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En Bulgarie, l’exode sans fin de la jeunesse

novembre 4, 2022
En Bulgarie, l'exode sans fin de la jeunesse
En Bulgarie, l’exode sans fin de la jeunesse© AFP/Nikolay DOYCHINOV

Huit berceaux en tout et pour tout: dans une maternité du centre de la Bulgarie, la pédiatre Bistra Kambourova a vu le nombre de nouveau-nés diminuer drastiquement au fil de ses 37 ans de carrière.

« Il ne reste plus grand monde en âge de procréer. Les plus jeunes sont partis chercher du travail dans les grandes villes ou à l’étranger », explique Mme Kambourova, dont les deux fils ont également quitté Gabrovo.

La Bulgarie, pays le plus pauvre de l’Union européenne, se dépeuple à un rythme inédit ou presque au monde. En cause, la corruption, l’absence de perspectives économiques et la succession des crises politiques – les Bulgares ont voté début octobre pour leurs quatrièmes législatives en un an et demi, qui ont à nouveau débouché sur un Parlement morcelé.

« Un désert »

Nichée au pied de la chaîne montagneuse des Balkans, la commune de Gabrovo symbolise cet inexorable déclin.

Berceau de l’industrie qui lui a valu au début du 20e siècle le surnom de Manchester bulgare, elle ne compte plus que 48.000 habitants, quasiment moitié moins qu’en 1985.

Textile, chaussures, industrie mécanique et chimique… des milliers d’ouvriers s’y affairaient sous le régime communiste, avant des faillites en série et des privatisations sauvages.

« Je suis arrivée en 1985. A l’époque, le nombre de naissances était encore élevé – autour de 1.000 par an », raconte la médecin de 68 ans.

L’an dernier, seulement 263 bébés ont vu le jour dans son service qu’elle dirige énergiquement « pour un salaire misérable ».

A ses côtés, une sage-femme poursuit: « L’explication est simple: pas d’emploi, pas de jeunes, pas de bébés », résume Mariana Varbanova.

Et ceux qui sont encore là ont des rêves d’ailleurs.

« A Gabrovo, on apprécie le calme et l’air pur mais c’est un désert où on ne rencontre que des seniors », confie Hristiana Krasteva, une orthophoniste de 23 ans qui vient d’accoucher d’une petite fille.

D’ailleurs, son mari ébéniste s’apprête à partir en Angleterre à la recherche d’un avenir meilleur pour sa famille.

« Petit-enfant à louer »

Un lycéen rencontré devant le bâtiment de la première école publique de Bulgarie, fondée en 1835, n’a qu’une hâte: rejoindre l’Europe de l’Ouest en quête « d’une éducation de qualité et de nouveaux horizons ».

« C’est le chaos ici », soupire Ivo Dimitrov, dénonçant l’incurie de la classe politique.

Lueur d’espoir, Gabrovo a profité des fonds de l’UE pour lancer des projets d’aménagement territorial, dans les transports ou le tourisme. La municipalité cherche aussi à développer le secteur technologique mais ce secteur a besoin de peu de main-d’oeuvre.

« Un renversement de la tendance démographique prendra du temps », souligne Adrian Nikolov, expert du groupe de réflexion IME (Institute for market economics) de Sofia, interrogé par l’AFP.

La région détient le triste record national du taux de natalité le plus bas et du nombre de villages sans âme qui vive ou avec un seul habitant: 163 y sont recensés, sur 5.000 communes en Bulgarie.

Le pays a perdu un dixième de sa population en une décennie, selon le dernier recensement: elle se situe à 6,52 millions, soit autant qu’en 1934, contre près de 9 millions en 1989. Et un quart ont plus de 65 ans.

Dans le pittoresque village de Zaya, situé à 25 km de Gabrovo, les 35 résidents sont tous retraités, dans un joli mélange de nationalités: Français, Britanniques, Belges, Russes et Italiens, attirés par une vie peu chère, côtoient les habitants du coin.

Comme l’épicerie a fermé faute de clients, Marin Krastev, 77 ans, s’improvise chauffeur de trois dames une fois par semaine. « Nous avons décidé de nous regrouper pour aller faire les courses », dit-il. « C’est la débrouille ».

L’été, des adolescents viennent égayer leur quotidien grâce à un programme municipal intitulé « Petit-enfant à louer », permettant à des jeunes de découvrir la vie rurale. « Ils profitent des lapins, ainsi que des tomates et poivrons à portée de main », sourit Boyana Boneva, 75 ans.

Par Le Point avec AFP

Ukraine-Russie : le difficile exode des Algériens

mars 3, 2022
Réfugiés fuyant l’Ukraine pour la Pologne, au poste-frontière de Medyka, le 28 février 2022. © Reuters/Bryan Woolston

Pris dans le piège du conflit russo-ukrainien, une partie des ressortissants algériens ont difficilement fui leur pays de résidence. Beaucoup d’autres, bloqués aux frontières, cherchent encore un moyen de traverser. 

Installé dans un studio prêté par des bénévoles polonais, Ghiles se remet du périple éprouvant qui l’a conduit, avec son épouse, de nationalité ukrainienne, de Kiev à Cracovie, en Pologne.

Jusqu’au déclenchement de l’invasion russe, ce ressortissant algérien de 27 ans gérait un fast-food en plein cœur de la capitale ukrainienne. Il n’aurait jamais imaginé qu’une guerre le pousserait à fuir, dans la précipitation, le pays où il a élu domicile il y a une dizaine d’années.

Froid glacial

« On a été réveillé [le 24 février] par le bruit des sirènes. Quand j’ai compris que  Kiev était attaquée, je me suis dit qu’on n’était plus en sécurité et qu’il fallait partir tout de suite. J’ai prévenu mes employés. On a fait notre valise rapidement et on a réussi à trouver un taxi qui nous a emmenés jusqu’à la frontière polonaise. Ça nous a coûté 500 euros, contre moins d’une centaine d’euros en temps normal », raconte l’expatrié.

J’AI VU DES REPRÉSENTANTS DES AMBASSADES TUNISIENNE ET MAROCAINE. AUCUN ENVOYÉ ALGÉRIEN

Lorsque le couple parvient au poste-frontière, des dizaines de milliers de personnes s’y massent déjà. Impossible de passer de l’autre côté à pied. Seuls les véhicules y sont autorisés. Ghiles et son épouse se retrouvent coincés. Les conditions sont rudes. « On n’a quasiment rien mangé ni bu. Heureusement, une famille ukrainienne nous a accueillis pour nous éviter de rester toute la nuit dehors dans un froid glacial », résume-t-il.

Après trois jours d’errance, le couple parvient à convaincre un conducteur de les emmener jusqu’en Pologne, moyennant rétribution.

Comme Ghiles, des centaines d’expatriés algériens – pour la plupart étudiants – ont rejoint ce pays par leurs propres moyens. « On est livrés à nous-mêmes. Les autorités algériennes ne font rien pour nous. À la frontière, j’ai vu des représentants des ambassades tunisienne et marocaine, mais aucun envoyé algérien », déplore un étudiant en ingénierie informatique, âgé de 23 ans, qui a voyagé avec deux camarades.

DES POLICIERS UKRAINIENS ONT FRAPPÉ DES RÉFUGIÉS AFRICAINS

Retenus par des embouteillages géants, ils ont passé trois nuits dans une voiture et n’avaient que de maigres provisions. « C’était un cauchemar. J’ai vu des bousculades, des policiers ukrainiens frapper des réfugiés africains », lâche-t-il.

Solidarité maghrébine

Dans un communiqué, diffusé le 26 février, le ministère algérien des Affaires étrangères affirme suivre de près les développements de la situation en Ukraine et « coordonner les efforts pour assurer la sécurité des membres de la communauté nationale établis dans ce pays, par le biais des ambassades d’Algérie à Varsovie et Bucarest ».

Le ministère, que dirige Ramtane Lamamra, a également confirmé le décès d’un étudiant algérien de 25 ans, qui se trouvait à Kharkiv, la deuxième ville d’Ukraine, située non-loin de la frontière russe.

Deux numéros verts destinés aux quelques milliers d’Algériens résidant en Ukraine ont été mis en service. Pourtant, plusieurs personnes, contactées par Jeune Afrique et se trouvant sur les routes de l’exode, assurent qu’elles n’ont pu les joindre. Le 2 mars, les autorités ont annoncé qu’un vol spécial d’Air Algérie décollerait de Bucarest, le 3 mars à 17 heures, afin de rapatrier des Algériens venus d’Ukraine et bloqués en Roumanie.

ON A PRÉVU DES SANDWICHS ET DE L’EAU. ON LEUR DEMANDE OÙ ILS VEULENT ALLER

Un élan de solidarité spontané voit le jour. Des volontaires maghrébins installés en Pologne s’organisent pour venir en aide aux réfugiés africains laissés pour compte. Réda, un graphiste algérien établi à Cracovie, fait partie de ces bénévoles.

Influenceurs

Posté toute la nuit au point de passage de Medyka, il a accueilli des dizaines de rescapés, exténués et démunis. « On a prévu des sandwichs et de l’eau. On leur demande où ils veulent aller. À ceux qui ont en tête une destination précise on explique comment s’y rendre et on les accompagne jusqu’à la gare la plus proche. On a réussi à loger les autres dans des appartements mis gracieusement à leur disposition », explique Réda, qui héberge lui-même trois étudiants maghrébins. « Tout a commencé sur les réseaux sociaux. On a diffusé nos coordonnées et on a demandé à des influenceurs de relayer nos messages », poursuit-il.

DES FAMILLES NOUS CONTACTENT D’ALGÉRIE, DE TUNISIE, D’UN PEU PARTOUT EN EUROPE

Depuis le 28 février, Réda croule sous les appels. « Ça n’arrête pas. Il y a ceux qui veulent traverser et qui me contactent, mais aussi des familles d’Algérie, de Tunisie et d’un peu partout en Europe qui veulent qu’on aide un de leurs membres encore bloqué en Ukraine », précise le jeune homme.

Pour être plus efficaces, lui et ses amis se sont répartis les tâches. « Je suis chargé de la visibilité sur les réseaux sociaux et de l’accueil. Une équipe, dans la ville de Cracovie, trouve des lieux d’hébergement. Une autre est à l’aéroport pour prêter main forte à l’ambassade de Tunisie et aider ceux qui veulent être rapatriés. Deux avions, affrétés par l’armée de l’air tunisienne, sont déjà partis », souligne-t-il.

À l’autre bout de la Pologne, près de la frontière avec l’Allemagne, où il réside depuis quelques mois après avoir vécu plusieurs années en Ukraine, Fahem s’implique, lui aussi. Il a même pris un congé pour se consacrer entièrement à l’aide aux réfugiés. « Mon patron est d’origine ukrainienne. Il s’est montré compréhensif », sourit le fondateur du groupe Facebook « Les Algériens d’Ukraine », qui compte près de 10 000 membres. « Ce dont ces réfugiés ont le plus besoin, c’est d’un point de chute. J’essaie de les orienter et de leur trouver des solutions de logement. »

Discriminations

La situation se complique pour les Africains, qui disent faire l’objet de discriminations raciales. Au poste-frontière de Medyka, Réda en a été le témoin. « Le passage est plus simple et plus rapide pour les Européens. Des navettes, venant de Pologne à intervalle régulier, les récupèrent directement du côté ukrainien. En revanche, rien n’est prévu pour les non-Européens, qui, eux, doivent attendre des heures. Certains m’ont dit avoir été maltraités physiquement par des gardes-frontières ukrainiens. On a demandé à d’autres, qui voulaient aller aux toilettes, de refaire la queue, ce qui représente jusqu’à douze heures d’attente en plus », dénonce le bénévole, qui parle d’une « anarchie totale » : « des personnes ont tout perdu, leur bagage, leur téléphone, leur passeport… »

Contraints à un exil forcé, très peu de réfugiés algériens cherchent à être rapatriés. Beaucoup ont déjà retrouvé leur famille, installée quelque part en Europe, ou sont en route. Faute d’alternative, certains patientent en Pologne. Beaucoup espèrent revenir en Ukraine.

« Je ne voulais même pas partir car je devais passer un examen, explique l’étudiant en informatique. Ce sont mes amis qui m’ont dissuadé de rester. Maintenant, tout ce que je veux, c’est rentrer en Ukraine, reprendre mes études et obtenir mon diplôme. J’ai investi beaucoup d’argent pour payer les frais d’inscription. Je ne veux pas tout perdre. »

JE NE VEUX ALLER NULLE PART AILLEURS. MA VIE EST EN UKRAINE

Ghiles ne souhaite pas, lui non plus, que son exil polonais se prolonge. « Je ne veux aller dans aucun autre pays d’Europe, ni retourner en Algérie. Ma vie est en Ukraine, j’ai tout laissé derrière moi. J’attends que la situation se calme pour rentrer », dit-il.

Rayons vides

Alors que l’armée russe poursuit sa progression vers Kiev et que les combats s’intensifient dans l’est du pays, des Algériens ont fait le choix de rester. Du moins pour le moment. « Soit parce qu’ils n’ont pas les moyens de voyager, soit parce qu’ils ne veulent pas quitter leur famille ukrainienne », explique Fahem, qui est en contact avec plusieurs de ces personnes.

« Les conditions de vie deviennent de plus en plus dures, notamment à Kiev, ajoute-t-il. Un Algérien originaire de Biskra, qui vit près de l’aéroport, m’a raconté qu’il ne trouvait presque plus de quoi se nourrir. Les grandes surfaces sont fermées, ou bien les rayons sont quasiment vides. »

Arrivé en Ukraine en octobre dernier, Youcef Lalout n’envisage pas encore le départ. Évacué de Kiev par son employeur quatre jours avant le début des affrontements, il vit et travaille désormais dans une chambre d’hôtel de la ville de Lviv, encore épargnée par les Russes.

Cet Algérien de 27 ans cite le deuxième round des pourparlers russo-ukrainiens, qui se sont tenus le 2 mars en Biélorussie, et s’accroche à un mince espoir de désescalade. »Ils discutent, il y a une forte résistance ukrainienne, on peut aller vers un cessez-le-feu. Je ne suis pas prêt à partir, à retourner à la case départ. Je suis très bien ici », assure-t-il.

Avec Jeune Afrique Ould Djamila Khettab

Chômage, désillusion: les jeunes Italiens fuient leur pays

juillet 21, 2017

Photo prise le 19 juillet 2017 d’un jeune serveur italien, Antonio Davide d’Elia, devant le restaurant où il travaille, à Londres.n / © AFP / Daniel LEAL-OLIVAS

« L’Italie se dégrade à vue d’oeil et offre toujours moins aux jeunes. Il suffit de parler avec les gens pour comprendre que s’en aller est peut-être la seule solution »: comme des milliers de jeunes Italiens, Antonio Davide d’Elia a décidé d’émigrer.

Depuis cinq ans, cet Italien vit à Londres, où il travaille désormais comme barman. Un quotidien pas forcément simple en raison du coût de la vie dans la capitale britannique, mais qui ne le convainc pas pour autant de rentrer au pays, même si celui-ci lui « manque ».

« L’Italie, c’est là où je suis né, où j’aimerais fonder une famille et vieillir, mais de façon digne. Je voudrais y retourner, mais seulement quand +maman Italie+ recommencera à prendre soin de ses enfants que, malheureusement, elle a décidé d’abandonner il y a quelques décennies », confie à l’AFP le jeune homme de 26 ans.

Selon la Fondation Migrantes, quelque 40.000 Italiens âgés de 18 à 34 ans ont quitté en 2015 la péninsule pour tenter leur chance à l’étranger.

Un chiffre qui conduit régulièrement la presse et les responsables politiques à s’inquiéter de la « fuite des jeunes » ou « des cerveaux » du pays.

Pour une partie d’entre eux, le principal moteur est de vivre « une expérience à l’étranger, ceci est vu comme une valeur ajoutée importante pour leur carrière », explique Raffaella Cagliano, professeur à l’Ecole de commerce de Polytechnique à Milan.

Ils ont envie de « faire une expérience différente, de s’ouvrir au monde », explique-t-elle, en évoquant un « phénomène commun aux jeunes de tous les pays ».

Avec « un taux de départ de 14-15% des diplômés de l’université », l’Italie n’est « pas si éloignée des autres pays », explique-t-elle. Mais là où le bât blesse, c’est le retour de ces jeunes –ou plutôt leur non-retour– et la faible attractivité de l’Italie sur les diplômés des autres pays.

« Ceci est lié de façon claire aux opportunités moindres de travail, aux rétributions plus faibles » que l’Italie offre, explique l’enseignante.

Après deux années de récession, la péninsule connaît une croissance exsangue depuis 2014, avec une hausse du PIB de 1,3% prévue par exemple cette année.

Le taux de chômage est supérieur à 11%, largement au-dessus de la moyenne de la zone euro (9,3%), et chez les 15-24 ans, il atteint même 37%, contre une moyenne européenne de 18,7%.

– ‘Absence de méritocratie’ –

Difficile ainsi de trouver un emploi. Mais le contexte économique est loin d’être la seule raison à pousser les jeunes à partir.

« Ils se plaignent également de l’absence de méritocratie », de parcours de carrière démotivants car extrêmement longs, note Raffaella Cagliano.

« J’ai eu en France des opportunités que je n’aurais jamais eues en Italie. Là-bas, si vous n’avez pas les bons diplômes, même si vous avez l’expérience, on ne vous embauche pas », explique Valentina Bressan, 42 ans, qui travaille dans le monde de l’opéra (décors, costumes, scénographie).

« En Italie, on a le sentiment que si l’on ne fait pas partie de telle famille, si on n’a pas certaines relations, on ne peut pas entrer. C’est très injuste, ce n’est pas la compétence qui est primée, et cela donne peu d’espoir », ajoute celle qui fut la première femme à assurer en 2010 la direction technique des Chorégies d’Orange.

En France, au contraire, l’expérience qu’elle a accumulée a été reconnue par les différents Opéras (Bordeaux, Lyon, Tours…) où elle est passée, dit-elle.

Même sentiment pour Antonio: à Londres, même « si tu n’es personne, tu peux devenir quelqu’un »: « à la différence de l’Italie, la carrière est rapide et surtout possible ».

Sergio Mello, qui a créé une start-up à Hong Kong, avant de rejoindre San Francisco, estime que « l’Italie n’offre pas un environnement fertile pour développer une entreprise compétitive ». « La bureaucratie fait perdre du temps », devenir « fou », et le système favorise « les voleurs » au détriment de « ceux qui paient leurs impôts », dit-il, fustigeant « une farce ».

Pour beaucoup, la désillusion est trop grande. Le fonctionnement de l’Etat, la fraude fiscale « créent un dégoût et une défiance vis-à-vis de l’avenir », souligne Valentina, tandis que Sergio juge « mort » tout espoir de changement.

Pour autant, le gouvernement s’efforce d’inciter ses diplômés à rentrer, avec notamment une nouvelle niche fiscale permettant en cas de retour de bénéficier d’une exonération de 50% sur les revenus professionnels pendant maximum cinq ans.

Romandie.com avec(©AFP / 21 juillet 2017 14h42)                

(Congo-Brazzaville) Sassou et le Pool : Vers un lent génocide ?

octobre 4, 2016

 

Hélicoptère en action dans la région du Pool, pour le pogrom

Baluchons sur la tête, les populations du Pool ont repris, non pas le chemin de l’exode, mais celui les dédales marécageux de nos forêts. Poursuivis et bombardés la soldatesque du clan d’Oyo renforcée par des mercenaires étrangers, les habitants du Pool sont abandonnés à eux-mêmes.

L’on ne comprendra jamais les raisons de cet acharnement du pouvoir sur les paisibles populations de cette région, jadis locomotive du pays. Ici l’enfer dépasse les déplorables antagonismes ethniques : ni les querelles électorales, ni les intérêts mafieux des charognards de tout bord, ni même les contorsions du clan scotché au pouvoir depuis un demi-siècle, ne peuvent à eux seuls suffire à expliquer ce drame.

Folie, c’est le seul mot. Combien de morts et disparus faudra-t-il à ce pouvoir afin d’assouvir sa soif de sang ? Ce torrent de sang ininterrompu qu’on se complait à faire couler depuis des décennies témoigne d’un régime ivre. Ivre de sang.

Le pouvoir de Brazzaville qui s’empresse à vouloir jouer les bons offices chez les voisins règle les problèmes chez lui à coup de baïonnettes.

Congo_Fillette victime du pogrom de Sassou dans le Pool
Congo_Fillette victime du pogrom de Sassou dans le Pool

 

Dans cette contrée Sassou a ses complices. D’anciens ministres issus de cette région emmurée dans un assourdissant silence d’où ils sortent de temps en temps pour condamner le seul Bintsamou dit Ntumi. Il est vrai que condamner la folie de leur mentor les priverait de leurs prébendes. Et les hommes d’église où sont-ils ? Aux abonnés absents. Et nos compatriotes du Nord ? Ils ne se sentent pas concernés tant que le vent de la violence ne les atteint pas

Sous le silence des agneaux la répression s’abat tous azimuts. Les geôles prisons du Congo débordent de prisonniers politiques : J3M, Modeste Boukadia, Paulin Makaya sont les plus connus…

Ceux-là ont de la chance ! Ils n’ont pas encore été empoisonnés ou éliminés physiquement d’une manière ou d’une autre.

Après avoir fait main basse sur les richesses du pays, perverti les institutions de la république et bridé les libertés fondamentales des populations, le pouvoir de Brazzaville, aux allures faussement démocratiques, se veut à présent omnipotent et omniscient.

Il est le seul au monde à s’être octroyé une impunité sur des crimes qu’il pourrait commettre. Et il en commet. En somme, un permis de tuer.

Dès lors, l’impopularité abyssale du régime Sassou et sa haine assumée sur les malheureux habitants méridionaux du pays laissent présager un génocide. Notre liberté se paiera, hélas, au prix de beaucoup de sang et le développement à celui de la sueur. Mais l’avenir, lui, s’écrira par l’éducation.

Le combat des africains, et singulièrement celui des congolais, est une lutte de libération du joug dictatorial dépassant les seuls enjeux électoraux. Le pays, lui, est malade de ses hommes. L’homme providentiel n’étant qu’une légende, une réaction populaire s’impose afin de tourner définitivement cette page.

Médiapart.fr par Abraham Avellan WASSIAMA