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RDC-Mines : Félix Tshisekedi enfonce le clou vis-à-vis des exploitants étrangers

septembre 5, 2021
Le président congolais Felix Antoine Tshisekedi Tshilombo, aux côtés de Wang Qishan, vice-président de la République populaire de Chine, lors du Forum de la paix, à Paris, porte de la Villette, en novembre 2019.

Le gouvernement congolais entend prendre de nouvelles mesures pour mettre fin à l’exploitation illicite des sites miniers par les opérateurs étrangers. En première ligne, des entreprises chinoises, mais pas seulement.

« Le Premier ministre a appelé le gouvernement à sévir contre les auteurs de cette situation qui est aussi facilitée par la présence des groupes armés qui empêchent le contrôle de l’État », traduisent les équipes de la Primature congolaise.

Durant le conseil des ministres du 03 septembre 2021, le Premier ministre Jean-Michel Sama Lukonde – instruit par le président de la République Félix Tshisekedi – a indiqué très clairement au gouvernement la volonté de l’exécutif de sévir contre l’exploitation illicite des sites miniers dans les provinces de l’Est du pays. Des mesures doivent urgemment être prises pour mettre fin à l’exploitation illicite des mines par les opérateurs étrangers sur toute l’étendue du territoire national, insiste-t-on du côté de la Primature.

Suspension des activités

À la suite de la diffusion d’une vidéo du journaliste Alain Foka, devenue « virale » sur les réseaux sociaux, dénonçant diverses irrégularités dans l’exploitation minière artisanale ou semi-industrielle dans le territoire de Mwenga dans la province du Sud-Kivu, le gouverneur de ladite province Theo Kasi, avait annoncé le 20 août la suspension des activités de neuf entreprises d’exploitation – considérée illicite – des minerais.

Engins roulants et machines d’exploitation appartenant à ces entreprises doivent être « immobilisés » d’ici à la fin des travaux d’une commission ad hoc chargée d’étudier « les dossiers cas par cas », explique-t-on dans l’entourage du gouverneur.

Dans un document consulté par Jeune Afrique, « les organisations membres du groupe thématique Mines et Ressources naturelles de la société civile du Sud-Kivu » accusent des opérateurs chinois, d’une part, d’exploitation illicite des minerais, et, d’autre part, d’utilisation de produits chimiques néfastes pour l’écosystème aquatique et pour les populations.

Ces accusations n’ont pour l’instant reçu aucune confirmation indépendante et n’ont pas été reprises formellement par les autorités judiciaires congolaises. Pour autant, plusieurs organisations de la société civile congolaise ont applaudi les « mesures conservatoires » prises par le gouverneur Theo Kasi, jugées nécessaires pour « remettre de l’ordre dans l’exploitation minière artisanale et semi-industrielle », selon les représentants de ces structures.

De son côté, Pékin, par le biais de l’ambassadeur de la Chine en RDC, a indiqué avoir « saisi les autorités congolaises pour vérifier la réalité » des accusations portées contre les entreprises mises à l’index. Les autorités de Pékin ont rappelé avoir toujours demandé « aux entreprises et ressortissants chinois de respecter strictement les lois et réglementations congolaises ». Dans son message, l’ambassadeur a indiqué être ouvert aux enquêtes « menées en respectant les faits », tout en appelant à « résister à la diffamation, à la xénophobie et aux incitations à la haine ».

Une commission ad hoc

De fait, plusieurs opérateurs chinois actifs en RDC se retrouvent sur la défensive, depuis que Kinshasa a indiqué sa volonté de revisiter les contrats miniers signés avec les industriels de l’empire du Milieu sous la présidence de Joseph Kabila.

Début août, une commission ad hoc a été créée auprès du président Félix Tshisekedi, comprenant non seulement le chef de l’État congolais mais également son directeur de cabinet, Guylain Nyembo, et l’adjoint de ce dernier chargé des finances, André Wameso. Cette structure est chargée de clarifier les données relatives aux ressources minérales et aux réserves minières, et d’évaluer les activités de la Gécamines – dont l’État est l’unique actionnaire – en ce qui concerne les opérations de son partenaire, le groupe minier Tenke Fungurume Mining SA (détenu majoritairement par China Molybdenum).

« En dehors des [opérateur] chinois, il y a beaucoup d’autres [acteurs de diverses] nationalités qui sont en train d’exploiter […] illicitement. Nous ne sommes pas contre les investissements étrangers dans notre pays, mais tout doit se faire dans le respect des textes [de loi] de notre pays », a martelé, pour sa part Antoinette Kalambayi N’Samba, ministre des Mines de la RDC, dans un message largement repris sur les réseaux sociaux.

Il est à noter que, dès mai 2021, le président Félix Tshisekedi s’était ému au nom des Congolais “qui croupissent toujours dans la misère”, affirmant son intention de renégocier les contrats miniers, notamment ceux conclus par son prédécesseur Joseph Kabila avec des opérateurs chinois. Le ministre des Finances, Nicolas Kazadi, a souligné le besoin de réévaluer divers contrats dont la valeur est estimée à six milliards de dollars.

Avec Jeune Afrique par Stanis Bujakera Tshiamala