qui fournit 40 % du gaz importé dans l’Union européenneUE, de lui soumettre d’ici au 31 mars des propositions visant à permettre le règlement en roubles.

Nous n’allons pas fournir de gaz gratuitement, c’est très clair, a déclaré le porte-parole de la présidence russe, Dmitri Peskov, pendant une conférence téléphonique.

Dans notre situation, il n’est ni possible ni approprié de faire de la charité, a-t-il ajouté.

Cette décision du Kremlin vise à soutenir la monnaie nationale russe sur les marchés alors qu’une partie des réserves de la banque centrale est bloquée par les sanctions décrétées par les pays occidentaux en raison de l’invasion de l’Ukraine.

Les pays membres de l’Union européenne, dont l’Allemagne, l’Italie et la Pologne, qui sont de gros importateurs d’hydrocarbures russes, se sont fixé comme objectif de s’en passer totalement d’ici à 2027. D’ici la fin de l’année, ils ambitionnent même de couper leur dépendance du deux tiers.

Vendredi, les États-Unis ont annoncé qu’ils allaient faire en sorte de fournir 15 milliards de mètres cubes de gaz naturel liquéfié à l’Union européenneUE cette année, soit 10 % du gaz russe qu’elle importe. Les usines de liquéfaction américaine tournant déjà à plein régime, ces livraisons se feront au détriment d’autres pays, ont cependant souligné plusieurs experts.

Par Radio-Canada avec les informations de Reuters et Agence France-Presse

Canada: Au revoir les camionneurs, bonjour l’Europe

mars 6, 2022

Justin Trudeau entame dimanche un voyage de six jours au Royaume-Uni, en Lettonie, en Allemagne et en Pologne. Au cœur des discussions, bien sûr, la guerre en Ukraine — un conflit qui, malgré toutes ses horreurs, a permis au premier ministre canadien de tourner la page sur une crise domestique qui lui collait à la peau.

Justin Trudeau.

Le gouvernement Trudeau a multiplié les sanctions depuis l’invasion russe en Ukraine. Photo: La Presse Canadienne/Sean Kilpatrick

À 16 h 40, le mercredi 23 février, Justin Trudeau terminait un dernier point de presse sur la controversée Loi sur les mesures d’urgenceIl venait d’annoncer qu’il mettait fin à cette législation extraordinaire qui avait permis, disait-il, de chasser les camionneurs du centre-ville d’Ottawa.

L’invocation de la loi a encouragé certaines personnes à quitter [les lieux] et a permis aux forces de l’ordre de pouvoir en finir avec ces occupations, expliquait alors le premier ministre.

Cinq heures plus tard, une autre occupation débutait, celle-là beaucoup plus sanglante : Vladimir Poutine lançait ses troupes à l’assaut de l’Ukraine. La guerre était de retour en Europe.

En coulisses, plusieurs libéraux pensent que l’invasion russe et, surtout, la réponse canadienne coordonnée avec celle des alliés ont permis à Justin Trudeau de retrouver sa stature d’homme d’État.

L’enjeu des camionneurs, c’est complètement disparu des écrans radars, confie une source libérale, qui croit que pour beaucoup de gens, la guerre en Ukraine a mis les choses en perspective, entre autres sur ce que ça voulait dire, défendre la liberté.

Un sondage réalisé par la firme Research Co. à la fin de février montre que 52 % des Canadiens interrogés approuvent la réponse du premier ministre dans le dossier ukrainien.Trudeau entouré des ministres Mélanie Joly, Anita Anand  et Chrystia Freeland.

Justin Trudeau, entouré des ministres Mélanie Joly, Anita Anand et Chrystia Freeland, lors d’une annonce sur de nouvelles sanctions imposées à la Russie. Photo: The Canadian Press/Adrian Wyld

Même des personnes généralement critiques quant à la politique étrangère de Justin Trudeau reconnaissent que son gouvernement a bien agi jusqu’à maintenant.

Je pense que le gouvernement canadien a été à la hauteur de ce qui était demandé par les alliés, lance Jocelyn Coulon, au bout du fil. L’ancien conseiller de l’ex-ministre des Affaires étrangères Stéphane Dion avait publié en 2018 Un selfie avec Justin Trudeau, un ouvrage dans lequel il reprochait au premier ministre son manque d’ambition sur le front diplomatique.

M. Coulon complimente aussi la nouvelle ministre des Affaires étrangères, Mélanie Joly, qui a eu le ton juste dans les dernières semaines : On voit qu’elle a pris de l’assurance dans les dossiers de politique étrangère.

Le travail de la vice-première ministre a également été remarqué. Une source gouvernementale confirme d’ailleurs que Chrystia Freeland a joué un rôle clé dans les discussions auprès des alliés occidentaux, qui ont permis d’aboutir à l’imposition de sanctions contre la Banque centrale russe.

Dialoguer avec ses adversaires

Toutefois, si le Canada a commis un sans faute jusqu’à maintenant, sa réponse n’est pas pour autant suffisante, croit Jocelyn Coulon. Comme il le faisait déjà dans son livre, l’ex-conseiller reproche au gouvernement Trudeau de ne pas avoir entamé de dialogue direct avec la Russie.Vladimir Poutine.

Le président russe Vladimir Poutine reste intransigeant dans sa volonté de continuer la guerre en Ukraine. Photo : Getty Images/MikhaiI Klimentyev

Il n’y a eu, par exemple, aucune rencontre bilatérale entre Vladimir Poutine et Justin Trudeau depuis l’élection de celui-ci, en 2015. Or, dans les dernières années, tous les autres leaders du G7 se sont entretenus avec le président russe, souvent à plusieurs reprises, malgré leur désapprobation de l’invasion de la Crimée en 2014.

Il faut toujours parler non seulement à nos amis, mais aussi à nos adversaires, ajoute Jocelyn Coulon. C’est là que la diplomatie prend son sens.

Le professeur Justin Massie, expert en sécurité internationale à l’Université du Québec à Montréal, abonde dans le même sens : C’est important de dialoguer même avec ses ennemis, même quand on est en conflit. Il cite en exemple la démarche de la France dans les derniers jours, qui s’est démarquée par sa diplomatie pour tenter d’organiser un corridor humanitaire afin de sortir les personnes de Kiev.

Bien sûr, reconnaît M. Massie, la diplomatie a ses limites. Vladimir Poutine, malgré toutes les pressions des alliés, n’a montré aucun signe de retrait et poursuit sans vergogne ses bombardements contre les villes ukrainiennes. Il est cependant nécessaire, d’après le politologue, de garder le dialogue ouvert, ne serait-ce que pour tenter d’alléger la situation pour les populations civiles.Le président français Emmanuel Macron s'entretient avec le président russe Vladimir Poutine.

Le président français Emmanuel Macron a eu plusieurs entretiens avec le président russe Vladimir Poutine. Photo : Getty Images/Michel Euler

Or, au Canada, ajoute-t-il, on n’aime pas beaucoup avoir l’air de discuter avec [nos] rivaux parce qu’on se fait accuser de complaisance par nos adversaires politiques, qui utilisent la politique étrangère à des fins partisanes. Et c’est malheureux.

Justin Massie déplore entre autres le fait que les conservateurs aient demandé d’expulser l’ambassadeur russe qui se trouve à Ottawa — une très mauvaise idée, selon lui : Même les États-Unis ont des relations directes et privilégiées avec la Russie pour éviter des interprétations ou des mauvais calculs qui pourraient, peut-être, mener à une escalade militaire.

La présence d’une large communauté ukrainienne au Canada – la troisième au monde – et ce que Jocelyn Coulon appelle l’influence très importante du lobby ukrainien au sein du gouvernement Trudeau ont aussi contribué, d’après l’ex-conseiller, à une absence de communication avec le géant russe.Le contrôle de l’Arctique constitue un enjeu sur lequel la Russie et le Canada devront inévitablement dialoguer dans les années à venir, selon Jocelyn Coulon.

La mainmise sur l’Arctique constitue un enjeu à propos duquel la Russie et le Canada, qui contrôlent environ 75 % du territoire, devront inévitablement dialoguer dans les années à venir. Or, Jocelyn Coulon estime qu’en « ayant une relation très mauvaise avec les Russes », le Canada « se positionne mal pour défendre ses intérêts dans l’Arctique ». Photo: East2West

Peu de succès en affaires étrangères

Même si Justin Trudeau ne va rencontrer que des alliés au cours de ce voyage en Europe, Justin Massie reconnaît que le gouvernement fédéral a bien géré jusqu’à maintenant le dossier ukrainien, surtout par comparaison avec certains ratés commis en matière de politique étrangère.

Le politologue cite en exemple le voyage en Inde, mais aussi les 200 Casques bleus que le Canada n’a jamais déployés comme prévu, le retrait de ses troupes du Mali avant la date demandée par l’Organisation des Nations uniesONU, ou encore l’échec du gouvernement libéral à obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies.

La politique étrangère de Justin Trudeau n’a pas eu beaucoup de succès, mis à part la négociation de l’Accord de libre-échange nord-américainALENA 2.0, le nouvel accord commercial avec les États-Unis signé sous Donald Trump, affirme M. Massie.

Les attentes dans ce conflit étaient donc assez basses d’après l’expert en sécurité internationale, encore plus après la crise des camionneurs qui a paralysé le centre-ville d’Ottawa, où on a vu un premier ministre plutôt absent dans les premières semaines du conflit.

Là, conclut-il, on sent que Justin Trudeau est plus présent et que son gouvernement multiplie les annonces. L’image d’inaction qui colle parfois à la peau du premier ministre semble donc plus difficile, jusqu’à maintenant, à apposer à sa réponse au conflit ukrainien.

Avec Radio-Canada par Laurence Martin

L’armée russe occupe Zaporijia, la plus grande centrale nucléaire d’Europe

mars 4, 2022

Le feu provoqué par l’attaque de la centrale a fait plusieurs morts et blessés, selon les autorités ukrainiennes.

Un bâtiment duquel s'échappe de la fumée.

Un bâtiment administratif de la centrale nucléaire de Zaporijia a été endommagé tôt vendredi matin par des tirs. Photo : via Reuters/Energoatom

Les Russes ont attaqué, tôt vendredi matin, la centrale nucléaire ukrainienne de Zaporijia, la plus grande d’Europe. Les tirs ont fait plusieurs morts et provoqué un incendie, faisant craindre le pire, mais la situation est maintenant maîtrisée.

L’organisme de l’État ukrainien chargé de l’inspection des sites nucléaires indique que les Russes occupent le territoire de la centrale, mais que le personnel opérationnel s’assure du bon fonctionnement des installations, situées à environ 550 kilomètres de la capitale, Kiev.

Aucun changement sur le plan de la radioactivité n’a été constaté, a-t-il précisé.

Selon les responsables de la centrale, un bâtiment pour les formations ainsi qu’un laboratoire ont été touchés. L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) confirme qu’aucun équipement essentiel n’a été atteint et que le niveau de radiation est demeuré normal.

Les secours ukrainiens avaient d’abord affirmé sur Facebook que l’attaque de la centrale n’avait fait aucun mort, mais le ministère des Affaires étrangères de l’Ukraine soutient maintenant que plusieurs personnes ont été blessées ou tuées dans l’incendie, sans donner plus de détails.

Image d'un incendie près d'un édifice

Le point avec notre envoyée spéciale en Ukraine, Marie-Eve Bédard. Photo : Zaporizhzhya NPP via Reuters Zaporizhzhya NPP

Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, selon qui ce sont des chars russes qui ont ouvert le feu sur la centrale de Zaporijia, a accusé Moscou d’agiter la terreur nucléaire et de vouloir reproduire la catastrophe nucléaire de 1986 à Tchernobyl, la plus grave de l’histoire.

« Nous alertons tout le monde sur le fait qu’aucun autre pays hormis la Russie n’a jamais tiré sur des centrales nucléaires. C’est la première fois dans notre histoire, la première fois dans l’histoire de l’Humanité. Cet État terroriste a maintenant recours à la terreur nucléaire. »— Une citation de  Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine

Le ministère russe de la Défense a de son côté dénoncé une opération de sabotage de la part de l’Ukraine, la qualifiant de provocation monstrueuse. Mais d’après Rafael Grossi, directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomiqueAIEA, le projectile ayant déclenché l’incendie serait probablement russe.

Zaporijia est la plus grande centrale nucléaire d’Europe avec une capacité totale de près de 6000 mégawatts, assez pour fournir en électricité environ 4 millions de foyers. Elle a été inaugurée en 1985, quand l’Ukraine faisait encore partie de l’Union soviétique.

Le 24 février, des combats avaient déjà eu lieu près de l’ancienne centrale de Tchernobyl, à une centaine de kilomètres au nord de Kiev, et qui est désormais entre les mains des troupes russes.M. Grossi pointe une cible sur une grande carte.

Rafael Grossi, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique, informe la presse sur les frappes qui ont touché la centrale de Zaporijia, le 4 mars 2022. Photo : AFP via GettyImages/Joe Klamar

Vendredi, le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomiqueAIEA s’est dit prêt, en conférence de presse à Genève, à se rendre à Tchernobyl afin de négocier une solution pour garantir la sécurité des sites nucléaires mis en danger par la guerre.

C’est une situation sans précédent, a soutenu Rafael Grossi, alors que c’est la première fois qu’un conflit militaire se déroule dans un pays doté d’un large programme nucléaire. Les deux parties examinent l’offre, selon M. Grossi.

Explosions successives à Kiev

Les grandes villes d’Ukraine continuent d’être la cible de bombardements vendredi, au neuvième jour de l’offensive russe.

Tchernihiv, ville du nord de l’Ukraine où des bombardements dans une zone résidentielle ont fait au moins 33 morts jeudi, continuait d’être pilonnée vendredi.

Située à 120 km au nord-est de Kiev, cette ville d’environ 285 000 habitants se trouve sur l’une des principales routes menant à la capitale, cible prioritaire de Vladimir Poutine.Une vue aérienne montre une route où attendent en file des chars.

De nouvelles images satellites montrent le convoi russe toujours stationné à environ 25 kilomètres de Kiev, le 4 mars 2022. Photo : via Reuters/Maxar Technologies

Le convoi de chars russes d’une soixantaine de kilomètres est par ailleurs toujours à l’arrêt, à 25 kilomètres au nord-ouest de Kiev, où des bombardements continuent de faire rage, en plus de viser les villes et les quartiers périphériques du nord.

En avant-midi vendredi, plusieurs importantes explosions ont été entendues de manière successive près du centre de Kiev, après que les sirènes d’alerte antimissile eurent retenti dans la ville. L’origine de ces explosions n’est pas encore connue.Des personnes transportent des sacs dans une zone urbaine jonchée de débris et de chars calcinés.

Des Ukrainiens fuient Kiev, le 4 mars 2022. Photo : AFP via Getty Images/Sergei SUPINSKY

Armes à sous-munitions à Kharkiv

La situation était aussi devenue un enfer à Okhtyrka, et critique à Soumy, dans le nord-est, non loin de Kharkiv, elle-même pilonnée depuis plusieurs jours, selon les autorités locales.

L’organisation Human Rights Watch (HRW) a affirmé vendredi que des armes à sous-munitions ont été utilisées le 28 février dans au moins trois quartiers résidentiels de Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine, avec quelque 1,4 million d’habitants.

Human Rights WatchHRW affirme avoir identifié l’utilisation de sous-munitions via une roquette 9M55K Smerch de fabrication russe.

« Utiliser des sous-munitions dans des zones habitées montre un mépris absolu pour la vie des gens. […] Leur utilisation telle que documentée à Kharkiv pourrait constituer un crime de guerre. »— Une citation de  Steve Goose, directeur de l’armement pour Human Rights Watch

Le secrétaire général de l’Organisation du traité de l’Atlantique nordOTAN, Jens Stoltenberg, a aussi affirmé vendredi que la Russie faisait usage de ces bombes en Ukraine. Nous avons vu l’utilisation de bombes à sous-munitions et nous avons vu des rapports témoignant de l’utilisation d’autres types d’armes qui violent le droit international, a-t-il dit devant la presse à Bruxelles.

Les bombes à sous-munitions sont composées d’un conteneur, tel un obus, regroupant des projectiles explosifs, de taille plus réduite, dites sous-munitions.

Très imprécises, elles sont indistinctement létales à l’égard des populations civiles, dispersant une multitude de petites munitions dans une très large zone, dont certaines restent non explosées et peuvent tuer des années après, comme les mines.

Leur utilisation est interdite par la convention d’Oslo de 2008, mais Moscou ne l’a pas signée.Un homme marche dans des ruines dans la cour intérieure d'un immeuble.

Un immeuble résidentiel dévasté après un bombardement à Kharkiv, deuxième ville d’Ukraine, le 3 mars 2022. Photo : AFP via Getty Images/Sergey Bobok

En marche vers Mykolaïv

Le sud de l’Ukraine est un front stratégique pour Moscou, qui souhaite avancer vers le nord et l’est pour encercler les troupes ukrainiennes qui combattent au Donbass et, à terme, resserrer son étau sur les villes de Kiev et de Kharkiv en y ouvrant un front méridional.

La ville de Marioupol, un port stratégique pour assurer la jonction des troupes russes venues de Crimée annexée avec celles des séparatistes de l’est, était assiégée jeudi, selon le maire, qui affirmait que les habitants étaient sans eau et sans électricité.

Vendredi, les autorités régionales ont indiqué ne disposer d’aucune communication.

Plus à l’ouest, à Mykolaïv, prochaine ville sur le chemin des Russes après Kherson, tombée la veille, le gouverneur de la région a affirmé sur Twitter vendredi que les troupes ennemies s’approchent et que des affrontements ont lieu présentement.

La veille, les autorités ukrainiennes avaient fait état d’une colonne de 800 chars russes avançant vers Mykolaïv, qui compte près de 500 000 habitants.

Utilisez Starlink… à vos risques et périls

Selon le patron de SpaceX, Elon Musk, le système de communications satellites Starlink fourni par sa compagnie pour maintenir l’accès à Internet en Ukraine est désormais le seul qui fonctionne par endroits dans le pays.

Le milliardaire sud-africain a publié un tweet vendredi pour mettre en garde les Ukrainiens contre l’utilisation du système, qui est probablement à haut risque d’être visé par les troupes russes, selon lui, et dont l’antenne peut être facilement repérable.

N’activez Starlink qu’en cas de besoin et placez l’antenne aussi loin que possible des personnes, a-t-il conseillé. Placez un camouflage léger par-dessus l’antenne pour éviter la détection visuelle.

SpaceX a envoyé des terminaux Starlink en Ukraine, à la demande des autorités, afin de maintenir une connexion Internet sans devoir passer par des infrastructures terrestres.

Radio-Canada avec les informations de Agence France Presse, Reuters, Associated Press et New York Times

Et si la Russie coupait l’approvisionnement de pétrole et de gaz à l’Europe?

mars 2, 2022

Les Européens importent environ 85 % du gaz qu’ils consomment et la Russie est leur principal fournisseur. Photo : Reteurs/Maxim Shemetov

Les sanctions imposées à la Russie pour son invasion de l’Ukraine pourraient pousser Moscou à riposter en limitant ou en stoppant carrément l’offre de pétrole et de gaz à l’Ouest. Mais la Russie pourrait payer cher ce geste, disent des experts.

Selon Anessa Kimball, professeure au Département de science politique et directrice du Centre sur la sécurité internationale de l’Université Laval, si la Russie ralentit ou coupe l’approvisionnement du pétrole et du gaz vers l’Ouest, cette mesure sera vue comme une escalade qui vise à briser la cohésion des alliés.

La Russie est le troisième producteur mondial de pétrole et le deuxième des grands exportateurs. Ses exportations d’environ 5 millions de barils par jour de pétrole brut représentent environ 12 % du commerce mondial, et ses 2,85 millions de barils par jour de produits pétroliers représentent environ 15 % du commerce mondial des produits raffinés.

C’est sûr que c’est un levier de pression qu’ils ont dans leur boîte à outils, dit Mme Kimball.

Selon Mark Manger, professeur auMunk School of Global Affairs & Public Policy de l’Université Toronto et codirecteur du Global Economic Policy Lab, pour tenter de comprendre ce que la Russie envisage de faire, il faut distinguer entre l’exportation de gaz et celle de pétrole russe.

Rappelons que les Européens (et particulièrement l’Allemagne, l’Italie, la Lituanie et la Hongrie) importent environ 40 % du gaz qu’ils consomment de la Russie.

Si l’Europe dépend fortement du gaz russe, cette exportation ne rapporte que 7 % du revenu brut de l’économie de la Russie. Cela pourrait être tentant pour la Russie de couper l’approvisionnement en gaz, car cela ne leur fera pas de mal s’ils perdent 7 % de la valeur des exportations, explique M. Manger.

C’est pourquoi la Russie songe à utiliser le gaz comme monnaie d’échange pour rééquilibrer la situation, ajoute Mme Kimball.

Mais puisque l’impact financier sur la Russie ne serait pas significatif, l’Europe peut difficilement menacer Moscou d’arrêter les importations de gaz.

Même si l’Union européenne continue d’acheter du gaz de la Russie, M. Manger ne croit pas que cela remette en question les sanctions. C’est mineur [comme source de financement] pour la Russie.Un homme travaille près des gigantesques tuyaux d'un terminal gazier.

Le terminal du gazoduc Nord Stream 2, à Lubmin, en Allemagne. L’Allemagne a suspendu le processus de certification du gazoduc à la suite de l’invasion de la Russie en Ukraine. Photo : La Presse Canadienne/AP/Michael Sohn

De plus, l’Europe pourrait difficilement trouver de nouvelles sources de gaz rapidement et des prix raisonnables. M. Manger rappelle que ce gaz est utilisé non seulement pour le chauffage et l’électricité, mais aussi pour la production d’engrais. Déjà, les prix de la potasse ont augmenté. Ces pays ne peuvent pas vraiment se sevrer de cette source de gaz à court terme.

Autre considération pour la Russie : elle pourrait difficilement vendre ce gaz ailleurs, parce qu’elle n’a pas les infrastructures nécessaires pour le transporter. Moscou souhaite construire des gazoducs vers la Chine, mais ça prendra plusieurs années, dit M. Manger.

L’arme du pétrole

En revanche, environ 60 % des exportations de la Russie proviennent de la vente du pétrole.

Ainsi, les exportations de pétrole font rouler l’économie en Russie, et ce, depuis très longtemps, précise M. Manger. C’est le cas depuis l’ère soviétique, dit-il, en ajoutant que cette dépendance aux exportations de pétrole est l’une des plus grandes faiblesses de la Russie. D’ailleurs, environ 60 % des exportations pétrolières de la Russie sont destinées à l’Europe.

Même si l’Europe importe près du tiers de son pétrole de la Russie, elle pourrait trouver du pétrole ailleurs, indiquent M. Manger et Mme Kimball. Il n’y a pas de pénurie de pétrole, rappelle M. Manger. On peut facilement augmenter la cadence de production et transporter le pétrole par navire.

Il croit que les États-Unis pourraient convaincre les Saoudiens d’accroître leur production de pétrole, ce qui aurait comme effet non seulement d’offrir à l’Europe une autre source de pétrole, mais aussi de réduire les prix du baril de pétrole, qui sont au plus haut depuis 2014, lors de l’annexion de la Crimée par la Russie.

Sans marché européen et avec un prix du pétrole réduit, les revenus de la Russie baisseraient significativement.

« Ceci mettrait l’économie russe à genoux. »— Une citation de  Mark Manger, professeur à l’Université de Toronto

Mme Kimball est d’accord. Selon elle, une intervention de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) est un autre moyen de couper une partie du financement de la Russie.

Et comme pour le gaz, la Russie pourra difficilement exporter son pétrole ailleurs. Elle dépend largement des ports de la mer Noire, des routes qui sont actuellement perturbées par l’invasion en Ukraine.

De plus, certains pays, comme le Royaume-Uni et le Canada, ont fermé leurs ports à tous les navires russes. Oui, les Russes peuvent continuer à exporter vers la Chine, mais la Chine va peut-être exiger une réduction des prix. Après tout, les Chinois ne sont pas dans le marché de la charité.Des pipelines.

À Mozyr, au Bélarus, des pipelines qui transportent du pétrole de la Russie vers l’Europe. Photo : Reuters/Vasily Fedosenko

Déjà des actions concertées contre la Russie

Mardi, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a annoncé que les 31 pays membres libéreront 60 millions de barils de brut de leurs réserves pour faire face aux prix élevés du pétrole exacerbés non seulement pas la pandémie, mais par la crainte d’approvisionnement de la Russie.

Les ministres ont décidé aujourd’hui que l’approvisionnement énergétique ne devrait pas être utilisé comme un moyen de coercition politique ni comme une menace pour la sécurité nationale et internationale, peut-on lire dans le communiqué de l’Agence internationale de l’énergieAIE.

Le Canada a annoncé pour sa part qu’il interdisait les importations de pétrole russe. Cette annonce est davantage symbolique, puisque le Canada n’a pas reçu de cargaison de pétrole brut russe depuis 2019. Le Canada importe toutefois certains produits pétroliers raffinés de la Russie.

L’industrie du pétrole représente plus du tiers des revenus du budget fédéral de la Russie, et bien que le Canada ait importé très peu de quantités ces dernières années, cette mesure envoie un message fort, a déclaré le premier ministre Justin Trudeau en conférence de presse cette semaine.

Mais malgré ces actions, le prix du pétrole risque d’augmenter encore, surtout si la guerre persiste, prévient M. Manger. L’utilisation des réserves stratégiques de pétrole ne pourra pas stabiliser le prix éternellement.

Poutine n’a pas besoin de fermer complètement les robinets pour punir l’Occident. La banque JPMorgan Chase a d’ailleurs averti que le prix du pétrole pourrait atteindre 150 $ le baril si les exportations russes étaient réduites de moitié.

Étant donné que l’économie mondiale est toujours fragilisée par la pandémie, Mme Kimball se demande si l’Occident sera capable d’encaisser les contrecoups économiques que veut imposer la Russie. C’est un risque pour la Russie, mais il faut prendre en compte que Poutine est peut-être prêt à encaisser beaucoup plus de conséquences financières que les autres pays. Il n’essaie pas de plaire à tout le monde. Donc sa marge de manœuvre est assez large.

Cependant, M. Manger estime que la Russie joue un jeu dangereux en menaçant d’arrêter le flot de pétrole et de gaz vers l’Europe, et qu’elle risque de faire crouler son économie à long terme.

« Je pense que la Russie a complètement surestimé son pouvoir. [Elle a tenu] pour acquis que l’Occident n’était pas prêt à assumer un coût économique pour arrêter cette guerre. »— Une citation de  Mark Manger, professeur à l’Université de Toronto

La Russie pourrait-elle perdre l’Europe comme marché?

La Russie a une longue histoire d’approvisionnement fiable en pétrole et en gaz. Même au plus fort de la guerre froide et lors de l’annexion de la Crimée en 2014, l’approvisionnement a toujours été maintenu.

Par contre, M. Manger pense que l’Occident et l’Europe ont de moins en moins confiance dans la stabilité de cet approvisionnement. Personne n’y croit maintenant, dit M. Manger.

Il s’agit d’une vulnérabilité à long terme pour le président Poutine. S’il militarise l’approvisionnement énergétique, cela ne fera qu’accélérer la diversification énergétique de l’Europe et de l’Occident pour s’éloigner de l’énergie russe, a déclaré Daleep Singh, conseiller adjoint américain à la sécurité nationale sur les ondes de CNBC.

Cette guerre pousse plusieurs pays européens à accélérer leur transition énergétique et à diversifier plus rapidement leurs sources d’énergie.

Par exemple, dit M. Manger, le chancelier de l’Allemagne a prononcé un discours dimanche dans lequel il affirme que son pays va accélérer l’atteinte d’une économie « zéro émission nette » et construire des terminaux de gaz naturel qui pourraient servir à l’importation d’hydrogène vert.

C’est un changement fondamental qui signifie essentiellement que, même s’il n’y a pas de solution à court terme et même à moyen terme, l’Allemagne essaiera de se sevrer des importations russes.

Au Canada, le premier ministre albertain, Jason Kenney, a déclaré mardi que l’invasion de l’Ukraine démontre que les démocraties, comme le Canada, doivent être plus autosuffisantes sur le plan énergétique. Il faut diminuer notre dépendance sur l’énergie du pétrole de conflit, de guerre. Chaque baril de pétrole russe fournit maintenant la machine de guerre de Poutine. Je crois que l’invasion a changé rapidement l’urgence [pour le Canada] de construire l’infrastructure, y compris les oléoducs et les exportations de gaz naturel liquéfié du Canada au reste du monde.

La Russie, dit-il, pourrait faire crouler son économie si elle choisit de couper l’approvisionnement de pétrole et de gaz à l’Europe.

Avec Radio-Canada par Mélanie Meloche-Holubowski

« Stoppez cette folie! »: rassemblements en Europe pour l’Ukraine, arrestations en Russie

février 24, 2022
"Stoppez cette folie!": rassemblements en Europe pour l'Ukraine, arrestations en Russie
« Stoppez cette folie! »: rassemblements en Europe pour l’Ukraine, arrestations en Russie© AFP/John MACDOUGALL

« Stoppez cette folie ! »: à Berlin, Paris ou encore Varsovie et Istanbul, des manifestants ont protesté jeudi dans de nombreux pays contre l’invasion de l’Ukraine. Et en Russie même des centaines de protestataires ont été arrêtés.

Au moins 788 personnes ont été interpellées par la police russe dans 42 villes, a rapporté l’ONG spécialisée OVD-Info. Près de la moitié ont été arrêtées à Moscou, où l’AFP a assisté à des dizaines d’interpellations sur la place Pouchkine, dans le centre.

Devant l’ambassade russe à Berlin, un manifestant brandit une pancarte où est écrit: « Stoppez cette folie, sauvez la vie, plus de mensonges ». De nombreux autres arborent les couleurs ukrainiennes.

Parmi les protestataires, des Russes fustigent clairement l’opération militaire lancée par Moscou.

« Tout le monde devrait venir ici aujourd’hui et soutenir l’Ukraine et dire que la guerre doit cesser », déclare à l’AFP Olga Kupricina, 32 ans, originaire de Kaliningrad et installée en Allemagne depuis octobre.

« criminel de guerre »

« Les Ukrainiens et les Russes sont frères et soeurs. Tous mes amis et mes parents sont sous le choc et ne veulent pas de guerre », dit-elle.

« Nous voulons montrer que nous sommes contre la guerre. Nous sommes russes et venons de Russie. L’Ukraine a toujours été un pays très amical avec nous et un pays proche », abonde Ekaterina Studnitzky, 40 ans dont 16 passés en Allemagne.

Des Ukrainiens participaient à un autre rassemblement, au pied de la mythique Porte de Brandebourg.

Vladimir « Poutine a déjà volé ma maison parce que je suis de Donetsk et que ma famille et moi avons dû partir à cause de la guerre », s’emporte Sofia Avdeeva, étudiante de 22 ans.

« Je ne veux pas que l’ensemble de l’Ukraine connaisse le même sort. J’ai déjà dit au revoir à ma maison mais je ne veux pas que tout le pays vive l’enfer que nous avons vécu », poursuit-elle, avant de lancer que le président russe « devrait mourir ».

« C’est un criminel de guerre, il n’a pas déclaré la guerre et il a attaqué des villes pacifiques », dénonce-t-elle.

De nombreuses manifestations sont prévues dans la plupart des grandes villes allemandes.

En Géorgie, théâtre d’une intervention russe en 2008, des milliers de personnes ont manifesté dans les principales villes. « Poutine a attaqué non seulement l’Ukraine aujourd’hui ou la Géorgie il y a des années, mais l’idée même de liberté », estime à Tbilissi Keti Tavartkiladze, professeur de mathématiques de 61 ans.

Drapeau brûlé

A Paris, plusieurs centaines de personnes étaient réunies elles aussi devant l’ambassade russe, dont plusieurs candidats à l’élection présidentielle d’avril comme l’écologiste Yannick Jadot ou l’ex-ministre Christiane Taubira.

Un grand rassemblement est prévu en fin de journée sur la place de la République, dans le coeur de Paris. Un autre s’est aussi tenu à Madrid.

A Varsovie, pays limitrophe de l’Ukraine, un drapeau russe a été brûlé par un manifestant devant l’ambassade russe.

Des rassemblements ont été en parallèle organisés à Beyrouth et Tokyo. A Dublin, La Haye et Amsterdam, des centaines de personnes ont elles aussi participé à des rassemblements jeudi devant les représentations russes.

A Istanbul, une quarantaine de personnes se sont réunies jeudi matin devant le consulat de Russie à Istanbul pour entonner l’hymne ukrainien et brandir des portraits du président russe, le visage couvert de sang.

La diaspora ukrainienne a également appelé à un rassemblement à Berne auquel ont participé plusieurs centaines de personnes sous le slogan « Stop à la guerre de Poutine ».

« Nous nous sentons détruits (…) C’est un très mauvais sentiment quand votre mère vous appelle à 6 heures du matin et vous dit que la guerre a commencé. Alors nous avons décidé de quitter notre lieu de travail pour venir dire +non+ devant l’ambassade de Russie », déclare à l’AFP Yevhenii Osypchuk, un mécanicien automobile de 27 ans, qui a lui participé à un rassemblement à Stockholm.

Par Le Point avec AFP

Europe-Afrique : Barkhane, investissements et vaccins… Ce qu’il faut retenir du sommet UE-UA

février 18, 2022
Ursula von der Leyen, Macky Sall, Emmanuel Macron et Charles Michel, le 18 février 2022 à Bruxelles lors du sommet UE-UA. © John Thys/AP/SIPA

L’Union européenne et l’Union africaine ont scellé vendredi à Bruxelles un « partenariat rénové », avec notamment le lancement d’une stratégie européenne d’investissements de 150 milliards d’euros et une aide accrue pour produire des vaccins anti-Covid en Afrique. Les questions sécuritaires dans le Sahel ont également été au coeur des discussions.

Les Européens ouvrent également la voie à une ré-allocation accrue en faveur des Africains des droits de tirage spéciaux du Fonds monétaire international (FMI) destinés aux pays riches, mais sans engagement ferme, selon la déclaration commune adoptée lors du 6e sommet des deux organisations. « Notre vision commune (…) a pour objectif de consolider un partenariat renouvelé pour la solidarité, la sécurité, la paix, le développement économique durable », ont plaidé les dirigeants africains et européens, réunis depuis jeudi pour « réinventer » leur relation et « installer un nouveau logiciel », selon la formule du Sénégalais Macky Sall, président de l’UA.

La réunion a été l’occasion pour les Vingt-Sept de lancer une stratégie globale d’investissements dotée d’au moins 150 milliards d’euros sur sept ans pour « aider des projets voulus et portés par les Africains », avec une priorité aux infrastructures de transport, réseaux numériques et énergie. Le tout en garantissant « une gouvernance responsable, transparente, inclusive », selon la déclaration. Parallèlement, des programmes financiers spécifiques soutiendront des projets dans la santé et l’éducation.

Accélérer la vaccination

Les Européens, qui promettent d’avoir fourni à l’été un total cumulé d’au moins 450 millions de doses de vaccins anti-Covid aux Africains, se sont également engagés à aider des pays africains à produire sur leur sol des vaccins à ARN messager, un programme dévoilé vendredi par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’UE mobilisera également 425 millions d’euros pour accélérer les campagnes de vaccinations en soutenant la distribution des doses et la formation des équipes médicales.

En revanche, préconisant un transfert encadré de technologies, les dirigeants de l’UE ont rappelé leur opposition à une levée des brevets des vaccins, âprement réclamée par leurs homologue africains, en particulier le président sud-africain Cyril Ramaphosa. La déclaration finale appelle par ailleurs à « des contributions volontaires et ambitieuses » des pays riches, qui peuvent redistribuer aux Africains leurs droits de tirage spéciaux (DTS) — titres convertibles créés par le Fonds monétaire international et alloués à ses Etats membres, qui peuvent les dépenser sans s’endetter.

Jusqu’ici, les Européens ont collectivement ré-alloué à l’Afrique 13 milliards de dollars de leurs DTS, sur 55 milliards réalloués par les pays riches au niveau mondial, un niveau très en-deçà de l’objectif des 100 milliards réclamés par l’UA. Alors que coups d’État et terrorisme alimentent l’instabilité en Afrique, et au lendemain de l’annonce par Paris et ses alliés de leur retrait du Mali, l’UE s’est également engagée à aider les missions et opérations de paix menées par les forces africaines, en les formant et en renforçant leurs équipements et capacités.

Retrait de Barkhane

La veille, le président sénégalais, président en exercice de l’Union africaine, avait insisté : « L’Afrique est en pleine mutation, elle a beaucoup changé (…) Plus qu’une mise à jour du logiciel, nous proposons d’installer ensemble un nouveau logiciel adapté aux mutations en cours ». Il avait par ailleurs plaidé pour « un nouveau départ ». « Nous devons réinventer la relation », a reconnu le président français Emmanuel Macron. « L’Europe a besoin d’une Afrique stable, sûre et prospère », a estimé pour sa part le président du Conseil européen, Charles Michel, avertissant que « les coups d’État mettent en péril le développement ».

Le sommet s’est tenu quelques heures après l’annonce par la France du retrait de hommes de l’opération militaire Barkhane du territoire malien. Un décision que le président Macky Sall a dit « comprendre », tout en avertissant que « la lutte contre le terrorisme au Sahel ne saurait être la seule affaire des pays africains ».

L’UE va vérifier « d’ici quelques jours » si les conditions et les garanties sont remplies pour le maintien au Mali de ses deux missions de formation militaire (EUTM) et policière (EUCAP), a annonce de son côté le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. L’instabilité du continent africain est également alimentée par « les nouveaux acteurs » chinois et russes « dont les méthodes et les agendas sont très différents des nôtres », a-t-il souligné, évoquant la présence de mercenaires de la société de sécurité privée russe Wagner, au coeur du bras de fer entre Paris et Bamako.

Par Jeune Afrique avec AFP

Achille Mbembe : « Pourquoi l’Europe doit s’arrimer à l’Afrique »

février 13, 2022
La présidente de la Commission européenne, Ursula Von Der Leyen, et le président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, le 7 décembre 2019 au siège de l’UA à Addis-Abeba. © REUTERS/Tiksa Negeri

Premier investisseur sur le sol africain, le Vieux Continent y affronte désormais la plupart des grandes puissances, qui tentent de se repositionner au moyen de stratégies géopolitiques de reconquête. Un changement de donne qui interpelle alors que dirigeants africains et européens se réunissent à Bruxelles, les 17 et 18 février prochains.

Au sortir de la guerre froide, l’on se serait attendu à ce que l’Europe développe une véritable stratégie globale avec l’Afrique. Tel n’est pas encore le cas. En réalité, en dépit des déclarations, le continent ne constitue toujours pas une priorité dans l’agenda des Européens, qui ne disposent d’aucune analyse géopolitique significative le concernant.

Bien qu’elle y affronte, de plus en plus, une concurrence rude des pays émergents, l’Union européenne (UE) persiste trop souvent à n’y voir qu’une vaste zone d’instabilité et d’insécurité et une région périphérique qui pourrait servir de point de ralliement négatif pour la défense des intérêts de ses États, à commencer par la lutte contre l’immigration. 

Pour les années qui viennent, la Commission européenne a décidé de redéfinir la stratégie de l’Union avec l’Afrique sur la base de cinq partenariats thématiques : la transition verte et l’accès à l’énergie ; la transformation numérique ; la croissance et les emplois durables ; la paix et la gouvernance ; les migrations et mobilités. L’identification de nouveaux thèmes autour desquels pourraient se cristalliser des intérêts communs ne suffit cependant pas. Encore faut-il que ces thèmes résultent d’une véritable analyse géopolitique du continent sur le moyen terme (2050-2060). 

Les Balkans plutôt que l’Afrique

Par ailleurs, en dépit de quelques avancées, de multiples différends persistent. Avec près de 30 milliards d’euros annuels alloués à l’Afrique, l’UE demeure l’un des premiers bailleurs sur le continent, devant les États-Unis, le Japon ou la Chine. Elle y est aussi le premier investisseur, mais cette position est loin d’être garantie. L’UE ne s’est pas seulement élargie : les nouveaux États membres s’intéressent davantage aux Balkans et aux frontières orientales de l’Union qu’à l’Afrique. 

De plus, les relations entre l’Union européenne et l’Afrique sont plus complexes que les flux d’aide publique. Et, là encore, les contradictions sont nombreuses. Si les négociations entre l’Union et l’Afrique subsaharienne, les pays des Caraïbes et du Pacifique (les ACP) ont débouché sur un nouveau « partenariat » post-Cotonou en décembre 2020, les changements enregistrés sont, en réalité, dérisoires.  

L’UE EST PARVENUE À IMPOSER AUX ÉTATS AFRICAINS L’OBLIGATION DE RÉADMISSION DES MIGRANTS ILLÉGAUX DANS LEUR PAYS D’ORIGINE 

L’accord de partenariat UE-ACP demeure le cadre juridique qui structure les relations entre l’UE et l’Afrique subsaharienne. Pour ajouter à la complexité de l’héritage institutionnel et juridique, les relations commerciales sont définies à travers des accords avec les différentes sous-régions africaines, tandis que les pays d’Afrique du Nord font l’objet d’un traitement à part, dans le cadre des accords d’association réservés aux pays dits « du voisinage ». À l’occasion de ces accords, l’UE est parvenue à imposer aux États africains l’obligation de réadmission des migrants illégaux dans leur pays d’origine. 

En lieu et place d’une action internationale européenne commune, l’UE traite avec une multitude d’instances africaines par lesquelles passent la plupart de ses initiatives. En préconisant le maintien de relations euro-africaines bilatérales, elle s’interdit de repenser les échelles pertinentes des relations dans un contexte où, comme on l’a vu précédemment, la géographie internationale et économique des États africains est en pleine recomposition et la priorité devrait être davantage accordée au transfrontalier. 

En finir avec le vieux socle de l’Eurafrique

Nous plaidons donc pour que, lors de ce sommet UE-UA, un engagement historique soit pris, en vue d’un véritable acte fondateur entre les deux continents. Un tel acte doit mettre à plat les politiques actuelles (commerciale, agricole, industrielle, migratoire, environnementale, scientifique et universitaire). Il doit surtout faire progresser l’intégration intra-africaine et développer les interconnexions avec l’Europe. Il ne peut pas être fondé sur le vieux socle de l’Eurafrique dont on a vu, au long de l’histoire, les fatales contradictions. Afin de tourner le dos aux approches fragmentaires et aux déséquilibres du passé, des mécanismes de gouvernance conjointe doivent être mis en place. Ils devraient déboucher sur la création d’une véritable commission euro-africaine permanente. 

CINQ TYPES D’ALLIANCE SONT NÉCESSAIRES : AGRICOLE, TECHNOLOGIQUE ET INDUSTRIELLE, NUMÉRIQUE ET CULTURELLE, POUR LA DÉMOCRATIE AINSI QUE POUR LES INFRASTRUCTURES TRANSFRONTALIÈRES

L’objectif stratégique doit être d’arrimer les deux continents l’un à l’autre. Une étape cruciale dans cette perspective est d’accroitre significativement la connectivité intra-africaine, condition sine qua non sans laquelle la connectivité euro-africaine n’aura pas lieu. Cinq types d’alliance sont nécessaires : agricole, technologique et industrielle, numérique et culturelle, pour la démocratie ainsi que pour les infrastructures transfrontalières. Comme les États coloniaux de la fin du XIXe et du début du XXe siècle l’avaient bien compris, le plus grand obstacle à la transformation du continent africain est la faiblesse en matière de connectivité physique et infrastructurelle.  

Favoriser les interconnexions régionales

Cette faiblesse a toujours été l’un des plus grands obstacles au développement des marchés régionaux. Les grands axes transcontinentaux imaginés à l’époque coloniale, à l’exemple du transsaharien, de la transsahélienne ou du chemin de fer du Cap au Caire visaient précisément à surmonter ce goulot. Ils doivent être réactualisés. Que dire du coût des services maritimes ?  Supérieur de 40 % à la norme mondiale, il pourrait être abaissé avec la décongestion des infrastructures portuaires, puis l’intégration entre les ports africains, et entre ceux-ci et leurs hinterlands régionaux. De considérables externalités positives pourraient aussi être dégagées grâce à l’interconnectivité des réseaux électriques nationaux. En effet, en matière énergétique, le renforcement des boucles électriques régionales pourrait, en combinaison avec le développement des énergies renouvelables, propulser les zones considérées à présent comme hostiles au développement. 

 Si la priorité doit être accordée à l’interconnexion des réseaux électriques, au développement des chaînes logistiques terrestres, aériennes et maritimes et à l’intégration des écosystèmes numériques africains et européens, un soutien équivalent doit être accordé aux investissements industriels en Afrique. Il est en effet possible de favoriser la constitution de filières industrielles intégrées à l’échelle euro-africaine. Au fur et à mesure que la Chine passera du statut d’usine du monde à celui de premier marché planétaire, de véritables investissements manufacturiers pourront se faire en Afrique, au-delà des zones franches chinoises en Égypte et en Éthiopie. Des chaînes de valeur régionales pourront voir le jour sur le continent lui-même. Elles reposeront sur des échanges de produits intermédiaires. 

MIEUX ARRIMER LES CONTINENTS AFRICAIN ET EUROPÉEN L’UN À L’AUTRE IMPLIQUE DE SOUTENIR LA CONNECTIVITÉ TRANSAFRICAINE

L’Union européenne peut accompagner le continent dans ce processus d’industrialisation. La transformation agro-industrielle, mais aussi des investissements dans les domaines de l’eau, de l’énergie solaire, du sol représentent de ce point de vue le point de départ privilégié parce qu’ils relieraient en un même faisceau les enjeux politiques, économiques, sanitaires et environnementaux. 

Il n’y aura donc pas de refondation des relations entre l’Afrique et l’Europe sans une stratégie pour la connectivité Afrique-Europe. Mieux arrimer les continents africain et européen l’un à l’autre implique de soutenir la connectivité transafricaine en matière énergétique, physique et numérique. Il implique aussi de faire émerger une nouvelle alliance pour la démocratie, condition sans laquelle on bâtira sur du sable. 

Achille Mbembe

Avec Jeune Afrique par Achille Mbembe

Historien et politologue camerounais.