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Kiev refuse les évacuations vers le Bélarus et la Russie proposées par Moscou

mars 7, 2022

Un homme et son enfant fuient la ville d’Irpin, dans les faubourgs ouest de Kiev, en proie à des bombardements. Photo : Reuters/Carlos Barria

L’Ukraine a refusé lundi les couloirs humanitaires vers la Russie et le Bélarus proposés par Moscou et dénonce de nouvelles offensives sur plusieurs villes du pays, dont Kiev, après une nouvelle nuit de violents bombardements.

Au 12e jour de l’invasion russe, Moscou a annoncé l’instauration de cessez-le-feu locaux et l’ouverture de couloirs humanitaires pour permettre l’évacuation de civils de plusieurs villes d’Ukraine, dont la capitale Kiev.

Mais la moitié de ces couloirs rejoignent la Russie ou le Bélarus – dont le territoire est utilisé comme arrière-base par Moscou pour envahir l’Ukraine depuis le 24 février – et ont aussitôt été rejetés par le gouvernement ukrainien.

Ce n’est pas une option acceptable, a déploré la vice-première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk. Les civils évacués n’iront pas au Bélarus pour ensuite prendre l’avion et aller en Russie, a-t-elle dit.

Moscou propose des couloirs humanitaires à Kiev… vers la Russie et le BélarusDes athlètes canadiens qui tiennent des drapeaux du Canada.

Les autorités ukrainiennes ont refusé les couloirs humanitaires vers le Bélarus et la Russie proposés par Moscou. Les détails avec Mariève Bégin.

Selon l’armée russe, la décision d’ouvrir des couloirs humanitaires a été prise après une demande personnelle du président français Emmanuel Macron adressée à son homologue russe Vladimir Poutine, lors de leur entretien de près de deux heures dimanche.

Le président Macron n’a évidemment pas demandé de tels couloirs vers la Russie ou le Bélarus, a réfuté l’Élysée, avant que M. Macron lui-même ne dénonce lundi un discours hypocrite de la part des Russes qui consiste à dire : « on va aller protéger les gens pour les emmener en Russie ».

« Tout ça n’est pas sérieux, c’est du cynisme, moral et politique. »— Une citation de  Emmanuel Macron, président de la France, en entrevue à LCI

Ces derniers jours, deux tentatives pour évacuer des civils du port assiégé de Marioupol, dans le sud-est de l’Ukraine, ont échoué, Kiev et Moscou s’accusant mutuellement de violer les conditions de l’évacuation.

Intenses bombardements dans le nord

Le corps d'un homme gît dans des décombres près d'une voiture.

Les bombardements à Kharkiv ont fait plusieurs morts le 6 mars 2022. Photo : AP/Marienko Andrew

Cette annonce survient alors que l’armée russe a intensément bombardé la nuit dernière la deuxième ville d’Ukraine, Kharkiv.

L’artillerie lourde a touché le complexe sportif d’une université locale, une tour de télévision et des immeubles civils, selon un journaliste de l’Agence France-PresseAFP.

La ville de 1,4 million d’habitants, proche de la frontière avec la Russie, dans le nord-est de l’Ukraine, est le théâtre de bombardements parmi les plus violents depuis le début de la guerre.

Selon l’état-major ukrainien, les forces russes concentrent aussi leurs efforts sur Tchernihiv (285 000 habitants) et Soumy (263 000 habitants). Tchernihiv se trouve notamment sur l’une des principales routes menant à Kiev.

D’intenses combats ont aussi eu lieu autour de la route menant vers Jytomyr (150 km à l’ouest de Kiev), qui est pilonnée et où bon nombre de maisons ont été détruites.

Et à 150 kilomètres au sud de Jytomyr, neuf personnes ont été tuées dimanche lors d’une attaque menée par l’armée russe contre l’aéroport de Vinnytsia.

Évacuations difficiles en banlieue de Kiev

Les combats continuent aussi de faire rage dans la banlieue nord-ouest de Kiev. Le maire de Gostomel, ville qui accueille une base militaire, a été tué alors qu’il distribuait du pain et des médicaments aux malades, et réconfortait les blessés, a annoncé la mairie.

À Irpin, le maire a affirmé lundi matin que les civils arrivaient à évacuer la ville sans qu’il n’y ait de bombardements. Mais le chemin est ardu, les civils devant traverser une rivière sur une planche de bois en raison des bombardements ukrainiens qui ont délibérément détruit le pont qui l’enjambait pour freiner l’avancée des Russes.

Et sur cette planche, tout doit passer : des femmes, des bébés, des vieillards, des chiens, des poussettes, des valises à roulettes, des vélos, des blessés sur des civières et même des corps roulés dans des tapis.

C’est dans ce secteur que huit habitants fuyant Irpin ont été tués dans la seule journée de dimanche, dont une famille avec ses deux enfants, selon les autorités.Des gens traversent une rivière sur une planche de bois sous un pont détruit.

Pour évacuer, les résidents d’Irpin, en banlieue de Kiev, doivent traverser une rivière sur une planche de bois, le pont ayant été détruit par des bombardements. Il s’agit de la seule route viable pour évacuer. Photo :Reuters/Carlos Barria

Le ministre ukrainien de l’Intérieur a affirmé lundi que 4000 personnes cherchaient toujours à fuir les banlieues de Kiev.

L’armée russe a massé des forces autour de Kiev et va probablement essayer de prendre la ville dans les prochains jours, a pour sa part estimé un conseiller du ministre de l’Intérieur.

Les forces ukrainiennes se tiennent prêtes à détruire le dernier pont reliant Kiev à son arrière-pays à l’ouest pour freiner la progression des chars russes.

La capitale se prépare à se défendre, a lancé le maire de Kiev et ancien champion de boxe Vitali Klitschko sur Telegram. Kiev tiendra! Se défendra! Dressons-nous ensemble! Gloire à l’Ukraine!, a-t-il clamé.

Le convoi d’une soixantaine de kilomètres de chars russes est toujours stationné au nord-ouest de la capitale.

La situation humanitaire se dégrade dans le sud

Dans la région de Kherson, près de la Crimée, dont les Russes ont pris le contrôle, de nombreux villages sont privés d’électricité, de gaz, d’eau, de nourriture et de médicaments.

Après Kherson, plus grande ville tombée aux mains des Russes depuis le début de l’invasion, la prochaine étape des troupes de Vladimir Poutine est Mykolaïev. Lundi matin, le maire de la région a affirmé que les chars russes tiraient en direction de l’aéroport régional.L'intérieur d'un appartement est en ruine.

Un immeuble résidentiel détruit par l’artillerie russe à Mykolaïev, le 7 mars 2022. Photo HOTO : via Reuters/Services d’Urgence ukrainiens

Des missiles russes tirés depuis la mer Noire se sont aussi abattus lundi sur le village de Touzly, dans la région d’Odessa, a indiqué un porte-parole militaire régional, Sergueï Bratchouk. Selon lui, les tirs ont visé des sites d’infrastructures cruciales, mais n’ont pas fait de blessé.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait aussi averti que la Russie se préparait à bombarder Odessa, port stratégique sur la mer Noire.

Le ministre de l’Éducation Sergiy Shkarlet a précisé de son côté que 211 écoles avaient été endommagées dans les bombardements.

Les troupes de Vladimir Poutine continuent leur siège à Marioupol, dans le sud-est du pays, où les vivres et les médicaments manquent désespérément. Quelques habitants ont tout de même réussi à fuir avant la fermeture du corridor humanitaire.

Ils ont déclaré que la ville de 430 000 habitants avait été dévastée.

« Nous avons tout vu : des maisons en flammes, tous les gens assis dans des sous-sols. […] Pas de communication, pas d’eau, pas de gaz, pas de lumière. Il n’y avait rien. »— Une citation de  Yelena Zamay, qui a fui vers l’une des républiques autoproclamées de l’est de l’Ukraine détenues par des séparatistes prorusses

Des centaines de morts, des milliards de dommages

Le bilan des morts reste perdu dans le brouillard de la guerre. L’Organisation des Nations uniesONU rapporte lundi 406 civils tués, incluant 27 enfants, et 801 autres blessés, mais avertit également que ce nombre est largement sous-estimé.

Plus de 1,7 million de personnes ont quant à elles fui l’Ukraine, toujours selon l’Organisation des Nations uniesONU. Cela constitue la crise de réfugiés à avoir éclaté le plus rapidement depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Si les bombardements continuent, si on continue à bombarder les villes, de manière indiscriminée, on peut s’attendre à cinq millions d’exilés, a pour sa part averti Josep Borrell, chef de la diplomatie européenne.

L’Organisation mondiale de la santé signale pour sa part neuf attaques – sept vérifiées et deux probables – contre des infrastructures médicales en Ukraine.

Mykhaïlo Podoliak, membre de la délégation ukrainienne qui participe à une troisième ronde de négociations avec les Russes lundi, a publié un sombre bilan de l’invasion sur Twitter lundi : 202 écoles, 34 hôpitaux et plus de 1500 bâtiments résidentiels touchés par des bombardements.

Plus de 900 localités sont aussi complètement privées d’électricité, d’eau et de chauffage, selon M. Podoliak.

Le ministre des Infrastructures évalue pour sa part les dommages causés par la guerre à 10 milliards de dollars.

Avec les informations de Agence France-Presse et Reuters