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Togo : le parti de Faure Gnassingbé, dix ans et peu d’opposants

mai 6, 2022

À un an des élections régionales, l’Union pour la république, fondée il y a une décennie, ne semble guère avoir d’adversaires solides. Affaiblie par des querelles internes, l’opposition a aussi dû faire face à une série d’arrestations.

Rassemblement pour les dix ans de l’Unir à Atakpamé, le 14 avril 2022 © DR

C’est à Atakpamé, là-même où elle avait été lancée en 2012, que l’Union pour la République (Unir) a fêté ses dix ans d’existence, le 14 avril dernier. Sous la pluie, les vice-présidents, les leaders de mouvements (des jeunes, des femmes et des sages) et d’autres cadres de la formation ont retrouvé quelques milliers de militants pour une messe œcuménique à 160 km de Lomé.

Drapelet en main et casquette vissée sur la tête, Atcholé Aklesso, le secrétaire exécutif du parti présidentiel, était intarissable. « Ce jour du 14 avril 2012, en portant sur les fonds baptismaux Union pour la République, nous avons pris l’engagement d’œuvrer à la satisfaction des aspirations profondes du peuple togolais, de combattre l’injustice, de protéger les couches vulnérables, de promouvoir la démocratie, l’État de droit, la transparence et l’équité », a-t-il déclaré.

Silence dans les rangs

Le secrétaire exécutif a ensuite rappelé les victoires de Faure Gnassingbé aux trois présidentielles (2010, 2015 et 2020), aux deux élections législatives (2013 et 2018) et lors des premières locales organisées il y a trois ans. « Faisant le bilan du chemin parcouru ensemble avec le peuple togolais, nous avons réalisé qu’en dix ans seulement, nous avons fait des avancées notables dans les domaines politique, économique et social, malgré les contraintes », a-t-il conclu.

LE DERNIER MOT REVIENT TOUJOURS AU BUREAU EXÉCUTIF, PRÉSIDÉ PAR FAURE GNASSINGBÉ

Né sur les cendres du Rassemblement du peuple togolais (RPT) fondé par feu Gnassingbé Eyadéma, l’Unir est devenu un creuset politique où s’aiguisent les ambitions personnelles. Même si le dernier mot « revient toujours » au bureau exécutif, présidé par Faure Gnassingbé, précise un cadre, et que personne ne doit dire à l’extérieur du parti quelles frustrations peuvent susciter certaines décisions.

En vue des élections régionales de 2023, l’Unir a lancé en mars à destination de ses partisans une série de formations liées à l’organisation et au maillage du parti ainsi qu’à la responsabilité du militant. « Notre parti est fondé sur certains idéaux et valeurs. Ils sont notre socle. Nous devons constamment les connaître et les partager », souligne la présidente du Mouvement des femmes, Raymonde Kayi Lawson.

« Pouvoir confisqué »

Devant ses militants, l’Unir ne s’est pas livrée qu’à une auto-critique ce 14 avril. Le président du mouvement des Sages, Charles Kondi Agba, a préféré s’attaquer à l’opposition, la qualifiant d’aphone et de non constructive. « C’est le rôle de l’opposition de critiquer, afin de permettre à ceux qui sont au pouvoir de corriger leurs erreurs. Mais devant nous, il n’y a vraiment rien, c’est une situation dangereuse », a-t-il taclé. Et d’affirmer que le seul argument du camp adverse pour s’opposer à Gnassingbé est la longévité de son régime.

POUR UN OUI, POUR UN NON, ON EST ÉCRASÉ ET JETÉ EN PRISON

Une pique inhabituelle, qui a suscité une levée de boucliers dans l’opposition. « Voilà des gens qui confisquent le pouvoir depuis 54 ans par la ruse, la violence, les fraudes électorales, la corruption, l’injustice et la privation des libertés et qui se plaignent qu’on le leur rappelle trop souvent », fulmine Nathaniel Olympio, le président du Parti des Togolais. D’autres leaders pointent le sort réservé à ceux qui osent critiquer la gouvernance actuelle : « Pour un oui, pour un non, on est écrasé et jeté en prison. Cela décourage tout le monde, regardez le cas de Djimon Oré. » L’ancien ministre de Faure Gnassingbé a été condamné en 2021 pour des propos violents contre le régime.

Engluée dans des querelles internes, l’opposition togolaise semble néanmoins très affaiblie face à un parti présidentiel désormais omnipotent. L’Unir semble en effet avoir un boulevard devant elle jusqu’aux élections régionales de l’année prochaine.

Avec Jeune Afrique par Charles Djade – à Lomé

France: Macron reçoit le président togolais Faure Gnassingbé

avril 9, 2021
Macron recoit le president togolais Faure Gnassingbe
Macron reçoit le président togolais Faure Gnassingbé© AFP/Ludovic MARIN

Emmanuel Macron reçoit vendredi pour un déjeuner de travail le président togolais Faure Gnassingbé, qui effectue sa première visite en France depuis sa réélection pour un quatrième mandat en 2020, a-t-on appris auprès de l’Elysée.

La crise au Sahel, la lutte contre la menace jihadiste mais aussi « le renforcement de la relation bilatérale dans un contexte d’efforts appuyés du Togo en matière de gouvernance pour renforcer son attractivité économique », seront au menu de cette rencontre à l’Elysée, où le président togolais avait déjà été reçu en 2019.closevolume_off

Les deux chefs d’Etat aborderont aussi l’initiative « Talents en commun », qui vise à « permettre à des personnes de la diaspora de mettre leur expertise au profit de l’administration d’un pays africain », a précisé l’Elysée.

Faure Gnassingbé préside le Togo, un pays de huit millions d’habitants, depuis 2005, date à laquelle il a succédé après son décès à son père Gnassingbé Eyadéma, qui a dirigé le pays d’une main de fer pendant 38 ans.

Sa victoire a été acquise après un amendement de la Constitution qui lui a permis d’être de nouveau candidat.

En décembre, Amnesty international avait dénoncé la « répression croissante des voix dissidentes par les autorités togolaises », à la suite de l’arrestation de deux représentants d’un important mouvement de l’opposition qui continue de mettre en cause les résultats de la présidentielle de l’an dernier.

Avec Le Point avec AFP

Togo : la difficile quête de consensus de Faure Gnassingbé pour les régionales

mars 16, 2021
Portrait de Faure Gnassingbé, le 1er novembre 2019.

Depuis quatre mois, les modalités de l’organisation des élections régionales sont au cœur des discussions. La date du scrutin n’a pas encore été fixée, mais il devrait se tenir au plus tard en septembre prochain.

Comment parvenir à organiser les futures élections régionales de façon consensuelle ? Comment répartir les sièges suivant les cinq régions administratives du pays ? À quoi ressembleront le chronogramme et le protocole à suivre dans le contexte de crise sanitaire ?

Moins de deux ans après la tenue des premières élections municipales depuis trente ans, le Togo se dirige vers l’organisation des régionales pour parachever son processus de décentralisation. Mais, alors que la date du scrutin n’est pas encore fixée, les règles du jeu font l’objet d’intenses tractations politiques depuis quatre mois. Le président togolais a chargé son gouvernement de parvenir à un consensus d’autant plus difficile à trouver que, un an après la présidentielle de 2020, une partie de l’opposition conteste toujours la victoire de Faure Essozimna Gnassingbé.

Sur la centaine de partis politiques recensés au Togo, 26 seulement ont été invités à participer à cette Concertation nationale entre acteurs politiques (CNAP). Parmi les critères d’éligibilité, le fait d’avoir participé à au moins une des trois dernières élections. Mais parmi ceux-ci, une partie a refusé de répondre à l’invitation.

De nombreux absents

Début février, le Comité d’action pour le renouveau (CAR) a suspendu sa participation au dialogue. Le parti fondé par l’ancien Premier ministre Yawovi Madji Agboyibo a argué ne pas avoir été entendu sur plusieurs des points qu’il souhaitait mettre à l’ordre du jour, notamment sa demande de lever des poursuites à l’encontre d’Agbeyomé Kodjo.

Ce dernier, qui continue de se proclamer « président élu », est toujours poursuivi pour « troubles aggravés à l’ordre public » et « atteinte à la sécurité intérieure de l’État ». Sans surprise, sa formation, le Mouvement patriotique pour la démocratie et le développement (MPDD), ne participe pas au dialogue. De même que la Dynamique Mgr Kpodzro (DMK), qui avait porté la candidature de Kodjo à la présidentielle, n’a assisté à aucune des réunions qui se succèdent depuis décembre dernier sous la houlette du ministre  de l’Administration territoriale, Payadowa Boukpessi. La Convention démocratique des peuples africains (CDPA) de Brigitte Adjamagbo-Johnson a également brillé par son absence.

Au total, 17 partis ont répondu présent. Leurs représentants participent aux débat dirigés par un bureau à la présidence tournante, assurée tour à tour par un membre de l’Union des forces du changement (UFC, opposition) et de l’Union pour la République (UNIR, le parti de Faure Gnassingbé). L’objectif, fixé par le ministre Payadowa Boukpessi, est clairement défini : après les élections communales de juin et août 2019, « le gouvernement veut procéder à l’installation effective des régions qui interviendra à la suite de l’élection des conseillers régionaux prévue pour 2021. »

Jean-Pierre Fabre rompt avec la stratégie de la chaise vide

Si l’un des participants aux quatre sessions qui se sont tenues depuis décembre assure que « les discussions se déroulent sur une base de confiance », les contestations qui ont suivi la proclamation de la victoire de Faure Gnassingbé ont laissé des traces. « Cette présidentielle n’a pas étanché la soif de changement des populations », estime Kagbara Innocent, député et président du Parti Démocratique Panafricain (PDP), dont la candidature à l’élection avait été invalidée. L’opposant a cependant décidé de s’engager dans le dialogue en cours, insistant sur « le besoin d’entreprendre les réformes majeures nécessaires à la reconstruction d’une stabilité durable ».

Également présente autour de la table, l’Alliance nationale pour le Changement (ANC) de Jean-Pierre Fabre est bien décidée à jouer sa propre carte, et refuse d’adopter la stratégie de la chaise vide de la DMK ou de la CDPA. Après son cuisant échec lors de la dernière présidentielle, à laquelle il était arrivé en troisième position loin derrière Agbéyomé Kodjo – que beaucoup, au sein de son parti, attribuent aux conséquences du boycott des législatives de 2018 -, Jean-Pierre Fabre entend désormais « apporter aux discussions des contributions à la hauteur des attentes des populations togolaises, qu’il s’agisse de l’amélioration du cadre électoral, des mesures d’apaisement politique et des questions  économiques et sociales », assure Patrick Lawson, premier vice-président de l’ANC qui représente Fabre à ce dialogue.

Outre les prérogatives des futures régions dans le développement économique ou en matière de services publics de proximité, l’élection des conseillers régionaux a aussi un enjeu politique qui dépasse le seul cadre des collectivités territoriales. Il est en effet prévu que deux tiers des futurs sénateurs soient élus par les conseillers régionaux. L’un des sujets de discussion en cours porte justement sur la répartition géographique de ces « grand électeurs » selon la démographie de chacune des régions. Institué par la Constitution de 2002, le Sénat n’a toujours pas été mis en place.

Avec Jeune Afrique par Charles Djade – à Lomé